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Décroissance et syndicalisme

 
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Khadavali



Joined: 01 Oct 2005
Posts: 30
Location: Région parisienne

PostPosted: 07 Dec 2005 13:33    Post subject: Décroissance et syndicalisme Reply with quote

Voici les notes sur la décroissance et le syndicalisme que j’avais évoquées précédemment, dans un autre sujet.

Lors du FRAP 2005 (Festival des résistances et des alternatives de Paris), nous avions organisé le mardi 17 mai 2005 une rencontre sur le thème de la décroissance et du syndicalisme dans les locaux de SUD-Paris. Il s’agissait de voir en quoi ces deux mouvements divergent, en quoi ils peuvent converger. C’est moi qui m’y suis collé pour présenter l’idée de décroissance.

J’ai fait une présentation en deux grandes parties : impasse de la croissance et du développement durable, puis pistes de décroissance individuelles et collectives. Nous avons ensuite eu une discussion qui est partie dans tous les sens, comme nous savons si bien le faire au FRAP.

Vous trouverez ci-dessous une synthèse des mes notes préparatoires enrichies de quelques remarques faites pendant la discussion. Dans la forme, ça reste des notes. Elles n’apportent aucune conclusion définitive, mais peuvent servir d’éléments pour une réflexion sur la question de la pratique du syndicalisme pour sortir de l’engrenage capitaliste du productivisme-consumérisme.

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La croissance (c’est-à-dire la croissance du PIB), ce n’est pas un meilleur niveau de vie pour tous : elle profite le plus à ceux qui ont déjà beaucoup trop. Les plus riches accumulent encore plus de richesses. Les classes moyennes en profitent peut-être un peu, mais dans une moindre mesure. Les plus pauvres voient leurs conditions de vie stagner ou régresser.
De plus, la croissance, c’est aussi celle de la pollution, et donc des maladies induites par la pollution : cancers, etc.
Un meilleur niveau de vie, est-ce une chimiothérapie de luxe pour tous ?

On estime que 20% de la population mondiale consomme 80% des ressources extraites. Et on les consomme déjà plus vite qu’elles ne se renouvèlent. Étendre le niveau de vie des pays riches à tous les habitants de la planète, ce serait s’enfoncer encore plus sûrement dans la catastrophe.
Mais la décroissance évidemment n’exige pas que tous consomment moins. Ceux qui manquent de tout, devraient pouvoir consommer (un peu) plus.

Il faut arriver à se libérer de l’impératif de croissance (produire plus, consommer plus) par des pratiques individuelles et collectives. Changer les façons de consommer mais aussi de produire : auto-production, récupération, mise en circulation de biens hors-commerce…
Cela réduit notre dépendance au travail rémunéré et donc à l’économie capitaliste.

Les syndicats ont un rôle à jouer quand il s’agit de travailler et produire autrement.
Des techniques plus simples, maîtrisables par tous, donnent plus d’autonomie face aux industriels, facilitent l’autogestion.

Rappel du rôle du potager dans le mouvement ouvrier. Quand les ouvriers avaient à leur disposition des potagers (et une communauté soudée), les grèves pouvaient durer bien plus longtemps.

Covoiturage : mis en avant par les médias comme « alternative » en cas de grève des trains…
Effet pervers ou détournement d’une alternative ?

« Travailler plus pour gagner plus » ou « produire moins pour travailler moins » ?
Plutôt que de continuer de perdre sa vie à la gagner, pourquoi ne pas chercher à travailler moins de façon à se libérer du temps pour développer des activités autonomes ?
La décroissance pourrait être une voie menant à une véritable société de la paresse…

Pistes pour la décroissance du travail :
- Effectuer une auto-réduction de son temps de travail (temps partiels volontaire, ou laisser tomber son emploi)…
- Démanteler les industries superflues et/ou nocives (on n’autogère pas la merde)…
- Créer un meilleur partage du travail pour les activités qui restent nécessaires (que ce ne soient pas toujours les mêmes qui se tapent le sale boulot)…

Une hausse du salaire horaire : donne quelques facilités à passer volontairement en temps partiel. Bien entendu, il est aussi à craindre que certains salariés en profitent pour acheter plus de conneries…
_________________
A.K.
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jauresist



Joined: 14 Oct 2005
Posts: 57
Location: Groupe Nantais pour la Décroissance

PostPosted: 07 Dec 2005 15:05    Post subject: Décroissance et paresse Reply with quote

Quote:
La décroissance pourrait être une voie menant à une véritable société de la paresse…


Si je suis globalement d'accord avec le contenu du message, je dis halte à cet amalgame qui risque de semer une confusion néfaste.

Non, mettre la société sur les rails de la décroissance ne sera pas une mince affaire et c'est même pour chacun d'entre nous un sacré boulot.

Tu dis juste avant qu'il faut envisager de réduire notre dépendance à l'argent en réduisant notre ancrage dans la sphère marchande, et que nous pourrons traduire cette émancipation des échanges marchands en délestage de la somme de travail rémunéré nécessaire.
Certes tu rajoutes après que nous pourrons alors vaquer à des activités plus attrayantes et donc tu n'imagines pas perdre le temps gagné dans l'inaction. Alors pourquoi parles-tu d'avènement de la paresse, mère de l'inaction?

Et lorsque tu illustres les mécanismes qu'il faut déployer pour réduire cette aliénation à la sphère marchande (développer l'autoproduction et la récupération, valoriser les échanges non-marchands à travers le don ou les systèmes d'échanges locaux) tu oublies que c'est certes une révolution sociale mais aussi une révolution individuelle. Si l'homme est aujourd'hui a ce point dépendant de l'argent, c'est qu'il ne sait rien produire tout seul. Il n'a que peu de polyvalence et donc pas d'autonomie matérielle. Il lui faut apprendre ou réapprendre plein de choses. Il faut que nous devenions tous des petits débrouillards! Et çà si c'est pas du boulot...

Sinon, il risque de se recréer un fossé entre ceux qui bricolent et qui seront les nouveaux maîtres des échanges non monétaires et ceux qui ne savent rien faire d'intéressant sur un plan pratique et donc seront pauvres dans un système de troc.

Il y a donc un gros chantier sur la transmission des savoirs-faire.

Il va falloir construire plein de maisons bioclimatiques, d'éoliennes, de toilettes sèches, de jardins familiaux, de fours solaires, de vélos et autres technologies appropriées...

Il va falloir aussi comme le dit Pierre Rabhi oeuvrer pour refaire une beauté à notre planète (nettoyer, enrichir la biodiversité etc...) et çà non plus c'est pas de la tarte!

Alors on peut dire merci papa, merci maman, mais on est pas près de glander!
_________________
"Celui qui ne se contente pas de peu ne se contente de rien"
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pm86



Joined: 15 Nov 2005
Posts: 116

PostPosted: 07 Dec 2005 18:27    Post subject: Reply with quote

Comme dit jauresist "on est pas près de glander" !!

De là une question légèrement iconoclaste : est-ce que le slogan "décroissance" est bien le mieux approprié pour décrire ce qui nous attent ? et ce que l'on désire ?

Depuis toujours toutes les réalisations humaines (civilisations, techniques ...) suivent une courbe en cloche (la fameuse "loi normale") où se suivent des phases de décolage lent puis de croissance exponentielle puis de stagnation puis de déclin.

C'est la courbe que suit l'utilisation du pétrole depuis plus d'un siècle qui illustre bien la "croissance" économique que l'on connait et qui permet de prévoir le prochain déclin de notre civilisation industrielle actuelle. Mais cette croissance c'est construite sur des déclins multiples dans plein de domaines jetant sur les chemins des populations entières (voir par exemple l'exode rural ou l'immigration) sommées de renoncer à leurs modes d'organisations passés pour entrer dans la "modernité".

Demain la chute du "système-pétrole" sera concommitante à l'explosion de nouvelle formes d'organisations redistribuant les cartes entre les gagnants et les perdants. Est-ce que cela fera "plus de liens et moins de biens" ? plus de boulot ou de temps libre ?


Sur le deuxième plan (ce que l'on désire) le questionnement est encore plus dévastateur. Décroitre , ça n'est pas une fin en soi. Et ça ne dit rien sur la nature des liens que l'on souhaite promouvoir.

La société fraternelle que nous sommes - il me semble - nombreux à désirer ici passe par une certaine sobriété, certe, mais aussi par beaucoup d'autres valeurs non réductibles au seul slogan de "décroissance". Quid , en particulier, de notre sentiment par rapport à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'usage de la violence pour régler les conflits ?


Il est souvent rappelé sur ce forum que la décroissance est inéluctable... raison de plus de se pencher sur toutes ces questions connexes qui feront la différence entre une prochaine barbarie dévastatrice ou une humanité renforcée.

Et là, y'a du boulot !!!
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 08 Dec 2005 13:57    Post subject: Re: Décroissance et paresse Reply with quote

jauresist wrote:
Sinon, il risque de se recréer un fossé entre ceux qui bricolent et qui seront les nouveaux maîtres des échanges non monétaires et ceux qui ne savent rien faire d'intéressant sur un plan pratique et donc seront pauvres dans un système de troc.


Un fossé entre les deux... ou une concurrence ?

Si fossé il y a, alors la situation sera peu changée : la société de croissance, toujours plus monétarisée et élitiste, dominera la société de décroissance, moins outillée, plus sobre énergétiquement et moins monétarisée (en un mot, plus "pauvre" comme le dit la société de croissance).

Si il y a concurrence (comment, je ne sais pas) alors on vivra un moment historique difficile et tragique à l'issue incertaine, et il faudra avoir la tête sur les épaules... Il sera d'ailleurs difficile de prétendre à la convivialité de la décroissance Triste

La position des élites sera alors décisive, dans le basculement éventuel du statu quo au conflit, d'une violence sourde à une violence explicite. Il peut très bien y avoir une fermeture complète aux idées de la décroissance de sa part. Le champ intellectuel et universitaire aura alors un rôle décisif ; en légitimant par son sérieux et son recul historique la décroissance, elle changera le cadre de pensée des élites, mais sans toutefois contrôler ce qu'il en sortira.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 20 Dec 2005 16:21    Post subject: Reply with quote

Quote:
Mais la décroissance évidemment n’exige pas que tous consomment moins. Ceux qui manquent de tout, devraient pouvoir consommer (un peu) plus.


Si ! la décroissance exige que tous consomme moins, même les chinois, les africains ou les sud-américains. La décroissance doit se faire également dans les Suds. Cependant pour les Suds il ne faut pas parler de "décroissance " (le terme suscite souvent l'incompréhension et l'indignation), mais " l'après-développement ", c'est-à-dire la mise en avant de pratiques culturelles continentales, nationales, régionales ou/et locales. L'exemple caractéristique de l'après-développement est par exemple pour ce qui concerne l'agriculture et l'élevage, la mise en avant des pratiques agroécologiques.

La décroissance c'est la sortie du comportement de consommation, qui exige des spécialisations (un producteur, un intermédiaire, un distributeur, un consommateur), des transports de transit des marchandises (donc des volumes monstrueux d'émissions de Gaz à Effet de Serre GES), des phénomènes de spécialisations de territoire sur des productions spécifiques (exemple la province du Guangdong en Chine produit 70% des phtocopieurs mondiaux), etc...

La consommation est liée plus profondément à la mise en place de la valeur d'échange (une valorisation du travail que détermine le fabricant-marchand et non celui qui travaille de son travail vivant). Mais plus largement, Jean Baudrillard, dépasse le débat entre valeur d'échange et valeur d'usage (une valorisation du travail qui se ferait à partir de question comme à quoi ça sert...), pour théoriser le nouveau système des objets de consommation. Désormais dans l'hypermodernité triomphante et la fin de l'Histoire auto-proclamée, nous avons à faire à une " économie libidinale " (JF Lyotard), où les objets sont des tests questionnant par injonction les pulsions et les forces du Désir de la Vie en nous. Chaque question que nous pose un objet-test contient sa propre réponse, le système des objets s'auto-alimentant indéfiniment, si bien que l'on puisse parler d'addiction à la marchandise comme de servitude volontaire (Accardo). Désormais l'hyperconcentration de cette valeur d'échange (du capital, autre terme de la valeur d'achange), qui transforme du qualitatif (du travail vivant subjectif) en du quantitatif (une valeur d'échange abstraite déterminée par le fabricant-marchand qui ne recherche que son propre profit) bouleverse l'ensemble du vivre-ensemble c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. La Mégamachine technicienne soutient ce grand mouvement du capitalisme vers la production sans frein d'abstractions techniciennes qui continuent le travail de négation de la vie auto-affective.

Désormais on ne peut que qualifier le nouveau mode de ces rapports sociaux, qui ne sont plus que des interactions entre entités objectives et abstraites, de Spectacle. Objectivée par l'économisme, le scientisme, les dites sciences dites humaines, l'épistémologisme, le nihilisme, la vie reclut dans un underground - une " sur-vie " pour Vaneigem - est alors réduite à son propre spectacle du déjà vécu : l'aliénation de la vie comme étant son atrophie et sa dépersonnalisation, une vie réduite de part en part à des impératifs utilitaristes, fonctionnalistes, économiques. L'ensemble des invididus se sont faits enspectaculés, y compris nous, qui sommes derrière notre ordinateur et qui participont à une communication virtuelle, abstraite, réduite à l'émission de messages objectifs sur des télécrans, comme si le baiser des amants pouvait se réduire à un bombardements de particules micro-physiques. L'informatique étant le summum et l'idéal du mode de communication de la valeur d'échange hyperconcentrée dans une société du Spectacle omniprésente.

A bas la société de " l'information " qui n'est que le masque funky de la Société de la vie aliénée.
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Khadavali



Joined: 01 Oct 2005
Posts: 30
Location: Région parisienne

PostPosted: 04 Jan 2006 15:24    Post subject: Re: Décroissance et paresse Reply with quote

jauresist wrote:

Non, mettre la société sur les rails de la décroissance ne sera pas une mince affaire et c'est même pour chacun d'entre nous un sacré boulot.

(...)

Alors pourquoi parles-tu d'avènement de la paresse, mère de l'inaction?


Jauresist, je suis d'accord avec toi quand tu dis qu'il va nous falloir (ré)apprendre un tas de trucs pour être autonomes. Et cela implique pas mal d'activité. Mais a priori, ce seront des activités d'un intérêt direct car nous permettant d'accéder à plus de liberté. Des activités passionantes et libératrices. Donc tout autre choses que le travail que je conçois comme une activité aliénante et ennuyeuse.

Quand je parle de paresse, je parle d'une façon d'envisager la vie autrement que sous le joug d'un appareil productif qui nous contraint à produire (pour permettre la consommation) et consommer (pour permettre la continuité de la production). La paresse, pour moi, ne se réduit pas à l'oisiveté (rien faire du tout), qui n'est qu'un de ses aspects. Il s'agit plutôt de savoir se soustraire au travail, s'abstenir de participer à des activités nuisibles comme le travail, qui nous contraint à des horaires, des activité qui ne nous plaisent pas, qui nous abrutit, nous tue, et détruit directement ou indirectement tout ce qui se trouve sur notre planète.


Concernant le dernier post de Kobayashi :

Quand je parle de pouvoir consommer (un peu) plus pour les plus pauvres,
je ne me situe pas au niveau des nations ou des groupes de nations (Nord et Sud) mais des personnes : au Nord comme au Sud, il y a des personnes qui souffrent de la faim et des intempéries... Ces personnes-là, qui n'ont pas choisi cette condition, je pense qu'on peut envisager de les laisser accéder à un peu plus...
_________________
A.K.
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