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Différentes critiques de l’économie

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 25 Nov 2007 21:38    Post subject: Différentes critiques de l’économie Reply with quote

On s'est peut-être un peu égaré dans une critique assez sophistiquée de l'échange, qui pour être comprise nécessite je pense de balayer les différents reproches qu'on peut faire au fonctionnement économique, à sa puissance de destruction qu'il n'est pas facile à contester car l'économie sait se présenter sous un jour favorable.

Ainsi le point 1 ci-dessous revient rapidement sur l'avénement historique de l'économie comme promesse d'égalité politique. Cela me paraît assez incontournable pour comprendre comme on a pu, et comment on peut aujourd'hui, voir positivement le fonctionnement économique, non pas seulement comme rationnel, mais comme désirable politiquement car contenant une promesse.



1 - Les statuts sociaux s’effacent derrière les choses.

L’économie affaiblit les barrières statutaires entre les personnes, en leur permettant des échanges sans restrictions autres que celles du marché. Or ces restrictions peuvent apparaître très faibles, dès lors que l’on visualise un marché comme un espace libre de rencontre entre vendeurs et acheteurs.

C’est sans doute la « critique » la plus évidente car elle est interne à l’économie : c’est la critique de la bourgeoisie capitaliste adressée à la société médiévale. Le déploiement de l’économie contenait alors une promesse d’émancipation politique. Ou pour le dire autrement, il y a un amalgame entre l’égalité politique (chacun naît égal en droit) et l’égalité d’accès aux marchés. Les deux types d’égalité sont liés de façon non évidente. Mais il est clair que les statuts sociaux étaient une entrave à cette double égalité proclamée. On sait qu’au moment de la révolution de 1789, les corporations étaient très impopulaires, pas seulement du point de vue des capitalistes. Par des statuts hiérarchisés, les corporations empêchaient la constitution d’un marché du travail (monnayait sévèrement l’entrée dans un métier), et elles réduisaient de ce fait la production quantitativement. On sait que la révolution amènera, non seulement à supprimer ces corporations, mais à supprimer les associations de travailleurs (loi Le Chapelier), ce qui sera lourd de conséquence par la suite.
(Mais étrangement, cette idée d’un marché du travail libre sera peu critiquée. C’était par exemple l’objectif explicite des Bourses du travail.)


2 - Les personnes s’effacent derrière les choses.

On s’aperçoit bien vite que ce n’est pas seulement les statuts sociaux, les liens d’autorité, hiérarchiques, qui disparaissent avec l’avènement de l’économie. Mais les personnes elles-mêmes. Vendeur et acheteur, producteur et consommateur, ont potentiellement des relations limitées à « Combien ? ». Il n’y a pas besoin d’être amis, parents, ni même de se connaître ou de parler la même langue, pour échanger économiquement. Le développement économique étend le nombre de relations qu’une personne peut avoir avec d’autres personnes, mais cela se fait par le rapport entre choses. Les rapports entre les choses commandent les rapports entre personnes. Le déploiement de l’économie contient donc une menace de dissolution, non seulement des différences de statuts (qu’on peut juger injuste), mais des liens entre personnes qui ne seraient pas redevables d’un point de vue économique, d’un point de vue de choses circulant par des échanges économiques. Qu’il s’agisse de produire, et dans ce cas, les liens entre personnes sont le fait de l’organisation du travail (spécialisation et coordination/commandement). Ou qu’il s’agisse de consommer, et dans ce cas les entre personnes sont des relations acheteur-vendeur, client-fournisseur. Des relations s’établissent effectivement (on peut tomber amoureux d’un-e collègue, on peut être fidèle à l’épicier du coin, etc.) mais ces relations ont à l’origine pour support des échanges économiques, et il sera compliqué voire impossible de les faire reposer sur autre chose.

3 - Les personnes s’effacent derrière elles-mêmes

La société étant colonisée par l’idée et le fonctionnement économique, chaque personne entre en relation avec autrui en tant que producteur ou consommateur, et donc par des relations d’échanges économiques avec autrui.
Dans un échange économique, une chose est transférée en échange d’une autre (de l’argent). Le préalable à cela est que cette chose est disponible à la vente, séparée de son ancien propriétaire (qui y a déjà renoncé), ou de celui qui l’a fabriquée. Les échanges économiques banalisent cette cession au moyen d’un point de vue fictif, d'une raison calculante évaluant numériquement la chose disponible à la vente. « Ca vaut tant », dit-on. Ainsi, recevant « tant », je renone à cette chose. Cela nous rassure et nous enjoint en oublier les liens que nous pourrions avoir avec cette chose. On ne se révolte pas. Or, il y a aliénation potentiellement, et de façon plus évidente et généralisée encore quand cette chose est nous (en tant que travailleur salarié ou indépendant). Nous nous effaçons nous mêmes devant les choses que nous produisons, devant cette force de travail que nous sommes, nous renonçons à nos envies et désirs propres, rassurés par le mouvement économique qui nous dit : « nous sommes quittes ».

De plus, cet abandon des choses devenant disponibles à la vente, n’est pas un renoncement à la propriété (comme concept), mais cette circulation repose au contraire sur la possibilité d’établir une propriété. Possibilité juridique, l’obligation de la contrepartie dans l’échange économique n’étant pas seulement morale (comme dans un don attendant et anticipant un contre-don en retour), mais strictement légitime du point de vue de la loi, défendue par l’Etat avec laquelle on ne peut pas transiger.


4 - Les choses s’effacent derrière la rareté

Mais cette obligation du contre-transfert (payer le prix d’une chose pour l’avoir, en être le nouveau propriétaire) suppose de pouvoir évaluer le transfert numériquement. La chose elle-même s’efface derrière cette évaluation. La mécanique économique présuppose la rareté (comme le répète souvent Illich) : au besoin elle crée cette rareté en dépossédant les personnes de leurs ressources, de leurs appuis, etc. Les choses abondantes ont moins de valeur que les choses rares, ce qui fait perdre de vue ce dont les personnes ont été dépossédées. Elles ne songent plus à se les réapproprier, mais plutôt à se positionner dans les termes proposées par l’économie. Ce faisant elles restent indifférentes à ce que peut exiger un "minimum vital incompressible" pour tous (comme dirait Bookchin), parce que ce minimum va de soi, n’a pas de valeur, et donc on ne s’en occupe pas personnellement, on délègue. L’économie a beau se corriger, valoriser en retour ce qui commence à faire défaut (par exemple une alimentation qui ne soit pas un poison), sa démarche est terriblement inefficace et absurde, car déplaçant la rareté ailleurs, compliquant ce qui est simple, créant de nouvelles délégations et médiations, de nouvelles chaînes producteur-consommateur, de nouveaux échanges marchands.
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 26 Nov 2007 15:51    Post subject: Reply with quote

J'aprécie bcp ce style d'approche, parcequ'il constitue généralement un impensée du point de vue de ceux qui reprennent les critiques dogmatiquement et sont alors dans l'incapacité d'expliquer pourquoi ça fonctionne puisque par ailleurs il dit que c'est pourri Sourire
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PostPosted: 26 Nov 2007 17:12    Post subject: Reply with quote

QQ. remarques :

A mon avis, il manque la notion de désengagement que permet l'économie, et c'est à mon sens le point central : grâce à l'économie je n'ai plus de responsabilité, j'ai été payé : fin de la relation. Je pourrait être payé : début de la relation.

La responsabilité, l'engagement sont des notions morale qui sont censé traverser la vie d'une personne, et qui ne s'arrête pas à une transaction financière, mais l'économie généralisé le fait croire.

On pourrai trés bien imaginé sinon une partie de l'économie salvatrice aussi de cette responsabilisation générale, à condition qu'elle ne soit pas elle aussi générale.

Un cas concret : le sou que l'on donne quand on reçoit un couteau. On nous offre le couteau, mais il faudrait quand même donner un sous. Et pourquoi donc ? Pour en qq.sorte acte le fait que l'on se retire à soi la responsabilité de ce qu'il pourrait arriver avec ce couteau à celui à qui on la offert.

Si l'on généralise cela : il n'y a plus de responsabilité du tout, si on le retire complètement, on est lié à tout nos actes et leurs conséquences y compris aprés des années...

C'est absurde. La responsabilité à lieu dans l'esprit de chaque personne, transmettre un couteau à une personne responsable, qui sait trés bien se servir d'un couteau, celà suffit à s'en déresponsabilisé, car elle est elle même assez raisonnable pour ne pas s'en servir maladroitement. Par contre le transmettre à un jeune enfant c'est dangereux, non pas qu'il ne puisse pas être raisonnable, mais qu'il ne peu pas l'être vis à vis des risques que peu entrainer cet outil, cela nécessite toute une éducation.

Alors ou peut-on garder cet échange d'argent : tous les psy vous répondrons pour eux Sourire Pour instaurer cette relation de distance entre celui qui vous juge et vous.

Sinon, autres remarques :
Le cas n°3, il est généralement appellé : la prostitution, le fait d'accepter de faire des choses que l'on ne ferai pas normalement, parceque la il y a de l'argent à la clef. C'est un système particulièrement vicieux et assez horrible par sa généralisation et son acceptation. Surtout à présent qu'il envahi aussi le domaine émotif : l'obligation du sourrire au client.
Déjà avec le vestimentaire quand ce n'est pas pour des raisons de sécurité, c'est problématique : l'obligation de porter une jupe dans certains café, ou dans la plupart des cas de services pour les filles. Alors que celles ci n'en porterai ou n'en porte jamais dans leur vie quotidienne etc...
Le cas le plus extrême, le plus intriguant, le plus nihiliste, étant celui de l'acteur, qui accepte de se dissoudre quasi-complètement au profit d'une histoire.
Sa seule limite est la mort, qu'il mime et ne joue pas réellement, mais quand unE actricE est nuE, es ce qu'elle met un costume de nue ? Non, ille est réellement nuE.
Quand il mime un mathématicien, il n'a pas besoin d'être mathématicien, il lui suffit de conserver à son esprit une formule qu'il pourra mimer, jouer à loisir. Mais quand il doit embrasser, es ce que les films modernes, mimes l'acte de s'embrasser (comme cela se faisait par le passé, ou à l'époque des masques tragiques) ? Non, illes s'embrasse réellement, évidement il peu ne pas avoir de sentiment, mais il ne peu pas ne pas avoir de physique.
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Deun là
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PostPosted: 26 Nov 2007 18:58    Post subject: Reply with quote

Bien vu pour le désengagement que permet l'économie, oui.
Une autre façon de le dire est de parler de contrat, l'idée du contrat participe pleinement de l'économie car :
- on postule l'égalité des contractants (on fait abstraction des attaches des personnes, sociale ou autres)
- les personnes sont mise en rapport par un échange de chose, de service ou d'argent, précisée dans le contrat. Par opposition, l'alliance entre deux personnes saisie les choses à partir des liens entre personnes (par exemple mariage).
- L'Etat juridique garantie l'obligation de respecter le contrat

Puisqu'on ne veut pas voir ou admettre les différences notamment hiérarchiques entre personnes, on remarque dans l'éducation avec les enfants une forme de contractualisation des liens, entre l'enfant et l'adulte. On responsabilise l'enfant de 4 ans en lui disant "mais tu avais dit que, et tu n'as pas respecté ce que tu avais dit"... absurde, l'enfant n'est pas autonome et l'adulte se dégage de sa responsabilité à bon compte. Mais cette idée de médiatiser une relation entre personnes par une série de contrat participe pleinement de l'échange marchand.
Un autre chapître de la scolarisation à l'ordre marchand.

Il faut quand même être plus précis ensuite, sur le contrat entre un salarié et son employeur.
Le droit du contrat de travail est spécifique : on reconnait le lien hiérarchique (subordination à l'employeur) et cela entraîne tout un tas d'obligations de l'employeur (par exemple en cas d'accident ou maladie du salarié).
On pourrait donc sortir du salariat par le bas, en étant tous travailleurs indépendants. "Libres". Cette fois les contrats entre le travailleur et son donneur d'ordre client serait un simple contrat commercial, supposant l'égalité des contractants.

C'est pour cela que quelqu'un comme Alain Supiot parle de réféodalisation de la société, par le phénomène de contractualisation des liens sociaux.

Par cette notion de contrat, on fait d'ailleurs le lien entre le phénomène économique et le phénomène technique : le contrat permet de découper une tâches en plusieurs petites, chacun n'étant responsable que sa partie, le donneur d'ordre se fiche de comment est fait le travail par le fournisseur super-expert, seul le résultat compte, et le fournisseur se fiche de ce que le donneur d'ordre fait de ce résultat. Phénomène de sous-traitance bien connu.
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