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Mais que nous veulent les signataires des Etats-Généraux ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 08 Oct 2005 20:52    Post subject: Mais que nous veulent les signataires des Etats-Généraux ? Reply with quote

Mais que nous veut le groupe lyonnais en « politisant » le mouvement des objecteurs de croissance ?

Dans un monde médiatique où la liberté de la presse est d’abord la liberté de ceux qui la possèdent, la télé pense à notre place. Parce que la communication médiatique envahit tout, les valeurs aussi sont désormais celles des médias. La liberté, la liberté fondamentale et essentielle, la « clé de voûte de toutes les autres », c’est la liberté de la presse, la liberté de l’information, c’est-à-dire écrit le philosophe Michel Henry, « la liberté sans limite d’abrutir, d’avilir, d’asservir. Et cela en un sens radical. Car il y a encore ceci dans l’existence médiatique que chacun vit en elle d’une existence autre que la sienne, en sorte que le contenu qui vient occuper son esprit n’est plus produit par lui mais par l’appareil qui se charge de tout et ainsi de lui fournir ses images, ses espoirs, ses fantasmes, ses désirs, ses satisfactions – imaginaires mais qui deviennent les seules satisfactions possibles quand l’existence médiatique est devenue l’existence réelle. Cette société n’est pas tant celle des assistés sociaux que des assistés mentaux ». [M. Henry, La Barbarie, 2004, PUF, p.246.]

Et pourtant comme l’affirme l’association Acrimed, « la question des médias et de leur avenir est une question trop sérieuse pour être abandonnée seulement à leurs responsables. C’est un sujet trop grave pour que seuls s’en préoccupent quelques syndicats et associations. C’est une question politique qui concerne toutes celles et tous ceux qui n’entendent pas que le marché pense pour eux et agisse à leur places ». Face à la « pipolisation » de la politique, ses sex-shops télévisés et ses peep-show politiques, le système représentatif est désormais pour nombreux d’entre nous un projet mort et enterré. La crise de confiance dans nos représentants est à son maximum depuis le 21 avril 2002, tandis que la campagne référendaire de mai 2005 a mis en pleine lumière l’arrogance des patrons de presse, la servilité des rédactions, les mystifications médiatiques, les manipulations du langage et de la réalité. La démocratie représentative est devenue alors la piteuse « démocratie d’opinion » voire pire la « démocratie-des-bouches-cousues ». Le contexte de cette crise générale de confiance dans le phénomène politique est aussi celui d’une crise du lien social, de la solidarité, du sens et de la pertinence de la communauté nationale, voire de la « société englobante » face à tous les particularismes locaux, ethniques, religieux. Et pourtant l’imbécillité de cet espace médiatique et politique doit-il nous pousser à mettre entre nous et la société une barrière « monastique », ou dit autrement peut-on ne plus participer au « vivre ensemble », à l’espace de la délibération démocratique ? Doit-on se penser comme l’Eglise ou l’anarchisme des campagnes andalouses au XIX siècle, comme une « Contre-Société » parallèle à la Modernité triomphante (ou agonisante d’ailleurs) ? Doit-on « rouler avec le système pour le rouler » ou alors doit-on créer cette « Contre-société » parallèle ? Voilà une tension importante au sein des objecteurs de croissance, tension qui détermine les positionnements en faveur ou en défaveur des Etats-généraux du 15 octobre 2005.

Plus profondément que de savoir s’il faut organiser le mouvement pour la décroissance en un parti politique pour se présenter aux élections présidentielles, législatives ou locales, il me semble qu’au fond la question centrale que posent de nombreux militants est de savoir s’il est pertinent ou pas de vouloir changer la société en faisant de la politique. Et cette réticence vient peut-être de la définition même de la décroissance comme « phénomène politique » pouvant mettre en place des « politiques décroissantes ». Là est le véritable nœud de discorde entre les partisans et les opposants à la participation aux élections présidentielles.

Je nous propose de suivre 8 articulations pour dégager le « sac de nœuds » flou et obscur qui oppose les objecteurs de croissance sur la question de la participation aux élections :

- 1) La stratégie de l’occupation de l’espace public délibératif : rester avec la Société de Croissance.
- 2) Le débat sur la pédagogie des catastrophes explique la nécessité d’une politisation du mouvement.
- 3) Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : retour sur le « phénomène politique ».
- 4) De la mise en question de l’unilatérale simplicité volontaire ou la décroissance comme « phénomène politique ».
- 5)De la nécessité de synergies complémentaires.
- 6)Séparer les différentes questions : de la différence entre un « phénomène politique » et une « politisation ».
- 7)Incapacité et bluff : le sens véritable d’une participation aux élections de 2007.
- 8 ) Stopper la « Légende noire » du politique et Retrouver le Souffle des tempêtes.

1 . Stratégie de l’occupation de l’espace public délibératif : rester avec la Société de Croissance !

Si nous sommes d’accord que ce ne sera pas l’action parlementaire ou gouvernementale qui réussira à « faire sortir la Société de Croissance de ses rails », par manque évident de manque de courage politique face aux intérêts économiques, pouvons nous tout autant abandonner l’idée qui consiste à espérer et à attendre une prise de conscience dans l’espace du débat public démocratique, prise de conscience du « Mur » qu’est la Société de Croissance ? La raison d’être, le statut même de l’ « objecteur de croissance » n’est-il pas celui d’un travail de l’opinion publique par une occupation de l’espace du débat public. Travail de l’opinion qui consiste en une « décolonisation de l’imaginaire » passant par des « campagnes d’opinion » (« Rentrée sans marques » , « Semaines sans télé », « Journée sans achats », « Grève générale de la consommation », etc.) qui instaurent la rythmicité annuelle d’un « calendrier décroissant », des campagnes de pétitions aux députés (contre l’invasion de la publicité dans l’Education Nationale, contre le Grand Prix de F1 de Magny-Cours, etc.), ou encore une proposition éditoriale comme le journal La Décroissance qui permet de diffuser les thématiques « décroissantes » dans l’opinion publique. Ainsi la « stratégie » actuelle du mouvement est une offensive massive dans l’espace du débat public démocratique pour y imposer des thématiques qui fassent enfin ouvrir les yeux à nos concitoyens. L’objectif de ce travail de l’opinion est alors de constituer une « masse critique » pouvant saboter de l’intérieur la Société de Croissance. L’idée n’est donc pas de « sortir du monde », de « prendre le maquis », de créer une « Contre-Société » à côté de la société capitaliste, mais d’occuper le terrain du travail de l’opinion publique. Depuis l’émergence du mouvement anti-pub, le détournement des vecteurs idéologiques du système pour dénoncer leur essence totalitaire a même été élevé au rang de principe des principes comme l’avaient faits les situationnistes. Encore une fois c’est le choix d’une stratégie qui consiste à critiquer la Société tout en gardant le contact avec celle-ci. Ce « contact » consistant en l’occupation de l’espace public délibératif.

La nécessité de la participation à ce dernier n’est alors qu’un élément de notre attachement aux valeurs humanistes et démocratiques. Notre volonté essentielle est d'éviter que les objecteurs de croissance ne deviennent la simple nouvelle niche d'une pensée radicale, une énième chapelle de l'extrême gauche. Au lieu de se concentrer sur des cercles militants traditionnels souvent déjà convaincus, la stratégie choisie est celle d’ « aller au peuple » de la Société de Croissance et ne surtout pas se couper du reste de la population. Rester avec la Société de croissance !

2. Le débat sur la pédagogie de la catastrophe explique la nécessité d’une politisation du mouvement : la stratégie du « faire feu de tout bois ! ».

Cette stratégie de l’occupation de l’espace du débat public démocratique pour travailler à faire advenir une prise de conscience est le résultat du débat sur la pertinence ou non-pertinence de la « pédagogie de la catastrophe » [voir La Décroissance n°1, mars 2004, « Pour ou contre la pédagogie des catastrophes », p.14-15. Mais aussi Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé. Seuil 2003]. A part Serge Latouche et Fabrice Nicolino qui finalement sont plutôt sceptiques sur l’idée d’une prise de conscience d’une large partie de l’opinion, la majorité des objecteurs de croissance ont refusé la stratégie de la tension qui espère une méga-catastrophe contre la méga-machine, catastrophe qui serait synonyme d’un risque dictatorial. Ainsi pour M. Bernard (revue Silence), V. et D. Cheney, B. Clémentin, P. Rabhi et comme le dit P. Ariès « il faut avoir une piètre idée de notre capacité à faire de la politique, c’est-à-dire à faire rêver et à mettre en branle les masses d’exclus et de déçus, pour se défausser sur une nouvelle conception déterministe de l’histoire ». Et à ce refus de la pédagogie de la catastrophe, P. Ariès oppose « une autre pédagogie fondée sur un projet politique qui aurait l’avantage de poser la question de l’acteur de la décroissance et de se rendre compte que, pour des milliards d’humains, la décroissance n’est pas une solution faute de mieux mais une nécessité ». Opposé à Latouche et Nicolino, Ariès continu ainsi, « la pédagogie des catastrophes rend l’action politique superflue » alors qu’il faut « enclencher des dynamiques de rupture ici et maintenant ». Latouche qui ne veut pas « faire de la pédagogie des catastrophes l’unique levier de la construction d’une société de décroissance », accepte au final le projet d’Ariès de se battre pour travailler dans l’espace public démocratique à construire une « masse critique ».

Mais comme on le voit dans ce débat, il y a là en fait tous les éléments qui déterminent le débat sur la politisation du mouvement des objecteurs de croissance. Si l’on ne s’organise pas en un puissant mouvement qui puisse peser de son poids sur l’opinion publique alors il n’y a plus qu’à espérer dans le cynisme et le fatalisme de la pédagogie des catastrophes. Plus on attend pour peser un poids déterminant dans l’opinion publique, plus on attend pour faire pénétrer nos thématiques sur le spectre politique, plus on perd du temps en s’enfonçant de plus en plus profondément dans le Mur de la Société de croissance. Attendre, ne pas s’engager politiquement dans le débat public démocratique, c’est accepter la pédagogie des catastrophes et ses risques sociaux, économiques, techniques, écologiques. Voilà les présupposés, l’enjeu véritable du débat sur la politisation des objecteurs de croissance. C’est le « refus optimiste » de la pédagogie des catastrophes qui oblige à une attitude volontariste et hâtive : « Faire feu de tout bois » telle est la nouvelle stratégie à opposer à la pédagogie des catastrophes.

Vu l'ampleur de l'effort à faire, tout les moyens sont bons pour alerter l’opinion publique : création d'un journal, participation à des élections locales, législatives mais aussi présidentielles, non pas pour gagner ces élections et accéder à une certaine représentativité, mais pour donner une véritable caisse de résonance à nos idées (j’essaye de le démontrer dans le chapitre intitulé « Incapacité et bluff »). Stratégie de conquête de l’opinion publique par l’occupation du champ de l’espace public délibératif, telle est le sens même du terme « objecteur de croissance ». La stratégie n’est donc pas celle d’un affrontement frontal au pouvoir ou encore celle de la constitution d’une « Contre-société » parallèle, mais celle d’un affrontement frontal avec l’opinion publique. Tel est le sens même du « statut » d’ « objecteur » de croissance.

3 . Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : retour sur le « phénomène politique ». Pour un rapide aperçu de ce qu’est en politologie la différence entre « le » politique et « la » politique voir par exemple : http://ph.segur.free.fr/definir.politique.htm.

La crise et l’effondrement de la démocratie représentative tout comme l’hostilité légitime envers ce auquel le « phénomène politique » a été réduit par la société du spectacle et la « pipolisation » des acteurs politiques, ne doit pas nous faire oublier ce qu’est le phénomène politique dans son fondement, dans son essence : il est la régulation par la communauté de son propre « vivre-ensemble », de son propre « vivre avec ». Et cette nécessité d’intégrer une action particulière à un ensemble beaucoup plus vaste et finalement à la totalité des actions d’un groupe, c’est l’affaire générale, la « res publica ». Ainsi le fondement du « phénomène politique » n’est pas la question du pouvoir ou encore de l’Etat (voir n’importe quel cours de science politique par exemple : http://www.chez.com/sociol/socio/grandsdomaines/sociopoli.htm). C’est l’ organisation par la communauté d'un meilleur « vivre ensemble ». Phénoménologiquement le « politique » dans les premières sociétés dites archaïques, c'est l'organisation même du vivre ensemble : une meute de loups, comme tous les animaux sociaux font du politique c'est-à-dire organisent leur « vivre ensemble ».Voilà ce qu’est le « phénomène politique » dans son fondement. L’eau sale du bain ne peut être confondue avec son bébé. Ne confondons pas tout. Oublier cette nécessaire distinction entre « le » politique en tant que « phénomène politique » et « la » politique, c’est renoncer à l’espérance du projet d’un nouveau « vivre ensemble », d’un nouveau « vivre avec ». C’est donc renoncer à toute transformation du ici et du maintenant.

Et donc à l’inverse de ceux qui disent que participer à des élections locales ou nationales ce serait prendre le risque d’être récupérer par le système médiatique et politique, je dirai qu’au contraire c’est la seule façon de l’éviter. Car renoncer à proposer le projet d’une nouvelle organisation du « vivre ensemble », c’est alors prêter le flanc à toutes les récupérations permettant la survie (par sa mutation) de l’organisation actuelle du « vivre ensemble ». Ne pas se politiser, c’est accepter que le développement durable – qui lui s’est politisé car il existe des politiques du développement durable comme il existe des politiques décroissantes – nous récupère sous le concept de « décroissance sélective » qui là est de la véritable récupération.

4 . De la mise en question de l’unilatérale « simplicité volontaire » ou la décroissance comme « phénomène politique ».

Ainsi ce qui fait débat à l’arrière-plan du débat sur la participation aux élections présidentielles, législatives ou locales, c'est la possibilité même d'une essence politique, non pas du mouvement pour la décroissance, mais plus fondamentalement des thèses, des idées de la littérature décroissance [pour une approche bibliographique des idées de la décroissance voir :]. Le débat porte donc sur l'idée de l'existence même d'une quelconque « politique décroissante », comme s’intitule une rubrique du journal La décroissance.

Pourtant l’idéologie de l’ « auto-organisation » dont pensent se revendiquer certains opposants à la participation électorale, n’est pas celle de l’ « anti-organisation », l’ « auto-gestion » n’est pas l’ « anti-gestion » du laisser-faire laisser-aller des valeurs « libéralo-libertaires ». Car il nous faut véritablement « organiser » une « culture de la mobilisation » autour de l’idée de la décroissance et de la démocratie de proximité qui puisse rendre visible aux yeux de tous la relation entre le particulier et le général, entre l’ « agir local et individuel » de la simplicité volontaire et le « penser global » du phénomène politique.

La simplicité volontaire a une vertu majeure. C'est justement de dire que nous sommes tous dans une sorte de « servitude volontaire » par rapport au système. Pour refuser la servitude volontaire il faut alors affirmer la « simplicité volontaire ». Contre le « laisser-faire-laisser-aller », l'abstentionnisme, l'apolitisme, le pessimisme général, le cynisme post-moderne de la « Fin de l'Histoire » (Fukuyama), l'idée de la « simplicité volontaire » est de dire que « OUI », la Révolution est à notre portée de doigt (de pied !), car le « système » capitaliste n'existe pas et n'existera jamais, car il n'existe que dans des individus pour qu'il puisse vivre. Le terme de simplicité volontaire démythifie alors et déconstruit totalement l'ensemble des figures abstraites et irréelles telles que le Capital, la Nation, l'Etat, le Peuple, le Parti, etc. Il affirme une formidable « responsabilisation » de chacun d'entre nous. OUI nous sommes tous, individuellement, le Capitalisme, la Société de croissance. Le CAPITALISME c'est MOI, c'est TOI.

Bref ce que dit dans son fond la simplicité volontaire c'est qu'il « faut grandir », « être responsable ». L'éthique est l'essence du terme de simplicité. Le terme de simplicité volontaire a donc une « fonction stratégique » dans cette « Ere de la crise des idéologies révolutionnaires » : réaffirmer que si OUI le Capitalisme est en chacun de nous alors la Révolution est en chacun de nous. Le terme de « simplicité volontaire » est alors une des modalités de la reconquête d’un horizon véritablement transformateur.

Le problème c'est que cette reconquête d'un Horizon de Transformation radicale par ce terme de « simplicité volontaire », produit un imaginaire souvent individualiste qui évacue pour de nombreux militants la question politique c'est-à-dire la question du « vivre-ensemble ». On trouve là encore un nouveau fondement à l’opposition entre les partisans d’une participation électorale et ses opposants.

Pour changer concrètement nos comportements de consommation, il ne faut pas seulement prôner la simplicité volontaire, c'est-à-dire agir sur une éthique individuelle du comportement individuel. Les limites que les contraintes extérieures font peser sur la marge d’autonomie et d’initiative de la pratique individuelle de la simplicité volontaire, légitiment de poser la réalisation concrète de la simplicité volontaire à l’échelle collective, celle du « vivre ensemble », donc revenir à l’échelle politique. Car la « dimension collective » de la simplicité volontaire, ne peut être seulement celle d’un cercle d'amis autour de soi, ou encore celle du vecteur de l'associationnisme (création de coopératives de production ou de consommation, d'Amap, de groupes faisant du co-voiturage...). La « dimension collective » de la simplicité volontaire rendant celle-ci réalisable à l’échelle individuelle, ne peut être que celle de l’organisation du « vivre ensemble », du « vivre avec » de la communauté toute entière. Cette synergie entre l’individu, les groupes d’affinité et la communauté du « vivre ensemble », est la seule condition pour que toutes les couches sociales de la société puissent « vivre » la simplicité volontaire. En effet on voit bien qu'un pauvre ne pourrait pas par sa seule volonté individuelle, vivre la « simplicité volontaire » quand il vit quotidiennement une « pauvreté subie » totalement différente d’une « pauvreté voulue ». Il lui faut être aidé par la communauté locale et la communauté nationale : on doit donc peut-être introduire dans la notion de « simplicité volontaire » l'idée d'une solidarité nationale. Solidarité au sens premier : l'organisation par la communauté d'un meilleur « vivre ensemble ». Ainsi la solidarité pourrait induire un « dispositif » d'aides, de conseils, de soutiens pour se passer des objets et de la culture de masse (par la loi, par le droit, par la participation au jeu démocratique et associatif...). Voilà la réintroduction de la décroissance comme « phénomène politique ».

Il faut aussi agir concrètement et collectivement sur les conditions matérielles, sociales et techniques, qui rendent possible nos comportements de consommateurs et l'imaginaire de croissance qui va avec. Refuser de définir la décroissance comme un « phénomène politique » passant par des « politiques décroissantes », s’est peut-être oublier les effets sur chacun de nos destins individuels des politiques économiques, techniciennes ou faussement « sociales » menées par les pouvoirs publics, financiers et patronaux. Ne pas agir sur le politique en tant que « phénomène politique », n’est-ce pas une autre forme du fatalisme consistant à croire que la mondialisation est sans appel, qu’elle n’est pas une machine politique proposant donc par définition une nouvelle organisation du « vivre ensemble ». Ne pas agir sur « le » politique, n’est-il pas une façon de s’aveugler des déterminations extérieures sur notre propre vie concrète. Ou dit autrement, peut-on véritablement « déserter le système » par la seule et simple volonté individuelle ? Volonté qui suppose que nous serions tous égaux face au problème de son application concrète. Cet impératif unilatéral de la « simplicité volontaire » n’est-il pas en somme proche d’une position moralisante et moralisatrice, une nouvelle forme de l’imprécation moralisatrice soixante-huitarde. Se croire soi-même comme « autonome » et « libre », n’est-ce pas finalement une façon de se baigner sans s’en rendre compte dans l’idéologie même du libéralisme économique, c’est-à-dire se penser individuellement comme une « monade libéralo-libertaire », un « self made men » militant sur le modèle du self made men entrepreneurial ? Refuser le politique en tant que « phénomène politique » n’implique-t-il pas que l’on se retrouve alors sans s’en rendre compte et sans le vouloir, dans le camps de tous les présupposés du libéralisme économique le plus radical qui s’évertue lui aussi à dé-politiser l’ « animal politique » que nous sommes et à nier toute légitimité au « phénomène politique ». Les « libertariens », les partisans les plus radicaux du libéralisme économique, ne vont ils pas à développer un repli général du phénomène politique, un « antipolitisme » ?

5 . De la nécessité de synergies complémentaires.

Ne faut-il pas se garder de prôner unilatéralement la seule éthique personnelle ou simplicité volontaire pour faire « sortir des rails » la société de croissance ? La simplicité volontaire est certainement nécessaire –centrale - mais pas suffisante pour déclencher une véritable ligne de tension transformatrice. Car elle est complémentaire d’un nouveau projet collectif du « vivre ensemble », d’une refondation radicale des valeurs et structures de nos sociétés. Agir sur les deux plans, éthique personnelle et proposition d’un nouveau projet d’organisation du « vivre avec » (agissant sur le système social, technicien, politique, économique, etc.) sont les deux termes de ce qui pourrait être la décroissance. Simplicité volontaire et décroissance en tant que « phénomène politique » ne s’opposent pas, ils sont – comme le dit si bien Lao-Tseu…- les deux versants d’une même montagne, ils sont les deux termes nécessaires et cette fois-ci suffisants pour « faire sortir des rails » la société de croissance.

Or, on le voit très bien à propos du débat sur la participation politique à des élections locales législatives ou présidentielles, l'essentiel des militants ne saisissent encore la question de la décroissance que sous l'angle de l'individu ou du groupe d’affinité réduit.

S'attaquer politiquement par exemple, au « Droit technicien » (J. Ellul), qui est la gangue du système technicien permettant la possibilité même de la croissance et de nos comportements de consommation, cela apparaît légitimement pour beaucoup d’entre nous à l'autre bout de nos préoccupations concrètes tournées vers l’unilatérale simplicité volontaire. On ne saisit pas cette nécessité d’attaquer le système technicien, parce que nous sommes victimes - y compris nous décroissants - de l'apparente invisibilité de l'essentiel du système technicien, invisibilité qui est due plus généralement à l'éclatement des savoirs, à leurs spécialisations extrêmes, à la division sociale et sexuée du travail. Il nous manque encore concrètement une vision complexe et globale du réel. Si nous ne comprenons pas le monde de la croissance, dans son organisation systémique, interrelationnelle, alors le mouvement pour la décroissance est voué à la totale inefficacité, c’est-à-dire à un enferment dans des niches militantes embourbées dans la recherche individualiste et groupusculaire de la simplicité volontaire. Complémentairement au défi de la mise en pratique de la décroissance, nous sommes confrontés beaucoup plus généralement à un défi cognitif majeur : comprendre le (dys)fonctionnement de la Société de Croissance. Nous ne pouvons pas en rester à des slogans moralisateurs sur l’éthique personnelle (c’est nécessaire mais pas suffisant). Il faut s’enfoncer dans la complexité cognitive du système.

Et c’est ce manque de visibilité du système technicien, ou dit autrement ce « flou définitionnel » de l’organisation actuelle du « vivre ensemble », qui entraîne alors l'existence de l’éthos spécifique du « décroissant-type » : revendication de la marginalité politique, rétrécissement de l'activisme politique sur des niches militantes ou strictement individuelles, méfiance vis-à-vis de la politique et de la démocratie, peur de toute récupération voire bientôt d’une quelconque « répression »... Or comment ne pas croire que les « 6 R » (relocaliser, réduire, recycler..) ne transforment pas « le » politique ? Et que cette transformation ne puisse se faire que par la décision de la communauté toute entière de changer les structures organisationnelles de son « vivre ensemble », ou dit autrement par « la » politique ? Là encore la stratégie du travail de l’opinion publique par l’occupation de l’espace public délibératif est parfaitement cohérente avec l’idée que la décroissance est un « phénomène politique ».

6 . Séparer les différentes questions : de la différence entre « phénomène politique » et « politisation ».

Comme nous l’avons dit, le refus de participer à des élections, donc le refus d’une politisation vient souvent d’un refus plus fondamental – et la plupart du temps inaperçu ou non-théorisé - de voir en la décroissance un « phénomène politique » tel que nous l’avons défini.

Résumons-nous. La dimension collective de la simplicité volontaire montre que la décroissance est un « phénomène politique » passant par des « politiques décroissantes », puisqu’elle nécessite la proposition d’une nouvelle organisation du « vivre ensemble ». Refuser l’idée que la décroissance ne soit pas un « phénomène politique » apparaît alors totalement incohérent.

Après, si la « décroissance » est fondamentalement un « phénomène politique », la question d'une « politisation » du mouvement actuel pour la décroissance est une autre question qui n'a rien à voir. Mais il ne faut surtout pas confondre ces deux éléments qui sont totalement distincts. Le fait que la décroissance soit un « phénomène politique » n’implique pas mécaniquement la nécessité de se politiser. Ainsi sans qu’il y ait une politisation du mouvement des objecteurs de croissance, on pourrait très bien voir dans quelques années (et d’ailleurs dès maintenant au vu de la motion du groupe socialiste Utopia pour le congrès de Dijon de décembre 2005) des partis politiques (Verts, PS, UMP…) appliquer des politiques décroissantes. Là, comme le souligne Jean-Luc Girard, il y aurait une véritable récupération. C’est pour éviter cette récupération qu’il nous faut nous « auto-organiser » par la politisation du mouvement des objecteurs de croissance.

7 . Incapacité et bluff : le sens véritable d’une participation aux élections présidentielles de 2007.

Comme le souligne l'échange entre Hubert Védrine et Serge Latouche dans un supplément « Développement durable » paru dans le journal Le Monde, il y a une difficulté majeure à faire passer la décroissance comme « phénomène politique » à sa politisation concrète. Une « totale incapacité » de passer du 1er élément (la nécessité de réorganiser l’ensemble des structures organisationnelles du « vivre avec ») au 2ème élément (« politiser » cette nécessité). Incapacité à faire passer le « phénomène politique » dans sa « politisation », c’est-à-dire incapacité à faire passer « le » politique dans « la » politique. Incapacité à « politiser la nécessité de politiques de décroissance ». Et ce parce qu’on a encore aucun projet de réorganisation du « vivre ensemble » clair, aucun programme, aucun « relais politiques » c’est-à-dire aucun soutien d'un corps de conseillers municipaux, généraux, régionaux, maires, ou députés. Mais plus fondamentalement, incapacité car nous en sommes encore au stade du « Grand chantier de la réflexion » sur ce que nous voulons comme ré-organisation du « vivre ensemble ».

C'est pour cela à mon sens, que notre incapacité actuelle de passer du 1er élément au 2ème élément montre que le sens d'une participation aux élections ne peut être celui d’une « politisation » du mouvement des objecteurs de croissance. Le sens de cette participation à l'élection présidentielle c'est alors le « Bluff » qui consiste à passer par-dessus notre incapacité à passer du 1er élément au 2ème élément. Bien entendu que l'on ne peut pas politiser actuellement les idées de la décroissance dont les propositions sont encore embryonnaires. Si se présenter à des élections présidentielles suppose être capable de présenter un projet politique concret alors bien entendu que les motivations du groupe lyonnais ne sont pas celle de « jouer le jeu » des élections présidentielles. Que l'on ne se méprenne pas. L’objectif d'une présentation à des élections locales ou présidentielles n'est pas une quelconque conquête du pouvoir. Qui peut y croire sérieusement, sans fantasmes et sans mauvaise foi. C'est comme quand Coluche au début des années 1980 se présentait aux présidentielles, c'est un énorme Bluff !! On détourne la muflerie d'une prétendue campagne locale, législative ou présidentielle, pour donner une visibilité nationale à nos idées. Prenons donc cette participation à des élections locales ou présidentielles pour ce qu'elles sont véritablement (un bluff), et non pour des fantasmes répulsifs ou positifs.

Incapacité et bluff montrent bien que la stratégie de la participation aux élections locales, législatives et présidentielles est celle qui ne veut pas que la « pédagogie des catastrophes » puisse donner raison à la décroissance. Le sens donné à cette participation aux élections n’est pas la « politisation » mais bien celui de la stratégie de la constitution d’une « masse critique » par l’occupation de l’espace public délibératif : la visibilité de nos idées pour faire « sortir des rails » la Société de croissance. Il n’y a ni infléchissement, ni « récupération », ni « fornication » avec le système, mais toujours volonté de remplir la finalité originelle de notre mouvement : l’objection. Cette participation aux élections est donc hautement subversive et non « collaboratrice ».

Ne prenons pas nos fantasmes positifs ou répulsifs pour des réalités. Il n'y a ni loup, ni bergerie !!! et pas encore de bergère…

8 . Stopper la « Légende noire » du politique et Retrouver le souffle des tempêtes.

Pour faire surgir cette « démocratie de proximité », il nous faut développer une nouvelle perception, une nouvelle image du « phénomène politique » dans l’opinion publique et d’abord parmi nous. Il nous faudra aussi inventer et définir une nouvelle culture politique, tout comme une nouvelle éducation.

Mais, on ne peut continuer à colporter d’un côté, la « légende noire » désabusée du « phénomène politique » qu’en affirmant d’un autre côté que l’émergence d’une « société décroissante » implique la nécessité d’une nouvelle organisation du « vivre-avec ». On ne peut refuser le « phénomène politique ». Ne confondons pas les critiques que l’on porte au « système médiatico-politique » avec l’essence de ce qu’est le politique. Pourquoi être aussi pessimiste sur la capacité de l’humain à organiser harmonieusement son « vivre-ensemble » ? Il faut malgré la bassesse de la politique d’aujourd’hui et l’aveuglement de la Société de croissance, avoir confiance en l’homme, c’est-à-dire « en nous », « en toi », « en moi », en chacun de nous. Parce que tout simplement cette confiance en la capacité de l’homme de sans cesse s’élever vers une organisation harmonieuse de son « vivre-avec » s’appelle l’humanisme. Humanisme que nous devons garder toujours dans notre ligne de mire et mettre de côté nos penchant pessimistes sur la capacité à vivre collectivement en une société harmonieuse. Le phénomène politique ne se réduit à ce que nous renvoient les médias. Ce qui est en train de mourir sous nos yeux c’est un état historique du développement du « phénomène politique ». Nous devons garder l’idée du volontarisme politique ou dit autrement garder l’idée d’un nouveau projet de société.

Il nous faudra articuler le passage d’une intervention jugée seulement possible au niveau local ou individuel, à une action globale s’exerçant au niveau national voire mondial. Il nous faudra rattacher des combats ponctuels à des combats globaux. La relocalisation de l’économie et les problèmes locaux de sa mise en place concrète n’est-elle pas d’abord possible que grâce à une action sur l’échelle nationale. La nouvelle organisation politique pourrait être par exemple comme le propose Takis Fotopoulos, une confédération de groupes autonomes (aux niveaux régional, continental, mondial) oeuvrant à la mutation démocratique de leurs communautés respectives. Ainsi comprise, la politique n'est plus une technique pour détenir le pouvoir et l'exercer, mais redevient l'autogestion de la société par ses membres. L'agir local constitue même la voie de solution des impasses planétaires globales et sert également à court-circuiter le capitalisme. .

La redécouverte de l'échelle locale que nous proposons est intrinsèquement liée à la participation de chacun à la « démocratie de proximité ». La relocalisation auto-productive de l'économie est liée à l'implication de chacun dans le « vivre ensemble politique local ». Car la politique vivante et locale, c’est-à-dire faite de relations interpersonnelles, est la régulation du vivre ensemble et la réponse de cette communauté locale à ses besoins.

Nous les objecteurs de croissance prônant le retour à l'échelle locale, nous devons en fait dire qu'elle est la vraie politique vivante. Celle qui a toujours existé depuis 10 000 ans et qui aujourd'hui est devenue une politique lointaine, déterritorialisé, déshumanisée, spectacularisée et ridiculisée dans tous les peep-shows politiques et sex-shops télévisuels. Il faut re-localiser, re-vitaliser ou « vivantifier » la politique et affirmer que la politique est toujours l’œuvre d'une rencontre en chair et en os d'humains vivants qui décident de former une communauté pour réguler le « vivre ensemble » et s'organiser pour subvenir collectivement à leurs besoins. Le processus de construction de la nation et de l'état moderne au XIX et XX siècles (la « société englobante »), a déterritorialisé et néantifié la politique vivante locale pour aboutir aujourd’hui à la « politique lointaine » et sa conséquence directe, l’« abstraction de la politique », abstraction produite par le seul usage même de supports « sans chairs et sans os », comme la presse écrite et le journal télévisé.

La politique locale fait partie intrinsèque de cette redécouverte du local. Crachons donc sur la politique abstraite, lointaine et spectacularisée (oui!), mais ne confondons pas tout et défendons la politique vivante locale, la démocratie de proximité.
Pour cela si nous refusons la « forme parti », pourquoi ne pas choisir la forme de l’ « action set », c’est-à-dire une stratégie de création de groupes politiques temporaires pour poursuivre des objectifs spécifiques et immédiats. Ces groupes auto-organisés se dissolvant dès ses objectifs atteints. L’ « action set » serait l’alternative à la création d’un « parti des objecteurs de croissance ». Le mouvement pour la décroissance garderait ainsi une autonomie d’organisation, donc une souplesse et une ouverture. Certes on pourrait trouver des contradictions en voulant concilier la volonté de peser sur l’opinion publique et cette volonté d’autonomie vis-à-vis des formes classiques de la vie politique. Mais un compromis peut être sereinement trouvé entre opposants et partisans à la participation aux élections locales, législatives et présidentielles.

La décroissance, lieu de convergence entre une logique de nécessité et une logique d'idéal, est alors la chance historique pour la gauche radicale de sortir définitivement de son confinement depuis deux siècles dans les extrêmes.
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korrotx.
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PostPosted: 09 Oct 2005 9:33    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
pouvons nous tout autant abandonner l’idée qui consiste à espérer et à attendre une prise de conscience dans l’espace du débat public démocratique, prise de conscience du « Mur » qu’est la Société de Croissance?
Oui, on peut abandonner cette idée.
(ce qui ne veut pas dire qu'il faille se convaincre que cette prise de conscience n'aura jamais lieu)

Kobayashi wrote:
Travail de l’opinion qui consiste en une «décolonisation de l’imaginaire» passant par des «campagnes d’opinion»
D'après moi, si le(s) message(s) d'une campagne d'opinion passe chez quelqu'un, c'est que la décolonisation de l'imaginaire a déjà eu lieu, le leitmotiv de la campagne ne faisant que mettre en mots une prise de conscience intuitive. Sans cette prise de consicence intuitive préalable, je doute de l'efficacité de ces campagnes (en revanche je ne remets pas en question leur capacité à faire mettre en mots ces intuitions).

Kobayashi wrote:
L’idée n’est donc pas de [...] créer une « Contre-Société » à côté de la société capitaliste, mais d’occuper le terrain du travail de l’opinion publique.
Et pourquoi pas les deux?
Bon, tout d'abord je précise que je distingue d'une part le système capitaliste et d'autre part la société, aussi peux-tu détailler ce que tu entends par "société capitaliste"?
Je retrouve dans plusieurs de tes posts une opposition entre la posture qui consiste à appliquer la simplicité volontaire de façon "tribalisée", et celle qui consiste à faire des compromis sur la pratique et à mieux faire passer des idées. Pour ma part je fais un pas de côté par rapport à cette opposition, je ne vois en effet pas de lien entre mise en pratique de la décroissance (ou mode de vie alternatif), et communication avec les gens. Pour moi on peut très bien se détourner du système capitaliste et "travailler l'opinion publique" comme tu le dis (la question plus particulière des limites que constituent le salariat et la location de logement quant à l'application de la simplicité volontaire étant à part, et étant également sans rapport avec le fait de vivre en société ou pas ou pas, de se "tribaliser" ou pas).
D'ailleurs tu dis dans la partie 5 que simplicité volontaire et décroissance en tant que phénomène politique sont complémentaires, ce sur quoi je te rejoins tout à fait.

Kobayashi wrote:
Là, comme le souligne Jean-Luc Girard, il y aurait une véritable récupération. C’est pour éviter cette récupération qu’il nous faut nous « auto-organiser » par la politisation du mouvement des objecteurs de croissance.
Je ne comprends pas en quoi la politisation du mouvement éviterait une récupération, peux-tu détailler?
Quant à la participation à des élections en tant que moyen de donner de la visibilité à nos idées, je n'y crois toujours pas. Combien de gens en France se souviennent d'Antoine Waechter ou de Jacques Cheminade, ou même de Daniel Gluckstein ou Christiane Taubira?
Ou alors le candidat doit être quelqu'un de déjà assez connu et apprécié de pas mal de monde.
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Kobayashi



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PostPosted: 09 Oct 2005 13:21    Post subject: Reply with quote

Salut,

Korrotx a écrit à propos de l'idée d'abandonner l'occupation de l'espace public délibératif :
Quote:
Oui, on peut abandonner cette idée


En fait c'est le seul point où je te suis vraiment pas. Après en gros il me semble que l'on serait d'accord, ce que tu dis je le perçois comme complémentaire à ce que j'ai écrit.

Le fait d' " objecter " (comme le fait un objecteur de croissance) c'est opposer un argument (philosophique ou religieux dans ce qui est l' " objection de conscience ") à une affirmation, à une demande. L'objection présupose donc une relation. Relation qui soit inter-personnelle (comme tu le souligne), mais comme toi ni moi ne pouvons rentrer en relation inter-personnelle avec l'ensemble des habitants de cette planète, une relation aussi non-personnelle qui est celle qui passe, par le tract, la confection d'un journal, l'organisation de campagnes " Journées sans achats ", etc. Dans cette relation non-personnelle, il n'y a aucune rencontre entre deux humains en chair et en os.

Cette incapacité individuelle à rentrer en relation inter-personnelle avec l'ensemble des habitants de la planète, nécessite cette relation scripturaire, cette civilisation a-personnelle de l'écrit. Or celle-ci est l'espace délibératif démocratique. Il faut donc parler de décroissance dans ses propres relations interpersonnelles, et parler de décroissance à travers cette relation non-personnelle scripturaire. (oulà je suis désolé cela commence déjà à jargonner dans les virages).

Donc il me semble que tout abandon de l'espace délibératif est totalement impossible. Cela entrainerait le refus de publier des livres, le refus de publier des articles, le refus de s'informer...


Autre point que tu soulèves, ne peut-on pas faire à la fois une " Contre-société parallèle " au capitalisme et occuper l'espace public délibératif ?

Bon là je vais un peu avoir une réponse historique parce que je suis déterminé par le fait que je soit prof d'histoire-géo. Mais il me semble que l'on pourrait faire une réponse qui ne soit pas forcément tirée de l'expérience historique passée (et dans ce cas peut-être une réponse philosophique voire fondée sur un support théologique qui irait dans le sens de ce que tu dis).

L'idée de créer une Contre-société parallèle n'est pas nouvelle. L'Eglise romaine par exemple a depuis la Révolution française refusé en bloc la Modernité (libéralisme politique, libéralisme économique, industrialisation, urbanisation... ). C'est le courant Anti-Moderne (alors que d'ailleurs si la pensée décroissance a des liens évident avec l'antimodernisme et en est issue, elle est plutôt " Alter-moderne ", et certainement pas altermondialiste). Au XIX siècle cet affrontement colossal entre l'Eglise et la Modernité a donné lieu à des guerres civiles et inter-étatiques, des excommunications, etc. L'Eglise de France par exemple (encyclique Syllabus 1864) a interdit au catholiques français (donc une écrasante majorité des français de l'époque) de participer à la République... L'Eglise par son refus de collaborer avec le Monde Moderne qui l'environne, a alors tenté de créer un Contre-Monde parallèle pour résister à cette grande vague historique, vague sur laquelle nous nous situons aujourd'hui sur sa crète, vague qui va bientot s'effondrer de son propre poids.

Et pourtant malgré l'énorme poids démographique de l'Eglise catholique mondiale au XIX et première moitié du XX siècle, le projet pharaonique de constituter une Contre-Société parallèle à la Modernité (malgré la tentative en France de la réalisée sous Vichy 1940-1944), est d'un échec flagrant au vu de l'état actuel de l'Eglise catholique dans les pays industrialisés.

On pourrait faire le même constat de l'anarchisme andalous du XIX et première moitié du XX siècle. La région au monde qui a été la plus marquée par l'anarchisme, a été l'Andalousie, où les paysans et l'ensemble des classes sociales populaires (des millions de personnes) se sont mis concrètement a créer la Contre-Société parallèle anarchiste (coopératisme de production et de consommation, mutualisme, syndicalisme révolutionnaire, etc..). Or rapidement tout cela a échoué pour finalement aboutir dans une guerre civile (1936).

En France, hormis l'Eglise catholique, la tentative " de Gauche " de créer une Contre-Société parallèle a été écrasée dans l'insurrection de la COmmune (1870). Donc en France on a jamais eu une véritable " Contre-Société parallèle de Gauche " comme en Espagne (voire en Italie).

Et que dire du résultat de la réalisation du COntre-Monde soviétique au XX s : un véritable désastre effondré sur lui-même.

Il y a un livre très important sur toutes ces question : Deport, L'échec des révolutions, qui analyse dans le détail les contradictions internes à toutes les tentatives depuis deux siècles de créer des COntre-Société.

Après cet aperçu de ce qu'on fait nos ancêtres de la Gauche radicale, on peut être très dubitatif à propos des discours qui disent qu'il faut " déserter ", " se retirer du monde " (comme des moines). D'ailleurs il y a un très très bon bouquin d'un excellent sociologue, Henri Desroches, à propos de cette figure de la Contre-Société. Bizarremment (mais justement il montre que c'est pas si bizzare que cela), la Gauche radicale et le monachisme ou millénarisme religieux sont les seuls à partager cette volonté de créer des COntre-Sociétés. C'est dans Sociologie de l'espérance (Calman-Lévy) un bouquin magistral sur cette question.

Bon enfin je m'arrête parce que c'est une question qui me passione (j'ai fait mon DEA dessus). Je reviendrai un peu plus bas, sur ton idée de constituer une Contre-Société parallèle en même temps qu'occuper l'espace public délibératif, idée qui me semble tout de même juste mais qu'il faut présenter sous une autre mouture pour ne pas tomber dans les échecs historiques de toutes les tentatives de création de COntre-Société parallèles.

Quote:

Je ne comprends pas en quoi la politisation du mouvement éviterait une récupération, peux-tu détailler?
. Ben en gros (au couteau !), nous sommes victimes depuis 4 ans de notre succès. On parle de décroissance partout, au Verts (un délégué fédéral cherche à infléchir la ligne du bureau politique et Yves Cochet ne cache plus son accord partiel avec nous), dans le groupuscule socialiste Utopia (qui va présenter au congrès de Dijon une motion teintée de décroissance), à la LCR, dans tous les groupuscules anarchistes de la Terre (là c'est bon signe mais la plupart du temps ils n'ont aucune connaissance de la littérature décroissante, seul le slogan les intéresse) etc... Bref il est tant d'éviter la récupération, en solidarisant les colporteurs historiques de la décroissance (les réseaux antidéveloppementistes qui sont se sont mis en sommeil depuis 20 ans, les élèves et disciples des pères de la décroissance, les groupes qui depuis 8 ans avancent durement à faire connaitre cette idée de décroissance) et surtout avec tous ceux qui comme nous - il me semble - nous nous sommes rattachés depuis 4 ans à la vague quand le succès du thème décroissance a commencé. Jean-Luc Girard (Passerelle et co) a totalement raison, il faut que l'on trouve un moyen de se solidariser (après on peut débattre si cette solidarisation doit passer par un parti ou comme je le propose pour trouver un compromis, l' " action set " .voir la fin de mon texte ci-dessus) pour éviter les conséquences de notre succès. Voir le magazine des bobos parisiens imbéciles, comme Teknicart, récupérer totalement la décroissance, c'est intolérable !

Il faut se solidariser, en une asso, en un parti, en tout ce que vous voulez... mais il faut se solidariser, s'auto-organiser.


Après si je ne t'ai pas convaincu sur la nécessité de participer à des élections locales, législatives et présidentielles, je dis que c'est tant mieux. Le but de mon texte est de poser des repères et un cadre à un débat très confu et touffu, dans lequel tout le monde confond tout le monde. Je veux simplement expliciter (ce que ni le groupe lyonnais ni les intellectuels n'ont fait, affirmant que le débat était déjà tranché, circulez il n'y a rien à voir. On fait notre petite solidarisation entre acteurs historiques, qui m'aime me suive !). Expliciter donc les raisons d'une telle démarche. Montrer sa cohérence et sa part de légitimité. Après bien entendu cohérence et part de légitimité ne veut pas dire que l'on aura raison. Un " mouvement " est heureusement constitué par de la diversité. Et comme le dit Cécile on peut très bien être ne pas dérangé par cette diversité des démarches. Mais il faut surtout éviter les malentendus sur nos motivations. C'était la finalité de mon texte.

Ah y'a un truc aussisur lequel je suis pas d'accord :

Korrotx à écrit :
Quote:
je distingue d'une part le système capitaliste et d'autre part la société, aussi peux-tu détailler ce que tu entends par "société capitaliste"?



D'abord dire que ce n'est pas moi qui " entend " quelque chose à travers le terme de " société capitaliste ". Comme le dit si bien Donquichotte Clin d'oeil , je n'ai aucunement la prétention de penser par moi-même (Deun était venu magistralement sur cette question en réponse à Babagille dans le débat sur " l'addiction ") de façon " libérée " et " autonome ". On est trop sur-déterminé " inconsciemment " par son propre habitus, par le fait aussi et surtout que nous sommes habité par une vie dont nous ne sommes pas le propre fond (M. Henry). La lecture est aussi une liberté qui permet de se construire en interaction avec les autres.

Ainsi il n'existe nullement de " système capitaliste " (Marx l'a très bien montré), ni de " société capitaliste ", car il n'existe dans la réalité réelle que des individus vivants. As-tu par exemple déjà serré la main à une société ? Clin d'oeil. Ces termes sont des abstrations, et il faut leur reconnaitre ce statut si particulier. Cette abstraction consiste à donner une image, une représentation de l'ensemble des contacts entre individus vivants. Mais la représentation n'est et ne sera jamais la réalité réelle. Il faut faire attention à ne pas mélanger ces deux ordres de réalité dont l'une fonde l'autre.

La simplicité volontaire (voir le chapitre 4 du texte) a la vertu de replacer " le monde " (autre abstraction) dans l'individu vivant. Ainsi le Capitalisme c'est toi c'est moi car il n'y a de réalité réelle que celle du vivant (c'est une question philosophique assez dure, mais Marx - et pas seulement - l'a très bien démontré).

Quote:
Je retrouve dans plusieurs de tes posts une opposition entre la posture qui consiste à appliquer la simplicité volontaire de façon "tribalisée", et celle qui consiste à faire des compromis sur la pratique et à mieux faire passer des idées.


Oui et pas tout à fait. ( mais je vois pas trop ce que tu entends par " tribalisé " : c'est le fait de créer des coopératives, des amap..?). Mais en effet tu viens de pointer une contradiction dans ce que je dis. Le fait de construire des coop, des sel, amap... est une façon de renouer avec le projet de création d'une Contre-Société. Et pourtant affairaient à mettre en place ces " institutions ", on oubli de rester en contact avec le reste du Peuple de la Société de Croissance encore sous les chaines. Cela a toujours été une contradiction à l'intérieur des mouvements visant à la création d'une Contre-Société parallèle. C'est pour cela qu'il faut faire les deux, à la fois commencer par créer le semi-institutionnel d'une Société-Parallèle (Amap, sel...) et garder à l'esprit que la survie de ce projet (et surtout la survie de la Terre tout court) dépend de l'agrégation de l'ensemble du Peuple de la Société de Croissance. Sinon pédagogie des catastrophes il y aura.

Donc j'affinerai peut-être l'idée de constituer une " Contre-Société parallèle " qui garde à l'esprit que la survie de la planète dépend de l'adhésion complète du Peuple de la Société de Croissance. Cette Contre-Société parallèle que nous sommes entrain de constituer grâce à l'application de la simplicité volontaire, doit être en fait une " Contre-Société-Précurseuse " (oh que c'est mal dit), l' avant-garde d'u nouveau monde . Car la Contre-Société parallèle n'est pas du tout vouée à rester parallèle. Elle doit se substituer à la Société de Croissance, pour devenir une " Société de décroissance ".

Bref entre la " Société de croissance " et la " Société de décroissance ", la constitution d'une Contre-Société parallèle est un intermède qui a vocation à disparaitre.

Dans cette intermède, il faut " Rester avec la Société de Croissance " sinon il y aura une inéluctable disparition de notre Contre-Société parallèle (comme l'illustrent les exemples historiques que j'ai cité plus haut - d'ailleurs on pourrait également interpréter la disparition du mouvement hippies par ce schéma). Cette stratégie adoptée par les intellectuels et le groupes lyonnais est là bonne. (et tout les moyens sont bon - stratégie du " feu de tout bois " -, y compris la participation à des élections).

Enfin Korrotx tu viens de poser un débat très intéressant qui va nous permettre d'y voir un peu plus clair dans ce que nous voulons. Un débat qui n'est pas près de finir... Très content
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korrotx.
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PostPosted: 09 Oct 2005 14:25    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Salut,

Korrotz a écrit à propos de l'idée d'abandonner l'occupation de l'espace public délibératif
Je crois que tu m'as mal compris, quand tu disais "pouvons nous tout autant abandonner l’idée qui consiste à espérer et à attendre une prise de conscience dans l’espace du débat public démocratique, prise de conscience du « Mur » qu’est la Société de Croissance?" et que j'ai répondu "Oui, on peut abandonner cette idée.", je parlais d'abandonner l'espoir d'une prise de conscience générale, ce qui bien entendu ne sous-entend pas qu'il faille se convaincre que cette prise de conscience n'aura pas lieu ou encore qu'il faille laisser tomber l'espace public.

Kobayashi wrote:
Il faut se solidariser, en une asso, en un parti, en tout ce que vous voulez... mais il faut se solidariser, s'auto-organiser.
Là-dessus totalement d'accord. Mais je disjoins totalement de ceci la problématique de la participation ou non à l'élection de 2007 Moqueur.

Kobayashi wrote:
mais je vois pas trop ce que tu entends par "tribalisé"
Disons que j'ai repris un terme que tu as employé ici, par lequel tu signifiais une attitude de repli sur une bande d'amis autonome.

Kobayashi wrote:
il faut faire les deux, à la fois commencer par créer le semi-institutionnel d'une Société-Parallèle (Amap, sel...) et garder à l'esprit que la survie de ce projet (et surtout la survie de la Terre tout court) dépend de l'agrégation de l'ensemble du Peuple de la Société de Croissance. Sinon pédagogie des catastrophes il y aura.
On est d'accord Sourire

Kobayashi wrote:
et tout les moyens sont bon - stratégie du " feu de tout bois " -, y compris la participation à des élections.
Bon, pourquoi pas, tant qu'on ne se focalise pas trop là-dessus au détriment du reste.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 09 Oct 2005 19:46    Post subject: Reply with quote

Korrotx, (la main sur le coeur) je crois qu'on est d'accord ! Très content

Et désolé sur le fait que j'avais rien compris sur le premier point.
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Deun



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PostPosted: 11 Oct 2005 10:40    Post subject: Reply with quote

Salut Koba !

Globalement je souscris à l'enthousiasme de ton texte. Un peu long mais cela va avec l'énergie que tu y mets je crois !

Je pense que malgré les précautions que tu prends pour bien distinguer le "phénomène politique" de la "politique", il reste des ambiguïtés. Ce mot "politique" est si galvaudé que le boulot est ENORME afin de maintenir cette distinction. C'est un boulot d'intellectuel que maintenir le sens des mots, je pense, quelque chose de noble.

Car aujourd'hui, le mot "politique" fait penser à "gestion" et "pouvoir", et c'est là que ça coince avec les partisans de la décroissance, non ?

Cheynet dit avoir tranché le débat alors qu'il est très compliqué, et qu'il n'y a aucune trace de ce débat, et que pour ma part je trouve qu'il est l'ESSENTIEL de la décroissance d'après l'opposition faite par Ellul entre technique et démocratie. Si l'efficacité est le critère de choix du vivre-ensemble, alors cela n'a aucun sens de désigner démocratiquement tel ou tel expert. Et c'est pourtant dans ce monde là que l'on vit, et y compris dans les postes de l'Etat et des collectivité locales. La démocratie devient alors un spectacle rassurant, et les campagnes électorales en font partie.

Concernant la simplicité volontaire, j'ai sans doute moi-même fait l'erreur de l'associer à un individualisme à stigmatiser. C'est une ERREUR !
Faire les choses soi-même aujourd'hui, c'est reprendre pied dans ce monde de merde, où l'on est à chaque instant deresponsabilisé !
Même si cela a un impact dérisoire sur les questions globales, ce n'est pas le problème ! Il ne faut pas opposer ces gestes individuels à un engagement militant électoral, surtout pas !

Je parle en connaissance de cause parce que les gens comme moi n'ont que des compétences valable dans un système technique (en échange d'un salaire), et n'ont que très peu d'autonomie. Concrètement, je ne peux pas militer pour la décroissance au delà d'un certain point actuel, qui est une critique de cet état de fait, et de quelques pas faits sur le côté. Le premier pas est la simplicité volontaire, facile à faire : limiter ma consommation de viande par exemple. Le deuxième demande un peu plus : mettre en place une Amap.
Il faut insister sur la progression, et sur le fait que pour ces deux exemples j'ai pu bénéficier d'une confirmation de ces choix chez mes proches et les militants décroissants.

La troisième étape serait de vivre sans salaire. C'est encore plus difficile, et là, il faut je crois instituer un rapport de force (vis-à-vis du système technicien: des grosses entreprises, de l'Etat, de la recherche scientifique, ...).

Or je crois que ce rapport de force n'existe pas pour l'instant ! Il ne faut donc pas l'exhiber dans une campagne électorale car on risque de décevoir beaucoup de gens qui n'auront pas fait les étapes précédentes !!
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Korroxt
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PostPosted: 11 Oct 2005 15:44    Post subject: Reply with quote

Deun wrote:
Concernant la simplicité volontaire, j'ai sans doute moi-même fait l'erreur de l'associer à un individualisme à stigmatiser. C'est une ERREUR !
Pour ma part j'y vois une connotation de démarche individuelle donnée par le terme "volontaire", qu'on pourrait éviter en utilisant un autre terme pour désigner une démarche collective. Je pense que ce serait pas si mal d'avoir deux noms différents pour les deux démarches (individuelle et collective).

Deun wrote:
Faire les choses soi-même aujourd'hui, c'est reprendre pied dans ce monde de merde, où l'on est à chaque instant deresponsabilisé !
Voilà une posture qui me plaît Très content
Pour moi le "devenir capable", le "se rendre capable" est le défi de la production d’intelligence collective, ce en quoi elle peut faire coïncider lutte et joie. Ce que les activistes américains appellent empowerment. (Isabelle Stengers)
Sur le thème de l'empowerment, lire aussi ça et ça.

Deun wrote:
Or je crois que ce rapport de force n'existe pas pour l'instant !
D'où, sans ce rapport de force, un score de merde, d'où une visibilité quasi-nulle des idées décroissantes parmi les autres candidatures présentées, et donc une efficacité très limitée de la participation à une campagne présidentielle en tant que moyen de diffusion des idées décroissantes. Mais en revanche, en attendant, cette participation à la campagne de 2007 risque de faire des dégâts, comme le rappelait pertinemment Khadavali ici.
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korrotx



Joined: 16 Oct 2004
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PostPosted: 12 Oct 2005 21:35    Post subject: Reply with quote

Je corrige un peu ce que j'ai dit plus haut :

korrotx wrote:
Kobayashi wrote:
Il faut se solidariser, en une asso, en un parti, en tout ce que vous voulez... mais il faut se solidariser, s'auto-organiser.
Là-dessus totalement d'accord. Mais je disjoins totalement de ceci la problématique de la participation ou non à l'élection de 2007 Moqueur.
Il faut se solidariser oui, en une asso ou autre pourquoi pas, sauf un un parti politique.

korrotx wrote:
Kobayashi wrote:
et tout les moyens sont bon - stratégie du " feu de tout bois " -, y compris la participation à des élections.
Bon, pourquoi pas, tant qu'on ne se focalise pas trop là-dessus au détriment du reste.
Faire du feu de tout bois d'accord, mais la participation à des élections n'est pas une initiative comme une autre, en fait c'est clair qu'on se focaliserait trop là-dessus au détriment du reste.

PS : qui a fait une faute de frappe en récrivant mon pseudo dans mon post précédent? :þ
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Kobayashi



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PostPosted: 12 Oct 2005 22:59    Post subject: Reply with quote

Pour livrer mon intime conviction à laquelle je ne veux me résigner, je pense au fond comme Latouche que seule l'horizon de la catastrophe fera advenir la prise de conscience. Mais je ne peux (et tant mieux) me résigner à cette intime conviction pessimiste. Il y a donc du hatisme qui prend source dans ce pessimisme et je pense que tous les signataires des états-généraux partagent cette conviction donc ce hatisme. Il faut donc trouver à créer un impact qui soit aussi fort que celui d'une catastrophe. Faire feu de tout bois ! Peu importe en effet. Cette semaine le Max Planck Institute de Hambourg vient dans un rapport très important de confirmer le scénario noir du réchauffement climatique : +4,1°C en 2100 en Europe (et sans compter les effets induits par l'effet rebond des énergies alternatives, donc on passe peut-être les 5°C). Le temps n'est il pas au hatisme ? Créer un semi-instituionnel (biocop, amap, coopératives, tontines, mutuelles...) n'est ce pas une entreprise dérisoire face aux à la " force cynétique " de la Société de Croissance. En fait je n'aurai pas du mettre cette dernière phrase sous la forme d'une structure interrogative, c'est nier l'espérance, l'espoir, l'humanisme. C'est contradictoire à tous mes propres efforts pour tendre vers une simplicité volontaire maximale. Mais il y a comme une tension, ce que je fais je n'y crois pas vraiment, je le fais parce que je ne peux me résoudre à ne rien faire. Certains scientifiques pourtant - et pourquoi se le cacher -, ne pronent même pas un électrochoc salvateur, il pronent l'ADAPTATION au réchauffement, aux catastrophes... Ils pensent que face à des phénomènes climatiques aussi lents et globaux, toutes politiques climatiques toutes réactions sont vouées au ridicule. Le pessimisme, le cynisme général... Je suis pour ma part fortement touché par ces analyses. Mais cela doit - et heureusement - dépendre des penchants pessimistes et optimistes de chacun d'entre nous. C'est le genre de question que l'on ne peut pas discuter, car elles appartiennent heureusement à la Vie. Certainement que vouloir ici et maintenant changer nos comportements de consommation, c'est le plus beau des optimismes au sens le plus noble du terme. Y croire est formidable, c'est un Miracle. Charbonneau dit que nous n'avons pas le choix de toute façon, car nous avons une épée plantée dans le dos... Que de pain - paysan ! - sur la planche ! Très content
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Deun



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PostPosted: 13 Oct 2005 9:31    Post subject: Reply with quote

Pour enrayer cette machine ne faut-il pas lutter contre le capitalisme d'abord (et en comprendre les subtilités), plutôt que multiplier les instruments de mesures du réchauffement climatique ?

Comme je l'ai dit sur oléocene déjà, je me fiche du pic pétrolier en lui-même, car on voit bien que la prise en charge de cette question globale sera technique, avec une efficacité graduée suivant la hiérarchie des territoires. De même pour le réchauffement climatique.

L'urgence, toujours l'urgence. Pour moi le discours sur la nécessité de l'écologie est en lui-même catastrophique et il a son pendant dans l'idéologie néo-libérale, qui est aussi un discours d'autorité légimité par des marqueurs scientifiques (titres scolaires, mise en forme mathématique du monde, etc).

Si le problème est simplement de diffuser les chiffres de la catastrophe, alors je ne vois plus l'intérêt particulier d'une campagne électorale d'un nième "petit" candidat écologiste.

La force de la décroissance n'est pas dans l'écologie, mais je pense plutôt dans les liens faits avec la question écologique et la question de l'exploitation capitaliste. Le mythe de la croissance économique servait à légitimer cette exploitation en tirant la pauvreté par le haut. Quand cette croissance devient catastrophique écologiquement, alors il devient possible d'attaquer le capitalisme à sa racine même, en contestant les soit-disant "richesses" produites.

La simplicité volontaire vaut alors comme réponse à la catastrophe écologique autant que capitaliste. Sur le plan politique, elle devrait à mon sens conduire à discuter la pertinence de tel objet, tel technique. Ce que l'appel des états généraux résume en parlant d'un rééquilibrage entre valeur d'usage et valeur marchande, certes... sauf que c'est un point majeur car il sous-entend que l'on reprend la critique de l'économie de marché à nouveaux frais, tout à fait autrement que ne le fait l'idéologie classique de gauche (EDIT : c'est donc plus qu'un rééquilibrage dont il s'agit).

Ainsi des questions comme celles du logement, de la sécurité alimentaire, ne deviennent plus des questions "sociales" (sous-entendu, par la gauche, relatives au traitement étatique de la pauvreté), mais des questions politiques, dont une prémisse est de remettre en cause le mode de vie des plus riches et des plus éduqués, comme source du problème, plutôt que comme solution au problème.

(la suite plus tard)
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Pano



Joined: 13 Oct 2005
Posts: 4

PostPosted: 13 Oct 2005 17:33    Post subject: Reply with quote

J’ai lu avec attention vos réflexions (même si c’est un peu long !). Je suis ce qu’on pourrait appeler un « néophyte » en décroissance, je ne connais ce mouvement que depuis très peu et je viens seulement d’apprendre l’objectif de candidature aux élections en 2007 (même si j’ai déjà lu Illich et Ellul). Je vous livre mon sentiment un peu extérieur et sans doute « naïf ». Je m’excuse par avance si certaines remarques sont un peu hors sujet.

Ma première remarque, c’est qu’une telle candidature permet de se faire connaître ! Sans mes chercher à faire changer leur opinion, certaines personnes peuvent se reconnaître au moins partiellement dans les idées véhiculées par le mouvement, et inciter à la pratique de la simplicité volontaire, même s’il s’agit d’un « petit candidat » vite oublié par la majorité des gens.

J’ai l’impression qu’une des peurs de la candidature est que le mouvement pourrait être perverti par le système. Je comprends cette peur, mais selon moi ce « risque » est tout à fait maîtrisable, il faut juste que les acteurs du mouvement reste avant toute chose fidèles à leur convictions. Je partage vos opinions sur le comportement des média aujourd’hui en France, mais je tiens à relativiser leur influence. Même lorsqu’ils se lancent tous dans une bataille d’opinion, il leur arrive d’échouer ! Le résultat du récent référendum sur la constitution européenne en est un exemple (on peut citer également les grève de 95, le soutien à Balladur pour la présidentielle ou le bons scores répétés du Front National). Je pense donc qu’il n’est pas nécessaire pour le mouvement de faire les yeux doux aux média, de se « prostituer ». Il faut d’ailleurs s’attendre à une offensive en règle contre le mouvement s’il vient à prendre de l’ampleur, mais peu importe, il faut laisser faire. L’influence des média ne peut dépasser un certain seuil et diminue à mesure que cette armes est utilisée.

En vous lisant j’ai l’impression (désolé si je me trompe) que le mouvement est aujourd’hui « révolutionnaire », ou en tout cas qu’il ne prône le changement que par une rupture radicale avec la société. Cette une vue que je ne partage pas du tout, et à mon sens ce n’est pas dans l’esprit de la simplicité volontaire. Des mouvements comme les AMAP et la Vélorution ne sont-ils pas justement des moyens d’introduire progressivement des logiques différentes dans système pour le faire changer ? Personnellement je ne me sens pas « révolutionnaire ». Je ne connais pas d’exemple probant de « révolution » qui se soit déroulée pacifiquement et qui a mis en place ce que les révolutionnaires désiraient. Et il y a toujours le risque de dérive dictatoriale ou totalitaire... (l’esprit révolutionnaire est une tradition française). De plus à ma connaissance, personne n’est capable de proposer une vision globale d’une société « post-industrielle », les principes de la décroissance se définissent d’abord en opposition par rapport au système actuel (d’où son nom d’ailleurs !). Je ne vois pas ça comme un mal, au contraire, la société « post-industrielle » doit se construire au fur et à mesure, en multipliant les expérience de simplicité volontaire, en se détachant progressivement du système technicien (je laisse de côté l’éventualité d’un cataclysme).

Quand je lis qu’il y a des peurs de « récupération » par d’autres, je ne vois pas où est le problème. Au contraire, n’est-ce pas là l’objectif : que les partis politiques prennent des positions allant dans le sens de la décroissance ? Même si les directions prônent toutes aujourd’hui le « développement durable » il arrive que des décisions prises aillent dans le sens de la décroissance. C’est rare certes, mais je sais par exemple que la mairie de Rennes (socialiste) a décidé de réduire de moitié les panneaux publicitaires gérés par la ville; de plus en plus de maires essaient de réduire la place de l’automobile dans les centre-ville. Je sais que ces mesures restent des exceptions, mais ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas forcément voir les politiques comme des ennemis à abattre, mais au contraire essayer d’influer leurs décisions. Je crois que c’est possible parce que beaucoup de partis n’ont pas la « croissance » et le « développement » comme principe directeur, c’est juste une prise position par défaut car la plupart n’imaginent pas autre chose.

La présence d’un parti de la décroissance sur la scène politique aurait une influence bien supérieure aux éventuels mandats gagnés. Je pense à un exemple récent tout bête : une nouvelle directive européenne va imposer aux états membres de recycler au moins 50% de leurs déchets. La contradiction de la directive est dans l’exception accordée à 3 pays (l’Irlande, la Grèce et le Portugal) qui bénéficient d’un délai supplémentaire, parce qu’ils ont fait valoir qu’ils produisent mois de déchets justifiant leur « retard » en matière de recyclage. Je pense qu’il n’est venu à l’idée de personne qu’il aurait été plus logique d’imposer limite quantitative du nombre de déchets non recyclés par habitant. Je ne peux pas imaginer que tous les parlementaires de Strasbourg avait à l’esprit l’idée qu’il fallait favoriser l’industrie du recyclage pour contribuer à la croissance, quitte à produire plus de déchets (car plus facile d’augmenter la quantité de déchets facilement recyclables que de diminuer ceux qui le sont moins). A mon avis les commissaires qui l’ont élaboré sont de bonne foi, c’est juste que personne n’y a pensé car c’est n’est pas dans la logique du système technicien. Si un parti de la décroissance avait existé au parlement européen, il aurait forcément réagit à cette directive et il aurait certainement trouvé ensuite des alliés pour tenter de modifier la directive…

Enfin juste quelques petites questions pour résorber mon ignorance : y a-t-il aujourd’hui des partis politiques prônant la décroissance ou la simplicité volontaire ? Les candidatures envisagées concernent-elles toutes les élections de 2007 (présidentielles, municipales, législatives) et tous les circonscriptions possibles ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 16 Oct 2005 10:45    Post subject: Reply with quote

Salut,

Deun a écrit :
Quote:
Pour enrayer cette machine ne faut-il pas lutter contre le capitalisme d'abord (et en comprendre les subtilités), plutôt que multiplier les instruments de mesures du réchauffement climatique ?


J'ai jamais dit le contraire. Au contraire. Prendre connaissance des rapports de l'ONERC, du GIEC ou des études parues dans des revues scientifiques, n'empêchent pas de lutter contre la Société de Croissance (à la place de " capitalisme " d'ailleurs il me semble qu'il faut plutôt utiliser ce terme de " Société de Croissance " au moins on fait l'amalgame entre les productivisme de gauche et de droite - et on évite les malentendus).

Les scientifiques sont dans le vrai, ils créent des modélisations climatiques (voir le très intéressant dernier numéro de L'Ecologiste). Après que ces modélisations soient utiliser par le développement durable pour créer des politiques climatique, justement, à nous de faire des contre-proposition claires et sérieuses aux échelles locales, nationales, globales. On ne peut s'en vouloir qu'à nous si l'on est totalement incapable de lutter efficacement contre les politique techniciste du développement durable. Il nous faut nous solidariser (peut importe sous quelle forme), c'est-à-dire créer des groupes de reflexions coordonnés comprenant un comité de lecture fait de gens compétents. Trouver des " patronnages " d'intellectuels, d'écrivains, d'ingénieurs ou techniciens en rupture de ban, ayant des compétences sur des thèmes précis ; ces personnes composant les différents comité de lecture. La création de ces groupes c'était un peu le but des Etats-généraux...

Deun a écrit :
Quote:
Pour moi le discours sur la nécessité de l'écologie est en lui-même catastrophique et il a son pendant dans l'idéologie néo-libérale, qui est aussi un discours d'autorité légimité par des marqueurs scientifiques (titres scolaires, mise en forme mathématique du monde, etc).


Sur cette question il faut lire le bouquin de J-P Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé (il a aussi récemment sorti un bouquin intelligent sur Le retour du mal). Sinon on risque de ne pas parler sur le même terrain. C'est the bouquin. F. PArtant a aussi écrit un texte intéressant sur le catastrophisme voir :http://www.solidarite.asso.fr/home/index.htm

Sur l'amalgame que tu fais entre l'écologie et le libéralisme parce qu'ils utilisent des rapports scientifiques, là je te suis pas du tout. La critique de la science ne peut prendre la forme d'une anti-science. La critique véritable de la science est soit épistémologique (Georgescu-Roegen ou Latouche par exemple qui ont tous les deux des formations d'épistémologues), soit ontologique (avec Michel Henry par exemple). Mais reprendre rapidement les catégories bourdieusiennes sur la science ou sur les arguments d'autorité, s'est oublier que même pour Bourdieu la sociologie est une science (auto-réflexive si l'on veut, avec des effets de distanciation entre le chercheur et son objet, etc..). Pour un bouquin complexe pour savoir si les sciences humaines sont des sciences, il y a une thèse soutenue par Maghali Uhl (avec Edgar Morin, Michel Henry, Jean-Marie Brohm - l'universitaire qui soutient une critique radicale du sport - dans son jury et en directeur de thèse... Alain Gras - notre crhoniqueur favori au journal La Décroissance). Un résumé de sa thèse a été publié chez Beauchesne, Subjectivité et Sciences humaines. Essai de métasociologie (2005) .

La présence d'Alain Gras comme directeur de cette thèse, montre encore une fois, que l'essence de la décroissance c'est une critique épistémologique (voire ontologique puisque Uhl reprend Henry) de la science. Mais attention ce n'est pas une critique de l'existence de la science en tant que telle.

Deun a écrit :

Quote:
La force de la décroissance n'est pas dans l'écologie, mais je pense plutôt dans les liens faits avec la question écologique et la question de l'exploitation capitaliste.


Mais depuis toujours l'écologisme (radical ou modéré) a été une critique radicale ou modérée du " capitalisme ". Et il est même allé plus loin puisqu'ils ont dénoncé le " capitalisme d'Etat soviétique ", et pire... ils se sont mis avec Illich, à critiquer les efforts de tous les " Volontaires " occidentaux de la planète qui à travers leurs ONG ont voulu promouvoir le développement en Amérique Latine (Illich a très bien compris cela quand il était vice-chancelier à Porto Rico), en Afrique, en Asie... La création d'hopitaux, d'écoles... (le développement) permettant une destruction des savoirs traditionnels. Les institutions du développement créées par les " Volontaires " au bon coeur, comme les appele Illich (ou Partant sous une autre terminologie) permettant en fait l'acculturation que nécessite la mise en place de la Société de Croissance. Les écolos s'est pas des bleus.

Après moi personnellement je suis en accord avec les propositions faites par Bruno Latour à propos de l'écologie.

Deun a écrit :
Quote:
La simplicité volontaire vaut alors comme réponse à la catastrophe écologique autant que capitaliste.


Oui, mais la catastrophe écologiste est produite par le " capitalisme ". Bon on est d'accord c'est juste que tu veux disjoindre la " catastrophe écologiste du capitalisme " et la " catastrophe humaine du capitalisme ", il me semble (?). Bien entendu, qu'il faut lutter contre ces deux éléments, les ouvrages de Latouche, les tribunes d'Ariès, de Clémentin, etc.. sont très claire : concilier écologisme et humanisme. Il n'a jamais été question de dire le contraire.

Deun a écrit :
Quote:
un rééquilibrage entre valeur d'usage et valeur marchande, certes... sauf que c'est un point majeur car il sous-entend que l'on reprend la critique de l'économie de marché à nouveaux frais, tout à fait autrement que ne le fait l'idéologie classique de gauche (EDIT : c'est donc plus qu'un rééquilibrage dont il s'agit).
.

Bien entendu que c'est plus qu'un rééquilibrage, juste un exemple, dans le dernier journal La Décroissance on voit une claire note de bas de page sur Jean Baudrillard. Or cet auteur est un véritable et génial théoricien de la société de consommation tout comme de l'écologisme. Il est l'oeuvre qui influence souterrainement les Casseurs de Pubs, qui connaissent bien son oeuvre. Et que dit Baudrillard : que l' " hyperréalité " actuelle (selon ses termes) est un dépassement de la définition traditionnelle de l'objet comme valeur d'usage mais aussi (et là c'est l'originalité de Baudrillard) comme valeur d'échange. Désormais l'objet est un test appartenant au monde du simulacre, à la simulation du désir. Baudrillard entend par là dépasser l'analyse en terme de valeur d'usage et valeur d'échange. Et l'écologisme radical (pas seulement décroissant) est marqué par cette thèse depuis environ 5 ans.

D'ailleurs comme beaucoup d'objecteurs de croissance, ne viennent pas forcément de l'écologisme, je vais essayé de taper un texte de Baudrillard sur sa conception de la Ville comme Hypermarché.

Deun a écrit :

Quote:
remettre en cause le mode de vie des plus riches et des plus éduqués, comme source du problème, plutôt que comme solution au problème.


D'accord bien entendu sur la distinction entre " source du problème " et " solution au problème " (voilà quelque chose qui nous différencie d'une large partie de la Gauche comme tu dis), mais le reste de ton propos est un peu "réducteur", car s'il y avait que les riches et les éduqués (et attention Bourdieu auquel tu te réfères souvent a montré notamment que le lien entre ces deux termes n'existait pas du tout, au contraire dit-il) qui aient des modes de vies nuisibles, se serait peut-être plus facile. La difficulté s'est justement la massification des comportements de consommation, donc la question a traité est celle de l'ensemble du Peuple de la Société de Croissance.
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