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Politique et implication

 
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kazh ar c'hoad



Joined: 23 Dec 2008
Posts: 131
Location: Pays de St Brieuc (22)

PostPosted: 05 Oct 2010 21:11    Post subject: Politique et implication Reply with quote

Un texte que j'ai écrit récemment et que je soumets à vos critiques :


Politique et implication

"Je ferai aimablement remarquer aux hommes politiques qui me prennent pour un rigolo que ce n’est pas moi qui ai commencé." Coluche

On assiste de nos jours à un rejet de la politique. Ce rejet, ou à tout le moins cette méfiance, étend son emprise sur une part importante de nos contemporains, et en particulier chez une partie des militants « alternatifs ». Parmi ceux(elles)-ci en effet, se développe une attitude visant à échapper à des actes militants perçus comme étant politiques et se caractérisant en général par le passage par la théorie, la confrontation, l’élaboration de principes par l’échange d’idées et d’appréhensions du vécu afin d’établir les bases d’une construction sociale alternative, d’un « vivre ensemble » en rupture radicale avec l’ordre dominant.

Il y aurait bien des causes à invoquer afin de tenter d’expliquer cet état de fait. Au delà d’une volonté de ne plus vouloir « se prendre la tête » avec les discussions interminables qui émaillent bien souvent la vie des organisations dites politiques, il apparait en considérant l’ancrage du capitalisme dans nos pensées, que cette attitude repose sur certains caractères « sociaux » propres à nos sociétés occidentales dans l’état actuel de leur développement. Ceux-ci peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs liés au développement actuel du capitalisme en ce début de 21ème siècle. Mais auparavant, encore faut-il s’entendre sur le sens donné au mot politique, sur ce que l’on peut invoquer en faisant appel à ce concept en fonction du sens et de la forme de la critique que l’on formule en considérant notre monde.

Politique, quelle définition ?

Le capitalisme, s’il se structure autour de catégories telles que la marchandise, la valeur, le travail, appuie aussi grandement sa domination sur le langage, et plus particulièrement sur la forme qu’il donne à celui-ci. D’un point de vu sémantique, nous pouvons dire que les mots, dans leur sens même, ont eu à subir une réalité structurelle aliénante ayant fini par faire de ceux-ci des alliés pour la conquête des esprits, et des corps. C’est la réalité même qui se construit par les mots et le sens qu’on leur donne. S’en suit une vision du monde et des choses qui entre en adéquation avec la nécessité du développement de l’emprise des marchandises sur nos vies et de tout ce que cela implique. Le terme « politique » n’échappe pas à cette emprise. Ce qu’il évoque lorsqu’il y est fait référence se rapproche systématiquement de la notion de pouvoir et de sa conquête en nos sociétés dites « démocratiques ». Mais pas uniquement de pouvoir car le néo-libéralisme a su faire en sorte que le mot « politique » se rattache aussi spontanément à la notion de gestion. Gestion de la société, de la vie, dont la pratique est devenue indispensable à la progression sans fin de la folie capitaliste.

Il est donc important de se préoccuper de savoir par rapport à quel sens l’on se réfère afin d’établir une critique d’une notion devenue aussi éloignée de nos vies quotidiennes que celle de la politique.

Selon Wikipedia, le terme politique recouvre trois sens :

« La politique en son sens plus large, celui de civilité ou Politikos, indique le cadre général d’une société organisée et développée. Plus précisément, la politique, au sens de Politeia, renvoie à la constitution et concerne donc la structure et le fonctionnement (méthodique, théorique et pratique) d’une communauté, d’une société, d’un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d’autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualités et/ou de multiplicités. C’est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s’élargissent à tous les domaines d’une société (économie, droit, sociologie et cetera) Enfin, dans une acception beaucoup plus restreinte, la politique, au sens de Politikè, ou d’art politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir. » Encyclopédie Wikipedia

La politique, au contraire de ce qui est invoqué par certain de ses détracteurs et opposants, n’implique donc pas forcément une relation au pouvoir dans le sens où elle peut être effectivement un art séparé de la vie sociale de la classe exploitée visant à rabaisser au maximum toute possibilité d’émancipation de celle-ci. La politeia n’implique pas forcément la politikè. Il n’y a aucune fatalité dans le processus engendrant un pouvoir centralisé à partir d’une vie politique séparée au sein d’une société humaine organisée. Ceci dit, la menace existe constamment, qui n’est pas forcément lié à l’existence en elle-même de l’organisation politique des communautés. D’ailleurs, ces dernières ont su bien souvent trouver des parades face au risque qu’a toujours représenté une prise de pouvoir d’une oligarchie quelle qu’elle soit, vis à vis de la vivacité d’une société et de la liberté de ses membres. Une des façons de se prévenir de velléités et d’ambitions excessives est justement de renforcer le fonctionnement politique (réflexions, résolution des conflits, prises de décisions en tenant compte de chaque position, renforcement de la démocratie...). Et c’est dans ce sens que le concept de politique est invoqué dans ce texte, dans le sens d’une politeia compatible avec l’exercice d’une démocratie apte à socialiser le pouvoir, à libérer de façon égalitaire la puissance d’agir en adéquation avec la réalité, à s’appuyer sur une connaissance et une critique de nos situations afin d’impulser une dynamique émancipatrice. Une émancipation qui tourne le dos à ce que l’ordre établi présente comme étant réaliste en ayant galvaudé le sens des mots afin qu’ils puissent désigner ce qui a trait à son intérêt.

Le chien haïssait son maître

Si la politique est de nos jours l’objet de tant de ressentiments, la cause en est probablement dans ce qu’elle sous-entend aujourd’hui : la compétition infâme pour le pouvoir oligarchique qui se cache derrière le paravent d’illusoires débats d’idées. C’est en effet quasiment le seul sens qu’elle a su garder dans le système capitaliste. Et ce sens est parfaitement en adéquation avec l’idéologie fondatrice de cette société (1). C’est pourquoi la « politique » vue sous cet angle, dans la mesure où elle en vient à viser une sortie du capitalisme en utilisant ses outils de représentation et de gestion (ce qu’il lui reste comme prérogative, nécessaire à la bonne marche du système), ne pourra jamais que re-considérer le « développement » sans aucune chance réelle d’en annihiler ses effets aliénants et dés-humanisants. La désillusion ayant fait suite à la vivacité politique des années de contestations (1960 – 70) ainsi que la remise en cause des utopies nées durant cette période n’incitent pas à renouer avec la dialectique politique et radicaliser la critique afin d’échapper au conformisme institutionnel. Dans un contexte d’urgence aggravé par un monde du zapping et de la vitesse, et de désengagement des individus dé-socialisés, apparait l’attente et l’angoisse de résultats immédiats et efficaces (illusion d’efficacité, au moins à long terme !) chez ceux(celles) dont les préoccupations militantes ne sont plus d’analyser les causes profondes de la débâcle mais de tâcher de parer aux diverses destructions générées par le capitalisme aux abois. Parce que la politique n’est pas pensée comme ce qu’elle devrait être, elle apparait comme une perte de temps, un luxe de la palabre que nous ne pourrions plus nous permettre en ces temps pressés.

Dans un contexte de repli sur soi, d’individualisation exacerbée par la technologie (ainsi que par la publicité, le sport, etc), renforçant par là-même l’emprise du capitalisme dans les esprits, le rejet de cette forme de politique (politikè) ne vient pas contredire les plans de ceux qui se donnent encore l’impression de tirer les ficelles d’un monde dirigé par la tyrannie de la marchandise, mais à leur avantage ! Cette situation leur laisse les mains libres afin d’accompagner le capitalisme dans son expansion obligée ; un minimum d’assentiment populaire, celle-ci provenant des classes relativement favorisées, leur suffisant.

Comme l’individualisation, d’autres comportements sont favorisés, engendrés, mis en exergue par la société actuelle afin de renvoyer chacun(e) à son petit combat égocentrique et nécessaire pour sa survie......et sa réussite « sociale ». L’individu est ainsi positionné au sein d’une illusoire autarcie, rompant par le fait avec tout intérêt à la vie publique, aux nécessités des liens sociaux, à l’enrichissement culturel et relationnel indispensables à l’accession à l’autonomie, facteur d’émancipation personnelle et collective (2).

Un des caractères qui est peut-être le plus marquant parmi ceux présent dans l’esprit des personnes en nos sociétés occidentales, est le réflex de consommateur qui finit par diriger nos choix par suite du martèlement publicitaire et médiatique accompagnant notre « progression » dans le monde de la concurrence. Et ce réflex, nous l’avons aussi vis à vis du monde du politique (mais aussi syndical, associatif, coopératif comme nous le verrons plus bas), ce qui peut paraitre paradoxale avec le rejet actuel, ou au moins avec le désintérêt dont en fait preuve la population pour une large part. C’est que, comme des oisillons dans leur nid, nous sommes en attente de résultats, de moyens, de nourriture afin d’alimenter nos autonomies de pacotille et notre besoin pathologique de particularisation au sein de la masse uniforme des e-humains créée par l’imagerie dominante (rationalisation, standardisation de l’individu). L’asservissement soft à une vie et une conduite standardisée crée une situation de dépendance quasi toxicomanique vis à vis de la classe dirigeante (et de façon plus « métaphysique », vis à vis du système dominant intériorisé tout entier) du fait de l’aliénation engendré par le capitalisme : chacune de nos activités humaines est « guidée » par un système idéologique s’emparant de nos désirs, de nos besoins, et nous rendant hyper-dépendants de stimulis (messages, visuels, alertes) émanant de celui-ci (3).

Néanmoins, cet attentisme qui caractérise l’attitude des masses face aux politiques et autres décisionnaires a ceci de différent par rapport à la consommation de marchandises, qu’elle émane d’un besoin aliéné de stabilité. Si ,en effet, la « dépendance » vis à vis des dirigeants-gestionnaires est lié à une besoin tout aussi aliéné de recevoir des signaux d’une normalité en progression constante, elle n’en décrit pas moins un désir de prolonger l’ordre établi dans le temps, voire dans l’espace (parce que l’imagination décline et se perd dans le cours de nos (sur)vies). Ce serait donc s’illusionner que de croire qu’un changement radical de société puisse être possible en délégant notre pouvoir politique à une classe gestionnaire. Et ce quel que puisse être l’idéal présenté au choix des individus-électeurs de la part des candidats à l’accession aux « responsabilités ». En acceptant les règles d’un tel système, on stérilise notre pensée des possibles émanant du mouvement fondamental de la vie, souvent en total opposition avec les fruits de l’aliénation qui nous réduit et nous sépare. Mais ainsi l’individu se construit, profondément dé-politisé, conscience cloisonnée en connexion avec une réalité qui le dépasse et le soumet.

Parallèlement, tout est fait pour que ces individus trouvent de moins en moins d’occasion à échanger avec leurs semblables sur les questions critiques les concernant dans leur vie réelle (de façon directe et non virtuelle !). Les lieus publics où cela se pouvait encore se font plus rares : bars de quartiers, lieus de rencontre dans la rue, dans les maisons associatives, maisons du peuple, fêtes de quartiers, de village. Et puis, l’individualisation « enferme » chacun(e) devant sa télévision ou son écran d’ordinateur. La vie politique se meure et a été remplacé par une vie des politiques, des élites, ayant pris possession de nos puissances de décision et d’agir tout en maintenant une illusion de liberté, se réduisant à des choix aliénés. Le capitalisme ne pourrait se conjuguer avec la démocratie véritable, directe. Tout au plus parle-t-on de démocratie participative, comme d’un appel (un rappel) pour la masse à son devoir de coopérer dans la vie publique, et « politique » soi-disant. Il ne s’agit que de participer à ce qui a déjà été décidé d’avance : le système actuel ne saurait être remis en cause ! Point de politique là-dedans ! Que du mensonge et de l’apparence.

C’est ainsi que la majeure partie du mouvement dit « alternatif » s’est laissé bercé au rythme du citoyennisme et de son corolaire, la participation individuelle à un intérêt « supérieur ». Intérêt qui peut s’incarner dans la République, la Nation ou l’Etat, ou encore la planète ou l’environnement. Cette « politique » du recours aux grands maux (et aux grands mots !) renforce pourtant ce monde du spectacle en invitant les individus-rouages de la Méga-machine capitaliste à toujours repousser au plus loin d’eux-même leur humanité au sein des rationalités toujours plus abstraites. Causes humanitaires, catastrophes climatiques à venir, crises financières qui attendent des efforts de chacun(e) (et toujours les mêmes !), la Nature et les achats « différents » sensés la protéger, autant d’invitations à prolonger notre rôle de producteurs-collaborateurs du monde de la marchandise (car c’est bien par la médiation de la marchandise que l’on serait à même de résoudre ces problèmes ?). Ne plus changer de société mais ré-orienter celle-ci vers ce qui parait être plus d’humanité, plus de respect, une meilleur distribution des richesses tout en éludant la critique radicale. Promouvoir des formes participatives au marché ou à ses excroissances dites « alternatives » tout en réduisant à néant notre puissance d’agir collective, émanant de la connaissance et d’un véritable désir d’humanité et d’autonomie. Ces « engagements » citoyens impliquent nécessairement des moyens financiers (la médiation par la marchandise universelle : l’argent) ou matériels pour leur mise en oeuvre. L’ »alternative » n’en est donc que toute relative en restant trop souvent dépendante du mécanisme de production de valeur et en affirmant même de façon apparemment paradoxale celui-ci (4).

C’est en surfant sur la vague verte de l’écologie que l’éco-attitude a fait son entrée fracassante dans le monde des consciences en mal d’actions « responsables » et politiquement correctes (lire : dans les normes). Tri des déchets, consomm’action, petits gestes quotidiens, autant d’invitations à l’acte politique « à son échelle individuel » afin que le capitalisme puisse poursuivre son oeuvre d’individualisation tout en donnant l’illusion d’une participation politique à la vie de la société et aux décisions essentielles concernant celle-ci (les problèmes de la planète passant comme étant essentiels par rapports aux problèmes sociaux, les premiers étant pourtant causes des seconds, mais, en annihilant ce fait, le système dominant évacue la critique radicale, et forcément sociale, de son existence). Le « challenge » d’une telle « politique » est de tâcher de redonner souffle à une Machine qui s’épuise de ses propres contradictions, de rechercher de nouvelles sources de profits dans les pays les plus « développés » (les autres « bénéficiant » encore d’une marge de manoeuvre pour une industrialisation classique), y compris dans le marché juteux de sa propre critique !

Et c’est ainsi que le rejet (ou plutôt la distanciation vis à vis) de la politique officielle, sans se donner plus de réflexions sur ce que l’on entend par « politique », rejoint le désir de participation sous la forme d’engagements parcellaires, sectoriels et parfois spectaculaires (5). Mais ces deux attitudes renforcent en réalité le système en étouffant toute possibilité d’une critique radicale de celui-ci (origine des rapports « sociaux » aliénés au travail , spécifiques au système capitaliste, origine des différentes dominations) et conjointement, toute construction collective d’un véritable projet alternatif. L’exemple de certaines coopératives est à ce point assez frappant, car il montre les limites réelles qu’ont ces types d’engagements du point de vue politique ( intégrés dans la logique marchande et consumériste). Et dans le sens où ces structures collectives à la base avaient, et ont toujours en théorie, l’ambition de « changer le monde » par les actes de la vie quotidienne (production ou consommation), et au travers d’un fonctionnement prétendument alternatif aux rapports « sociaux » caractérisant le capitalisme.

Le cas des coops

Le cas d’une coopérative de consommateur de produits bio servira ici, au travers de ce qui a pu y être observé et vécu, de base de réflexion à cette analyse dont le but est de tâcher de lier l’état actuel de la politique (ou au moins de l’image que l’ « on » nous en propose !) à la tendance évolutive dans laquelle se trouve enserrée toute structure et individu. Différents conflits plus ou moins latents ou déclarés y sont apparus depuis un certain temps. Les conflits sont des éléments inévitables, voire indispensables, à toute vie d’une oeuvre collective, et en assumer l’existence ne peut qu’être positif dans le sens d’une émancipation politique de la dynamique collective. Or, dans le cas de la coopérative à l’origine de cette réflexion, l’impression qui s’en détache, c’est qu’il existe assez nettement une réalité de déni de la politique entrainant un refus de l’assomption des conflits qui risquent de questionner le but vers lequel tend actuellement la coopérative, et surtout les moyens utilisés pour ce faire. Certaines constatations pourrons aider à comprendre les causes de cette tendance actuelle, et faire un rapprochement avec la façon dont se réalise la participation « politique » dans la société capitaliste en ce début de XXI ème siècle. Ces remarques peuvent être appliquées également en toute logique à de nombreuses autres coopératives (et autres structures collectives dont le but initial comportait l’élaboration d’autres liens sociaux que ceux en cours au sein du système social dominant) ayant atteint ou dépassées un certain seuil « critique » d’évolution au delà duquel l’impératif de croissance tend à remettre en question les principes de base autogestionnaires et les conditions d’une vie politique fertile et riche.

La première constatation qu’il est possible de faire a rapport à la catégorisation affectant les individus en fonction du rôle qu’ils sont supposés tenir dans la coop : producteur(trice)s, consommateur(trice)s, salarié(e)s, dirigeant(e)s, administrateur(trice)s,....Tout comme dans le reste de la société, où elles se trouvent par la force des choses, insérées, la plupart des coopératives de taille relativement importante incitent leurs adhérent(e)s à participer à leur fonctionnement, mais dans le cadre relatif à la catégorie au sein de laquelle se trouve « assigné(e)s » chacun(e). En cela, les coops suivent en quelque sorte le schéma de la division du travail et de la spécialisation des tâches propres au mode de production capitaliste. Des relations inter-individus peuvent exister évidemment au travers de la participation aux différentes structures régissant la vie en interne, mais non sans avoir au préalable objectivé l’individu de par sa fonction qu’il se doit d’assumer afin de pouvoir établir des rapports sociaux « constructifs ». La réification des rapports sociaux...... !

Une telle pratique peut être à l’origine de certains conflits ou démissions résultant d’une difficulté chez des personnes à pouvoir s’impliquer globalement à l’oeuvre commune et rompre justement avec le réductionnisme caractérisant l’économie capitaliste (surtout chez ceux(celles) ayant participé(e)s aux prémisses de la coop alors qu’elle n’était encore qu’une petite structure permettant l’exercice de l’autogestion dans l’océan du dirigisme capitaliste). Elle peut être aussi à l’origine d’une incompréhension des problèmes liés aux autres catégories (chacune d’entre elles « s’enfermant » dans sa propre réalité liée à ses nécessités et intérêts catégoriels) avec ce que cela entraine en terme de difficultés à y maintenir une quelconque forme d’autogestion.

Par contre, face à une telle catégorisation, il semble bien difficile de penser la vie de la coopérative en fonction des classes sociales (6) à laquelle appartient chaque adhérent(e) (ou du moins à la difficulté qu’ont certaines à y être représentée). Mais tout ceci peut sembler quelque peu voulu en apparence, et de façon parfois inconsciente, dans des structures s’inscrivant dans une grande cause commune en faveur d’un « développement durable » (de quoi ?), et repoussant aux affres d’un passé dépassé l’existence même des différentes classes sociales et de leurs antagonismes. C’est que l’on ne parle plus de changer de société, mais de changer la société ; une attitude qui n’implique plus une conscience d’appartenance à une classe potentiellement porteuse d’un espoir de changement révolutionnaire du fait de sa place dans le procès de production capitaliste, mais d’une participation individuelle à une pseudo politique « des petits pas », sans remettre en cause les fondements de ce qui aliène les rapports sociaux et les dénature.

Ceci nous entraine à la deuxième constatation au sujet de l’attitude de la majorité actuelle des adhérent(e)s (bien souvent membre de la classe moyenne « néo petite bourgeoise » relativement aisée, matériellement et intellectuellement) au sein des coopératives, et de celle à partir de laquelle s’appuie cette étude en particulier (coop de consommateur(trice)s !). Elle tient au fait que la majorité des adhérent(e)s agissent et réagissent justement uniquement en consommateur(trice)s vis à vis des services proposés par l’oeuvre sensée être commune. Ce qui importe pour eux(elles) n’est plus tellement de maintenir une éthique guidant la vie de la coop (quoique l’image alternative de ce genre de structure puisse représenter à leurs yeux une plus value dans leur recherche illusoire d’humaniser la barbarie), ni les rapports sociaux susceptibles de la caractériser, mais bien plutôt qu’elle « marche », que sa présence assurée puisse leur permettre d’assumer leur choix individuels et prétendument politiques d’attitudes (de consommation, de production ou autre) plus « responsables » (écologistes, décroissants, localistes...). Changer le monde par le petit bout de la lorgnette !

Une troisième remarque a trait au rôle joué par les élu(e)s dans les instances gestionnaires (conseils de surveillance ou d’administration). Leur rôle devrait être, entre autres, de favoriser le débat politique au sein de la coopérative et d’appliquer par la suite les décisions qui y sont prises. Dans un idéal autogestionnaire, et en rupture avec les contraintes sociales propres au système dominant, les responsabilités électives et directives devraient se trouver subordonnées à la seules instance véritablement décisionnelle dans une coop : l’assemblée générale. Or, et au vu des nécessités inhérentes à des structures insérées dans la logique capitaliste de profit (présence de la concurrence, besoin de croissance,...), il s’ensuit que l’impératif gestionnaire prend le pas sur la vie politique et démocratique et impose par là même une logique unilatérale de développement aux adhérent(e)s. Une seule ligne de conduite est possible et les contestations sont par le fait considérées comme autant de phénomènes d’incompréhensions qu’il s’avère nécessaire pour les élu(e)s de traiter par l’explication, ou la dérision. Ainsi, une remise en question des objectifs et moyens adoptés par la coopérative (de plus en plus par ses « dirigeant(e)s ») n’est plus possible dans la mesure où, en ayant rabaissé la politique à un jeu de dupe, il existe un véritable verrouillage du sens donné à l’oeuvre ... plus tout à fait collective.

De cette situation, il en ressort comme analyse que chacun(e) est invité(e) à se cantonner à son rôle et que le passage de l’un à l’autre (devenir membre des instances dirigeantes) ne peut se réaliser pleinement qu’après avoir accepté et intégré les règles ordonnant le sens de marche de la structure à gérer. C’est ainsi, comme il a pu en être constaté au sein de la coopérative sus-citée, que certaines personnes ayant fait le choix d’entrer dans le comité de surveillance n’ont pu s’y maintenir du fait qu’il ne leur était pas possible de pouvoir véritablement faire prendre en considération une optique différente, pour ne pas dire antagonique avec la ligne globale de conduite.

Dans les AG, les choix d’orientation collective ne se font plus par rapport à des principes et des vécus, à l’issue de débats critiques dont les thèmes se sauraient faire abstraction d’une forme d’antagonisme avec la réalité ambiante, mais relativement à un besoin de réactivité par rapport à l’évolution du marché, de réponses à des impératifs économiques (concurrence, salariat...). La logique des coops devient entrepreneuriale et la participation des adhérent(e)s un aval moralement et règlementairement nécessaire à la poursuite de la marche en avant de l’entreprise « collective ». La catégorisation, et spécialisation des rôles du fait d’un besoin accru de compétences pour les gestionnaires bénévoles ou salariés, s’inscrit dans une globalité de rapports sociaux pré-existant dans le monde au sein duquel s’insère la coopérative. D’où les conflits dé-structurant qui y croissent en général, ainsi qu’un désintérêt de la part des adhérent(e)s « de base » pour une implication politique, comme cela existe dans le monde capitaliste de la marchandise et du travail car : « Le lien social, dans un tel cadre, est à la fois contraignant (il joue beaucoup sur des réalités pesantes comme le procès de production et l’organisation du travail) et fuyant parce qu’il éloigne les individus les uns des autres au sein même de relations de proximité, par des médiations abstraites (marché, argent). Il met les activités en contact de façon indirecte et à distance tout en les cloisonnant dans la juxtaposition : il actionne et capte les activités de travail et les présente en même temps comme des activités autonomes. C’est cela qui explique le caractère paradoxal des processus d’identification à l’oeuvre dans le travail ; il y a d’un côté identification à des entités supra-individuelles comme la classe ou le groupe social, d’un autre côté des identifications solipsistes à des activités liées à des postes de travail. » Jean-Marie Vincent in « La légende du travail » (si nous tentons un parallèle avec ce qui se passe pour le travail, catégorie spécifique au monde capitaliste, et qui génère un certain type de rapports sociaux tout aussi spécifique).

Dans un tel cadre, les seules décisions qui puissent être prises, ne sauraient aller au delà des questions d’organisation matérielles, financières, éventuellement sociales dans le sens restreint défini par le système (assistance afin de faire avancer tout le monde dans le même sens). Si à ses origines la coopérative a pu être le fruit d’une démarche collective, d’un désir politique de changer les rapports entre les êtres et entre ceux-ci et la nature, de soutenir un engagement vers une remise en cause radicale du mode de vie dominant, force est de constater qu’elle ne l’est plus aujourd’hui. Elle est devenue, presque logiquement du fait de son désengagement politique, une structure de prestation de services visant à donner forme à un ensemble de choix individuels émanant d’acteurs dont la liberté somme toute illusoire est délimitée par le rôle social spécifique qu’ils(elles) ont à jouer.

C’est ainsi que l’on se plait à qualifier les consommateur(trice)s « conscient(e)s » de leurs responsabilités à changer le monde sans en changer ses fondements, des consom’acteur(trice)s. En réalité, cette approche ne pose nullement la question critique et véritablement politique de la remise en cause du marché et du règne de la marchandise dans les rapports sociaux en tant que fondements de la dissolution des liens humains non aliénés. Elle s’appuie sur ces fondements en réalité afin de réorienter la tendance actuelle vers une humanisation de l’économie, un ré-enchassement de cette dernière dans le social. Mais l’économie a ses règles que l’on ne peut transgresser ni même améliorer sans remettre au fond son existence même en cause. Les limites atteintes par les coopératives (et associations, syndicats ...) en fournissent la démonstration.

Cette façon de concevoir et d’élaborer des alternatives sectorielles sans construire parallèlement une critique politique s’appuyant sur les expériences, les analyses sociales et les théories critiques ne fait que renforcer par conséquent le système dominant en lui donnant, du fait de sa capacité de récupération et d’adaptation, une occasion de se ressourcer pour son besoin de création de valeur sous la forme du capitalisme « vert », par exemple.

La politique sur le grill :

Quelle alternative crédible au capitalisme et à sa transformation du monde proposent nombres de structures militantes aujourd’hui ? En ayant fait le choix de la recherche de l’efficacité (économique, politique – représentative - , syndicale, militante ...) dans le but d’élaborer une offre « viable et enviable » qui pourrait nous dit-on « redonner du sens à l’action politique et sociale », elles se sont par là-même intégrées aux règles de fonctionnement de la Méga-machine productrice de valeur, considérées comme incontournables, et avalisées les renoncements qui s’ensuivent. Elles ont imprimé au mouvement dont elles ont pu en être les expressions expérimentales au départ, une direction réformiste en accord avec les lois de l’économie. La démocratie s’en trouve donc fragilisée, affaiblie, et la tendance à catégoriser chaque individu en fonction d’un rôle qu’il se doit d’assumer renvoie à l’exercice d’une participation souvent de plus en plus virtuelle (technologisation croissante oblige !) visant à défendre des intérêts sectoriels, immédiats. La tendance est de moins en moins à l’engagement, à l’implication totale, mais à une participation à des projets qui ne souffrent plus de contestation quand à la marche inéluctable dans le sens (sans sens) que lui imprime le système dominant.

Ce qui se trouve désigné aujourd’hui sous les vocables de « démocratie » ou de « politique » exprime toute l’impuissance à pouvoir orienter une situation au sein de laquelle évoluent les individus comme autant de spectateurs de leur propre rôle, dans un sens qui puisse permettre de questionner radicalement celle-ci, de toucher son fondement afin d’en élaborer une rupture libératrice. Selon l’imaginaire dominant, il n’existerait plus de possibilité d’agir sur le cours inéluctable, prétendument naturel, du « système-monde » (économie, progrès, science ....) parce que la politique a perdu toute signification transformatrice en ayant renoncé à pouvoir porter la compréhension (et donc l’agir) sur les origines aliénantes de chaque situation vécue. Elle a officiellement perdu le potentiel révolutionnaire qui logiquement devrait caractériser son action en se soustrayant aux situations concrètes et en liant son existence aux impératifs liberticides de l’ordre néo-libéral. Au delà d’une position de rejet, c’est donc bien d’impuissance que se trouvent frappés les individus face à la globalité qui est devenu leur seul horizon et qui écrase la multiplicité des situations concrètes au niveau d’un seul plan : celui que nous impose le « monde » de la marchandise, des dominants, et de leur porte-voix, les médias.

Tout comme nous pourrions nous prétendre séparés de nous-même par les rôles que nous assignent (ou que nous endossons nous-même) l’ordre établi de la « société du spectacle » (n’être plus qu’une marchandise sur les étals de nos vies cloisonnées : travail, amour, loisirs...), nous sommes aussi par conséquence séparés de notre puissance d’agir, de nos subjectivités politiques. La « politique » (politikè) est un art inséré dans le monde marchand. Elle réclame (« les réclames » étaient le terme utilisé autrefois afin de désigner la publicité) des compétences, un savoir-paraitre de la part des individus qui envisagent d’y faire carrière. Autant ces gens s’y trouvent donc séparés d’eux-même (politicien est un rôle que l’on joue forcément à distance de soi-même) qu’ils en deviennent logiquement séparés des autres. LE politique devient le nom donné à l’espace marchand où se vendent l’art de la persuasion et de l’accompagnement le plus serré de la croissance du capitalisme, la gestion. Nous ne paraissons alors que comme d’illusoires « sujets » politiques aux moments de donner notre assentiment, nos voix, à un système qui nous sépare de nos potentiels d’implication.

C’est pourquoi, il ne faut pas confondre la participation à ce qui est déjà hors de nous, décidé par le cours inéluctable d’un système socialisant dé-socialisant devenu autonome, séparé par des concepts qui nous distancient du réel (citoyen(ne)s, électeur(trice)s, raisonnables...), avec l’implication qui elle, sous-entend le refus d’être réduit à une dimension, une spécificité instrumentalisable. L’implication, l’engagement, signifie une ambition, un désir vital de se fondre dans une globalité humaine afin de pouvoir atteindre une certaine cohérence, une authenticité.

L’expression critique est dans un tel contexte vécu comme relevant d’une incompréhension, au pire d’une dérive plus ou moins terroriste, plutôt que du désir d’une expression politique véritable visant à poser la question du sens et du pourquoi des aliénations et dominations. La pensée, la critique, la politique sont implicitement visées par l’ordre dominant comme étant susceptibles de pouvoir mettre en péril son hégémonie, sa totalité aliénante. Seule est alors offert aux individus, entités indivisibles de l’idéologie néo-libérale, une possibilité de participation à la bonne marche de la globalité capitaliste qu’il s’agirait alors, selon les options choisis, de réformer plus ou moins en profondeur (écologisme, localisme, monnaies locales, revenus de citoyenneté, bio, démocratie participative, ...). Ces options restent dans le cadre d’une innovation permanente nécessaire à l’actualisation du capitalisme. En dépensant une bonne part de leur énergie à vouloir s’insérer dans un réalisme (parfois bien malgré elles) propre à une structure gestionnaire, elles perdent de leur radicalité et sapent tout espoir d’émancipation par « l’invention permanente » de « besoins nouveaux et radicaux » (Gérard Briche). Ces besoins sont ceux de la vie tout simplement, besoins réels et non aliénés ou non sclérosés dans un réalisme réducteur et intéressé, comme ceux de liberté, de dignité et de reconnaissance.

D’où la nécessité de s’emparer de cet outils politique, de le faire vivre au sein de processus révolutionnaires multiples (en partant des diverses situations : exploitation économique, destruction du milieu naturel, situation des femmes, racisme .... et de la façon dont elles se rejoignent dans la société capitaliste) afin d’accéder à une compréhension radicale des causes de nos aliénations et à permettre de re-socialiser le pouvoir (de transformation) dans la société. Se ré-approprier notre puissance d’agir implique de sortir de l’illusion de l’individu dé-territorialisé, inséré dans un réseau de plus en plus virtuel et abstrait, et participant (parfois) à la (sur)vie de la société au-travers d’un bulletin de vote, de choix consuméristes et/ou de vie, de cyber-militantisme, d’anti-ceci ou de pro-celà. Agir, résister, élaborer de véritables alternatives en assumant un engagement politique radical ne peut résulter que de l’inscription au sein d’un collectif ou d’une communauté, d’une situation de vie partagée : « La question est bien celle de l’inscription dans un territoire, puisque c’est de la contrainte spatiale et temporelle qu’émerge la politique. Comme le rappelle Jean-Claude Michéa, il n’y a de politique que lorsqu’il m’est donné de vivre, de composer, avec des personnes que je n’ai pas préalablement choisies : ainsi de la population de Plogoff qui lutte contre l’installation d’une centrale nucléaire, de la vie locale qui s’organise au sein du quartier de la Croix-Rousse à Lyon ou d’une assemblée de grévistes constituée par les salariés d’une entreprise ou d’un secteur. Or, ce qui se joue aujourd’hui n’est autre que le fantasme d’une sociabilité du zapping, d’un autrui duquel on peut se déconnecter d’un simple clic, c’est à dire d’un lien social fondé non plus sur du politique, mais uniquement sur de l’affinitaire. » article « Matière et présence » in revue Livres de papier.

Eluder, voire rejeter toute approche politique lors de l’élaboration d’alternatives au capitalisme, c’est prendre le risque de ne jamais pouvoir atteindre le point à partir duquel les personnes impliquées pourront véritablement saisir la portée de leur aliénation au système dominant, et à partir de là construire un objectif de transformation révolutionnaire. Ce n’est donc pas à la politique qu’il faut s’en prendre à partir du moment où l’on ne considère pas celle-ci comme des moments de gestion mais comme la condition même de pouvoir ré-orienter nos situations vers un plus grand respect de la vie et de la liberté humaine et extra-humaine. Mais il apparait alors nécessaire d’avoir aussi une approche par rapport au temps qui soit en rupture avec l’accélération de l’accélération du temps social caractérisant nos « rythmes de vie. La véritable politique nécessite de relativiser le temps en fonction des besoins impérieux et vitaux et prendre des décisions sur le long terme. Seule une telle attitude par rapport à la folie ambiante (7) peut-être à même de redonner sens à la vie en lui octroyant un but à la mesure de sa progression. Prendre des décisions justes demande bien souvent du temps et la prise en compte de chacun(e) à leurs élaborations. S’impliquer signifie alors pouvoir faire reconnaitre (la reconnaissance n’est pas la valorisation !) sa subjectivité politique en fonction de son vécu, son expérience, sa sensibilité, sa personnalité vis à vis des choix collectifs à opérer. C’est là toute l’âme d’une véritable démocratie.

Max L’Hameunasse

1 - voir à ce sujet le texte « compétition et contrôle social »

2 - voit le texte « autonomie et liberté »

3 – Afin de pouvoir être reconnu en tant que sujet (ou considéré comme tel, car nous dirions plutôt « objet » !) au sein des rapports « sociaux » capitalistes, il apparait nécessaire d’être une « unité productive » (et pas seulement économique) insérée dans un mécanisme social spécifique de production de valeur. Par conséquent, de ce point de vu, il est impératif de pouvoir se « valoriser » en captant de sa position d’individu-objet les messages de conduite et de normalité émanant des pouvoirs « politiques » et médiatiques.

4 – L’acte d’achat, même alternatif, implique pour ce faire de se procurer tout « naturellement » l’argent nécessaire afin de réaliser l’acte d’échange et par conséquent de devoir vendre sa force de travail sur le marché de l’emploi, d’autant plus pour des produits plus couteux comme par exemple la bio. Une baisse des prix (afin de s’adresser à un plus large public comme cela se pratique de plus en plus) donc du taux de profit pour les distributeurs, engendre inévitablement les même contraintes (impératifs de productivité) pour les producteurs bio que ceux supportés par les autres du fait des règles du système dominant. En outre, vouloir transformer le monde au travers d’actes d’achats « alternatifs » revient inévitablement à renforcer le fétichisme de la marchandise en plaçant en celle-ci en fonction de certaines caractéristiques qu’elle serait sensée avoir, toute possibilité d’agir concrètement sur nos situations d’aliénation. La question des besoins réels et de leur assouvissement est ainsi détournée par une réintégration au monde marchand et par ce qui lui est consubstantiel : le choix individuel !

5- En cédant aux « sirènes du spectacle », beaucoup de militants ne se doutent pas qu’ils prêtent leur concours à un mécanisme d’aliénation dont un des effets est de toujours pousser vers plus d’efficacité. Cette attitude sape en général les chances de pouvoir extraire d’une situation le pourquoi, la cause initiale d’un problème social devenu insupportable ; elle sape par la même occasion toute dynamique éventuelle d’engagement en rentrant sans le vouloir dans une logique de délégation de responsabilités et d’actions (le cas Greenpeace est assez symptomatique de cette tendance).

6 – La classe sociale prolétarienne, considérée dans la diversité de ses conditions d’exploitation ou d’exclusion du procès de création de valeur, ne représente pas à nos yeux un hypothétique sujet révolutionnaire comme pour le marxisme traditionnel mais une situation particulière de domination et d’aliénation historique dont la compréhension radicale du mécanisme de génération et d’évolution peut être à même d’en remettre en cause l’existence.

7 – Mais cela est-il encore possible ? Combien de catastrophes faudra-t-il endurer avant que nous nous décidions enfin à laisser hurler notre humanité ? Le capitalisme est un système insidieux et inique qui a su s’immiscer au plus profond de nos vies et nos conscience. Il a colonisé nos pensées. Donc point d’optimisme désuet dans ce texte ; seulement un appel à la conscience libre au travers d’une petite contribution à une nécessaire critique radicale. Le passage par la théorie, n’en déplaise aux délateurs de la politique au nom d’une illusoire efficacité, est une nécessité afin de porter l’acte au travers de la compréhension, et puis vice-versa.

Ce texte est téléchargeable sur le site :

http://www.libertat22.lautre.net/spip.php?article23
_________________
"Le travail est une pollution qui crée toutes les autres"
Un anonyme sur un mur de Brest en 1980

http://www.libertat22.lautre.net

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Kobayashi



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PostPosted: 07 Oct 2010 14:46    Post subject: Reply with quote

En écho à ce que tu dis, je pense aussi qu'il n'y a de politique dans notre modernité capitaliste, que de politique économique, de la gestion, de l’Etat et des collectivités qu’il constitue. Plus que d'accord avec ta distinction sur le terme de " politique ". L'agir collectif, l'agir public aujourd’hui (médié par des délégations bureaucratiques – mais là n’est qu'une partie du problème, car on ne peut pas dire non plus que c'est cette sphère qui constitue et totalise la société et engendre sa dynamique irrationnelle), est aussi, comme l'ensemble de nos agirs individuels, corseté par le rapport social capitaliste de la valorisation qui totalise la société comme un tout, comme sa propre société. Ce qui produit aujourd'hui de la société et reproduit cette société en tant que telle, c'est bel et bien la production de la valeur/survaleur au travers de sa métamorphose sociale dans un processus social concret. La forme sociale du " bien-être " doit aussi être comprise de manière historiquement spécifique, en tant qu'effet collatéral, support, de la logique de la valeur, il doit être compris comme ce qui reste (ou pas) sur la plage après la marée haute de la valeur. Le bien-être aujourd'hui est " résidu temporaire du capital " (Kurz). Puisque la production de biens (besoins) n'est pas le but mais le moyen, le support de la valorisation. La valeur d'usage n'est qu'un " mal nécessaire " (mais minimal, à l'inverse de ce que croit Baudrillard) pour la valeur, elle n'est comme le " besoin " que son ombre concrète-abstraite. Le bonheur aussi n'existe que comme bonheur au sein d'un rapport social mutilant présent (pour les stoïciens déjà le bonheur individuel a une dimension politique, il nécessite certaines conditions sociales), il est le bonheur de s'entourer de marchandises et d'argent, le bonheur de l'ennui de la possession. Car sa connectivité sociale dans la société présente, l'individu l'a dans sa poche, le travail doit alors se faire aussi bonheur. La valeur donc, toute la société tourne autour d’elle, il suffit qu’elle mette un genou à terre, que ses conditions soient plus difficiles, pour que les sociétés « locales » (nationales et étatiques) qu’elle constitue se délitent, à différents degrés d’intensité : à la fois au travers d’un vaste apartheid social qui relègue des millions de gens dans la misère (50% de la population états-unienne possède 2% de la richesse nationale ; 1 milliard d’humains vivent dans un bidonville, 4 milliards n’ont pas accès à l’eau potable, etc.), mais aussi une dislocation des territoires institués. On sait combien des millions d’hectares, des régions entières parfois aussi grande que trois fois la France, échappent à tout Etat, à toute régulation politique, etc. La stabilité étatique nécessaire au développement capitaliste s’y est écroulée. Les cartes construites à partir de « l’indice des Etats défaillants », montre bien l’ampleur de la situation à l’échelle de la planète (cf. n°2 de Carto, Le monde en cartes). Au Mexique des régions entières échappent à l’Etat (à cause du narcotrafic), en Somalie l’Etat n’existe plus, etc., etc.

Il n’y a pas que notre agir individuel qui se meut dans les conditions sociale muettes du fétichisme du travail, de la valeur, de l’argent. L'agir public et donc la politique n'existent et se meuvent, eux aussi, qu'au sein de la cage de fer de la forme sociale de vie que nous vivons présentement : la forme-valeur et son contenu le travail socialement automédiatisant (travail abstrait). Car cette forme est une fait social total qui se subordonne l’ensemble des autres rapports sociaux pour devenir la « charpente de la société » (P. Clastres). Toute politique aujourd'hui est dans sa condition de possibilité, une forme dérivée d'une saignée sur la valorisation capitaliste . La politique n'existe que comme ponction fiscale sur la croissance économique présente ou sur la croissance future escomptée. Le taux de ponction est fonction d’une bonne ou mauvaise croissance de la valorisation. Et on connait le niveau astronomique des déficits et des dettes publiques dans les centres capitalistes depuis 30 ans (depuis la montée en surface de la crise de la valeur à la fin des Trente Glorieuses). Ainsi la forme politique historiquement spécifique en tant qu'agir collectif propre au réseau de rapports sociaux présents, ne doit pas être vue comme une forme naturelle et transhistorique du politique. Elle est comme le mode de production industriel, intrinsèquement capitaliste, elle est un pli immanent au sein de cette société, et non un principe extérieur qui lui serait hétérogène qu’il faudrait affirmer pour s’opposer à l’autonomie de l’économie. Ainsi à l’inverse de la philosophie politique de retour dans les années 80 avec Leo Strauss et Hannah Arendt (Claude Lefort – paix à son âme !-, M. Abensour, etc.), il n’y a pas d’hétérogénéité de la forme présente du politique au rapport social. Cette philosophie politique n’est, comme l’a montré F. Fischbach, que la résurgence de la vieille pensée politique : le contractualisme de la pensée politique classique. Car, face à l’explosion des sociétés capitalistes (un état social divisé), ils ne savent qu’affirmer de manière totalement non réaliste (car anachronique), le principe nécessaire d’un état civil organisateur. La pensée politique réduite à de la morale politique, à des « yaka-yaka », qu’annonent l’insondable inculture théorique des directions syndicales et des partis politiques. Non, à l’inverse de ce retour de flamme de la vieille philosophie politique (qui n’est évidemment pas sans lien avec son contexte social de la crise à partir des années 70), on ne peut pas dire que la forme spécifique historique du politique dans les conditions présentes, constitue une définition de la politique comme auto-organisation rationnelle de la société. Cette image là, c’est ce que croît la philosophie politique, les politiciens (ou du moins ce qu’ils veulent faire croire en enfilant des promesses), et le bétail des citoyens-votards qui croient encore que Nicolas Sarkozy, D. Strauss-Khan ou Besancenot, pourraient faire quoi que se soit pour épargner leur vie du mécanisme implacable des fourches caudines du fétichisme du travail, de la valeur et de l’argent. Baudrillard raconte une chose intéressante (même si à mon sens cela ne renvoit pas vraiment à une " servitude volontaire ") :

Quote:
" Le problème actuel de la classe politique, c'est qu'il ne s'agit plus de gouverner mais d'entretenir l'hallucination du pouvoir, ce qui exige des talents très particuliers. Produire le pouvoir comme une illusion, c'est comme jongler avec des capitaux flottants, c'est comme danser devant un miroir. Et s'il n'y a plus de pouvoir, c'est que toute la société est passée du côté de la servitude volontaire "


Mais cette illusion de la politique dans sa forme présente comme espace de liberté et d’organisation de la société, n’est qu’une rétroprojection sur la société capitaliste présente, d’une forme sociale du politique qui a pu existé dans certaines des sociétés passées (bien sûr la philosophie grecque a joué un grand rôle dans ce retour). En fait cette idiote philosophie politique qui a fait son retour, ne voit pas qu’elle peut opposer la « politique » (la démocratie) au « capitalisme » (ou à l’économique) comme elle le fait, qu’en présupposant cette même « politique » dans son contexte muet de formes sociales catégorielles capitalistes (sur toute cette critique de la philosophie politique il faut lire l’excellent livre de Fischbach, Manifeste pour une philosophie sociale, mais aussi Marx). Ce n’est pas en affirmant la politique (la démocratie) contre le primat de l’économie que l’on pourra arranger les choses, car en tant qu’agir collectif spécifique (médié bien sûr par un appareil bureaucratique d’Etat), elle fait partie dans sa condition muette de possibilité du mouvement social de la valorisation. Ce n’est pas non plus en opposant une gentil agir collectif public qui chercherait à chevaucher le tigre de l’économie autonomisée (par la planification, etc), que l’on pourra tenter quelque chose. L'économie autonome n'est pas domptable car rien ne lui est hétérogène dans la forme de la société présente. Il faut en sortir. On ne peut pas non plus renvoyer simplement la forme présente du politique (donc l’Etat intrinsèquement spécifique à la société capitaliste), à une unilatérale domination directe (du type maître/esclave : comme le croit trop je pense la pensée anarchiste qui fait trop une analyse transhistorique du « pouvoir »), car si elle est aussi cela, elle ne se réduit pas qu’à cela, du fait de la société dans laquelle existe et s’imbrique cette forme du politique. Cette société est médiée bien davantage que par la politique, l’Etat, ou une domination de classe, par un ensemble de rapports sociaux fétichistes qui la constituent et la reproduisent comme telle. Où les individus ne peuvent avoir entre eux de rapports sociaux qu’en tant que représentants de la « marchandise », car devant toujours, dans les rapports sociaux présents, se rapporter aux autres au travers du médium travail et de ses formes abstraites valeur, argent, capital.

Depuis maintenant 40 ans, plus la croissance économique se tasse voire connait de fortes « croissances négatives » (comme ces deux dernières années), plus toute la ponction sur cette valorisation-qui-reproduit-la-société qu'elle a construit à son image, devient objectivement impossible. La crise de la valeur, donc du travail abstrait (c’est-à-dire l'impossibilité d'une reprise durable de la croissance capitaliste dans les centres capitalistes), fait avaler son bulletin de naissance à la forme spécifique que prend la politique dans une telle société. Le destin de la forme présente de politique et donc liée à la date de péremption de la société capitalisée (déjà bien gâtée) qui est son fondement social. Aujourd’hui, nous assistons avec les « politiques d’austérité », à la fin de la politique sous la forme spécifique que nous connaissons. Ainsi loin de devoir interpréter l'idéologie néo-libérale qui sévit depuis la montée en surface de la crise de la valeur (à partir des années 70) comme une offensive du Capital, il faut l'interpréter comme un symptôme apparent de cette crise fondamentale de la croissance capitaliste. Le néo-libéralisme n’est pas une offensive c’est la seule défense possible pour encore un temps donner un semblant de croissance économique. Il inscrit cette fin de la politique, comme forme dérivée de la crise du travail abstrait. Et il n’y a pas à s’étonner que la crise actuelle au lieu de marquer un recul du néolibéralisme conduit à son accélération. C’est simplement parce que le « néolibéralisme » n’est pas une « idéologie » vivotant dans l’esprit de conspirateurs, mais une « abstraction réelle ». La politique depuis 40 ans de croissance atone dans les centres capitalistes (pour le premier semestre 2010, la croissance du G7 est de 1% autant dire rien qui ne soit suffisant ; et les analystes annoncent un 2nd semestre pire que le précédent), se réduit objectivement (car dans sa forme sociale présente elle ne peut être autre chose) à administrer le désastre de la crise de la valorisation. Tout a été tenté, des milliards de dollars et d’euros ont été injectés en plan de relance dans la société capitaliste pour la faire repartir, mais rien n’y fait. La croissance est largement artificielle depuis plusieurs années, à cause de la spéculation mais aussi car orchestrée par des dépenses d’Etat qui se sont endettés espérant revenir dans leur fond par une ponction fiscale sur la croissance qu’ils auront permis de redémarrer. Mais ce n’est pas plus « l’économie internet », ou les « services à la personne », ou le « développement durable », tant vantés, qui relanceront un grand cycle de croissance économique. La croissance escomptée à l’échelle des immenses dépenses publiques, n’est jamais au rendez-vous. Le gâteau de la valeur se réduit comme peau de chagrin, même si à l’intérieur de ce gâteau se réduisant, la guerre intercapitaliste et la logique contradictoire de la valeur, redistribuent toujours autant les cartes. Baisses d’impôts, accroissement des dettes publiques, réduction drastique de la voilure de l’Etat, rien n’y fait. Depuis 30 ans, les Etats poussent la boule de neige de la dette publique jusqu’aux plus hauts sommets. Mais c’est là encore qu’un symptôme de la disparition de la dynamique du sujet automate de la valeur. Et les taux insultants de croissance des pays émergents ces dernières années, sont directement liés à l’aggravation de la situation des centres capitalistes, comme dans un système de vase communicant. Leurs croissances (et le phénomène spatial qui leur et liée : la mondialisation) est un signe que la crise globale s’accélère. La croissance chinoise n’est pas la solution, elle fait partie intégrante du problème, elle fait partie intégrante de la crise de la valeur.

Rien n’y fait, la politique n’est pas la solution pour les révolutionnaires, mais mieux, la disparition de la dynamique du capital sape la possibilité de la politique. L’éditorialiste du journal Le Monde Daniel Cohen (qui dit aussi cela à propos de la Chine) résume l’état d’anxiété des milieux dirigeants occidentaux (édition du 6 octobre dernier) :

Quote:
« Sans nécessairement partager le pessimisme de l'OCDE, la plupart des analystes sont taraudés par la même question : en cas de rechute, qui sauvera le monde ? Les instruments classiques de politique économique ont tous été usés. La politique monétaire est déjà au plancher avec des taux d'intérêt quasiment nuls. Or le taux d'intérêt souhaitable pour soutenir la croissance aujourd'hui devrait être négatif, et valoir - 2 % selon la règle dite de Taylor, qui fait autorité en ce domaine.... Des mesures " non conventionnelles " sont prévues, mais leur efficacité restera à prouver. Dans le domaine budgétaire, nul ne peut dire à quelle vitesse les autorités réduiront vraiment leurs déficits, mais il semble acquis qu'ils ne pourront plus les augmenter, même en cas de rechute... La crise grecque est passée par là, qui a fait rentrer les Etats sous leur tente. En bref, les cartouches de la politique économique ont été tirées, et il ne semble pas que les autorités puissent recharger leurs fusils rapidement... »


Qu’est-ce qu’il nous reste ? Aujourd'hui, nous sommes obligés, parce qu'individuellement pris dans des rapports sociaux qui nous dépassent, de lutter contre l'administration du désastre, comme par exemple s'organiser contre la réforme des retraites et des politiques qui sont forcément d'austérité. Il faut lier la lutte contre la société-capitaliste-que-nous-formons, à une lutte contre l'administration du désastre qui existe en son sein en période de crise de la valeur. Mais lutter contre les politiques d’austérité, contre les réformes sur la retraite, etc., ne peut suffire. Il doit aussi y avoir une forme de lutte antipolitique, une lutte contre la forme sociale présente de l’agir collectif/public (politique), au nom d’une autre forme du politique, autre que celle qu’Anselm Jappe appelle de la « politique sans politique ». L’anarchisme bien sûr (même si je pense que jamais il n’a vraiment bien spécifié correctement la forme du politique dans la société capitaliste, la renvoyant trop au vieux schéma du maître et de l’esclave, c’est-à-dire en restant sur une analyse d’une domination directe. Cf. là-dessus l’œuvre de JM Vincent), mais surtout l’Ecole de Francfort avait compris qu’il fallait se libérer de la politique telle que nous la connaissons, c’est-à-dire de cette transcendance organisationnelle de la société capitaliste reposant sur la domination indirecte et impersonnelle de la valeur.

Un critère me semble essentiel pour que se dégage une autre forme du politique. Une perspective de réappropriation d'une autre forme sociale de l'agir collectif, nécessite de toute façon la sortie de la forme sociale de la vie présente, sortir de l'interdépendance sociale que crée autour de lui le médium fétichiste du travail et de ses formes abstraites qu'il constitue socialement autour de lui, la valeur, l'argent, le sujet automate du capital qui corsète l'ensemble du processus de métamorphose. La question de la possibilité d'une autre forme du politique me semble être celle de l'arrachement aux rapports sociaux présents qui structurent ce qui fait « société ». D’une part il serait de toute façon difficile à l’échelle individuelle, de groupe, ou de mouvement, de dégager cette autre forme. Et d’autre part un basculement d’une forme sociale de la vie vers une autre, n’a rien du Grand Soir soudain de la prise du palais d’été ou de la prise de la Bastille.

Cette réappropriation d'une vie sociale donc d'une autre forme du politique passe par au moins un critère essentiel pour l'émancipation humaine : le renversement du médium fétiche présent, du médium aveugle propre à la modernité. Hic Rhodus, Hic salta !, « c’est ici qu’est la rose, c’est ici qu’il faut danser ! ». Mais cette émancipation n'est en rien l'apologie des formes de sociétés passées (agraires, etc. comme le font trop souvent les décroissants et l'EDN), car c'est aussi je pense une émancipation de l’ensemble des autres média fétichistes qui avaient précédés dans les sociétés passées ou présentes mais non modernes. Peut-être que même la démocratie athénienne, au travers de sa " religion civique ", n'a jamais connu la forme du politique que nous espérons. Ce qui est donc en jeu, c’est de sortir de « l’histoire mondiale des conditions fétichistes en général » (R. Kurz).

Quote:
« Les conditions de la crise devenues tangibles exigent inexorablement que partout où régnait une inconscience sociale (de la ‘‘ main invisible ’’ du culte des ancêtres à la ‘‘ main invisible ’’ du marché mondial capitaliste) s’éveille une conscience sociale. A la place du médium aveugle, il faut que s’installe un processus de décision sociale conscient, organisé par des institutions autodéterminées (et non imposées a priori) au-delà du marché et de l’Etat ». « Le critère pour cela consiste à ce que plus aucun médium fétichiste ne s’interpose entre les individus sociaux et le monde » (R. Kurz).


Et s’il faut le faire « en dépassant l’histoire entière en tant qu’histoire des relations fétichistes, cela ne tient pas à la démesure de la critique mais à la démesure du capitalisme même. La maladie, la mort, le chagrin d’amour et les cons séviront toujours après le capitalisme, mais il n’y aura plus de pauvreté massive paradoxale, entraînée par une production abstraite de richesses, on ne verra plus de système fétichiste autonome ni de forme sociale dogmatique. L’objectif est immense, justement parce qu’il est relativement modeste comparé à l’exagération utopiste et qu’il ne promet rien d’autre que la délivrance de l’homme de souffrances totalement inutiles ».

Max l’hamenasse :

Quote:
LE politique devient le nom donné à l’espace marchand où se vendent l’art de la persuasion et de l’accompagnement le plus serré de la croissance du capitalisme, la gestion. Nous ne paraissons alors que comme d’illusoires « sujets » politiques aux moments de donner notre assentiment, nos voix, à un système qui nous sépare de nos potentiels d’implication.

C’est pourquoi, il ne faut pas confondre la participation à ce qui est déjà hors de nous, décidé par le cours inéluctable d’un système socialisant dé-socialisant devenu autonome, séparé par des concepts qui nous distancient du réel (citoyen(ne)s, électeur(trice)s, raisonnables...), avec l’implication qui elle, sous-entend le refus d’être réduit à une dimension, une spécificité instrumentalisable. L’implication, l’engagement, signifie une ambition, un désir vital de se fondre dans une globalité humaine afin de pouvoir atteindre une certaine cohérence, une authenticité.


je dirai dans le résultat la même chose, mais par un autre cheminement. Pour un dépassement non-illusoire de la société que nous formons tous (ce qui est bien plus difficile que de simplement taper sur les dominants en changeant les titres de propriétés), il n’y pas de sujet en soi. La constitution présente (mais transitoire et de toute façon mutilée) d’une forme autre du politique, ne peut être le fait d’un sujet en soi, objectivement donné (type le gentil prolétariat : c’est pour cela que la perspective autogestionnaire à mon sens est à verser à la benne, car elle reste totalement dans le marxisme le plus traditionnel). Le « militant » que nous sommes tous (ici et ailleurs du moins) dans les conditions présentes, me semble aussi une forme dérivée de la forme de vie présente. Je reprends Kurz encore qui définit je trouve bien une perspective :

Quote:
Il faut « une réunion des individus critiques désireux de se débarrasser du ‘‘ sujet automatique ’’ (nonobstant leurs positions respectives au sein du capitalisme [ce qui veut dire que ces gens peuvent très bien être des dominants comme des dominés]) qui se heurte à la partie de la société voulant absolument le conserver (également sans s’occuper de sa position donnée [ce qui veut dire que ces gens peuvent être très bien des dominants comme des dominés]) ».


C’est pour cela que le sujet de la réappropriation, le sujet politique, ce sont les situationnistes qui l’ont le mieux redéfini :

Quote:
« ceux qui n’ont plus de pouvoir sur leur vie, et qui le savent ».


Cela rejoint bien sûr « Temps critiques » qui parle de « révolution à titre humain » comme l’avaient dit Marx et à partir de lui, Camatte. Kurz écrit que :

Quote:
« la question de l’abolition du capitalisme réside dans la manière dont sont assimilés les expériences négatives de la réalité capitaliste et non pas dans la manière dont les individus se trouvent a priori fixé sur le plan social »
.

Par certains côté, on rejoint là la théorie du Bloom chez Tiqqun, mais cette assimilation des expériences négatives de la réalité capitaliste, est développée chez eux jusqu’à l’apologie de la violence pure et sans finalité : une fascination pour la violence en tant que telle. Les rapports sociaux capitalistes produisent et reproduisent une forme spécifique de barbarie à l'échelle planétaire. Faire l'apologie de cette barbarie serait finalement faire l'apologie du développement du capitalisme. S'appuyer sur cette barbarisation se serait finalement boire jusqu'à la lie ce fait bien réel que parce que pour la valorisation nous ne sommes que des matériaux, des supports, l'instrumentalisation objective des individus entraîne que chaque individu dans la socialisation abstraite de la valeur, devient un " moyen " pour les autres, et donc une simple " chose ". Et cette forme spécifique de barbarisation propre à la formation sociale capitaliste, s'appuit bel est bien sur ce processus de réification. A l'inverse, à propos d'Auschwitz, Hiroshima ou le Goulag, ou du massacre industriel des animaux dans l'industrie agro-alimentaire, comme nous l'a apprit JM Vincent, ce serait une imposture théorique immense que de renvoyer cela à une " nature humaine " éternelle et transhistorique, à une métaphysique du MAL (Durkheim aussi à montrer que le suicide était aussi un fait social, et non pas unilatéralement, un fait de nature). Car la barbarie est bien produite dans des rapports sociaux et par des individus mutilés au sein des rapports sociaux. La thèse de la banalité du mal d'Arendt, si elle n'est pas corrigée, n'est finalement qu'un discours métaphysique de plus.

Mais en effet, ce mouvement d’arrachement à la forme de la société présente, ne peut être que le « mouvement librement constitué d’individus associés (ou s’associant dans le processus même de la critique pratique) » pour déréaliser l'économie et la politique. Car le propre de la société fétichiste présente, c'est que les formes sociales réifiées et ossifiées opposent une opacité impénétrable à la recherche d'un au-delà de la société actuelle. Les formes de la vie sociale semblent échapper à l'emprise humaine et deviennent comme des " catégories éternelles ".

Quote:
« Seule une association voulue par les individus et dépendant de leurs convictions à eux et non pas de leur position donnée dans le système sera capable de mener un tel mouvement à bien. Au sein des catégories [formes sociales] capitalistes et de leur rapport apparemment prédéterminé et comme soumis aux lois de la nature, la volonté des individus n’est qu’une illusion ; inversement, forcer ce rapport fétichiste irrationnel ne peut vraiment être qu’une fonction de la volonté, notamment de la volonté des individus qui, en raison de leur expérience et leur propre jugement critique, ‘‘ ne veulent plus ’’ (c’est-à-dire qu’ils veulent se débarrasser de la forme de volonté bourgeoise qui était jusque là la leur et qui leur est devenue insupportable ».

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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