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Les Castors (autoconstruction collective)

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 12 Aug 2008 9:06    Post subject: Les Castors (autoconstruction collective) Reply with quote

Quelques élément tirés du livre de Michel Messu, L’esprit Castor (2007), qui ne traite que du cas d’une cité construite dans une commune bretonne dans les années 1950.

Le contexte :
On se situe avant la phase de construction industrielle de logements sociaux. Il y a une grande pénurie de logement et peu d’initiatives publiques pour y remédier.
Dans le cas qui nous occupe, la Mairie donnera un coup de pouce aux castors, se saisissant de leur initiative pour mettre l’office HLM (très peu actif) devant ses responsabilités. Malheureusement le livre de Messu n’a pas d’informations sur la genèse du groupe des autoconstructeurs.
Les Castors d’une manière générale ne sont pas affiliés à des partis politiques, et n’ont pas d’autre finalité que remédier à la crise du logement.

Le groupe :
Seuls les hommes décident et participent au chantier. Ils sont tous mariés. Sauf exception, ce sont tous des salariés stables, dans des secteurs divers, mais éloignés du bâtiment. C’est un fait important, car même si l’autoconstruction fait baisser les coûts financier, ceux-ci ne tombent pas pour autant à zéro. Il faut donc jongler avec une activité rémunérée afin d'avoir des rentrées d'argent régulières.


Le chantier :

Il s’agit d’une cité composé de 14 pavillons identiques.
L’ensemble du groupe construit l’ensemble de la cité. Tant que le chantier n’est pas achevé, les pavillons ne sont pas attribués, pour ne pas que l’on mette plus de soin dans sa maison que dans celle des autres. C'est là un enseignement tiré d'un chantier précédent à St-Brieuc.

Ce que le groupe achète :
Les matériaux. Le fond de roulement et le terrain à rembourser à la mairie. Le procédé de construction breveté par une société, et un partenariat avec celle-ci, sorte d’assurance « tout risque » (la société forme les castors et s’engage sur la qualité future.).

Ce que le groupe n’achète pas :

Les castors effectuent tous les travaux, viabilisation du terrai, gros œuvres, intérieur, etc.
La condition pour rester dans le groupe est l’ « apport-travail », quota d’heures minimales de participation au chantier.
Les heures sont notées par le secrétaire.
Des exclusions ont eu lieu du fait du non-respect de ce principe. Dans ce cas, un remplaçant est trouvé. Curieusement, les heures de travail comptabilisées sont alors monétarisées (c’est le seul moment, me semble-t-il) : le remplaçant doit les racheter.
D’autre part, les entreprises locales apportent leur aide gratuite (prêt de matériel divers pour le transport, dons de matériau par la SNCF, etc.)

Structure juridique :
Au départ l’association des Castors est lié au soutien de la mairie. Mais très vite est constitué une coopérative à capital variable, donnant pleine autonomie financière au groupe.

Organisation :
Le président et le secrétaire jouent un grand rôle dans le chantier et y passent beaucoup de temps. L’organisation est très hiérarchique, et une discipline stricte est appliquée. Président et secrétaire ne sont pas contesté et ont été choisi pour leur compétence. Le président est un retraité (et c’est lui qui passe le plus de temps dans participation au chantier). Le secrétaire est un ébéniste, artisan respecté, et saura tirer d’affaire le chantier lors des défaillances de l’architecte par exemple.

Rôle des femmes :

Les femmes semblent ne pas avoir d’emploi rémunéré (nombreux enfants – on est dans le début du baby-boom). Elles assurent donc tout ce qui est domestique, sans quoi leur mari ne pourrait pas aller au chantier après leur journée de travail. Mais aussi leur présence sur le chantier avec les enfants apportent une sociabilité ordinaire dépassant la sociabilité extraordinaire suscité par le chantier.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 12 Aug 2008 11:12    Post subject: Reply with quote

D'après toi alors on peut pas en tirer grand chose, à part que l'expérience a bel et bien existé, et même si elle n'a pas été courante, ce sont plusieurs dizaines de groupes de " Castors " qui ont existé après guerre.

De ta fiche j'en tire principalement l'idée, que dès lors que l'économie est impuissante à répandre sa technologie des besoins (les besoins immenses de la reconstruction font qu'il y a un manque de maçons, les institutions publiques sont lentes, etc.), des gens réinstituent un travail pour soi, direct, sans la vente de la force de travail. Le fait que cette expérience soit déterminée par l'incapacité de l'économie à répondre de ces besoins là de construction de logements, montre que en période de faiblesse de l'économie (ici " faiblesse " dans le sens incapacité à répondre à..., parce que évidemment l'après-guerre est un grand moment de croissance) le champs de possible peut se rouvrir.

Curieusement, j'ai l'impression finalement, que la crise (comme " incapacité de l'économie à... ") peut être une aubaine pour sortir de l'économie, vu que sans le détour de l'économie, on est renvoyé à soi, à ses proches, et aux personnes qui ont un même intérêt.

Cependant aujourd'hui, on ne peut guère parler d'une situation d'incapacité de l'économie, au contraire. Croire que le pétrole cher ou des catastrophes naturelles pourraient renverser le processus de globalisation, et engendrer alors momentanément une situation d'incapacité de la technologie économique à répondre aux besoins, franchement je sais pas. Cette crise de la globalisation espérée par les écologistes, me semble pas vraiment une aubaine : le pétrole cher ou des catastrophes naturelles, ne feront qu'impliquer qu'une reterritorialisation de l'horreur économique, au niveau continental, national, voir local. C'est le problème de la relocalisation de toujours les mêmes médiations opérées par l'économie. Croire que l'économie française du XIXe siècle, tournée surtout sur elle-même, est bien mieux que l'économie deterritorialisée actuelle, c'est là très discutable. C'est là le travers de la réflexion écologiste, qui ne cherche qu'a relocaliser l'horreur économique.

Je crois que si en effet nous n'assistons pas à une énième crise de l'économie (ou une crise de la croissance économique comme le croit les intellectuels de la décroissance), parce que c'est l'économie qui en elle-même est la crise, cette " crise de la valeur " pour reprendre Jappe (le dégagement de toujours plus de plus-value nécessite la croissance des moyens technologiques de production, mais ceux-ci attaquent la valeur car ils ne cessent de la réduire impliquant alors pour corriger ceci, une course au gigantisme de la production) ressemble plutôt à une " mort lente de l'économie ". Et cette mort lente, j'ai le sentiment qu'elle n'entrainera pas une situation d'incapacité de l'économie aussi forte que dans l'après-seconde-guerre-mondiale, au point de pouvoir réinstituer des pratiques de sortie de l'économie, comme dans le cas des Castors. Au moins au-delà des cercles de " convaincus " et des " militants ".
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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PostPosted: 12 Aug 2008 13:04    Post subject: Reply with quote

Si, je pense qu'on peut en tirer quelque chose de ces initiatives. C'est un élément de plus de la discussion des alternatives.

Je n'ai pas terminé le livre dans les analyses qu'il fait de cette notion de "solidarité", ainsi que la vie aujourd'hui dans cette cité construite par les Castors.

Leur démarche rentre tout à fait dans la rubrique "travail à-côté". Mais par rapport aux ouvriers de Florence Weber, là, on a une organisation du travail avec statut juridique, avec comptabilité des heures de travail, beaucoup plus rationalisé (ce qui n'est pas forcément une critique).

Passer du cercle de dons informel à une organisation juridique formalisée avec présence d'argent, sans se faire bouffer là par l'économie, voilà quelque chose qu'il me semble il faudra savoir faire.

On peut rapprocher l'initiative des Castors avec toutes celles qui consistent à ce que ce soit les usagers d'un service qui créent et contrôlent entièrement la structure juridique/économique dont ils seront les clients.

C'est par exemple le mouvement des crèches parentales. Il en existe 1000 en France.
Nées dans les années 1970, elles se sont institutionnalisées de façon à se brancher sur les officines d'Etat, bénéficiant aujourd'hui quasi-automatiquement des mêmes subventions que les autres dispositifs d'accueil.

Est-ce que cela sort de l'économie ? Je dirai oui : car une partie des activités n'est plus valorisées sous forme d'argent, invisible depuis un point de vue comptable, activités qui sont alors donc "immédiatement sociales".

Mais il faut avoir le regard fin, car ces activités se mélangent avec des activités économiques, ce sont tout ce que l'on achète, y compris les salariés (il y en a ponctuellement chez les Castors).

On tombe donc sur le terrain (un peu moribond en ce moment me semble-t-il) de l'économie sociale et solidaire. Sans doute moins sexy que les communautés à la montagne avec drapeau noir arboré, mais plus propice et durable.
Avec bien-sûr des paradigmes qu'il faudrait critiquer, sachant qu'il y a pour moi clairement un terrain d'entente ou en tout cas de dialogue :

Extrait de la charte scientifique du CERISES à Toulouse :

Quote:
Depuis presque dix ans, Cerises développe une approche originale et cohérente des initiatives solidaires et des entreprises sociales, loin des courants dominants.

A/ « Initiatives solidaires » et « entreprises sociales »

(...) En bref, nous croyons davantage à une autre société qu’à une autre économie, ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas d’entreprises qui soient sociales et des initiatives qui soient solidaires, c’est-à-dire en fait collectives et non individualistes.
Cerises adhère au fait que beaucoup d’organisations de l’économie sociale traditionnelle ont perdu les idéaux qui les avaient fait naître. De ce fait, le statut juridique ne garantit rien mais plus encore, le statut coopératif est celui qui offre les plus grandes amplitudes d’action… et donc aussi le plus de risque de déviation.
Au total, nous considérons les initiatives solidaires et les entreprises sociales comme des lieux de résistance et des pédagogies en acte qui vont toutes dans le sens d’une auto-détermination.

(...)

Le politique, le social et le culturel sont devenus des « sphères quasi-autonomes » par réaction à l'autonomisation de l'économique au XVIIIème siècle. On peut appeler « naissance de ''l'économie'' cette tentative d'autonomisation des activités de production, de consommation et de répartition des biens matériels et immatériels dans une sphère séparée Cette illusion d’une autonomie totale est soigneusement entretenue du point de vue de la science économique au point que les économistes définissent la sphère économique comme un lieu où les acteurs n’obéissent exclusivement qu’à des mobiles économiques.

(...)

Nous considérons que la catégorie « économie » est née au 18ème siècle, ce qui a une grande importance pour la problématique (alors que d'autres théoriciens préfèrent définir l'économie de manière plus large et ainsi considérer qu'elle a toujours existé: l'économie serait plurielle de tout temps mais notre époque l'aurait réduite à ses aspects marchands et monétaires).
D’un point de vue pragmatique, fonder une activité économique sur une hybridation de ressources relève d’une gymnastique avec les pouvoirs publics qui relève de l’exploit ! Une façon intelligente de contourner la question est de montrer que les acteurs en présence dans ce type d’activité mélange à la fois les figures de l’entrepreneur privé, de l’entrepreneur public et celui issue de la société civile.

(...)

F/ Agglomération d'activités

Le travail que Cerises a privilégié est l'étude de l'agglomération d'activités. Les initiatives solidaires et entreprises sociales se développent à une époque où les grandes utopies ne structurent pas le débat politique. On peut parler d'une atonie sociale.
Certains mouvements politiques tentent de penser des alternatives globales sans y parvenir. Les initiatives solidaires et les entreprises sociales se concentrent sur des problèmes spécifiques et se lancent dans des utopies concrètes: des alternatives ici et maintenant. D'une certaine manière, elles peuvent participer au développement du libéralisme qui promeut le principe du « small is beautiful ». Le libéralisme, basé sur l'idéologie du marché, consiste à ce que chacun travaille dans son coin sans qu'il soit nécessaire de consacrer des efforts trop importants à la coordination générale puisque la « main invisible » s'en charge. À l'inverse d'une situation où la régulation économique est laissée au marché ou à la bureaucratie, la notion d'agglomération d'activités développé par CERISES correspond à une situation où les acteurs économique pèsent collectivement suffisamment ensemble pour produire des effets structurants sur leur environnement et aider à sa transformation profonde.


http://w3.cerises.univ-tlse2.fr/dossiers/dossiers.php?id_dossier=2638
(soulignés par moi)

La question qu'il me semble nous (défendant le projet de sortie de l'économie) devons nous attaquer est ce qu'est la sortie de l'économie en pratique :

- Une démonétarisation quasi-complète des activités quotidiennes au sein de communautés relativement autarciques, avec des entrées d'argent faibles provenant de ventes artisanal ou de travail salarié à l'extérieur.
Ce qui impliquera sans doute
. des journées bien remplies, avec peu de technologie, quasi exclusivement occupées à produire les conditions de survie matérielle.
. peu de structuration globale et de solidarité entre groupes/communautés

Ou

- Une hybridation des activités économiques et des structures étatiques existantes avec
des activités démonétarisées associatives, de la pluriactivité, du travail à-côté, de la prosommation, du perruquage, de la propriété collective d'usage, des subventions étatiques, des dons de fondations diverses, le tout avec des appuis techniques/financier de structures nationales/étrangères fédératives...

C'est-à-dire : une lutte frontale contre l'économie, ou bien un grignotage de l'extérieur... avant la lutte finale contre l'économie ? M. Green
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Deun



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PostPosted: 12 Aug 2008 15:50    Post subject: Reply with quote

Dans un texte de Jacques Prades (membre du CERISES cité ci-avant) qui critique l'intérêt qu'il peut y avoir à remplacer le PIB par autre chose...

Jacques Prades wrote:
Il n’est pas globalement contestable de mesurer les valeurs d’échange par le PIB mais il l’est davantage de confondre valeur d’échange et valeur d’usage. On peut se référer à d’autres mesures de la richesse d’une société, il est plus difficile de tenter de mesurer ce qu’est la richesse sociale


...on trouve cette conclusion :

Jacques Prades wrote:
Il s’agit non pas de mesurer nouvellement une situation donnée que de faire naître dans la réalité des processus nouveaux dont la finalité est de proposer des organisations économiques fondées sur une résistance politique. Cette résistance politique passe par l'énoncé d'un certain nombre de conditions de développement de ces expériences :
- valoriser le collectif. Dans nos sociétés, toute défaillance de l'Etat donne des avantages à la privatisation. Nos sociétés ne valorisent jamais ce que nous pouvons tirer des choses collectives, sinon par le biais de l'Etat qui a le monopole de l’intérêt général. Etre "pour la chose collective", c’est freiner l’individualisme qui résulte du marché tout en étant contre la bureaucratisation étatique et le retour au localisme d’antan . Mais la valorisation du collectif suppose qu'on ait dépassé l'atout que représente l'intérêt individuel.
- privilégier les expériences locales. Le gain provient plus de la synergie des différences pousses plutôt que des économies d'échelle (la stratégie du champ de fraises). Il ne s’agit plus de replâtrer une nouvelle fois en partant des moyens disponibles mais de partir du but à atteindre en considérant les changements à réaliser. C'est la production de ces buts nouveaux à imaginer qui constitue la véritable richesse sociale.
- revendiquer là où c'est possible la limitation à la division du travail : la non-séparation entre l'acte de produire et celui de consommer, entre l'acte de préter et celui d'emprunter (le crédit rotatif), entre le propriétaire et le locataire.
- Soutenir l’innovation sociale : en effet, nos sociétés industrielles tendent à valoriser l’innovation technologique comme moteur de la profitabilité au détriment d’arrangement sociaux.

Nous butons sur une nouvelle question dont la réponse ne fait pas consensus : faut-il penser l’activité économique comme un domaine séparé produisant de la valeur d’échange (fusse-t-elle mesurée par le PIB) libérant ainsi du temps aux valeurs d’usage qui seraient notre véritable richesse sociale ? ou bien s’agit-il de défendre une société où la séparation entre l’économique et le social doive s’effacer au profit d’un nouvel être-au-monde où la richesse sociale proviendrait de notre capacité à inventer des formes collectives d'activités ? Dans le premier cas, la consommation accrue résultant de l’accroissement du temps libéré résulte de l'efficacité du travail, dans le deuxième cas, le bien-être suppose de consommer de moins en moins, de prendre le temps de la mesure et de la sagesse (Rahnema, 2003). C’est là une question normative à laquelle nous ne saurions échapper.


De la mesure de la richesse économique, 2003
http://w3.cerises.univ-tlse2.fr/dossiers/dossiers.php?id_dossier=2505&idparent=2506


Le moteur de l'économie sociale et solidaire serait donc une résistance politique, dont il résume les différents points ici, et avec laquelle on peut être assez d'accord. Dans le même texte, Prades s'agace de Latouche qui dénonce l'oxymore de l'économie solidaire, lui reprochant de ne pas dire ce qu'il souhaite : sortir de l'économie, pardi !
A mon le problème vient d'une définition de l'économie trop large que l'on connait bien (production, consommation et distribution de biens/services) qui ne laisse pas de place à un espace non-monétarisé des activités : le social et solidaire reste un supplément d'âme "politique" ou de réparation des dégâts causés par l'économie, se mêlant et s'emmêlant à l'argent comme moindre mal compensant et faisant oublier la dépossession qui entretient le monopole de l'économie sur les conditions de subsistance.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 12 Aug 2008 15:55    Post subject: Reply with quote

Tu utilises la notion " travail-à-coté " de F. Weber, il faudrait la définir car si ce livre m'intéresse beaucoup, je ne vois pas encore précisément ce qu'elle veut dire par là (tes notes de lecture sur ce livre et sur celui d'Oaxalis, seraient d'ailleurs très intéressantes si tu pouvais nous faire une petite présentation).

La présence d'argent chez les Castors, elle est bien dans l'achat des matériaux (des terrains j'imagine aussi) et pour un remplaçant, l'achat d'heures de travail qui ont déjà eu lieu, c'est bien ça ?

Sinon, je serai tenté de dire, que toute structure, qui fait rentrer sans contrepartie (ou le moins possible) de l'argent provenant de la méga-machine pour son fonctionnement, mais ne lui renvoit rien ou très peu, participe d'un compromis obligé vers une sortie de l'économie.

Je serai tenté de dire que c'est là le cadre minimal. Créer et contrôler une structure est second au regard de cet objectif (car on risque de faire de l'autogestion), car c'est un moyen. Une structure où ce sont les " usagers d'un service qui créent et contrôlent entièrement la structure juridique/économique dont ils seront les clients ", reste peut-être un moyen de faire autre chose, de n'être plus justement des " usagers ", dans la fin de la séparation producteur-consommateur comme tu le dis souvent.

Sinon tu le dis, on tombe dans l'économie sociale et solidaire, avec son imbrication d'activités économiques et directement sociales, et le problème c'est qu'il y a création de valeur (et même issue du surtravail) qui retourne dans l'économie...

Quote:
Le libéralisme, basé sur l'idéologie du marché, consiste à ce que chacun travaille dans son coin sans qu'il soit nécessaire de consacrer des efforts trop importants à la coordination générale puisque la « main invisible » s'en charge. À l'inverse d'une situation où la régulation économique est laissée au marché ou à la bureaucratie, la notion d'agglomération d'activités développé par CERISES correspond à une situation où les acteurs économique pèsent collectivement suffisamment ensemble pour produire des effets structurants sur leur environnement et aider à sa transformation profonde.


Je suis pas d'accord avec cette vision. Le libéralisme ne veut pas que chacun travaille dans son coin pour éviter de participer à la coordination générale. Il y a une critique fausse à mon sens du libéralisme, c'est dire qu'il développe individualisme et égoisme, et que ce serait si bien si on faisait tout ensemble, à la place de la bureaucratie et du marché ! A mon sens, le libéralisme est un communisme, un collectivisme, car l'économie met en interpendance chacun avec tout le monde. Jamais la vie humaine n'a été aussi collectivisée ! C'est l'économie qui a crée la " société " en détruisant les micro-sociétés locales, les corps intermédiaires, et le reste de la socialité primaire, en première personne. L'atomisation est celle du holisme, où l'atome (l'individu) n'est que la partie du tout. L'économie c'est le communisme. La mise en commun totale de nos vies. Ainsi dans la dernière phrase de CERISES je ne lis que le remplacement du " Marché autorégulé " par la main invisible des égoismes créant l'abondance, par simplement le " Marché auto-institué ", autogéré, de Castoriadis.

Ainsi cette phrase :

Quote:
pèsent collectivement suffisamment ensemble pour produire des effets structurants sur leur environnement et aider à sa transformation profonde


En l'état, là, comme dialogue avec CERISES, je ne vois là que proposée l'idée de l'autogestion (d'ailleurs y'a des chapitres intéressants sur la critique de l'autogestion dans Mai 68 et le Mai rampant italien => cf. http://membres.lycos.fr/tempscritiques/collection.php?ordre=7 ). Or on le voit bien dans Ambiance Bois, Michel Lulek le dit lui-même, certes à l'intérieur de l'entreprise on contrôle tout, cependant cette entreprise ne peut avoir aucune influence sur le monde extérieur, au contraire, parce que sa production y reconduit totalement. L'entreprise autogérée reste un atome alternatif dans toujours le même holisme économique. En cela elle est insignifiante pour la Machine, comme chaque rouage dans sa particularité. Malgré une égalité des salaires, un communisme financier dans une communauté de vie, l'argent reste le médiateur avec un extérieur avec qui en dernière instance notre production se rapporte, et l'entreprise reste alors une courroi de transmission de la création de valeur dans l'économie.
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Kobayashi



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PostPosted: 12 Aug 2008 16:17    Post subject: Reply with quote

Deun :

Quote:
La question qu'il me semble nous (défendant le projet de sortie de l'économie) devons nous attaquer est ce qu'est la sortie de l'économie en pratique :

- Une démonétarisation quasi-complète des activités quotidiennes au sein de communautés relativement autarciques, avec des entrées d'argent faibles provenant de ventes artisanal ou de travail salarié à l'extérieur.
Ce qui impliquera sans doute
. des journées bien remplies, avec peu de technologie, quasi exclusivement occupées à produire les conditions de survie matérielle.
. peu de structuration globale et de solidarité entre groupes/communautés

Ou

- Une hybridation des activités économiques et des structures étatiques existantes avec des activités démonétarisées associatives, de la pluriactivité, du travail à-côté, de la prosommation, du perruquage, de la propriété collective d'usage, des subventions étatiques, des dons de fondations diverses, le tout avec des appuis techniques/financier de structures nationales/étrangères fédératives...


Je ne sais pas si le débat est de choisir entre ces deux possibilités, ni même si elles sont aussi séparables, et si elles ne sont pas elles mêmes imbriquées. Chacune je crois comporte ses difficultés pratiques et ses travers évidents. Je ne pense pas que l'une soit forcément plus pratiquable qu'une autre, tellement l'envie me semble de toute façon dans les deux cas, le coeur d'un début de possibilité. J'ai plutot tendance à penser que c'est l'expérience qui fait le reste. On peut peut-être pour l'instant les relever ses difficultés et travers, créer des débats là-dessus, pour chercher justement à les dépasser.
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Deun



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PostPosted: 13 Aug 2008 9:33    Post subject: Reply with quote

Clement Homs wrote:
En l'état, là, comme dialogue avec CERISES, je ne vois là que proposée l'idée de l'autogestion


C'est un plus vaste que ça. Le coeur du projet de l'économie sociale et solidaire, c'est plutôt je pense le réenchassement de l'économie dans du "social". Ce passage résume bien leur optique :

Quote:
La science économique s'est développée soit comme un mode d’allocation de ressources, soit comme un champ d’activité, et elle a toujours eu comme volonté d’être autonome vis à vis des autres disciplines et des autres champs d’activités .
Par réaction, les économistes hétérodoxes ont montré que le politique (régulationnistes par exemple), le social (conventionnalistes par exemple) ou le culturel (économistes industriels par exemple) surdéterminent l'économique.
Toute la tentative des entreprises sociales est de brouiller les cartes de ces divisions. Elles posent un défi à la sphère économique en ce qu'elles mêlent étroitement l’économique, le culturel et le social sans que l'un surdétermine les autres a priori. En pratique, c’est le mobile politique qui est à l’origine des structures économiques qui relèvent de la nouvelle économie sociale.


(passage souligné par moi)

Je pense que c'est cela qui est éventuellement à critiquer.
A vouloir brouiller les domaines, je ne crois pas qu'on soit forcément très lucide sur ce qu'est l'économie en tant que telle, et pas seulement dans sa dimension concurrentielle qui est à peu près la seule chose qui est critiquée.
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Deun



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PostPosted: 13 Aug 2008 9:56    Post subject: Reply with quote

Par ailleurs cette idée d'agglomération d'activités pourrait être rapprochée de la Centrale ASEM de François Partant (une structure qui organise la complémentarité des productions locales et leurs échanges).
Ce serait bien de mettre en ligne le texte des Luquet (ivani si tu m'entends!).

Outre le fait que dans les deux cas, on ne discute pas la notion d'échange et de réciprocité (avec le risque de mortifier à nouveau les activités quand elle n'auront pour finalité que l'échange), la notion de "centrale" serait je pense d'emblée refusée aujourd'hui, peut-être à tord, à cause du terme "centrale" qui fait penser à une visée de contrôle.

Clément wrote:
Le libéralisme ne veut pas que chacun travaille dans son coin pour éviter de participer à la coordination générale. (...) A mon sens, le libéralisme est un communisme, un collectivisme, car l'économie met en interpendance chacun avec tout le monde.


Ce n'est pas la même chose que de dire qu'il y a une interdépendance de fait, automatique, s'exerçant par delà les actions des personnes, et même de leur capacité à se représenter cette interdépendance, et dire qu'il y a une interdépendance pensée, discutée, explicitée, organisée consciemment.
Je ne crois pas qu'on puisse aligner les deux visions l'une sur l'autre. Si ce n'est que le libéralisme est hypocrite ou faux, car l'interdépendance (main invisible) n'a pas la même opacité pour tout le monde, et les macros-acteurs peuvent mieux la contrôler que les petits.
Dans la cas de l'ESS (économie sociale et solidaire), on est clairement dans une critique du marché global et abstrait, et la recherche de synergies comme on dit (c'est-à-dire : complémentarités) locales.

Seulement pour moi, le mode de coordination restera essentiellement économique malgré tous les chartes et les statuts qu'on voudra, puisque l'économie est toujours là au quotidien, même et surtout quand elle est hybridée avec le reste : les activités individuelles des personnes sont toujours vues par défaut comme devant être "compensées" par de l'argent, et non par des conditions de subsistance produites sur place.
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Nouil
Guest





PostPosted: 13 Aug 2008 22:09    Post subject: Reply with quote

J'ai du mal à comprendre comment cette ESS, peut être glorifier dans une entreprise qui est dans une finalité de destruction de la ESS.
Au sens, où dans une construction de cité pavillionaire ne semble t il pas être contre la ESS?

Est ce qu'ils font après que la cité est construite(la communauté reste soudée ?) ? Est ce que a part les 14 maisons, il y a t il pas une une certaines agglomération d'autres habitations au sein de cette communauté ? Ils ont construit à coté d'un village-commune, est ce qu'il provenait de cet endroit? Ou étaient ils des "touristes constructeurs et permanants" ? (Certes c'est la mairie qui les envoyent mais cela ne renseignent en rien sur leur intégrations aux milieux)

Cela me semble être donc des castors joyeux et sociable à souhait qui construisent babel...

C'est un peu considéré que les millions de personnes habitant dans des favelas, c'est très bien juste parce que c'est autoconstruit...
Est ce que les favelas sortes de l'économie? Je pense que c'est plutot le contraire, c'est des personnes qui ne revent que d'être intégré dans leur ville. Et qui sont et surement seront la ville elle même, ils ne leurs suffissent plus qu'a construire le poste de police, le tout à l'égout, l'eau, l'électricité et leurs descendants seront dépossédés de leurs appareils grace au travail des ainés...

(Et encore mon exemple est mal choisis, les castors font directement la ville sans passé par la construction illégitime et non légal... Il stérilise socialement leur milieux (rural) de mânière autonome, c'est magnifique pour l'état, l'étranger, l'investisseur.)

Donc le problème n'est pas seulement que "l'argent reste le médiateur avec un extérieur". Mais la finalité(temporel) de l'entreprise qui conduit forcement à une logique de marchandisation.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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PostPosted: 14 Aug 2008 9:22    Post subject: Reply with quote

Effectivement, dans le livre l'auteur ajoute son post-scriptum (2007) titré "ça ne voisine plus".

En effet aujourd'hui une bonne partie des maisons est tout bonnement vendues sur le marché au plus offrant ! et les pratiques d'entraides dans la cité ont complètement disparue ou presque. Pour l'auteur, il a manqué aux Castors d'instituer sur place cet esprit Castor (c'est-à-dire la forme de solidarité pratiquée lors de la construction de la cité) pour qu'il ne meurt pas avec les Castors. Il aurait fallu quelque chose comme un culte afin que les nouveaux venus non héritiés (au sens familial) de cet esprit puisse éventuellement s'y convertir.
La coopérative est dissoute après la construction des 14 maisons.

Aujourd'hui, l'esprit Castor a donc pris l'allure, non pas d'un mode de vie alternatif, mais plutôt d'une manière de dire ce mode de vie.
L'auteur parle au sujet des Castors d'ingrédient identitaire, susceptible de former des identités aujourd'hui.

Mais il me semble que les autoconstructeurs d'aujourd'hui s'y réfèrent peu, à cet esprit. C'est plutôt l'écologie qui est mise en avant à chaque fois (comme critère technique de construction), et les chantiers collectifs s'organisent autour du futur occupant de la maison, et non comme chez les Castors à partir d'un groupe auto-organisé et plus formalisé mais non professionnel.

Quote:
Est ce que les favelas sortes de l'économie?


Les Castors dans le cas du livre ont construit des maisons qui se sont avérées à l'usage, 50 après, de très bonne facture et solide.

Dans les années 1950, il faut se représenter que la situation du logement en France était assez dramatique (avec l'appel de l'abbé Pierre, qui finalement aura contribué à une prise en main de l'Etat du problème) et dans une inertie quasi totale en terme de construction. Ce qui fait que pendant quelques années, la part de construction due aux Castors aura été non négligeable.
Il y a avait donc de nombreux bidonvilles à l'époque.

Est-ce que les bidonvilles sortent de l'économie ? Non parce qu'ils sont déjà hors économie. Là où les Castors construisent des maisons dont normalement on achète en totalité la construction. Là ils prennent en charge une bonne partie de la conception, l'organisation et la conduite au jour le jour du chantier (y compris la viabiliation du terrain, la route qui y mène)), presque toute la main-d'oeuvre, et pas seulement le gros oeuvre. C'est quand même assez énorme, par rapport à quelqu'un qui fait construire sa maison en payant une ou des entreprises. Donc oui ils sortent de l'économie.


Quote:
Ils ont construit à coté d'un village-commune, est ce qu'il provenait de cet endroit?


oui

Quote:
Donc le problème n'est pas seulement que "l'argent reste le médiateur avec un extérieur". Mais la finalité(temporel) de l'entreprise qui conduit forcement à une logique de marchandisation.


L'argent reste forcément médiateur avec l'extérieur tant qu'on reste isolé dans une démarche (quoique dans le cas des Castors ce n'est pas vrai, puisque qu'ils recoivent beaucoup d'aide de l'extérieur, justement).

Mais en effet la logique de marchandisation du bien construit au final n'a pas du tout été interrogée. Ce qui à mon sens explique en partie que tout ça s'est perdu 50 ans après.
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Deun



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PostPosted: 14 Aug 2008 12:21    Post subject: Reply with quote

Un article qui semble intéressant sur les Castors :

Bernard Légé, « Les castors de la Monnaie », Terrain, Numéro 9 - Habiter la Maison (octobre 1987) , [En ligne], mis en ligne le 19 juillet 2007. URL :

http://terrain.revues.org/document3185.html. Consulté le 14 août 2008.
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Deun



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PostPosted: 02 Mar 2009 12:28    Post subject: Reply with quote

Cherchant à mieux comprendre pourquoi l'auconstruction des Castors est un mouvement qui a assez rapidement périclité, je me penche sur le peu de données techniques présentes dans le livre :

Toujours dans le cas de la cité de Paimpol :

- plus de 3 an et demi, pour construire 14 maisons.
Cette durée totale me semble beaucoup.
Pas de détails sur la durée des différentes phases des travaux.

- organisations du travail :
14 hommes (chef de famille des futures familles habitantes)
des salariés occasionnellement
Très vraisemblablement, les 14 maisons étaient construites en parallèle (d'abord on fait tout l'assainissement, puis tout le gros oeuvre sur chaque maison, etc).
Pour rappel, les maisons sont affectées seulement à la fin du chantier.
Du coup, cela me paraît peu de personnes (le livre ne mentionne pas d'aide extérieures, et les femmes en participent pas).

- temps de travail :
Après le travail en semaine, le week-end.
D'après les relevé, j'ai calculer que le temps moyen était de 18h par personne et par semaine.
Total : >3200 h par maison
Ce qui semble beaucoup ?
Cependant cela comprend aussi la voirie sur le terrain.
(par exemple ce site mentionne 2000h actuellement en autoconstruction pour une maison de 120 m2)

- technique de construction
* terrassement :
Le livre contient une photos avec des wagonnets sur rails et les Castors munis de pelles.
5 rails et 150 traverses, plus les wagonnets, prêtés à titre gratuit.
A noter que les Castors font aussi la voirie!

* gros oeuvre
Procédé "Iotti" (ingénieur Ponts et Chaussées) :
Entre les poteaux en béton armé, on place des panneaux fait d'un mélange de pouzzolane (roche volcanique), ciment, chlorure de calcium et mâchefers. Au total 125 tonnes de pouzzolane seront utilisées pour les 14 maisons.
Pour confectionner ces panneaux, la société de l'ingénieur loue du matériel de moulage.
Les Castors de Paimpol paie à la société de l'ingénieur 1,6 millions de francs de l'époque (anciens francs), contre engagement sur l'étanchéité, résistance, etc. Ils paie aussi la présence d'un moniteur (3160 francs/jours) à certains moments.
Les planchers sont en hourdis de plâtre armés de de baculat (?).

Voilà. Si un connaisseur pouvait évaluer tout ça, à l'aune ce que se pratique en autoconstruction aujourd'hui... ce serait bien !
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