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Le marché de la maison individuelle

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 28 Apr 2007 14:59    Post subject: Le marché de la maison individuelle Reply with quote

Alors que Paris s’enferme dans l’écologie asociale de l’anti-voiture, il y a longtemps que sa lointaine banlieue a été rendue inhabitable quel que soit le mode de transport utilisé, et ce par des personnes qui aujourd’hui peuvent se déplacer à vélo entre le 7ème et le 6ème arrondissement.

Le livre de Bourdieu Les structures sociales de l’économie étudie comment le marché de la maison individuelle s'est construit via L’Etat, formidable courroie de transmission dans la mécanique du développement.

A présent que la vie sociale y a été détruite, les politiciens locaux écologistes et « socialistes » envisagent de la densifier, mais pour quoi faire ? Pour remédier à la déplétion pétrolière et faire la chasse au dioxyde de carbone. L’abstraction écologiste est à son comble dans la perspective sérieusement envisagée « d’offrir des perspectives de parcours résidentiel à tous les franciliennes ou franciliens » (SDRIF, juin 2006, p. 42). Car il ne faut pas confondre la mobilité des méchantes voitures avec celle des personnes, la deuxième ne posant pas de problèmes écologiques.

Le réductionisme écologiste ne s'annonce-t-il pas aujourd'hui comme un formidable levier pour de nouvelles destructions, un feu vert donné au déploiement de politiques d'expropriation des possibilités de se débrouiller sans elles ? Il n'est en tout cas pas inutile de se pencher sur la période recente qui a consacré la maison individuelle et la voiture. Que ce modèle soit aujourd'hui unanimement honni, et surtout pas les écologistes gestionnaires, si peu de temps après, a de quoi faire réfléchir.

Une écologie qui n'aurait pas oublié la visée d'autonomie des personne ne serait sans doute pas si prompte à vilipender l'originalité qui fait la banlieue : Ni ville ni campagne, elle constitue sans doute un terrain bien plus propice pour régler son compte à l'illusion ruraliste qui mine les projets d'autonomisation. Elle contient sans doute bien plus de possibilités, qui ne seront jamais explorées si nous nous obstinons à les voir et à en faire des lieux de transit biographiques uniquement : étudiant ici, travailleur là-bas, retraité ailleurs, et internet et téléphone mobile à gogo. Car qui peut prétendre que la fuite de quelques privilégiés dans les éco-villages campagnards à 50000€ la mise puisse constituer un projet de transformation sociale ?





Pierre Bourdieu wrote:
LES FONDEMENTS DE LA MISÈRE PETITE-BOURGEOISE


Ce qui a été évoqué, tout au long de ce travail, c'est un des fondements majeurs de la misère petite-bourgeoise; ou, plus exactement, de toutes les petites misères, toutes les atteintes à la liberté, aux espérances, aux désirs, qui encombrent l'existence de soucis, de déceptions, de restrictions, d'échecs et aussi, presque inévitablement, de mélancolie et de ressentiment.
Cette misère-là n'inspire pas spontanément la sympathie, la compassion ou l'indignation que suscitent les grandes rigueurs de la condition prolétarienne ou sous-prolétarienne. Sans doute parce que les aspirations qui sont au principe des insatisfactions, des désillusions et des souffrances du petit-bourgeois, victime par excellence de la violence symbolique, semblent toujours devoir quelque chose à la complicité de celui qui les subit et aux désirs mystifiés, extorqués, aliénés, par lesquels, incarnation moderne de l' Héautontimoroumenos, il conspire à son propre malheur. En s'engageant dans des projets souvent trop grands pour lui, parce que mesurés à ses prétentions plus qu'à ses possibilités, il s'enferme lui-même dans des contraintes impossibles, sans autre recours que de faire face, au prix d'une tension extraordinaire, aux conséquences de ses choix, en même temps que de travailler à se contenter, comme on dit, de ce que les sanctions du réel ont accordé à ses attentes: il pourra ainsi passer toute une vie à s'efforcer de justifier, à ses propres yeux et aux yeux de ses proches, les achats ratés, les démarches malheureuses, les contrats léonins ou, sur un autre terrain privilégié de ses investissements, celui de l'éducation, les échecs et les demi-réussites, ou, pire, les succès trompeurs conduisant à des impasses royales, celles que l'École réserve souvent à ses élus et dont la plus remarquable est sans doute la carrière professorale elle-même, vouée au déclin structural.
Ce «peuple» à la fois mesquin et triomphant n'a rien qui flatte l'illusion populiste et, trop proche et trop lointain, il attire les sarcasmes ou la réprobation des essayistes qui lui reprochent à la fois son « embourgeoisement» et l'échec de ses efforts pour accéder aux « libertés» bourgeoises, condamnant indissociablement ses aspirations mystifiées et son incapacité à leur apporter autre chose que des satisfactions aussi trompeuses que dérisoires; bref, tout ce que condense la dénonciation du « mythe pavillonnaire » ou le discours condescendant sur la « société de consommation» dont certains « philosophes» ou «sociologues» mal socio-analysés se sont fait une spécialité. Et pourtant, parce qu'il s'est trouvé entraîné à vivre au-dessus de ses moyens, à crédit, il découvre, presque aussi douloureusement que les travailleurs de l'industrie en d'autres temps, les rigueurs de la nécessité économique, notamment à travers les sanctions de la banque, dont il avait attendu des miracles. C'est sans doute ce qui explique que, bien qu'il soit, pour une part, le produit d'un libéralisme visant à l'attacher à l'ordre établi par les liens de la propriété, il continue à faire crédit, dans ses votes, aux partis qui se réclament du socialisme. Grand bénéficiaire apparent du processus général d'« embourgeoisement », il est enchaîné par le crédit à une maison souvent devenue invendable, quand il n'est pas dans l'incapacité d'assumer les charges et les engagements, en matière de style de vie notamment, qui étaient tacitement inscrits dans un choix initial souvent obscur à lui-même. « Tout n'est pas contractuel dans le contrat », disait Durkheim. La formule ne s'applique jamais aussi bien qu'à l'achat d'une maison où se trouve souvent engagé, implicitement, tout le plan d'une vie et d'un style de vie. Si l'acte de signature est si angoissant, c'est qu'il a toujours quelque chose de fatal: celui qui signe le contrat s'assigne une destinée en grande partie inconnue et, tel Œdipe, déclenche un univers de conséquences cachées (notamment par l'action du vendeur), celles qui sont inscrites dans le réseau des règles juridiques auxquelles le contrat fait référence et dont le signataire n'a pas conscience, et aussi toutes celles qu'il se refuse de voir, avec la complicité du vendeur: ces dernières se situent moins, contrairement à ses craintes, du côté des « vices cachés» du produit que dans les engagements implicites qu'il a souscrits, et qu'il lui faudra acquitter jusqu'au bout, c'est-à-dire bien au-delà de la dernière échéance de la dernière traite.
C'est ce que disent inlassablement tant de témoignages tous aussi dramatiques.


Agée de 40 ans, Béatrice est employée à la DDE de Cergy Pontoise. Son mari (il s'agit d'un deuxième mariage) est ouvrier, chargé de l'entretien dans un ministère à Paris. Elle est l'aînée de douze enfants. Avec son premier mari, dont elle a eu deux enfants, elle tenait une caravane de vente de frites et de gaufres dans les forêts du nord de Paris. A cette époque, les affaires marchaient bien pour elle, ils avaient de « bons emplacements pour la caravane» et vivaient en location. Après son divorce, son employeur actuel lui a loué à très bas prix une maison réquisitionnée par les Domaines: « Très ancienne, vraiment splendide... un très grand jardin... mais des travaux... la toiture s'écroulait. ., et faire des travaux dans une maison qui n'est pas à soi... » Ils auraient pourtant pu y rester « indéfiniment ». Elle attendait un quatrième enfant. L'entreprise GMF fait une opération de promotion à Cergy-Pontoise: tentés par la publicité, ils rêvent d'avoir une maison à eux. Avant de se décider, ils vont voir d'autres lotissements dans la région. « Vers Cergy, à Puiseux, les maisons Bouygues, France Cottage qui nous plaisait bien. Mais c'était trop cher. On n'avait pas le droit, vu l'argent... On n'avait pas d'apport du tout.» L'entreprise GMF, elle, accorde un « prêt ami» qui couvre l'apport initial habituellement exigé. Après avoir hésité «< c'était loin... surtout pour mon mari »), ils se décident, « poussés» par la vendeuse, pour un F6 dans un lotissement à Bernes-sur-Oise. « C'était abordable » et puis « les gens qui vendent s'occupent de tout, il n'y a pas de problème »,
Ils ont pu bénéficier d'un prêt PAP important, parce que le montant en est fixé suivant le revenu indiqué sur la feuille d'impôt. Or, s'étant mariés en 1981 et avec trois enfants à charge, ils ne sont pratiquement pas imposables. « L'APL [Aide personnalisée au logement est mirobolante », donc les mensualités énormes. Sans parler de ce « prêt ami» dont on ne sait pas trop quand ni comment il doit être remboursé. « Parce que s'ils courent sur vingt ans les intérêts [...] Elle aurait dû nous le dire cette dame. Nous, disons, on n'y a pas pensé . . on est un peu dans le sirop quand on achète une maison, on est à côté du sujet, on voit la maison, on voit les gosses dedans. Puis, on y arrivera bien après tout. »
Avant de se décider, ils ont demandé des conseils. La plupart étaient favorables à GMF. Son mari s'est renseigné; il a beaucoup regardé 50 Millions de consommateurs: «Avec le peu de choix qu'on avait entre Phénix, Socova et GMF, il a quand même déterminé que c'était GMF qu'il fallait prendre. » Quand la construction a commencé, ils sont allés voir « s'ils faisaient bien tout ce qu'il fallait » : « Bon, on e au des surprises, par exemple l'isolation, le sanitaire, etc. [.. .]. On ne sait pas si on pourrait attaquer. Enfin, attaquer... si on veut... ça fait des frais. »
La maison est un peu trop grande « Au départ, on aurait bien aimé une chambre en moins, mais on nous a dit, avec quatre enfants, prenez ça, ça passera mieux... ». «Sinon, elle est chouette. Enfin, c'est le minimum comme dit mon mari, à l'intérieur on entend tout, les cloisons sont toutes fines, mais moi je me plais bien dans ma maison. » Béatrice est pourtant inquiète : «On ne regrette rien... mais on a beaucoup de mal à payer maintenant, c'est très dur... On a réduit sur plein de choses pour pouvoir payer les mensualités. » Ils n'ont toujours pas, deux ans après l'achat, reçu le plan de financement. « On ne sait pas où on va... On est un petit peu affolés... »
Et c'est la même chose pour beaucoup d'habitants du lotissement: « C'est une catastrophe... La majorité des gens ont été obligés de partir [...]. Ils ont été comme nous, ils pouvaient pas payer le chauffage, ils pouvaient rien faire [...]. Il y a beaucoup d'ouvriers qui font pas attention... ça les dépasse qu'il y a des choses en commun. » Beaucoup venaient « des HLM, du côté d'Aubervilliers, qui n'étaient pas habitués aux pavillons [...]. La première année, des hurlements... Ils se parlaient d'une maison à l'autre ».
Béatrice se lève à 6 heures, prépare les enfants, conduit le plus petit chez la nourrice et prend le train de 8 heures et demie. Elle a des ennuis avec ses collègues parce que ça la « fait arriver à 9 heures et demie au lieu de 9 heures ». Son mari a quatre heures de transport par jour : « Persan-Beaumont, c'est la ligne la plus pourrie. » Le soir, elle « reprend les plus petits chez la nourrice en passant ». Il n'y a pas assez de place dans les écoles parce que « dans les petites communes comme ça, ils prévoient pas les gens qui arrivent comme ça ».
Tous les ans, ils vont en vacances chez la belle-mère de Béatrice à Perpignan, mais cette année « pas de vacances », il faut faire la clôture du jardin: « Rien que pour faire ça, ça va nous coûter 8 000 F. »Elle aime bien les clôtures blanches, style américain: « Rien que les portes coûtent 5 000 F. »
« Quand ça fera dix ans et qu'on en sera toujours au même stade, [lOUS, on arrête les frais. Même si on perd tout. Moi, je ne veux pas me retrouver à 60 ans dans le trou, pour une baraque que mes gosses Ils vont se battre pour... »


Mais il n'est pas besoin d'aller jusqu'aux cas extrêmes, plus dramatiques encore que celui-ci, où le pari pour la stabilité et la permanence des choses et des personnes, et des relations entre les choses et des personnes, qui se trouvait tacitement impliqué dans le choix d'acheter une maison, s'est trouvé démenti par le déplacement forcé, le débauchage, le divorce ou la séparation. Il faudrait simplement évoquer le cas statistiquement ordinaire de tous ces habitants des pavillons préfabriqués des quartiers dits résidentiels qui, attirés par le mirage d'un habitat faussement individuelle (comme les pavillons mitoyens de lotissements comportant à peu près toutes les servitudes de l'HLM), ne connaissent ni la solidarité des vieux quartiers ouvriers ni l'isolement des quartiers cossus: éloignés de leur lieu de travail par des heures de trajet quotidien, ils sont privés des relations qui se nouaient dans leur quartier - notamment par et pour la revendication syndicale - sans être en mesure de créer, dans un lieu de résidence groupant des individus socialement très homogènes, mais dépourvus de la communauté d'intérêts et des affinités liées à l'appartenance au même univers de travail, les relations électives d'une communauté de loisir.
La maison individuelle fonctionne ainsi comme un piège, et de plusieurs façons. Comme on le voit bien dans l'entretien cidessous, elle tend peu à peu à devenir le lieu de fixation de tous les investissements: ceux qui sont impliqués dans le travail - matériel et psychologique - qui est nécessaire pour l'assumer dans sa réalité souvent si éloignée des anticipations; ceux qu' clic suscite à travers le sentiment de la possession, qui détermine une sorte de domestication des aspirations et des projets, désormais bornés à la frontière du seuil, et enfermés dans l'ordre du privé - par opposition aux projets collectifs de la lutte politique par exemple, qui devaient toujours être conquis contre la tentation du repli sur l'univers domestique; ceux qu'elle inspire en imposant un nouveau système de besoins, inscrit dans les exigences qu'elle enferme aux yeux de ceux qui entendent être à la hauteur de l'idée (socialement façonnée) qu'ils s'en font.

Denise a un peu plus de 30 ans. Elle est secrétaire. Son mari est comptable à l'UAP. Elle a acheté une maison industrielle, dans un lotissement de 97 pavillons, à Eragny dans le Val-d'Oise, près de Cergy-Pontoise. Elle y habite depuis sept ans. Elle a « choisi le pavillon » lorsqu'elle a vu que, « dans la région parisienne, plus près de Paris, les appartements étaient d'un prix aussi élevé qu'un pavillon à cet endroit-là ». Elle habitait auparavant, en location, un « faux trois pièces », où elle se trouvait « trop à l'étroit» : « Nous allions être quatre. Et avec une seule chambre. » Elle avait un plan d'épargne qu'elle a dû écourter «parce que l'enfant est né un peu plus tôt» : « Donc ça nous a un peu limités sur les moyens financiers dont nous disposions. On n'a pas pu bénéficier des prêts Caisse d'épargne. [...] Ça nous a donc un peu contraints de chercher dans du neuf, les prêts conventionnés étaient plus intéressants que les prêts que l'on trouvait dans les banques par ailleurs. » Faute de moyens financiers, ils ont dû chercher « dans cette banlieue des Hauts-de-Seine, qui ne [leur] plaisait pas, finalement ». Ils auraient aussi préféré un immeuble ancien; mais, « même dans la région, ça pose beaucoup de problèmes du fait des prêts qui sont à des taux nettement plus élevés » : «Sinon, bien sûr, je crois qu'on aurait préféré tous les deux choisir quelque chose qui ait beaucoup plus d'âme, en fait, que ce pavillon dans une ville neuve où tout le monde a le même âge, tout le monde est à peu près de même niveau... C'est trop uniforme. »
Denise et son mari ont choisi cette région « parce que c'était, malgré l'éloignement, une des mieux desservies par rapport à Paris », où ils travaillent tous les deux. Avant de se décider, ils ont surtout regardé les annonces «< Mais quand on voyait les prix, on n'a pas visité d'ancien. On n'a pas voulu se laisser tenter... »). Ils ont été voir des chantiers de construction, des lotissements.
Ils ont été entraînés par des amis qui venaient d'acheter : «C'est eux qui nous ont promenés, parce qu'ils avaient déjà visité avant ce qui se faisait d'autre, de nouveau.» En fait, s'ils se sont décidés, c'est que personne autour d'eux ne le leur a déconseillé. Et puis ils ont pensé que, «à défaut de trouver l'idéal, ça permettait d'avoir une monnaie d'échange [...] pour essayer de trouver mieux ». Peut-être une maison «entièrement individuelle» ou une maison située dans un quartier moins neuf. La maison qu'ils ont choisie était la moins chère et elle était « livrée prête à habiter ».
Les débuts leur ont apporté beaucoup de déceptions. « Les finitions étaient lamentables.» Il y avait très peu de choix, trois ou quatre papiers peints seulement «et, en plus, c'était vraiment du papier HLM ». Ils ont dû faire recarreler le rez-de-chaussée. Ils ont fait beaucoup de travaux «petit à petit » : «On calculait chaque année ce qu'on pouvait faire.» Puis ils ont découvert les bruits des tondeuses à gazon, pendant les week-ends, jusqu'à ce que le cahier des charges l'interdise. «Et puis, comme on est au milieu de deux maisons, les sanitaires et la cuisine coïncident avec la maison voisine et on entend toute la tuyauterie des voisins. » La cheminée, fabriquée « par une entreprise qui était en cheville avec la société immobilière », a coûté très cher.

Ils ont acheté des meubles, « petit à petit », chez des particuliers touchés grâce à des journaux comme la Centrale des particuliers ou Le Bichot. « Ça faisait deux ans qu'on cherchait une bibliothèque. On l'a trouvée, il y a un mois, dans Le Bichot. » Ils ont pris l'habitude de regarder, aux Puces ou dans des brocantes régionales, « tout ce qui se vend... enfin... d'ancien... beaucoup plus qu'avant. Avant on n'y pensait pas du tout. Maintenant, le dimanche, comme l'éloignement de Paris fait que les distractions sont beaucoup moins nombreuses. . . eh bien! le dimanche, si on a envie de sortir, on va volontiers voir soit une vente locale [...], soit des professionnels, soit des particuliers. C'est quelquefois un but de promenade. »
Ils ont essayé de planter dans le jardin, petit terrain de 100 m2, «juste de quoi avoir un peu de verdure, et quelques fruits quand même », des framboises, deux poiriers, et puis un cerisier: « Mais tout ça, c'est jeune, on n'a pas encore eu beaucoup de fruits.» « L'avantage de la végétation, c'est qu'elle a poussé, qu'on s'aperçoit maintenant un peu moins qu'on a tant de voisins... »
Denise se lève tous les jours à 6 heures et demie; son mari à 6 heures moins le quart. Elle prend le petit déjeuner avec lui. Puis elle va à la salle de bains et son mari part prendre son car. Elle conduit les filles à l'école en voiture, vers 8 heures, puis prend le train à Contlans. Elle arrive à son travail vers 9 heures et demie. Le soir, elle ne rentre jamais avant 7 heures et quart. Le week-end, ils n'ont pas le courage de retourner à Paris. «Aller à Paris le week-end, on s'aperçoit à l'usage qu'on n'y va plus souvent. » Les sorties, c'est sans doute ce qui lui manque le plus. «J'aime beaucoup le cinéma. Mon mari voudrait voir Amadeus, mais on ne peut pas... » Elle ne regrette pas d'avoir acheté ce pavillon malgré la longueur des trajets. Ce qu'il y a de bien, dans le lotissement, c'est qu'il n'y a pas de danger pour les enfants; ils peuvent faire de la bicyclette, du patin, ils se rendent visite mutuellement. Mais en sera-t-il de même quand ils auront 15 ou 16 ans ? « L'aînée aime sortir, aller au musée, etc. Ce n'est pas à Eragny qu'on trouve tout ça. Pour le sport, c'est bien, patinoire, piscine, danse, etc. »
Elle a trois heures de trajet par jour. Elle « en profite pour tricoter. C'est l'occupation de bien des femmes dans le train. Lire quand on n'est pas trop fatiguée, c'est assez possible. Mais il y a des moments où la fatigue est telle que tricoter, c'est plus mécanique. On ne réfléchit pas sur un tricot. Lire, c'est plus difficile. On ne peut lire que des magazines dans le train, ou des romans simples».
« Qu'est-ce que vous lisez en ce moment? - Non... en ce moment... (silence).
- Le dernier?
- Le dernier, c'était un livre - comment ça s'appelle? - Les Enfants de Jocaste... qui n'est pas terminé encore. C'est un livre qui reprend la théorie de Freud. »


Ce qui se dégage de ce discours tout à fait ordinaire - et choisi précisément pour sa représentativité - est l'effet d'une politique qui visait à offrir un marché aux producteurs de maisons tout en produisant des propriétaires attachés à leur propriété, et qui a, en un sens, réussi. Mais ceux qui se sont ainsi trouvés constitués en propriétaires de maisons de banlieue n'ont eu accès à ces satisfactions, dans la plupart des cas, qu'à des coûts si élevés que, même si elle a favorisé l'accomplissement d'une transformation profonde, et profondément conforme à leurs vœux, de l'ordre social, la politique libérale n'a sans doute pas procuré à ses promoteurs les bénéfices politiques qu'ils en attendaient. Centrée autour de l'éducation des enfants conçue comme voie d'ascension individuelle, la cellule familiale est désormais le lieu d'une sorte d'égoïsme collectif qui trouve sa légitimation dans un culte de la vie domestique en permanence célébré par tous ceux qui vivent directement ou indirectement de la production et de la circulation des objets domestiques. Et, sans exagérer l'importance qu'il faut accorder à de pareils indices, on ne peut s'empêcher de voir ce qu'on appelle parfois un signe des temps dans le fait que la production et la diffusion des images télévisées sont tombées aujourd'hui aux mains de l'entreprise et de l'entrepreneur qui, ayant su exploiter mieux que personne les aspirations au petit bonheur privé, accroché à l'ambition immémoriale du patrimoine transmissible, peuvent venir enfermer la petite bourgeoisie des pavillons de banlieue dans l'univers captieux des publicités frelatées pour des produits domestiques, des jeux à la gloire des mêmes produits et des shows où s'instaure une convivialité fictive autour d'une culture kitsch, bref, dans les distractions très familiales et savamment domestiquées que produit en série l'industrie culturelle des amuseurs professionnels 1.

(1) La première chaîne de télévision, TF l, qui bénéficie du taux d'audience le plus élevé a été achetée en 1987 par Francis Bouygues. Elle fait une place très importante dans ses programmes aux divertissements à succès, tels que les jeux
télévisés proposant, à titre de récompense, des biens de confort domestique et les spectacles de show-business animés par des présentateurs très populaires auprès du grand public.


Pierre Bourdieu, Les structures sociales de l’économie, Seuil, 2000, p. 223



Pierre Bourdieu wrote:
L'ÉTAT ET LA CONSTRUCTION DU MARCHÉ

La demande avec laquelle les producteurs doivent compter est elle-même un produit social. Elle trouve son principe dans des schèmes de perception et d'appréciation socialement constitués et socialement entretenus et réactivés par l'action des publicitaires et de tous ceux qui, au travers des journaux féminins et des magazines consacrés à la maison, spécifient, renforcent et façonnent les attentes en matière d'habitation, en donnant en exemple leur art de vivre, et aussi par l'action des instances étatiques qui contribuent très directement à orienter les besoins en imposant des normes de qualité (à travers notamment l'action des instances à base locale, architectes départementaux, DDE, architectes conseils, etc.). Mais ce qui la caractérise en propre, c'est qu'elle est pour une grande part produite par l'État. En effet, les constructeurs, notamment les plus grands et les banques auxquelles ils sont liés, ont des moyens, autrement plus puissants que la simple publicité, de la façonner; ils peuvent en particulier influencer les décisions politiques qui sont de nature à orienter les préférences des agents en encourageant ou en contrariant plus ou moins les dispositions premières des clients potentiels par des mesures administratives qui ont pour effet d'en empêcher ou d'en favoriser la réalisation. De fait, il est sans doute peu de marchés qui, autant que celui de la maison, soient non seulement contrôlés mais véritablement construits par l'État, tout spécialement à travers l'aide accordée aux particuliers, qui varie dans son volume et dans les modalités de son attribution, favorisant plus ou moins telle ou telle catégorie sociale et, par là, telle ou telle fraction de constructeurs.

LA « POLITIQUE DU LOGEMENT» : DES GRANDS ENSEMBLES A LA MAISON INDIVIDUELLE

C'est ainsi que, dans les années 1960, s'impose une politique néo-libérale bien faite pour réconcilier ceux qui, selon une tradition ancienne, voient dans l'accession à la propriété d'une maison individuelle une manière d'attacher les nouveaux propriétaires à l'ordre établi en assurant à chacun « le droit individuel à l'acquisition d'un patrimoine minimum », comme l'écrit Valéry Giscard d'Estaing dans Démocratie française, et ceux qui, tout en dénonçant parfois la politique et la mythologie « pavillonnaires », ne proposent aucune mesure visant à dépasser les alternatives ordinaires entre l'habitat individuel et l'habitat collectif, assisté par la collectivité, nationale ou locale, et confusément associé au collectivisme.
La mise en place, au mois de septembre 1966, du marché hypothécaire qui ouvrait aux banques la faculté d'offrir des crédits à long terme et de réduire l'apport initial au moment même où de nouvelles modalités d'intervention étaient offertes aux institutions financières, bancaires ou non (création du compte l'épargne-logement, prêts spéciaux différés du Crédit foncier, remplacés en 1972 par les prêts immobiliers conventionnés, allongement des crédits bancaires-CCF à moyen terme, crédits promoteurs, etc.) a favorisé un financement bancaire massif de a construction qui a profité surtout aux constructeurs les plus importants : alors qu'en 1962 les banques ne distribuaient que 21,7 % des crédits au logement, leur part s'élevait en 1972 à 65,1%0, tandis qu'à l'inverse la part du secteur public tombait de 59,7 % à 29,7 % et celle des prêteurs de caractère non financier le 18,5 % en 1962 à 5,2 % en 1972.
Phénix, la plus ancienne des sociétés de construction, créée en 1945, n'accède à un volume de production annuelle important 200 maisons environ) qu'à partir de 1960; la plupart des constructeurs apparaissent dans les années 1960, et, dès le début de cette décennie, commencent à s'organiser pour essayer de convaincre les pouvoirs publics de revenir à une politique favorable à l'habitat individuel. Ainsi, en 1961, le PDG de la société Phénix regroupe dans le SMI (le Syndicat des constructeurs de maisons individuelles, qui deviendra l'Union nationale des constructeurs de maisons individuelles) un petit nombre d'entrepreneurs qui « croient au développement de la maison individuelle ». En 1962 se constitue, avec le soutien du SMI, le CIMINDI (Comité interprofessionnel de la maison individuelle), destiné à soutenir toutes les initiatives professionnelles allant dans le sens du développement de la construction de maisons individuelles. Le SMI participe à l'élaboration des textes régissant la profession (comme la loi du 16 juillet 1971) et agit en groupe de pression, notamment auprès des maires, en vue de démontrer la nécessité de substituer aux grands ensembles une politique de développement de la maison individuelle. En 1968, ces professionnels trouvent leur allié (ou leur porte-parole) en la personne d'Albin Chalandon, ministre de l'Équipement, qui se donne pour objectif d'accélérer le désengagement de l'État (commencé depuis 1966, avec la création du marché hypothécaire, etc.) et de faire entrer le logement dans la logique du marché, de favoriser l'accession à la propriété (en développant les crédits immobiliers, en étendant l'allocation logement à de nouvelles catégories de bénéficiaires et en mettant des terrains à bâtir à la disposition des constructeurs), de limiter la production de grands immeubles verticaux (circulaire du 30 novembre 1972) et d'encourager la production de maisons individuelles (notamment en lançant, le 31 mars 1969, un concours international de la maison individuelle).
. Les entreprises de construction sur catalogue se développent rapidement au cours des années 1970, en s'appuyant sur les facilités offertes à la clientèle par les circuits publics de crédit et grâce à la réduction de l'apport initial exigé : alors que la construction sur commande (à une petite entreprise, à un architecte, etc.) exige une forte capacité d'épargne, la construction sur catalogue bénéficie de la plus forte quotité de prêts et exige l'apport personnel le plus faible. La loi du 16 juillet 1971 qui réorganise l'ensemble des professions de l'immobilier, institue le contrat de construction de maison individuelle, assurant aux acquéreurs potentiel un ensemble de garanties sur les sociétés de construction et offrant du même coup de nouvelles capacités d'intervention aux établissements bancaires qui apportent leur caution aux constructeurs et qui instaurent des relations étroites avec les plus grands d'entre eux. On voit ainsi que les rapports de force entre les grandes entreprises industrielles et les entreprises petites ou moyennes qui coexistent sur le même marché dépendent de la « politique du logement» et, en particulier, des règlements qui régissent l'aide publique à la construction et l'octroi de crédits, introduisant autant d'arbitrages entre les occupants de positions différentes dans le champ de production.

CHRONIQUE DE LA GENÈSE D'UNE POLITIQUE

Le marché du logement est soutenu et contrôlé, directement et indirectement, par les pouvoirs publics. L'État en fixe les règles de fonctionnement à travers toute une réglementation spécifique qui vient s'ajouter à l'infrastructure juridique (droit de propriété, droit commercial, droit du travail, droit des contrats, etc.) et à la réglementation générale (blocage ou contrôle des prix, encadrement du crédit, etc.). Pour comprendre la logique de ce marché bureaucratiquement construit et contrôlé, il faut donc décrire la genèse des règles et des règlements qui en définissent le fonctionnement, c'est-à-dire faire l'histoire sociale du champ clos où s'affrontent, avec des armes et des fins différentes, des membres de la haute fonction publique compétents en matière de logement, de construction ou de finances et des représentants d'intérêts privés dans le domaine du logement ou du financement. C'est en effet dans les rapports de force et de lutte entre, d'un côté, des agents ou des institutions bureaucratiques investis de pouvoirs différents et souvent concurrents et dotés d'intérêts de corps parfois antagonistes et, de l'autre, des institutions ou des agents (groupes de pression, lobbies, etc.) qui interviennent pour faire triompher leurs intérêts ou ceux de leurs mandants, que se définissent, sur la base d'antagonismes ou d'alliances d'intérêts et d'affinités d'habitus, les règlements qui régissent le monde de l'immobilier. Les luttes pour transformer ou conserver les représentations légitimes qui, une fois investies de l'efficacité symbolique et pratique du règlement officiel, sont capables de commander réellement les pratiques sont une des dimensions fondamentales des luttes politiques pour le pouvoir sur les instruments de pouvoir étatique, c'est-à-dire, en généralisant la formule de Max Weber, pour le monopole de la violence physique et symbolique légitime. _
Pour comprendre la «politique de l'Etat» en chacun des domaines dont il a la charge, il faudrait savoir comment se présentent les différentes prises de position sur le problème considéré et les rapports de force entre leurs défenseurs; il faudrait aussi connaître l'état de l'opinion de la fraction mobilisée et organisée des « opinion makers » (hommes politiques, journalistes spécialisés, publicitaires, etc.) et des groupes de pression (organisations professionnelles, patronales, syndicales, associations de consommateurs, etc.), en ayant à l'esprit que l'enquête sociologique ne fait qu'enregistrer le résultat à un certain moment d'un travail politique auquel les membres de la haute fonction publique ont eux-mêmes contribué et dont les effets peuvent s'exercer sur eux en retour.
Le champ de la haute fonction publique est le lieu d'un débat permanent à propos de la fonction même de l'État. Les fonctionnaires qui ont partie liée avec des organisations bureaucratiques orientées vers l'une ou l'autre des grandes fonctions étatiques (ministères, directions, services, etc.) tendent à affirmer et à défendre leur existence en défendant l'existence de ces organismes et en travaillant à l'accomplissement de ces fonctions. Mais ce n'est là qu'un des principes des antagonismes qui divisent le champ de la fonction publique et qui orientent les grands « choix» politiques, notamment en matière de logement. Pour rendre compte du fait que les « pouvoirs publics» aient « choisi », dans le cas du logement, de coordonner la production et la distribution par l'intermédiaire d'une réglementation administrative plutôt que de laisser faire les forces du marché, il faut en outre prendre en considération, premièrement, l'état des représentations sociales, implicites ou objectivées dans le droit ou la réglementation, qui imposent que soient assurés à tous certains services insubstituables; et, deuxièmement, les imperfections ou les défaillances de la concurrence et de la logique du marché qui, dans un état déterminé de la conscience sociale du tolérable et de l'intolérable et de la définition des besoins légitimes, imposent une intervention destinée à protéger les intérêts des usagers contre une discrimination inacceptable par les prix. On peut ainsi poser que la production d'un bien ou d'un service a d'autant plus de chances d'être contrôlée par l'État que ce bien ou ce service s'impose comme plus indispensable à ce que l'on peut appeler l'opinion mobilisée ou agissante (par opposition à l'idée ordinaire d'« opinion publique ») et que le marché est plus défaillant en la matière.
Si le champ de la haute fonction publique dispose d'une autonomie indiscutable, qui s'enracine dans ses structures objectives, ses traditions et ses règles propres, et dans les dispositions des agents, il reste que les luttes de concurrence qui s'y déroulent doivent une part de leur logique aux pressions, aux injonctions ou aux influences externes. Chacun des agents ou groupes d'agents tend en effet à s'appuyer, pour imposer sa vision politique - et faire avancer ses intérêts spécifiques -, sur les forces externes et sur leurs porte-parole au sein des instances représentatives (assemblées parlementaires, commissions, etc.) et à puiser plus ou moins consciemment dans les représentations que les agents sociaux produisent individuellement et collectivement. Pour comprendre vraiment l'état de ces représentations, il conviendrait de décrire l'action des agents et des institutions qui, tant dans l'administration qu'à l'extérieur, ont contribué à inscrire le droit au logement parmi les droits fondamentaux (avec la loi du 22 juin 1982, titre 1, article 1) : réformateurs sociaux, associations familiales, syndicats, .partis, chercheurs en sciences sociales, etc. C'est en effet la longue histoire de toutes ces entreprises réformatrices qui trouve son aboutissement dans la « politique du logement» telle qu'elle se trouve réalisée, à un moment donné, dans un certain nombre d'institutions (règlements, organismes spécialisés, procédures d'aide financière, etc.), objectivation provisoire d'un état du rapport de force structurel entre les différents agents ou institutions intéressés qui agissent en vue de conserver ou de transformer le statu quo en cette matière.
Choisir de faire porter l'étude sur la période 1974-1976, au cours de laquelle la « politique du logement» a fait l'objet de maintes réflexions et réformes (Livre blanc des HLM, Commission Barre, Commission Nora- Eveno et, dans une moindre mesure, Comité de l'habitat du 7e Plan), c'était s'attacher à un moment critique, où les antagonismes se déclarent et où se met en place l'ordre réglementaire qui est resté en vigueur jusqu'à la fin des années 1980. Depuis le début des années 1970, l'idée d'une réforme de la politique du logement est dans l'air. Le système d'aide à la construction qui est encore en vigueur est dominé par l'aide à la pierre, aide financière publique apportée à l'investissement d'un maître d'ouvrage, sous la forme d'un prêt à taux très avantageux. Institué par la loi du 3 septembre 1947, ce système d'attribution a été complété en 1948 par des mesures limitées (appelées « allocation logement») d'aide à la personne, aide financière publique apportée aux personnes en vue d'alléger les mensualités d'un crédit contracté pour l'achat d'un logement, et calculée en fonction des ressources et de la situation familiale (2 : Depuis 1977, tout nouveau logement construit ouvre droit à l'APL (Alde personnalisée au logement); il en va de même pour certains logements ancien). Ce système fait l'objet de nombreuses critiques bien qu'il ait été diversifié et complété au cours des années par toute une série de mesures complémentaires. On lui reproche de favoriser divers effets négatifs tels que l'inégalité sociale devant l'habitat, la qualité insuffisante de la construction neuve et la dégradation du parc existant. A la fin des années 1960, la nécessité d'une réforme paraît s'imposer de plus en plus dans les « milieux dirigeants », à travers notamment les réflexions individuelles ou collectives qui alimentent les travaux des commissions des 5è et 6e Plans.

C'est, en 1965, l'ouvrage de Claude Alphandéry, Pour une politique du logement ; c'est, en 1969, le Rapport Consigny, bilan du travail d'une commission réunie à la demande d'Albin Chalandon; c'est, toujours en 1969, la Commission de l'habitation du 6e Plan, présidée par Claude Alphandéry. (A la différence de Pierre Consigny, désormais installé dans des fonctions administratives, Claude Alphandéry joue encore un rôle important en 1975 parmi les novateurs : il est directeur de la direction du Bâtiment au ministère de l'Équipement.) Mais aucun de ces travaux ne remet véritablement en cause le principe de l'aide à la pierre. La contribution majeure à la réflexion des réformateurs a été apportée en 1970 par deux jeunes fonctionnaires de la direction de la Prévision du ministère des Finances (tenu à l'époque par Valéry Giscard d'Estaing), Yves Carsalade, ingénieur du Génie maritime, et Hubert Lévy-Lambert, ingénieur des Mines 3. Ceux-ci s'appuient sur un modèle de simulation mathématique, dit modèle Polo, permettant de prévoir les conséquences des décisions en matière de logement, pour critiquer le régime d'aide en vigueur (les règles d'affectation des HLM favorisent les ménages les plus solvables au détriment des pauvres ; l’aide personnelle serait moins coûteuse pour l’Etat que l’aide à la pierre) et pour défendre un retour à la logique du marché associé à une aide personnelle (ou, plus précisément, personnalisée) variant en fonction du revenu et de la situation de famille des bénéficiaires. Tout permet de penser que ces deux fonctionnaires (que l’on retrouvera dans l’analyse statistique présentée ci-dessous) s’inspiraient surtout de l’intention toute théorique de mettre au point, à propos du logement pris comme terrain d’application, un modèle permettant la simulation des phénomènes économiques plutôt que d’un projet politique de transformation.


Ibid., p. 113
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