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Autour de Krisis, Exit, critique de la valeur
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skum



Joined: 18 Oct 2009
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PostPosted: 04 Oct 2010 12:59    Post subject: Reply with quote

Extrait de la postface du livre Les Fils de la nuit (Souvenirs de la Guerre d'Espagne) d'Antoine Gimenez & Les Giménologues, postface intitulée "RÉVOLUTION OU RÉFORME ?", pp. 73-76 (517-520), consultable en PDF sur le forum anarchiste (lorsqu'il sera à nouveau en fonction), section "partage", ou sur le site des éditions L'Insomniaque.

La conférence d'A.Jappe "Pourquoi critiquer radicalement le travail ?" avait servi à écrire cette postface.

Quote:
De nombreux témoignages, et celui de Gimenez n’en constitue qu’un parmi tant d’autres sur ce point, attestent que l’expérience autogestionnaire fut précisément cela, une expérience. Personne ne savait vraiment ce qu’il fallait faire, à part ne plus permettre à un paysan propriétaire d’exploiter plus de terre que ses propres bras ne pouvaient en travailler, par exemple, ou défaire les anciens liens de subordination que garantissaient les caciques, mais c’est précisément l’intérêt de la démarche libertaire que de permettre de distinguer le moment de la destruction des anciens rapports de celui de l’élaboration concertée des nouveaux. Même si de nombreux militants expérimentés au sein de la CNT et de la FAI avaient des idées précises sur ce que devait être le communisme libertaire, à aucun moment il ne se constitua une direction éclairée de type bolchevique, convaincue de son omniscience, pour organiser d’en haut les collectivités : il n’est qu’à voir l’extrême diversité des procédés mis en œuvre ici et là. Dans tel lieu, on supprimait radicalement l’argent, dans tel autre on le conservait, mais sous la responsabilité d’un comité révolutionnaire élu, dans tel autre encore on établissait des bons pour certains types de denrées, etc. Bref, on cherchait, et si les troupes communistes de Líster n’avaient pas ravagé les collectivités d’Aragon dans l’été 1937, on aurait peut-être trouvé, à commencer par le fait qu’il ne suffit pas de supprimer l’argent comme support concret pour se débarrasser définitivement du type de rapports qu’il exprime et entretient dans la société capitaliste.

Car il est un fait que les anarchistes espagnols, s’ils brillaient par les qualités humaines de courage et d’empathie vis-à-vis de leurs semblables, n’étaient pas toujours très au fait des rapports qui ont cours dans la société du Capital. Sans doute cela est-il dû en partie à ces mêmes qualités humaines, qui leur voilaient des pans entiers de cette réalité.

Il nous semble nécessaire de pointer ici une contradiction importante dans le discours et l’idéologie anarchiste. La critique séparée de l’argent et l’accusation qui lui est faite d’être une source de mal mettent à nu un anticapitalisme trop superficiel, qui croit voir dans l’argent – et souvent dans ceux qui le détiennent – l’acteur coupable de pervertir la bonne économie créatrice de richesses, basée sur le travail.

Le travail est alors compris comme l’activité générique et anhistorique de l’homme dans le « métabolisme avec la nature » (Marx). L’argent, quant à lui, semble se surajouter à celui-ci pour l’exploiter et le dominer, et il semblerait alors suffisant de l’abolir pour atteindre une société plus juste et libérée du joug capitaliste.

Mais le travail n’est pas cette activité de l’homme à travers laquelle il vise à se reproduire, mais celle, spécifique, qu’il consacre à produire des marchandises. Les marchandises ne sont pas des produits quelconques, mais l’incarnation matérielle du temps nécessaire à leur production, de leur valeur. Leur valeur d’usage ne leur sert que de porteur. Et l’argent, finalement, se trouve être « la reine des marchandises », qui fonctionne comme équivalent de toutes les autres. Ce qui s’échange sur le marché, ce sont donc des unités de temps de travail. Le mouvement de la valeur est cette transformation permanente du capital (argent), en passant par le travail et la marchandise, en plus d’argent. Le capital lui-même, étant déjà du travail mort accumulé, s’augmente par sa valorisation, le passage par le travail vivant. La production capitaliste ne vise jamais rien d’autre que la production la plus grande possible de marchandises, sans se poser la question du besoin qu’en aurait la société. Celui-ci n’entre en ligne de compte qu’au moment de l’écoulement des marchandises, et c’est pour cela, dans la société capitaliste, que c’est la production qui domine les besoins, et non les besoins qui définissent la production.

Historiquement, le mot « travail » désigna d’abord l’activité des esclaves, c’est-à-dire de ceux qui produisent sous la contrainte pour d’autres. De cette définition ouvertement coercitive, il a migré vers l’illusion d’une activité libre où il s’agirait de donner une partie de sa force de travail en échange des moyens de sa survie.

Cette liberté est celle de l’absence d’autres liens. Le travail est toujours « n’importe quel travail » : son côté concret, le fait de cuire du pain ou de construire des chars d’assaut, n’est rien d’autre que l’incarnation concrète de son côté abstrait, celui de « dépenser du muscle, du nerf, du cerveau » (Marx) pendant une unité de temps donnée. Cette unité forme la valeur de la marchandise et s’exprime dans l’argent. Car c’est la seule mesure rendant commensurable deux produits complètement différents.

Vouloir abolir l’argent en sauvant l’honneur du travail, ainsi que l’exprime Antoine en bien des endroits de ses souvenirs, est donc un contresens pratiquement impossible à réaliser, et en appelle simplement à des ersatz certainement encore plus coercitifs que l’argent : des bons nominatifs exprimant la valeur du travail donné, des comptabilités rendant compte avec précision du temps consacré à la production, c’est-à-dire tout ce qui fonde une économie de type « soviétique », prétendant réaliser la valeur et la redistribuer plus justement. Ce qui est mis en cause n’est pas la valeur, mais simplement le « vol de la sur-valeur ».

Le travail présuppose déjà l’être humain comme séparé de la communauté et l’effort qu’il fournit comme une contrainte aliénée, en dehors de lui. Il s’agit d’une vision du monde absolument moderne, qui aurait paru absurde aux membres des sociétés prémodernes, pour lesquels l’appartenance à une communauté (certes pas choisie librement) était primordiale.

Mais il ne faudrait pas croire que cette faiblesse dans la théorie était spécifique aux anarchistes : il est intéressant de souligner ici la concordance entre eux et les autres tendances du mouvement ouvrier (communistes « de parti » ou « de conseils », sociauxdémocrates, utopistes, etc.), qui tous ensemble, malgré leurs inimitiés respectives, chantaient les louanges du travail et, par là, appartenaient, malgré eux, à la grande famille des modernisateurs, des « progressistes », même s’il ne faut pas faire preuve de cécité à l’égard de ces moments en marge et souvent spontanés qui dépassaient l’idéologie, et sont précisément pour cette raison ceux dont nous cherchons aujourd’hui à retrouver les traces.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 24 Oct 2010 7:59    Post subject: Reply with quote

A propos de cette postface des copains giménologues (sur palim psao) :

Quote:
Les marxismes traditionnels et ses différentes tendances conseillistes, utopistes, auto-gestionnaires, communistes de parti, sociaux-démocrates, etc., ne furent pas les seuls à comprendre le capitalisme à partir du point de vue du travail. Les anarchistes sacrifièrent aussi à ce principe de constitution sociale de la société capitaliste. On sait que la très grande majorité la pensée anarchiste au XIXe siècle est fondée sur la défense des formes pré-modernes de travail (artisanat, paysannerie, etc pogressivement soumis par la subsomption réelle du " travail " sous le capital dit Marx) et que encore aujourd'hui de nombreux néo-luddites qui pourtant visent juste quand ils s'en prennent à la société industrielle (car intrinsèquement capitaliste), font comme si on pouvait attaquer le « travail mort-vivant » (voir l'article de M. Amiech et J. Mattern dans la revue Notes et Morceaux Choisis n°6) à partir de ces formes là qui ont disparu. Ils ne voient pas que le procès de production capitaliste possède une double nature, à la fois procès de travail et procès de valorisation. Ils ne voient pas que le procès de la valorisation c'est-à-dire de la valeur qui se valorise (face abstraite de tout travail) modifie le procès de la face concrète du travail, et que l'on ne peut réduire le devenir « mort-vivant » du travail à des questions de formes technico-organisationnelles d'appropriation qui capteraient du dehors un principe sain, naturel et transhistorique : le « travail ». Dans le cours de la transition brutale des formes pré-capitalistes à la forme sociale de vie capitaliste, l'activité productive pré-moderne que l'on peut difficilement qualifier de « travail » au sens moderne (anachronisme), est soumise par la face abstraite (du fait du caractère socialement médiatisant du travail sous le capitalisme) et les structures sociales dans lesquelles elle s'objective. Car le travail devient « intrinsèquement capitaliste » (Postone, TTDS, p. 480) de deux façons du fait des deux caractères sociaux de tout travail dans la société capitaliste. D'abord en premier lieu du fait de la soumission du caractère social de la face concrète de tout travail au sens moderne, en tant qu'activité productive, aux fins de la valorisation. Ce premier caractère social propre à la face concrète du travail c'est la coopération, c'est-à-dire la production dans laquelle le plus grand nombre de travailleurs travaillent ensemble dans le même procès ou dans des procès reliés entre eux. La coopération entendue en ce sens là, est organisée par les acheteurs de la marchandise-force de travail et profite aux capitalistes car elle est un immense moyen d'augmenter la productivité et partant, de réduire le temps de travail socialement nécessaire à la production de marchandise (et par là permet d'augmenter le temps de surtravail et ainsi la survaleur relative forme adéquate du capital). L'organisation de ce caractère social de la face concrète est ce que l'on nomme aujourd'hui trop superficiellement l'organisation ou le management du travail. Il y a bel est bien un procès d'aliénation relatif à ce caractère social de la face concrète (on connaît l'histoire de la soumission des individus préssés comme des citrons par l'organisation du travail, cf. France Telecom, etc) que je développe pas ici. Quand on s'en prend au travail salarié dans la critique traditionnelle y compris anarchiste, c'est ce procès d'aliénation relatif à ce caractère social de la face concrète du travail moderne que l'on prend pour seul objet de la critique : on critique le salariat comme relation de subordination juridique, on critique l'organisation du travail par les managers et les gestionnaires, on critique l'appropriation masquée de la survaleur par une classe capitaliste, etc. Le point de vue de cette crtique, qui réduit de manière erronée sa compréhension du capitalisme aux rapports d'exploitation (appropriation de la survaleur) qui prennent la forme de luttes de classes [1], est celui de l'éloge du travail autonome (libéré) et plus largement où les individus seraint respectés sans être réduits à des rouages mort-vivant. C'est là bien entendu le point d'aboutissement de la pensée autogestionnaire qui libèrerait le travail du capital en cela qu'elle est typique de cette critique relative au procès d'aliénation au sein du caractère social de la face concrète du travail moderne. Pour éviter l'exploitation et l'appropriation privée de la survaleur, contentons nous de changer les formes technico-organisationnelles-juridiques au travers de la rotation des tâches, des décisions prises à la base, etc., pour libérer le travail du capital. La critique luddite (anti-industrielle) reste également encore aujourd'hui dans cette forme de critique là faite toujours du point de vue de ce qui serait de bons métiers épanouissants (en s'appuyant sur la pensée inaboutie d'Hannah Arendt sur le travail). Cette critique inaboutie n'est pourtant qu'une partie d'une théorie critique véritable du capitalisme car elle ne s'attache qu'à critiquer ce caractère social de la face concrète du travail, car tout simplement cette critique naturalise le travail.



Mais tout travail au sens moderne est aussi intrinsèquement capitaliste car tout travail possède un second caractère social historiquement spécifique à la seule formation capitaliste. Phénomène sur lequel jamais ne se penche la critique traditionnelle du capitalisme et moins encore l'actuelle critique luddite (anti-industrielle) encore partiellement pertinente. Car ce même travail, quelque soient son but, sa spécificité qualitative, la spécificité des matières premières qu’il utilise et des produits qu’il crée, a aussi une deuxième face en tant que deuxième caractère social de ce même travail. Il a un autre caractère social en tant que médiation sociale (travail abstrait) historiquement spécifique à la seule société marchande-capitaliste, médiation sociale générale fondée dans les structures sociales profondes de la société capitaliste, et qui réflexivement par une relation mutuellement constituante entre la pratique et la structure profonde, constituent aussi une forme historiquement spécifique de richesse sociale (la valeur) sous la forme invisible et non empirique d'une médiation sociale fondée sur le temps de travail abstrait (structures de rapports sociaux où le travail abstrait s'objective, qui seront dynamiques et contradictoires et que l'on saisira par la catégorie de capital). Structurant la société car médiatisant les rapports sociaux, le travail est ici entendu comme l'activité qui est automédiatisante, c'est à dire que le travail existe pour le travail lui-même et non plus pour un but extérieur comme la satisfaction d'un besoin par exemple. « Le travail est le moyen pour une fin donnée par les structures aliénées constituées par le travail (abstrait) lui-même » (Postone, TTDS, p. 477). Les deux faces de tout travail sont en relation, ce qui fait que la signification de la face concrète du travail se transforme quand on la considère à partir de sa face abstraite. Le procès de travail (face concrète) n’est que l’ombre, le support, un mal nécessaire du procès de valorisation (face abstraite), en termes du procès de valorisation le travail est source de valeur. Le but du procès de production (dans sa double nature, à la fois procès de travail et procès de valorisation) n'est pas la satisfaction des besoins, mais la dépense de ce temps de travail abstrait constituant dans la structure de cette société ci, une forme de richesse sociale distincte de la richesse matérielle, la valeur. Et plus encore la valeur qui s'autovalorise : la médiation sociale qu'est le capital (catégorie que l'on ne peut réduire qu'à une simple forme de surplus social). Le travail est ainsi considéré comme l’objet véritable de la production, l'objet sacré autour duquel l'ensemble de la société s'organise, se produit et se reproduit, il faut le dépenser de manière boulimique, compulsive, c’est le caractère tautologique de la production marchande-capitaliste. La critique historique anarchiste en ce sens, en restant dans l'opposition non-hétéronome au capitalisme, entre travail et capital (schéma de la lutte des classes dans laquelle même Cornélius Castoriadis restera prisonnir), cherchera non pas à critiquer le travail comme intrinsèquement capitaliste, et donc à dépasser comme forme de structuration d'une société donnée, mais à l'affirmer positivement contre le capital. L'anarchisme (sauf dans quelques micro-courants, y compris actuels je pense à Non Fides) a toujours été un défenseur de la naturalisation du travail en tant que tel.



Pour illustrer cette réflexion jusqu'ici très théorique, rien de mieux que de prendre un exemple historique concret. « Les souvenirs de la guerre d'Espagne » d'Antoine Gimenez ont été publiés il y a quelques années par le collectif des Giménologues qui établit (et établit encore) un impressionnant travail de recherche historique constitué de notes biographiques passionnantes (le livre est épuisé mais il est intégralement consultable ici sur le site des éditions l'Insomniaque). Les souvenirs d'Antoine qui s'est battu au sein de la colonne Durruti sur le front d'Aragon entre 1936 et 1938 sont un exceptionnel témoignage de ce qui fut la plus belle tentative de subversion de la formation sociale capitaliste. Ci-dessous l'extrait de la postface écrit par les Giménologues qui tirent des « enseignements » sur la tentative révolutionnaire des anarchistes espagnols dans les collectivités agricoles d'Aragon et les entreprises autogérées à Barcelone (cf. le film de Ken Loach, « Land and Freedom » certainement le film le plus connu sur ce sujet). Car la révolution espagnole n'a pas été pour les anarchistes la seule lutte contre la barbarie fasciste franquiste, elle fut aussi l'expérimentation sociale de la subversion concrète du fonctionnement de la machine sociale capitaliste. Ce qui est donc intéressant dans cette postface c'est la leçon qu'ils en tirent pour nous aujourd'hui : qu'est-ce qui a été tenté tenté comme expérimentations dans ces mois révolutionnaires (jusqu'à l'été 1937 où la révolution est baignée dans le sang) et pourquoi les anarchistes ont échoué à subvertir la forme sociale de la vie capitaliste dans ces expériences ? Car on ne peut seulement répéter cette insupportable vérité qui est de dire que la révolution a été écrasée dans le sang par le fascisme. Avec ce sentiment de fraternité, il faut aussi revenir sur la théorie anarchiste qui a été appliquée en Aragon et à Barcelone dans les villages agricoles et les usines et voir ses limites afin dans garder des enseignements pour dépasser aujourd'hui la machine sociale capitaliste. Inspiré par le texte d'Anselm Jappe Quelques bonnes raisons pour se libérer du travail et plus largement par la critique de la valeur (wertkritik), théorie de la centralité du travail dans la seule société capitaliste, les Giménologues abordent ce qu'il en est du dépassement du travail dans la tentative révolutionnaire anarchiste. Et aujourd'hui comme hier, trop de courants anarchistes en restent toujours à dénoncer unilatéralement l'exploitation du surtravail/survaleur et les conditions du travail (le salariat étant surtout dénoncé pour être un rapport juridique de subordination, cf. l'autogestion libertaire), mais le travail en tant que tel est toujours ininterrogé, ce qui constitue encore l'angle mort de l'ensemble du mouvement salarié et de nos subjectivités rebelles qui se refusent à être enmurées. Cet extrait est alors des plus lucides pour les anarchistes d'aujourd'hui et plus largement pour ceux qui veulent une sortie de la forme de la vie présente, en cherchant à dépasser le travail.

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Note :


[1] Parce que la critique traditionnelle du capitalisme (y compris anarchiste) pensait que le rapport d’exploitation déterminait en dernière instance la structure profonde de ce qu'est le capitalisme, on a généralement compris le rapport de la classe capitaliste et de la classe ouvrière comme se trouvant au cœur de l’analyse du Marx de la maturité. Or Marx dans la logique de son argumentation décrivant l'existence du caractère spécifique d'une médiation sociale sous le capitalisme constituée par des formes sociales aliénées, on ne peut concevoir plus longtemps le rapport d'exploitation, c'est-à-dire les rapports de classe, comme le rapport social essentiel du capitalisme et plus encore comme rapport déterminant une force motrice du changement historique. Car ce rapport d'exploitation (rapport entre classes) est en réalité enraciné de diverses façons sur les profondeurs de la forme quasi objective de médiation sociale caractéristique du capitalisme qui le supporte. L'antagonisme social spécifique à la société capitaliste, est constitué socialement par la médiation sociale (cf. Postone, TTDS, chapitre « Classes et dynamique du capitalisme », p.461-476) .

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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skum



Joined: 18 Oct 2009
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PostPosted: 24 Oct 2010 21:20    Post subject: Reply with quote

Un condensé de la « Discussion avec Anselm Jappe » autour de son livre: « Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur. » : ANSELM JAPPE: LE CAPITALISME A DEJA ECHOUE!
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 04 Nov 2010 19:07    Post subject: Reply with quote

un point important souligné dans la page Krisis de wikipedia, qui soutient une théorisation beaucoup plus fondé de la réponse à cette question essentielle (qu'il serait juste mais réducteur d'expliquer par le gaspillage, la boulimie, etc) : pourquoi dans la société capitaliste, la croissance de la valorisation est également destruction de l'environnement ?

Quote:
Krisis soutient qu'il ne s'agit pas de réhabiliter l'aspect subordonné sur l'aspect dominant pour mettre réellement en danger le capitalisme, c'est-à-dire réhabiliter le travail concret sur le travail abstrait, la valeur d'usage sur la valeur d'échange mais bien de les critiquer radicalement conjointement comme logique complémentaire permettant à la forme-valeur de se pérenniser, la valeur d'usage et le travail concret n'étant que des sortes d' émissaires des basses œuvres de la marchandise dans « le monde réel » pour réaliser son profit : dans ce processus, l'argent investi (A) dans la production d'un produit, censé représenté une valeur d'usage (M) ne vise qu'à revenir vers lui-même en quantité augmentée (A'). Le monde réel est donc vu par le capital comme un mal nécessaire, indispensable mais contingent, pour poursuivre sa reproduction élargie. Ceci permet de comprendre pourquoi cette poursuite sans fin a des conséquences catastrophiques sur le plan écologique puisque la forme-valeur, en somme, n'érige sa puissance que sur le sacrifice du réel c'est-à-dire, présentement, le saccage accéléré de l'environnement pour continuer son accumulation dans des proportions toujours plus développées : le monde réel doit être si nécessaire détruit entièrement au nom d'une forme aveugle de croissance pour que « l'abstraction réelle » de la marchandise (puisque dans cette forme de croissance le contenu, l'aspect « sensible » ne sont effectivement tolérés que comme matière première susceptible de faire fructifier le capital), puisse poursuivre indéfiniment son auto-reproduction. Mais en même temps, cette poursuite sans fin indique aussi que la valeur entre nécessairement, un moment ou à un autre, en crise puisque, bien que « la forme abstraite cherche à se rendre indépendante du contenu et de ses lois », « le contenu la rejoint encore et toujours, parce qu'une forme sans contenu ne peut pas exister. La pensée de Marx se caractérise justement par l'importance accordée à la nature, lato sensu, par exemple là où Marx met en relief le rôle de la valeur d'usage, négligé par les économistes classiques, et où il souligne que le travail n'est pas seulement procès de valorisation, mais aussi procès de production. Presque toute la pensée bourgeoise reflète la logique de la valeur en ce qu'elle suppose l'existence d'une forme autonomisée qui peut continuer éternellement à se développer sans jamais rencontrer de résistance de la part d'un contenu ou d'une substance. (...) La forme, en tant qu'elle est quelque chose de pensé, est quantitativement illimitée, tandis que le contenu a toujours des bornes. La conviction selon laquelle on pourrait manipuler à l'infini la réalité sombre au plus tard dans la crise ; l'existence d'une réalité incontournable, d'une substance qui a ses propres lois, vient alors à la lumière. » (Anselm Jappe in Les Aventures de la marchandise, page 148-149.)


Sur cette question de la destruction de la nature, il faut relire dans Postone, TTDS, la partie intitulée " Survaleur et croissance économique ", p. 452-461 qui est très intéressante Juste un très court extrait pour voir un des résultats de cette réflexion. Il faut avoir à l'esprit la distinction entre la valeur et la richesse matérielle pour comprendre ce qui suit. Postone a raison de dire contre le discours écologiste ambiant, que :

Quote:
" la destruction croissante de la nature ne la doit pas être simplement considérée comme une conséquence de la maitrise et de la domination croissante de la nature par les hommes. Ni la critique productiviste du capitalisme ni ce dernier type de critique de la domination de la nature ne distinguent entre valeur et richesse matérielle ; l'une comme l'autre se fondent sur la conception transhistorique du " travail ". D'où il résulte que l'une comme l'autre se focalisent sur une seule dimension de ce que Marx saisit comme un développement double, un développement plus complexe. Ces deux positions constituent une nouvelle antinomie théorique de la société capitaliste.

Dans l'analyse de Marx, la destruction croissante de la nature opérée sous le capitalisme ne dépend pas simplement du fait que la nature est devenue un objet pour l'humanité, mais surtout du type d'objet qe la nature est devenue. Sous le capitalisme, les matières premières et les produits sont, selon Marx, des supports de valeur, et non de simples éléments constitutifs de la richesse matérielle. Le capital produit la richesse matérielle en tant que moyen de créer de la valeur. Aussi ne consomme-t-il pas seulement la nature matérielle en tant que matériau de la richesse matérielle, mais aussi en tant que moyen d'alimenter sa propre expansion - c'est-à-dire en tant que moyen d'extraire et d'absorber plus de temps de surtravail possible de la population laborieuse. Des quantités toujours croissantes de matières premières doivent être consommées, même s'il n'en résulte pas une augmentation correspondante de la forme sociale de la sur-richesse (survaleur). Le rapport entre les hommes et la nature médiatisé par le travail devient un procès unilatéral de consommation, et non plus une interaction cyclique. Il revêt la forme d'une transformation accélérée de matières premières qualitativement particulières en " choses ", en supports qualitativement homogènes de temps objectivés " (Postone, TTDS, p. 458-459) [Ce qui est en italique est de Postone, ce qui est en gras c'est de moi
]
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Last edited by Kobayashi on 04 Nov 2010 20:59; edited 4 times in total
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kazh ar c'hoad



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PostPosted: 04 Nov 2010 19:57    Post subject: Reply with quote

Et le contenu, ou la substance, peut désigner ce qui est propre à l'humain en tant que sa nature, interne, personnelle, intime que celui-ci devra valoriser afin de répondre à la nécessité actuelle de rationalisation du capitalisme à bout de souffle.
La limite est représentée ne ce cas par ce qu'il devient alors possible de pouvoir endurer, ou non, dans la course effrénée pour la compétition et la conrurrence généralisées qui répondent elles deux au besoin de pressurer toujours davantage les êtres pour qu'ils s'adaptent aux normes croissantes de valorisation de leur travail (ou dans de plus en plus de cas, afin que leurs services coûtent de moins en moins chers et offrent ainsi au capital financier des espaces d'invertissement )
La vie même devient la substance, le capitalisme le cancer....
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Un anonyme sur un mur de Brest en 1980

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skum



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Posts: 81

PostPosted: 24 Jan 2011 22:21    Post subject: Reply with quote

Quelques remarques intéressantes d'Urbain Bizot dans un texte intitulé " Qui est vraiment mort à Auschwitz? ".

Quote:
Si ce régime [le régime nazi] s’est caractérisé par une abolition inattendue et brutale des limites qui configurent l’équilibre normal du capitalisme, il n’a en même temps rien inventé de substantiellement hétérogène : il s’est contenté de donner libre cours à des tendances déjà existantes et à les révéler de la façon la plus extrême. Non seulement la société nazie ne se présente pas comme une forme de vie sociale contraire au capitalisme, mais elle projette au contraire un éclairage violent sur des orientations cyniques que le capitalisme n’assume habituellement qu’à demi-mot, et à doses réduites. Certaines tendances lourdes se trouvent purement et simplement désinhibées, ce qui explique qu’au beau milieu de la marche normale des « démocraties occidentales » on retrouve constamment des bribes, des fragments, des impulsions clairement homologues à la Weltanschauung nazie : c’est là le contenu désordonné d’une caisse à outils qui n’attend que d’être utilisée.


Quote:
Kurz dans les lignes suivantes : « La logique de destruction résultant de l’indifférence de la valeur pour le monde physique ne se résume pas, pour finir, aux divers calculs guidés par l’intérêt, ceux-ci ne faisant que la traduire ; pourtant, elle est en mesure d’apparaître immédiatement comme but en soi, sans plus être filtrée par le calcul intéressé : comme l’a montré jusqu’à présent Auschwitz, comme sa conséquence la plus extrême. « Subjectivement », les nazis voulaient en supprimant les Juifs libérer la valeur de l’abstraction, comme l’a montré Moishe Postone ; le résultat en fut qu’ils exécutèrent immédiatement l’abstraction de la valeur comme but en soi de la destruction, et sans plus passer par la médiation d’un calcul intéressé » . Certes, dans la propagande nationaliste visant la réunification illusoire des classes sociales, c’est effectivement le capital étranger (cosmopolite, « juif ») qui apparaissait comme l’ennemi, au profit d’un capital industriel « aryen ». Les nazis, voulant accomplir cette tâche fondamentalement absurde de « libérer la valeur de l’abstraction », ont sans nul doute facilité l’élimination de la population juive en l’assimilant purement et simplement au capital transnational. On ne peut cependant jamais s’en tenir à l’idéologie pour expliquer un phénomène. Empiriquement, même s’agissant des victimes juives, l’ « explication » donnée par les nazis se heurtait irrémédiablement à la réalité des populations arrêtées et assassinées, qui était dans sa majeure partie composée de couches populaires pauvres, sans le moindre lien avec la « finance internationale ». Les visages et les tenues des personnes arrêtées n’étaient qu’une seule et tragi-comique dénégation de l’affirmation idéologique officielle. Quant aux Tziganes, aux Noirs et aux Slaves, eux ne pouvaient en aucune manière personnifier la finance internationale, pas même par une assimilation raciale abusive : et ils furent néanmoins éliminés comme les Juifs. Ce que toutes ces populations avaient en commun peut et doit certes se définir face à la valeur, mais forcément d’une manière différente de ce qu’avance Postone pour la seule composante juive. Toutes ces populations, qualifiées par les nazis de plus ou moins « animales », « infrahumaines », « non civilisées », étaient considérées comme inaptes à entrer dans le processus de valorisation (travesti en communauté nationale), à l’image des scories et des déchets d’une matière brute humaine destinée à se transformer en ouvriers aryens authentiquement disciplinés, « propres » et efficaces, et en consommateurs dociles de mass media asservis par le régime.


Quote:
La société du spectacle intégré a réussi depuis lors ce tour de force de conserver la parcellisation et le cloisonnement extrêmes des modes de vie (égoïsme individuel, égoïsme familial, égoïsme régional, égoïsme national, égoïsme religieux, égoïsme corporatiste) et d’imposer partout, comme le ferait un passe murailles dépourvu d’entraves, un même « contenu » identique (la consommation frénétique et sans cesse modifiée des mêmes détritus marchands) : la marchandise possède une force de pénétration bien supérieure à celle du NSDAP. Les enfants nazis se contentaient de dénoncer leurs parents indociles ; les enfants modernes comme consommateurs pilotes, eux, savent diriger leurs parents vers une plus grand docilité à l’égard de la marchandise : ce seul exemple montre la supériorité de cette dernière quand on la laisse faire.


Quote:
La marchandise sait que n’est durable que la servitude consentie.


Urbain Bizot avait commenté Marx est-il devenu muet ? de Moishe Postone. Il faisait remarquer "les rapports" que Postone "entretient" avec la gauche, un peu comme certains membres de Krisis/Exit ! :

Quote:
Autre aspect réellement préoccupant : même si tout ce qu’écrit Postone s’inscrit en faux contre la platitude antimondialiste, son rapport à la gauche politique ne semble pas vraiment clair. De cette gauche, dont un théoricien de son niveau ne devrait même pas évoquer l’existence (parce que cette existence relève de l’illusion la plus absolue, et qu’elle se situe donc désormais et pour toujours en dessous de toute critique), Postone écrit successivement que les récents développement historiques « représentent de sérieux défis à la gauche » (p. 21), ou encore que « sans une analyse du capitalisme capable d’aborder une crise structurelle qui affecte la vie de la plupart des habitants de la planète, quoique avec des différences, la gauche aura complètement abandonné le champ politique à la droite » (p. 38 ). De tels écarts de niveau, aussi compromettants, sont-ils imputables au séjour prolongé de Postone à l’Institut fondé à Francfort par Adorno et Horkheimer, puis géré par le nain intellectuel Habermas (qui se prend pour l’hilarant mentor d’une risible social-démocratie allemande contemporaine) ? Quand « la gauche » a rejeté depuis plusieurs décennies un marxisme dont même la version traditionnelle suffirait à l’embarrasser, et quand elle a ainsi rejoint son concept de figurant sur la scène « politique », que faut-il penser d’un théoricien qui s’interroge encore à son sujet ?


Et une longue correspondance entre JP Baudet (Amis de Némésis) et des Giménologues, dans laquelle sont mentionnés quelques "théoriciens" de la wertkritik, les ambiguïtés des Giménologues (correspondance avec Gilles Dauvé, etc.), de la CNT-AIT lors de la Guerre d'Espagne, de Debord... : Voyage en Giménologie
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