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Compréhension de la "crise " (des liquidités)

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 16 Oct 2008 10:17    Post subject: Compréhension de la "crise " (des liquidités) Reply with quote

Essayons de comprendre ce qui se passe et en prenant avec des pincettes ce que disent les unes des journaux.
Voilà comment je comprends pour l'instant les choses dans ma petite tête.

L'argent doit être considéré dans les flux à travers lesquels il circule, et non comme un stock contenant une certaines quantité de richesses possédée par son détenteur.
A partir de là, les banques ne sont pas spécialement "riches" mais par contre elles ont un rôle clé dans la circulation (les crédits accordés aux particuliers, aux entreprises, aux administrations etc). Elles ont aussi une activité de production industrielle à travers la finance : toute banque a aujourd'hui dans ses bâtiments une salle de marché informatisée où les traders sont des salariés de la banque; la "bourse" n'est plus le lieu physique où ça se passe.

Dire que l'argent circule, c'est dire qu'à chaque étape de sa circulation a lieu un contrat (une transaction marchande) entre deux humains ou personnes morales, c'est-à-dire un échange composés de deux transferts de propriété : le premier transfert est la marchandise qui change de propriétaire, le deuxième transfert est un contre-transfert qui va en sens inverse et qui est l'argent changeant de propriétaire, un certaine quantité d'argent que les contractants estiment compenser le premier transfert.

Par conséquent on peut visualiser un double flux allant de propriétaires en propriétaires, et chacun allant en sens opposé à l'autre : l'un est composé d'argent, l'autre est composés de marchandises.

Passons en revue les marchandises possibles, du plus abstrait au plus concret :

a - Dans des cas particuliers, les marchandises elles-mêmes sont de l'argent : change entre monnaies de pays différents.

b - Les marchandises peuvent être des titres financiers, c'est-à-dire la propriété de quelque chose de nature comptable (des actifs), qui n'a pas de valeur d'usage, mais qui représente quand même une "richesse" pour les acteurs économiques parce que pouvant être échangés contre autre chose, et en premier lieu contre de l'argent. Les titres ont donc un valeur en argent à un moment donné, qui est calculé à partir l'hypothèse où ils sont vendus à ce moment là et par comparaison aux ventes de titres de même type à ce même moment.

Ces titres ne sont donc pas de l'argent. Mais comme dans la comptabilité de l'entreprise, tout ce qui possédé s'exprime en une monnaie donnée, on doit quand même faire la différence entre l'argent proprement dit qu'on appelle "liquidité", et le reste, qui englobe toutes les marchandises invendues mais possédées par son détenteur, et dont le comptable estime la valeur si elles étaient vendues.
Pour un titre financier c'est facile et direct, parce qu'il y a un marché où s'échangent de grandes quantité d'un même type de marchandises : on peut alors dire que le titre vaut le prix de vente moyen constaté.

c - Les marchandises peuvent être autre chose que des titres financiers dans la mesure où elles ont une valeur d'usage et pas seulement une valeur d'échange. On est dans le domaine de ce que les journalistes appellent "l'économie réelle".
En fait on est dans un sous-domaine des marchandises et détacher ce sous-domaine du domaine des marchandises n'est pas réaliste. Ces marchandises ont beau avoir une valeur d'usage, elles ont aussi une valeur d'échange -par définition de ce qu'est une marchandise- , elles sont donc immédiatement appropriables par le détenteur d'argent en tant qu'elles sont disponibles à la vente.

La crise actuelle des liquidités est donc un manque d'argent dans un certain contexte où les titres financiers appartenant aux banques "perdent" de la "valeur", celles justement mesurée par les marchés financiers. Par conséquent le bilan comptable des banques marquent la diminution de la valeur des marchandises qu'elles possèdent, et ce d'autant plus qu'elles possèdent des marchandises (en l'occurrence des titres financiers) invendues.

Cette crise est donc une crise de débouchés d'un certain type de marchandises qui ne trouvent pas d'acheteur (*), et en l'occurrence des marchandises possédées par des banques. Parler de crise de liquidités me paraît donc trompeur, le problème résidant plutôt dans les règles par lesquelles les banques sont autorisées à créer de l'argent (par les crédits qu'elles accordent), et dont l'application interfère avec leur production de la marchandises financières (il faut pour elles une certaine proportion de marchandises possédées -actif- pour pouvoir créer une certaine quantité d'argent -de crédits ; cette proportion étant mise en échec par la quantité de marchandises financières invendues).

Parler de crise de débouchés des marchandises financières évite de tomber dans le fétichisme de la valeur qui s'étale de long en large dans les journaux : on présente que des titres financiers sont "pourris", en ce qu'il n'auraient pas de valeur... Mais, non, c'est qu'ils ne trouvent pas de vendeurs !
Il n'y a pas de valeur intrinsèque des marchandises, mais seulement dans leur changement de propriétaire par lequel leur valeur s'actualise dans le prix de vente.

Mais le comptable, lui, est obligé de croire à la valeur des marchandises en possession de l'entreprise : il fait comme si à tout moment elles pouvaient trouver acheteur, et en plus il fait comme si il savait à tout moment à quel prix !
L'invention de la bourse, qui a comme finalité de créer le marché le plus liquide possible (c'est-à-dire un lieu où toute marchandise se vend à tout moment et à un prix connu d'avance : le rêve industriel quoi), permet une sorte de radicalisation d'un tel fétichisme. Inventer de nouvelles règles comptables, bien entendu, ne change rien. Ecrire la comptabilité implique de croire que les marchandises ont effectivement une valeur.
La crise de l'industrie financière est donc une "crise du contrôle" (**); les traders déboussolés ne font que redécouvrir cette crise qui est déjà apparues dans les autres sous-domaines industriels, et qui se résout toujours de la même façon, par une inflation des contrôles et entraînent d'autres types de nouvelles crises :

« En effet, l’application d’une technologie de l’information et de la communication n’aboutit pas seulement au desserrement de la crise, elle participe également à sa reconduction : ainsi, ce desserrement ne produit-il pas une résolution, mais un déplacement du problème. Cependant la structure du jeu reste la même : comme l’intervention d’une technologie et de la communication a permis en une période donnée de réduire une crise de contrôle, l’accroissement des volumes et des vitesses peut s’emballer à nouveau… jusqu’au prochain goulet d’étranglement, qui lui, devient double, matériel et logiciel. Car dès lors, l’accroissement de la complexité ne touche pas seulement la production ou le flux matériel, mais également le dispositif de contrôle. »
(Robert, La logique politique des TIC, p. 283.)

D
__

(*) Ce n’est pas spécifiquement une crise de la spéculation, dans la mesure où la spéculation est inhérente à l’économie : on n’achète jamais une marchandise que pour la revendre, y compris le salarié qui achète ses conditions de subsistance dont il dispose ainsi dans l’instant pour ainsi pouvoir se vendre pendant le temps ainsi « libéré » de la production de ces conditions de subsistance. L'humain-marchandise n'achète sa vie à travers l'achat de ses conditions de subsistance, que pour pouvoir se vendre comme force de travail. Il peut même espérer obtenir une plus-valeur dans cette transaction qui va lui permettre d'être capitaliste (par exemple, il met de l'argent de côté pour s'acheter un appartement).
(**) www.decroissance.info/Etre-responsable-defaire-l-emprise
_________________
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