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Informatique : le Libre et le Décroissant

 
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Alanzàna



Joined: 22 Dec 2005
Posts: 22
Location: Toulouse

PostPosted: 14 Feb 2006 10:44    Post subject: Informatique : le Libre et le Décroissant Reply with quote

Bonjour,

Est soulevé dans cet article http://www.decroissance.info/Relocaliser-l-economie la question des rapports entre l'informatique et le pouvoir. La position "décroissante" de l'auteur diverge de celle du monde "libre". Je trouve intéressant ce problème de la valeur réactionnaire ou révolutionnaire de l'informatique pour la décroissance sachant que c'est sur elle que s'appuient certaines résistances fortes anti-capitalistes (je pense à Multitudes, Negri...).

Le potentiel révolutionnaire de l'informatique version Multitudes me semble avoir deux axes, mes excuses si je caricature :
* informatique et démocratie : l'informatique est une pratique du réseau, qui permet la consitution de masses, ou de meutes, sans perte du sujet individuel, de son autonomie, de son idiosyncrasie.
* informatique et liberté : pas de posibilité durable de faire résonner le réseau, de le centraliser ; il est rhizomatique, infini, indéfini, l'information sur le net ne peut donc pas prendre la forme du mot d'ordre, le langage y est sans arrêt tordu, torsionné.
* informatique et machine : l'informatique est aussi le lieu d'une mort de l'homme salutaire à la Nietzsche (rupture avec la transcendance) ; l'homme s'unit à la machine, l'homme est lui-même machine de machine, la Nature est une grande machine orpheline (des gens comme Dantec la thématisent, souvent inspirés de Deleuze et Guattari)

Comme la décroissance s'appuie quand même elle aussi beaucoup sur ces trois points que sont la démocratie, le réseau (localisme, autonomie...) et l'unité de l'homme et de la Nature, que fera-t-elle de l'informatique ? M'est avis que les critiques de l'informatique exprimées dans l'article sont absolument excellentes, que l'on peut dire que l'informatique est sans doute du pouvoir, que ses pratiques sont ambigües, tantôt aliénantes tantôt étonnantes - à quels moments, dans quel contexte l'informatique saurait-elle être un outil strictement libre ?

Personnellement, l'idée que l'on fera une révolution intelligente par les ordinateurs me laisse sceptique... What do u think ? (different)

D'autre part, le débat entre décroissants/acteurs du monde libre est évoqué ici [dans l'article] indirectement et furtivement, sur quoi porte-t-il et quels en sont les grandes lignes, les grands arguments (s'il a eu lieu)?
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 14 Feb 2006 17:29    Post subject: Re: Informatique : le Libre et le Décroissant Reply with quote

Alanzàna wrote:
Le potentiel révolutionnaire de l'informatique version Multitudes me semble avoir deux axes, mes excuses si je caricature :
* informatique et démocratie : l'informatique est une pratique du réseau, qui permet la consitution de masses, ou de meutes, sans perte du sujet individuel, de son autonomie, de son idiosyncrasie.
* informatique et liberté : pas de posibilité durable de faire résonner le réseau, de le centraliser ; il est rhizomatique, infini, indéfini, l'information sur le net ne peut donc pas prendre la forme du mot d'ordre, le langage y est sans arrêt tordu, torsionné.
* informatique et machine : l'informatique est aussi le lieu d'une mort de l'homme salutaire à la Nietzsche (rupture avec la transcendance) ; l'homme s'unit à la machine, l'homme est lui-même machine de machine, la Nature est une grande machine orpheline (des gens comme Dantec la thématisent, souvent inspirés de Deleuze et Guattari)


La métaphore du réseau n'est-elle pas purement rhétorique en face de sa réalité technique, la commutation ?
Il est remarquable de constater que l'usager d'un ordinateur connecté à un réseau mime le comportement technique d'un commutateur :
- en fonction des différents signaux qu'il reçoit (mail, message, etc.) il passe d'un état à un autre, il bascule d'une tâche à une autre.
- il le fait d'autant plus vite que le rythme des signaux s'accroît
- il est fondamentalement interruptible de l'extérieur

Bref, on dirait qu’il suffit de parler de réseau pour évacuer les fondements cybernétique d’une société dont les membres (humains ou non) s’interfacent via des ordinateurs échangeant des messages.

Bien-sûr un tel déterminisme technique est choquant. Mais il est au principe de la vision des ingénieurs. Même si les connaissances sont fausses (par exemple sur ce qu’est une société), elles produisent des objets techniques qui les réifient, et les inscrivent matériellement dans la réalité.

La caractéristique essentielle des réseaux informatiques est la commutation, et non pas le lien. Le lien n’est pas enrichi mais profilé pour entrer dans des canaux de communication. Ce qui ne supprime pas les frontières mais en créent de nouvelles, pas forcément plus perméables.

Dans l’informatique de gestion notamment, on trouve les mêmes logiciels en version classique et version « libre ». On peut toujours dire qu’ils ne sont pas utilisés de la même manière (les sociologues de l’usage font ça très bien…). Pourtant, dans les entreprises, le libre côtoie le pas libre, selon ce pragmatisme qui sied si bien à cet univers. Rien ne dit cependant que le libre ne soit pas une innovation dans la manière de travailler intellectuellement collectivement. Plus efficacement.
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bruno59



Joined: 04 Jan 2006
Posts: 16
Location: Lille

PostPosted: 14 Feb 2006 19:14    Post subject: Reply with quote

Pour aller vite (parce qu'à cet instant, je dois me rendre d'urgence à un RDV) M. Green je dirai que je me refuse à idéaliser l'informatique et notamment le net. Je pense que l'essentiel est à rechercher dans les relations humaines "charnelles", conviviales et authentiques.
J'y reviendrai.
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 14 Feb 2006 22:06    Post subject: Reply with quote

hum je suis pas du tout d'accord avec la vision union machine que proposerai Nietzsche. Il me semble qu'il n'a jamais été question de celà. Nietzsche était lui même un critique des techniques et des machines dont pour lui "on ne sais pas vers quel catastrophe c'est choses vont nous mener"... (ou qq.chose dans le genre)... En fait ce serai surtout avoir mal compris "la machine" au sens ou deleuze l'entend : Qq.chose qui produit. Tout celà pour deleuze est machine : l'inconscient est une machine, le paysage est une machine... bref rien qui soit une alliance avec la mort ou je ne sais quel nihillisme que cultive Dantec (proche des mouvements identitaires).

Quand à la théorie de la Multitudes ils placent effectivement malheureusement une confiance en ce mode de communication... ce que deleuze rejetait. Dans un texte disponible dans le livre "pourparlers" ou dans l'article disponible sur "futur antérieur" ici : http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=495

Quote:
Toni Negri : [...] vous proposez d’approfondir l’étude de trois pratiques du pouvoir - le Souverain, le Disciplinaire - et surtout celui du Contrôle sur la « communication » qui aujourd’hui est en train de devenir hégémonique. D’un côté ce dernier scénario renvoie à la plus haute perfection de la domination qui touche aussi la parole et l’imagination, mais de l’autre, jamais autant qu’aujourd’hui, tous les hommes, toutes les minorités, toutes les singularités sont potentiellement capables de reprendre la parole, et avec elle, un plus haut degré de liberté. Dans l’utopie marxienne des « Grundrisse », le communisme se configure justement comme une organisation transversale d’individus libres, sur une base technique qui en garantit les conditions. Le communisme est-il encore pensable ? Dans la société de la communication, peut-être est-il moins utopique qu’hier ?


Ici Toni rappelle globalement la position multitudiste Clin d'oeil Les ordinateurs, que négri identifie surtout comme des machines productive que possède le prolétariat (oui... si le prolétariat est dans les 20% de riches...) sont reliés en réseau grâce à internet... pour lui c'est le ressurgissement de condition de liberté.... Mais Deleuze, bcp plus libertaires ne partage pas ce point de vue. Car quand il décrit la société de contrôle (dont l'ordinateur est un des moyens) il critique son rôle et rapelle qu'il y a toujours des exclus et que le problème reste la multiplication des bidons villes que créer cette tendance.
Quote:
Gilles Deleuze : C’est certain que nous entrons dans des sociétés de « contrôle », qui ne sont plus exactement disciplinaires. Foucault est souvent considéré comme le penseur des sociétés de discipline, et de leur technique principale, l’enfermement (pas seulement l’hôpital et la prison, mais l’école, l’usine, la caserne). Mais en fait, il est l’un des premiers à dire que les sociétés disciplinaires, c’est ce que nous sommes en train de quitter, ce que nous ne sommes déjà plus. Nous entrons dans des sociétés de contrôle, qui fonctionnent non plus par enfermement, mais par contrôle continu et communication instantanée. Bien sûr on ne cesse de parler de prison, d’école, d’hôpital : ces institutions sont en crise. Mais si elles sont en crise, c’est précisément dans des combats d’arrière-garde. Ce qui se met en place, à tâtons, ce sont de nouveaux types de sanctions, d’éducation, de soin. Les hôpitaux ouverts, les équipes soignantes à domicile, etc., sont déjà apparus depuis longtemps. On peut prévoir que l’éducation sera de moins en moins un milieu clos, se distinguant du milieu professionnel comme autre milieu clos, mais que tous les deux disparaîtront au profit d’une terrible formation permanente, d’un contrôle continu s’exerçant sur l’ouvrier-lycéen ou le cadreuniversitaire. On essaie de nous faire croire à une réforme de l’école, alors que c’est une liquidation. Dans un régime de contrôle, on n’en a jamais fini avec rien. Vous-même, il y a longtemps que vous avez analysé une mutation du travail en Italie, avec des formes de travail intérimaire, à domicile, qui se sont confirmées depuis (et de nouvelles formes de circulation et de distribution des produits). A chaque type de société, évidemment, on peut faire correspondre un type de machine les machines simples ou dynamiques pour les sociétés de souveraineté, les machines énergétiques pour les disciplines, les cybernétiques et les ordinateurs pour les sociétés de contrôle. Mais les machines n’expliquent rien, il faut analyser les agencements collectifs dont les machines ne sont qu’une partie. Face aux formes prochaines de contrôle incessant en milieu ouvert, il se peut que les plus durs enfermements nous paraissent appartenir à un passé délicieux et bienveillant. La recherche des « universaux de la communication » a de quoi nous faire trembler. Il est vrai que, avant même que les sociétés de contrôle se soient réellement organisées, les formes de délinquance ou de résistance (deux cas distincts) apparaissent aussi. Par exemple les piratages ou les virus d’ordinateurs, qui remplaceront les grèves et ce qu’on appelait au XIXe siècle « sabotage » (le sabot dans la machine). Vous demandez si les sociétés de contrôle ou de communication ne susciteront pas des formes de résistance capables de redonner des chances à un communisme conçu comme « organisation transversale d’individus libres ». Je ne sais pas, peut-être. Mais ce ne serait pas dans la mesure où les minorités pourraient reprendre la parole. Peut-être la parole, la communication est-elle pourrie. Elles sont entièrement pénétrées par l’argent : non par accident, mais par nature. Il faut un détournement de la parole. Créer a toujours été autre chose que communiquer. L’important, ce sera peut-être de créer des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour échapper au contrôle.


Deleuze malgré les rapprochement que l'on voudrait lui voir avec les théorie de la multitudes et beaucoup plus proche des idées décroissantes et libertaires.

OUI il faut remettre en place des interrupteurs! Pourquoi faire? Eteindre les ordinateurs qui servent la société de contrôle... ET non s'en servir car c'est pourris à la base. Mieux vaut la parole, l'échange direct que l'ordinateur.
Quel est ce pourrissement ? Il s'agit de la transformation en marchandise de tout fait, qui une fois sélectionné par les fabulateurs (médias, presses) deviennent des évènements, càd des sujets de quelque secondes que l'on zappera tout de suite après et qui serviront le discours fabulatoire dominant.

Au stade d'avancement de l'informatique dans nos société, difficile de trouver et mettre en place, faire surgir tout ces nouveaux intérrupteurs... Cependant le court-circuit est toujours possible : le circuit court, le local peut diminuer le nombre de machines.
Le partage de ces machines pour ceux qui sont obligés de les utilisé vaut mieux que la possesion individuel de chacun d'un ordinateur (même sous Linux).
Pour faire marxiste : l'ordinateur est un outil de la bourgoisie mondialisé et si l'on cherche à les étendres sur la planète ça veut dire qu'il va falloir aussi étendre les ressources énergétiques... donc les dépendances aux producteurs de ces ressources.
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gijomo



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Location: nancy

PostPosted: 15 Feb 2006 17:25    Post subject: Reply with quote

Je ne suis pas d'accord avec cette équation réseau = autonomie. En tout cas, pas dans le cas des réseau informatique. C'est oublié qu'il faut toute une infrastructure pour permettre ce réseau : d'un point de vue énergétique, d'un point de vue télécommunication, d'un point de vue interopérabilité et aussi du point de vue de la fabrication des ordinateurs eux-mêmes. Vu la complexité de ces réseaux qui implique un "minimum" de centralisation et de système technicien, je suis un peu choqué par cette affirmation.

Je suis moi aussi scéptique que l'on puisse faire une "révolution électronique". J'avais écrit un article sur ce sujet que je vous posterai de chez moi.
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Alanzàna



Joined: 22 Dec 2005
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Location: Toulouse

PostPosted: 15 Feb 2006 17:53    Post subject: Reply with quote

bug-in wrote:
hum je suis pas du tout d'accord avec la vision union machine que proposerai Nietzsche. Il me semble qu'il n'a jamais été question de celà. Nietzsche était lui même un critique des techniques et des machines dont pour lui "on ne sais pas vers quel catastrophe c'est choses vont nous mener"... (ou qq.chose dans le genre)... En fait ce serai surtout avoir mal compris "la machine" au sens ou deleuze l'entend : Qq.chose qui produit. Tout celà pour deleuze est machine : l'inconscient est une machine, le paysage est une machine... bref rien qui soit une alliance avec la mort ou je ne sais quel nihillisme que cultive Dantec (proche des mouvements identitaires).

OUI il faut de nouveaux interrupteurs!





Je trouve que leur lecture de Nietzsche et de Deleuze tient la route, même si je ne la partage pas. J'en évoque sommairement une grande ligne, c'est l'idée d'une immanence machinique. Pour Dantec et les courants cybernétiques, il me semble qu'elle est concrète, elle correspond à un moment historique concret qui est celui de la mort de l'homme, de l'avènement du surhomme machinique avec une conscience nouvelle, télépathique, l'homme aux antennes, l'homme "connecté" aux bidules. Multitudes a un peu ce fantasme prophétique d'un monde tout numérique pluriel, où notre pensée est "comme" le numérique, non ? Après je suis d'accord pour dire que le concept deleuzien de machine se place sur un plan anhistorique et anté-technique.

Avez-vous des exemples d'interrupteurs en tête ?
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gijomo



Joined: 01 Feb 2006
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Location: nancy

PostPosted: 17 Feb 2006 22:27    Post subject: Reply with quote

Voici l'article dont je vous ai parlé :

gijomo wrote:

L’informatique : une impasse ?


L'informatique nous est souvent présentée comme un outil nous facilitant la vie, un outil d'échange d'information (plus vite, avec plus de personnes et en plus grande quantité) voire comme un divertissement. Ceci a permis à l'informatique d'entrer dans presque tous les domaines de nos vies.

Durant tout le cycle de vie d'un ordinateur, de sa production à la décharge, la réalité est moins « rose ». En effet, posons-nous la question de savoir qui a produit et qui « recycle » tous ces ordinateurs (et les logiciels qui vont avec), dans quelles conditions de travail (rythmes effrénés, conditions sanitaires dues à l'utilisation de produits chimiques toxiques : entre 500 et 1000 produits chimiques entrent dans la composition d'un processeur, certains sont connus pour leurs propriétés cancérigènes, tel l'arsenic qui améliore le transport des informations électriques, etc.). La plupart du temps, les composants électroniques ont été fabriqués dans les pays du tiers monde, dans de très mauvaises conditions de travail. On peut aussi réfléchir sur les personnes qui financent la recherche et la production informatique : très souvent ce sont les militaires ou de grandes multinationales, et on peut se douter que dans ces cas là, ce n'est pas par philanthropisme !

L'impact écologique est lui aussi non négligeable. Cet impact ne se limite pas seulement à la production de l'ordinateur. Outre la pollution et le pillage des ressources naturelles lors de la construction d'ordinateur (d’après un rapport de l’ONU, il est nécessaire d'utiliser 240 kg de carburants fossiles, 22 kg de produits chimiques et 1 500 litres d'eau, soit, proportionnellement, plus que pour la production d'une voiture, pour obtenir un PC standard), il faut aussi ajouter toute l'infrastructure mise en place pour la distribution d'énergie et pour la communication. Il existe également une pollution dite « électromagnétique » due aux rayonnements d'ondes émis par les ordinateurs (surtout pour les écrans cathodiques) ayant des conséquences sur la santé. Enfin, même à la fin du cycle de vie de l'ordinateur, celui-ci pollue encore du fait qu'une partie de ces composants n'est pas recyclable de manière écologique : les pays en voie de développement qui recyclent les ordinateurs utilisent des bains d'acide. On connaît aussi les effets des métaux lourds (cadmium, plomb, mercure, etc.) contenus dans les écrans, qui posent également problème lorsque les ordinateurs sont jetés en décharge ou laissés à l'abandon.

Le cycle effréné d'amélioration des machines, qui doivent toujours aller plus vite (mais pourquoi ?), stocker plus d'information... ne fait qu'accélérer ce problème : en trois ans, un ordinateur n'est déjà plus performant et la plupart des nouveaux logiciels ne tourne plus, ou mal, dessus. Cela force les utilisateurs à changer régulièrement d'équipement et donc à polluer.

Au delà de ces deux problèmes, il existe aussi celui de la technique. L'informatique est un domaine - en fait elle représente même plusieurs domaines - extrêmement spécialisé ou les « techniciens » ont un réel pouvoir sur les utilisateurs lambda. Qui, n'ayant ni le temps ni l'envie de « regarder » sous le capot, ne s'est pas retrouvé pieds et mains liés devant le bon vouloir d'un service après-vente ou d'une hotline ? L'entrée de l'informatique dans notre vie quotidienne et l'habitude de la « facilité » informatique nous rendent démunis lorsque les ordinateurs nous « lâchent ». Nous perdons notre autonomie face au monde qui nous entoure, car de plus en plus la technique devient l'interface obligatoire entre le monde et nous.

Et tout cela pour quoi ? Si on regarde d'un peu plus près l'utilisation de l'informatique, on s'aperçoit vite qu'elle est principalement utilisée dans les domaines militaires, de la communication (mais laquelle ?), financiers et marketing, du contrôle social (pas seulement avec des lois sécuritaires mais aussi, par exemple, par le contrôle informatisé d'une chaîne de production), des divertissements-abrutissements véhiculant en général des valeurs de violence, de compétition et de sexisme.

L'avènement d'Internet a été présenté comme un grand pas vers la communication et l'abolition des frontières. Nous serions tous membres d'une grande communauté mondiale. Pourtant dès l'origine, ce projet était piloté par l'armée américaine. Désormais Internet est au main de fondations composées de grandes corporations. Si Internet est une grande communauté, elle est principalement une grande communauté de consommation ! La pub « fleurit » sur la grande majorité des pages et nos mails sont pourris par les spams. De plus, les frontières que l'on disait abolies sont encore là. Peut-être plus sous une forme physique, géographique, mais au moins économique. En France, moins d'un foyer sur deux est équipé en micro-informatique (40% en 2003). Sur ces personnes, 28% ne sont pas connectées au net. On compte également plus de 50% de la population française qui ne s'y serait jamais connectée. Et nous ne parlons même pas des pays en voie de « développement » ! Même si ces chiffres tendent à diminuer, on ne peut que constater que ce réseau n'est pas si mondial qu'ils le prétendent. Même si ce n'est pas forcément du qu'à des problèmes économiques, on ne peut que constater que ce sont dans les pays les plus riches que les taux d'équipement et de connexions sont les plus grands.

On voit bien également que la soi-disante gratuité d'Internet est aussi un leurre : il faut payer pour s'équiper, puis payer un fournisseur d'accès, et encore payer pour avoir accès à d'autres services (ou accepter la publicité). Il en va de même pour le libre échange de l'information, même si nous ne le voyons pas forcément, il existe tout un contrôle des échanges de données. Le réseau Échelon, les récentes lois sécuritaires (LEN, LSI, LSQ), les dernières arrestations pour téléchargement illégaux le rendent de plus en plus criant.

Bien que ce bilan soit relativement sombre, on peut avoir l'impression que l'informatique est nuisible et qu'il serait souhaitable de l'abandonner, du moins l'informatique telle que nous la connaissons. Cela est peut-être vrai, mais le problème est bien plus complexe. En effet peut-on laisser cette technique à nos seuls « ennemis », qui eux continueront à l'utiliser pour nous dominer et nous exploiter ? Est-ce que l'informatique peut-être « réformée » ou « révolutionnée » ? Comment l'informatique pourrait exister dans une société libertaire et de décroissance ?

Une première lueur d'espoir vient du monde des logiciels libres. Rappelons que les logiciels libres (dont les plus connus sont le système d'exploitation GNU/Linux, la suite office OpenOffice.Org, le logiciel de dessin Gimp et le navigateur Internet Mozilla) sont des logiciels disposant d'une licence d'utilisation (en général la GPL : General Public Licence) qui garantit quatre « libertés » : liberté d'exécuter, d'étudier (ce qui impose de distribuer le code source avec le logiciel), de modifier et de redistribuer ce logiciel. La gratuité ne sera qu'une conséquence de ces libertés et non l'un des objectifs des logiciels libres. Pour que ces libertés soient réelles, elles doivent être irrévocables. Le monde du logiciel libre est extrêmement varié et pas forcément (voire rarement) politisé. Bien que leur but n'est pas l'abolition du capitalisme, il se trouve que le mode de conception de ces logiciels, de par la licence, ne se situe plus sur la compétition mais sur la collaboration et l'aide entre utilisateurs. Malheureusement les logiciels libres restent souvent liés à l'Etat (par le biais soit de subventions soit par la collaboration d'universitaires qui peuvent développer, ou aider au développement, dans le cadre de leur travail) et aux entreprises commerciales (soit par des subventions de grandes entreprise dans une logique de guerre commerciale, soit par le développement de logiciels libres dans l'optique de vendre des prestations de service associées à ces logiciels). Les logiciels libres sont, au niveau informatique, le mouvement le plus proche des anarchistes, mais leur non-remise en cause du capitalisme ni même de la surproduction montrent les limites de cette voie.

Un second espoir serait la mise en place d'une récupération et d'une mise en commun de vieux ordinateurs. Le but est triple : tout d'abord permettre de réduire les inégalités économiques à l'accès pour tous à l'informatique, ensuite de rompre le cycle de la consommation effrénée, et enfin de lutter contre la pollution. Toutefois, la récupération ne prend place que dans des sociétés de surconsommation. Ce n'est pas à proprement parler une solution, du moins d'un point de vue radical, mais plutôt une régulation. Cette « solution » reste de l'ordre du développement durable, et d'autres propositions devront être trouvées dans une optique de décroissance.

Enfin, une dernière perspective est celle des médias alternatifs, via Internet, comme moyen de propagation et d'explication de nos idées et de nos actions. Encore une fois, les limites de cette solution apparaissent vite : quelles informations veut-on publier (trop d'information ne tue-t-elle pas l'information ?), est-ce que le temps passé à s'informer (et à informer), à analyser et à vérifier, nous laisse le temps pour agir ?

Ces solutions restent tout de même des solutions par défaut. Elles ne s'attaquent pas réellement à la racine du problème, mais plutôt à ses conséquences. Mais existe-t-il vraiment une solution ?

Gijomo
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 04 Mar 2006 19:30    Post subject: Reply with quote

Qq. nouvelles directions :

1.Diminution drastique du nombre d'ordinateur
2.Partage ou collectivisation des ordi déjà la.
3.Pas de jeux sur les ordinateurs.
4.Désinformatisation (il ne faut plus que l'informatique soit nécessaire).
5.O.S orienté prioritairement vers la légèreté (c'est la tendance actuelle qui gouverne : de plus en plus de mémoire nécessaire), qui demande le moins de puissances.
6.Recherche de la diminution d'énergie nécessaire à la fabrication et à l'etretient des machines.
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dams



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PostPosted: 06 Mar 2006 14:04    Post subject: Reply with quote

euh, j'ai l'impression de pas bien tout comprendre dans l'histoire de la commutation. Bug-in (ou un autre), peux-tu me le refaire autrement STP?
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 06 Mar 2006 21:38    Post subject: Reply with quote

quelle "commutation"?
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dams



Joined: 30 Aug 2005
Posts: 437

PostPosted: 06 Mar 2006 22:19    Post subject: Reply with quote

Quote:
La métaphore du réseau n'est-elle pas purement rhétorique en face de sa réalité technique, la commutation ?


désolé, c'est du Deun, pas du Bug-in. Ma demande reste la même: Deun, tu peux me la refaire autrement STP?
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 08 Mar 2006 10:54    Post subject: Reply with quote

C'est qu'on parle énormément de "réseaux" de nos jours.
C'est une métaphore assez pauvre en elle-même, qui n'aurait pas ce succès en l'absence d'un réseau d'ordinateur communicant entre eux...
Or, sur le plan technique des télécommunication, c'est la commutation qui fait le réseau. Soit des circuits qui passent d'une configuration à une autre, en fonction d'une série d'interrupteur ouverts ou fermés.
Voilà pour la réalité technique du réseau.

Quant à l'être humain branché dessus, il en vient à mimer cette commutation.
Exemple : le volume de mails quotidien à lire et à traiter par l'internaute dans un cadre professionnel ou "militant". Passer d'un mail à un autre nécessite le passage d'un état mental à un autre, car tous les mails ne se situent pas au même niveau d'intérêt, d'urgence, de nature, etc.
Le classement automatique par critères (solution technique) ne change rien, si ce n'est qu'il introduit un travail à la chaîne qui mime aussi l'architecture informatique (machines spécialisées sur certains traitements, afin d'assurer des temps de réponses correctes).
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