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Capitalisme = Objectivation + expropriation

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 16 Feb 2007 12:58    Post subject: Capitalisme = Objectivation + expropriation Reply with quote

Brouillon et réflexions

Le terme "marché" au singulier est abusif car il en existe plusieurs. Mais "marchés" au pluriel fait trop songer aux seuls marchés financiers. Prenons donc le marché en tant que concept, et précisons quelles réalités ce concept recouvre. On parle trop souvent de capitalisme pour désigner un système économique où le capital circule et s'accumule en certains lieux de la société, certaines aires géographiques. Mais cela apparaît souvent comme magique, où l'on ne parle guère des "supports concrets" (instruments, institutions, etc) permettant cette circulation. Si sortir de l'économie, c'est créer des espaces de vie non marchands, cela signifie qu'il faut comprendre ce qu'est un marché.

- Un marché donne lieu à des relations marchandes. L'acheteur et le vendeur ne se rencontrent que le temps de la transaction. Ils sont quittes après cette transaction.
Ou bien ils rencontrent des intermédiaires servant de médiation.
Acheter n'engage à rien. Une relation marchande n'est pas un lien social. Une société marchande n'est pas une société.

- Mais un marché se construit à l'aide d'institutions spécifiques. Ces institutions stabilisent des relations marchandes dans le temps, suivant un principe visant à économiser les "coûts de transaction" (faire rencontrer acheteur et vendeur à chaque transaction est coûteux).

- Un marché rend disponibles à l'achat des choses, des êtres, objectivés par leurs caractériques, dont un prix qui synthétise quantitativement la valeur de ces caractéristiques à un moment donné.
Ces caractéristiques objectivées sont autant de capitaux spécifiques, prenant différentes valeurs suivant les marchés où la marchandise est susceptible d'être acheté et vendue.

Parmi ces sortes de capitaux, l'argent est spécifique. Le capital économique, l'argent, la monnaie est un signifiant universel. Il représente un crédit, un droit de posséder n'importe quelle marchandise. Avec le capital économique, on peut donc posséder les autres sortes de capitaux, disponibles à l'échange.

- Exemple de marché :
* marché du travail : un travailleur est objectivé son CV, et comme prix un salaire possible d'embauche.
Les CV peuvent être analysés par ordinateurs, stockés dans une base de données, les bases de données interrogés par critères.
Remarquons que le travailleur rédige lui-même son CV et que ça n'a rien de naturel. Rédiger un bon CV suppose de connaîtres les attendus des recruteurs, et de formater son vécu et ses propres expériences suivant ces attentes.
Cela illustre que l'existence de marchés et de marchandises n'est pas spontanée, elle résulte d'un apprentissage, d'une socialisation.

- La société devient marchande, quand il n'y a plus de limites culturelles et politiques à ce que tel être ou telle chose fasse l'objet de transactions marchandes. Il se produit une fuite en avant, par un mécanisme de spéculation : en marchandisant A, je peux posséder B, pour peut-être ensuite le revendre pour avoir plus de A.
Exemple : je m'engage à faire telles étude pour avoir tel diplôme, afin d'avoir tel métier, qui lui-même me donnera tant d'argent, de pouvoir.

- L'objectivation est une condition nécessaire pour créer un marché. Mais est-elle suffisante ? Quelles sont les conditions qui rendent possible qu'un être objectivé soit disponible à la vente ?
A mon sens, il y a cette condition fondamentale : l'existence de cet être doit elle-même être acheté. "Sans argent, t'as rien" comme il est précisé dans "la belle verte". La subsistance, le reproduction du vivant jour après jour, l'intendance, l'entretien des dépendances, etc, tout cela n'est pas produit, mais acheté.
Par conséquent, la vente de soi sur un marché est incontournable, tant qu'il n'y a pas moyen de subsister sans acheter ces moyens. Si ça nous plaît pas, c'est pareil.

- La dynamique de la société marchande a donc explosé quand on a réussit à produire cette dernière condition. Historiquement, en Angleterre, où dès la fin du 18ème siècle, la population agricole était déjà descendue à 40%, et où s'est construit sans les villes le fameux prolétariat, celui qui n'a que sa force de travail à lui (ainsi que celle des ses enfants... d'où la fécondité élevée des ouvriers, l'explosion démographique de l'époque, bien que l'espérance de vie ait chuté).

- Je suis tenté de dire, donc, que objectivation et expropriation sont les 2 conditions nécessaires et suffisantes du capitalisme.
La sortie de l'économie se fait donc contre l'objectivation et/ou contre l'expropriation.

- D'où vient la dynamique marchande (circulation et accumulation croissante du capital économique) ?
Sans doute du chantage à la subsistance, obligeant à se rendre disponible à la vente pour vivre, à mettre en vente ce qui ne l'était pas.
Hypothèse : l'ensemble des prix montent toujours un peu plus que l'ensemble des salaires. Deuxième hypothèse : la notion de luxe s'estompe, pour laisser place à un continuum d'objets et de services à posséder.

- Quelle est l'autre terme de l'alternative de la sortie de l'économie ?
Rester dans l'économie, l'aménager pour produire plus de relations "gagnant-gagnant", pour pallier aux problèmes écologiques et énergétiques. Et donc :
. En terme d'objectivation : mécaniser le vivant, contrôler/gérer cette mécanique informatiquement
. En terme de susbsistance : ce qui était gratuit devient payant, respirer, être rarement malade, rêver, rencontrer des amis, aider/se faire aider, etc.

- La place de l'Etat.
Il y a eu le capitalisme d'Etat : l'Etat est patron. Aujourd'hui la tendance est à l'Etat libéral : l'Etat délègue à des prestataires privés ses fonctions (appels d'offre) qu'il tente de contrôler au mieux, comme n'importe quel donneur d'ordre, comme n'importe quel consommateur.
La libéralisation n'est donc pas un vain mot au sujet du "retrait de l'Etat" : chantage à la subsistance (par la contractualisation), objectivation (nécessaire à la rédaction d'appels d'offre, de cahiers des charges, etc).

La difficulté est d'imaginer et de formuler un autre Etat (d'autres formes d'institutions publiques : contrôlées par ses usagers), alors qu'il a jusqu'ici toujours joué le rôle d'accélérateur de la dynamique marchande.
Or c'est la nostalgie de l'Etat-patron qui émerge le plus souvent. Quant à l'Etat providence, la taille des structures les a rendu opaques. L'Etat a défait les liens familiaux et patriarcals, émancipé les femmes, en monétarisant une partie de ces liens, en offrant des prestations diverses, plutôt qu'en faisant participer les individus à des projets politiques là où ils vivaients. Ou alors cette culture ne s'est pas transmise aux générations actuelles (i.e. embourgeoisement).
Comme dirait P.M. dans Bolo'bolo, "il faut revenir en arrière, mais pas forcément vers le même passé".
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 16 Feb 2007 13:07    Post subject: Reply with quote

Quote:
Mais un marché se construit à l'aide d'institutions spécifiques. Ces institutions stabilisent des relations marchandes dans le temps, suivant un principe visant à économiser les "coûts de transaction" (faire rencontrer acheteur et vendeur à chaque transaction est coûteux).


Ce passage marché->(pseudo)institution correspond donc à un desserement de la contrainte due au chantage à la subsistance (i.e. expropriation).
Ainsi on peut voir le système Amap, comme relavant d'un tel passage. De l'argent est toujours échangé mais dans une visée de stabilisation de la relation acheteur-vendeur dans le temps.
Mais la dégradation future par le retour (pseudo)institution->marché est toujours possible, s'il n'y a pas d'objectif d'aller au délà.
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 16 Feb 2007 15:00    Post subject: Reply with quote

Intéressant cette objectivation du marché Clin d'oeil

J'ai l'impression qu'on retrouve aussi le problème métaphysique de la "propriété", ce fameux mot qui ne recouvre rien de physique et que l'on colle à quelques objets particulier.... mais entre ma main et l'objet il n'y a rien! ( à par l'air bien sur)... alors ou se situe la propriété? Nulle part.
Cette chose est vraiment issus du capitalisme et pour moi se lie au problème de l'expropriation.

Il faudra remarquer il me semble, d'ailleurs sur ce thème qu'en argentine c'est la même possibilité d'expropriation qui à permis à des ouvriers de s'approprié des outils de productions (certe pour produire dès choses critiquables).
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Guest






PostPosted: 28 Feb 2007 2:17    Post subject: Reply with quote

Deun wrote:
L'objectivation est une condition nécessaire pour créer un marché


L'oeuf ou la poule?

Dams
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 01 Mar 2007 3:44    Post subject: Reply with quote

Comme "condition nécessaire du marché", l'objectivation précède l'existence du marché.
Par exemple, pour créer un marché des produits bio, il a fallu d'abord "objectiver" ce qu'est le bio dans une certification.
Mais c'est vrai qu'ensuite, si le marché fonctionne effectivement, alors ses participants ont tendance à prendre pour des allants de soi ce qui n'a été au départ qu'une convention.
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Guest






PostPosted: 01 Mar 2007 4:07    Post subject: Reply with quote

Je reste interrogatif.
Soit un lieu quelconque où se regroupe des producteurs et des consommateurs du même produit. Ne peut-on pas considérer que c'est ce regroupement (un marché) qui entraine l'objectivisation?
cf: Astérix et le chaudron pages 20-21-22

Dams
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 01 Mar 2007 9:24    Post subject: Reply with quote

Anonymous wrote:
où se regroupe des producteurs et des consommateurs du même produit.


Si producteurs et consommateurs se sont regroupés et ont "constaté" que les produits étaient les mêmes, n'y-a-t-il pas eu au préalable un mécanisme d'objectivation ?
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dams



Joined: 30 Aug 2005
Posts: 437

PostPosted: 02 Mar 2007 15:31    Post subject: Reply with quote

ktche wrote:
Si producteurs et consommateurs se sont regroupés et ont "constaté" que les produits étaient les mêmes, n'y-a-t-il pas eu au préalable un mécanisme d'objectivation ?

Ben, justement, je ne sais pas. Le regroupement peut-il se faire par hasard? Cela me semble possible:
Des gens se refilent des trucs. Des fois je te file un sanglier (je reste sur Astérix), des fois fois tu me files un poisson. Si cela se multiplie, on peut trouver cela pratique de se filer rencart avec d'autres gens pour pouvoir avoir la diversité sous les yeux: poissons, sangliers, terrines de lièvre, champignons... (ou plutôt que se RV se fasse spontanément: ça brasse chez toi, donc plus de gens y viennent)
Là-dessus, deux gars amènent des sangliers. Est-ce que cette présence simultanée de deux refileurs de sangliers ne peut pas d'impulser une ojectivisation de la valeur?

Dams
_________________
"espace publicitaire à louer" (Giraudy)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 02 Mar 2007 18:05    Post subject: Reply with quote

Oui, il faut bien un lieu de rencontre entre les personnes qui échangent.

Mais avant cela, pour échanger une chose contre une autre, les deux partenaires doivent identifier de la même manière cette chose. Si je veux échanger avec toi des machins bizarres et que je te dis que c'est des champignons et que c'est bon à manger, ça va pas marcher parce que tu sais même pas ce que c'est.
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