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Système autonome et grand complot [arjuna]

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 20 Sep 2008 18:23    Post subject: Système autonome et grand complot [arjuna] Reply with quote

Arjuna fait suivre ce texte, où on parle de Bolo, de substruction, de fétiche automate ou de complot (à la Michéa, et comme au reste des idéalistes qui croient au " tittytainement "), etc.

Une discussion sur ce texte sur l'Endehors http://endehors.org/news/systeme-autonome-et-grand-complot

Quote:
Système autonome et grand complot

« Il est vrai qu’il est plus simple de supprimer les capitalistes que le capital, et la magie monétaire dont il est le produit. »

Bernard Charbonneau, Il court, il court le fric…

Le Système s’impose aussi bien à ceux qui portent son projet qu’aux autres (peut-être même davantage, et eux n’ont pas l’agréable joie de la désobéissance qui permet un tant soit peu d’être en accord avec soi-même). Le politicien s’assure que le jeu est respecté, peut tout au plus en modifier la forme. En aucun cas il ne peut en changer les règles. Sa raison d’être est même de les faire respecter. De fait, couper des têtes ne pourrait suffire à transformer radicalement les choses. Evidemment, voter encore moins.


Le monde moderne et capitaliste n’est donc pas la matérialisation d’un Grand Complot. Bien plutôt un hydre autonome qui dévore tout. Absolument tout, même la critique, parce que le capitalisme contient en lui-même sa propre finalité et trouve ainsi sa justification dans les croyances qui le portent et les critiques dont il fait l’objet, se réinventant sans cesse, même au prix d’une auto-limitation (il n’y a qu’à voir dans quelle désuétude est tombée la critique la plus radicale de l’Empire au 20ème, à savoir la critique écologiste et non progressiste). Si ce n’est qu’il ne tombe pas du ciel. Qu’il est porté par des acteurs, qui comme tout acteur font l’histoire sans savoir exactement l’histoire qu’ils font. Et c’est justement parce que l’histoire est faite par chacun d’entre nous que nous pouvons changer collectivement les choses. D’ailleurs, la ré-humanisation de cette « société » inhumaine et déshumanisante passe dans l’acquisition de la certitude que toute situation n’est pas le produit de la chance ou du hasard, mais avant-tout de ce que nous faisons.


Michéa, à la suite d’Orwell ou de Lasch entre autres, a raison quand il insinue que les sociétés modernes et capitalistes sont l’accomplissement logique d’un projet porté par les élites bourgeoises, des « experts » aux entrepreneurs, des chiens de ces derniers aux politiciens. La propagande et la manipulation, ça existe ! Chomsky par exemple l’a bien montré. Et nous avons un agité en France qui passe son temps à nous en convaincre (je ne peux pas croire qu’il espère honnêtement que « cela passe ». Si ?). Il y a quelque chose de délibéré. Mais pas seulement. Parce que personne n’a la main-mise sur l’Empire, processus réel en plus d’un projet originellement pas si volontairement machiavélique que cela. Voilà tout le problème : si le retournement copernicien (plutôt galiléen d’ailleurs), la Réforme et la découverte du Nouveau-Monde entre autres ont créé les conditions de l’avènement de la Zivilisation, l’impulsion découle de discours et de décisions prônant et amenant le nouvel ordre social (des idées libérales aux révolutions) qui permettra de quitter cette vaste fumisterie de l’état de nature (hobbesien).


Système autonome qui dépasse les individus, certes, mais qui dépend de l’action humaine. Nombre d’entre eux ont choisi depuis longtemps entre l’égalité et le profit, entre la liberté et la sécurité (surtout de quelques uns), entre la dignité et la croissance. Certains parce qu’ils sont encore bercés par les douces idéologies d’antan, d’autres par cynisme et ambition. Et ils se préparent, avec un temps d’avance, toujours, pour affronter les hordes qui refuseraient de jouer le jeu (d’ailleurs, les mesures sécuritaires délirantes des « sociétés occidentales » devrait nous renseigner sur la sincérité de leurs discours « rupturistes »). D’où l’idée de « substruction » chère à l’auteur de bolo’bolo et qui a inspiré ma propre trilogie « pratiques subversives » (émeutes, grèves, festivités etc.), « constructions alternatives » (autosuffisance, communautés, associations etc.) et « résistances ordinaires ». Combattre (quand c’est possible) tout en existant autrement (chaque jour ou presque). Multiplier les révoltes et devenir un résistant tout en menant une révolution (politique et intérieure –spirituelle).


Pour autant, le capitalisme en tant que système présente l’avantage de connaître des hauts et des bas. Il est vrai que depuis les années 1970, il est entré dans une nouvelle phase (certains indicateurs le montrent : montée du suicide des jeunes, apparition de l’addiction sous diverses formes, passage de l’accumulation par l’épargne à l’accumulation par la dépense –consumérisme-, la financiarisation qui accompagne la fin de l’étalon-or et la tertiarisation du capitalisme, le mouvement hippie porteur de tous les espoirs auquel va succéder le mouvement punk et son « no future » qui annonce le désespoir et l’ennui ambiants, chômage de masse, crise du pétrole en 1972, apparition des inquiétudes écologistes en lien avec le regard extérieur porté sur la Terre avec les missions spatiales, diffusion de l’idéologie mêlant autoritarisme et libéralisme économique teinté de néo-colonialisme dénommée « néo-libérale » etc.). Et il est aussi vrai qu’on peut y voir apparaître sa limite historique, les possibilités de son propre effondrement. Oui, mais voilà, ce ne sont que des possibles : rien ne nous garantit sur ce qu’il adviendra (d’ores et déjà l’écologisme ambiant, y compris chez les « décroissants », laisse présager une redéfinition des rôles sans modifier le cadre, un réaménagement bureaucratique et technoscientifique). C’est pourquoi, comme le disent les auteurs (malgré eux apparemment) de L’insurrection qui vient, il faut en faire une décision. Dépasser la crise (de la crise perpétuelle du « progrès ») dépend de l’action humaine. Reste : le travail tend à diminuer (ce qui ne le rend pas plus agréable ni moins obligatoire) par rapport au capital. La bulle financière quant à elle s’apprête à exploser à tout moment. Il est de plus en plus difficile de maintenir les illusions modernistes par le compromis fordiste (accès à la consommation et à un certain bien-être matériel). Le réchauffement climatique commence à causer de sérieux dégâts, comme les diverses pollutions. Faut-il y voir des perspectives alléchantes ? Nous verrons bien…


Aujourd’hui, il convient bien de voir la modernité capitaliste comme une étape passagère dans l’histoire de l’humanité (et non son aboutissement). De la voir comme une tradition (au sens de la socio-anthropologie), c’est-à-dire extérieure à soi, dans laquelle nous ne sommes plus imbriqués. Avec le regard d’un ethnologue arrivant chez des « sauvages ». Et ainsi pouvoir critiquer le travail-marchandise, la valeur et le rapport utilitaire-marchand, le sujet aliéné, l’essence du capitalisme jusqu’à présent occulte (sauf pour quelques esprits brillants, dont Marx n’était pas le moindre –en revanche les marxistes, si). Sans jamais rester dans une fascination du désastre qui ressemble trop à un enracinement en Babylone ou/et à un désir de puissance, même quant il se veut délire esthétique post-moderniste. Ce genre de travaux et d’expérimentations ont commencé partout, mais sont pourtant encore à l’état embryonnaire (pour les travaux intellectuels, je pourrais citer le travail sur le don par le MAUSS, ou sur la valeur par Jappe, et les réflexions qui entourent la revue naissante Sortir de l’économie). Il nous faut définir des manières de faire, ouvrir des brèches. S’aventurer à créer des nouveaux possibles au son de « ya se mira el horizonte ». L’avenir pourrait être radieux.


Mais ce qui découle du fait que le Système soit processus en plus de projet, c’est qu’il ne suffit pas de le critiquer sur ses abus, certes en grand nombre, sur l’intolérable qui saute aux yeux (de plus en plus myopes) : elle doit aussi porter avec lucidité sur les gestes et les plaisirs quotidiens dans lesquels nous sommes pris. Dépasser symboliquement et psychiquement (« décoloniser l’imaginaire », selon la formule de Latouche), autant que matériellement, la modernité capitaliste. Essayer. Se risquer à réussir. Soit, j’ai moi-même beau faire la leçon au « bobo » (comme on dit maintenant) bouffant bio et cher, multipliant les dons (de charité), faisant de l’éco-tourisme authentique à chaque vacance, fier de payer ses taxes brevetées « écolo » et adepte du « si chacun fait un peu, tout se passera bien » (pour combien de temps ?) tout en continuant de voter et de porter haut les valeurs du travail-marchandise comme du développement, j’écris ces pages sur un ordinateur alimenté au nucléaire en buvant un café bio au design aguicheur pendant la pause déjeuner de mon taf, auquel il m’arrive parfois d’aller en voiture. Je peux pourtant affirmer sans prétention n’être plus guère fasciné par Babylone, et être de plus en plus éloigné concrètement d’elle, la regardant comme une bête étrange… qui fait partie intégrante de moi, et inversement. Il n’y a pas de « pureté » révolutionnaire. Que des compromis à atténuer. Et je n’ai pas envie d’être un ascète, ni de céder à la « tentation sacrificielle » -autre manifestation de Narcisse- à laquelle j’ai pourtant été tenté, séduit par la « vie » romanesque et nomade d’un guérillero outrageusement indépendant… mais bien seul.


Il nous faut être lucide, collectivement, et sans cesse sincère chacun avec soi-même. Poétiser ses désirs, aujourd’hui transformés et domestiqués en besoins. Retrouver l’existence brute que l’économie fragmente et (sur)médiatise (on peut parler d’opacité de la vie, par la bureaucratie, la division du travail, les techno-sciences, la marchandise, la finance etc.). Parce que voilà où le bas blesse : l’économie nous prive de notre action comme mouvement interne qui nous permet de nous approprier le monde qui nous entoure, de cette expérience originelle fondamentale. De tous nos rapports sociaux également, implacablement « marchandisés ». Mais cela veut dire aussi qu’elle repose dessus, détournant l’existence pour la mettre à son service. Elle n’est plus seulement représentation instituée, mais aussi envoûtement qui nous gangrène de l’intérieur. Dans nos habitudes, dans nos plaisirs. Parce qu’on en tire aussi bien des avantages. Tout le Système est-il bon à jeter ? Assurément, non. Peut-on en garder sans risquer de ne jamais changer le jeu ? Peu probable. La Révolution poétique qui s’annonce, politique bien sûr (anti-politique puisque contre le système politique, politique dans le sens de l’appropriation collective de l’histoire), culturelle aussi si elle veut s’inscrire dans la vie ordinaire (et elle le doit, comme l’ont bien compris les situationnistes), mais aussi spirituelle, parce qu’en chacun de nous, devra répondre à toutes ces questions. Autant par les discours que dans les actes. Apprendre, imaginer et faire. Et le succès dépendra pour beaucoup de notre habileté à se méfier de nous-mêmes.

Quelque part dans une faille babylonienne. 2008

Arjuna

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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