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Le chômage, par François Partant (suite et fin)

 
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NedLudd



Joined: 24 May 2005
Posts: 75
Location: Paris

PostPosted: 28 Sep 2005 22:17    Post subject: Le chômage, par François Partant (suite et fin) Reply with quote

la suite...

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Le développement local ou “de pays”

L’évolution des normes de production et celle du marché mondial ont eu certaines conséquences négatives au plan social en particulier sur le chômage, mais elles en ont eu aussi en bien d’autres domaines. Les terres où l’agriculture cessait d’être rentable ont été abandonnées (en France, près du tiers des terres cultivables), campagnes et villages se vidant de leur populations. L’exploitation de ressources naturelles (par exemple, des mines de charbon) a dû s’interrompre, lorsqu’il a été plus avantageux d’importer ces ressources. Bien qu’en état de marche, beaucoup d’usines ont fermé leurs portes, soit parce que leurs équipements étaient devenus obsolètes, soit parce que leurs débouchés n’étaient plus suffisants, etc. Gaspillage et destruction d’un capital agraire. Villages qui meurent et parfois ne renaissent que le temps des vacances (c’est une autre façon de mourir) en tant que regroupement de résidences secondaires. Glorieuses villes industrielles transformés en champs de ferrailles. Régions de monoproduction sinistrées… On peut comprendre que beaucoup de gens se préocupent de l’avenir de ces villages, de ces villes et de ces régions. Ainsi est né un réseau d’associations qui se proposent de revitaliser les parties du territoire national qui semblent condamnées. L’intention est louable, mais il me semble que le projet ne repose pas sur une analyse très claire de la situation. Cette dernière étant le résultat de l’évolution économique et technique de ces dernières décénnies, celui du développement de la France, on voit mal comment elle pourrait être améliorée grâce à un “développement”, et comment celui-ci pourrait avoir des conséquences inverses de celui qu’il a eues. Mais peut-être s’agit-il là, une fois encore, d’une utilisation inconsidérée du mot “développement”.
Les idées étant encore très imprécises, les réalisations qu’elles ont inspirées sont des plus ambiguës. Ainsi verra-t-on les élus d’une commune du Nord essayer d’attirer dans la zone industrielle qu’ils ont aménagée des firmes qui, dans d’autres régions françaises, travaillent en sous-traitance pour une usine déjà installée dans la commune. Concentrer en un seul lieu des entreprises jusque là dispersées revient à habiller Paul en déshabillant Pierre. Mais que peut-on espérer de mieux, surtout lorsqu’il est fait appel au concours des autorités locales ? De nouvelles activités productives qui s’insèrent dans le marché national mondialisé sont aussi difficiles à imaginer et à promouvoir dans le cadre régional ou micro-régional, grâce à des initiatives locales, que dans le cadre national, puisque les contraintes de normes et de marchés sont exactement les mêmes.
La région paupérisée se trouve dans une situation assez comparable à celle du pays sous-développé : elle ne peut pas concentrer chez elle assez d’activités productives pour que sa population puisse être employée. Pourquoi ne chercherait-elle pas une solution dans la voie de l’autonomie où les peuples du tiers-monde auraient intérêt à s’engager ? En fait, c’est bien ce que fait une petite commune, lorsqu’elle aide à la réinstallation de commerces que le développement avait fait disparaître. Ce n’est évidement que par abus de langage qu’on parle en pareil cas de développement local. C’est un début de reconstruction, en tablant sur des liens de solidarité qui s’étaient distendus, pour être remplacés par des liens d’interdépendance à vaste échelle. Parce qu’ils pensent que des commerces sont nécessaires à la vie du village, les habitants acceptent quelques sacrifices, celui en particulier d’acheter ce qu’ils auraient trouvé moins cher dans les supermarchés de la ville voisine.
Recréer des liens de solidarité n’est certes pas une tâche facile. D’autant que la population du village n’est pas beaucoup plus homogène que celle de la nation. De plus elle n’acceptera pas volontiers de se préoccuper de chômeurs extérieurs au village et de les accueillir. Il faudrait qu’elle comprenne que le sort de ses propres chômeurs dépend avant tout de la diversité des activités “autonomes” qui pourront être envisagées, donc du nombre de chômeurs impliqués dans la construction socio-économique à mettre en forme.
Je sais bien qu’une telle construction soulève énormément de questions. Des questions d’organisation (comment programmer les activités, assurer leur complémentarité et leur cohérence), des questions financières (comment financer les investissements initiaux), économiques (quelle proportion de production doit être destinée au marché “national” pour y acheter ce qu’on ne peut produire), etc. Des réponses peuvent êtres apportées à toutes ces questions qui sont surtout techniques, les plus délicates étant cependant d’ordre politique.
Reste la question de l’aide que la nation pourrait apporter à des chômeurs qui décideraient de s’organiser pour travailler. Des sacrifices seraient à consentir. Mais tout le monde accepte d’en faire de beaucoup plus importants dans la guerre ou la résistance à l’envahisseur, dans la lutte pour la liberté ou contre l’oppression. Tout le monde les accepte quand une cause les justifie. Sauver des centaines de milliers de jeunes, de chômeurs trop âgés pour espérer trouver un emploi, ce serait déjà une cause suffisante. Mais la cause prend une tout autre ampleur si les chômeurs créent entre eux des liens de solidarité en sorte que ceux-ci préfigurent ceux qui devraient s’établir entre les peuples. Et c’est bien ce qu’ils devraient essayer de faire.

François Partant, 1985.

(Texte tiré de Cette crise qui n’en est pas une, éd. L’Harmattan, 1994)
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