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Autogestion 36-39 et absence d'une critique du travail.

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 02 Sep 2008 13:03    Post subject: Autogestion 36-39 et absence d'une critique du travail. Reply with quote

Un passage de la Postface " Révolution ou Réforme ? ", à Antoine Gimenez et les Giménologues, Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne, L’insomniaque et Giménologues, 2006, p. 517-520. :

Quote:
De nombreux témoignages, et celui de Gimenez n’en constitue qu’un parmi d’autres sur ce point, attestent que l’expérience autogestionnaire fut précisément cela, une expérience. Personne ne savait vraiment ce qu’il fallait faire, à part ne plus permettre à un paysan propriétaire d’exploiter plus de terre que ses propres bras ne pouvaient en travailler, par exemple, ou défaire les anciens liens de subordination que garantissaient les caciques, mais c’est précisément l’intérêt de la démarche libertaire que de permettre de distinguer le moment de la destruction des anciens rapports de celui de l’élaboration concertée des nouveaux. Même si de nombreux militants expérimentés au sein de la CNT et de la FAI avaient des idées précises sur ce que devait être le communisme libertaire, à aucun moment il ne se constitua une direction éclairée de type bolchevique, convaincue de son omniscience, pour organiser d’en haut les collectivités : il n’est qu’à voir l’extrême diversité des procédés mis en œuvre ici et là. Dans tel lieu, on supprimait radicalement l’argent, dans tel autre on le conservait, mais sous la responsabilité d’un comité révolutionnaire élu, dans tel autre encore on établissait des bons pour certains types de denrées, etc. Bref, on cherchait, et si les troupes communistes de Lister n’avaient pas ravagé les collectivités d’Aragon dans l’été 1937, on aurait peut-être trouvé, à commencer par le fait qu’il ne suffit pas de supprimer l’argent comme support concret pour se débarrasser définitivement du type de rapports qu’il exprime et entretient dans la société capitaliste.

[…]

Il nous semble nécessaire de pointer ici une contradiction importante dans le discours et l’idéologie anarchiste. La critique séparée de l’argent et l’accusation qui lui est faite d’être une source du mal mettent à nu un anticapitalisme trop superficiel, qui croit voir dans l’argent – et souvent dans ceux qui le détiennent – l’acteur coupable de pervertir la bonne économie créatrice de richesses, basée sur le travail.

Le travail est alors compris comme l’activité générique et anhistorique de l’homme dans le « métabolisme avec la nature » (Marx). L’argent, quant à lui, semble se surajouter à celui-ci pour l’exploiter et le dominer, et il semblerait alors suffisant de l’abolir pour atteindre une société plus juste et libérée du joug capitaliste.

Mais le travail n’est pas cette activité de l’homme à travers laquelle il vise à se reproduire, mais celle, spécifique, qu’il consacre à produire des marchandises. Les marchandises ne sont pas des produits quelconques, mais l’incarnation matérielle du temps nécessaire à leur production, de leur valeur. Leur valeur d’usage ne leur sert que de porteur. Et l’argent, finalement, se trouve être « la reine des marchandises », qui fonctionne comme équivalent de toutes les autres. Ce qui s’échange sur le marché, ce sont des unités de temps de travail. Le mouvement de la valeur est cette transformation permanente du capital (argent), en passant par le travail et la marchandise, en plus d’argent. Le capital lui-même, étant déjà du travail mort accumulé, s’augmente par sa valorisation, le passage par le travail vivant. La production capitaliste ne vise jamais rien d’autre que la production la plus grande possible de marchandises, sans se poser la question du besoin qu’en aurait la société.

[…] Historiquement, le mot « travail » désigna d’abord l’activité des esclaves, c’est-à-dire de ceux qui produisent sous la contrainte pour d’autres. De cette définition ouvertement coercitive, il a migré vers l’illusion d’une activité libre où il s’agirait de donner une partie de sa force de travail en échange des moyens de sa survie. Cette liberté est celle de l’absence d’autres liens. Le travail est toujours « n’importe quel travail » : son côté concret, le fait de cuire du pain ou de construire des chars d’assaut, n’est rien d’autre que l’incarnation concrète de son côté abstrait, celui de « dépenser du muscle, du nerf, du cerveau » (Marx) pendant une unité de temps donnée. Cette unité forme la valeur de la marchandise et s’exprime dans l’argent. Car c’est la seule mesure rendant commensurable deux produits complètement différents.

Vouloir abolir l’argent en sauvant l’honneur du travail, ainsi que l’exprime Antoine [Gimenez] en bien des endroits de ses souvenirs, est donc un contresens pratiquement impossible à réaliser, et en appelle simplement à des ersatz certainement encore plus coercitifs que l’argent : des bons nominatifs exprimant la valeur du travail donné, des comptabilités rendant compte avec précision du temps consacré à la production, c’est-à-dire toute ce qui fonde une économie de type « soviétique », prétendant réaliser la valeur et la redistribuer plus justement. Ce qui est mis en cause n’est pas la valeur, mais simplement le « vol de la sur-valeur ».

Le travail présuppose déjà l’être humain comme séparé de la communauté et l’effort qu’il fournit comme une contrainte aliénée, en dehors de lui. Il s’agit d’une vision du monde absolument moderne, qui aurait paru absurde aux membres des sociétés pré-modernes, pour lesquelles l’appartenance à une communauté (certes pas choisie librement) était primordiale. Mais il ne faudrait pas croire que cette faiblesse dans la théorie était spécifique aux anarchistes : il est intéressant de souligner ici la concordance entre eux et les autres tendances du mouvement ouvrier (communistes « de parti » ou « de conseils », sociaux-démocrates, utopistes, etc.), qui tous ensemble, malgré leurs inimitiés respectives, chantaient les louanges du travail et, par là, appartenaient, malgré eux, à la grande famille des modernisateurs, des « progressistes », même s’il ne faut pas faire preuve de cécité à l’égard de ces moments de marge et souvent spontanés qui dépassaient l’idéologie, et sont précisément pour cette raison ceux dont nous cherchons aujourd’hui à retrouver les traces



Les Giménologues se sont inspirés notamment d'une conférence de Jappe, dans un texte revu et corrigé par eux-mêmes, avec l'accord de l'auteur, et que l'on ne retrouve que sur ce site : http://www.plusloin.org/gimenez/article.php3?id_article=343
PS : Bizarre, on a déjà vu les illustrations qui l'accompagnent... M. Green
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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