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Comment débattre sur la sortie de l'économie ?

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 07 Nov 2010 18:16    Post subject: Comment débattre sur la sortie de l'économie ? Reply with quote

Un rapide plan que j'utilise souvent quand je discute avec des gens sur la sortie de l'économie dans des débats, cafés..., et qui viennent sans en avoir déjà entendu parler.

Pour parler du thème sortir de l’économie : une recette (facile) possible

Mon argumentation " bateau " :

- 1er temps : Montrer qu’aujourd’hui, l’économie domine et structure nos vies, la société, la politique, la « nature », la planète.

- 2ème temps : Pourtant l’économie non seulement n’a pas toujours structuré et dominé les sociétés humaines, mais l’économie n’existait pas dans de nombreuses sociétés. L’économie est donc une construction sociale-historique, relative, non évidente et non naturelle. Deux récits que je développe pour démontrer cela en partant des apports de l’anthropologie et de l’histoire.

- 3ème temps : Que s’est-il passé ? Il faut maintenant expliquer pourquoi et comment l’économie est apparue et comment elle structure et domine l’ensemble des dimensions humaines. Plusieurs discours explicatifs tentent de répondre à cette question majeure : notamment la thèse de l’invention de l’économie de Serge Latouche ; et la critique de la valeur (wertkritik) autour de Moishe Postone, Robert Kurz...

- 4ème temps : Comment se représente-t-on le capitalisme dans la vieille compréhension critique ? Deux exemples :

a.) le marxisme traditionnel (l'économisme, le travail fabrique naturellement de la valeur, le capitalisme comme mode de distribution de catégories éternelles, la théorie de l'exploitation et de la propriété privée)

b.) Polanyi : économie subtantive et naissance du marché autorégulateur. Ses limites.

- 5ème temps : Comment repenser une théorie critique du capitalisme ? Aborder ici brièvement en présentant quelques unes des lignes essentielles de la réponse de la critique de la valeur à la question donnée. Développer surtout trois points :

1.) Parler de quatre idées reçues : le travail n'a rien de naturel et d'extérieur au capital, l'argent ne médiatise pas les marchandises dans une société capitaliste, les marchandises dans une société capitaliste, ne sont pas de simple choses, de simples biens, qui changent de propriété, et l'économie n'est pas là pour satisfaire des besoins ou pour donner du travail.

2.) Expliquer la fabrique des rapports sociaux capitalistes. La constitution en une sphère séparée et "objective" des médiations sociales capitalistes dans le dos de la pratique des gens, par l'apparition historique d'une activité socialement médiatisante : le travail. Expliquer la double nature du travail. Puis la valeur comme médiation sociale invisible et non-empirique constituée par le travail socialement médiatisant (face abstraite et fantomatique du travail), en tant que forme historiquement spécifique au capitalisme de richesse sociale. Parler de sa détermination temporelle. Revenir sur la marchandise en particulier ce que signifie sa valeur d'échange et sa valeur d'usage au regard de la médiation-valeur, puis revenir sur l'argent non pas comme médiation en soi et universelle, mais constitué intérieurement dans les médiations sociales structurantes.

3.) Comment décrire la forme de domination que nous subissons sous le capitalisme ? C'est-à-dire qu'après s'être constituée dans le dos de la pratique des individus, comment la sphère sociale, abstraite et objective se présente en face des individus, les détermine et les domine ?

- Parler de l'invention/autonomie de l'économie qui n'existe que dans une société capitaliste : le travail s'objective dans des rapports sociaux en une sphère séparée, abstraite et " objective ".

- Parler du capital (valeur qui se valorise) comme médiation sociale, temporelle, abstraite et auto-agissante, c'est-à-dire médiation se mouvant elle-même en termes de processus continu et infini d’auto-expansion de la valeur (le capital est alors un sujet automate). Cette médiation est la structure sociale contradictoire et dynamique des rapports sociaux constitués par le travail, elle produit et reproduit la société présente, sa société, au travers de cycles de production, consommation, création et destruction.

- Parler des individus et des " biens " comme simples supports ou " matière première " du processus abstrait de la médiation de la valeur qui se valorise (capital). Les individus pris dans ce cadre social qu'ils constituent eux-mêmes, sont prestataires d'un moment individualisé du travail abstrait global. Si bien qu'une part croissante de l'humanité peut être rendue " superflue " pour cette machinerie sociale planétaire. Les individus sont alors des sujets-objets d'une médiation sociale abstraite qui les dépasse et les domine mais qu'ils constituent réciproquement au travers de leurs pratiques. Pris dans cette logique sociale coercitive et totalitaire de la valorisation les individus sont mutilés en cela qu'il ne sont plus que l'épiphénomène du processus de valorisation. Les valeurs d'usage qui ne sont plus que l'ombre de la valeur incorporée, sont toujours de plus en plus pauvres, squelettiques, obsolescentes, etc.

- On peut alors qualifier le type de domination qu'exerce l'économie : Une servitude sociale abstraite, impersonnelle, indirecte et involontaire.

- Parler de deux autres exemples de domination de l'économie au travers de l'explication de la pulsion capitaliste pour la productivité :

=> L'exemple de l'organisation du caractère social de la face concrète du travail au travers de la relation avec la face abstraite : Expliquer au travers du pourquoi et comment de la nécessaire pulsion de produtivité, la naissance de l'industrialisation et l'individu-rouage qui devient simple appendice de la technique dans l'organisation du travail. L'industrie comme phénomène intrinsèquement capitaliste, elle est la matérialisation de sa logique sociale abstraite.

=> L'exemple de la domination de l'économie en tant que domination du temps sur nos vie : Expliquer le temps abstrait capitaliste (dimension de la valeur) comme forme de médiation et de domination de la vie sociale. Donner des exemples connus par tous de cette domination par exemple sur le thème de cette accélération des temps sociaux dans la société contemporaine : impression de devoir accélérer pour pouvoir rester sur place. La densification des activités dans les unités temporelles, etc.

6ème temps. Critères de l'émancipation : changer la forme présente de la vie sociale, s'arracher des formes sociales médiatisantes qui nous dominent et que nous constituons dans notre pratique. Inventer d'autres médiations sociales que le travail, la valeur, la marchandise et l'argent. Sortir de l'économie, c'est-à-dire sortir de la forme capitaliste de la vie sociale, c'est l'auto-abolition du travail et des autres médiations qu'il constitue. Rien n'est écrit, tout est à inventer, mais substituer ce qui constitue structurellement le lien social dans la vie présente, par autre chose, c'est-à-dire faire basculer le noyau social au coeur de ce qui fait la société présente vers une autre société, est un enjeu immense bien plus sérieux et important qu'aligner un programme politique, des promesses pour un monde forcément meilleur, des alternatives individuelles et groupusculaires toutes faites, une cuisine mélangeant de ci de là divers ingrédients, une régulation étatique et des solutions clé en main.

Il faut poursuivre la critique, et non pas comme critique extérieure à son propre objet, mais intérieure à lui, comme mouvement réel de la société capitaliste elle-même. Car la possibilité même de la critique est socialement engendrée de l'intérieur de la société capitaliste comme société contradictoire. Une critique radicale qui vise le coeur même de la société critiquée, est donc une analyse qui procède de la crise immanente à la société capitaliste elle-même.

Quote:
" Une théorie qui critique la société et qui affirme que les hommes et, partant, leurs formes de conscience sont formés socialement doit pouvoir rendre compte de la possibilité même de sa propre existence " (Postone, TTDS, p. 214)


Autres plans, autre argumentation de base ?
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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kazh ar c'hoad



Joined: 23 Dec 2008
Posts: 131
Location: Pays de St Brieuc (22)

PostPosted: 13 Nov 2010 18:06    Post subject: Reply with quote

Il y a une chose sur laquelle il me parait possible de démarrer une critique radicale de la société lors d'une discussion, c'est l'abstraction qui domine effectivement nos vies ; non seulement au travers du travail abstrait, de la valeur et de la marchandise, mais aussi de la pensée moderne rationnelle.
Et celle-ci est bien présente au travers de l'économie et de ses "impératifs", lois incontournables au nom desquelles il est bien difficile (si ce n'est illusoire) de trouver par exemple des solutions aux problèmes créés par le productivisme sur la nature (pollutions, raréfaction des matières premières, perte de la biodiversité, ....).
Elle est donc aussi présente au travers de la politique, celle dont se targuent nos "responsables politiques" d'en être les détenteurs éclairés de sa logique ... au service de l'économie et de sa domination sur l'humanité.
Les exemples foisonnent en ce sens : le nucléaire en France par exemple (l' EPR ....), la stigmatisation de certaines catégories de population (Roms, etc....), la politique tout azimut et à caractère souvent contradictoire suivant les aléas du capital dans le monde de la finance, en quête de bouée de secours (et au dériment, souvent aussi, des peuples et de leurs besoins réels). Tout ceci se tient et participe à une logique folle de soumission à l'abstraction qui domine le monde au travers de ses diverses expressions.
Nous ne pouvons nous voiler la face devant l'absurdité de plus en plus apparente fomentée par cette abstraction. Elle se fait sentir de plus en plus cruellement dans nos vies, et pas seulement dans nos vies professionnelles (stress, perte de sens, pression de la hiérarchie...) mais aussi au travers des appels incessants et de plus en plus agressifs pour une consommation démesurée et stupide, une soumission de nos corps et nos esprits à un besoin de rendement et de rationalisation (en décalage ou en opposition avec les possibilités réelles et les limites de ceux-ci), une utopie scientifique reposant de plus en plus sur des hypothèses supputatoires tel les capitaux sur des niches de valorisations fictives (OGM, nanotech., ...), un décalage des "politiques" vis à vis de la vie réelle de leurs électeurs(trices),....
Ce dernier point est souvent cité dans les discussions. Il peut servir de base à un questionnement sur les raisons profondes de tout ceci. Faire donc prendre conscience vers ce à quoi sont arrivé les rapports sociaux dans "notre" société. L'économie est le fruit d'un processus de mathématisation du monde à des fins de production de valeur et donc de plus-value. Sortir des arguments faisant pointer du doigt l'écart entre la raison humaine et le rationalisme dominant (et pas seulement - ou du moins directement -en matière économique) peut faire prendre conscience de l'absurdité de la société capitaliste et du caractère historique des catégories au travers desquelles elle se déploie continuellement....mais jusque quand ? (caractère non durable d'une telle "logique" devenue autonome et donc ne pouvant être l'expression d'un "progrès" humain).
Comme tu l'écris justement, le temps tel qu'il est vécu en notre époque, fait parti de ces abstractions dominantes qui peuvent servir de fil conducteur vers une meilleure appréciation de notre réalité sociale. D'autre exemples donc peuvent être utilisés afin, par une approche empirique, de faire prendre conscience du caractère aliéné de nos pensées et de nos actes (bien souvent impulsifs), et de les ramener à la raison économique, dominante.
_________________
"Le travail est une pollution qui crée toutes les autres"
Un anonyme sur un mur de Brest en 1980

http://www.libertat22.lautre.net

http://ecologie-et-emancipation.over-blog.com
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