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Sortir de l'économie ? kesabo ?

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 30 Sep 2006 0:12    Post subject: Sortir de l'économie ? kesabo ? Reply with quote

Sortir de l'économie ? kesako... Le crépuscule de l'économie raconté à mes enfants

Patrick Viveret pose une question fondamentale à mon sens, et sur laquelle j’aimerais rebondir pour commencer :

Quote:
« Pourquoi ne pourrions-nous pas émettre l’hypothèse que les crises dites économiques que nous vivons sont en fait des crises culturelles liées à la sortie de l’économique ? » (P. Viveret, Reconsidérer la richesse, p. 96).


Très vaste question qui montre l’ampleur de la déconstruction à mettre en œuvre, et sur laquelle je vais essayer de m’exprimer le plus clairement possible (j’espère et c’est pas facile, car je suis pas ni un épistémologue ni un fin pédagogue). Enfin je me lance... Banzaiiii !

Pour moi, l’Economie est un paradigme, c’est un ensemble de valeurs qui mis en relation forment un système. Ainsi quand j’utilise le mot « économie », je l’utilise au sens de S. Latouche, c’est-à-dire comme système ou ensemble auto-référentiel de représentations (S. Latouche, L’invention de l’économie, Albin Michel, 2005, p.8.). « L’histoire de la pensée économique est surtout l’histoire de la construction de l’économique comme pratique et comme pensée, autrement dit la construction de l’économie et de l’économie politique » (Ibid., p. 12.). Si donc on se place dans cette acception du terme « économie », « d’emblée l’économie fait problème, elle n’est pas là comme ça, naturellement, que ce soit comme domaine ou comme logique de comportement, autrement dit, il n’y a pas de substance ou d’essence de l’économie » (Ibid., p. 13.), et donc l’économie n’existe pas de tout temps et en tout lieu. « Les opérations économiques de production, consommation, épargne, investissement, achats, ventes, etc., ne sont ni naturelles, ni universelles, ni éternelles, ni rationnelles (en elles-mêmes) » (Ibid. p. 16.). C’est-à-dire, pour expliciter que l’économie n’est pas une substance transhistorique, « la réflexion économique selon notre approche, ne se développe pas à un moment historique sur une pratique transhistorique (autrement dit naturelle), elle surgit dans le prolongement de l’émergence d’une pratique qui prend et constitue un sens économique progressivement à travers une théorie qu’elle contribue à supporter et susciter. Chacun des niveaux a besoin de l’autre pour s’y fonder » (Ibid. p. 16. ). Serge Latouche donne alors une estimation de datation de cette invention de l’économie, qui bien sûr n’est là que pour donner un ordre d’idée, une fourchette vague : « entre 1671-1871 » (Ibid., p. 18.).

Il n’y a donc pas transhistoricité mais historicité de l’économie et de la vie saisit comme « vie économique ». La mise en économie du monde, c’est-à-dire l’invention de l’économie, l’ « économicisation du monde », consiste en cela : « Les opérations que nous considérons comme économiques, d’évidence, ne peuvent apparaître qu’avec l’existence et donc la production antérieure d’un discours et de concepts qui nous les donnent à voir comme économiques » (Ibid., p. 17.) . C’est là, dans cette visée de la conscience qui dans son intentionnalité saisit son objet comme « économique » en tant que tel et de façon séparé, la « genèse transcendantale de l’économie » comme dit Michel Henry (Cf. Marx, tome 2, Tel, Gallimard, 1976, chapitre du même nom, p. 138.), c’est-à-dire l’auto-institution d’une croyance dans l’évidence d’une réalité économique. Il n’y a donc pas en soi (selon cette thèse) de « réalité économique » : c’est une construction de l’imaginaire qui affirme que telle et telle opération (se nourrir, se loger, dormir…) est « économique » et le constitue comme tel. Il faut donc (affirme cette thèse) sortir de cet imaginaire économiciste : « l’erreur de la plupart des commentateurs de Marx a été de faire de l’économie la réalité alors que Marx n’a cessé d’affirmer que celle-ci n’était qu’une abstraction » (M. Henry). Disons donc que l’économie apparaît quelque-part entre le XVII et le XIXe siècle. C’est là la date de « l’autonomisation de l’économique », c’est-à-dire de la formalisation de la séparation d’avec la vie concrète, d’un objet désormais qualifié d’ « économique », et de sa mise en représentation dont l’irréalité détermine désormais ce qu’est la « réalité » perçue dès lors elle aussi comme économique. Le bluff du discours économiciste qui fonde l’économie comme système de la valeur objective, est alors l’affirmation de « la vie économique comme réalité et l’économie politique comme savoir de cette ‘‘ réalité ’’ » (S. Latouche, ibid., p. 13.). La croyance que la réalité est une réalité économique qui existe de tout tant et en tout lieu, est alors le résultat de ce processus historique.

Qu’avons nous avant « l’invention de l’économie », c’est-à-dire ce vaste discours qui identifie, sépare et classifie la réalité en de jolis bocaux déposés sur des étagères ? Avant l’invention de cette sphère de représentations économiques qui norme, mesure, biffe et dissèque, c’est à dire avant la « vie économique », il y a la vie tout court… La vie des individus sans la médiation de la représentativité, la vie tels qu’ils l’éprouvent et la vivent immédiatement, c’est-à-dire non pas le procès économique, mais le procès réel. C’est-à-dire que « le fondement méta-économique de l’économie est la réalité réelle de la praxis concrète et vivante » (M. Henry). Bien entendu « les usages fondamentaux [dormir, se nourrir, se loger, se protéger…] sont éternels et universels, mais leur qualification comme économiques repose sur une construction imaginaire datée » (Latouche, Ibid., p. 26.). Avant la saisie d’opérations (se nourrir, dormir, se protéger…) comme autant de « réalités économiques » identifiées comme telle, ces opérations ne sont l’objet d’aucune médiation, que celle-ci soit la valeur d’échange ou tout type de représentativité (argent, salaire…). Ces différentes opérations sont « enchâssées » dans la vie individuelle et la vie sociale et symbolique, dans la joie de vivre et d’être encore en vie. Elles sont vécues sans distance possible entre elles et la conscience, dans l’immédiateté d’un éternel présent vivant, ici et maintenant (hic et nunc). C’est-à-dire que ces opérations et la praxis ne font qu’un. Le procès réel de production est une activité de la vie, issue de son besoin et visant à rendre toute chose homogène à celui-ci. Ce procès réel de production existe depuis l’origine des histoires des individus vivants, il est le fondement méta-économique de l’économie (le système de la valeur), et donc du système de la valeur en elle-même et pour elle-même (la plus-value) : le capitalisme. « Mais si le procès réel de production est présent au sein du capitalisme, celui-ci ne se réduit nullement à celui-là, il en diffère plutôt, et cela de manière essentielle, en tant qu’il superpose à ce premier procès tout autre chose, un procès économique. Le procès réel produit des objets réels, des valeurs d’usage. Le procès économique produit des valeurs d’échange, il produit la valeur en tant que telle et pour elle-même » (M. Henry, ibid., p. 190.).

Ce procès réel de la valeur subjective de la praxis est aujourd’hui nié et plongé dans l’obscurité de l’arrière-cour de l’Economie de croissance ou de décroissance. Mais il est là présent à chaque bouffée de vie, dans l’éthique, l’esthétique, les affinités, l’empathie et la sympathie (Max Scheler, Nature et formes de la sympathie), les amours, la « connaissance ordinaire » (M. Maffesoli), la « common decency » (G. Orwell) et la joie malgré la tyrannie de la réalité économique, d’être toujours en vie. La puissance instituante de l’auto-accroissement de la vie auto-affective qui déborde d’elle-même dans un « voir plus » ou un « se sentir plus » vivre, est ce qui, malgré l’intégrisme de l’objectivisme économique ou encore la spectralité (Marx) et la spectacularité (Debord) de nos existences réduites à une sur-vie éternisée, fait que Nous Désirons encore et toujours sans fin.

Le « crépuscule de l’économie » (titre du dernier chapitre de l’ouvrage de S. Latouche cité), c’est-à-dire le renversement de l’idole et de la tyrannie de la « réalité économique », nous ouvre alors les portes et la ligne d’horizon du « monde de l’après-économie, de l’après-développement, une authentique postmodernité » (Latouche, Ibid., p. 228.). C’est-à-dire que « l’histoire qui fait – qui fera – suite à l’économie marchande, n’en sera pas moins l’histoire des individus, l’histoire de leur vie : en un sens, c’est ce qu’elle sera pour la première fois » (M. Henry, ibid., p. 465.). C’est-à-dire que l’après-économie sera ce que Marx appelle très clairement « le libre développement des individualités » (Marx, Grundrisse, II, p. 222.), ou encore le « renversement du renversement » (Debord), et plus concrètement la substitution de la valeur subjective du procès réel à la théorie économiciste de la valeur objective du procès économique. Dans ce temps de l’après-économie, « l’activité individuelle, la vie, la praxis n’est point abolie, elle est rendue à elle-même. Elle n’est plus déterminée par la production matérielle – cela veut dire : elle ne se confond plus avec elle et, pour cette raison aussi, elle n’est plus doublée par un univers économique » (M. Henry, ibid., p. 465.). En cela, l’objectivisme et plus généralement la représentativité doivent être à chaque instant l'objet d'un soupçon plutot que d'une évidence. L'extension du domaine de la lutte est aussi celle de l'extension de la sphère du soupçon (Marx, Freud, Nietzsche).

Edit : sur les deux dernières phrases.
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Last edited by Kobayashi on 30 Sep 2006 12:56; edited 3 times in total
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ktche



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PostPosted: 30 Sep 2006 12:38    Post subject: Re: Sortir de l'économie ? kesabo ? Reply with quote

Kobayashi wrote:
En cela, l’objectivisme et la représentativité sont autant d’objets qui donnent lieu à la critique de « l’ère du soupçon »…


Pas compris cette dernière phrase. Il doit y avoir un implicite sur « l’ère du soupçon » qui m'échappe...
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Kobayashi



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PostPosted: 30 Sep 2006 12:54    Post subject: Reply with quote

ouh oui, elle veut rien dire cette phrase. En fait cette phrase serait plutot : En cela, l’objectivisme et plus généralement la représentativité doivent être à chaque instant l'objet d'un soupçon plutot que d'une évidence. L'extension du domaine de la lutte est aussi celle de l'extension de la sphère du soupçon (Marx, Freud, Nietzsche). Sourire

j'ai fait circulé hier soir ce texte à françois schneider, g. rist, jm robert, clémentin... Et le site alter-monde va le mettre en ligne. je le proposerais sur decroissance.info mais bon on a plutot déjà pas mal de propositions en ce moment.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
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PostPosted: 30 Sep 2006 13:38    Post subject: Reply with quote

Ah oui, nettement plus clair !

Du coup, maintenant que la phrase a un sens, elle offre une conclusion pertinente pour rebondir vers un exposé sur la post-modernité non nihiliste.

Au boulot ! M. Green
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 09 Oct 2006 18:49    Post subject: Reply with quote

Sourire une post-modernité " vitaliste " un peu (mais faudrait encore faire une critique des vitalismes - romantiques en général et schopenhauerien notamment, voire bergsonien en particulier - pour finalement en arriver à ce que Marx appelle la praxis...). Si la modernité est un énorme discours de normativité, de gouvernementalité, de rationalité, d'aliénation (a-trophisation) de la vie réduite à une vie économique qui est celle de l'homo economicus auquel est réduit le rouage dont nous sommes plus ou moins chacun de nous, alors il faut " laisser-faire lasser-passer " la vie tout court et non pas la vie et son activité (travail vivant) réduites à de simples et inhumaines marchandises.

En ce moment justement je travaille sur un texte de réponse à L'éloge de la paresse affinée de Vaneigem (voir sur infokiosque). Je pense (mais j'exposerais tout ça) qu'il faut faire pas mal de ménage dans la théorie du " droit à la paresse " pour la rendre plus audible. Trop " libertaire " je pense. Enfin je veux surtout montrer (à partir de citations) que Marx partage totalement ce qui est écrit dans le bouquin de Lafargue, et mieux que Lafargue a pompé totalement Marx et notamment dans la Critique du programme du Gotha qui est une critique virulente et sans concessions de tout communisme possible, de toute socialisation de la production possible, et donc de toutes les oxymores d'économies " sociale ", " solidaire ", " équitable ", " durable ", " à visage humain ". On a trop longtemps opposé Lafargue à Marx. De plus je veux montrer que Marx est le premier théoricien de ce que Latouche appelle la " sortie de l'économie ". En cela le Marx de Henry et l'oeuvre de Latouche sont à mon sens en totale résonance.
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