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L'analyse de la technique selon J. Ellul (essai de synthèse)

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 24 Apr 2005 15:38    Post subject: L'analyse de la technique selon J. Ellul (essai de synthèse) Reply with quote

La décroissance tourne beaucoup autour de l'analyse critique de la technique : mais au sein des penseurs de la décroissance il y a diverses approches. On a l'approche de Bernanrd Charbonneau (que personnellement je ne connais pas), d'André Gorz, d'Ivan Illich, de Jacques Ellul. Ces mêmes analyses de la techniques sont plus ou moins liées à d'autres pensées de la science, de la technique : Max Weber et son concept de désenchantement ( ou plutôt de dé-magification), Oswald Spengler, Husserl, heidegger, etc.. J'aimerai, pour le site décroissance-info, avec de petits articles, présenter les principales thèses de la première série d'auteurs. Voici ce qui pourrait être possible pour Ellul :


Jacques Ellul et l'analyse du système technicien.

Le théologien protestant Jacques Ellul a développé sa critique de la technique dans trois livres :

- La Technique ou l'enjeu du siècle (1954).
- Le Système technicien (1977).
- Le Bluff technologique (1988).

Les influences sur la pensée d'Ellul :

Une première de ses influences vient tout d'abord d'un certain courant personnaliste des années 1930 proche de A. Dandieu et d'Ordre Nouveau. Ellul est aussi influencé par Karl Marx (principale influence de son premier ouvrage), par le sociologue allemand Max Weber et plus particulièrement par l'analyse heideggérienne de la technique. Il faut noter également avant de lire tout ce qui va suivre que la critique d’Ellul n’est pas animée d’aucune nostalgie pour un quelconque état social antérieur (comme le démontre Dominique Bourg).

Dans l’exposition de l’analyse ellulienne de la technique, je suis le plan et de nombreuses réflexions pertinentes de l’article de Dominique Bourg, « Jacques Ellul ou la condamnation morale de la technique » dans Cahiers Jacques Ellul. Pour une critique de la société technicienne. N°2 2004. Cette revue vient de sortir son numéro 3 au printemps 2005 suite au colloque de septembre 2004 qu’il y a eu à l’université de Poitiers. Ce colloque a d’ailleurs été l’occasion d’une manifestation des décroissants de Poitiers pour y faire venir la presse régionale.

Ellul propose une série de thèses :

- la thèse de l'autonomie de la technique.

- une définition de ce qu'est la technique :

il ne faut pas confondre la technique et la machine car le domaine d'application de la technique dépasse le seul domaine des machines et de la production industrielle.

la technique n'est pas une simple application de la science car la science est bien plutôt " devenue un moyen de la technique ".

la technique ne peut pas être définie en termes purement économiques, à savoir comme la cause d'un accroissement du rendemenent (exemple les procédés modernes de la chirurgie n'ont rien à voir avec la recherche du rendement).

Pour Ellul chaque technique est une méthode en vue d'un résultat, un agencement de moyens en vue d'une fin.

- la thèse de la distinction entre l' " opération technique " et le " phénomène technique ". L'opération technique est tout travail fait par une certaine méthode pour atteindre un résultat (exemple le travail d'éclatement des silex). Une action qui suit un ordre donné est une " opération technique ". peu importe ici la complexité des procédures et le degré d'efficacité. La cueillette des myrtilles dans une société de chasseurs-cueilleurs et la conduite d'une machine à commande numérique sont indifféremment des opérations techniques. Le " phénomène technique " est différent de l' " opération technique " car il résulte de la double intervention de la conscience et de la raison sur le champ de l' " opération technique ". Cette double intervention " fait passer dans le domaine des idées claires, volontaires ce qui était du domaine expériomental, inconscient et spontané ". La prise de conscience des avantages que l'on a pu tirer dans un domaine particulier grâce à une technique plus performante, arrache les hommes à leurs habitudes ancestrales. Lé phénomène technique résulte de la recherche de l'efficacité optimale. Là où prévaut encore des traditions, des arts de faire séculaires, des expériences individuelles appuyés sur le " pragmatisme " et l' " instinct ", advient la mise à distance de toutes ces pratiques et la volonté de substituer des procédés plus adaptés fondés sur le calcul. Ellul dit alors que si les techniques sont volontairement réfrénées et cantonnées par les grandes civilisations du passé, elles deviennent aujourd'hui ce sur quoi se concentre la volonté collective et sont érigées en valeur quasi suprême. Toutes les activités humaines sont soumises à une intense rationalisation. Dominique Bourg écrit à propos des analyses d'Ellul, " avec le phénomène technique, l'essentiel ne concerne pas tant le changement des techniques mêmes (...) que la transformation de la relation de la société aux opérations techniques. Celle-ci résulte de l'avènement d'un a priori de perception qui conduit les hommes à privilégier la dimension de l'efficacité, au détriment de toutes les autres, voire au prix de la destruction de toutes les autres potentialités humaines. Cet a priori de perception favorise ainsi l'expansion universelle des techniques et l'intégration des machines à la société ". Cet a priori de la perception qu'est la promotion de l'efficacité, est l'essence même de la technique. Ellul pourtant avoue son impuissance à comprendre l'origine de cette disposition nouvelle de la perception (pour répondre justement à cette question le livre de Michel Henry, La Barbarie, est très éclairant). Ellul ne fait qu'avancer que deux hypothèses pour comprendre l'apparition de l'essence de la technique : l'accroissement de la population et l'isolement des individus privés de toute protection communautaire car condamnés à la massification.

- la thèse des caractères du phénomène technique.

Pour Ellul la technique a 7 caractères. La rationalité, l'artificialité, l'automatisme, l'auto-accroissement, l'insécabilité, l'universalisme et l'autonomie. Tous ces traits ne sont que des variations autour de la caractéristique essentielle de la technique, l'indépendance et l'autonomie à l'égard de son promoteur, l'homme. Ainsi la technique ruine en premier lieu toute possibilité de choix (caractère liberticide de la technique). A partir du moment où l'idée de la nécessité d'un perfectionnement général des moyens s'impose, toute une série de décisions semble s'enchaîner d'elle-même, de façon automatique. D. Bourg écrit " s'il convient uniquement de rechercher dans telle situation le moyen le plus efficace de parvenir à une fin déterminée, il n'existe par définition qu'une solution, identifiable par des procédures impersonnelles. L'agent réel de la décision est alors la technique elle-même, en ce sens que la décision découle de la logique qui préside à l'agencement même des moyens. Cette limitation de la liberté humaine prend toute son ampleur du fait de l'extension, aujourd'hui universelle, des moyens techniques de toutes sortes. L'impératif de la recherche de l'efficacité immédiate s'impose partout et dévalorise tout ce qui lui est étranger. A commencer par tous les modes de vies antérieurs. " De plus l'accroissement de la technique obéit à une certaine automaticité : les techniques s'engendrent en effet elles-mêmes. Le phénomène technique nous porte à nous concentrer sur les seuls moyens. Ainsi " l'auto-acroissement dont il vient d'être question a pour conséquence la négation de toute finalité. Les techniques s'engendrent en effet d'une façon quasi mécanique, sans qu'il soit réellement question de leur usage. Peu importe, par exemple, la question de savoir pourquoi nous produisons, l'essentiel étant de produire plus et mieux. La technique, c'est-à-dire l'ensemble des moyens semble alors ne plus obéir à aucune fin étrangère." Chaque technique délimite d’ailleurs elle-même l’usage qui peut en être fait. On ne saurait donc opposer le « bon » et « mauvais » usage de la technique. D. Bourg poursuit, « Orientées vers l’efficacité dans u domaine circonscrrit, insécables et inséparables de leur usage, se développant selon des normes propres, les techniques peuvent ainsi être réputées étrangères à toute forme de considération morale. » Ainsi pour Ellul la technique doit être déclarée autonome : « les moyens de toutes sortes prolifères sans que nous soyons encore en msure de leur assigner véritablement une fin. Nous ne contrôlons plus leur essor. Alors pour Ellul, ‘il n’y a pas d’autonomie de l’homme possible en face de l’autonomie de la technique » (p.126 de La technique ou l’enjeu du siècle).

- la thèse du lien entre la technique et la logique totalitaire.

La civilisation technicienne est liberticide et conduit à l'anéantissement de la vie intérieure et privée : Autrement dit pour Ellul (mais pas seulement pour lui, c’est une thèse classique de l’analyse de la technique) la civilisation technicienne annihile notre liberté. D. Bourg poursuit : « L’essence même de l’Etat technique est en effet, pour Ellu, totalitaire. Mais ce d’une façon dissimulée, contrastant avec les incarnations brutales du totalitarisme. Il y a tout d’abord une opposition de principe entre la souveraineté populaire et l’ordre technique. Ou bien le pouvoir de décider relève du peuple souverain, ou bien il ressortit à de pures considérations techniques. Il n’y a, selon Ellul, aucune échappatoire à cette alternative. C’est pourquoi la démocratie propre aux états libéraux ne peut être que purement « formelle ». Plus encore, la logique de l’Etat technicien et plus généralement celle de l’administration, fût-ce dans le cadre des grandes entreprises, est dans son essence concentrationnaire. » La logique technique et la logique administrative sont celles du contrôle social absolu, indolore et discret. C’est cela pour Ellul le totalitarisme de l’avenir dont l’organisation technique du monde serait selon lui porteuse. Pour lui certes cette civilisation technicienne n’est pas concentrationnaire car il n’y a pas d’atroce, il n’y a pas de démence, « tout est nickel et verre, tout est en ordre et les bavures des passions des hommes y sont soigneusement briquées. Nous n’avons plus rien à perdre et plus rien à gagner, nos plus profondes impulsions, nos plus secrets battements de cœur, nos plus intimes passions sont connues, publiées, analysées, utilisées. L’on y répond, l’on met à ma disposition exactement ce que j’attendais et le plus suprême luxe de cette civilisation de la nécessité, est de m’accorder le superflu d’une révolte stérile et d’un sourire consentant » (Ellul, p.388 La technique ou la question du siècle.). Pour résumer : l’ultime conséquence du mode de vie technicien serait de mettre en danger la « vie intérieure » ou « privée ». Il y a en effet selon Ellul une opposition déchirante entre l’homme façonné par la technique et l’ « homme privé avec toutes ses attaches au passé, sentimentales et intellectuelles ». Cette tension ne peut que conduire à l’éradication de la vie privée, au profit de l’avènement d’un type d’homme nouveau, entièrement prosaïque. Toute réflexion existentiale, spirituelle et profondément artistique ou essentiale sont menacées en un sens radical.

Sur cette question de l’Etat technicien démocratique, Ellul exprime les mêmes positions qu’Heidegger. En effet le philosophe allemand déniait aussi l’existence de toute différence fondamentale entre les régimes démocratique américain et communiste soviétique en raison du rôle joué de part et d’autre par la technique. Ainsi pour Heidegger « la Russie et l’Amérique sont toutes deux, au point de vue métaphysique, la même chose ; la même frénésie sinistre de la technique déchaînée, et de l’organisation sans racines de l’homme normalisé » ( Introduction à la métaphysique)

- la thèse de l'existence d'un système technicien.

Ellul affirme cette thèse en disant que l’ensemble des techniques constituent un réseau objectif et indépendant de techniques. D. Bourg pour présenter la pensée d’Ellul, « alors que l’essor des techniques avait été impulsé et soutenu par l’intention technique du corps social, la technique se dresse désormais en face de ce même corps social, comme un corps étranger. D’où la différence établie par Ellul entre société technicienne et système technicien. La société n’est plus seulement en proie à la fascination de l’efficacité, elle a engendré en elle, et selon Ellul contre elle, un système autonome des techniques. Voici ce qu’écrit Ellul : « on ne peut modifier une technique sans provoquer des répercussions, des modifications sur un grand nombre d’objets ou méthodes. Ensuite, les combinaisons entre les techniques produisent des effets techniques, engendrent de nouveaux objets ou de nouvelles méthodes. Et ces combinaisons ont lieu de façon nécessaire, inévitable ». Puis le « système est lui-même composé de sous-systèmes : système ferroviaire, postal, téléphonique, aérien, système de production et distribution de l’énergie électrique, processus industriels de production automatisée etc. Ces sous-systèmes se sont organisés, adaptés, modifiés progressivement afin de répondre aux exigences provenant entre autres de la croissance de la dimension de ces sous-systèmes, et de la relation qui s’établissait peu à peu avec les autres ». Pour Ellul, cette inter-dépendance entre les différents éléments du système s’intensifie avec l’avènement de l’informatique ; elle n’est pas une technique parmi d’autres, mais celle qui permet de tisser un lien entre toutes les autres et autorise ainsi l’achèvement du système. Le dit système tend à résorber tout ce qui n’est pas lui. Il devient alors « l’élément enveloppant à l’intérieur duquel se développe notre société ». Du coup explique D. Bourg, « l’homme déchoit de son statut de sujet pour ne plus être que l’objet du système. » L’homme ne dispose plus d’ « aucun point de référence à partir de quoi il pourrait juger et critiquer la technique » (Elllul).. Ce système est enfin étranger à tout ce qui peut donner « à la fois des raisons de vivre et une angoisse », « il ruine notre faculté de symbolisation, notre aptitude constitutive à conférer un sens au monde

- la thèse de l'existence d'une idéologie promouvant la technique.

Dans Le Bluff technologique (1988), Ellul décortique l’événement d’un « discours séducteur des techniques », d’un « bluff technologique ». Ce discours contribue à la « création d’une nouvelle idéologie de la science », et il émane aussi bien des hommes politiques, des économistes, des théoriciens de la technique que des techniciens supérieurs eux-mêmes. D. Bourg continue, ce discours « dispose en outre d’une sorte d’assentiment spontané de la part du public. Il vise à favoriser l’adhésion de tous au système technicien afin d’en faciliter la croissance, et recourt pour ce faire à une banalisation rassurante de la technique. ». Pour Ellul, l’enjeu ultime de cette entreprise de persuasion est une « intégration de l’homme et du corps social dans l’univers technique », et donc la destruction de toutes les potentialités humaines autres que techniques (Ellul). Ellul, parle alors d’ « encerclement » et d’un « débordement des hommes et de la société » reposant notamment sur la « suppression du jugement moral ».

- la thèse de l'aliénation du sujet par le divertissement que provoque la technique.

La dernière grande thèse ellulienne est construite à partir de la catégorie pascalienne du divertissement. Cette critique part donc de l’aphorisme de Pascal : " les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser ». Ainsi Ellul va jusqu’à parler de la « perversion de l’homme par la technologie ». « L’homme est diverti, c’est-à-dire, d’une part détourné de penser à soi-même, à sa condition humaine, et aussi détourné des plus hautes aspirations, du sens de la vie, des objectifs supérieurs ». La technique nous divertit. Autonome, elle échappe à notre contrôle. Seules les spécialistes et professionnels disposent d’éléments parcellaires pour appréhender une région spécifique de l’univers technique. Plus personne, dans son unicité, ne peut comprendre l’ensemble de l’univers technique qui échappe dès lors à l’homme.

Pourtant pour Ellul, la technique est ambivalente. Elle serait ainsi à la fois bénéfique et destructrice. Elle est à la fois un Monstre mais aussi exprime les potentialités humaines les plus heureuses. Cependant si la technique ne pose pas en soi de problème, c’est son autonomie qui propage la mort dans l’humanité et ravage la Terre.


Last edited by Kobayashi on 09 Jun 2006 14:44; edited 2 times in total
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bug-in



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PostPosted: 24 Apr 2005 23:44    Post subject: Reply with quote

Coucou Koba!
Ca tombe bien j'ai révisé mon Ellul pendant quelque heures il y a peut Clin d'oeil

Bon alors a mon sens l'article que tu nous propose là me semble un peut trop hard et peut pédagogique contrairement a ton article sur les transports.

Par ailleurs soyons clair il ne s'agit pas de la pensée d'Ellul clairement dans le texte mais de son interprétation par Dominique Bourg. Je ne dis pas ça pour la rejeter, juste pour fixer l'objectif : Retranscrire la pensée d'Ellul ou Parlé de la critique technicienne à partir d'Ellul jusqu'a nos jour ?

Car à ce momment va falloir parlé de Illich, L'Encyclopédie des Nuissances, Bertrand Louard mais aussi de Jean-Pierre Dupuy qui dans son livre "Pour un catastrophisme éclairé" reprend, améliore et ajoute pas mal de chose fort sympathique (un peut hard par fois, mais très interressant... 8€ ou bibliothèque.) Le livre vulgarisateur "Jacques Ellul, l'homme qui avait presque tout prévu" de Jean Luc Porquet, certes se répète parfois et ne fait pas ce qu'il dit faire dans les titres mais épluche une importante bibliographie commenté sur le domaine Ellul...

Pour Dominique Bourg il serai nécessaire a mon avis de préciser qu'il est pour le dévellopement durable.

A mon sens on pourrait commencer l'article (s'il s'agisait d'une présentation générale d'une observation de l'évolution problématique de la technique) par expliquer pourquoi et comment (a partir de quoi) la technique devient "dangeureuse" ou contreproductrice (Illich) et ensuite expliquer les particularité observé du système technicien avec les problèmes qu'ils posent. Et ensuite par exemple chaque article de Décroissance info pourraît être un dévellopement des divers problèmes repéré et l'esquisse de qq. points de passages plus agréables (que formule parfois Illich).

Pour apporter un peut d'eau au moulin, qq. explications (du moins si j'ai moi aussi bien compris) :

Nous pourrions partir d'une anthropologie (emprunté à Spinoza), au départ des hommes guidé par leurs passions. Pour des raisons de contraintes de TEMPS, ces hommes s'assemblent en fonction de leur affect pour élaboré ce qui permettra leur survie, comme celà ne leur suffit pas, il mettent aussi en place des Techniques. Les techniques ont pour but de Franchir les limites, elles servent d'intermédiaire entre la matière et l'homme.
Seulement voilà, au lieu de continué par un appui équilibré homme-technique pour fonder qq.choses de vivable. C'est la technique qui sera en position de force.
Cette position de force, ce met en place en présence d'un terreau favorable : des hommes qui ne sont plus que des éléments rigoureusement isolé, lorsque le lien social tend à disparaitre.
Ces hommes qui doivent subvenir à une productivité élémentaire pour la vie on 2 modes de productions possibles :
un mode autonome.
un mode hétéronome.
Le mode hétéronome implique l'intervention d'un agent mendaté (un personne dont on reconnait le status symbolique de savoir) pour la production cherché, comme le professeur, le thérapeute.
"Passé certain seuil critique de développement, la production hétéronome engendre une complète réorganisation du milieu physique, institutionnel et symboloique, telles que les capacités autonomes sont paralysées" [1].

Nous en sommes là. Le mode hétéronome se répend et donc en abscence de lien social fort, l'homme se repose sur la technique. C'est ainsi qu'elle devient non plus un moyen qq.conque, mais un des buts, La Technique devient une prothèses, elle devient des béquilles nécessaire à la vie. Elle renforce celui qui l'utilise qui lui même renforce la technique puisqu'elle lui permet sa puissance sur le hors-soi. Son avènement permet l'aliénation de la vie vécu en vie spectaculaire [renvoie à Guy Debord].

Alors que "l'hétéronomie n'est ici q'un détour de production au service d'une fin qu'il ne faut pas perdre de vue : l'autonomie" et de plus la "production hétéronome peut vivifier intensément les capacités autonomes de production de valeurs d'usage".
C'est la qu'intervient la contreproductivité.
Fruit de la paralisation des capacité autonomes par un excès de production hétéronome. C'est un cercle vicieux divergent nommé ainsi (contreproductivité) par Ivan Illich.
"L'appauvrisement des liens qui unissent l'homme à lui même, aux autres et au Monde devient un puissant générateur de demande de substitut hétéronome, qui permettent de survivre dans un Monde de plus en plus aliénant, tout en renforçant les conditions qui les rendent nécessaires. Rsultat paradoxal : passé les seuils critiques [Quels sont ils?], plus la production hétéronome croît, plus elle devient un obstacle à la Réalisation des objectis même qu'elle est censée servir : la médecine corrompt la santé, l'école bêtifie, le transport immobilise,les communications rendent sourd et muet, les flux d'information détruisent le sens, le recours à l'énergie fossile, qui réactualise le dynamisme de la vie passée, menace de détruire toute vie future et , last but not least, l'alimentation industrielle se transforme en poison"[1]

Pour Ellul pas de toute c'est une des conséquences de l'autonomie de la technique qui par ailleurs possède des facultés bien à elles :

Elle est devenu un système c'est à dire qu'elle nécessite tout un appareillage avant et après elle, elle devient la recherche du meilleur moyen dans tous les domaines, pour caractériser notre société rien de mieux que société technicienne.
Elle rend l'avenir impensable car la Technique est trop rapide et ce trop est partout.
Elle échape à tout contrôle Ethique, cequi peut être fait, le sera. Que l'on soit de droite ou de gauche on ne peut en faire un bon usage.
Elle est autonome càd qu'elle n'a plus besoin d'une volonté humaine en autre parcequ'elle créé des problèmes que seule elle même peut résoudre.
Elle n'est qu'affaire d'expert et correspond à une sorte de religion (L'Automobile Qui Donne La Liberté, La Télévision Grâce à Laquelle Nous...).
Elle est une parcélisation globalisante c'est à dire qu'elle tend à être universelle tout en restant dans des enjeux parcéllaire, elle ne peut s'attaquer à un problème écologique ou politique efficacement.
Elle tend à rendre tous les problèmes visible et résolvable uniquement par la technique.

Enfin elle à ses armes pour se propager : la propagande industrielle [publicité] l'éducation par la reproduction (voir Bourdieu) et la promesse du progrès.

Elle à aussi tout de même ses limites naturelles : Le manque de ressource énergétique : "on ne peut poursuivre un développement infini dans un monde fini"[charbonneau en 1944).

[1] Jean Pierre Dupuy, pour un catastrophisme éclairé.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 25 Apr 2005 9:00    Post subject: Reply with quote

Salut bug. Content d'écrire un article (ou plusieurs) avec toi sur la technique. Je ne savais pas que Dominique Bourg était pro-développement durable. Il a écrit un livre L'homme-artifice : le sens de la technique que je n'ai pas lu.

Je suis d'accord sur le caractère pas très pédagogique de l'article. mais j'étais un peu obligé de conserver les notions, concepts de Ellul ou les réflexions de D. Bourg pour rester au plus près d'un article descriptif et non interprétatif (même si j'y ai mis des interprétations de Bourg). Je pense que j'essayerai de le revoir et de " fluidifier " le phrasé. Sinon je me suis inspiré de l'article de D. Bourg justement pour sa clarté (j'ai suivi son plan) et sa manière d'aller au coeur des éléments de chaque thèse.

Sinon je pense qu'on peut suivre la logique que tu exposes là

bug a écrit :
Quote:
A mon sens on pourrait commencer l'article (s'il s'agisait d'une présentation générale d'une observation de l'évolution problématique de la technique) par expliquer pourquoi et comment (a partir de quoi) la technique devient "dangeureuse" ou contreproductrice (Illich) et ensuite expliquer les particularité observé du système technicien avec les problèmes qu'ils posent. Et ensuite par exemple chaque article de Décroissance info pourraît être un dévelopement des divers problèmes repéré et l'esquisse de qq. points de passages plus agréables (que formule parfois Illich).


J'avais en effet dans l'idée première, de faire ce que j'ai essayé de faire pour Ellul, mais avec Illich, Charbonneau, Gorz, Dupuy, Gras... (je te cache pas que j'aurai aussi bien aimé parler de M. Henry ou d'Heidegger). Mais réflexion faite, ça fait un peu catalogue descriptif, et il manquerait une logique globale de la vision décroissante de la technique.

La logique de l'article que tu exposes me convient donc. Et le début d'article que tu exposes au-dessous est un bon départ pour notre réflexion. Comme tu le fais, il faudra faire des liens et des ponts entre les différentes analyses (concepts, notions...) des auteurs dont on parlera. Comme on ne pourra pas tout dire, il faudra se mettre d'accord sur qu'elles notions, concepts, analyses on incorpore au texte. Par exemple pour Ellul il faudra parler de l'autonomie, de l'auto-accroissement de la technique... Bon enfin ce sera mieux de se voir cette semaine (ou la suivante comme tu veux) pour en discuter.

Ps : faudrait surtout que je le relise le livre de Dupuy parce que c'est loin tout ça. Sinon Dans un article d'Alain Gras que j'ai sous les yeux (" J. Ellul, l'illusion du progrès technique et la nécessité de la décroissance " dans Cahiers JAcques Ellul, n°2 2004), il dit que lui même revoit les thèses sur la technique de Ellul, Charbonneau et Illich, dans Fragilité de la puissance. Comment se libérer de l'emprise technologique (Fayard, Paris, 2003) tu as lu ? parce que moi pas. On devrait peut-être y jeter un coup d'oeil pour nous aider...


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Deun



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PostPosted: 25 Apr 2005 9:33    Post subject: Re: L'Analyse de la technique selon Jacques Ellul. Reply with quote

Kobayashi wrote:
La décroissance tourne beaucoup autour de l'analyse critique de la technique : mais au sein des penseurs de la décroissance il y a diverses approches. On a l'approche de Bernanrd Charbonneau (que personnellement je ne connais pas), d'André Gorz, d'Ivan Illich, de Jacques Ellul. Ces mêmes analyses de la techniques sont plus ou moins liées à d'autres pensées de la science, de la technique : Max Weber et son concept de désenchantement ( ou plutôt de dé-magification), Oswald Spengler, Husserl, heidegger, etc.. J'aimerai, pour le site décroissance-info, avec de petits articles, présenter les principales thèses de la première série d'auteurs. Voici ce qui pourrait être possible pour Ellul :


Jacques Ellul et l'analyse de la technique.



Pas facile de résumer Ellul... mais ton résumé me semble pas mal.

Personnellement je préfererais le titre "Jacques Ellul et l'analyse du système technicien" ou alors mettre "Technique" avec un grand T.

En effet il faut insister je crois que l'étude de Ellul ne porte pas sur les objets techniques pris isolément (d'autres auteurs le font bien mieux que lui, les sociologues des techniques influencé par Latour, Akrich..., notamment), mais les ensembles de techniques en relation entre elles (et qui forment un tout intégré, avec les caractères dont parle Ellul : auto-accroissement, etc).

Du coup, parler de "technique" ça risque d'induire en erreur et de manquer ce qui fait la spécificité du regard de Ellul sur les techniques modernes. Or, bien qu'il y ait moult auteurs qui nous parlent de techniques, bien peu ont à coeur de poser le problème des relations entre techniques, tout en veillant à ne pas limiter le regard aux objets (les machines) mais en intégrant aussi les "routines" intellectuelles qui vont avec.

Et c'est à ce niveau que l'autonomie du système technicien peut s'observer empiriquement, sans relever du délire paranoïaque : autant la relation des personnes aux techniques ne fait pas problème, autant le souci de "connecter" les techniques entre elles évacue de fait les valeurs humaines, car ce sont les contraintes techniques qui guideront les choix en priorité.

Ainsi pourrions-nous lister un série d'exemples concrets sur ce point, pour ne pas en rester au niveau conceptuel
(de fait, les exemples de Ellul ne sont pas toujorus parlant, parce qu'anciens):
- relation de la voiture individuelle à l'aménagenement de l'espace, thème dont tu nous as déjà parlé ici
- je pourrais chercher dans mes archives un document (confidentiel Cool ) qui montre le fonctionnement d'un lobby rassamblant constructeurs autonomobiles et opérateurs téléphoniques
- on pourrait d'ailleurs s'en tenir à tous ce qui est lié à la voiture, et montrer comme un certain volontarisme technicien se met en cohérence avec les contraintes techniques, en faisant mine de porter un projet "politique" qui est en fait du vent (d'où le livre "l'illusion politique" du même Ellul...).

Kobayashi wrote:

Cette revue vient de sortir son numéro 3 au printemps 2005 suite au colloque de septembre 2004 qu’il y a eu à l’université de Poitiers. Ce colloque a d’ailleurs été l’occasion d’une manifestation des décroissants de Poitiers pour y faire venir la presse régionale.


Tu y étais? Comment ça s'est passé?
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Deun



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Location: Colombes(92)

PostPosted: 25 Apr 2005 10:05    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
il [Alain Gras] dit que lui même revoit les thèses sur la technique de Ellul, Charbonneau et Illich, dans Fragilité de la puissance. Comment se libérer de l'emprise technologique (Fayard, Paris, 2003)


Non il ne parle pas Ellul dans ce livre, il dit seulement dans un note de bas de page que c'est Ellul qui l'inspire.
Le sujet du livre est l'importance de l'énergie fossile, et notre dépendance vis-à-vis d'elle.

Pour moi il manque toujours une sociologie du système technicien: ce qui signifie des enquêtes documentées et une armature théorique claire.
Or ce qu'on a actuellement c'est d'un côté des ouvrages philosophiques touffus évitant d'illustrer concrètement leurs propos par des exemples non simplistes, et de l'autre des choses très empiriques (en sociologie des techniques) mais sans recul critique ni regard global. C'est mortel ! A mes yeux, seul Ellul a tenté ce projet, mais il n'a pas été suivi, en dépit de ceux qui se disent influencé par lui.

Il faut dire aussi que ses ouvrages peuvent être mal interprétés, à savoir dans un sens de diabolisation pure et simple des techniques... à mon sens la raison en est la faiblesse des illustrations concrètes. De fait Ellul n'était pas un technicien, comme tous ceux qui écrivent sur la technique. Il y a une exception : Simondon, et Ellul fait souvent son miel avec cet auteur qui apporte de l'eau au moulin de la thèse de l'autonomie des techniques, même si c'est pas son sujet... Mais Simondon, pour ce que j'en ai compris, avait un rapport personnel à la mécanique, à l'électronique, et aimait bricoler. Il est donc plus nuancé que Ellul, pas du tout militant, et reste dans un travail d'élaboration conceptuelle philosophique, mais qui vaut vraiment la peine d'être lu.
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Kobayashi



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PostPosted: 25 Apr 2005 10:25    Post subject: Reply with quote

Deun comme tu as pu voir j'ai opté en titre : " Jacques Ellul et l'analyse du système technicien " qui en effet est plus explicite

Sur les autres points, en effet, la sociologie des techniques ou de la science (telle qu'elle est par exemple pratiquée par Bruno Latour, même si j'admire tout de même son oeuvre) est envasée dans l'empirisme. Mais je sais pas trop ce qui se passe du côté de l'analyse "systémique " pratiquée par les disciples ou lecteurs d'Edgar Morin. Peut-être que leur littérature a plus de recul ? du moins c'est ce qu'ils prétendent faire, même si leur objet n'est pas à proprement le système technicien.

Présenter des exemples concrets est une idée dont on ne pourait se passer. Que chacun fasse des propositions sur ce post, on intègrera par la suite.

Sinon le colloque sur Jacques Ellul a eu lieu du 22 au 24 octobre 2004 à Poitiers. Je n'y étais pas. Mes informations viennent de mails de militants décroissants sur Poitiers. A l'origine François Schneider et Jujube (son âne) devaient passer par la ville lors du colloque pour créer un mini-évènement dans la presse régionale. Je ne sais pour qu'elle raison F. Schneider a préféré un parcours dans le sud de la France. Mais les militants se sont tout de même manifestés autour de cet évènement (buffet décroissant...). Bon, c'est sûr, on les a pas vu au 20 heures !!! Sourire

Par contre Simondon j'ai jamais lu...
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Deun



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PostPosted: 26 Apr 2005 9:29    Post subject: Reply with quote

Edgar Morin, j'ai un livre de lui, "sociologie"... mais ça me tombe des mains. Enfin, je ne veux pas te décourager d'explorer un peu de ce côté-là.

Quote:
Deun comme tu as pu voir j'ai opté en titre : " Jacques Ellul et l'analyse du système technicien " qui en effet est plus explicite


Oui, j'ai vu Sourire

Pour Simondon, "du mode d'existence des objets techniques" est un classique. Je ne l'ai lu que par passages... Il y a notamment le concept de "concrétisation" des objets techniques, qui signifie que ces objets tendent à devenir de plus en plus intégré (chaque pièce est interdépendante des autres). Il prend l'exemple du moteur à explosion...

En fait je crois que le plus intéressant chez Simondon est qu'il s'intéresse au problème du rapport des gens à la technique moderne, et des problèmes que ça pose. Nous sommes placés dans un statut de "minorité technique", qui nous confine dans une position d'usagers de boîtes noires. D'où un divorce entre ce qui devrait être une véritable "culture technique" pour Simondon, mais qui n'existe pas, et la culture tout court, incapable de nous fournir un langage adéquat à la "réalité technique" de notre temps.

Ce thème est très présent chez Ellul aussi. Ce rejoint je pense aussi Illich et le thème de la convivialité.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 27 Apr 2005 13:20    Post subject: Reply with quote

Une fiche sympa sur Le Bluff technolgique de Ellul : http://pages.globetrotter.net/charro/HERMES2/ellul.htm
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pjs



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PostPosted: 30 Apr 2005 19:12    Post subject: jacques ellul, illich, castoriadis et la technique Reply with quote

salut à tous, juste pour signaler que nous (le collectif des luttins s'appelant d'ailleurs depuis peu les renseignements généreux) avons fait une brochure pédago de synthèse sur le sujet, en nous servant justement des auteurs mentionnés. une nouvelle version de celle actuellment accessible sur www.luttins.ouvaton.org sera bientot disponible, sur notre nouveau site.
bonne lecture, et toutes les remarques, critiques, encouragments sont les bienvenus, vous pouvez nous les envoyer à avecnous@no-log.org Clin d'oeil
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pjs



Joined: 05 Feb 2005
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Location: paris

PostPosted: 30 Apr 2005 19:15    Post subject: simondon Reply with quote

bonne chance à ceux qui voudreaient essayer d'approcher la pensée de cet auteur, moi j'y ai renoncé, et pourtant je suis assez attiré par la philo... langage très abstrait, propre terminologie, bref tout un monde conceptuel à pénétrer... en tout cas armez vous de patience Exclamation
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bug-in



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PostPosted: 01 May 2005 22:56    Post subject: Reply with quote

t'inquiète Clin d'oeil
avec du temps ça devrait passer, simondon à aussi eu un article récent sur la revue Multitude.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 26 Jun 2006 15:48    Post subject: Reply with quote

Une recension intéressante et même un peu critique de La technique ou l'enjeu du siècle, d'Ellul : http://perso.orange.fr/js.resurgences/ellul.htm

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais du souvenir vague de la postface qu'il incrimine, j'avais pas eu le même sentiment que l'auteur de la recension. ??
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