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Intervention d'Ecolo

 
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Joëlle
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PostPosted: 24 Oct 2005 9:39    Post subject: Intervention d'Ecolo Reply with quote

Lancement des Etats-généraux de la décroissance équitable, le samedi 15 octobre 2005, à Lyon

Discours d’Ecolo, pour la décroissance soutenable

Bonjour,

Je m’exprime ici comme porte-parole du parti Ecolo, pour la décroissance soutenable. Nous sommes heureux de vous retrouver pour construire une action commune. L’ultra-libéralisme nous conduit, nous le savons, à l’ultra-individualisme et nous avons un très grand besoin de construire du collectif. Construire du collectif pour bâtir du rapport de force politique bien sûr, mais davantage encore pour nous opposer à cette idéologie qui tend à nous enfermer dans des réponses individuelles.

Ecolo a été fondé en 1999. Depuis 2001, nous nous présentons aux élections pour défendre la décroissance. Ce fut le cas aux élections législatives de 2002 et aux élections cantonales de 2004. Une des spécificités de notre parti est de se positionner clairement comme un contre-pouvoir. Le point numéro un de la charte d’Ecolo stipule « Il n'est pas possible d'appartenir à un exécutif et d'être membre d'Ecolo ». En effet, nous pensons que les contre-pouvoirs participent au moins autant que le pouvoir à la transformation de la société et que, ce qui fait actuellement cruellement déficit à notre démocratie est un discours radical, c’est-à-dire, non pas un discours extrémiste, mais un discours allant à la racine des problèmes et ne se contentant pas d’approches seulement superficielles. Nous faisons donc le choix de tenir un discours véritablement dissensuel. Un discours libre car dégagé de la volonté d’occuper à tous prix des postes dans les exécutifs. Pouvoir réel et pouvoir formel sont deux choses souvent très différentes. Pour vous donner un exemple concret, je vous présente un excellent livre qui vient de paraître : Pétrole Apocalypse du député Yves Cochet. Ne nous arrêtons pas à ce mauvais titre. Yves Cochet est député actuellement dans l’opposition. Il fait un très bon travail pour sensibiliser nos contemporains et ses collègues politiques à la décroissance. Mais lorsqu’il était ministre de l’environnement de la gauche plurielle que faisait-il ? Nous l’avons vu à cette époque, par exemple, remettre un prix du développement durable à l’aéroport de Lyon. Une attitude carrément nuisible qui cautionnait la politique productiviste menée la gauche plurielle. A Ecolo, nous ne voulons pas répéter les erreurs des Verts. Ce point 1 que je vous ai cité est pour nous une condition pour entrer en politique électorale.

Nous avons, bien sûr, un certain nombre de divergences avec nos amis ici présents d’autres sensibilités de l’écologie politique. Ces divergences sont réelles ou supposées. La question qui vient généralement à l’esprit lors de ce type de rencontres est « Faut-il davantage d’écologie ou davantage de social ? », tout d’abord comme si l’un s’opposait nécessairement à l’autre. La radicalité de pensée du mouvement comme celui que je représente en ce moment – qui remet en cause le système industriel, l’automobile, la publicité, l’avion ou encore les téléphones portables – cette radicalité nous classe, a priori, vers ceux qui penchent pour le « tout écolo ». Notre démarche est souvent assimilé à des réflexions d’écologie dite « profonde » en vogue aux Etats-Unis à travers des mouvement tels que Earth First, en français la Terre en premier.

Je voudrais tout de suite démentir cela : notre grille de lecture n’est pas de proposer davantage d’écologie et moins de social que les autres. Il n’est pas non plus de réclamer « la Terre en premier », mais, bien au contraire, d’affirmer clairement : l’Humain au centre. Nous sommes foncièrement démocrate mais aussi foncièrement humaniste. Nous sommes donc les premiers adversaires de tous ces « faux amis » qui voudraient faire de l’humanité LE problème, des faux amis qui voudraient ravaler l’Homme au rang d’un animal ou des faux amis qui voudrait nier l’intégralité – j’ai bien l’intégralité – des apports de la médecine moderne à la santé.

Depuis plus de 50 ans, l’ensemble de la classe politique partage cette même foi dans la Croissance. Même le Parti Les Verts, censé représenter nos idées, a fini par y sombrer. Ainsi, Noël Mamère, candidat des médias dominants pour les Verts à l’élection présidentielle de 2002, a fait campagne avec pour slogan la « croissance durable ». La Croissance est devenue un véritable obscurantiste, lié à un culte simultané du Progrès technologique et du développement économique. Nous constatons concrètement tous les jours un peu plus les conséquences écologiques désastreuses de cette religion inconsciente. Les conséquences immatérielles, elles, sur l’humain et la société, conséquences difficiles ou impossibles à comptabiliser, n’en sont pas moins importantes.

J’aurais été heureux de la présence de Jean-Pierre Lebrun, un psychiatre belge qui est l’auteur d’un livre remarquable intitulé Un monde sans limites. Il montre les pathologies psychiques humaines et sociales engendrée par l’idéologie qui traverse notre société. Une idéologie qui conduit progressivement à exclure la notion de limites. La montée de l’obésité chez les enfants en est un des exemples les plus révélateur. Car, bien avant la croissance économique en tant que telle, c’est bien de cette « idéologie de croissance » dont notre monde est malade. L’humain ne se structure, en tant que personne et en tant que société, qu’en étant capable de s’autolimiter et de partager. Gandhi disait « La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. C'est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre plus disponible aux autres. Il faut un minimum de bien-être et de confort ; mais, passé cette limite, ce qui devrait nous aider devient une source de gêne. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n'est que poursuite du vent. Ce faux idéal n'est qu'un traquenard. » L’idée d’une croissance infinie dans un monde limité est bien sûr absurde, antiphysique. Un enfant de cinq ans, contrairement à nos brillants économistes ou journalistes, le comprend immédiatement. Cette idée folle engendre surtout un terrible mouvement de régression intellectuel : Le principe de plaisir doit l’emporter sur le principe de réalité. La consommation est perçue non plus comme un moyen mais comme une fin soit. L’économie devient une finalité. La science devient une foi inconsciente et ne repose plus sur le doute. La charité devient première et relaie au second plan, quand elle ne l’élimine pas carrément, la volonté de justice.

La destruction de l’environnement n’est que la conséquence de cette idéologie. Or, depuis plus de trente ans, la désignation même de militants comme « écologistes » ancrait ceux-ci dans le matériel. Ne s’attacher qu’aux effets matériels, c’est-à-dire aux effets écologiques au sens scientifique du terme, revient à se focaliser sur les conséquences sans comprendre les causes de la destruction du monde. En nommant autrement notre lutte - la décroissance – nous nous extrayons de cet enfermement pour nous attacher directement aux causes idéologiques de ce qui ronge notre société. Nous plaçons nos réponses directement sur le terrain du politique : c’est-à-dire celui du partage et de la sobriété.

Avec la décroissance, nous évacuons aussi toutes les fausses réponses, tous les maquillages éthiques et « verts » qui finissent inéluctablement par devenir la meilleure garantie du système pour lui permettre de perdurer en lui épargnant toute remise en cause réelle. Nombre d’associations se sont prêtées (et se prêtent encore) à ces diversions pour jouir des avantages liés à un discours leur apportant les bonnes grâces des institutions. Ainsi, plutôt que réfléchir aux causes de la destruction du monde, c’est-à-dire la croissance et le développement sans limites, ces mouvements ajoutent des préfixes (éco-développement, alter-développement, autre croissance ou autre développement) ou des qualificatifs (croissance soutenable, propre, ralentie ou verte – développement durable, soutenable ou humain) à ce qui fait notre maladie.

Mais aujourd’hui apparaissent d’autres qualificatifs pour la décroissance qui nous paraissent tout aussi pernicieux. Les Verts ont ainsi voté une motion pour la « décroissance sélective ». Voilà qui présente tous les risques de dénaturer notre discours et de le faire sombrer dans une approche bien gauchiste. La tentation est forte, en effet, face à l’état de notre monde de chercher quelques boucs émissaires. Mais la décroissance n’est pas seulement destinée qu’à la classe « bien sélectionnée » de l’hyper bourgeoisie mondiale, des industriels, des financiers, même si ces classes sont les premières concernées. Pour prendre une image, ne s’attaquer qu’au 4 x 4 peut rapidement faire passer la voiture moyenne pour une automobile écolo, alors que c’est bien la société automobile qui nous conduit à l’autodestruction. Comme le décrit très bien le sociologue Alain Accardo, les classes moyennes occidentales ne sont pas que les victimes de la société de consommation, elles en sont aussi le largement le moteur. Les objets auxquels ces classes moyennes se sont attaché et qu’elles ont naturalisé – la télévision, le téléphone portable ou l’automobile – lui apparaissent souvent comme des privilèges inaliénables. Ces classes moyennes, auxquels nous appartenons généralement, n’auront souvent pas de mots assez durs pour accueillir la remise en cause de ses privilèges. Notre discours doit donc être « utopiste » dans le meilleur sens du terme, c’est-à-dire être capable de fixer un sens politique, sans que nos modes de vie actuels ne nous empêchent de penser plus loin.

Nous répondons aujourd’hui à « l’appel pour des Etats-généraux de la décroissance équitable en vue notamment des élections présidentielles et législatives 2007 », car, à Ecolo, nous avons tranché depuis longtemps la question « Faut-il faire ou ne pas faire de la politique ? ». Si le débat sur la démocratie représentative et ses faiblesses est bien sûr légitime, nous pensons que revenir constamment à celui-ci nous paralyse, nous empêche de nous structurer et d’aller vers nos contemporains.

Comme on organise la séparation des pouvoirs, nous devons veiller avec une attention particulière à séparer nos moyens, c’est-à-dire à ne pas mélanger les démarches associatives et politiques. Pour Ecolo, nous ici dans un cadre clairement politique. Confondre l’associatif et politique serait nuisible pour l’un, comme pour l’autre. Nous nous méfions de l’idée de « faire de la politique autrement » tant ce concept a été utilisé, soit pour échapper au processus démocratique sous prétexte de faillite de celui-ci, soit pour refuser le processus électoral au prétexte de sa confiscation par les élites. Nous le pensons, aujourd’hui, aucune action ne permettra de parler plus directement et surtout de manière plus responsabilisante de décroissance à tous nos contemporains que l’action politique. A défaut de cela, nous resterons soit dans le petit cercle des convaincus, soit à tenir de belles paroles hypocrites en pactisant avec le système médiatique lié aux multinationales.

Nous ne sommes pas dans une stratégie de conquête du pouvoir, nous l’avons dit. Il y a très peu de chance qu’en disant aux Français que nous leur proposons de se débarrasser de leurs téléviseurs, de leurs téléphones portables, de leurs automobiles ou de prendre tout l’argent qui dépasse au-dessus de 3 fois le SMIC pour le redistribuer aux plus miséreux, - il y a très peu de chance que nous soyons acculé demain à réfléchir à la formation d’un gouvernement ! Transformer la société demande un travail de fond, de diffusion des idées afin qu’elles fassent tache d’huile et trouvent un jour leur traduction dans notre démocratie représentative.

Nous sommes donc clairement ici pour qu’il y ait des candidats pour la décroissance dans un maximum de circonscription en 2007, et si possible partout. Nous souhaitons que le maximum de personnes dans cette salle se présentent dans leur circonscription pour présenter la décroissance à leurs concitoyens. Nous souhaitons que notre porte-parole se transforme rapidement en notre candidat à l’élection présidentielle et que des groupes locaux se mettent en place pour rechercher les 500 signatures d’élus qui lui seront nécessaires. C’est ce qui motive notre présence ici. Nous prendrons garde de tout ce qui peut conduire notre mouvement à se dépolitiser. « Surtout, ne faites pas de politique ! » est l’injonction de la Mégamachine, une injonction répétée à souhait par certains militants qui se pensent rebelles mais ne font que réciter l’idéologie qui les traverse sans qu’il en aient conscience. Le résultat en est le développement d’une sorte de pensée néo-cathare, c’est-à-dire rêver à un monde de parfaits, à côté de notre monde tellement impur. Non, il n’y a pas plus d’« altermonde » que de paradis sur terre où de « lendemains qui chantent ». C’est ce monde-ci que nous voulons transformer et les rêves de mondes consensuels sont les matrices des systèmes totalitaires. Nous sommes davantage ici pour apprendre à travailler ensemble en respectant les différences plutôt que de chercher à bâtir un méta-modèle, un système de décroissance dans lequel nous devrions tous rentrer.

Pour nous, la remise en cause des institutions est certes importante, mais secondaire. Dans le cadre strict des institutions de la Ve République nous pourrions faire la révolution, c’est-à-dire par exemple libérer l’agriculture de la chimie, sortir du nucléaire ou renforcer l’impôt sur les plus riches. De plus, le débat sur les institutions représente le type de piège qui peut nous éloigner de l’essentiel. Commençons déjà par tenter d’épuiser les ressources que nous offre cette Ve République.

La prochaine étape qui se construit dès aujourd’hui est la mise en place de groupes locaux, pour préparer notre nouvelle rencontre dans neuf mois, pour préparer les législatives en 2007 mais aussi les municipales en 2008.

En tout cas nous, Ecolo, avec vous, nous sommes déterminés à faire vivre la décroissance en politique.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 24 Oct 2005 11:46    Post subject: Reply with quote

Pour une tentative complémentaire d'argumentation dans le sens du positionnement d'Ecolo voir : http://www.decroissance.info/Mais-que-nous-veut-le-groupe
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korrotx.
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PostPosted: 24 Oct 2005 13:47    Post subject: Reply with quote

Et pour le débat correspondant sur ce forum, voir ici
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 24 Oct 2005 15:32    Post subject: Reply with quote

Quote:
Nous faisons donc le choix de tenir un discours véritablement dissensuel.


Quote:
Dans le cadre strict des institutions de la Ve République nous pourrions faire la révolution, c’est-à-dire par exemple libérer l’agriculture de la chimie, sortir du nucléaire ou renforcer l’impôt sur les plus riches. De plus, le débat sur les institutions représente le type de piège qui peut nous éloigner de l’essentiel.


Le consensus principal aujourd'hui c'est de convenir qu'il suffirait d'une "volonté politique" pour "faire changer les choses". C'est le type même de "l'illusion politique" (Ellul), dont la diffusion à large échelle brise toute volonté personnelle de se défaire de la servitude volontaire.

C'est à mon avis très difficile de défendre la décroissance, tout en
- faisant abstraction du rôle de l'Etat dans l'aménagement de conditions favorables à la croissance,
- disant aussi que l'Etat pourrait faire autrement, en prenant telle décision.

Bref que l'Etat est un moyen, un outil, à disposition de l'élu qui prend la décision de l'utiliser à son idée, conformément à un programme politique validé par des électeurs. Alors que ça n'a jamais été le cas. Jamais.

C'est pourtant là que la différence entre le développement durable et la décroissance se joue, fondamentalement. Le développement durable laisse penser à un aménagement par le "haut" des institutions; et il a fondamentalement besoin de la fiction de la décision, de la séparation des moyens et fins, de la science et du politique, alors même que cette séparation est contredite tous les jours. Les institutions produisent des individus. Les individus produisent les institutions. Mais ils ne les "dirigent" pas.

Si l'analyse des relations entre science et société est faite jusqu'au bout, la décroissance peut s'appuyer sur cette critique de la séparation des fins et des moyens, qui fonde l'idéologie de la décision.

La responsabilisation que nous demandons aujourd'hui à la techno-science (OGM, nucléaire, nano-technologies, ...), doit symétriquement nous faire quitter l'illusion de la décision politique, qui n'existe pas plus que les techniques ne sont de simples moyens. Mais il faut en passer par l'analyse de la démocratie.

Or, tant que nous restons dans cette fiction, nous restons dans l'écologie, parce que c'est pratique pour avoir un discours surplombant sur le social, et fonder l'idée qu'une décision "politique" est possible à partir de cette science. Mais pendant ce temps, la vie ne change pas. Et l'on prette le flanc à tous les contradicteurs de la décroissance, qui ne manqueront pas de demander "où est votre théorie du changement?". Et de sortir une économie, science d'Etat par excellence, d'un autre genre. Expertise contre expertise, en privé. Joutes politiques, en public. Mais ce fonctionnement n'a rien à voir avec la politique. Et il faut dire, et publiquement, que ça n'a rien à avoir.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 24 Oct 2005 16:27    Post subject: Reply with quote

Deun, je serai le premier à dire que la décroissance est une métapolitique, mais tout en prenant du recul face à l'illusion de la politique, on ne peut abandonner l'idée de l'organisation du vivre ensemble. Il faut être clair dans nos propos sinon beaucoup qui ne font pas la différence entre " le " et " la " politique s'embourbent dans le flou, et deviennent de parfait colporteurs de l'idéologie du libéralisme économique qui ne veut pas d'organisation du vivre ensemble, autrement que celui organisé par l'hérédité, la naissance et le fric.

La participation " politique " telle que je l'entends n'est pas l'illusion politique, la fiction de la décision, car elle n'a pas pour but de faire du politique, c'est-à-dire de réorganiser " par le haut " le vivre ensemble. Je ne crois sincèrement - et comme tous les signataires des EG - qu'à la révolution par le bas (Ariès, Ecolo et les autres sont très clair sur ce point). L'objectif de cette participation " politique " est faire parler de nous, sortir nos idées généreuses des niches militantes où elles se situent.

Bref faire de la politique (et non pas du politique) pour affirmer la nécessité d'une métapolitique. C'est le paradoxe qui a mon sens est le seul pertinent pour décoloniser l'imaginaire et mettre en branle un cycle vertueux de volonté personnelle qui se sente enfin responsable. Certes pour affirmer ce dépassement dans un au-delà de la politique (attentionun audelà qui a toujours existé) il faut faire de l'occupation par tous les moyens de l'espace délibératif public un simple moyen, mais sans aucune volonté de débouché faisant de l'Etat un moyen.

Comme tu le relève on ne peut rester avec notre contradiction pataude et impensée :

Pour sauver la planète, et changer les modalités affectives de la vie des hommes d'un souffrir en un jouir, il faut obligatoirement être nombreux ( une masse critique) à entrer dans des comportements vertueux de simplicité volontaire. Si l'on a pas pour objectif de constituer cette conversion générale de l'humanité, alors les niches de simplicité volontaire, c'est-à-dire les 40 000 adeptes de la simplicité volontaire en France, et 200 000 autres adeptes dans le reste du monde, sont totalement ridicule, abstrait, naif.

Il faut constituer cette conversion générale vers la simplicité volontaire de consommation, et en trouver des " instruments massifs". Sinon l'impact massif sera celui de la pédagogie des catastrophes, où l'horizon d'attente sera celui de la castrophe " illusoire " c'est-à-dire, parfaite, car ni trop forte pour ne pas anéantir une partie de l'humanité, ni trop faible pour ne pas naturiser la catastrophe et pouvoir l'incorporer au système technicien de la gestion des risques.

Ces instruments massifs de " conversion générale " sont par exemple :

- 1. l'organisation de campagnes d'opinion : Journées mondiales sans achats, Semaine sans télé, Marche pour la dcroissance, etc... Il faut nous solidariser pour organiser réellement et coordonner ces campagnes en France.

- 2. le militantisme (ce vilain mot que beaucoup exècrent) : collage d'affiches, tracts, débats, conférences... Ce militantisme peut aussi être celui du détournement des messages publicitaires des télécrans, tout comme le barbouillage des 4-4 par les Dégonflés. C'est donc à la fois un militantisme " traditionnel " et un militantisme d'un genre nouveau, proche d'une action directe privilégiant non la destruction mais le détournement, l'humour et l'ironie.

- 3.
Le simulation d' " évenements " pour braquer les médias mondiaux, nationaux, régionaux, alternatifs tout comme les passants ou les inconnus sur sa cause : le cas de la stratégie médiatique d'Act Up ou de Greenpeace est par exemple intéressant dans ce domaine tout comme les pratiques théatrales, artistiques ou de simulation comme l'exemple de la Très Sainte Eglise de la consommation.

- 4. La participation " politique " comme en fait participation à la campagne électorale, c'est-à-dire ne pas faire de l'écologie politique, mais transformer la campagne électorale en une campagne d'opinion comme le souhaite les groupes Ecolo, Les Alternatifs et Ecolo-libertaires. Faire de la participation à la campagne électorale un intrument massif de conversion.

- 5. Création de lieux de vie alternatifs (le projet Cyclane de François Schneider, comunautés auto-gérées..) et d'un semi institutionnels (Amap, Sel, coopératives de consommation et de production, mutuelles, tontines...) comme pôles d'exemples vertueux par la preuve que l'on peut vivre concrètement dans cette conversion générale. Cette " stratégie par la preuve " faisant partie intrinsèque de ces intruments massifs de conversion. Une stratégie de conversion par la preuve.

Ces instruments massifs de conversion sont à organiser dans chaque groupe ou atelier décroissance, mais aussi individuellement, ou avec des amis.


Last edited by Kobayashi on 24 Oct 2005 17:21; edited 2 times in total
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bloups



Joined: 27 Jul 2004
Posts: 1560

PostPosted: 24 Oct 2005 16:34    Post subject: Reply with quote

Quote:
L'objectif de cette participation " politique " est faire parler de nous, sortir nos idées généreuses des niches militantes où elles se situent.


Mais qu'est-ce qui te fait croire que ces idées sortiront une fois amenées sur le terrain du politique ?
N'est-il pas naïf de croire que là où tous ont échoué, nous réussirons ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 24 Oct 2005 16:57    Post subject: Reply with quote

Bon bloups on va pas recommencer ce débat, je pourrait très bien te retourner la question en te disant " n'est il pas naif que de croire naif le fait de croire réussir là où tous ont échoué ? "

Le but justement (et tu n'as pas lu mon post tout comme les autres) n'est justement pas de " réussir ", donc il ne peut pas y avoir d'échec. Tu crois naivement depuis le début que certains veulent " gouverner "... essaye de lire ce que l'on dit.

Pour te bousculer un peu dans tes habitudes, Jean-Marie Le Pen sans prétendre gouverner la France ( " à réussir " comme tu dis), réussit à faire de la campagne électorale une campagne d'opinion en sa faveur, et ces idées se diffusent dans l'opinion, dans l'espace public délibératif. Et Sarkozy s'est pareil...

Il y a de la naiveté à croire qu'une démocratie représentative qui voit environ une trentaine de candidats aux présidentielles, et des milliers aux législatives, ne soit qu'un moyen dans la stratégie de conquête de pouvoir. Ce point de vue est assez marrant. En fait plus des 3/4 de ceux qui se présentent à de échéanges n'ont ni l'envie ni la finalité d'exercer le pouvoir. Ils transforment la campagne électorale en campagne d'opinion. Et ils y réussissent, qui aurait parier sur un renouveau de la LCR avant l'arrivée médiatique de Besancenot ? Qui aurait parier que dans les 6 derniers mois le PCF a gagné 7000 militants, en majorité des 20-30 ans ?

Alors je te renvois la question : pourquoi Bloups es tu si pessimiste ? qu'est ce qui te fais avouer cette profession de foi pessimiste ? Explique nous... argumente ton pessimisme. Ca ne peut être que constructif.
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bloups



Joined: 27 Jul 2004
Posts: 1560

PostPosted: 24 Oct 2005 17:51    Post subject: Reply with quote

Bon très bien j'argumente
(et je lis tes posts contrairement à ce que tu crois) :

Le PCF a conquis 7000 adhérents : parfait mais combien de communistes ?

Je ne pense pas que tu rêves de pouvoir si c'est ce que tu sous-entend et j'ai parfaitement compris que le but est de se positionner comme contre-pouvoir.

Ma question et la raison de mon pessimisme, c'est : est-ce que la décroissance lorsqu'elle sera médiatisée et portée aux yeux et oreilles de cette merveilleuse masse de gens que nous voulons atteindre sera toujours la décroissance ? Ou bien est-ce que ce ne sera plus que l'ombre d'elle-même que la masse des gens aura le droit de toucher comme la LCR, le PCF et tant d'autres partis.
Je ne parlerai pas de Jean-Marie Lepen qui n'a rien à proposer à part être un contre-pouvoir et je ne pense pas que ce soit notre but.

Je suis pessimiste sur 2 choses :
Le fait que jamais personne au sein de la décroissance ne soit soudainement attiré par la proposition du pouvoir.
Le fait que la décroissance puisse être médiatisée sans être déformée.

A la rigueur, je veux bien faire un effort sur le premier point et me dire que malgré l'aspect soporifique de Paul Ariès, lui et les autres sauront se protéger du pouvoir. Soit.

Par contre j'ai vraiment ENORMEMENT de mal à croire que l'on puisse être plus fort que la médiatisation issue du capitalisme (parce que il faut bien voir que les partis actuels qu'ils soient de droite ou de gauche se plient tous au jeu du capitalisme) nous laisse tranquillement accéder aux idées de la décroissance sans problème.

D'où vient mon pessimisme :

Sans doute du fait que depuis ma naissance j'ai la malchance d'avoir cotoyer l'envers du décor de l'appareil politique, de gauche ou de droite, et de ses désillusions ET de l'appareil médiatique (qui se résume à un seul appareil si on y pense).
Qu'il me semble qu'ils sont les plus forts dans leur domaine et que les seules failles qu'ils offrent sont HORS de leur système.
Parce que j'ai vu des gens avec la meilleure bonne foi du monde se faire retourner en moins de deux et que pourtant j'aurais pu miser sur eux.
Parce que je pense qu'aller sur leur terrain c'est sous-estimer leurs forces, je préfèrerai qu'on les amène sur le nôtre.

Heiner Müller a écrit : On ne peut pas renverser la machine quand on est dedans.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 30 Oct 2005 0:19    Post subject: Reply with quote

Quote:
Le PCF a conquis 7000 adhérents : parfait mais combien de communistes ?


Attention sur les jeux de l'identification, on pourrait très bien s'amuser à retourner ce jeu de l'identification sur nous : après la médiatisation du terme de " décroissance " par les Casseurs de Pub, c'est-à dire depuis 2001, combien d' " objecteur de croissance " sont véritablement des objecteurs de croissance ? Certainement pas 10 % Est-ce que être contre la croissance fait de nous un " objecteur de croissance ". On pourrait fixer une claire identité de l'objecteur de croissance c'est-à-dire être objecteur de croissance suppose s'être rattachée à une tradition bibliographique déterminée et en évolution. En fait très peu de ceux qui se disent " objecteur de croissance " ont lu Illich, Ellul, Gorz, Georgescu-Roegen, Partant, Latouche, etc...

Juste un test par exemple : qu'est un concept " arithmomorphique " ? qu'est-ce qu'un " outil convivial " ? Là boom sans aller faire une recherche sur Google... Très content

En fait 80 % de ceux qui se sont ralliés à la décroissance depuis 4 ans, ignorent en grande partie ce qu'est la décroissance. Le slogan suffit à beaucoup de monde. La radicalité et la forte émotivité de ce simple terme fait alors émerger chez beaucoup une attente eschatologique du Grand Soir de la Libération de la Parole.

Finalement, le forum décroissance.info illustre parfaitement cette situation. Très peu de personnes discutent en réalité de la pensée de la décroissance. Essayent de la réanalyser, de la prolonger.

Qui parle de François Partant ? personne... à part une fois Nedludd.
Qui parle de Jacques Ellul ? Deun... moi un peu.
Qui parle de Ivan Illich ?... bug un peu.
Qui parle Majid Rhanema ? personne...
Qui parle de Pierre Rabhi ? personne...
Qui parle de Bernard Charbonneau ? ....
Qui parle de Raimon Panikkar ?...
Qui sait ce qu'est l'agro-écologie ?

Cette situation vient bien évidemment que la grande majorité des personnes qui se sont ralliées à la décroissance depuis 5 ans, ne viennent ni de l'écologisme, ni de la critique du développement. Cela a été ma propre situation.

Nous qui nous réclamons de la décroissance sommes donc un groupe un peu bizzare, notre situation est un peu celle d'un poisson dans un bocal sans eau... on a l'énergie, mais on ne saisi encore pas bien à quoi se raccrocher. Je me rappelle du tout début de la zecc où l'on était seulement 3 ou 4 montpéllierains à nous poser les questions de tout néophyte : est-ce que le fait que Illich soit catholique, entraine un doute sur la pertinence de la décroissance ? Au début, on était éncore à se poser la question de la distinction entre décroissance pour le Sud et décroissance pour le Nord ? Ce débat que nous avions, montre fondamentalement notre propre ignorance de ce qu'était la décroissance, nous ignorions ce qu'était la critique du développement.

Ce succès de la décroissance dont nous sommes chacun un exemple spécifique (moi, toi, Deun, damien...) ne doit pas être le signe de l'étiolement de " l'âme " de cette tradition de pensée qui a été et est encore aujourd'hui des plus courageuses. Il nous faut, nous, " jeunes " objecteurs de croissance (c'est-à-dire nous qui ne sommes pas familiariser avec cette tradition de pensée nationale et internationale) , penser à l'intérieur de cette tradition. Bien entendu, comment en serait il autrement... sinon ce serait réduire le terme de " décroissance " à un slogan creux, dans lequel chacun mettrait ce qu'il veut.


Quote:
est-ce que la décroissance lorsqu'elle sera médiatisée et portée aux yeux et oreilles de cette merveilleuse masse de gens que nous voulons atteindre sera toujours la décroissance ?


Alors tu comprends bien que cette phrase que tu viens de dire, sonne creux car elle est totalement abstraite. Comment peut-on être toujours la décroissance comme tu dis, quand on ne sait même pas si nous le sommes vraiment. Car comme je l'ai montré plus haut, parmi les " objecteurs de croissance " peu savent ce qu'est la décroissance et la critique du développement.

Toi même par exemple, j'ai rarement vu des posts où tu parlais de décroissance. Et nous tous - pourquoi sans cacher - sommes dans cette même situation. On bricole à droite et à gauche, on fait du " bricolage " et comme dans tout forum on dit d'abord ce que l'on pense.

Certaines associations et ateliers décroissance essayent justement d'organiser des week-end de formation d'objecteurs de croissance (la semaine dernière Jean-Marie Harribey à former une 30aine de personne à Marseille dans un séminaire), le réseau ROCADE fait de même chaque été : une semaine de formation.

Et tout le monde saisit que ce travail sur nous-même est nécessaire. L'atelier de Montpellier par exemple organise un débat autour du livre de François Partant, La fin du développement. Cela va dans ce sens. Aujourd'hui nombreux objecteurs de croissance ont décidé qu'il fallait éviter de subir le succès du terme de décroissance : il faut accompagner le succès d'un terme par une vulgarisation intelligente par des rencontres, des week-end ou semaine de formations.

Donc le problème du succès que tu crois poser par un hypothétique succès médiatique dont tu as peur ( et tu as raison), existe déjà depuis 2000. Il nous faut pas faire de langue de bois et nous cacher nos propres contradictions personnelles que l'on a tous. Depuis 2000, le problème du succès d'un terme et par là de l'étiolement d'une pensée, empêchent comme tu le fais de se poser en " Gardiens du temple " : " Ah est-ce que la décroissance sera toujours la décroissance ? Roulement des yeux " Très content

Si je me résume : On ne doit pas avoir peur du succès. La décroissance n'est juste que si elle s'applique à l'ensemble de l'économie-monde. Il faut toujours rester à convertir le Peuple de la Croissance : le terme d' " objecteur " veut dire exactement cela. Vouloir rester dans des niches et refuser tout succès est totalement incohérent avec la décroissance.

Maintenant après avoir dit cela, oui le succès pose des problèmes. Mais attention ces problèmes sont posés depuis 2000. Une médiatisation accrue par de véritables organisation en France de campagnes d'opinion comme la " Journée sans achat " du 26 novembre, ne pose pas des problèmes supplémentaires, il n'y a pas de rupture car ce sont toujours les mêmes problèmes : passer du slogan creux auquel adhère les néophytes vers une conscience claire que la décroissance c'est une pensée et une mise en pratique. Ce passage, cette acculturation se fait par divers supports : la revue Silence, L'Ecologiste, La Décroissance, Les fiches de formation des Renseignements généreux, des sites internet comme le notre, des ouvrages de la bibliographie décroissante etc.. Chacun apprend comme il veut selon ces supports. Les rencontres (ateliers, groupes, états-généraux, marches, colloques, week-ends de formation, conférence-débat,) nous permettent de nous rencontrer et discuter.

C'est cela le processus qu'il nous faut maitriser pour résoudre les problèmes du succès. Tout dépend de nous, de notre capacité à nous solidariser, à nous organiser pour éviter ces problèmes. Le succès ne doit pas nous figer dans un pessimisme et nous rendre immobile. Et jouer alors aux " Gardiens du Temple " (qui n'existe pas). Tout dépend de toi, de moi, de lui, d'elle, de nous tous... Il n'y a pas de grand méchant loup.
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