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Le " procès " de 1968 et la décroissance.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 15 Jul 2005 20:01    Post subject: Reply with quote

C'était Deun au dessus.
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policier moustachu



Joined: 14 Apr 2005
Posts: 39
Location: Epinal (fuck michel!)

PostPosted: 31 Jul 2005 18:27    Post subject: Reply with quote

c' est vrai qu' en y reflechissant bien, 68 a surtout permis l' explosion de l' anarchisme individualiste (ou libertarianisme): liberalisme économique+liberalisme social... et a tué la solidarité (notamment la solidarité de classe)...

"Citation:
libéral, libertaire, libertarien... tous ces mots ont une racine commune : liberté, mais désigne des concepts fort variés (voir antagonistes)

ktche : oui, mais en quoi sont-ils antagonistes ? Développe... Les définitions que tu as données ne montrent pas en quoi le libertaire propose des relations sociales alternatives à celles qui ont cours en régime capitaliste. Il est tentant de dire "le libéral pense économique", "le libertaire se situe sur un autre plan".... Mais derrière l'économique, le social, derrière tout ça, il y a le politique, c'est-à-dire des valeurs communes pour vivre ensemble, une "foi" sociale. En quoi le libertaire diffère, dans ses valeurs, de celles du capitaliste ? Pour moi, les deux peuvent être d'accord ou non sur certains points, mais les deux se serrent la main sur un même principe de base : l'individu avant tout. Ca serait intéressant que tu étayes encore un peu "

En fait, la plupart de ceux qui se disent "libertaires" sont communistes libertaires: comme les libertariens, ils sont liberaux sur le plan "moral" mais comme les "marxistes" ils croient à la "solidarité" (au sens premier: lien qui unit tous les membres d' une société) ...en fait,pour eux, pour que l' individu soit libre, il faut que tous les autres le soient aussi donc ils ne sont pas liberaux-libertariens car ils croient en la "société", ils pensent qu' ils appartiennent à un tout, mais que ce tout n' a pas besoin d' etre hierarchisé
_________________
que la peur change de camp !
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 03 Aug 2005 15:00    Post subject: Reply with quote

En fait, ma réaction sur ce topic voulait aborder les rapports de la décroissance avec le procès de 1968, querelle réactivée à l'automne 2002, par la publication du livre de Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre (Lingenberg est un ancien maoîste et a longtemps été adepte du marxisme althussérien, aujourd’hui il est – comme de nombreux ex-soixant-huitards - membre du PS Très content ) affirmant l'existence dans une partie de la Gauche anti-totalitaire (y compris au sein de l'Ultra-Gauche anti-totalitaire) de " nouveaux réactionnaires " suivant l'expression aujourd'hui consacrée. Aujourd'hui , il me semble que Mai 68 a tout désacralisé sauf mai 68. Ce temple a désormais ses gardiens sourcilleux qui mettent à l'index l'irrévérence et le sarcasme de l’auto-critique et de la pensée critique.

L'interprétation classique de ce moment important de la vie intellectuelle française (automne 2002), est celle d'une scission au sein de la Gauche antitotalitaire, groupe mouvant qui s'était cristalisée dans le reflux du marxisme à la fin des années 1970. Cette querelle a plus ou moins clairement distingué aujourd’hui deux camps :

- Les défenseurs de Mai 68, du Progrès et de la démocratie : la Gauche intellectuelle proche du PS qui ne se contente plus que du replâtrage réformiste et de la dévotion pontifiante de l’esprit de révolte transformé en une nouvelle bien-pensance (Rosanvallon, Dominique Schnapper fille de Raymond Aron, l’ex-Fondation Saint-Simon, les hérauts de Tocqueville et de Benjamin Constant). Ce courant refuse toute nouvelle critique de la démocratie autre que celle introduite par Mai 68 : ce sont les dévots de la thèse de Machiavel sur le pouvoir (les critiques de M. Gauchet, de Pierre Manent, de A. Badiou… sont écartées). Ils ne supportent rien d’autre. Dans ce courant « intellectuellement correct », ils sont contre la critique du féminisme, des valeurs de Mai 68, du « droit-de-l’hommisme », de l’obsession festive, du progressisme, du Progrès, du bougisme à tout-prix, du jeunisme, de l’antiracisme qui ne sert souvent que de sommation à se dissoudre dans le village global. De plus ils continuent comme en Mai 68, a cristalliser la confusion dévastatrice entre le pouvoir et l’autorité (le maître qui enseigne par exemple est confondu avec le maitre du pouvoir). Ils ne supportent pas encore, comme l’a dit Emmanuel Lévinas, que Mai 68 n’a pas été une révolution, mais plutôt un adieu, formulé dans les termes de la révolution, à la révolution.

- La Gauche voire surtout l’Ultra-Gauche, qui fait depuis 10 ans, un retour rétrospectif critique sur Mai 68, sur le Progrès, le progressisme et sur la démocratie. Ce retour rétrospectif est le propre de la réactivité de la pensée, et il ne peut être pris pour une pensée réactionnaire surtout quand ce courant provient des marges les plus radicales et originales de la pensée française (on ne retrouve aucun intellectuel dans le camp de Lindeberg qui conserve l’idéal révolutionnaire). Michel Houellebecq, Philippe Muray ou Maurice Dantec ont conspué dans leurs oeuvres toutes les valeurs et l’imaginaire de la gauche intellectuelle. Des courants libertaires, eux aussi, se sont tournés vers une alliance entre l’anarchisme et le conservatisme : les philosophes Gunther Anders et Jean-Claude Michéa ont tout deux repris la posture politique proposée à l’anarchisme par Georges Orwell, celle de « l’anarchist tory » (l’anarchiste-conservateur). Michéa appelle également à renverser l’imaginaire de la Gauche et rappelle (sérieusement!) l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa Gauche. Plus largement ce courant se retrouve surtout dans un critique virulente de la philosophie post-moderne, voire y compris une critique des méfaits de la déconstruction proposée par J. Derrida qui alimente le post-modernisme. P.-A. Taguieff (ancien situationniste) a parlé d’une nécessaire réorientation « résistancielle-conservatrice » de l’Ultra-Gauche ; Régis Debray (avec son passé guévariste dans les révolutions de l’extrême Gauche en Amérique latine qu’on lui connaît) a parlé de l’avènement nécessaire de « traditionnalismes subversifs », tandis qu’Alain Besançon parlait lui de « réactifs ».


Où se situe aujourd’hui la sensibilité intellectuelle décroissante dans ce nouveau modelage du paysage intellectuel français ?

La pensée de la décroissance est forcément une pensée qui réagit au Progrès et à la Modernité. C'est donc une pensée " réactive " et non " réactionnaire ", case dans laquelle pourraient prochainement nous enfermer nos détracteurs. Cette distinction nécessaire est aujourd'hui le dernier espace de la pensée critique, car comme le dit si bien le journal La décroissance : " Penser c'est savoir dire Non ! ". Non au vide politique, à l'accomodement du principe de réalité, à l'absence d'idée, à l'abîme existentiel, au néant culturel qu'orchestre le recouvrement de la Terre d'un blanc manteau de magasins. Tout ordonne de penser de nouveau librement et... sans entraves.
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bloups



Joined: 27 Jul 2004
Posts: 1560

PostPosted: 03 Aug 2005 16:12    Post subject: Reply with quote

Quote:
Où se situe aujourd’hui la sensibilité intellectuelle décroissante dans ce nouveau modelage du paysage intellectuel français ?


Justement il me semble que la pensée décroissante tente de réinventer une forme de lutte plus adaptée au système que nous combattons.
Il s'agit de sortir d'un schéma convenu (enfin c'est une tentative bien sûr avec toutes ses erreurs)…
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Fabien



Joined: 16 Jul 2005
Posts: 21
Location: Rouen

PostPosted: 03 Aug 2005 16:47    Post subject: Reply with quote

Pardon Kobayashi, je voudrais pas donner l'impression de pinailler, mais quelle différence tu fais entre "pouvoir" et "autorité" ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 04 Aug 2005 10:44    Post subject: Reply with quote

Aujourd'hui les intellectuels du consensus mou (c'est-à-dire la Gauche antitotalitaire à genoux devant les oeuvres de Tocqueville et B. Constant), perçoivent la décroissance comme le nouveau pôle de radicalité sur l'échiquier français.

Il n'y a pas une semaine, Robert Redecker (le directeur de la revue Les Temps modernes qui avait déjà attaqué les antipubs) publiait une tribune dans Le Monde, affirmant que les nouveaux radicaux français (sans nommer personne bien entendu, mais c'était totalement sous-entendu qu'il visait les courants radicaux de l'antimondialisme, les antipubs, les décroissants, le néo-sitiationnisme...), n'avaient pas rompu avec la matrice métaphysique et philosophique des totalitarismes. Il affirmait carrément une filiation entre les nouveaux pôles de radicalité et un juriste nazi comme Carl Schmidt ! Pour Redecker, si les totalitarismes étaient bien morts à la fin du XX siècle, leurs matrices métaphysiques continuaient souterrainement à irriguer la pensée radicale et critique. Ba... c'était juste comme ça pour savoir un peu qu'elles seraient les formes prises par la chasse aux sorcières que nous allons subir.

Quote:
Où se situe aujourd’hui la sensibilité intellectuelle décroissante dans ce nouveau modelage du paysage intellectuel français ?


Je pense pas vraiment que nous pouvons être à l'écart de ce remodelage des tensions du champ de la pensée française. Je pense que nous avons un pied dans la pensée réactive - et non réactionnaire bien entendue -, et d'ailleurs nos détracteurs n'hésitent pas à nous peindre sous les habits de l'extrémiste passéiste qui veut, à l'image de la communauté religieuse Amish aux USA, conduire son petit cheval, faire du bon vieux pain comme on le faisait à la campagne... Bref la représentation que l'on nous renvoit est celle du " réac " attaché à l'atavisme de la paysannerie française.

Pour cerner un peu où se situe la décroissance (dans le premier courant intellectuel défendant le PS et Mai 68 ? ou dans le deuxième courant de la pensée réactive ? ) on peut essayer rapidement de faire un tableau avec un colonne " passif, et une colonne " actif " :

Dans la première colonne intégrant la décroissance dans la pensée réactive, La décroissance propose :

Sa vision est celle d'une société de petits producteurs autonomes ( indépendants ou coopérant sous diverses formes).
- Elle Priviligie une répartition équilibrée de la population sur l'ensemble du territoire, c'est-à-dire un retour à une nouvelle forme de ruralité.
- Il y a en germe dans la décroissance un mouvement de critique de l'urbanité ou voire carrément anti-urbain.
- une déconstruction voire à terme une disparition même du consommateur (dans le cadre de la mise en place d'une société de petits producteurs autonomes)
- le localisme va de pair avec cette relocalisation de l'économie autour d'une production et d'une agriculture d'auto-consommation et de commercialisation de petits surplus sur des marchés locaux.
- Critique du Progrès, critique de la technique (nouveau rapport à l'outil...), critique de la démocratie (on le voit à la vigueur du débat sur les élections locales et présidentielles), du progressisme (voir la position de la décroissance vis-à-vis de l'altermondialisme).

On pourrait continuer comme ça la liste pendant longtemps. Bref tout ça pour dire qu'à la différence de Mai 68, [b]la décroissance entretient un rapport majeur au passé[/b] (question déjà soulevée dans un débat du journal La Décroissance) : rapport au passé qui peut être un approfondissement considérable de toutes les anciennes tentatives libératrices (dont le retour opéré par certains penseurs décroissants vers les premiers socialismes de la premières moitié du XIX siècle), car l'expérience de leur inachèvement dans l'isolement, ou de leur retournement en mystification globale (Mai 6Cool, conduit à mieux comprendre la cohérence du monde à transformer.

Toute théorie révolutionnaire avant d'être une projection dans l'avenir, doit être donc une réaction à un passé ( b.a.ba de la théorie révolutionnaire). Ce passé réanalyser rétrospectivement permet alors de partir sur une cohérence retrouvée.

A l'inverse Mai 68 s'est conçu en rupture totale avec le passé (la table rase du passé, qui est un non-sens dans certains marxismes) et c'est là la raison macrostructurelle de son échec total et de sa mystification. Les fidèles de Mai 68 ont cristallisé une bien-pensance qui explique que jusqu'en avril 1968, la France était un pays raciste, xénophobe, misogyne où, à l'abri des hauts murs des lycées-casernes, les professeurs torturaient les enfants à coup de règle de fer et de violence symbolique. A en croire ces incontestables contestataires, Mai nous a simultanément délivrés du Moyen Age, du XIX siècle, de l'Occupation, de l'esclavage et de l'apartheid scolaire. 68 a alors ridiculement admlinistrée une haine des ancêtres tout en distillant un des lieux communs actuels qui est qu'à l'exception de ce qui préfigure le bel aujourd'hui démocratique, notre histoire nationale est un long cortège de crimes. Pour Mai 68, si le passé est invoqué, c'est toujours pour montrer son abjection ou, au moins, son imperfection. Mai 68 savait à peu près pourquoi les choses n'allaient pas et donc pourquoi il fallait " bouger ", mais après la table rase (très relative d'ailleurs), que faire ? Rien pour Mai 68, et cela se comprend car le b.a. ba de l'action révolutionnaire (comme l'ont montré Lénine - pour qui je n'ai aucune sympathie - ou encore Guy Debord) est le retour rétrospectif et critique au passé (l"appréhension de la cohérence réversible du monde " dans le langage de Debord). Bref Mai 68 en instaurant le comique du spectacle de la dévotion pontifiante à l'esprit de révolte et en dénigrant systématiquement le passé pour faire l'apologie du présent, se coupe totalement de la Révolution. Pour être plus sévère encore, Mai 68 est même une anti-Révolution voire plutôt une non-révolution, une pure révolution culturelle, c'est-à-dire que le dénigrement du passé l'emporte sur la volonté d'établir une Révolution politique (même s'il y a eu des tentatives, mais de groupes ultra-minoritaire, tout au plus 200 personnes, qui savaient vraiment où aller en Mai 6Cool. Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que l'ui-même (voir sur ce point les admirables développements faits par Cristopher Lasch dans Le Seul et Vrai Paradis). Cette rupture radicale avec le passé et la non-volonté de mettre en valeur les choses qui avaient réussi dans le passé, explique la crise idéologique et la perte de repères de l'ensemble de la Gauche actuelle.

Que faire ? Cette question est celle que nous nous posons tous continuellement dans le mouvement pour la décroissance. Si on résume grossièrement, une révolution se fait en deux temps :

- l'analyse du monde contemporain.
- la proposition d'un nouveau monde.

Mai 68, si l'on peut dire était " au milieu du guet " du développement de la Modernité : On était alors en pleine Trente Glorieuses. L'analyse du monde contemporain avait donc le nez dans la réalité. Cette analyse était aussi tributaire du simplisme des différents marxismes. Sans nuancer, on peut dire que Mai 68 n'avait pas à sa disposition une véritable analyse du monde contemporain. De plus Mai 68 avait encore moins une vision du quoi mettre à la place. D'où un cafouillage tragico-comique à quoi se résume cette révolution culturelle, devenue alors simple appendice idéologique de la mutation du capitalisme dans les années 1980-2000.

La force de la décroissance par rapport à 68, c'est qu'elle ne part pas de rien. Nous avons globalement une vision, floue certes, mais nous avons des pistes qu'il nous faut continuer à déffricher. Le ravage laissé derrière le passage de la Modernité, a su faire éclater la négation soixante-huitarde du passé. (l'apologie soixante-huitarde du présent n'existe plus !). C'est d'ailleurs le trait majeur de la décroissance par rapport à Mai 68. Dans une certaine mesure, la décroissance est un murissement de la révolte infantile de Mai 68, car elle a su reconnaitre quels seraient les meilleurs outils pour mettre un terme à l'accélération du développement matériel du monde. Le meilleur allié de la lutte contre la mondialisation est donc devenu le passé. Ainsi la décroissance est totalement en accord avec par exemple les pratiques de l'agro-écologie (privilégier les traditions culturales des peuples plutôt que les techniques agricoles), on chante les vertus de la tractions animales et de l'énergie métabolique, on s'évertue à comprendre le système technicien et notre seul horizon est celui de la convivialité (déjà chantée par Illich) de la communauté autonome. Et notre modèle d'organisation de notre habitat est encore celui du Village (éco-village, communauté auto-gérée...) etc, etc...

Dans l'autre colonne qui placerait la décroissance plutôt dans le camp des fidèles du Temple de Mai 68, des défenseurs du Progrès et de la Démocratie, on peut voir que :

- Une partie notoire de la militance partage encore la défense de Mai 68, alors que les penseurs de la décroissance ont un rapport critique voire se sont opposés à Mai 68. Latouche a participé amplement à Mai 68, il a été marxiste, puis marxien (il a une formation d'épistémologue des sciences économiques), il a été surtout proche du situationnisme. Ivan Illich a bien sûr été une figure majeure de 68, même si son catholicisme, son moralisme et sa volonté de ne pas se couper avec le passé des traditions culturelles des peuples, le place parmi le penseur le plus influent du courant tiermondiste (Le Monde Diplomatique...) alors qu'il a été l'ennemi juré des marxismes et du PCF. Les penseurs de la décroissance dans les années 1970 (Partant, Illich, Gorz, Charbonneau, Ellul...), ont toujours été au second plan voire ont été totalement éclipsés par Althusseur, Mao, Marx, Trotsky, H. Lefebvre... Pourtant ces penseurs de la décroissance ont porté leur réflexion sur cette société de consommation qui était encore à l'état embryonnaire dans les années 60-70. Leur réflexion " à chaud " est revenue à la mode à la fin des années 1990, après la chute des marxismes et le surgissement violent des méfaits de la société de croissance (premiers dérèglements climatiques...). Bref si nos auteurs ont influencé Mai 68, ils y sont toujours restés au second plan. Il y a donc un rapport inachevé voire ambigûe à Mai 68.

Notre appartenance partielle au groupe de la Gauche défendant becs et ongles Mai 68 peut également se faire voir à travers, la promotion que fait les rédactions de La Décroissance , de L'Ecologiste et de Silence de la non-violence ; la présence de l'esprit au retour à un religieux diffus et peu institutionnalisés incarné par la recherche de nouvelles spiritualités (posture existentielle typique de l'éthos 68 ), et surtout le ton raillard-donneur-de-leçon-et-imbu-de-supériorité-morale du journal La Décroissance dans la veine de La Gueule Ouverte et de la tonalité de la presse héritière de Mai 68 (Charlie Hebdo, Canard...). Nous avons là dans cette posture (imposture?)totalement un pied dans Mai 68.

Mai 68 a surtout cristallisé dans la miitance actuelle, le PS et l'extrême-gauche (pas à LO et au PCF en tout cas) l'imaginaire sacralisé de la dévotion incantatoire à l'esprit de révolte. Interdisant alors toute " appréhension de la cohérence réversible du monde " (Debord). Les défenseurs du Temple, qui sont dominants dans la presse de Gauche, éliminent alors systématiquement tout essai de sortie des oripeaux folkloriques de 68. Il y a trois ans, Jean-Claude Michéa éssayait une nouvelle sortie et tous les gardiens du Temple lui sont tombés dessus : Serge Halimi conspuait son ouvrage dans le Monde Diplomatique, Paul Alliès (et pas Ariès qui partage les analyses de Michéa) opérait le même matraquage dans une tribune du Monde des Livres. Le journal Libération, lui, déjà assez sali par Michéa, ne pouvait que lui renvoyer la balle en descendant son livre. Cette nécessaire refondation de l'imaginaire de la Gauche était donc livrée à la liquidation impitoyable opérée par la Gau-Gauche qui dort et qui se fourveoit dans la fange du saupoudrage réformiste. Seul Elisabeth Lévy dans Marianne et Charlie Hebdo (où Michéa est rédacteur quand même) ont voulu répercuter positivement chez le peuple de Gauche, ce réveil salutaire. Une frange minoritaire de la Fédération anarchiste a également adhéré aux thèses de Michéa et ses sont convertis aux anlyses de Lasch. Le fait majeur pour nous, c'est qu'une partie du mouvement pour la décroissance a répondu par l'affirmative à la nécessité de de ce réveil proposé par Michéa.

Pour reprendre ma question du début, ainsi il me semble que la décroissance connait une énorme tension interne qui bloque son développement. Cette tension lui est infligée par sa situation particulière : La décroissance a à la fois un pied dans la pensée réactive et un pied dans l'imaginaire de la Gauche qui a cristallisé la défense de Mai 68. Cette situation macro-structurelle contradictoire est encore peu visible, floue, mouvante, et aucun positionnement n'est encore tranché. Bref il nous faut prendre nos distances avec les auteurs de la Gauche traditionnelle (le courant bourdieusien, le courant tiermondiste, le courant réformiste, le courant des héritiers de 6Cool pour s'attacher à lire les auteurs appartenant à la sensibilité intellectuelle de la décroissance (un minimum !). Ce besoin de cohérence dans nos expériences de modifications conscientes de la vie quotidienne est la clé de l'approfondissement et de la résussite de notre projet commun. Le floue théorique et pratique, les amalgames et importations de courant de pensée à des années lumières de la décroissance, ne peuvent qu'entretenir dans le mouvement pour la décroissance qu'un sentiment d'inutilité nourrissant en creux, comme au sein des courants écologistes radicaux américains, la croyance en l'avènement d'un horizon eschatologique catastrophiste.
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