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Le " procès " de 1968 et la décroissance.
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Fanny



Joined: 03 Jun 2005
Posts: 21
Location: Grenoble

PostPosted: 12 Jul 2005 14:02    Post subject: Reply with quote

Je te rejoins totalement Deun.

Choix, mais choix sociaux, politiques, collectifs. Sans cela... exit la décroissance pérenne et conviviale. Pleure ou Très triste
_________________
Le cheveu fou et l'oeil vif
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 12 Jul 2005 15:23    Post subject: Reply with quote

Ah merci... Tu me fais débondir là Sourire
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Fanny



Joined: 03 Jun 2005
Posts: 21
Location: Grenoble

PostPosted: 12 Jul 2005 15:29    Post subject: Reply with quote

Tinki Winki ! Youpie ! Mort de rire

Euh... Débondir ? Alors retomber ? Pas trop fort sur la tête hein ! Très content
_________________
Le cheveu fou et l'oeil vif
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 12 Jul 2005 15:47    Post subject: Reply with quote

Fanny wrote:
Quote:
libéral, libertaire, libertarien... tous ces mots ont une racine commune : liberté, mais désigne des concepts fort variés (voir antagonistes)


oui, mais en quoi sont-ils antagonistes ? Développe... Les définitions que tu as données ne montrent pas en quoi le libertaire propose des relations sociales alternatives à celles qui ont cours en régime capitaliste. Il est tentant de dire "le libéral pense économique", "le libertaire se situe sur un autre plan".... Mais derrière l'économique, le social, derrière tout ça, il y a le politique, c'est-à-dire des valeurs communes pour vivre ensemble, une "foi" sociale. En quoi le libertaire diffère, dans ses valeurs, de celles du capitaliste ? Pour moi, les deux peuvent être d'accord ou non sur certains points, mais les deux se serrent la main sur un même principe de base : l'individu avant tout. Ca serait intéressant que tu étayes encore un peu Sourire


Fondamentalement, le libertaire ne va pas penser la société en terme de simple consolidation des contrats inter-individuels. Pour lui, la liberté est individuelle dans la mesure où c'est l'individu qui contribue à son émergence sociale. La liberté individuelle est à la fois la source et le résultat d'un processus collectif et voulu comme tel.

Le capitaliste instrumentalise la liberté et la réduit à un mécanisme utilitariste, comme s'il s'agissait du lubrifiant naturel d'un pur mécanisme d'échange de valeurs.

Dans cette optique, on ne peut pas dire qu'ils partagent un principe de base commun "l'individu avant tout". Le libertaire va plutôt dire "l'individu conscient avant tout", le capitaliste va plutôt dire "l'individu isolé avant tout". Cela conduit à des positionnements fondamentalement différents quand au fonctionnement de la société, par exemple sur les notions de propriété privée ou d'accumulation de capital.
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bloups



Joined: 27 Jul 2004
Posts: 1560

PostPosted: 12 Jul 2005 18:31    Post subject: Reply with quote

Moi je bondis sur votre vision du libertaire. Ça revient à peu près à : "l'anarchiste il veut que ce soit le bordel", vision que je ne partage pas, mais ktche l'a expliqué mieux que moi.

Quote:
Le capitalisme qui "décide" des contestations dont il a besoin, ça mérite d'être justifiée comme idée...


Lorsque le capitalisme a réussi a séparé la culture du militantisme, il a réussi un coup de force admirable : transformer la révolution en contestation.

La contestation c'est extrêmement utile pour un système comme le nôtre, ça le nourrit et ça donne l'impression à tout le monde d'avoir le choix. Les groupes hippies, neobabs ou new age de l'époque comme une certaine catégorie d'alter truc chose aujourd'hui entrent dans cette contestation. Une contestation contrôlée par un système qui a peu de chance d'être bouleversée par elle.
Ce qui m'a séduit dans la décroissance, c'est qu'elle offre la possibilité de revoir entièrement le système et le monde dans lequel nous vivons et pas simplement de jeter des paillettes de contestation spectaculaire par dessus.
Les gens qui ont prôné l'individu à tort et à travers suite à mai 68 n'étaient pas et n'ont jamais été libertaires. L'individu conscient que recherche le libertaire, plus exactement la libération de la conscience de l'individu amène à une conscience collective qui permet la construction d'une société.
Le capitaliste se contrefout du bien-être ou de la conscience individuels, il ne prône l'individu que dans un but d'isolation. En gros : chaque individu "a la liberté" de faire ce qu'on lui demande et pas autre chose. Il se retrouve isolé, sans contact, ce qui permet de le contrôler sous couvert de liberté.

Exactement de la même manière que l'anarchiste ne recherche pas le chaos comme on veut nous le faire croire, mais l'absence de hiérarchie.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 13 Jul 2005 11:53    Post subject: Reply with quote

Personne ici n'a dit que que l'anarchisme c'était le chaos.

Par contre, il est clair que la contestation de la hiérarchie est complètement digérable par le système actuellement (notion de réseau). Le salarié moderne est quelqu'un qui est autonome et qui précisément refuse les règles préétablies, surtout s'il a fait de longues études. Et ça tombe bien, parce que justement le caractère incertain du marché (concurrence accrue) oblige précisément au salarié à palier aux défauts des organisations, en s'activant pour trouver lui-même les règles qui vont marcher pour telle situation, en collaboration avec ses collègues. C'est là la nouvelle domination au travail. Les organisateurs se sont aperçu qu'il était contre-productif de définir trop précisément les postes de travail, vu que l'environnement des entreprises (marchés) était instable et incertain. Il vaut mieux créer de petites équipes autonomes qui vont s'auto-gérer à l'aide d'outils informatiques collaboratifs.

Négocier les règles ne suffit pas, quand de toute façon les finalités ne sont pas négociables (domination du capital sur le travail), voire non perceptibles (système technicien).
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bloups



Joined: 27 Jul 2004
Posts: 1560

PostPosted: 13 Jul 2005 17:17    Post subject: Reply with quote

Quote:
Personne ici n'a dit que que l'anarchisme c'était le chaos.


Non je sais bien, c'était une comparaison d'erreur de définition courrament faite…


Pour te répondre, encore une fois je crois que tu confonds deux choses. Ce que tu décris est une contestation de la hiérarchie anecodtique. C'est le salarié qui se croit libre parce qu'il tutoie son patron…
L'anarchie vise à abolie la hiérarchie globalement dans la société et ne peut donc se satisfaire de ce genre d'arrangements…
En gros faut tout foutre en l'air M. Green
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NedLudd



Joined: 24 May 2005
Posts: 75
Location: Paris

PostPosted: 13 Jul 2005 22:24    Post subject: Reply with quote

Ci dessous un petit texte pour recadrer les idées de ceux qui se font les défenseurs de la hiérarchie et aux autres qui trouvent des mérites à l'Etat, et aussi à tous ceux qui laissent passer ces énormités sans réagir....




OGM - "Faucheurs volontaires" : Action directe ou opération politicienne ?
Courant Alternatif N°143 - Novembre 2004


Le 25 septembre dernier les « faucheurs volontaires » ont mené une nouvelle action nationale contre des parcelles expérimentales d’OGM. Partis de la Puye, dans la Vienne, le cortège automobile devait rallier, quelques kilomètres plus loin, une parcelle à Valdivienne, commune située, clin d’œil de la société industrielle aux mécréants du progrès que nous sommes, au pied de la centrale nucléaire de Civaux. l’opération se solda, comme lors des précédentes, par quelques violences policières qui entraînèrent des protestations d’autant plus véhémentes de la part des organisateurs qu’elles leur permirent de masquer ce qui ne fut, en fait, qu’une opération inscrite dans les grandes manœuvres de recomposition de la gauche de la gauche. Une occasion de faire le point sur les enjeux de ces nouveaux mouvements à qui l’on attribue parfois, à tort, une orientation libertaire.

Alors que l’action était censée se préparer plus ou moins discrètement, à l’abri en tout cas du regard médiatique, sinon policier, nous fûmes surpris de constater, quelques jours avant le jour J, le nombre de gens au courant. Qui plus est, la presse elle-même annonçait à grand renfort de gros titres la venue certaine du pape Bové dans nos villages ! C’est que, une fois de plus, les leaders de la Confédération paysanne, cheville ouvrière de ces opérations avec la complicité active d’ATTAC et des Verts, ont préféré l’efficacité douteuse des feux de la rampe à la réalité tangible de la destruction d’OGM.

C’est ainsi qu’au départ du cortège nous eûmes droit à la présence très médiatisée de José Bové, bien sûr, mais aussi de Noël Mamère, d’Alain Lipietz, de Marie-Christine Blandin et d’Olivier Besancenot. Radios et télés s’intéressaient davantage à ces têtes d’affiche qu’aux quelques centaines de manifestants venus de toute la France et aux motifs mêmes du rassemblement.

Après quelques discours convenus sur la mondialisation, ces braves gens nous expliquèrent qu’il fallait pendant cette action, respecter la discipline, refuser la violence (c’est-à-dire non seulement ne pas la provoquer, mais encore ne pas riposter aux flics), et s’en remettre aux porteurs de brassards dont les différentes couleurs indiquaient la nature de leur compétence (parcours, décisions de replis, blessures, etc.)

Une fois parvenus à Valdivienne nos bureaucrates et leurs petits soldats embrassardés ne purent évidemment rien faire face aux forces de l’ordre, malgré des négociations menées en sous-main avec les autorités et le haut niveau d’encadrement des manifestants venus là, tout de même, pour faucher un champ de maïs, faut-il le rappeler ! Mais cet objectif concret n’était pas partagé, semble-t-il, par nos organisateurs davantage soucieux d’assurer un succès médiatique que de laisser se dérouler une action directe menée par la base.

« LES FAUCHEURS VOLONTAIRES »

On entendit parler des premiers mouvement anti-OGM lorsque, aux Indes, des paysans se sont soulevés contre la firme qui leur avait promis de meilleurs rendements s’ils cultivaient du coton transgénique, ce qui fut très loin d’être le cas ! C’est aussi dans ce pays que des groupes s’élevèrent contre une entreprise américaine qui voulait faire breveter une molécule provenant d’un arbre du pays et utilisée depuis fort longtemps dans le traitement de certains maux. On se souvient également qu’aux USA quelques agriculteurs menèrent une résistance spectaculaire contre les OGM et les firmes qui les imposaient, et furent victimes d’une répression exemplaire sur le plan juridique.

En France, entre la première action anti OGM recensée - revendiquée comme fait syndical - (1997, fauchage dans l’Isère, trois paysans condamnés le 21 mai 2004 à 600 euros d’amende et 400 euros de dommages et intérêts à la société Monsanto, puis amnistiés) et le lancement en août 2003 des "faucheurs volontaires" lors du rassemblement du Larzac, les actions menées furent le fait d’initiatives très diversifiées.

Des destructions de mais et de colza de Monsanto, en 1998, qui entraînèrent des poursuites contre Riesel, à celle du riz transgénique au CIRAD l’année suivante en présence de la caravane intercontinentale des Indiens du Karnataka (poursuites contre René Riesel, José Bové et Dominique Soulier) ; des actions revendiquées ensuite par la confédération paysanne, aux multiples interventions des "enragés en campagne" (Péré, Charente-Maritime), des "chercheurs dans la nuit" à Toulouse, des “Obscurs antiscientistes” dans le Tarn-et-Garonne, aux "mal-confinés" en Ille-et-Vilaine, pour n’en citer que quelques-unes, les initiatives étaient diverses et variées, réclamant des mesures institutionnelles pour les unes, ou s’attaquant globalement aux causes pour les autres. Risquées pour leurs auteurs dans certains cas, ou plus cools dans d’autres, elles offraient l’image d’un mouvement naissant, vivant, aux mille facettes.

UN SEUL PRINCIPE DE PRÉCAUTION, LA DESTRUCTION !

On constatait aisément que les actions anti-OGM partaient dans deux directions distinctes : d’un côté celles qui attaquaient de front le capitalisme et critiquaient la société industrielle dans sa globalité et qui n’avaient que faire des pressions institutionnelles (les réalistes), et de l’autre celles qui se plaçaient sur l’échiquier politique comme demandeuses de strapontins au sein des institutions pour obtenir un capitalisme à visage humain, citoyen, propre et sans dette pour les pays du Sud (les utopistes illusionnistes).

Cette diversité ne pouvait pas plaire à tout le monde et ne devait évidemment pas durer. Pour contrôler puis éradiquer l’incontrôlable, pour orienter le mouvement dans la bonne direction des négociations avec le pouvoir, il fallait structurer tout ça. Ce fut fait avec la création des "faucheurs volontaires" en août 2003, lors du rassemblement au Larzac, création qui fut, en quelque sorte, l’acte fondateur de la récupération et de l’institutionnalisation d’un mouvement autrement plus radical et autonome hier qu’il ne l’est à présent.

Cette institutionnalisation des fauchages et des arrachages a eu comme effet d’accompagner le ralentissement du nombre des opérations menées (dû à la répression promise et mise en place par le pouvoir) plutôt que de le combattre.

À partir de ce moment, les « officiels » qui se sont approprié le mouvement vont commencer à dénoncer les actions des incontrôlables, des « irresponsables »...

Deux exemples pour illustrer ces propos.

Le 20 octobre 2000, la Confédération paysanne et ATTAC, dans un communiqué de presse, affirme non seulement n’être pour rien dans la destruction d’une parcelle à Longué (Maine-et-Loire) revendiquée par "quelques ennemis de la transgenèse et de son monde", mais encore que "cette destruction non revendiquée gêne leur démarche qui vise essentiellement à établir la transparence et à modifier la réglementation". Le porte-parole de la Conf. du Maine et Loire avait même, le 11 septembre précédent, dit espérer que "la gendarmerie [pourrait] identifier rapidement les auteurs". D’ailleurs, c’est à cette même période que la direction nationale de la Confédération paysanne avait interdit à ses sections locales la moindre initiative sans son accord.

Le 16 juillet 2001, à Guyancourt (Yvelines) le groupe des "Ravageurs" détruit une parcelle de 300 m2 d’un maïs transgénique insecticide expérimenté par le Groupe d’étude et de contrôle des variétés et des semences (GEVES). L’action est immédiatement condamnée par les associations écologistes et environnementalistes du département "opposés à toute action violente" (Terre et environnement) et "condamnant ce type d’actions clandestines" (Mouvement écologiste indépendant). (Huit jours plus tard, la Confédération paysanne mènera pourtant au même endroit une action du même type, très médiatisée, qui entraînera la poursuite contre 9 de ses militants.)

En fait, donc, la création des « faucheurs volontaires » fut un outil de verrouillage et de contrôle de tout ce qui pouvait s’organiser sans en référer à quiconque et qui risquait ainsi de nuire aux visées stratégiques politiciennes que les chefs des nouvelles gauches poursuivent.

UNE NOUVELLE FORME DE MILITANTlSME : LE LOBBYING.

Pourtant les récupérations ne se font plus comme jadis à coup de discours à la serpe et de termes issus en droite ligne du vocabulaire et de références léninistes. On fait référence aux « copains » plutôt qu’aux "camarades", on fait volontiers appel à un supposé "esprit libertaire" qui teinterait ces mouvements, on ne demande plus d’obéir mais de respecter les consignes, ces dernières n’étant plus issues d’une analyse politique ou scientifique mais du simple « bon sens ».

Nous sommes en présence de formes de militantisme et d’organisations qui sont très à la mode depuis quelques années : le lobbying comme méthode assortie de la médiatisation comme objectif immédiat ; un centralisme plus ou moins rigoureux et en tout cas des décisions toujours prises par le haut ; un recrutement sélectif de gens pas trop enclins à agir ou à décider par eux-mêmes mais désireux tout de même de « faire quelque chose ».

Prenons l’exemple de Greenpeace. Adhérer, ce n’est ni participer à la vie de l’organisation ni participer à ses actions, c’est juste accepter un virement mensuel témoin d’une certaine bonne conscience. À l’opposé de cette large base mondialement représentée, quelques dirigeants salariés qui siègent à Amsterdam en liaison directe avec leurs antennes nationales. Ce sont eux qui décident de tout : des campagnes, des actions ; de l’emploi des fonds reçus. Et entre les deux, des petits soldats, très spécialisés, aguerris, entraînés, triés sur le volet qui mènent les actions, celles dont on parle à la télé, celles qui attirent la sympathie dès lors qu’on partage plus ou moins des sentiments écologistes et qu’on prend, de toutes les façons, fait et cause pour David contre Goliath. Quant aux comités locaux ils n’ont ni le droit de prendre des initiatives locales en tant que telles, ni celui d’apposer leur signature aux côtés d’autres forces sans l’aval de la direction nationale. Ils ont, en revanche, l’autorisation de recruter des donateurs et des membres.

Autre exemple, celui d’ATTAC : la majorité du conseil d’administration est composée de membres fondateurs qui se cooptent entre eux. Les comités locaux n’engagent jamais leur direction nationale ; leurs délégués qui composent la conférence nationale des comités sont sans pouvoir et ne peuvent qu’enregistrer des décisions prises ailleurs. Ce qui faisait dire à un groupe dissident : « Le fonctionnement d’ATTAC manifeste la croyance que la démocratie est pesante et qu’il faut s’en remettre au pouvoir et à la clairvoyance d’un seul ou d’un groupe dirigeant auto-institué. » Cette peur de la démocratie (la vraie ! Pas son ersatz parlementaire ou représentatif) on l’a trouvée au récent Forum social européen qui s’est tenu à Londres lorsque Bernard Cassen, ex-président d’ATTAC et manitou des Forums sociaux, a proposé que ces derniers se réunissent moins souvent (ce qui, en effet, laisserait les coudées plus franches aux représentants auto-proclamés qui se partagent pouvoirs et décisions). On se souvient également qu’à Porto Alegre, ATTAC, de connivence avec le PT de Lula, voulait empêcher les Forums sociaux de prendre des initiatives internationales... Ces initiatives devraient être, selon eux, réservées à ces mêmes élites (non élues et souvent occultes) qui président à ces mouvements, sont seules à même de bien comprendre les situations et les enjeux... et qui, de ce fait, voient toujours d’un mauvais œil les actions spontanées de la base, - comme par exemple l’« assemblée des mouvements sociaux » à Londres, qui a malgré tout appelé à des mobilisations antiguerre pour le 20 mars 2005. C’est que, pour eux, il s’agit avant tout d’éviter que ces mouvements s’éloignent des social-démocraties : lors du FSE à Londres les slogans anti-Bush semblaient remplir tout l’espace politique, comme si l’anti-impérialisme devait se résumer à l’anti-USA. Rien ou presque contre Blair... C’est qu’il fallait ménager le maire « rouge » (gauche du Parti travailliste) de Londres, ce dernier devant ménager Blair, le chef du parti. Même chose en France, où l’objectif est de constituer une force suffisamment crédible pour jouer dans la cour du PS mais en partenaire réel, pas en tant que pion. Exercice d’équilibriste qui oblige à critiquer un peu mais pas trop les alliés de l’ex-« gauche plurielle » qu’on rêve de reconstituer [1].

En fait, sous des oripeaux vaguement « modernistes » et « libertaires », on retrouve les mêmes mécanismes animant jadis un certain « centralisme démocratique » : des cotisants, des distributeurs de tracts, des manifestants d’un côté, et de l’autre des décideurs organisés de manière pyramidale. La différence, et elle est de taille, c’est qu’il n’y a plus, comme jadis, un modèle pour servir de référence ; par conséquent, les leaders sont beaucoup plus fragiles et doivent se servir de méthodes de manipulation plus sophistiquées qui peuvent paraître plus démocratiques, moins « autoritaires » (utilisation des médias, de la dynamique de groupe, etc.). Mais le résultat est identique.

Ces caractéristiques, on peut les repérer facilement dans le mouvement des « faucheurs volontaires ». Lors des rassemblements anti-OGM, annonce est faite pour que s’inscrivent de nouveaux « volontaires » à entrer dans la grande famille des « faucheurs ». Nom, adresse, et vous serez convoqué pour les prochaines actions... mais pas pour en discuter. Vous ferez 500 bornes en voiture pour vous voir offrir un brassard d’encadrement de telle ou telle couleur si vous êtes repéré comme élément sûr (c’est-à-dire proche ou membre d ATTAC, de la Conf. ou des Verts, ou plus certainement pour suivre les consignes données au micro, puis vous faire taper sur la gueule, sans avoir le droit de riposter, par les forces de l’ordre (mais là je crois qu’il ne faut pas rêver, la plupart des volontaires au fauchage sont d’accord avec cette stratégie plus ou moins non violente, et sont des admirateurs inconditionnels de "José"). Là comme à ATTAC ou à Greenpeace, les décisions se prennent en haut. Ainsi a-t-on entendu Bové, après l’action de Valdivienne, annoncer à la presse que, sans doute, ce type d’opération serait la dernière car « on ne pouvait pas continuer à envoyer des gens se faire casser la figure et qu’on en reviendrait certainement à des opérations plus discrètes ». Très bien, mais qui les y a envoyés jusqu’à présent ? Et pour quels objectifs ? Pourquoi l’aspect médiatique fut-il privilégié ? Et cette décision soudaine de changer de manière, qui en a décidé ? Le staff, les dirigeants des trois compères ATTAC, la Conf’ et les Verts...

À un degré moindre, le réseau « Sortir du le nucléaire » obéit aux mêmes principes. Certes les groupes de base y sont plus autonomes qu’à Greenpeace. Pourtant le lobbying y est largement utilisé au détriment d’actions plus offensives et concrètes. Témoin le récent Tour de France antinucléaire dont le seul objectif fut de mobiliser la presse (ce fut un échec de ce côté-là) par des jeûnes, des actions symboliques et des contacts avec les élus. Choisissant délibérément des rassemblements en semaine et dans la journée, cela ne pouvait concerner qu’une infime partie des antinucléaires (ceux qui sont les plus « dans la ligne » de ce réseau) et surtout faire apparaître une sur-représentation des élus Verts ou autres alternatifs.

ATTAC, Greenpeace, les « faucheurs volontaires », le réseau « Sortir du nucléaire » s’inscrivent donc, à des degrés divers et chacun dans leur domaine, dans cette logique qualifiée souvent abusivement de libertaire mais qui, surtout, s’appuie sur un fondement politique bien précis : une vision de la société où la « citoyenneté » remplace la lutte des classes, où l’« opinion publique » (dont nul ne sait ce qu’elle est, mais dont nous savons à quoi elle sert) devient la forteresse à conquérir, où la revendication étatique est omniprésente au détriment de l’« autogestion ». Chacune des revendications de ces courants (transparence, modification des règlements, débat national sur telle ou telle question, etc.) se traduit, dans le cadre de leur lutte dite anti-libérale, par davantage d’État... Un État au-dessus des intérêts particuliers, bien sûr, et au service des citoyens.

Et comme bien sûr, aucun débouché réel et tangible n’est promis en tant que tel à ce genre d’engagement, il faudra bien un jour que se concrétise très vite un débouché plus politique, (entendez électoral), c’est-à-dire tout aussi illusoire, mais visible et tangible. Les Verts comme la LCR l’ont bien compris, qui accompagnent ces mouvements et comptent bien en faire leur base électorale.

JPD


[1] Par exemple, on ne dit pas un mot de la duplicité du PS qui, comme Ségolène Royal en Poitou-Charentes, soutient les maires refusant des expérimentations d’OGM sur leur commune, alors que, quand les socialistes étaient au pouvoir, leurs chefs qualifiaient d’« illégales » (Jospin le 28 août 2001) les actions anti-OGM ou affirmaient qu’ils ne les laisseraient pas se dérouler (Glavany, ministre de l’Agriculture).
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 14 Jul 2005 12:13    Post subject: Reply with quote

bloups wrote:
Ce que tu décris est une contestation de la hiérarchie anecodtique. C'est le salarié qui se croit libre parce qu'il tutoie son patron…


Le vrai patron c'est le marché (le client). Il ne faut pas confondre l'organigramme officiel et les contraintes réelles du travail. Or les contraintes réelles se s'appréhendent pas facilement en terme de "hiérarchie" à l'époque moderne où les statuts explicites attachés aux personnes sont plus facilement critiqués. Les technologies de mise au travail me semble bien plus importante que la hiérarchie formelle et le théâtre idéologique du pouvoir.

Voici ce qu'écrit Laeticia Schweitzer à propos des centres d'appel, véritables usines à produire des relations avec les clients :

Les technologies de l'information et de la communication permettent l'instauration de principes d'organisation de travail, comme de normes et en automatisent l'application; elles imposent des modes opératoires, et permettent finalement de "faire l'économie d'un détour idéologique pour régir directement des comportements en situation" (Chambat).


Un fait majeur (à discuter) du système technicien est la séparation du technique et du symbolique, et nous avons la plupart du temps les yeux rivés sur le symbolique. Il faut croire que nous sommes plus facilement choqués par les contraintes qui s'imposent directement d'humain à humain (justifiées par la hiérarchie des statuts), et beaucoup moins par celles qui sont médiatisées par des dispositifs techniques plus compliqués à comprendre dans le vocabulaire courant, et qui sont alors vus comme des objets purifiés de l'arbitraire humain sur lesquels on s'aligne collectivement.

Les libertaires continuent à parler d'Etat comme d'une entité homogène qui n'aurait pas bougé depuis le 19ème siècle, sans prêter attention à son évolution purement technicienne s'inspirant d'un siècle de sciences de gestion.

Un point est hors de doute : nos collages traditionnels de l'Etat se défont. En ce sens, le Moyen-âge finit sous nos yeux. Mais l'esprit féodal, métamorphosé par les idéaux technologies de la nouvelle organisation en réseaux et soutenu par la violence devenue un mode de relation sociale refait surface. Nous pas que nous revenions à la "case départ", mais le pouvoir se fragmente et se privatise, mettant les vieux Etats en tutelle et se réorganisant en empires transversaux (scientifiques, économiques, financiers, religieux), tandis que se profile la reformulation des agencements sociaux "à la carte". Et pour couronner cette Révolution à l'envers, l'obsession de créer indéfiniment des espaces de libertés a tourné à la prison mentale que les experts de la débâcle appellent innocemment "perte des repères".
Pierre Legendre, "Les collages qui font un Etat", p. 69.

Bref, je pense que la contestation de la hiérarchie seule, la diabolisation de la hiérarchie comme principe unique d'action, conduit à un renforcement plus rapide des contraintes médiatisées par des techniques devenues "transparentes", pour le plus grand confort mental de tous, tandis que l'on contestera éternellement l'autorité de tel prétendu "chef", comme si cette autorité symbolique était la seule manière restante de désigner des contraintes qu'on ne parvient plus à nommer.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 14 Jul 2005 13:24    Post subject: Reply with quote

Deun wrote:
Les libertaires continuent à parler d'Etat comme d'une entité homogène qui n'aurait pas bougé depuis le 19ème siècle, sans prêter attention à son évolution purement technicienne s'inspirant d'un siècle de sciences de gestion.


Je t'invite vraiment à lire la Société du Spectacle de Guy Debord, où tu verras que les libertaires (et notamment leur discours sur l'autonomie) ont largement pris en compte ces facteurs dans leurs réflexions depuis près de 50 ans (cf. Castoriaris).

La notion de Société du Spectacle décrit ce phénomène où chacun est devenu par la séparation de masse le spectateur de son propre vécu. (rien à voir avec les intermittents du spectacle M. Green)

Si les libertaires voient encore une manifestation de hiérarchie dans cette évolution du capitalisme, c'est bien celle de la hiérarchie de classes qui justifie et dynamise le processus d'intégration technicienne... Les classes dominantes faisant d'ailleurs elles-mêmes les frais de ce processus, mais c'est un autre débat...

Extraits du "Véridique rapport (sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie)" de Gianfranco Sanguinetti (1975), manifeste satirique à prendre au second dégré...

http://big.chez.com/debordiana/francais/censor.htm

Quote:
L’expansion, sans précédent dans l’histoire de l’économie mondiale, de ces trente dernières années, a entraîné la nécessité de créer partout une classe de managers, c’est-à-dire de techniciens aptes à diriger la production industrielle et la circulation des marchandises ; ces managers, que l’on appelle, depuis leur vulgarisation moderne, des cadres, ont été nécessairement recrutés ailleurs que dans [la classe dominante], qui à elle seule ne pouvait plus assumer la totalité des tâches de direction. En dépit d’une légende dorée, à laquelle ils sont les seuls à croire, ces cadres ne sont rien d’autre que la métamorphose de la petite-bourgeoisie urbaine, autrefois en grande partie constituée de producteurs indépendants dans le genre des artisans, qui à présent est devenue salariée, ni plus ni moins que les ouvriers, et ceci en dépit du fait que parfois les cadres espèrent ressembler à des membres des professions libérales. Vu cette « ressemblance », obtenue à bon marché, ils sont devenus en quelque manière l’objet des rêveries promotionnelles de nombreuses couches d’employés pauvres ; mais en réalité ils n’ont rien qui puisse les définir comme des riches : ils sont seulement payés assez pour consommer un peu plus que les autres, mais toujours la même marchandise de série.
Contrairement au bourgeois, à l’ouvrier, au serf, au féodal, le cadre ne se sent jamais à sa place : toujours incertain et toujours déçu, il aspire continuellement à être plus que ce qu'il est, et que ce qu'il pourra jamais être : il prétend, et en même temps il doute. Il est l'homme du malaise, si peu sûr de lui et de son destin — non sans quelque raison, effectivement — qu'il doit continuellement dissimuler la réalité de son existence. Il est dépendant, d'une manière absolue, et bien plus que l'ouvrier, car il doit suivre tous les genres de mode, y compris les modes idéologiques […]. C'est pour ces cadres que l'on change aujourd'hui la physionomie et les fonctions urbaines de nos villes, qui étaient les plus belles et les plus anciennes du monde.
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bloups



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PostPosted: 15 Jul 2005 9:09    Post subject: Reply with quote

Je crois que tu ne comprends pas ce que je veux dire Deun :

la hiérarchie n'est pas l'existence d'un chef, la hiérarchie, c'est une façon de construire une société.
Le système technicien repose entièrement sur un système de hiérarchie, hiérarchie des classes et hiérarchie des métiers (ou techniques). Il ne s'agit pas de contester tel ou tel petit chefaillon, lui-même soumis à un autre chef, etc., mais de contester l'ensemble des paramètres qui régissent actuellement notre société et qui repose sur une hiérarchie fonctionnelle. Le fait de la masquer avec des paillettes de spectacle (au sens debordien) n'empêche pas son existence…
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Guest






PostPosted: 15 Jul 2005 20:00    Post subject: Reply with quote

D'accord bloups, je vois à peu près. Je parlerais plus volontiers de domination que de hiérarchie. Peut-être que ce mot de "domination" mettrait tout le monde d'accord sans déformer les propos? Selon Bourdieu, le domination requiert un certain consentement de la part du dominé, sous la forme d'une vision du monde qui s'exprime dans des termes partagés par le dominant et le dominé. La valeur "travail" permet ainsi aux relations entre salariés et employeurs de fonctionner, alors même qu'elles sont fondamentalement asymétriques.

De même, on peut se demander si, après 68, la valeur "autonomie" ne peut pas jouer le même rôle, dans des relations entre "organisateurs" et "organisés" dont il convient de ménager un espace de liberté, une autonomie. Du point de vue extérieur et quelque peu surplombant de l'intellectuel, il y a clairement une hiérarchie. Mais vu de l'intérieur, du point de vue des organisés", il peut y avoir autonomie, un réel sentiment d'autonomie.
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