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L'honneur perdu du travail, Kurz (discussion)
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 12 Jun 2010 11:46    Post subject: Reply with quote

Ce qui m'intéresse dans la critique de la valeur, c'est la compréhension du principe de synthèse social de la société présente, dans la socialisation abstraite q'est le travail. Le travail abstrait n'est pas une simple dépense de travail humain en général, abstraction faite de la particularité du travail. Le travail abstrait n'est pas non plus un travail en général, comme simple catégorie logique, une simple chose de pensée, une simple hypothèse de commensurabilité (ce serait une erreur de penser comme cela). La nature du travail abstrait n'est pas d'ordre non plus physiologique, le naturalisme et le substantialisme ont très bien été reproché aux marxistes du travail par Castoriadis (sans pour autant que Castoriadis reprenne le chemin de la réflexion, cf. Les notes critiques de Postone sur Castoriadis).

L'analyse de Postone du travail en tant que activité sociale auto-médiatisante me semble bien en deça de toute institution, de toute chose dont le principe abstractif serait directement observable empiriquement, c'est bien plus au fondement des choses sociales à chaque fois historiquement situées. Et l'invention du travail est un basculement majeur des formes des sociétés traditionnelles vers des formes des sociétés modernes. L'idée, si des institutions peuvent amener le travail, il n'y a pas en dernière instance besoin d'institution pour que l'abstraction soit au noyau du travail de notre société. Marx n'a pas vu que le travail comme tel est déjà une abstraction, et le marxisme n’a quant à lui jamais développé une conscience critique à ce niveau, le mouvement ouvrier et les gauches ont toujours affirmé positivement le principe de synthèse social de la société capitaliste. Et en cela toutes les tentatives " révolutionnaires " ont toujours eu lieu à l'intérieur même de la fomation sociale capitaliste, le communisme n'a jamais été autre chose qu'un capitalisme d'assistance par l'Etat ou l'autogestion.

Dans quel sens le travail en tant qu'activité d'automédiation sociale, est-il alors une abstraction en lui-même, une séparation de quelque chose ?

Extrait d'un texte de Norbert Trenkle :

Quote:
La particularité sociale et historique du travail ne se tient évidemment pas dans le fait que des choses soient produites ni que des activités sociales soient réalisées. Effectivement, chaque société fait cela. Mais c’est la forme sous laquelle cela se passe, dans la société capitaliste, qui est particulière. C’est typiquement sous cette forme que le travail est isolé dans une sphère séparée des autres relations sociales. Celui qui travaille ne fait que ça et ne fait rien d’autre. Se reposer, s’amuser, vaquer à ses intérêts, s’aimer etc. doit se faire en dehors du travail ou ne doit en tous cas pas avoir une influence gênante sur le fonctionnement rationalisé. Évidemment, cela ne marche jamais totalement parce que, bien qu’il ait été dressé pendant des siècles, l’homme n’est jamais complètement devenu une machine. Je parle ici d’un principe structurel que l’on ne rencontre pas empiriquement de manière pure, bien qu’en Europe occidentale le processus de travail ressemble déjà largement à cet horrible modèle idéal. C’est pour cette raison, c.a.d. à cause de l’expulsion de tous les moments de non-travail en dehors de la sphère du travail, que se sont créées d’autres sphères sociales séparées. Historiquement, quand le travail s’est imposé, on a relégué dans ces autres sphères tous les moments séparés. Ces nouvelles sphères ont elles-mêmes pris un caractère exclusif (dans le sens du mot exclusion, expulsion, relégation, disqualification) : le temps libre, le privé, la culture, la politique, la religion, etc.


C'est à mon sens de la pratique sociale même de chacun, du travail social en lui-même, principe (déjà en lui-même) de l'abstraction, qu'il faut s'arracher. L'abstracion est sociale (c'est Tran Hai Hac qui préfère dire cela je crois), on pourrait dire aussi réelle. Ce n'est pas seulement une abstraction de la pensée, mais bien plus une abstraction réelle, imposée historiquement, dominant la société en soumettant les humains à son pouvoir.

De cela, le travail comme principe d'auto-médiation sociale abstraite, tu sembles ne pas vouloir en discuter, ni finalement le critiquer *. Il me semble que cela est en amont de tout. Ce dont tu parles (mises en forme, en compatiblité), je le verrai davantage comme un " devenir empiriquement abstrait " de la société, des formes concrètement abstraite de l'abstraction sociale médiatisante au principe du liant social présent. Cela existe finalement dans un monde déjà enchanté par l'abstraction, dans un monde où déjà tout le monde est mis au travail. Le travail abstrait n'est donc pas une simple abstraction mentale, institutionnele ou organisationnelle, des activités concrètes, qui ne seraient que post-festum, plongées dans le bain de l'abstraction (par des mises en formes qui viendraient extérieurement à quelque chose de sain et naturel pour se l'arraisonner, etc.). Il me semble qu'il faut aussi saisir la dimension institutionnelle quand bientôt et dans notre monde de subsomption réelle du travail, l'économie inventée forme un monde comme le fait remarquer Anders même très imparfaitement (il faut lire la critique de Anders naturalisant le travail, par Franz Schandl sur le site de Krisis), mais l'abstraction dans son noyau fondamental, est en deçà de cela, sociétale, invisible, suprasensible, hors de toute organisation extérieure à ce qui est organisé, elle est simplement dans un principe social particulier et historique d'entrechoquement des êtres. Principe qui n'a pas toujours existé. On ne naît pas travailleur, on le devient, comme dirait l'autre. L'institution, la politique, le privé, etc, sont déjà immanents dans leur principe de surgissement, à ce monde. La dimension institutionnelle assoie aussi cette formation sociale particulière. Mais en rester à la dimension institutionnelle sans porter une réflexion critique sur le travail, mon sentiment c'est que cela reste sur une simple proposition de bricolage institutionnel, sans finalement mettre en cause le principe de synthèse sociale, sa force abstractive constitutive et de domination, sa forme sociale de richesse (la valeur) et de métabolisme indirect avec la nature qu'il permet. On naturalise le travail, en supposant qu'il faudrait mettre en lumière ce qui se passe dans le coulisses de la mise en forme abstraite par certains petits groupes qui avancent masqués mais que la sociologie dénoncerait à la vindicte populaire afin de se libérer (toutes les critiques de la gestion et des " séminaires critiques " orgnisés sur elle me semblent tomber dans cela). Et paradoxalement peut-être, il me semble que une critique des dimensions institutionnelles est plus abstraite, car au niveau pratique, non seulement je pense que l'on ne part pas de la vie directement quotidienne de chacun dans ce qu'elle a de plus inaperçu par le sens commun, mais cela renvoit à un extérieur à soi (cela nous dédouane finalement) : lutter contre les institutions (si on dit que c'est à ce niveau que l'abstraction en son fondement, prend sa source), c'est peut-être il me semble finalement la lutte armée/lutte des classes (?). Pas seulement peut-être, mais franchement je ne vois pas (tu y as peut-être réfléchi ?).

Quand tu dis que l'on se concentre sur ce qu'il y a de plus abstrait, je vois pas cela comme toi. Au contraire je pense, la compréhension critique porte sur un objet, extrêmement concret, l'existence du travail. Le trait majeur et omniprésent de la seule modernité. Rien de plus concret je trouve, c'est pour cela à mon sens que ce travail en amont d'une explication enchantée d'un monde déjà réellement renversé, a plus de points communs avec certains anthropologues ou historiens, qu'avec tous les économistes et tous leurs critiques. L'objet de la critique ne doit pas être (simplement) la décrédibilisation des théories des sciences économiques, mais décrédibiliser l'objet social même sur lequel ils prétendent réfléchir, en changeant l'emploi de la vie. Il faut viser plus fondamentalement ce monde social réellement à l'envers qu'est la formation sociale capitaliste, dans laquelle les choses (sous forme de marchandise, d'argent, de capital) et les catégories commandent aux humains et se dressent en face d'eux comme des divinités barbares qui exigent réellement de nouveaux sacrifices humains. Il faut voir la folie suicidaire auquel aboutissent le déploiement des contradictions fondamentales du capitalisme ces derniersmois. La société capitaliste ne peut être qu'une voiture sans frein lancée à pleine vitesse, et à laquelle les politiques, les marchés et les experts ne peuvent de toute façon que préconiser pour unique solution, d'accélérer plus encore afin de ralentir... Gonfler à coup de crédit la bulle d'une croissance fictive, en consommant déjà les résultats d'une croissance future qui pourtant ne revient plus, ce qui affole logiquement les marchés. Et on voit mal demain les Etats rejouer avec le camion de pompier, sa sirène et sa grande échelle. L'ambulancier s'est sacrifié, il est déjà à terre, à demi conscient et dans le court-termisme politique tout azimut, il git dans sa marre de sang en tentant pourtant de se serrer à nouveau la ceinture libérale afin de se constituer un improbable garrot.

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* dans ton compte-rendu de la soirée Postone que tu m'avais fait suivre, tu parles plus de choses périphériques au texte et de certains aspects d'un texte de Kurz, que du coeur de l'extrait que tu résumes bien pourtant.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Guest






PostPosted: 14 Jun 2010 19:37    Post subject: Reply with quote

Je suis d'accord avec ce que tu dis-là mais je crois qu'on s'écarte un peu du point que je soulevais, à savoir
- l'importance de la concurrence dans la dynamique capitaliste.
- la naturalisation de la concurrence chez les auteurs marxiens

Or il me semble que, autant comme le dit Kurz on ne peut espérer revenir magiquement en arrière (du temps où la production de subsistance n'était pas séparée de l'unité vitale formée par toutes les activités), autant on peut s'écarter assez vite de son raisonnement en se disant que la concurrence n'est en rien automatique et involontaire, pas plus qu'elle ne serait pas observable dans son processus de construction.

On ne peut en effet pas passer sous silence le fait que la concurrence est hypothèse absolument centrale des théories sur la dynamique de la crise comme celle de Kurz, et le fait que les conditions qui valident cette hypothèse ne sont pas absolument pas étudiées.

C'est pourtant, on le sait tous un peu intuitivemment je pense, là où la concurrence est suspendue qu'à la fois on élabore les conditions d'extension future du capitalisme (le plus souvent (*)), souvent très consciemment d'ailleurs, mais aussi là aussi où s'élaborent les alternatives auxcapitalisme (beaucoup moins souvent)

Deun

(*) c'est pourquoi, dans le schéma théorique de la critique de la valeur allemande, la réduction du rôle de l'Etat comme simple consommateur de la valeur créée par les entreprises est, mis à part l'intérêt de la provoc' adressées aux copains alters, c'est finalement être assez gentil envers ces mêmes copains en faisant mine de les vexer en leur disant que la lutte des classes doit être remplacée par la lutte contre le travail... ne faisant au bout de course verbale que légitimer les revenus socialisés et peut-être le salaire sans travail...
... parce qu'une critique lettrée sans alternative pratique, elle sera toujours détournée, si toutefois cela a à un sens de la part d'auteurs qui ne semblent pas vouloir penser au delà de la critique d'un système (mis à part Kurz qui dans ce texte affirme des positions industrialistes assez nettes pour une fois)
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 07 Dec 2010 0:27    Post subject: Reply with quote

Dans l'honneur perdu, Kurz écrit :

Quote:
La division capitaliste du travail et son développement technique et matériel ne sont pas la cause et l'essence, mais plutôt la conséquence et la forme phénoménale du principe formel tautologique du "travail" social. Je veux appeler cette forme phénoménale sur le plan matériel et technique l'empirique devenir-abstrait du travail, en le distinguant du principe formel du travail abstrait lui-même


Pourtant, Jappe me semble beaucoup plus nuancé sur le sujet :

Quote:
Encore est-il vrai que le travail abstrait au sens formel devient la forme sociale dominante seulement lorsque l'aptitude des travaux à être échangés l'un avec l'autre, leur non-spécificité et la possibilité de passer d'un travail à l'autre ont pénétré la société toute entière (Les aventures de la marchandise p.50.)


Ce dernier semble suggérer que les investissements de forme peuvent être vus comme une composante du déploiement de la valeur, et non pas seulement comme une manifestation de la valeur, comme l'affirme Kurz.
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