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De l'abolition de l'idéologie du travail... à l'autonomie.
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bulan
Guest





PostPosted: 21 Mar 2007 14:30    Post subject: Reply with quote

Bonjour Clément,

En fait l'idée d'utiliser le mot "activité" à la place de travail ne m'enchante pas, car on tend un peu trop à faire croire que le travail peut être une activité émanciaptrice, et utiliser le mot activité risque d'en rajouter dans le style "je m'active et donc je suis heureux". La nécessité n'est pas émancipatrice, ni la consommation, ni le processus de production, qu'on le nomme travail ou "activité". Je comprends bien ton soucis de réenchasser le travail dans la vie sociale (et c'est en ce sens que "la fin du travail" peut signifier quelquechose, n'est ce pas?), mais évitons de faire croire que le travail peut être un jeu (ni d'ailleurs que tout ce qui n'est pas travail est un jeu futile, ce que beaucoup de gens pensent de la politique ou de l'art par exemple).

Le travail fait partie de notre condition. On peut idéaliser les Grecs et l'Antiqutité, mais pour permettre à la petite minorité de citoyens de discourir dans la cité, il y avait une armée d'esclaves qui trimaient. Aujourd'hui, pour nourrir tous ces gens qui travaillent dans les bureaux à faire tourner dans le vide la bureaucratie (comme moi), on a été obligé de transformer les paysans en "exploitants". Ce mot veut tout dire... Je ne sais pas si vous avez vu le film "Notre Pain Quotidien": c'est très parlant ( Mort de rire y'a pas de paroles!). Exploiter les sols, l'eau, les animaux, les travailleurs agricoles (souvent des immigrés OMI sans aucun droits sociaux), et finalement, les exploitants eux-mêmes.

La division du travail, et la place de l'argent qui y est directement liée sont au coeur des problèmes, car en effet on médiatise le lien entre le travail et les nécessités vitales. On ne peut qu'admettre que la division du travail et sa terrible efficacité, encore augmenté par la mécanisation et l'automatisation, ont permis une abondance monstrueuse. Mais la division du travail a également déconnecté le travail de sa raison d'être, l'assouvissement de nos besoins vitaux, elle a brouillé les pistes et nous a fermé à la signification profonde du travail, à son lien avec notre processus biologique. (Sur ce point des besoins vitaux, OK, les besoins sont quelquechose de relatif à toute civilisation, il n'en demeure pas moins que nous ne sommes pas des plantes chlorophyles qui vivons de soleil et d'air pur. Donc effectivement, on ne peut pas calculé mathématiquement les "besoins vitaux", mais pour autant, on ne peux nier l'existence de ceux-ci).

Pour retrouver la maîtrise de nos vies, sortir de notre condition de salariés et de cette relation déroutante à l'argent, je ne vois guère d'autre solution que de remettre en cause, au moins en partie, la division du travail. D'abord bien sûr au niveau mondial, mais aussi au niveau national. Et cela signifie plus de travail pour chacun. Je connais deux familles paysannes qui qui produisent à peu près tout ce dont elles ont besoin: eh bien crois moi, ils ne chôment pas: la vie contemplative, le rêve et la méditation, ils n'ont pas franchement le temps! Mais par contre, heureuse contrepartie et qui vaut bien toutes ces heures de travail, ils ont réenchassé le travail dans leurs vies sociales et ils mangent chaque jour le résultat direct de leur travail. Ils livrent leurs légumes à une AMAP, ont une relation directe avec ceux qui mangent leurs légumes et achetent très peu de choses venant du système marchand. mais cela signifie concrètemente effectivement q'ils et elles passent beaucoup de temps à faire le pain et les repas, et les conserves pour l'hiver et les habits et à laver le linge, et couper le bois pour la chaudière et réparer le système de récupération de l'eau de pluie et traire les brebis et planter les chous et repiquer les salades et ect.... Ce n'est pas du travail puisque cela fait partie de la vie, mais la vie au sens biologique et son entretien, c'est le travail et la consommation: les deux choses sont totalement identiques, elles signifient le processus vital.

Bref, je ne crois pas que la décroissance/sortie de l'économie signifiera moins d'effort pour alimenter ce processus vital, mais bien plus d'effort, au moins au début, pour retrouver notre indépendance et donc déconstruire la division du travail. C'est encore plus dur pour les pionniers qui dès aujourd'hui sortent du système marchand, car comme ils sont peu nombreux, ils peuvent rarement diviser les tâches entre eux (l'un s'occupent du pain, l'autre des habits, l'autre des légumes,...), si ce n'est par la division traditionnelle homme/femme. Les communautés sont souvent présentées comme LA solution à cette surcharge de travail pour ceux qui sortent du système marchand: bravo pour ceux qui réussissent et qui y trouvent leur équilibre! Mais il faut avouer que cela nous demande tout un réapprentissage de la vie en commun et de ses contraintes.

Enfin, par rapport à la citation de Latouche, il prône la réduction du temps de travail, et puis affirme que le seul résultat des 35h a été d'amener à une consommation exacerbée de loisirs. C'est un peu contradictoire, non? Dans un société de travailleurs-consommateurs, toute réduction du temps de travail amènera à une hausse du temps consacré à la consommation, et à rien d'autres. Cela serait-il différent si on travaillait 2h par jour? Je ne crois pas, parce que là encore, on reste dans une logique de salarié qui va continuer à toucher un salaire pour lui permettre d'acheter ses carottes rapées sous vide au supermarché du coin (carottes rapées produites en Bretagne et conditionnées en Inde avec du plastique produit en Afrique du Sud). Donc, vraiment, il me semble que c'est à la division du travail qu'il faut réfléchir plutôt qu'à la réduction du temps de travail.
Tous à la terre!!!!!
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ivani



Joined: 15 May 2006
Posts: 414

PostPosted: 22 Mar 2007 17:23    Post subject: Reply with quote

Un peu de lecture en guise de contribution à la discussion :
http://www.lalignedhorizon.org/html/textes/partant/droleries/pourquitravailler.htm
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j.p leconte
Guest





PostPosted: 31 Mar 2007 17:41    Post subject: du chomage a l'autonomie cpnviviale Reply with quote

Angéline wrote:
A lire aussi:" du chômage à l'autonomie conviviale" de Ingmar Granstedt: brochure éditée par la ligne d'horizon.
J'en ai une à la maison que je peux prêter à des lyonnais(es), car je crois que le stock est épuisé.
Angéline


est envisageable d'en optenir une phocopie? nota j'habite Nantes
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 31 Mar 2007 22:09    Post subject: Reply with quote

Je crois qu'ivani va la refaire publier par la Ligne d'Horizon. Mais vu qu'Ingmar Granstedt a prestement demandé à la Ligne de mettre en ligne sur internet l'ouvrage La folle concurrence en ligne sur le site de l'assos, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire de même avec cette brochure excellente et que tout le monde demande. J'imagine que son auteur en serait ravi. Surtout si je crois qu'ivani a dit qu'il avait peut-être encore le fichier informatique de cette brochure.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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zarf



Joined: 23 Aug 2006
Posts: 49

PostPosted: 26 Nov 2007 13:11    Post subject: Penser l’exode de la société du travail et de la marchandis Reply with quote

http://www.mouvements.info/spip.php?article65

Un des derniers textes d'A. Gorz à lire sur le site de la revue Mouvements, trop long pour être intégralement recopié ici.
Il y revient sur la question du revenu social garanti, qu'il définit comme occasion et moyen pouvant favoriser cet exode, à partir de nos conditions présentes, c'est-à-dire la soumission à l'ordre capitaliste marchand.


Quote:
Le RSG doit être compris comme une occasion et comme un moyen d’ouvrir des voies à l’exode de la société du travail et de la marchandise, comme le moyen de développer des pratiques qui soustraient des secteurs de la production et de la consommation aux déterminations extrinsèques que leur impose la forme valeur et qui « font pressentir que matériellement aussi bien que psychiquement, l’existence humaine peut être assurée par d’autres voies que celle de la mise en valeur monétaire [8] ».

Il ne s’agit donc pas de poursuivre, dans la revendication d’un RSG, le but illusoire d’un réaménagement du capitalisme qui, par sa dynamique, entraînerait sa transformation, voire son extinction. Il s’agit au contraire de concevoir cette revendication comme une façon d’affronter le capitalisme là où il se croît inattaquable mais devient, en réalité, le plus vulnérable : sur le plan de la production.

Michel Opielka a formulé la nécessité d’un tel affrontement de la façon la plus incisive en 1986 : le RSG, écrivait-il, « restera captif de la logique capitaliste » s’il n’est pas lié « au droit des gens à disposer de leurs propres moyens de production » ; s’il « ne supprime pas leur dépendance vis à vis d’un employeur, vis-à-vis des rapports sociaux d’un système industrialiste et vis-à-vis de la providence étatique. Il faut que le RSG ouvre la voie à une appropriation du travail [9]. Ce qui – j’y reviendrai - suppose que les moyens de travail ne sont plus des moyens de domination et cessent d’étendre cette domination à tout le champ social par la division sociale du travail qu’ils imposent.En somme, le RSG reste par lui-même immanent au capitalisme, mais il faut néanmoins le revendiquer dans une perspective qui transcende le système. On trouve à ce sujet chez Robert Kurz les réflexions suivantes : « La lutte pour des gratifications qui restent dans les limites du système : pour le salaire, pour des prestations sociales et contre le démantèlement, au nom de la compétitivité, de l’Etat providence… reste un moment essentiel pour le mouvement d’émancipation. Mais à la différence de ce qui était encore le cas dans le mouvement traditionnel, il n’est plus possible de passer sans rupture de continuité des revendications se situant à l’intérieur du système à des revendications qui (prétendument) le transcendent. Le contenu d’une lutte pour l’émancipation ne peut être que la critique catégoriale des formes de cohésion sociale du système moderne de production de marchandises… Ce n’est plus la régulation du système par un État ouvrier national qui peut être le but historique, mais une société mondiale au -delà du travail abstrait et de l’argent, au-delà du marché et de l’État. […] La tâche qui s’impose est la rupture catégoriale, c’est-à-dire le passage d’une lutte pour les conditions de vie sur la base de ces catégories à une lutte pour leur suppression. Il faut savoir supporter la tension entre ces deux moments [10]. »


"Attaquer le capitalisme sur le plan de la production": on pourrait rapprocher cela de "la nécéssité de critiquer le travail en actes", formule que j'emprunte à Anselm Jappe dans "Les Aventures de La Marchandise". Il s'agit d'un emprunt polémique, car A. Jappe s'oppose complètement à la revendication d'un revenu social garanti, mais comme il ne tente pas de définir ce que pourrait être concrètement une "critique du travail en actes" (désertion? sabotages?), on se retrouve plus en face d'une incantation que d'un outil conceptuel appropriable.

La question majeure est toujours la même: comment, à l'échelle d'une société, ne plus avoir besoin du capitalisme marchand, puisqu'en sortir nécessite de pouvoir s'en passer?

La réponse de Gorz, qui consiste en partie à accepter de patauger dans le bourbier des contradictions concrètes, et à reconnaitre la revendication d'un revenu inconditionnel comme nécessité non suffisante du moment présent et non objectif à atteindre dans la société post-marchande, me semble beaucoup plus pertinente que toutes les positions opposées qui demeurent purement théoriques et ne donnent quasiment aucune prise sur le réel. Qui peut croire qu'une sortie de l'économie désirable pourrait se produire en dehors d'un combat collectif politique, qu'elle pourrait partir d'ailleurs que de la situation actuelle de soumission au salariat, qu'elle pourrait émerger seulement par l'accroissement régulier de micro-désertions individuelles ou communautaires faisant tâche d'huile, quand chaque jour qui passe ne fait que durcir les conditions de possibilité de la désertion? Il n'y a presque plus d'en-dehors à la société, ni spatial ni mental, et personne ne nous attend de l'autre côté de la porte pour nous la tenir gentiment ouverte le temps de sortir.....
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 26 Nov 2007 15:43    Post subject: Reply with quote

La critique du travail en acte (le travail étant alors défini comme activité salarié et subordonné) c'est pour moi tout simplement l'activité non salarié dans le cadre d'une libre association.
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Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 26 Nov 2007 16:00    Post subject: Reply with quote

Merci pour ce lien, zarf.

Le problème avec Gorz, ce sont les exemples des "actes" par lequel critiquer le travail :

- Il reconnait que la relocalisation entraîne "la simplification extrême de la gestion"... et à quoi donc peuvent servir les logiciels libres, si ce n'est par exemple offrir au speculateur la possibilité de programmer lui-même ses automates de passation d'ordre sur les marchés financiers ? Ou encore gérer à moindre coup un parc de caméras équipées de logiciels de détections comportementales dans les gares et quartiers sensible ?

Autant on peut imaginer beaucoup d'applications nuisibles propre à durcir l'ordre marchand, autant l'informatique est sans doute parvenue largement assez loin dans ses développement pour des usages conviviaux. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, et plus particulièrement sur l'idée qu'une machine universelle, plastique, puisse relever de la convivialité (au sens d'Illich), idée s'opposant à celle contraire concevant l'efficacité sociale de chaque outil en en réduisant la puissance d'action et le nombre d'usage possible...

- Il prend pour argent comptant le type de productivité utile au capitalisme. L'exemple des fabber montre bien qu'il fantasme une autonomie à base de machine, sans voir que la colonisation par l'économie des sociétés nous a privé, non pas seulement de savoirs-faire technique, mais de savoir-faire société. L'appropriation des TIC par les personnes enseignée maintenant par l'école, rendues obligatoire par la problématique économique des flux que doit gérer le travailleur, construit des personnes incapables d'être autonomes en dehors de l'infrastructure industrielle, TIC comprise.

- Cette productivité machinique est une contre-productivité sociale car la machine sépare socialement les activités, en construisant des chaînes intéressantes pour l'économie parce qu'on peut expliciter en contractualisant à l'infini des relations clients-fournisseurs. Mais cette productivité est bien entendue paralysante pour qui veut fonder des liens politiques entre personnes ayant des ethos professionnels différents. Je conçois que des "communautés" de programmeurs de logiciels libres dispersées géographiquement puissent inventer eux-mêmes des organisations efficaces, en somme devenir encore plus expert de la façon dont on produit des logiciels. Mais on ne voit guère le rapport entre de telles compétences sociales et techniques, et une vie sociale dont l'autonomie est relocalisée, mêlant indistinctement ses rites propres et les nécessités de se reproduire et de subsister biologiquement/matériellement. Cela me paraît demander un savoir-faire relationnel (avec autrui, mais aussi avec un espace naturel local) difficile à engendrer dans les formes de vie dématérialisées au principe du militantisme logiciel.

- La catégorie de "prosommateurs" est intéressante, elle ne signifie pas que les personnes font tout elles-mêmes, mais qu'elle participe symboliquement et techniquement aux activités, ou disons à un socle minimum de subsistance (qu'on trouve proposé dans Bolo'bolo) que l'on peut appréhender soi-même sans appareillage d'origine industrielle ou expertise rare.
Bien-sûr, une personne ne peut pas multiplier à l'infini ses relations avec autrui, et l'économie par l'échange marchand est une façon de faire reculer ce seuil sans arrêt, en faisant reposer ses relations sur des circulation de choses, d'argent, sur des contrats.
Mais en tous les cas ces relations non marchandes/non technifiées pourraient être plus nombreuses qu'aujourd'hui, au détriment des relations médiatisée par l'argent ou une organisation de travail.
La difficulté est de résister à la tentation de surmonter les inévitables conflits en créant systématiquement des médiations contractuelles, techniques, monétaires, pour aligner "de force" les comportements, qui ne désamorceront les conflits qu'en séparant les personnes.

On vit dans un monde social dépersonnalisé sans unité de lieu. Comment donc passer à "l'action" ? Et comment faire société dans ces conditions sans diffuser un minimum de recul critique sur le machinisme, les tentations gestionnaires, etc ?
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