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La Religion de l'économie : Interview de Gaston Lafargue

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 23 May 2007 21:33    Post subject: La Religion de l'économie : Interview de Gaston Lafargue Reply with quote

Je me suis amusé pour faire des textes moins lourds, à retravailler le célèbre texte de Paul Lafargue, La Religion du Capital (d'ailleurs récemment republié je crois et qui reste d'une grande verve ; et qui a fait tant historiquement pour faire partager un certain marxisme), en le mettant un peu au goût du jour des analyses actuelles que je m'efforce de faire partager. Deun a raison de me dire que je n'y aborde hélas pas la critique de la technique, de la science et de la société industrielle, qui d'ailleurs je pense viendrait facilement dans le cours de cette discussion. Mais cela ne demande qu'à être complété par la poursuite de ce dialogue, et c'est assez ludique de le faire, même à plusieurs. Toutes améliorations éclaircissements et critiques du présent texte, sont bienvenues. Merci déjà à yoan pour ses remarques dont déjà cette version est tributaire.

Quote:
La Religion de l’Economie. Interview de Gaston Lafargue.

Le catéchisme des adeptes de la croissance économique raconté par ceux qui le subissent.


Demande. – Quel est ton nom ?
Réponse. – Rouage. Mon deuxième prénom est celui de mon grand-père, Salarié.
D. – Quels sont tes parents ?
R. – Mon père était un rouage, ainsi que mon grand-père et mon aïeul : mais les pères de mes pères étaient serfs et esclaves. Ma mère qui m’a donné la Vie Economique, se nomme Impuissance politique.
D. – D’où viens-tu, où vas-tu ?
R. – Je viens d’une soit-disant « pauvreté » définie par les économistes et je vais à la misère existentielle de l’ennui organisé comme quotidienneté en passant par l’hôpital, les ONG du " développement " et les camps de travail mondialisés, où mon corps subjectif servira de champ d’expériences aux nouveaux Nano-Robots et de sujet d’études aux prêtres à longues et courtes robes de l’économie.
D. – Où es-tu né ?
R. – Dans le choux d’un champ d’équivalence, sous les combles d’une maison qui brûle et que mon père et ses camarades-rouages de travail avaient bâtie.
D. – Quelle est ta religion ?
R. – La religion de l’Economie et de sa croissance infinie.
D. – Quel devoir t’impose la religion de l’Economie ?
R. – Deux devoirs principaux : le devoir de renonciation de ce que je suis singulièrement et le devoir de travail en tant que simple rouage d’une chaîne de travail aujourd’hui mondialisée.
Ma religion m’ordonne de renoncer à mes droits d’usage sur la terre, notre mère commune, sur les richesses de ses entrailles, sur la fertilité de sa surface, sur sa mystérieuse fécondation par la chaleur et la lumière du soleil ; Parce que dans l’économie, les produits de mon travail vont devoir s’échanger contre un équivalent en argent, elle m’ordonne de renoncer à mon droit de propriété individuel sur l’activité créative de mes mains, de mon toucher, de mon sentir, de mon désir, c’est-à-dire de ma subjectivité radicale ; elle m’ordonne encore de renoncer à mon droit de propriété sur ma propre personne en tant que ce pouvoir-capacité à satisfaire les multiples dimensions de l’unicité de la Vie désirante qui me traverse de part en part ; du moment que je franchis le seuil de l’atelier, du bureau, du magasin, du chantier, d’une salle de classe, de l'Université, je ne m’appartiens plus, je suis la chose, c’est-à-dire le simple rouage d’une interdépendance générale, d’abord nationale et maintenant de plus en plus mondiale. Je suis le sujet-automate.
Ma religion m’ordonne de travailler afin de m’échanger, c’est-à-dire d’échanger ma force de vie contre un salaire, une retraite, de l’argent « au noir », ou une allocation chômage ; et ce depuis l’enfance jusqu’à la mort et dès l’école, de travailler à la lumière du soleil et à la lumière du néon, de travailler le jour et la nuit, de travailler sur terre, sous terre et sur mer, et bientôt même dans l’espace et dans le monde de l’infiniment petit ; de travailler partout et toujours. Toute ma vie éveillée est aspirée, colonisée et dévorée par ce Moloch du travail, si bien que je perds ma vie à vouloir la gagner.
D. – T’impose-t-elle d’autres devoirs ?
R. – Oui. De prolonger le carême existentiel pendant toute l’année ; de vivre de privations, ne contentant la faim de mon désir qu’à moitié dans les temps séparés des loisirs télévisuellement assistés, sur-organisés et marchandisés, et que l’on appelle les « vacances », un « bon plateau télé », la « fièvre du samedi soir » ou l’attente messianique du prochain « week-end » au début de chaque semaine de turbin ; de restreindre tous les besoins de ma chair subjective et de comprimer toutes les aspirations de mon esprit.
D. – T’interdit-elle certaines nourritures ?
R. - Elle me défend de toucher au foie gras, de goûter au saumon, au homard, aux poissons de chair délicate et me pousse à aller chez « Lidl » et « Auchan », le pays où la vie économique est d’autant plus « vraie » qu’elle est moins chère ; la fatwa publicitaire de ce supermarché n’est d’ailleurs aucunement un mensonge mais le premier de nos commandements, elle exprime simplement notre propre vérité ; quand toute notre vie est devenue une simple vie économique, alors la vie consiste en une économie libidinale d’achat d’objets-désirs qui nous testent ; cette vie de supermarché est bel et bien « la vraie », c’est-à-dire la vérité de ma réalité de simple rouage d’une interdépendance générale atrophiant toute capacité autonome à se vivre Un dans la satisfaction d’un seul tenant des multiples désirs de l’unicité de la force de Vie désirante qui nous traverse.
D. – Quelle nourriture te permet-elle ?
R. – Un Big-Mac, des frites ou des « potaetos », des poissons carrés, un ersatz de pain, la soupe populaire, un panier « bio » ou « équitable », des « œufs » de poules sans plumes, les rebuts de boucherie industrielle. Pour remonter rapidement mes forces subjectives épuisées, elle me permet de boire un vin falsifié ou « bio », du Coca-cola « zéro » ou quelques autres liquides de cosmonaute du travail. C’est la nourriture de notre propre dépossession.
D. – Quels devoirs t’impose-t-elle envers toi-même ?
R. – D’augmenter mes dépenses d’argent car cette interdépendance échangiste ne peut marcher que si je consomme tout ce que je gagne ; de porter des habits standardisés ou « personnalisés », et toujours fabriquées dans les ateliers-textile de Wenhzou ou du Lesotho par les habiles petites mains des meilleures de leurs fillettes ; de ne pas les user jusqu’à la corde, de les jeter aux ordures afin d’en acheter d’autres rapidement ; et de suivre « la mode » de l’obsolescence vestimentaire que je lis dans les magazines féminins de l’organisation médiatique du grand gaspillage. Simple rouage, je dépends de ma capacité à acheter avec le petit stock mensuel d’argent que l’on me distribue, les produits qui vont m’être présentés sur les rayons des supermarchés ou du marché « bio » du coin, et qui vont me permettre de survivre, économiquement parlant ; de vivre dans la banalité du mal, la saleté et la vermine existentielles de cette dépendance à l’interdépendance, c’est-à-dire cette nécessité de gagner un salaire en bossant, par exemple en étant payer à donner des coups de tampon comme l’aurait fait Eichmann-le-rouage-que-nous-sommes-tous-devenus.
D. – Quels devoirs t’impose-t-elle envers la société de croissance ?
R. – D’accroître la valorisation sociétale, d’abord par ma capacité à me marchandiser dans le travail, par mes compétences à mettre en valeur toutes les éléments inobjectivables dans la tâche même de mon travail, ensuite. Je suis là, en tant que rouage automate de l’interdépendance générale, que pour réifier le monde et les individus concrets et vivants (et ceci que je que je travaille sur un poste de travail dans « l’éducation », la « grande distribution », le « social », « l’informatique », le « e-commerce », ou « l’artisanat », et même dans l’écolo-poujadiste « épicerie » du coin).
D. – Que t’ordonne-t-elle de faire de tes « économies » ?
R. – D’en avoir le moins possible, il faut à tout prix les consommer car la qualité de notre interdépendance sociétale est fondée sur notre capacité à échanger le plus possible, il faut donc consommer immédiatement, sans entraves et sans temps morts. Rien ne se garde, rien ne se crée à part de la valeur, tout se transforme et circule le plus rapidement possible, et notamment en payant par ordinateurs interposés à la vitesse de la lumière grâce à la ceinture de satellites qui enserre désormais la Terre.
D. – As-tu des droits politiques ?
R. – L’économie de l’interdépendance m’accorde l’innocente distraction d’élire les législateurs qui forgent les lois pour mettre en condition l’éternisation de notre condition de rouage ; mais il nous défend de nous occuper de politique, c’est-à-dire de nous auto-organiser collectivement dans le vivre-ensemble des gens que nous aimons et rencontrons, et d’écouter les anarchistes.
D. – Pourquoi ?
R. – Parce que la politique c’est le privilège des machinistes en chef (élus ou pas, mais toujours élus de Dieu) de cette transcendante interdépendance générale ; parce que ce l’on appelle faussement « la politique » n’est en fait que la gestion de cette interdépendance d’une Société-Club échangiste en vacance sur l’île des loisirs du Cap d’Agde, où la politique est l’administration des individus réduits à de simples choses à biffer, éplucher, contrôler, objectiver et déplacer.
D. – Quel est ton Dieu ?
R. – L’économie.
D. – Est-elle de toute éternité ?
R. – Nos prêtres les plus savants, les économistes officiels comme les économistes en chef d’ATTAC ou les écologistes, disent qu’elle a existé depuis le commencement du monde ; comme elle était toute petite alors, Jupiter, Jéhovah, Jésus et les autres faux dieux ont régné à sa place et en son nom ; mais depuis l’an 1500 environ, époque où l’on s’est mis à mesurer la réalité, elle s’invente, grandit, et ne cesse de se déployer en masse et en puissance dans toutes les dimensions du monde et de notre vie. Aujourd’hui, l’économie, à travers la mise en « développement » du Tiers Monde, et son approfondissement dans chacune de nos ritournelles existentielles, domine le monde que les humains ne forment plus.
D. – Ton Dieu est-il tout-puissant ?
R. – Oui. Son culte donne tous les bonheurs de la terre. Quand le Dieu-Economie détourne sa face d’une famille, et d’une nation, elles végètent tels des naufragés du développement, dans la misère économique et la douleur humaine. La puissance de l’Economie grandit à mesure que la masse des individus en tant que ses simples rouages, s’accroît ; tous les jours elle conquiert de nouveaux pays et des pans entiers de nos vie (dans ses dimensions infra-personnelles sensibles, affectives, amicales, familiales, etc.) tombent dans le chaudron bouillonnant de l’économie pour que la cuisine des économistes les transforment en valeur ; car toutes les choses de la terre et toutes nos ritournelles existentielles dans chacune de ses dimensions individuelles singulières et à chaque fois inobjectivables, ont été mis en valeur, c’est-à-dire plantés dans les champs de l’équivalence générale afin d’être échangés entre elles avec de l’argent - la mesure de cette équivalence de tout avec tout - ; tous les jours le Veau d’or de l’Economie grossit, dégrossit et regrossit le troupeau des salariés et des assistés, qui, leur vie durant, simples variables, sont consacrés à augmenter sa masse d’équivalence ; même quand ils ne travaillent pas, ils se doivent d’obtempérer au service de la consommation obligatoire avec l’allocation chômage ou le « revenu d’existence » économique qu’on leur distribue.
D. – Quels sont les élus du Dieu de l’Economie ?
R. – Les patrons, les écologistes, les capitalistes, les trotskistes, les rentiers, les syndicalistes, les socialistes, les spéculateurs, les communistes, les banquiers, les altermondialistes et tous les manifestants qui réclament dans la rue une amélioration de leur vie de rouage (comme par exemple la défense du « droit du travail », des « acquis sociaux » ou du « pouvoir d’achat ») pour mieux supporter éternellement cette même condition.
D. – Comment l’Economie, ton Dieu, te récompense-t-il ?
R. – En me donnant toujours et toujours du travail à moi, à ma femme et mes tout petits enfants ! « Le Travail c’est la citoyenneté ! » comme dit le dernier fils de l’Homme en date, Sarkozy.
D. – Les élus sont-ils d’une autre race que toi ?
R. – Les économistes, les capitalistes, les altermondialistes et les écologistes sont pétris du même argile que les salariés ; mais ils ont été choisis entre des milliers et des millions.
D. – Qu’ont-ils fait pour mériter cette élévation ?
R. – Rien. Dieu prouve sa toute-puissance en déversant ses faveurs sur celui qui baigne dans notre impuissance ordinaire. Mais plus l’élu saura faire partager à ses semblables-rouages, ses propres illusions politiques mégalomaniaques à être le fils de l’Homme pouvant incarner le Veau d’Or dans la chair du tissu vivant des simples rouages, plus il aura de chance d’être l’élu de Dieu. L’élu sera alors l’économie incarnée dans le petit peuple de ses créatures, c’est-à-dire que le Verbe de l’Economie se sera fait chair.
D. L’économie est donc injuste ?
R. – Non. L’économie est la justice même ; mais sa justice dépasse notre faible entendement, car c’est une justice économique et donc divine. En soumettant la réalité du monde et notre réalité subjective à la mesure de la valeur-argent afin de les rendre équivalents et ainsi échangeables, Dieu nous découvre son monde comme un Ciel mathématique de chiffres, de nombres, de boites et de cases. La société économique est ainsi celle de l’invention des formes divines, complémentaires et non pas contraires, de l’égalité et de l’inégalité économique. Certains élus de Dieu préfèreront privilégier l’inégalité économique, d’autres encore la justice économique de l’égalité au sein de la vaste chaîne de l’équivalence des travaux des rouages que nous sommes. C’est là soit le libéralisme économique soit le communisme économique. Cependant de Porto Alegre en passant par Moscou et New-York, Dieu ne peut affirmer sa tout puissance qu’en prenant ses élus, les patrons, les capitalistes, les altermondialistes ou les écologistes, que dans le tas des incapables, des fainéants et des vauriens. C’est-à-dire des impuissants que nous sommes à chaque instant de notre sur-vie.
D. – Comment ton Dieu te punit-il ?
R. – En me condamnant au chômage ; alors je suis excommunié : on m’interdit la participation à la corne d’abondance de l’interdépendance sociétale, c’est-à-dire que l’on m’interdit la viande, le vin, le feu, et même mon panier bio, mon vélo ou mon panneau solaire. Nous mourrons de faim et de froid, ma femme et mes enfants.
D. – Quelles sont les fautes que tu dois commettre pour mériter l’excommunication du chômage ?
R. – D’être inutile au Spectre de la valorisation générale des choses et des subjectivités vivantes ; d’être incompétent sur les postes de rouage de la chaîne du travail mondial que l’A.N.P.E. me propose. Mais Dieu est BON et GRAND et sa mansuétude ne connaît d’équivalence que sa toute puissance. Ainsi il me donne une chance de me racheter, de faire pénitence et investit alors de son argent sur ma capacité supposée malléable à me former rapidement sur les nouvelles tâches des postes de travail qu’il me proposera et qui sont nécessaires à son auto-accroissement. « Il faut de tout pour faire un monde économique » me disent ses grands prêtres. Et je reçois alors l’hostie de l’allocation chômage qui me permettra de rapidement me ressaisir et de comprendre que je ne peux que m’intégrer à la Méga-machine de l’interdépendance sans laquelle je serais moins qu’un clochard.
D. – Quelles sont tes prières ?
R. – Je ne prie point avec des paroles. Le travail et le vote sont ma prière. Toute prière parlée dérangerait ma prière efficace qui est le travail et le vote, la seule prière qui plaise, parce qu’elle est la seule utile, la seule qui profite à l’Economie, la seule qui crée de la valeur, de la plus-value et l’acception de ma servitude volontaire à ce Dieu là. Dans le travail que j’effectue cette prière non parlée est alors celle-ci : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. De ce salaire, Prenez en tous ! Ce corps est celui de votre participation mystique à notre interdépendance ». Le corps mystique que forme l’économie est déjà contenu dans le salaire, le vote ou l’allocation chômage. Et nous l’aimons tous.
D. – Où pries-tu ?
R. – Partout : sur mer, dans les airs, sur terre et sous terre, dans les champs, dans les mines, dans les ateliers, dans les bureaux et dans les boutiques. Et même dans une coopérative de produits « bio » et « équitables », dans les salons de coiffure et les colonnes de journaux « alternatifs ».
Pour que notre prière soit accueillie et récompensée, nous devons déposer aux pieds de la Méga-machine techno-politico-économique, notre volonté, notre liberté, notre subjectivité et notre dignité.
Au son de la cloche ou du réveil, au bip-bip de la montre que nous avons tous, au sifflement de la machine, à la musique d’ouverture du fond d’écran vert et vallonné de « WindowsVista », nous devons accourir ; et, une fois en prière, nous devons, ainsi que des automates, remuer bras et jambes, pieds et mains, souffler et suer, nous mettre à réfléchir, tendre nos muscles et épuiser nos nerfs. Nous devons être humbles d’esprit, supporter docilement les emportements, la violence symbolique et les injures du donneur d’ordre, du représentant hiérarchique et du patron qui gère les différents rouages présents dans un camp de travail particulier, car ils ont toujours raison, même lorsqu’ils nous paraissent avoir tort. Nous devons remercier les rouages-maîtres et les rouages-élus quand ils augmentent nos salaires et réduisent la journée de travail pour que celle-ci se poursuivre inlassablement dans les loisirs. Nous devons encore remercier tous ces élus de Dieu, qui pensent pouvoir proposer à ce dernier, un « revenu-minimum-garanti-à-se-faire-coloniser-par-l’Economie » ou un « revenu-d’existence-économique », et pensent là améliorer nos prières.

Plutôt que de laisser une plainte s’échapper de nos lèvres nues, plutôt que de permettre à la colère de faire bouillonner notre sang, plutôt que de nous révolter, plutôt que de décider ensemble de nous auto-organiser à construire les chaloupes de notre autonomie collective pour désamarrer du vaisseau-fantôme, nous devons endurer toutes les souffrances, subir l’organisation de l’ennui et de l’irresponsabilité permanente qui traverse nos vies, manger notre « happy meal » sans broncher et boire notre eau souillée de boue, ramper comme une larve vers une urne pour avoir le choix du menu avec lequel nous serons mangés ; car pour châtier notre insolence, l’Economie arme le maître-CRS de canons et flash-balls, de cercles d'économistes, de prisons, d’instituts de politologie et d’asiles psychiatriques. Tandis que l’appareillage idéologique de l’existence médiatique, affairé à mettre en condition la possibilité de notre auto-réification, nous assiste suffisamment mentalement pour se passer le plus possible de toute cela.
D. – Recevras-tu une récompense après la mort ?
R. - Même pas. Après la mort, le tissu bio-politique de l’Economie se déchasse du corps subjectif qu’il a inlassablement traversé, épuisé et pompé toute une vie, pour revenir habiter - tel la colombe de l’esprit économique qui descend du Ciel -, le corps subjectif « neuf » de celui qu’il pourra à nouveau occuper momentanément afin de s’auto-reproduire dans un tel sujet automate. C’est alors que dans la mort, je naîtrais bien curieusement et pour la première fois, à ma Liberté jamais vécue. Et c’est de cette seule perspective, que certains voudraient aujourd’hui bien se séparer définitivement.
D. - Merci à toi Gaston, et bon vent !

Gaston Lafargue. Belle-île en mer.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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