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Crédit à mort

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 09 Feb 2010 12:09    Post subject: Crédit à mort Reply with quote

Le texte d'Anselm Jappe, paru dans la revue française Lignes dans son n°30, est désormais disponible :
" Crédit à mort ". Quelques extraits :

Quote:
« Le site du Guardian pointait vendredi que l‟immeuble de Time Square, au coeur de Manhattan, affichant sur son fronton le montant de la dette publique américaine, n‟a plus assez de place pour loger la quantité astronomique de milliards de dollars, précisément 10 299 020 383, une énormité due notamment au financement du plan Paulson et à la mise sous perfusion des agences Freddie Mac et Fannie Mae. Il a même fallu éliminer le symbole „$‟, qui occupait la dernière case de l‟affichage, pour que le passant puisse boire ce chiffre jusqu‟à la lie 1. » Qui veut s’en souvenir maintenant ? La grande peur d’octobre dernier semble déjà plus loin que la « grande peur » du début de la Révolution française. Il y a un an pourtant, on avait l’impression que des voies d’eau s’étaient grandes ouvertes et que le navire coulait à pic. On avait même l’impression que tout le monde, sans le dire, s’y attendait depuis longtemps. Les experts s’interrogeaient ouvertement sur la solvabilité des Etats même les plus puissants, et les journaux évoquaient en première page la possibilité d’une faillite en chaîne des caisses d’épargne en France. Les conseils de famille discutaient pour savoir s’il était nécessaire de retirer tout l’argent de la banque et de le garder chez soi ; des usagers des trains se demandaient, en achetant un billet à l’avance, si ceux-ci circuleraient encore deux semaines plus tard. Le président américain George Bush s’adressait à la nation, pour parler de la crise financière, en des termes semblables à ceux employés après le 11 septembre 2001, et Le Monde intitulait son magazine d’octobre 2008 : « La fin d’un monde ». Tous les commentateurs étaient d’accords pour estimer que ce qui était en train de se passer n’était pas une simple turbulence passagère des marchés financiers, mais la pire crise depuis la Deuxième Guerre Mondiale, ou depuis 1929.

Il était bien étonnant de constater que les mêmes, du top manager au RMiste, qui, jusqu’à la crise, semblaient convaincus que la vie capitaliste ordinaire continuerait à fonctionner durant un temps indéfini, pourraient se faire si vite à l’idée d’une crise majeure. L’impression générale de se sentir au bord d’un précipice était d’autant plus surprenante qu’il ne s’agissait alors, en principe, que d’une crise financière dont le citoyen moyen n’avait connaissance que par les médias. Pas de licenciements de masse, pas d’interruptions dans la distribution des produits de première nécessité, pas de caisses automatiques qui ne distribuent plus de billets de banque, pas de commerçants qui refusent les cartes de crédit. Pas encore de crise « visible », donc. Et pourtant, une atmosphère de fin de règne. Ce qui ne s’explique qu’en supposant que, déjà, avant la crise, tout un chacun sentait vaguement, mais sans vouloir s’en rendre entièrement compte, qu’il avançait sur une mince couche de glace, ou sur une corde tendue. Quand la crise a éclaté, aucun individu contemporain n’a été, au fond, davantage surpris qu’un gros fumeur à qui l’on apprend qu’il a le cancer. Sans que cela apparût clairement, la sensation était déjà largement répandue que cela ne pouvait plus continuer « comme ça ». Mais peut-être faut-il s’étonner davantage encore de la célébrité avec laquelle les médias ont mis l’apocalypse au rancart, pour recommencer à s’occuper des pêcheurs d’huîtres ou des frasques de Berlusconi.


Quote:
Une critique du capitalisme contemporain très différente de celles évoquées jusqu’ici a cependant été avancée. Elle demande : et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption ? Si elle avait donné du souffle à un corps moribond ? Pourquoi est-on si sûr que le capitalisme lui-même échappe au cycle de la naissance, de la croissance et de la mort ? Ne pourrait-il pas contenir des limites intrinsèques à son développement, des limites qui ne résident pas seulement dans l’existence d’un ennemi déclaré (le prolétariat, les peuples opprimés), ni dans le seul épuisement des ressources naturelles ?


Quote:
Depuis les années 1960, ce mécanisme – qui déjà n’était pas autre chose qu’une fuite en avant permanente – s’est enrayé. Les gains de productivité permis par la micro-électronique ont, paradoxalement, mis en crise le capitalisme. Des investissements toujours plus gigantesques étaient nécessaires pour faire travailler, selon les standards de productivité du marché mondial, le peu d’ouvriers restants. L’accumulation réelle du capital menaçait de s’arrêter. C’est à ce moment que le « capital fictif », comme l’appela Marx, prit son envol. L’abandon de la convertibilité du dollar en or, en 1971, a éliminé la dernière soupape de sécurité, le dernier ancrage à l’accumulation réelle. Le crédit n’est pas autre chose qu’une anticipation des gains futurs espérés. Mais lorsque la production de valeur, et donc de survaleur, dans l’économie réelle stagne (ce qui n’a rien à voir avec une stagnation de la production de choses – mais le capitalisme tourne autour de la production de survaleur, et non de produits en tant que valeurs d’usage), il n’y a que la finance qui permette aux propriétaires de capital de faire les profits désormais impossibles à obtenir dans l’économie réelle. La montée du néolibéralisme à partir de 1980 n’était pas une sale manoeuvre des capitalistes les plus avides, un coup d’Etat monté avec la complicité de politiciens complaisants, comme veut le croire la gauche « radicale ». Le néolibéralisme était, au contraire, la seule manière possible de prolonger encore un peu le système capitaliste que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche. Un grand nombre d’entreprises et d’individus ont pu garder longtemps une illusion de prospérité grâce au crédit. Maintenant, cette béquille s’est également cassée. Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible : il n’y a plus assez d’argent « réel » à la disposition des Etats. Pour le moment, les « décideurs » ont renvoyé encore un peu le Mane, Thecel, Pharès en ajoutant un autre zéro derrière les chiffres fantasques écrits sur les écrans et auxquels ne correspond plus rien. Les prêts accordés pour sauver les banques sont dix fois supérieurs aux trous qui faisaient trembler les marchés il y a vingt ans – mais la production réelle (disons, banalement, le PIB) a augmenté environ de 20-30 % ! La « croissance économique » des années 1980 et 1990 n’avait plus une base autonome, mais était due aux bulles financières. Et lorsque ces bulles auront crevé il n’y aura pas d’« assainissement » après lequel tout pourra repartir.

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 11 Feb 2010 22:31    Post subject: Reply with quote

Quote:
Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible : il n’y a plus assez d’argent « réel » à la disposition des Etats

(...)Les prêts accordés pour sauver les banques sont dix fois supérieurs aux trous qui faisaient trembler les marchés il y a vingt ans – mais la production réelle (disons, banalement, le PIB) a augmenté environ de 20-30 % !


Finalement Jappe ne reprend-il pas à son compte l'opposition entre l'économie réelle et "économie de casino" ?

Il y a quelque chose qui reste insatisfaisant dans cette théorie qui oblige à dire que des choses qui existent n'existent pas.

Pourtant un crédit c'est quand même très différent d'une transaction. Partant de là comparer des montant de crédit à des PIB est hasardeux. Chaque crédit anticipe une transaction future. Qu'il y aient beaucoup de crédits qui ne soient pas intégralement remboursés au final, cela veut dire que la banque ne récupère pas totalement sa mise. Cependant l'argent aura été dépensé, donc des marchandises produites, etc. Au final il y a moins de marchandises produites que si le crédit est intégralement remboursé, mais néanmoins il y aura eu plus de marchandise qu'en l'absence de crédit !

Quelle est la contradiction interne au système capitaliste, dans son équilibre global, du moment qu'il y ait une homogénéité des comportements, en particulier des niveaux d'endettement ?
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SDE dec.info socio. des épreuves
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Djinn_
Guest





PostPosted: 13 Feb 2010 13:33    Post subject: Reply with quote

Anselm
Quote:
Une critique du capitalisme contemporain très différente de celles évoquées jusqu’ici a cependant été avancée. Elle demande : et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption ?


Quote:
Depuis les années 1960, ce mécanisme – qui déjà n’était pas autre chose qu’une fuite en avant permanente – s’est enrayé. Les gains de productivité permis par la micro-électronique ont, paradoxalement, mis en crise le capitalisme. Des investissements toujours plus gigantesques étaient nécessaires pour faire travailler, selon les standards de productivité du marché mondial, le peu d’ouvriers restants. L’accumulation réelle du capital menaçait de s’arrêter. C’est à ce moment que le « capital fictif », comme l’appela Marx, prit son envol.


D'accord avec le récit que fait Anselm. C'est en tout comme ça que les capitalistes ont raisonné. Mais il partage la moitié des croyances des capitalistes. Les théories de l'économie marchande lui conviennent.

Deun
Quote:
Finalement Jappe ne reprend-il pas à son compte l'opposition entre l'économie réelle et "économie de casino" ?


Si fait. Mais Postone, LaRouche, ATTAC aussi.

Quote:
Chaque crédit anticipe une transaction future. Qu'il y aient beaucoup de crédits qui ne soient pas intégralement remboursés au final, cela veut dire que la banque ne récupère pas totalement sa mise. Cependant l'argent aura été dépensé, donc des marchandises produites, etc. Au final il y a moins de marchandises produites que si le crédit est intégralement remboursé, mais néanmoins il y aura eu plus de marchandise qu'en l'absence de crédit !


Il n'y a qu'un seul mécanisme pour créer de l'argent : le crédit. Pas deux mécanismes : le crédit et le dispositif de production. Il est faux de penser qu'on peut rembourser un emprunt par la "croissance" (même si les gars de la télé, de la presse écrite, du gouvernement et même d'ATTAC le disent).
Les banques ne veulent pas qu'on les rembourse avec de la "valeur", mais avec de l'argent.

Quote:
Il y a quelque chose qui reste insatisfaisant dans cette théorie qui oblige à dire que des choses qui existent n'existent pas.


Oui. Et réciproquement ! C'est important de savoir raisonner sur plusieurs plans.

Quote:
Quelle est la contradiction interne au système capitaliste, dans son équilibre global, du moment qu'il y ait une homogénéité des comportements, en particulier des niveaux d'endettement ?


Je dirais plutôt "homogénéité des croyances".
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Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
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PostPosted: 13 Feb 2010 14:08    Post subject: Reply with quote

Perso , ça me gave , mais si vous etes amateur , sur oleocene , plusieurs fils sur l'économie avec deux "pointures" Bruno Lemaire et AJH:
http://www.oleocene.org/phpBB3/viewtopic.php?f=13&t=9932&start=60
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Kobayashi



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Posts: 1885

PostPosted: 19 Feb 2010 10:17    Post subject: Reply with quote

Quote:
Finalement Jappe ne reprend-il pas à son compte l'opposition entre l'économie réelle et "économie de casino" ?


salut deun. En quoi ? Précise peut-être, je ne vois pas trop ce que tu veux dire. Il y a pas opposition à mon sens, car au contraire l'économie de casino vient au contraire " sauver " en apparence (du fait de la tendance accumulatrice des crises) l'économie réelle qui vit l'inhérente crise du travail abstrait. Jappe n'appelle donc pas à réguler la méchante économie de casino au nom de la bonne et saine économie réelle, au nom du bon capital productif, ni à opposer le capitalisme financier (américain ou anglo-saxon) au bon capitalisme des entrepreneurs, etc. Ce n'est pas le rapace et le lapin donc. De plus, du fait de la nature très spécifique de la production dans le capitalisme où la valeur qui n’est en rien une catégorie subjective comme auparavant (ce qui écarte pour moi toute théorie idéaliste) mais un fait social total en tant que médiation sociale objectivée qu’incarne la position du travail dans son double caractère, il y a toute la théorie des masques de caractères, de la personnification des éléments sociaux de la métamorphose de la valeur, qui fait des capitalistes des fonctionnaires du sujet automate mais en rien des sujets réels au sens classique du terme. Il n'y a donc pas dénonciation morale avec l'animosité que l'on connait, de la spéculation par exemple. De plus, le fait que désormais c'est l'économie réelle qui est l'appendice de la finance, et non l'inverse, est toujours renvoyé vers la théorie de la crise (grippage) de la première et de sa fuite en avant dans un dépassement ou une stabilisation improbable, où la crise n'est pas linéaire ni finale, mais plutôt accumulatrice d'effondrements toujours plus massifs, globaux et autodestructeurs au fur et à mesure qu'elle se développe. Les ilots de rentabilité se réduisant comme peau de chagrin dans un océan de marginalisation où peut être posé une alternative possible mais en rien automatique, au contraire.

Quote:
Il y a quelque chose qui reste insatisfaisant dans cette théorie qui oblige à dire que des choses qui existent n'existent pas.


C’est sûr qu’au premier abord c’est pas une manière évidente de réfléchir. Il me semble que Robert Kurz est clair dans ce texte où je te renvois si tu veux en savoir plus La mère de toutes les extravagances et la portée des jeunes loups de la Bourse. Le capital porteur d'intérêts, la bulle de la spéculation et la crise de la monnaie

Tu parles du " capital fictif " n’est-ce pas ? Notamment dans sa forme boursière ou de crédit. Enfin il me semble que tous les jolis zéro dans les actifs des banques ayant par exemple des crédits insolvables, disparaissent, ils existent et n'existent finalement pas, non ? Et une super banque disparaît. C'est comme l'actuelle bulle immobilière en Chine, les banques ouvrent les robinets du crédit aux couples chinois qui n'auront jamais les moyens de les payer, et des montagnes de crédits douteux s'accumulent, comme ailleurs. Tout cela est mis dans les actifs, les chiffres sont souvent truqués, tout le monde sait que c'est un secret de polichinelle ces pratiques là. Idem quand on regarde la belle croissance de la Grèce ces dernières années des 5% par an je crois, de l'inédit en UE, alors que Goldman Sachs et le gouvernement ont délibérément caché l'ampleur du déficit et de la dette. Il faut prendre au sérieux les marchandises qui ont circulé ? Mais achetées sans provisions ? Après on met sous séquestre sa maison. Et on paye sur ses biens ou ce sont les enfants qui paieront. Est-ce que vraiment le crédit est une offensive du " système " imparable (qui ? les banquiers ont les mêmes intérêts que les industriels ? où se fait la coordination ?...), que cela relance la machine et fait échapper à la contradiction interne ? je crois que la question n'est pas celle des biens et de leur circulation, est-ce que c'est le principe et la finalité de la machine sociale capitaliste, de produire des biens, on le sait non, la dynamique de la société est celle du sujet automate, et c'est autre chose. A mon sens, les deux chapitres de Postone " Vers une théorie du capital " et " la trajectoire de production ", sont plutot des bases d'une autre réflexion.

Pourquoi prendre pour réellement existant ce qui se dégonfle à chaque fois, pourquoi prendre pour réel ce qui repose sur aucun futur de croissance (ou alors une croissance par « îlots » très réduits, une faible croissance sans emplois, ou carrément une décroissance) ? Est-ce que la Chine relancera dans dix ans (quand il y aura vraiment un marché intérieur, encore inexitant) la croissance mondiale ? Mais peut-on construire des thèses sur des espérances comme le font certains économistes ? On entend trop l’idée dans les médias que la crise est comme l’occasion d’un rebond vers autre chose (croissance verte, régulation, moralisation, une recomposition géographique d'un capitalisme toujours éternel…). Il y a carrément des gens qui pensent pas que le capitalisme est dans une phase de prospérité ou d’expansion (et la conscience capitaliste fétichiste fait bien sûr le court circuit de l'argent qui crée de l'argent à partir de lui-même) et que la crise doive être interprétée dans le cadre d’une thèse conspirationniste, comme relevant d’une stratégie du choc (Klein). Même si certes, la Grèce est aujourd’hui une sorte de laboratoire involontaire afin d’observer comment il est possible de faire supporter, et par qui, la résorption improbable du déficit public (ça fait 30 ans qu'il y a de la dette et du déficit public structurel, alors qu'au temps de Louis XIV les déficits n'existaient que pendant les périodes de guerre : la crise des Etats et de la politique doit être renvoyé à la crise de la valorisation). 2013 allez, controle de leur dette pour les Grecs !, mais même les économistes n'y croient pas.

Aujourd’hui c’est plutôt le comble, les prolétaires ne seront pas toujours plus nombreux comme le pensaient les marxistes, mais de moins en moins au contraire, et de plus en plus " superflus " pour la machine sociale de production irrationnelle. La perspective de se faire embaucher par une entreprise pour des couches importantes de population étant tellement réduite, les Français finalement s’auto-emploient, s’auto-exploitent, et la nostalgie écolo pour le commerce de proximité et le statut d’auto-entrepreneur se résument à recréer, à reconstituer la France des artisans, des petits commerçants et des petits industriels d’avant guerre. Comme dans le temps des années 30 où les patrons étaient bien plus nombreux qu’aujourd’hui. Peu importe la forme, pour le capitalisme et sa reproduction, les humains ne sont que des matériaux, des prestataires de travail abstrait alimentant la partie variable du capital, machinerie sociale située en extériorité par rapport à ceux qui en sont les supports, dont les relations sociales sont comme capturés dans une " cage d’acier " (Weber).

Quote:
Quelle est la contradiction interne au système capitaliste, dans son équilibre global, du moment qu'il y ait une homogénéité des comportements, en particulier des niveaux d'endettement ?


Je pense que ce qui se passe montre bien que l'endettement ne résout en rien la crise interne, non ? Pourquoi une crise alors (si on veut pas se rabbatre sur la supercherie superficielle de la thèse d'une crise accidentelle - la faute des banquiers, etc. - dans un capitalisme bien portant et éternel) ? Sinon tout devrait aller bien alors. Des Etats, des entreprises, des ménages sont très endettés dans le cadre d'une croissance qui fait " pschitt ". Il y 40 piteuses derrière nous, avec un chomage structurel et un endettement massif et tendanciel (certes certains pays sont créanciers). Les 1 million de français supplémentaire qui viennent en bout d’allocation chomage (400 000 réellement sans filet), il me semble que c'est par exemple des potentiels de crise supplémentaire. C'est la partie centrale du livre de Jappe qui développe la théorie de la crise. Je crois que Kurz en parle aussi ici La véritable barrière à la production capitaliste est le capital lui-même. Le mécanisme et la tendance historique des crises , en tout cas il revient dans ce texte sur la crise interne absolue.
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Last edited by Kobayashi on 19 Feb 2010 11:00; edited 1 time in total
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PostPosted: 19 Feb 2010 11:00    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Il n'y a donc pas dénonciation morale avec l'animosité que l'on connait, de la spéculation par exemple.


C'est vrai, mais dans cette théorie, on reste persuadé qu'il n'y a plus de grains à moudre par la machine capitaliste, qui semble devoir inventer comme des grains "fictifs" pour continuer à tourner (mal).

Au contraire on peut penser qu'un travail d'abstraction préparatoire à la construction de nouvelles marchandises a toujours existé sous le capitalisme, et que la finance n'est pas du vent, mais bien l'existence d'un dispositif de gestion qui se met lentement en place par investissement de formes abstraites touchant ici les flux d'argent.
Ainsi la grande industrie historiquement n'a-t-elle pas nécessité la création de grandes banques ?
Et l'informatique contrairement à l'idée que ça sert à supprimer des emplois, ne sert-elle pas à scander des flux toujours plus rapides étant donné, non pas l'épuisement de la création de valeur, mais au contraire son approfondissement et son affinement ?

En gros il me semble que la théorie est trop simple et trop héritée de Marx, d'une vision de la machine remplaçant le travail, qui lui n'aurait pas pu imaginer toutes les techniques qui se sont déployées après lui et de nouveaux types de marchandises. Par manque d'imagination ou d'anticipation, il est possible que ce soit pareil pour nous aujourd'hui et qu'on reforme ainsi cette idée d'une "crise tendantielle du taux de profit" alors qu'il n'en ait rien et que cette crise est plus conjoncturelle que tendantielle.

Or l'industrialisation ce n'est pas juste des machines qui remplacent l'homme, mais un appareil d'abstraction en amont créateur de forme rendant compatibles les choses et les hommes dans un même fonctionnement. Cet appareil d'abstraction n'est pas soumis aux lois de la valeur je pense. C'est par exemple un organisme de normalisation (une association de droit privé) dans lesquelles clients, fournisseurs et concurrents sont à une même table et construisent en commun des normes pour leur business et de nouveaux business soient possibles.

C'est dans ces enceintes qu'on créé de nouveaux grains à moudre pour l'économie, mais cela est absent des analyses de Krisis/Jappe qui donnent l'impression d'une technologie qui progressent toute seule sous l'impulsion de la loi de la valeur (et en fait de la concurrence, sans se demander vraiment ce qu'est vraiment cette concurrence je pense), et que dès lors tout ce qui ne dégage par de la valeur dans des transactions marchandes simples vendeur-acheteur (dyadique) domine toutes les autres institutions qui ne font que consommer cette création de valeur.
C'est absurde. A l'extrême (en exagérant) c'est au contraire la création de valeur qui ne fait que consommer des investissements de formes préalables (créant un ordre mais aussi de nouveaux désordres, donc de nouveaux grains à moudre...), dont les initiateurs sont autant les entreprises que toutes les autres institutions.

Deun
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Kercoz



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PostPosted: 19 Feb 2010 11:31    Post subject: Reply with quote

////Cet appareil d'abstraction n'est pas soumis aux lois de la valeur je pense. C'est par exemple un organisme de normalisation (une association de droit privé) dans lesquelles clients, fournisseurs et concurrents sont à une même table et construisent en commun des normes pour leur business et de nouveaux business soient possibles.///
En prenant un peu de reculk , on s'aperçoit que ce système (technologie , commerce , économie), permet une action de pouvoir sur les individus , aussi bien a distance que dans le temps .
La présence physique n'est plus nécessaire . La domination passe par l'acceptation , la soumission , donc l'aliénation.
Cette notion de "pouvoir" est peut etre primordiale pour le système . Elle dépasse l'interet de l'individu .
Il , y a pour moi , l'emergeance d'une entité a but egoiste non concordant aux buts humains
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Kobayashi



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PostPosted: 19 Feb 2010 11:38    Post subject: Reply with quote

Si, le grain à moudre existe quand le capital peut consommer du travail de manière rentable, des pays-usine sont en plein boom par exemple (mais clairement dans l'industrie automobile l'industriel perd de l'argent à l'unité, c'est une industrie de volume, comme très souvent). Mais pourquoi le capital s'est mondialisé de manière considérable ces dernières décennies, justement parce qu'il n'y a plus de travail rentable à exploiter dans d'autres pays. De plus, regarde ci-dessous le premier texte de Kurz sur le capital porteur d'intérêts et les différentes notions de " capital fictif " (j'ai vraiment pas développé dans ma réponse, car ce qui est écrit là, correspond bien à ce que je pense), la finance c'est pas que du vent. Cela peut être les deux, cela va dépendre. Quand la marchandise capital argent fait sa fonction de capital (le capital n'est pas une simple somme d'argent car il est rapport social), par exemple.

Ta thèse sur l'informatique, je sais pas, il faudrait des chiffres précis, développer une étude là dessus surtout que tu as un bon angle d'expérience là-dedans. Chiffres en termes de destruction d'emplois par exemple. Approfondissement ? mais je sais pas si des trucs ont été écrits là dessus.

Après, ta thèse sur l'industrialisation, sur la normalisation, le droit de manière plus générale, je te suit pas, mais je le discute pas maintenant. C'est penser il me semble que le capitalisme est dans une phase d'offensive (où ça depuis 40 ans ?) et que nous avons là une simple petite crise conjoncturelle avant une reprise formidable, tout est donc paisible, il suffit de lutter (elle est alors là la contradiction fondamentale). Sinon c'est un bon et gros débat sur la norme, le droit que tu avances, mais il faut que la discussion que je te ferait soit bien posée clairement si je veux me faire comprendre. J'ai commencé à écrire un texte sur la compréhension du droit et de la norme chez Pasukanis à partir de Vincent comme je t'avais dit, mais le libraire ne m'a encore rien envoyé.

Quote:
et que dès lors tout ce qui ne dégage par de la valeur dans des transactions marchandes simples vendeur-acheteur (dyadique) domine toutes les autres institutions qui ne font que consommer cette création de valeur. C'est absurde. A l'extrême (en exagérant) c'est au contraire la création de valeur qui ne fait que consommer des investissements de formes préalables (créant un ordre mais aussi de nouveaux désordres, donc de nouveaux grains à moudre...), dont les initiateurs sont autant les entreprises que toutes les autres institutions.


Tu peux le dire autrement (sinon c'est pas les transactions qui créent de la valeur, tu veux parler du " travail improductif " au sens de la reproduction capitaliste non ?).

Quote:
Marx ne se contente pas de développer de façon précise la notion de capital porteur d’intérêts à partir de la notion même de capital et dans sa relation réelle avec le capital productif, capital « faisant fonction de capital », mais il montre également comment cette relation se présente « à l’envers » dans le processus de reproduction capitaliste et dans sa vraie dynamique de crise. Le seul fait que la vente du capital argent en tant que « marchandise en soi » (dans les différentes formes de crédit) et sa restitution avec les intérêts ajoutés soient dissociées aussi bien dans le temps que dans l’espace, et que le rapport interne avec le processus de production réel du capital ne soit plus immédiatement visible, permet de conclure, hors l’apparence idéologique de la perception déformée du capital fétiche, à une potentialité de crise propre à travers la constitution d’un « capital fictif ». On parle de capital fictif ou de bulle financière quand le capital porteur d’intérêts s’ajoute positivement à l’actif du créditeur ; ce dernier peut effectuer des opérations (par exemple : l’engager comme garantie pour d’autres transactions). En réalité, le capital argent prêté n’a pas été utilisé par le débiteur dans le circuit productif du capital faisant vraiment fonction de capital (qui utilise réellement de la force de travail) ou cette utilisation n’a pas été suivie d’effet. A la différence de l’époque de Marx, cette conjoncture peut également se présenter aujourd’hui sur le plan du crédit à la consommation octroyé à des travailleurs salariés, comme de nombreuses victimes contemporaines n’en ont que trop bien fait la triste expérience : l’argent prêté – qui est toujours du capital argent (parce que porteur d’intérêts) du côté du créditeur, même s’il n’est dépensé que pour la consommation – a toujours eu pour condition aussi tacite qu’absolue que la force de travail du débiteur soit utilisée dans le circuit productif du capital et que son salaire lui permette à la fois de rembourser le principal à tempérament et de verser les intérêts. Dans le cas du chômage imprévu entraînant une forte diminution des revenus, ce processus nécessaire est interrompu. Ce phénomène ne se manifeste pas tout de suite, mais seulement après un certain temps d’incubation. Dans le cas d’un crédit à la consommation, nous avons affaire à une simple analogie avec le vrai grand capital de prêt. Ce dernier est prêté par différents canaux et sous diverses formes au capital « faisant fonction de capital » des entreprises afin qu’elles puissent transformer la force de travail en production. Mais naturellement les mécanismes sont toujours les mêmes. Ils valent également pour l’Etat qui emprunte de l’argent aux marchés financiers (dans la mesure où il n’exploite pas luimême des entreprises commerciales) en tant que simple consommateur, de grand consommateur au niveau de l’ensemble de la société. Ce qui, pour le travailleur salarié, est le revenu provenant de la vente de sa force de travail au capital « faisant fonction de capital » pour pouvoir financer sa dette, est pour l’Etat le revenu provenant des impôts, par lesquels il
absorbe toutes sortes de revenus financiers et de bénéfices du capital « faisant fonction de capital ». Dans chacun des trois cas suivants, la connexion du crédit avec le processus de reproduction réel du capital peut se rompre, sans que les effets inévitables se fassent immédiatement ressentir : dans le cas du crédit à la consommation accordée au travailleur
salarié qui se retrouve au chômage, dans le cas de l’Etat qui s’endette au-delà de ses ressources fiscales possibles et susceptibles d’être soutirées à la société (ou à la suite de processus de crise interrompant inopinément les rentrées fiscales escomptées), mais surtout dans le cas du capital « faisant fonction de capital » lui-même, quand le profit prévu est inférieur à la dette à servir. A chaque fois, l’heure de vérité, c’est-à-dire l’éclatement de la bulle, peut être retardée en reculant l’échéance du remboursement (dans l’espoir de jours meilleurs pour le créditeur comme pour le débiteur), donc en contractant de nouveaux emprunts, afin de pouvoir payer les précédents. L’abîme qui sépare le capital argent pour
lequel il faut payer des intérêts et le processus de production réel du capital menace alors naturellement de se creuser, parce que l’endettement entre dans un cercle vicieux et que la dette initiale atteint logiquement un montant astronomique sans aucune base productive.
L’analyse de Marx fait une claire distinction : quand le capital productif d’intérêts passe vraiment par la production de capital « faisant fonction de capital » et qu’il perçoit réellement le fruit supplémentaire que représente l’intérêt, il s’agit d’une composante positive quoique transmise – du processus d’accumulation capitaliste globale ; quand ce rapport est
déjà rompu, mais que cette rupture n’est pas encore accomplie, donc que les crédits, traites et autres, en réalité « en bois », ou les pertes non réalisées peuvent encore figurer à l’actif (par ignorance ou par intention) comme si ces sommes continuaient à constituer une fortune existante et croissante, bien qu’ayant perdu toute substance, dans ce cas, il s’agit alors de capital fictif ou, en quelque sorte, de capital producteur d’intérêts appauvri.

Marx développe une seconde notion de capital fictif analogue à partir d’un secteur spécifique du capital financier : celui des marchés boursiers. La « capitalisation des espérances » (perspectives de futurs profits) réalisée en haussant les cours des valeurs constitue de prime abord un capital fictif, parce qu’il n’existe plus ici aucun rapport substantiel avec un processus de production capitaliste réel (à la différence du dividende qui
correspond logiquement à l’intérêt du capital argent pur, c’est-à-dire qui représente une quotepart déduite du profit réel de l’entreprise). Tant que cette constitution spécifique de capital fictif s’effectue parallèlement au processus d’accumulation réel, elle peut être rattrapée par ce dernier à tout moment ; mais dès qu’elle s’envole et prend des dimensions excessives, on se retrouve en face d’une bulle financière analogue au capital fictif de crédits sans provision c’est-à-dire une fausse accumulation obtenue par des opérations effectuées avec des valeurs sans substance qui finiront bien par ne plus être couvertes un jour ou l’autre (coup
d’accordéon). Le capitalisme vit quotidiennement de tels processus à petite échelle. Il arrive constamment que la relation entre le capital réel et le capital financier se rompe d’un point de vue ou d’un autre, que de petites bulles financières se forment çà et là, que des traites ne
soient pas honorées, des crédits restent en souffrance, des débiteurs insolvables fassent faillite – trop souvent en même temps que leurs malheureux créanciers. Tout cela fait partie du cours tout à normal et puant des affaires et compte parmi les risques et effets secondaires de la
reproduction capitaliste, dans laquelle la logique élémentaire intrinsèque de la « valorisation de la valeur » sous-jacente, trouve à se faufiler à travers les nombreuses formes de transmission contradictoires. L’affaire ne devient un problème social général que lorsque les valeurs du capital fictif provenant de crédits sans provision qui ont rompu avec la création de
valeur réelle du capital « faisant fonction de capital » d’une part, et les valeurs boursières purement spéculatives (ou valeurs immobilières, etc.) ou les dettes de l’Etat, d’autre part, dépassent une certaine masse critique. Ce qui est toujours le cas quand l’immobilisation interne de l’accumulation réelle décrite par Marx dans son analyse de la crise 1 se produit à l’échelle de la société, par conséquent quand la production capitaliste ne peut plus absorber de façon rentable suffisamment de force de travail humain, en raison de sa propre contradiction interne et de ses propres lois. Mais cet obstacle interne ne se voit pas immédiatement, parce que les « sujets économiques », les entreprises, les Etats, et les ménages, continuent à surnager pendant un temps en s’endettant et en constituant un capital fictif, pendant que leurs profits, revenus, etc., réels régressent ou stoppent totalement ; ou bien parce que le capital
argent, qui existe à côté et en même temps, afflue sur les marchés boursiers au delà de toute proportion et y constitue également un capital fictif qui n’est qu’une bulle spéculative ; l’inévitable crise se trouve alors d’autant retardée, mais d’autant aggravée que le capital fictif constitué est conséquent. De ce fait, quand la crise finit par émerger, elle a le plus souvent l’aspect d’une crise purement monétaire, financière générale et d’une crise du crédit, bien qu’en réalité elle soit due à la barrière intérieure du capital productif. D’où également l’habituelle confusion populiste des causes et des effets, dès que la crise se manifeste visiblement (on préfère crier haro sur les spéculateurs que formuler une critique émancipatrice du mode de production capitaliste).
La théorie et l’analyse marxistes du capital porteur d’intérêts et du capital fictif issu de cette logique ne sont guère moins actuelles que le pronostic de mondialisation prononcé par leur auteur, pour la simple raison que les deux processus sont pareillement et complémentairement issus de la tendance à la crise inhérente au capital. La fuite du capital « au-dehors », sur les marchés mondiaux, correspond à la fuite vers le « haut », sur les
marchés financiers découplés du processus de production réel. Ces deux processus se conditionnent réciproquement et s’interpénètrent. La constitution du capital mondial immédiat dans la concurrence de crise mondiale non filtrée va de pair avec l’apparition d’un marché
financier mondial non filtré, d’un endettement mondial exorbitant et d’une bulle mondiale de capital fictif. C’est en cela justement que l’on voit s’annoncer la possibilité d’une crise financière mondiale prochaine d’un impact non comparable à celui d’aucune des précédentes crises financières de ce type. Ceci principalement parce que le capital financier n’a jamais aussi largement dépassé le cadre économique national et que sa crise ne peut désormais qu’éclater immédiatement et à l’échelle mondiale. Pour comprendre les mécanismes de cette évolution qui échappent autant aux banquiers mondiaux et aux analystes financiers
contemporains qu’à leurs prédécesseurs : plus que jamais, reportons-nous à Marx ! Les textes qui suivent sont en majeure partie tirés des fragments du 3e livre du « Capital », mais ils sont parfois présentés dans un ordre différent pour des raisons de cohérence logique et de
meilleure intelligibilité.

Robert Kurz, décembre 2000 pour l’édition allemande.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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PostPosted: 22 Feb 2010 10:27    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Ta thèse sur l'informatique, je sais pas, il faudrait des chiffres précis, développer une étude là dessus surtout que tu as un bon angle d'expérience là-dedans. Chiffres en termes de destruction d'emplois par exemple. Approfondissement ? mais je sais pas si des trucs ont été écrits là dessus.


Il me semble que ce serait plutôt à ceux qui défendent les thèses de Krisis d'avancer des chiffres, non ?

Ce sont eux qui avancent et répètent publiquement que la "révolution informatique et électronique" nous a fait passer à une ère nouvelle, qui se traduit par des destructions d'emplois.

On peut montrer d'une part que l'informatique augmente la productivité des entreprises. Cependant dire que l'informatique contribue a une destruction globale des emplois (au niveau mondial), c'est beaucoup moins simple à prouver.

Dans "La transformation des cultures techniques" Bruno Lefebvre montrait le rôle de l'informatique dans la délocalisations d'emplois, par le fait que l'informatisation passe toujours part une formalisation/normalisation des savoirs-faire échappant initialement au management, qui peuvent alors être vendus et transférés ailleurs.

Les conclusion de Krisis supposent d'isoler la variable productivité alors que l'amélioration de productivité résulte d'investissements dont les contributeurs dépassent la frontière de l'entreprise, pour inclure bien-sûr ses fournisseurs, mais aussi le domaine public et la société en général.
C'est d'ailleurs là un argument central de certains défenseurs du revenu garanti ou encore de la sécurité sociale professionnelle, qui vont valoir que cet investissement vaut au niveau de l'individu lui-même, par le fait que sa contribution à la production excède le simple périmètre du salariat.

Tout en étant opposé à cette manière de résoudre le problème que pose la marchandisation, il me semble que la difficulté grandissante (mais qui pour l'instant est loin d'être insupportable pour la machine) de pouvoir rémunérer le travail à la façon du salariat a devant elle pas mal d'experts qui trouveront des solutions techniques (ils ne faut pas les sous-estimer ni penser que la "contradiction" du capitalisme que soulève tous ces textes de Krisis soit méconnues et le débat sur le progrès technique nouveau).

En effet le fonctionnement du salariat isole des moments productifs des moments improductifs, de sorte que seuls les moments productifs sont rémunérés (et dits créateurs de richesses), tandis que les autres moments sont dits consommateurs de ces richesses.
A mon sens il ne s'agit là que d'un jeu d'écriture (au niveau comptable), à partir du moment où l'on a en tête l'interdépendance de ces différents moments.

Le fait est que, par contre, les gains de productivités qu'il est possible d'obtenir le plus simplement sont le fait de secteurs économiques particuliers, où un travail d'investissement de forme a été déjà été entamé depuis plusieurs siècles (agriculture, biens manufacturés).
On voit cependant que cet investissement de forme travaille maintenant d'autres secteurs, l'hôpital par exemple, mais aussi progressivement un grand nombre de professions intellectuelles qui étaient jusque là du bon côté du manche (la recherche par exemple).

Il n'y a franchement aucun déterminisme qui oblige les sociétés à renoncer au capitalisme, dès lors qu'il sera devenu manifestement impossible de maintenir une comptabilité particulière du travail abstrait. Je vois plutôt l'économie comme une grosse horlogerie dont de temps en temps on change quelques pièces pour la faire tourner plus vite. On peut vraiment douter que tous ceux qui sont au chevet de cette horlogerie attendent qu'elle se détraque.
En la matière c'est sans doute à gauche, chez les plus contestataires, qu'on trouvera les meilleurs modes d'emploi ?

D
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