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Sortie de... livres (c'est déjà ça ;-) [divers]

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 15 May 2008 13:39    Post subject: Sortie de... livres (c'est déjà ça ;-) [divers] Reply with quote

un copain transmet un extrait du livre de Guillaume Paoli, Eloge de la démotivation, éditions Ligne, qu'il a trouvé sur le site de JPV. ça fait vraiment plaisir à lire. Exactement ce qui se dit souvent sur ce forum.


Quote:
Revenons à la fable de l'automatisation intégrale. Si j'en ai fait mention, c'est parce qu'elle révèle a contrario ce qui est en jeu dans la nouvelle organisation du travail. Il va sans dire que la « rationalisation » des entreprises a pour but de faire des économies d'échelle, et non pas de soulager les salariés de tâches monotones. Il s'agit là aussi de réduire les coûts pour tirer son épingle du jeu dans la concurrence mondiale. Mais le même but exige que de nouveaux marchés soient ouverts, de nouveaux produits élaborés en continu, et donc que beaucoup d'initiatives soient prises. Bien plus que l'industrie traditionnelle, celle axée sur l'innovation permanente dépend de la foule des initiatives prises par l'ensemble du personnel. Voilà pourquoi il est erroné de croire que le travail soit en voie de disparition. Ce qui décroît tendanciellement, ce sont les tâches d'exécution mécanique. Mais c'est pour mieux développer les tâches de participation active. Autrement dit, plus la reproduction est automatisée, plus le travail humain restant a une part prépondérante dans le processus global, une part qui n'est pas quantitative /80/ bien sûr, mais qualitative. Il faut beaucoup moins de travailleurs, mais pour ceux qui restent, c'est la mobilisation totale.

À la différence du système tayloriste qui dispensait les ouvriers d'avoir à utiliser leur cerveau, l'entreprise n'a plus besoin aujourd'hui de muscles, puisque les automates sont là, mais elle a un besoin vital de cerveaux. Même les opérateurs de centres d'appel, ces OS de la société digitale, doivent impérativement s'investir dans leur job, ce qui signifie : savoir simuler l'engagement. D'ailleurs, le centre d'appel illustre bien la part résiduelle d'intervention humaine nécessaire une fois que tout a été automatisé et que l'usager se retrouve complètement dépassé par la multitude d'objets techniques qu'il est censé maîtriser. Dans une scène terrible du film Attention danger travail, on voit un petit chef, je veux dire un « coordinateur », intimer continuellement à ses subordonnés, pardon, ses « collaborateurs », l'ordre « Souriez dans le téléphone! » Ils sont payés pour sourire, et ce non pas pour faire plaisir au patron, mais pour « satisfaire le client ». Voilà encore une conséquence de l'inversion de polarité évoquée précédemment : le salarié n'est plus censé se plier aux ordres de la hiérarchie, mais aux exigences du client. Bien entendu, ce client, ce n'est pas vous et moi, mais la figure abstraite de la concurrence générale. Quand « le marché » dicte sa loi, il y a moins besoin de coercition personnelle.

/81/ Tout ceci, estime le sociologue Christoph Deutschmann, donne finalement raison à Marx malgré lui. Marx avait tort de penser que le temps de travail nécessaire constitue la « substance » de la valeur. Ça, c'est de la métaphysique. Mais il avait raison d'estimer que le travail est la seule source du profit, dans la mesure où c'est lui, et pas les « moyens de production », qui est réellement facteur d'innovation. « C'est précisément, écrit Deutschmann, parce que la mise en valeur du capital repose sur la créativité du travail général qu'elle ne suit pas une "loi de la valeur" susceptible d'être appréhendée par un observateur scientifique. » La grande idée de l'entrepreneur n'est rien si elle n'est pas relayée et concrétisée par l'ensemble des petites idées émanant de tous ceux qui travaillent pour lui. Faute de quoi la routine mécanique asphyxierait le profit. Or, cet ensemble, il n'est ni quantifiable, ni observable, et encore moins planifiable. C'est pourquoi les stratèges d'entreprise portent désormais leur attention sur des phénomènes « immatériels » comme le climat ou la communication. Les patrons savent bien jouer de cette corde sensible lorsqu'ils louent leurs « collaborateurs » d'avoir contribué aux succès de « l'entreprise innovante », mais ils l'oublient systématiquement lorsqu'il s'agit de répartir les bénéfices de l'innovation. C'est alors le conseil d'administration qui s'octroie lui-même primes /82/ et stock options pour ses bonnes idées. En ceci, la critique reste vraie, qui affirme que le salaire des employés, au fond, ne rétribue pas le travail, mais l'obéissance. Sauf que cette obéissance est tout sauf passive.

Il est donc aisé de comprendre pourquoi la motivation est devenue le Graal du management. Désormais l'image que celui-ci se fait du salarié est aux antipodes des préjugés tayloristes d'antan. Elle témoigne même d'une conception résolument optimiste de la nature humaine. La motivation, nous explique la littérature spécialisée, est une « source d'énergie que chaque individu porte en lui. Personne ne travaille seulement pour se nourrir. On attend plus de sa vie professionnelle, par exemple la possibilité de créer une œuvre personnelle, ou d'avoir du pouvoir et de l'influence. » On remarquera déjà que les motifs intrinsèques sont ici soigneusement présélectionnés. Ainsi le motif de la solidarité ou celui de la quiétude, que presque chaque individu porte également en lui (du moins peut-on le présumer), n'entrent-ils pas en ligne de compte. Ce ne sont pas des sources génératrices de profit. Or la mission de la direction est précisément de transformer l'énergie potentielle de la motivation en énergie cinétique au service de l'entreprise.

C'est ici qu'intervient le problème. Car à un moment du processus, cette énergie se perd. Et le pire est qu'elle ne se perd pas parmi les mauvais /83/ éléments, mais parmi les meilleurs. Les mauvais employés, étant d'entrée de jeu non-motivés, ne peuvent pas être démotivés. Pour être déçu, il faut avoir espéré. Les démotivés sont ceux qui voudraient bien exercer leur talent, mais qui ne le peuvent pas. Par exemple, ceux qui ont un tel souci de la qualité qu'ils travaillent beaucoup trop lentement pour satisfaire ce que l'on attend quantitativement d'eux. Ou encore ceux qui avaient été fidèles à « l'esprit maison » tant que celui-ci leur offrait sécurité et stabilité. Maintenant que ces motifs ont été remplacés par le risque et la mobilité, ils se sentent trahis et n'ont plus le cœur à l'ouvrage. Quand la démotivation frappe une entreprise, dit un conseiller spécialisé, « ce sont les meilleurs qui s'en vont les premiers, puisqu'il leur est moins difficile d'aller se faire embaucher ailleurs. En conséquence, ne restent que ceux qui fonctionnent en sous-régime. Et un psychologue du travail remarque : « Lorsque les collaborateurs appuient sur la pédale de frein, leur tâche leur coûte deux fois plus de forces ». Finalement, préviennent les spécialistes, la démotivation peut déboucher sur « une révolte larvée ou même ouverte ».

Faisons ici une pause pour rendre hommage aux disparus. Personne ne niera que, dans beaucoup de secteurs professionnels, le niveau des compétences et de la qualité a singulièrement baissé ces dernières années. Généralement, on /84/ en tient le système éducatif ou la disparition des valeurs pour responsables. Mais une autre hypothèse est envisageable. Prenons un domaine où la dégénérescence est de notoriété publique : celui de la politique. Il est même possible d'en faire une mesure objective ; il suffirait de comparer les débats de politiciens d'il y a un siècle, 50 ans, 30 ans avec, par exemple, celui qui en 2007 opposa la Mère-de-quatre-enfants au Vrai-mec-qui-en-a-et-qui-s'en-sert pour en analyser, non pas le contenu, mais la forme : combien d'adjectifs, combien de verbes sont-ils utilisés, quels temps, quelles figures de style, etc. L'appauvrissement du langage de ces professionnels de la parole issus des meilleures écoles de la République est arithmétiquement démontrable, et il n'est que le signe de la pauvreté concomitante de leur pensée. La raison n'en est pas bien mystérieuse. Non seulement l'avilissement propre à l'exercice de leur fonction s'est trouvé multiplié par la grâce de l'audimat et des conseillers en communication, mais encore leur pouvoir effectif s'est réduit à peau de chagrin. Dès qu'une décision est d'importance, elle est externalisée, déléguée à des technocrates et représentants de lobbies, le pantin élu ayant pour seule charge de la « communiquer » dans le poste. Dans ces conditions, il est clair qu'une personne douée pour la rhétorique, mue par un idéal ou même avide de pouvoir réel évitera soigneusement d'entamer une carrière politique, laissant la place à ceux qui ne savent /85/ pas faire autre chose, ou, pire encore, ont une revanche à prendre sur l'existence.

Certes, il est futile de dénigrer encore la cuistrerie politicienne, mais il n'en va pas autrement ailleurs, dans les médias par exemple : un journaliste soucieux d'enquêtes minutieuses, de longs reportages, d'indépendance d'idées et de style n'a aucune place dans le paysage médiatique actuel. Refusant d'avilir ce à quoi il croit, il s'abstiendra d'y entrer, laissant aux jocrisses de troisième ordre le soin de nous désinformer. Lui se cherchera une autre source de revenus et fera usage de son talent, par exemple en publiant ses enquêtes sur un réseau électronique indépendant. On pourrait sans peine multiplier les exemples où l'exercice d'une profession est contrarié par une vocation véritable. Il est de grands disparus tel Alexandre Grothendieck, le Rimbaud des mathématiques, qui avait radicalement rompu avec le milieu scientifique parce qu'il ne supportait pas la collu­sion de celui-ci avec l'État et l'industrie, et médite depuis trente ans à l'écart du siècle. Mais il en est une foule d'autres, anonymes et inaperçus. Tel brillant chercheur en génétique, dont l'éthique personnelle s'accommodait mal avec les pratiques mercantiles de sa branche, écrit maintenant des romans. Tel rejeton des grandes écoles devant lequel toutes les portes étaient ouvertes a effectué un retrait tactique dans le «revenu minimum d'activité ».Tel élément d'élite d'un grand institut /86/ autres. Comme je l'interroge sur ses motifs, il me répond : « La bourse étant un domaine semi-criminel, c'était une mesure de sauvegarde personnelle de m'en tenir à distance, mais il s'agit aussi d'une sortie volontaire, j'ai quitté une forme d'existence dictée par l'entreprise. »

Ma thèse est qu'il existe un auto-écrémage spontané des intelligences laissant au petit-lait le soin d'accéder au sommet des organisations. Comme l'avait entrevu Yeats dès 1921 (le poète est voyant) : « les meilleurs manquent de toute conviction tandis que les pires sont pleins d'intensité passionnée ». Ayant constaté que les sous-systèmes dans lesquels ils opéraient n'étaient plus réformables, ceux qui étaient destinés à en occuper les postes de responsabilité agissent selon le principe : ce que tu ne peux pas renverser, tu peux toujours le laisser tomber. Certes, ces objecteurs de conscience d'un genre nouveau n'en sont pas devenus pour autant des drop out mendiant leur vie sur les routes. Ils se sont simplement trouvés une niche socioprofessionnelle, qui peut d'ailleurs être confortable, leur évitant de trop exposer leur talent. J'avais un moment caressé l'idée de rendre manifeste cette conspiration invisible en recensant, avec l'accord des individus concernés, les ressources ainsi soustraites à World Trade Inc. et en en exposant les raisons. Le /87/ respect du silence pour lequel la plupart ont opté m'en a dissuadé. On l'aura compris, il ne s'agit pas ici d'un mouvement articulé mais d'une multitude de décisions prises le plus souvent pour des raisons purement individuelles. Je prétends cependant que celles-ci ont une incidence notable sur le devenir autodestructif du système, les décisions des arrivistes médiocres restés aux commandes étant en conséquence de plus en plus erratiques. D'autant que le phénomène est renforcé par un autre facteur : ceux qui se trouvent à des échelons subalternes de l'organisation (parce qu'ils n'ont pas les moyens de faire autrement) éprouvent un manque d'émulation provoqué par l'absence de figures exemplaires susceptibles de les entraîner. C'est ce que les psychologues nomment une « motivation situationnelle déficiente. »

Il faut donc trouver des antidotes. Il est étonnant de constater avec quelle facilité l'espèce des « consultants d'entreprise » autoproclamés a réussi à s'imposer en peu de temps, c'est-à-dire à convaincre un patronat si prudent par nature de jeter son argent par les fenêtres. C'est là un signe certain du profond désarroi qui règne dans ce milieu, et aussi de la nécessité vitale de gagner la bataille de la motivation.

On se souvient que dans les années 1990, une cohorte de charlatans avait réussi à faire claquer aux patrons modernistes de coquettes sommes en dépenses ostentatoires, cadeaux et spectacles /88/ clés, dans le but de lier leurs « collaborateurs » à l'entreprise. Par exemple, la boîte informatique dans laquelle travaillait une de mes connaissances avait convié son personnel à un voyage surprise. Bien que s'attendant à tout, elle fut quand même étonnée de voir l'avion se poser sur une banquise du cercle polaire où les attendait, dehors, un dîner aux chandelles servi sur une table sculptée dans la glace ! Mais cet âge d'or des bacchanales d'entreprise a fait long feu. De telles entorses aux économies d'échelle n'ont apporté aucun résultat tangible. Ça a fini par se savoir : les petits cadeaux ne changent rien à l'ambiance quotidienne. Ils peuvent même être pris comme une sorte de justification embarrassée.

Qu'à cela ne tienne, d'autres consultants se sont alors efforcés de travailler directement les mentalités des employés. Ce furent les stages de méditation, le training autogène, les jeux de rôles et autres gris-gris interactifs. Un consultant déclare : « On avance toujours d'un pas lorsqu'on considère sa situation de façon positive » (ce pas en avant nous ramenant à l'âne du prologue...) Le personnel a été abreuvé de préceptes du genre Ne dites plus «je ne comprends pas », mais : « je ne dispose pas de suffisamment d'informations ». En fait, tous ces procédés sont plus ou moins calqués sur la bonne vieille méthode du pharmacien Émile Coué, laquelle consiste à se répéter vingt fois avant de s'endormir la phrase : « Je vais de mieux /89/ en mieux tous les jours et sous tous les aspects. » Contrairement à l'opinion répandue, il ne faut pas mésestimer les pouvoirs de l'autosuggestion. Elle est parfaitement rationnelle dans le cas d'un boxeur qui se répète, avant de monter sur le ring : je suis invincible, je vais réduire mon adversaire en purée, il ne peut rien contre moi, etc. S'il ne se convainquait pas de la sorte, il aurait peur et se rendrait donc lui-même vulnérable. Mais administrées par d'autres, et pour un but étranger à l'individu, ces méthodes évoquent plutôt la « rééducation» telle qu'elle était en vigueur dans la Chine de Mao. On se doute bien qu'elles ne peuvent avoir d'effet sur un individu normalement constitué. Si ce n'est le résultat inverse : les psychologues ont découvert ce qu'ils appellent un « effet de corruption » (en anglais : overjustification effect), par lequel trop de motivation exogène tue la motivation : une personne se rend compte qu'elle reçoit une gratification pour une activité qu'elle a toujours menée de bon cœur jusque-là. Du coup, elle révise son jugement de valeur en se disant : si on estime nécessaire de me donner une compensation, c'est qu'en réalité cette activité n'est pas plaisante ! Et voici que de surcroît, des médecins l'affirment catégoriquement : positiver rend malade!

Il a donc fallu se rendre à l'évidence : on ne motive pas quelqu'un contre son gré, ou, comme le disait un de mes profs à mon sujet : on ne fait /90/ pas boire un âne qui n'a pas soif. En désespoir de cause, les patrons se tournent maintenant vers une nouvelle vague de consultants qui, eux, leur racontent qu'il faut chercher les obstacles à la motivation dans la structure même de l'entreprise et les éliminer. Ce n'est pas le salarié qui est fautif, mais le climat impersonnel, les formes de communication, l'attitude de la direction. Il faut réorganiser tout cela de manière plus humaine et plus sexy. Mais très vite ce réformisme cool revient se heurter aux méchantes « contraintes extérieures » du marché, dont « l'incontournabilité » avait été précisément la source de la démotivation. Toutes les stratégies qui partent d'erreurs circonstancielles pouvant être corrigées par de meilleures méthodes de direction sont condamnées à l'échec. D'abord, parce qu'elles font abstraction de la pression extérieure : une entreprise «plus humaine » ne peut que péricliter dans un système inhumain. Pour qu'une se réforme vraiment, il faudrait que toutes fassent de même, dans le monde entier. Ensuite, parce que la démotivation n'est pas accidentelle. C'est un phénomène systémique qui est produit par la double contrainte à laquelle sont soumis les salariés. Si, comme on le leur enjoint, ils agissent selon leurs propres conceptions, ils entrent vite en infraction avec l'ordre donné pour nécessaire. S'ils se soumettent à cet ordre, ils font le deuil de leurs capacités créatives.

/91/ Le résultat, une enquête menée récemment par l'institut Gallup auprès de salariés allemands le livre : 18 % déclarent n'avoir aucun lien émotionnel à leur emploi ; 70 % avouent se borner au strict minimum ; 88 % estiment n'avoir aucune obligation vis-à-vis de leur employeur ; 46 % disent avoir déjà démissionné intérieurement. Je ne dispose pas de chiffres pour la France, mais tout indique que la situation est similaire. On le sait, le Medef se dit souvent incompris de l'opinion publique, et à juste titre. Il faut comprendre le patronat. Étant bien entendu que comprendre ne veut dire ni justifier, ni compatir. Lorsqu'il jure ses grands dieux que son objectif n'est pas de mettre aux travaux forcés des masses de chômeurs non qualifiés et réticents, il est sincère. Cela, c'est ce que souhaite l'État. Tout entrepreneur veut embaucher du personnel compétent, dynamique et motivé, parce que c'est le marché son Dieu qui le lui ordonne, par l'intercession des actionnaires. La précarisation, les CDD et la hantise du licenciement ne sont que des moyens pour parvenir à ce but, mais ils sont en eux-mêmes insuffisants. Loin d'aiguillonner la motivation, la peur de la précarité peut même provoquer une réaction de rejet massif. Une fois de plus se vérifie le vieil adage : on peut contraindre les gens à travailler, mais pas à bien travailler.

S'ajoute à ceci la surenchère dans le discours managérial, tout ce baratin autour de /92/ « l'excellence» et du « zéro défaut ». qui ne peut qu'engendrer un surcroît de fraude et de fourberie. Si l'objectif fixé est inatteignable, faites comme si vous l'aviez atteint. Du sommet de l'organisation jusqu'à la base, c'est simulation à tous les étages. Et bien évidemment, même la motivation est simulée. Cet état de fait a cependant une conséquence fatale pour la pérennité du système : en l'absence d'informations fiables et dignes de foi, aucune stratégie n'est possible. Aussi les petits Clausewitz d'entreprise planchent-ils désormais sur de nouveaux élixirs, de nouveaux mythes organisationnels qui nous feraient, enfin, aimer l'exploitation. Gageons qu'ils ne les trouveront pas.

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http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kobayashi



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PostPosted: 16 Sep 2008 20:05    Post subject: Reply with quote

L'orwellmania a démarré...

- Bruce Bégout, La décence ordinaire, Allia, 2008. Il développe sur la CD d'Orwell.

Quote:
George Orwell est connu pour avoir écrit 1984 ou La Ferme des animaux, satires du totalitarisme. Il l’est moins pour la réflexion qu’il a menée sur la condition des gens ordinaires. Bruce Bégout rend ici hommage à l’humanisme d’Orwell. Il y a, dans sa pensée, la combinaison inédite d’une luci­dité pessimiste et d’une joie de vivre. En parcourant son œuvre, il cherche à définir la notion de “décence ordinaire”. La “common decency” serait ce “sens moral inné” qui incite les gens simples à bien agir. Orwell se demande quel rôle politique elle peut jouer. Partisan de l’engagement, il déplore la résignation des gens ordinaires. Sans jamais tomber dans un sentimentalisme à la Dickens, il défend l’idée d’un socialisme utilisant cette décence comme arme politique. Il dénonce, par con­traste, l’indécence extraordinaire des intellectuels qui s’affilient au pouvoir et les dérives d’un socialisme coupé du quotidien. S’ensuit une critique de l’évolution technique de la société occidentale et une analyse de la dérive du langage vers une novlangue. Bégout dissèque ici un nouvel aspect du monde de la vie quotidienne qui nourrit toute sa réflexion. En mettant en évidence la place majeure de cette préoccupation chez Orwell, il nous offre une nouvelle lecture de son œuvre et met en valeur la finesse de son jugement politique. C’est qu’il y a dans cette vie, si banale soit-elle, une certaine justesse, voire parfois de vrais moments de grâce. Disons-le clairement : ce n’est pas par simple intérêt que l’homme ordinaire répugne à faire le mal (l’éthique ne relève pas d’un calcul), mais parce qu’il a en lui certaines dispositions morales qui l’incitent à prendre soin spontanément de ses semblables. De plus en plus, les gouvernements dépêchent des psychologues sur tous les lieux du drame social afin de masquer ses origines non psychologiques. Ce n’est pas Orwell qui est désespéré, c’est le monde qui est, de plus en plus, désespérant.


http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=428

L'émission du 16 septembre 08, sur France culture, dédiée à Orwell et à la parution du livre de Bégout : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=66263

- G. Orwell, A ma guise, Chroniques (1943-1947), Agone, 2008.

http://atheles.org/agone/bancdessais/amaguise/
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bug-in



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PostPosted: 16 Sep 2008 22:16    Post subject: Reply with quote

A part qu'Orwell n'a rien inventé et michéa non plus, le concept de décense ordinaire existe sous le nom de "sens commun" chez Hume (malheureusement la version française traduit mal parfois par : "bon sens", alors que le mot "commun" est essentiel chez Hume).

Pour l'éloge de la démotivation ça a l'air intéressant, ça faisait un moment que je le voyais trainer... mais j'ai un peu de mal a dépenser de l'argent que je n'ai pas et a me concentrer en général lol
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RastaPopoulos



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PostPosted: 17 Sep 2008 8:55    Post subject: Reply with quote

Il faut être l'inventeur d'un concept pour en parler ?
Toi aussi tu veux déposer la marque "common decency" à l'INPI ?

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Jeuf



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PostPosted: 17 Sep 2008 13:24    Post subject: Reply with quote

Je voulais faire un recencement sur le forum "Fond documentaire" d'Eloge de la démotivation, G.Paoli
mars 2008. Je me rends compte que ce titre a déjà été cité ici , par Clément, il y a 4 mois...

Au fait, le nom de l'auteur n'est-il pas en contradiction avec le sujet du livre? Mort de rire

Quote:
Que le travail nous soit présenté comme une « valeur » (morale), alors même que sa valeur véritable n’a jamais été aussi faible relève de l’artifice grossier. À l’heure ou le capital global semble être venu à bout de tous les obstacles extérieurs qui l’entravaient encore, c’est un facteur interne qui vient le menacer : la désaffection croissante de ses « ressources humaines ». Si le développement du capitalisme a pour condition primordiale la motivation de ses « agents », alors, pour les adversaires de ce développement, la démotivation est une étape nécessaire.
Cet essai réjouissant et irrévérencieux, dont l’auteur, Guillaume Paoli, est l’instigateur du mouvement allemand des « chômeurs heureux », forme d’abord le constat suivant  : le travail est une pathologie à ce point répandue qu’elle en passerait inaperçue, si les symptômes qu’il provoque ne finissaient pas eux-mêmes par entraver la bonne marche des affaires et l’efficacité de ses agents (suicides au travail, dépression, etc.). Appuyant ses propos sur l’analyse historique des grandes doctrines économiques industrielles passées (fordisme, taylorisme, capitalisme), Guillaume Paoli s’attache à la description clinique des dégâts causés par la dernière en date de ses évolutions  : le libéralisme capitaliste mondialisé, ou « néolibéralisme ». La « modernité » de l’exploitation tient en particulier au fait qu’elle exige aujourd’hui le plein assentiment de ses agents (quand ses formes antérieures se contentaient de leur force musculaire) : c’est ce que Paoli appelle ici la « motivation ». Cette motivation, pierre angulaire de toute espérance de rentabilité, doit habiter chaque individu profondément pour produire son résultat optimal. Ce texte, qui pousse très loin la démonstration par l’absurde, devrait ravir la fraction des lecteurs qui ne se reconnaît nullement dans le discours loufoque prononcé par le ministre français de l’économie devant l’assemblée, en juillet dernier (« C’est pourquoi j’aimerais vous dire  : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches  ! » – loufoque, s’il n’était pas précisément prononcé par un ministre de l’économie bien réel.

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bug-in



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PostPosted: 17 Sep 2008 22:05    Post subject: Reply with quote

pas besoin d'être dépositaire du concept, c'est juste pour dire que tout cela n'a rien avoir avec une orwelmania ou une michéaïsation. Sourire Il ne faut pas voir le mal partout :p
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