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L'Eglise des illusions du progrès et les objecteurs.

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 14 Feb 2006 16:48    Post subject: L'Eglise des illusions du progrès et les objecteurs. Reply with quote

Voilà un article que je viens de proposer. Je le colle mais je ne mets pas les notes de bas de page ça risquerait de trop allonger.





Le progrès [1] est utilisé aujourd’hui comme un impératif de consommation, mais il constitue également un espoir aveugle de résolution de tout problème. Son évolution est présentée comme une continuité historique vers un « mieux » définit à travers les catégories du « bien » propres à l’ethnocentrisme occidental. Pourtant nulle essence ne caractérise le terme de « progrès », l’idée de progrès et ses multiples usages ont une histoire bien spécifique qui relève de l’histoire occidentale des idées et plus largement de l’histoire de la société sécularisée. Si bien qu’il nous faudra achever cette sécularisation ratée [2] et sortir de la religion du progrès pour qu’enfin se trouvent réunies les conditions de possibilité pour dépasser le capitalisme sur sa gauche.

Plan :
- Les Lumières ou la douce musique des origines.
- De la théologie de l’histoire... à la philosophie de l’histoire : l’invention du progrès.
- La Gauche et le progrès : se guérir de l’illusion progressite.


Les Lumières ou la douce musique des origines.

Si les origines de la notion de « progrès » sont antérieures à la fameuse querelle des Anciens et des Modernes (1687-1698), le XVIIIe siècle a fait de ce maître concept un véritable porte-étendard. Toute une génération croit en effet au progrès de l’esprit humain et annonce les Lumières. Le philosophe anglais John Locke va par exemple fonder la conviction que la société, en réglementant les conditions matérielles, pouvait promouvoir le progrès moral de ses membres. Les premiers économistes eux vont créer la notion de progrès, sous cette acception aujourd’hui dominante en affirmant que la croissance, le luxe, l’aisance permettront l’accès au bonheur matériel pour l’humanité. Ainsi chez les physiocrates ou chez Adam Smith se crée un idéal voltairien d’efficacité du système économique à travers sa progression illimitée vers le « bonheur universel ».

Les précurseurs de la philosophie de l’Histoire conçue comme progrès, puisent quant à eux dans la théologie chrétienne de l’histoire et chez le philosophe arabe Ibn Khaldoun. Comme l’écrit Karl Löwith, l’eschatologie du salut chrétien se change alors peu à peu en idéologie du progrès, en fournissant des éléments religieux métamorphosés. Autrement dit, la théologie de l’histoire préoccupée par la problématique de la transcendance [3] du sens de l’histoire - illustrée par saint Augustin jusqu’à Bossuet - est remplacée à partir des Lumières, par la philosophie de l’histoire et une problématique de son immanence [4]. L’idéologie du progrès est le produit de la sécularisation de la vision chrétienne de l’histoire qui orientait le temps comme une flèche (en opposition au temps cyclique des Grecs), de la déchéance de l’homme à sa rédemption. Désormais le temps fléché part de la souffrance quotidienne vers le bonheur universel, de la barbarie vers la civilisation radieuse.

Ainsi Jean-Baptiste Vico va laïciser en quelque sorte la théologie de l’histoire exprimée par Saint Augustin dans La Cité de Dieu, il la réaménage en approfondissant la notion d’un pouvoir créateur de l’homme s’exprimant dans l’histoire. C’est l’histoire de l’humanité qu’il privilégie, humanité passant d’âges inférieurs marqués par la sensibilité et l’imagination, à un stade rationnel. En s’efforçant d’établir une loi de développement historique portant sur les nations et le développement de l’esprit humain, en prenant en compte une évolution sur plusieurs étapes, Vico participe à l’élaboration du concept de philosophie de l’ histoire selon lequel, l’Histoire formant un tout, évoluerait vers un terme final. Alors l’emportent raison et liberté politique, alors régresse l’autorité. Ainsi avec Vico s’affirme en Histoire l’idée de progrès et celle de création collective, idée que le matérialisme dialectique transformera au XIXe siècle en véritable dogme .

Mais partagés dans leur attitude d’admiration envers la Rome antique transformée en véritable mythologie, les contemporains des Lumières sont pratiquement unanimes à décrier le Moyen-Age, symbole à leurs yeux de pauvreté, d’oppression, d’ignorance, d’obscurantisme, préjugés encore aujourd’hui bien persistants, dont l’historiographie a pourtant depuis longtemps totalement remis en cause. Mais pour des hommes des Lumières « Gothique » reste le terme le plus péjoratif à leurs yeux. Tous sont d’accord lorsqu’il s’agit de société et de culture, distinctes de la liberté politique, pour affirmer que l’époque moderne est sans conteste supérieure à celle qui l’a précédée et bientôt d’imposer cette supériorité aux peuples de leurs colonies.

De la théologie de l’histoire... à la philosophie de l’histoire : l’invention du progrès.

Les Lumières [5] ne dégagent pas au XVIIIe siècle, une philosophie de l’histoire fondée sur de nouveaux fonds baptismaux, c’est-à-dire sur des présupposés épistémologiques radicalement nouveaux. Comme des architectes qui utiliseraient des pierres de réemplois pour construire un nouvel édifice, les hommes des Lumières aménagent la théologie chrétienne de l’histoire à leurs convenances, c’est-à-dire à l’aune de leurs nouvelles croyances. En conservant les présupposés épistémologiques de la théologie de l’histoire, les Lumières n’opèrent dans leur idéologie du progrès qu’une « translation simple » de région ontologique à région ontologique.

Ainsi pour Karl Löwith (1897-1973), l’idée même de progrès centrée sur le bien-être de l’individu, va remplacer au XIXe et XXe siècle, celle du salut préoccupée par le souci de l’âme. Dans cette nouvelle métaphysique progressiste, la science n’est alors que la forme « sécularisée » de la création divine, et la dimension messianique du marxisme doit être rapportée plus directement à l’influence de cet héritage judéo-chrétien [6]. Marx n’est il d’ailleurs pas considéré par le philosophe Michel Henry, comme « le premier penseur chrétien de l’Occident » ? [7] Mais la pensée du XIXe siècle a également emprunté à la tradition Judéo-chrétienne - sans remonter à la version zoroastrienne du mythe du déclin et de la chute de l’humanité -, l’idée de « gradation » pour comprendre la réalité sociale.

La « loi du progrès » allait alors devenir un récit de l’humanité en marche obéissant à la nécessité historique et à la morale tout à la fois. L’idée de concevoir l’humanité comme traversant des époques ou des stades différents est une tentation partagée par tous les auteurs de ce siècle. C’est par ailleurs le plus souvent un des lieux communs que partagent des traditions intellectuelles violemment opposées. Le schéma de la gradation se retrouve en effet au centre de diverses pensées de la société, au XIXème siècle. Pour Charles Fourier (1772-1837), chaque stade de l’évolution est défini par l’articulation de l’économique et du système des amours. L’humanité passe ainsi de l’édenisme, à la sauvagerie - le monde sauvage préhistorique -, en passant par le patriarcat - système de production esclavagiste et domination politique de l’homme sur la femme -, jusqu’à la barbarie - captation, prédation violentes - pour atteindre, stade suprême, la civilisation - plus raffinée certes que la barbarie, mais elle conduit à un résultat identique pour Fourier, car si la contrainte sur l’homme se fait sans violence physique, elle procède quand même par l’idéologie, la culture et la religion. Le philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) est lui aussi séduit par l’idée de gradation pour rendre compte de la réalité des sociétés humaines. Pour lui cette évolution passe plutôt par des stades successifs, qui correspondent chacun à des formes différentes du travail et de l’exploitation des richesses. Le progrès s’intègre ici dans la socialisation des moyens de production lors de la phase collectiviste, elle-même dépassé dans une étape lointaine et ultime, le communisme comme « seul et vrai paradis ». Pour ce qui est de la conception du progrès proposée par Auguste Comte (1798-1857), ses fameux « trois états » ne sont, comme l’a bien montré le père Henri de Lubac, que le relais à peine sécularisé des « trois âges du monde » de la théologie de Joachim de Flore, célèbre théologien visionnaire du XIIIe siècle et par là, fondateur - selon l’expression de Gilbert Durand (disciple de Gaston Bachelard) - de « l’énorme mythe progressiste », auxquels sacrifieront plus d’un courant de pensée au cours de ce siècle [8]. Selon l’interprétation de Karl Löwith, Joachim de Flore est la figure charnière qui permettra aux théologies de l’histoire de se muer en philosophies de l’histoire. Il thématise l’accomplissement de l’histoire du salut dans le cadre de l’histoire du monde : il opère l’« immanentisation de l’eschaton chrétien ».

Cet aménagement de la théologie de l’histoire par les idéologues du progrès est également bien perceptible pour ce qui est des deux systèmes proposés par Auguste Comte et Herbert Spencer (1820-1903) - les deux pères de l’« évolutionnisme » et du concept de « sécularisation » - pour lesquels l’évolution naturelle aboutit à terme à un affaiblissement notable de la religion. Et dès lors, cette faiblesse doit être pour eux compensée, en remplaçant la religion par de nouveaux paradigmes, formes d’une nouvelle rationalité, Comte voulant fonder la société sur le savoir scientifique, Spencer sur une moralité rationnelle. C’est bien en la place de la religion que s’établit le progrès. Les deux « pères » de la sociologie considéraient ainsi que le déclin de la religion était la conséquence nécessaire des lois de l’évolution et tous deux acclamaient la science comme signalant l’aube d’un nouvel âge de l’humanité. Après les théories positivistes de Comte et de Spencer, pour Ferdinand Tönnies (1855-1936), philosophe et sociologue allemand, les transformations de la modernité ne sont ni la conséquence d’une transformation cognitive, comme le pense Auguste Comte - passage de l’« erreur » à la « vérité » -, ni celle de l’émergence d’un ordre social « scientifique », comme l’explique Spencer, mais le résultat d’une transformation structurelle, c’est-à-dire du passage de la Gemeinschaft (« communauté ») à la Gesellschaft (« société »). Dans ce XIXe siècle en effet, l’air du temps est à ce que la philosophie progressiste de l’histoire réaménage et tienne à remplacer la théologie chrétienne de l’histoire [9].

La Gauche et le progrès : pour se guérir de l’illusion progressiste.

L’association des termes, gauche et progrès, est-elle à démontrer ? [10]. Certes non, cette thèse historiographique identifiant la gauche aux Lumières, remonte au lien qui a longtemps semblé évident entre la Révolution française et les Lumières [11]. Mais Anne Rasmussen décrit pourtant trois postures caractérisant la relation critique des gauches au progrès au cours des XIXe et XXe siècle.

La première figure émerge dès le milieu du XIXe siècle, dans la critique du machinisme dont les effets humains étaient bien souvent une violence et une subordination des hommes arraisonnés par les procédés abstraits de la technique. Le progrès détériorait la condition sociale. Sur cette question une polémique s’engagea à gauche et pour contrer ces critiques, Marx ne tergiversera pas longtemps en s’engageant dans le camp du futur en mettant un pied dans la société capitaliste : « il est préférable de souffrir dans la société bourgeoise moderne, qui par son industrie crée les conditions matérielles nécessaires à la fondation d’une société nouvelle, qui vous libérera, que de retourner vers une forme périmée de société qui, au prétexte de sauver vos classes sociales, tire la nation entière en arrière, vers la barbarie médiévale » [12]. Le dogme marxiste était posé, le développement de la société industrielle capitaliste est nécessaire pour poser les bases matérielles du socialisme, il en est le premier terme, il faut donc accepter la souffrance, car pour Marx l’advenue de l’histoire à laquelle s’identifie la révolution, est le développement de l’aliénation de la vie en l’homme comme condition de sa réappropriation. Ce n’est donc que quand les souffrances deviennent universelles grâce au développement du capitalisme, que sortira le salut. Le catastrophisme est à la source de cet interprétation faite par Marx, qui fait en quelque sorte le pari de l’explosion de la condensation de la contradiction capitalistique [13]. Comme le note très justement Michel Henry, cette conception apocalyptique et messianique de l’histoire est chez Marx largement tributaire de la métaphysique allemande [14], même si encore de très nombreux marxistes croient que Marx renversait là la philosophie de l’histoire de l’Esprit de Hegel pour l’incarner dans le réel de l’histoire. Dès lors Marx et ses disciples n’arrivant pas à se dégager des présupposés de la métaphysique allemande, allaient transformer l’ « horreur instinctive devant la mécanisation de la vie » (G. Orwell) caractéristique des premières révoltes ouvrières (avec le luddisme industriel et rural), en célébration béate d’un « développement des forces productives » du capitalisme voué à créer les bases matérielles du nouveau monde « de la même façon que les révolutions géologiques ont crée la surface de la terre » (Michéa).

A la fin du XIXe siècle, un seconde posture se dégage avec l’apparition d’un désenchantement antiscientiste atteignant de nombreux pans de la société. Plusieurs personnalités de Gauche qui furent pourtant pendant longtemps les plus fidèles adeptes du progrès prirent en ligne de mire la voie évolutionniste du progrès. Ainsi P.-J. Proudhon qui avait pourtant maintes fois affirmé sa croyance au progrès, introduisit la critique en récusant l’acception du « tout utilitaire et matériel : accumulation de découvertes, multiplication des machines, accroissement du bien-être en général » [15]. Une partie de la Gauche prit également ses distances avec l’évolutionnisme ainsi qu’avec le progressiste Herbert Spencer par bien des points conservateurs. Pourtant ces deux premières postures de Gauche, n’en demeuraient pas moins conformes comme l’écrit A. Rasmussen, à « une interprétation progressiste du monde ». Le progrès restait souhaitable, il suffisait de le contrôler et d’en maîtriser les conséquences néfastes.

Toute autre est la troisième posture véritable critique antiprogressiste du progrès, qui trouva dans l’œuvre de Frédéric Nietzsche une formulation éclatante. Si Nietzsche en écartant radicalement la théologie de l’histoire, consentait comme les Lumières à l’idée de situer dans l’immanence historique l’éventuel avènement de son surhomme, il refusait de partager avec Hegel, Comte et Marx leur fantasmagorie de la rationalité historique, et il s’en indignait comme d’un funeste mensonge : « voir dans l’histoire la réalisation du bien et du juste est un blasphème contre le bien et le juste. Cette belle histoire universelle est, pour employer une expression d’Héraclite, ‘‘un pêle-mêle d’ordure’’ ». Pour Nietzsche, la philosophie de l’histoire de l’Esprit de Hegel a « divinisé le type du tard venu comme s’il était le sens et le but de toute l’évolution antérieure » [16]. Nietzsche dénonça alors la foi moderne au « progrès », laquelle n’est pour lui qu’une nouvelle mouture de la métaphysique chrétienne : « Dans quelle mesure, demande-t-il, subsiste encore la fatale croyance à la Providence divine, la croyance la plus paralysante qui soit, pour les mains et pour les cerveaux ; dans quelle mesure, sous le nom de la « nature », du « progrès », du « perfectionnement », du « darwinisme », dans la croyance supertitieuse à un certain lien entre le bonheur et la vertu, est-ce encore l’hypothèse et l’interprétation chrétiennes qui persistent ? » [17]. Si Nietzsche immanentise son surhomme dans l’histoire, il arrachait cependant son projet à toute idée de progrès en écartant radicalement la théologie chrétienne de l’histoire, ce que n’ont pas fait l’ensemble des calotins de la modernité qui l’ont simplement aménagé à l’aune de leurs nouvelles croyances. Ici, avec Nietzsche, le « progrès » ne véhicule qu’illusions, il est une idée fausse contre laquelle il importe de lutter. La fascination pour « l’insupportable promotion » du progrès (P. Virilio) y devient hautement suspecte et le messianisme du rationalisme des Lumières sujet à caution. Progrès, humanisme, utilitarisme, positivisme, industrialisme cosmopolitique ou pacifiste, voire libération des mœurs et des désirs deviennent autant d’illusions à déconstruire. En 1909, Georges Sorel dans Illusion du progrès, était le premier à sortir de la religion du progrès sous l’influence de Nietzsche et de la psychologie de William James.

Dans les années 1990, Christopher Lasch, grand intellectuel marxiste et historien américain, a lui contesté qu’il y ait eu historiquement identification des forces démocratiques et radicales au progrès. Se basant sur des analyses adaptées à la société américaine et notamment au travers des mouvements populistes et plébéiens du XIX siècle, l’historien écrivit que les mouvements démocratiques et radicaux se constituèrent en opposition au progrès identifié au capitalisme et à l’industrialisme. En effet, au lieu de s’appuyer sur la solidarité mythifiée du prolétariat international dont la gauche internationaliste faisait l’hypothèse progressiste, une partie de l’action révolutionnaire s’est au contraire construite sur l’appel au passé et à des solidarités locales brisées par l’ordre nouveau modernisateur. Le progrès portait par les élites - qu’elles viennent du libéralisme ou de la gauche - fit pour victimes les groupes sociaux (petits propriétaires, artisans et commerçants) qui résistaient radicalement au développement du salariat et au productivisme par la mise en place à leur encontre d’une politique du « ressentiment ». Les marxismes eux étaient favorables au développement du capitalisme qu’ils voyaient comme une étape nécessaire et fatale vers le collectivisme et le communisme. La défaite finale de ces secteurs de la société constituait pourtant, selon Lasch, la première étape, historique, d’une déconnexion profonde, et aujourd’hui très prolongée, entre la gauche et le « peuple ».



[Photo de Christopher Lasch.]

Jean-Claude Michéa exprime également ce constat adressé à la gauche : qu’elle soit social-démocrate, marxiste, écologiste ou anti-capitaliste, elle a sans cesse été récupérée par le capitalisme en s’intégrant plus en avant au Spectacle, si bien qu’elle est la seule source de la survie actuelle de celui-ci. Le planisme socialiste est devenu l’Etat-Providence, la contre-culture de 68 est devenue le discours publicitaire et idéologie libérale-libertaire, aujourd’hui l’alterconsommation à la côte chez les marchands de chaînes du marketing, etc... Pourquoi une telle récupération a priori paradoxale chez une Gauche qui s’est présentée depuis toujours opposée au capitalisme ? M. Michéa avance l’interprétation suivante, l’idéologie marchande et libre-échangiste qui forme ce que nous appelons commodément le « capitalisme » est au cœur même du projet de la modernité des Lumières. Les Lumières ont inventé l’économie comme l’écrit S. Latouche [18]. Depuis l’Affaire Dreyfus s’est imposée en France une Gauche intellectuelle et morale qui a pris le parti des Lumières et du progrès au nom des travailleurs. Et à partir de la nécessaire modernisation, cette gauche progressiste a accepté et encouragé la « dissolution générale de tous les acquis communautaires indispensables à la construction d’une vie individuelle réellement humaine » [19], aboutissant aujourd’hui au fait que « la société est en poussière, parce que les hommes sont désassociés, parce qu’aucun lien ne les unit, parce que l’homme est étranger à l’homme » [20]. Les élections françaises de mai 2001 sont là deux siècles après cette analyse prophétique de Pierre Leroux, pour attester s’il le fallait de la crise structurelle de la société et de l’humain. Mais aussi du fossé voire de la déconnexion totale entre le « peuple » et la gauche.

J.-C. Michéa appelle alors à laisser de côté les progressistes de gauche dont les héritiers aujourd’hui se contentent du replâtrage réformisme et d’une révolution conçue sous les traits du productivisme de la socialisation des moyens de production partageant avec leurs supposés ennemis, un économisme congénital. Cette gauche progressiste partage avec les libre-échangistes, l’esprit moderne, c’est-à-dire non seulement l’économisme de leur vision du monde mais surtout « leur complexe injustifié de supériorité sur le passé, [avec] sa fascination pour le futur, et son indifférence latente pour le présent » [21]. La décroissance propose la constitution historique d’une nouvelle gauche radicale, mais pour cela il faut se déprendre de nombreux réflexes propres à la culture de gauche. Aujourd’hui il nous faut véritablement déconfessionnaliser la philosophie de l’histoire qui n’est encore qu’une « théologie déguisée », pour fonder une philosophie de l’histoire laïque, arrachée radicalement à la théologie chrétienne de l’histoire sécularisée dans l’idéologie du progrès. Il faut en effet réaménager une authentique philosophie de l’histoire à l’aune des apports de l’anthropologie, de la sociologie de l’imaginaire, de la phénoménologie et de l’histoire. Car, le « progressisme (le bon), c’est d’être en retard dans la mauvaise voie » [22].
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Johan de Dina (Jansiac)
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PostPosted: 14 Feb 2006 18:28    Post subject: Bonne analyse. Reply with quote

Il existe toute fois un courant contre l'industrialisation qui rejoint celui de l'opposition radicale aux technoscience.
Voir par exemple "Pieces et main d'oeuvre"(grenoble)
Notes et morceaux choisis. (Bertrand Lhouart)
Les amis de Lud. Collectif contre le TGV Lyon-Turin etc...
et quelques prémices d'un courant contre la dictature de la marchandisation
" Acheter: un crime contre l'humanité."
Il existe même des échange entre ces différents courants qui se sont rencontré par deux fois à Longomaih.
Ces courants sont anti-mondialiste et exprime une radicalité qui va au delà de l'idéologie du progressisme décroissant.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 15 Feb 2006 19:11    Post subject: Reply with quote

?

Je ne saisis pas ce que tu viens d'écrire Johan. Tu pourrais expliquer ce que tu entends par " idéologie du progressisme décroissant " ?

Il me semble que la décroissance est profondément anti-mondialiste et sort de l'idéologie progressiste. Elul, Lasch, Besset, Latouche, etc sont des auteurs qui sont totalement sortis du progressisme.

Et les groupes que tu cites sont également en contact avec les objecteurs et nombreux d'entre eux s'affichent même comme objecteurs de croissance.
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PostPosted: 15 Feb 2006 20:35    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
?

Je ne saisis pas ce que tu viens d'écrire Johan. Tu pourrais expliquer ce que tu entends par " idéologie du progressisme décroissant " ?

Il me semble que la décroissance est profondément anti-mondialiste et sort de l'idéologie progressiste. Elul, Lasch, Besset, Latouche, etc sont des auteurs qui sont totalement sortis du progressisme.

Et les groupes que tu cites sont également en contact avec les objecteurs et nombreux d'entre eux s'affichent même comme objecteurs de croissance.


Pour Serge Latouche, j'ai un doute compte tenu que dans un article publié dans le N°35 du "Buletin de la Ligne d'Horizon" il appelle les "Décroissant" à voter pour leur famille d'origine: " La Gauche" qui se definissaient jusqu'à présent comme les forces de progrés et le courant progressiste.

Pour le reste, il faudrait que je prenne un peu de temps pour répondre sur les différents courrants de la décroissance.

Mais promis à mon retour prés d'un terminal internet, je posterais quelque chose (pas avant 2 mois).
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 15 Feb 2006 23:14    Post subject: Reply with quote

Je crois que la position de Latouche est que les valeurs de la décroissance sont à gauche, car là sont les valeurs de partage, de fraternité... bref des valeurs morales. Mais s'il y a bien quelque chose a refuser à Gauche c'est son messianisme du Progrès, cette insupportable promotion du progrès comme seul et vrai paradis.

Par exemple sur decroissance.info tu trouveras une conférence de Latouche sur la " Métaphysique du progrès " dans la rubrique intitulée " La technoscience ". Un article pas mal dont je me suis inspiré forcément pour accoucher du texte ci-dessus.
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johan de dina
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PostPosted: 16 Feb 2006 10:00    Post subject: juste deux mots Reply with quote

juste deux mots avant de partir.

Il y a quelques années comparant les valeurs de la droite et de la gauche ce cher Jospin avait déclaré devant les cameras:
"Vous connaissez tous l'histoire de St Martin qui donnat la moitié de son manteau à un pauvre. Eh bien; effectivement la gauche n'à pas le monopole du coeur. L'homme de droite sera prêt à donner la moitié de son manteau sans se poser de question. La question que se posera l'homme de gauche est pourquoi y a t'il des pauvres et que faut-il faire pour qu'il n'y ait plus de pauvre."

Si j'ai bien compris la philosophie Jospiniste: l'homme de gauche garde son manteau et se pose les bonnes questions avant de mettre en oeuvre les bonnes réformes.

Le partage et la fraternité sont des valeurs morales que l'on retrouve aussi bien dans les société dite primitives (voire barbare) ainsi que dans la plupart des religions.

Et chaque fois que l'on emet une critique (de gauche ?) à la gauche ou que l'on démontre que les circonstances historique transcendent les limites de ces deux familles. ( La resistance: il y aura autant de collabo venut de la gauche que de la droite;la majeure partie de la gauche jusqu'en 45 sera colonialiste etc..) l'on s'entend répondre qu'il ne faut pas confondre la vraie gauche avec la fausse gauche.
Ce qui me fait souvent penser au sketch des inconnus sur "les chasseurs": " Ben le mauvais chasseur y tire.....et le bon chasseur...ben y tire aussi"

Bref comment "classifier" ceux qui se sentent aussi éloigné de Sarkosy-Le pen, que de Holande Villepin Besançenot.
Pourquoi vouloir absolument rattacher un mouvement à une cuisine électorale.( Voir à ce propos le communiqué de Serge Latouche sur le Parti de la Décroissance)
Maintenant que fait-on de la valeur de liberté puisqu'aussi bien la droite que la gauche (voire les alters) soumettent cette question à la domestication de l'individus par l'Etat (ou le Collectif).

Tien, il y a un texte qu'il faudra que je retrouve:" Communauté Libertaire ou Communauté Libérale"

Orwel se définissait comme anarcho-tories.

Derniére question avant de remonter au maquis:
De quelle maniére les décroissant "Casseur de Pub" traitent-t'il la publicité pour l'humanitaire, le solidarity Business, et le Commerce " Ethique" ?
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bug-in



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PostPosted: 16 Feb 2006 17:29    Post subject: Reply with quote

Pour moi elle doit être traité de la même manière que les autres. Je fais pas de distinction, c'est du matraquage, on nous dit comment on doit vivre et ça fait de l'argent dépensé en publicité qui aurait put-être dépensé en qq.chose de plus efficace et de bien mieux.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 20 Jul 2006 17:20    Post subject: Reply with quote

Sur la critique du progrès thibault Isabel, l'auteur de Le Champs du possible a écrit un document intéressant à télécharger.

Isabel a notamment fait un gros travail de citations d'ouvrage . On trouve aussi à la fin de ce document, toute une série de recensions d'ouvrages sur le progrès que l'on retrouve dans la bilbiographie sur la technique, la science et le progrès (Rouvillois, Lasch, etc).

cela devrait faire la joie de la commission sur le progrès et la technique Clin d'oeil

http://www.thibaultisabel.com/le_progres-36.doc

Cette citation devrait notamment nous faire réflechir, nous autres objecteurs de croissance qui ne cessons d'affirmer un rapport catastrophiste au futur. Ce rapport fait ainsi que nous restons toujours empreint de ce que nous dénonçons par ailleurs : le progressisme.

« Dans la conception moderne du progrès intervient une représentation du temps tout à fait caractéristique : le temps apparaît ici sous la forme d’une ligne droite ou d’une courbe indéfiniment ascendante, comme un devenir qui déprécie toute existence pure. Le présent n’est vécu qu’en regard d’un avenir plus ou moins incertain ; d’emblée, l’avenir menace le présent, et c’est dans l’angoisse qu’on l’imagine et qu’on le vit. Quant au passé, il disparaît sans possibilité de retour ni de correction. »

Herbert Marcuse, Culture et société (« La notion de progrès à la lumière de la psychanalyse »), Paris, Minuit, 1970.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 20 Jul 2006 19:20    Post subject: Reply with quote

Le rapport au catastrophisme des décroissants ? Il faut préciser la chose !

Si tu parles des annonceurs d'apocalypse qui se contentent de commentaires sur la qualité du spectacle en cours et du programme à venir en ne faisant plus la distinction d'avec la dernière production hollywoodienne, je pense qu'il y a peu de chance d'y trouver des objecteurs de croissance puisque, comme tu le dis, ils restent figer dans une conception linéaire et determinée du temps qui est le fondement de la pensée progressiste, même s'ils se contentent d'en escalader le versant pessimiste. (très bon passage de Lasch à ce sujet dans Le seul et vrai paradis...)

Si tu veux évoquer les débats fondés sur les réflexions autour d'un catastrophisme éclairé telles que celles de J.-P. Dupuy, alors la dialectique n'est pas du tout la même puisqu'elle s'appuie sur la nécessité d'établir la crédibilité de la catastrophe pour mettre en oeuvre les choix qui l'éloigneront. C'est, il me semble, plus la source à laquelle nous puisons une objection à la croissance.
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omnat



Joined: 23 Apr 2006
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Location: Maroc

PostPosted: 20 Jul 2006 23:15    Post subject: Reply with quote

ktche wrote:
Le rapport au catastrophisme des décroissants ?
..., alors la dialectique n'est pas du tout la même puisqu'elle s'appuie sur la nécessité d'établir la crédibilité de la catastrophe pour mettre en oeuvre les choix qui l'éloigneront. C'est, il me semble, plus la source à laquelle nous puisons une objection à la croissance.


J'apprécie cette nécessité de tout mettre en oeuvre ...à tous les niceaux...pour créer une dynamique à meme d'inverser la tendance...
C'est pourquoi je milite pour la création "d'oasis solidaires" parout dans le monde en interconnexion chacune profitant de l'expérience et des avancées de chacune... Biensur le champ reste ouvert à l'imagination... pour donner une autre définition au progrés aujourd'hui à savoir "s'éloigner de cet imminent récif du Titanic"!
_________________
etre soi meme le changement ...
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 22 Jul 2006 20:59    Post subject: Reply with quote

Oui en effet, cette formule de " rapport catastrophiste au futur " est excessive. Je ne voulais en fait pas faire une allusion directe à Dupuy, ni à d'autres.

Ce n'est qu'une intuition que j'ai eu à la lecture de la Transfiguration du politique de Maffesoli qui essaye de donner des pistes concrètes, à une sortie de l'imaginaire du progressisme. Forger un projet politique sur une appréhension du futur semble en effet rester dans le projet de créer une société parfaite. Je recite cette phrase de Marcuse : " Le présent n’est vécu qu’en regard d’un avenir plus ou moins incertain ; d’emblée, l’avenir menace le présent, et c’est dans l’angoisse qu’on l’imagine et qu’on le vit ". Bizaremment je crains qu'on partage quand même cette vision. L'appréhension du futur tend à nier l'expérience du présent. Il y a donc un rapport utilitaire du présent (comme l'explique Weber à propos de l'éthique protestante du capitalisme : l'appréhension de la finitude dans le futur - mort, salut -, détermine un rapport utilitaire du présent : le futur finit par déterminer le présent et non l'inverse) : D'où une mythologie du faire et de l'action : qui aboutit à la saisie totale de la socialité (pour faire que les différentes activités sociales soient efficace et cohérentes) par le politique, c'est la Méga-machine. Peur de la mort, peur du lendemain, peur du futur : sont tous les traits de la métaphysique de la modernité. La réification, la re-présentation (politique, etc), l'abstration, l'objectivation (donc le capitalisme), seraient ce rapport utilitariste du présent en vu de maitriser le futur. La perspective prométhéenne dénature l'expérience vivante d'un présent éternel. Si l'on part de ce schéma maladroitement (et rapidement) exprimé, comment mener une pensée de la décroissance ?

(au sein des objecteurs, ce débat porte aussi sur " faut-il retourner en arrière ? ", semble très mal posé. S'il y a un arrière et un avant, c'est qu'on accepte bien implicitement une vision linéaire et accumulative de l'histoire. Retourner en arrière serait le salut. Non pas le Progrès, mais le Régrès. )

Certes, il semble de plus en plus avéré que le futur climatique, biologique, humain (?), soit des plus négatifs. J'ai pas encore vraiment réfléchi sérieusement à la question, mais poser un projet de changement civilisationnel dans le but d'éviter un futur (plus ou moins proche), me semble encore en un certain sens " progressiste ", on y toujours dans une projection. Immédiatement dans ce rapport au futur, on se place sur le terrain de l'épistémé de la Méga-Machine : le projectif, l'efficace, le cohérent, l'apologie du faire. Bref la pousuite de la logicialisation de la société totale. Ce n'est q'une intuition, et il est vrai : comment faire autrement quand la crise climatique, etc. sont là ?

Par exemple Maffesoli (dans son schéma philosophique qui me semble pertinent, tandit que ces analyses sociologiques me semblent totalement non-pertinentes), pose le présentéisme comme le lieu de la révolution, et non le rapport au futur. Il me semble que nous n'avons pas (nous) assez mis en exergue cette insistance sur le présent de la praxis vivante et concrète. Dans ce rapport au futur, on conserve la mythologie de l'action qui est non pas le produit du corps mais celui de la réflexion projective et prospective. Une abstraction de l'action (ce qu'Ellul appelle " l'illusion politique " : cette mythologie du faire).

Ce rapport au futur nous pousse à agir, alors que toute une macro-réflexion libertaire et philosophique appuit depuis maintenant des années, sur l'importance du non-agir.

Et si l'on sortait de la mythologie de l'action propre à la modernité, pour rejoindre l'essentiel, la praxis qui est le faire concret (celui de la proxémie, et non pas celui du " y'a qu'à " et autre appel à la vierge Marianne).

L'insistance sur le présent vivant, me semble plus important que finalement l'appréhension du futur ou quelconque rapport au passé (d'ailleurs un livre important sur L'invention de la tradition par le progrès a été coordonné notamment par l'historien Eric Hobsbawn là-dessus. J'ai pas lu mais cet ouvrage me semble intéressant pour comprendre comment le passé à été décrédibilisé pour crédibiliser le présent et le futur - la problématique de cet ouvrage semble intéressante puisque finalement elle nous dit que ce que nous prenons pour la tradition est souvent une construction sociale du progressisme...).

Enfin j'ai pas trop creusé encore sur ce présentéisme qui ne met pas en exergue le dramatique (comme l'a fait la modernité) mais le tragique (Maffesoli et Régis Debray dans sa proposition de créer une " Gauche tragique " et " paléo-progressiste ", sont d'ailleurs d'accord sur cette insistance sur le tragique de la vie, et sur son acceptation - à la différence de son refus propre à l'univers prométhéen). Mais cela me semble être une orientation intéressante encore peu explorée, par nous autres objecteurs.

Il y a aujourd'hui tout une actualité bibliographique autour du non-agir, de la pensée chinoise, du présentéisme (l'insistance du situationisme sur la " situation " était aussi contraire à tout rapport au futur), etc. Cf. la publication par l'Encyclopédie des nuisances des oeuvres de Maitre Tchouang, mais aussi leur petit bouquin sur l'Anarchie prouvée par maitre je sais plus qui. Sans parler de François Jullien qui dans son bouquin sur l'efficacité, compare le faire et l'agir entre l'occident et l'extrême-Orient, et montre qu'il y a là un travers du modernisme occidental. Il me semble qu'il y a tout un courant qui pense la révolution de façon post-progressiste et présentéiste.

Ce qui est intéressant, c'est que ce courant plutot d'esthètes libertaires est en résonance avec toute une réflexion philosophique sur le politique : cf. le bouquin du philosophe italien Roberto Esposito, Catégories de l'impolitique qui aborde de front cette problématique. Cf. aussi toute la pensée contemporaine sur la communauté avec Agamben (la communauté qui vient), Esposito (Communitas avec une intro de JL Nancy) Jean-Luc Nancy (La communauté désoeuvrée) ou Simone Weil. Il me semble que ces ouvrages sur la réflexion sur la communauté sont importants dans notre démarche car il existe une certaine pensée communautarienne " décroissante ". Le slogan " Moins de biens, plus de liens " en est même emblématique. Mais quelle communauté (vivante et non abstraite comme la communauté nationale ou européenne ? Quelle identité ? Quel enracinement ? C'est tout un débat sur lequel certains ont déjà des idées (L'Ecologiste fait la promotion de la communauté villageoise) et mettent déjà en pratique (squatt, éco-villages, etc). Et sur lequel il y a peu de débats. Si l'on veut plus de lien social, quel type de lien, de socialité ? Par exemple la question du localisme, du " localisme ouvert " (F. Schneider) est emblématique de ce débat. Et ce localisme, ce rapport à la " communauté " de la proxémie, rejoint l'insistance sur le présent du ici et maintenant. D'un certain Carpe diem disons (même si pour ma part je ne reprends qu'avec des pincettes cette philosophie de la vie quotidienne).

Hormis la réflexion de Lasch sur la communauté (ou de Ellul qui revient souvent sur cette vision)

Quatrième de couverture de La communauté désoeuvrée de Nancy :

Quote:
Que nous reste-t-il de la communauté ? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de " communauté " ? Il semble qu'il ne nous en reste rien. Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On pourrait dire aussi : " la communauté ", c'était le mythe, c'était la philosophie, c'était la politique - et tout cela, qui est une seule et même chose, est fini. Ce livre essaie de dire ceci : il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l'être en commun. Non seulement elle n'est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle nous reste à découvrir. Ce n'est pas l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication). C'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres. C'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.


Quatrième de Communitas de Esposito :

Quote:
On peut dire qu'aucun thème n'occupe le centre du débat philosophique international autant que celui de la communauté : du communitarisme américain à l'éthique de la communication de Habermas et Apel et jusqu'au déconstructionnisme de Derrida. Pourtant, jamais le concept de communauté n'a été interrogé à partir de son sens étymologique originel : cum munus.
C'est ce que tente de faire l'auteur à travers une originale " contre-histoire " de la philosophie politique, ayant pour objet les œuvres de Hobbes, Rousseau, Kant, Heidegger et Bataille - auxquels sont principalement consacrés les chapitres de ce livre -, mais aussi celles de Hölderlin et de Nietzsche, de Freud et de Canetti, de Arendt et de Sartre.
Le résultat de cette enquête est un renversement radical de toutes les interprétations actuelles de la communauté : l'idée philosophique de communauté n'a rien à voir - elle en est même l'exact contraire - avec les petites patries que considèrent avec nostalgie les anciens comme les nouveaux communautarismes.
La communauté n'est pas une propriété, un plein, un territoire à défendre et à isoler de ceux qui n'en font pas partie. Elle est un vide, une dette, un don (tous sens de munus) à l'égard des autres et nous rappelle aussi, en même temps, à notre altérité constitutive d'avec nous-mêmes.



Quatrième de Catégories de l'impolitique d'Esposito :

Quote:
L'actuelle aphasie du langage politique, son incapacité à représenter la réalité, ne naît pas simplement des changements qui ont caractérisé le siècle. Elle vient d'une difficulté qui investit la catégorie même de " représentation ", aussi bien au sens, théologico-politique, de la représentation-image du Bien par le pouvoir, qu'au sens, moderne, de la représentation-délégation du plus grand nombre par une instance souveraine unique. Aussi la perspective " impolitique " n'est-elle pas une attitude apolitique ou antipolitique. L'impolitique est le politique considéré depuis sa frontière extérieure. Il est sa détermination, au sens où il en définit les " termes " - les mots et les confins. Selon cette acceptation, tout le grand réalisme politique, c'est-à-dire la pensée non théologique sur la politique, aura donc été impolitique.


ya aussi le texte de Michel Henry, " Pour une phénoménologie de la communauté " dans Phénoménologie matérielle, où "... la communauté est une nappe affective souterraine et chacun y boit la même eau à cette source et à ce puits qu'il est lui-même ". Cf. aussi le texte " Le Présent vivant " du même auteur dans Auto-donation (chez Beauchesne). Il y a là notamment des bases fondamentales pour nier l'existence du passé comme du futur. Toute vision linéraire de la temporalité est écartée.
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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