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Qu’est-ce qu’un « rapport social manifeste » ?

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 06 Jul 2010 13:06    Post subject: Qu’est-ce qu’un « rapport social manifeste » ? Reply with quote

Postone décrit la spécificité des sociétés capitalistes comme ceci : « c’est le travail lui-même qui constitue une médiation sociale et non des rapports sociaux non déguisés » (1). Au contraire, « dans les sociétés non capitalistes, le travail est distribué par des rapports sociaux manifestes. »

Cette proposition comporte deux problèmes :
    1) Quel est le sens précis de la notion de « rapport social manifeste » ou « non déguisé »
    2) Sur quelles observations repose-t-elle ?



1) La réflexion porte sur la façon dont les hommes entrent en relation. Postone affirme que dans les sociétés capitalistes cette mise en relation passe par le travail lui-même. Autrement dit, par le simple fait d’accomplir un travail, un humain se met en relation avec les autres. Cette mise en relation ne se fait pas à partir de relations sociales en tant que telles, mais par le travail lui-même. On peut se représenter la chose en visualisant un moule dans lequel on fait fondre une pièce mécanique en métal : en entrant dans le moule, la matière prend la forme du moule et se rendra ainsi compatible avec d’autres pièces formant un mécanisme plus vaste. La matière n’a pas besoin de connaître le plan selon lequel la forme (donnée par le moule) permettra sa mise en relation avec les autres pièces.
Ainsi, au travailleur, il ne lui incombe que de déployer sa force de travail dans un cadre préexistant, ce qui suffit à l’insérer dans la vaste mécanique sociale.

Cela sous-entend chez Postone une distinction forte qui pose à mon avis problème :
    - L’opération technique comme activité instrumentale (le travail concret)

    - La mise en relation des opérations techniques, son organisation, son découpage, son objectivation... tout cela n'étant pas rattaché au travail concret, mais relégué dans une vision d'un automatisme désincarné et concurrentiel agissant à partir d'une mise en forme de ce travail concret, conceptualisé sous le terme de travail abstrait.


Ce dernier point ne semble pas pensé chez Postone. Du moins il y a une confusion assez grande du fait que le concept qui pourrait servir à cela, le travail abstrait, est une notion aux contours forts larges :

    a - le travail abstrait comme médiation (mise en relation indirecte)

    « La fonction du travail en tant qu'activité socialement médiatisante est ce qu'il appelle le « travail abstrait »


    b - le travail abstrait comme mode d’accès aux marchandises (ou au produit du travail d’autrui)

    « Dans la société déterminée par la marchandise, les objectivations du travail sont le moyen par lequel on acquiert les biens produits par d'autres ; on travaille pour acquérir d'autres produits. »


    c - le travail abstrait comme s’objectivant dans la valeur (ou comme créateur de valeur)

    « La valeur est, elle, l'objectivation du travail abstrait. »


    d - le travail abstrait comme facteur de totalisation par dissolution des singularités

    « Mais le travail, en tant que travail abstrait, n'est pas seulement socialement général en ce sens qu'il constitue une médiation entre tous les producteurs ; la médiation a elle aussi un caractère socialement général. »
    « Chez Marx, la catégorie de travail abstrait exprime ce processus d'abstraction social réel ; elle ne se fonde pas seulement sur un processus d'abstraction conceptuel. »



On voit à travers ces 4 définitions d’une même notion comment Postone arrive à faire jouer au travail autant de rôles différents. Qui sont ici 4 fonctions/rôles : médiation, distribution des marchandises, formation de la valeur (commensuration généralisée via l’argent), relation du local au global.

2) Le problème est qu’en ayant dissocié radicalement l’opération technique de ces 4 rôles, on a là un présupposé qui ne peut conduire qu’à dire que ces 4 rôles échappent aux humains. Dans ce schéma explicatif, les humains sont incapables de prendre pied dans les relations concrètes qu’ils ont entre eux pour prendre à leur charge ces rôles. Ils reçoivent de l’extérieur les contraintes découlant de fonctions que le théoricien a dès le début exclu de leur domaine d’intervention.
Ces relations concrètes, les « rapports sociaux manifestes » ou « non déguisés » ne leur servent à rien, du moins ces relations sont extérieures à la sphère économique dans laquelle ces 4 fonctions sont réalisées. Elles n’ont pas d’influence majeure sur celle-ci.

Le problème est que la mise en relation des opérations techniques n’est pas extérieure à ce que Postone appelle le « travail concret ». Postone hérite d’une vision où le travailleur est un simple exécutant d’une tâche dont l’assemblage est déjà préparé par d’autres, avec qui il n’a aucune relation concrète.

Pourtant, les 4 fonctions que Postone décrit comme extérieures au travail concret font pleinement partie des activités professionnelles modernes, quand bien même elles sont diversement distribuées selon les secteurs économiques ou la qualification des travailleurs.

Notre problème n'est-il pas que ces tâches d'organisation et de distribution du travail soient justement pleinement constitutives du travail concret, entendu entre autre comme la sphère contenant des tâches routinisées et objectivées ?

Néanmoins, on peut convenir de l’importance d’une forme générale abstraite donné au travail (que l’on peut rattacher à la notion de travail abtrait), ainsi que l’illimitation ouverte par la mise en rapport d’un foncteur général (l’argent) et de formes générales par lequel les travaux sont rendus commensurables à la fois par la gestion et par la concurrence (2).

Pourtant, la théorie de Postone semble trop peu précise, pour finir par arriver trop rapidement à une conclusion sans nuance. Ainsi le champ des « rapports sociaux manifestes » n’est-il pas trop large pour constituer un point d’ancrage solide à partir duquel on pourrait caractériser et critiquer les sociétés modernes ? En effet, dans cette catégorie on trouvera l’ethos des catégories de travailleurs oeuvrant (plus ou moins) consciemment dans le sens d’instruments concrets permettant la mise en forme abstraite des travaux. Pour en tenir compte il faudrait retarder la conclusion de rapports sociaux réifiés, et considérer que travail concret et travail abstrait ne devraient pas être analysés séparément.


__

(1) « Travail abstrait et médiation sociale » extrait de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Mille et unes nuits, 2009
[trad.1993], pp.221-235
(2) Pour une analyse de la gestion et du marché comme s’alimentant mutuellement cf le texte « Forme marchande et gestion » http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=8323
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 08 Jul 2010 16:23    Post subject: Reply with quote

Y'a pas 4 définitions du travail abstrait,qui doivent pas être comprises je crois comme des " rôles " ou des " fonctions ", et tout cela est une même chose et seule chose vue de différents angles. En fait, y'a pas un travail abstrait existant en lui-même et qui aurait alors une fois posé soi disant 4 fonctions. C'est parce qu'il est socialement médiatisant qu'il a un caractère abstrait, mais on peut pas le voir de manière fonctionnaliste (c'est-à-dire à partir de quelque chose de déjà posé). C'est la relation concrète des individus entre eux, qui constituent l'abstration, par le positionnement d'une activité socialement médiatisante comme constitutive des rapports sociaux. Le rapport est fétichiste (déguisé), car il y a ce positionnement d'une activité séparée du reste de la vie comme constituant les rapports sociaux, qui fait que parler simplement d'activité individuelle concrète est une naturalisation complète du travail. Y'a pas dans le travail d'un côté des relations concretes, et de l'autres des relations abstraites. Tout travail (la marchande de légumes, l'artisan, etc) est à la fois concret et abstrait, pas dans des moments séparés (une mise en forme abstraite du travail comme tu sembles penser), mais dans un même instant. Le concret visible et empirique est simplement le porteur de l'abstrait-invisible, que l'on ne voit pas, mais que le concret constitue de manière réflexive en ce mettant dans le positionnement d'une activité socialement médiatisante. C'est ça je trouve l'essentiel à bien comprendre. Le travail n'est pas une opération concrète qui serait extérieurement à elle même (par un soit disant " travail abstrait " compris de manière fonctionnaliste), mise en forme abstaite de manière concrète, au retrouve là en fait le marxisme du travail qui pensait que le gentil travail était capturé par les méchants dispositifs du capital, et alors vive la libération du travail enfin déparrassée de la mise en forme captaliste ! Pour moi, on peut plus voir les choses comme cela... il faut sortir du vieux cadre interprétatif, terriblement naturalisant. Le travail est en lui-même, dans son double caractère, le noyau capitaliste.

Quote:
Pourtant, les 4 fonctions que Postone décrit comme extérieures au travail concret font pleinement partie des activités professionnelles modernes, quand bien même elles sont diversement distribuées selon les secteurs économiques ou la qualification des travailleurs.

Notre problème n'est-il pas que ces tâches d'organisation et de distribution du travail soient justement pleinement constitutives du travail concret, entendu entre autre comme la sphère contenant des tâches routinisées et objectivées ?

Je comprends pas pourquoi tu dis cela en parlant de Postone ? L travail a deux faces, et ces deux faces sont ensembles, en interrelations. Bien sûr que l'assemblage d'opérations technique c'est le travail concret, pourquoi dire autre chose ? Il me semble que tu te focalises sur ce texte " travail abstrait et médiation sociale " qui est au milieu du livre. C'est une étape où tu as raisons Postone veut analyser avec raison séparément travail concret et travail abstrait en les distinguant. Mais tout prend son sens après, dans les interrelations, c'est ensuite dans les chapitres de fin qu'il recompose la catégorie Sujet du capital et la trajectoire de la production.

Quote:
" Jusqu'ici, j'ai mis l'accent sur la centralité de la notion de double caractère des formes sociales fondamentales de la société capitaliste, dans la théorie critique de Marx, et j'ai tenté d'expliquer la nature de la dimension de valeur de ces formes (travail abstrait, valeur, temps abstrait) et ce qui les distingue de leur dimension de valeur d'usage (travail concret, richesse matérielle, temps concret). A présent, je peux passer à l'examen de leurs interrelations. La non-identité de ces deux dimensions ne constitue pas simplement une opposition statique, bien au contraire, sous le capitalisme, les deux dimensions du travail, en tant qu'activité productive et en tant qu'activité socialement médiatisante, se déterminent l'une l'autre de manière à engendrer une dynamique dialectique immanente (TTDS, p. 422)

En fait le bouquin commence là. C'est là que tu trouveras le dévellopement expliquant ce que tu cherches à expliquer autrement. A suivre
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
Posts: 967
Location: bordeaux

PostPosted: 08 Jul 2010 17:46    Post subject: Reply with quote

Il me semble que dans vos réflexions , vous sautez des étapes qui peuvent donner de clefs sur les perversions ou déviances des modèles actuels .
Le "travail" est une activité physique energetique destinée chez l' animal a satisfaire un besoin. Le "besoin " est un "manque" et la récompense du comblement de ce manque procure un "plaisir". Ce plaisir etant donc le moteur initiant le travali .
On voit donc qu'originellement la demande précède l'offre . On ne travaille que qd on a faim ou froid . pas avant .
Le fait , lors d'une socialisation, d'inverser l'offre et la demande , c'est a dire de préméditer le besoin "a venir" , est une transgression forte de l'instinct primaire , me semble t il.
On peut aussi considérer une évolution lente et progressive de ce changement de procédure . L'agriculture impose un ou des projets , des pré-visions cycliques saisonniers . Mais a ce stade, on n 'eloigne pas trop l'acte de satisfaire et la satisfaction . Le "travail" a encore un sens et un rapport objectif. La qualité du travail est en rapport avec la qualité quantité des satisfactions ; S'il y a échanges ou glissements , ou partage suite a une procédure groupée imposant une pré-vision (fabrication collective d'une barque ou d'un filet)...le but est visible , a portée d'imagination.
Il n'y a pas déconnexion entre l'activité et son résultat ,et souvent on attend le besoin avant l'acte travail.
Déconnecter ce rapport affectif lié a des satisfactions fortes , vitales, pour transferer sur une activité vide de sens , des activités fortement chargés d'affect sociétaux me semble désorienter l'individu et desenchanter l'activité physique .
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Guest






PostPosted: 10 Jul 2010 23:24    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Le concret visible et empirique est simplement le porteur de l'abstrait-invisible, que l'on ne voit pas, mais que le concret constitue de manière réflexive en ce mettant dans le positionnement d'une activité socialement médiatisante. C'est ça je trouve l'essentiel à bien comprendre


D'accord.
Mais pour que ce soit vraiment clair pour tout le monde, il faudrait pouvoir décrire l'activité du boulanger qui ne serait pas soumise à ce dont on parle ici (double aspect du travail concret et abstrait). Qu'est-ce qu'un rapport social manifeste ?

Ou pour le dire autrement : qu'est-ce qui dans les sociétés capitalistes fait que l'activité de subsistance n'est pas distribuée selon des rapports sociaux manifestes ?



D
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