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Marx et le marxisme selon Michel Henry.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 18 May 2004 19:47    Post subject: Marx et le marxisme selon Michel Henry. Reply with quote

Michel Henry, Marx (tome 1 et 2), 1976.
Voici une fiche-perso sur les deux tomes de Marx écrit par le philosophe Michel Henry, parus en 1976. C'est unpeu : Choqué mais bon... il me semble qu'il y a là de véritables " pistes " novatrices.

La complainte de notre air du temps est bien lancinante chez ceux qui s’en réjouissent comme chez ceux qui le déplorent : Marx est bien mort ! Tandis que dans le courant altermondialiste (et notamment dans les mouvances anticapitalistes) renaît tristement et peu à peu, le pire des marxisme des années 1970 associé trop souvent aux plus débilisantes analyses freudiennes ou lacaniennes. Rien de bien sérieux et qui n’augure rien de très prometteur…
Cependant, Jacques Derrida dans Spectres de Marx en 1993, ou Paul Ricoeur ont récemment remis sur le devant de la scène et de façon novatrice, celui qui n’arrive tout de même pas a passé. Raymond Aron est loué pour avoir montré la véritable importance du philosophe allemand, Soit !

Pourtant, Jean-François Lavigne (prof de philo à Paul-Valéry et à Nice) dans un numéro de novembre 2002 de la revue Nunc, écrit très justement, que le philosophe Michel Henry (1922-2002), l’un des penseurs les plus féconds et les plus profonds de l’histoire de la philosophie occidentale, « doit aujourd’hui être reconnu et étudié par tous les esprits éveillés, soucieux de comprendre les motifs du malaise contemporain, et assez généreux pour en chercher loyalement le remède : quiconque reste sensible, aujourd’hui encore, à la grandeur d’une recherche désintéressée, qui a le courage d’assumer seule les plus hautes questions de l’homme, les plus radicales et les plus difficiles, ne peut se permettre de méconnaître davantage l’œuvre de Michel Henry. » Et M. Henry n’a pas écrit n’importe quoi, puisque il a contribué avec des imposants volumes à une relecture de Marx en un sens radical et totalement novatrice (M. H, Marx tome 1 et 2).

Son constat est simple : « le marxisme est l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ». Avec ce ton faussement provocateur, il récuse toutes les interprétations classiques ou traditionnelles qui se réclament de l’œuvre marxienne. Car M. Henry retrouve chez Marx un fondement méta-historique de l’histoire, méta-économique de l’économie, qui est précisément l’individu vivant dont le travail, identifié d’abord à la réalité subjective d’un corps s’affrontant à la nécessité de subvenir à ses besoins, constitue le moteur de toute organisation sociale. Ici réside la réalité véritable dont les superstructures idéologiques, économiques, théoriques, ne sont que les traductions abstraites, les projections déshumanisées sous forme de lois, statistiques, schémas, tous oublieux de leur généalogie réelle et fondatrice. Marx apparaît alors comme un philosophe de première grandeur dans l’histoire de la philosophie première occidentale, celui qui a su voir, au-delà des vicissitudes mondaines historiques et des travertissements théoriques, la vérité originaire de la praxis humaine comme relevant du domaine de l’épreuve affective de sujets vivants. Laquelle exprime les besoins et leurs tentatives de résolution, les désirs, manifeste les pouvoirs d’un corps subjectif aspirant à sa propre exaltation et, d’abord, à sa simple perpétuation... Dès que l’organisation du travail par exemple ne s’enracine plus dans la subjectivité organique, le travail devient insupportable, son mouvement reste bloqué dans un souffrir qui ne se dépasse plus en jouir. L’énergie ne subsiste que dans le refoulement, créatrice d’angoisse. Elle cheche à se libérer par un soulagement immédiat (d’où la société dites post-moderne qui ne peut se sentir que dans le présentisme du ici et maintenant de son corps, par le zapping et l’engluement dans la télévision, les plaisirs immédiats et éphèmères, les coups de sang de tous les sports extrêmes…), se replie sous des formes frustres du sentir, du penser, de l’agir, augmentant son mécontentement, engendrant la violence.

Autre apport des plus rafraîchissant, M. Henry avance que « Marx est l’un des premiers penseurs chrétiens de l’Occident », malgré son athéisme et « matérialisme » affiché. En effet pour le philosophe montpelliérain, « il convient de distinguer ce qu’il est et ce qu’il croit être », et ce qui compte pour M.H. c’est ce que « pensent les textes qu’il a écrits », dans le cas de Marx, une « métaphysique de l’individu », une phénoménologie de la vie individuelle, une « philosophie de la vie immanente », ce qui rapproche la pensée de Marx de l’intuition fondamentale du christianisme définissant notre condition de « Soi charnel vivant ». Ce n’est pas tout, comme toute grande pensée, la réflexion de M. Henry a aussi des conséquences politiques et éthiques dans la « communauté des vivants », qui prennent la forme d’une défense de la vie dans toutes ses manifestations. C’est au nom de la praxis, du travailleur vivant, de la subjectivité vivante originaire que se justifie la mise entre parenthèses de toutes les entités mythiques qui peuplent les sciences sociales et particulièrement le marxisme : la Société, le Parti, le Prolétariat, la Bourgeoisie, l’Histoire, l’Esprit, le Progrès, la Révolution, la Nation, etc. C’est aussi au nom de l’immanence de la vie subjective que se justifie la critique féroce de l’aliénation économique et de toutes les formes de réification qu’impose l’univers marchand contemporain. Ainsi au nom du sens fondateur de la vie des individus vivants – la subjectivité pathétique de cette communauté de vie où sont pris tous les individus vivants – que s’éclaire la critique de la barbarie contemporaine : domination absolue de la technique et de l’univers machinique ; marchandisation généralisée de la vie et des vivants qui n’est autre que « l’empire de la mort » ; négation nihiliste des valeurs supérieures de la culture et écrasement de l’individu dans les régimes totalitaires –fascisme, stalinisme, maoïsme, castrisme, islamisme – et de manière plus générale dans tous les « régimes de mort » qui ont contracté un lien essentiel avec la mort. « Alors se découvre à nous cette vérité terrifiante : à la négation théorique de l’individu vivant dans le marxisme et dans les régimes qui s’en réclament, correspond son élimination de fait dans le système techno-capitaliste, système où le capitalisme est lui-même en voie de disparition au profit d’une libération complète de la technique et de son auto-développement. » Clin d'oeil
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jiheff



Joined: 05 Dec 2003
Posts: 291

PostPosted: 18 May 2004 20:30    Post subject: Reply with quote

Bah paraît que c'est Engels, le pote à Marx qui aurait tout écris Clin d'oeil
Merci pour cette fiche qui est un peu Choqué , et qu'il faut que je relise.
_________________
Objectif décroissance.


Last edited by jiheff on 20 May 2004 20:57; edited 1 time in total
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 19 May 2004 21:34    Post subject: Reply with quote

Ouai, c'est un peu Choqué même après avoir écrit la fiche, il a fallu que je la relise vraiment pour que je comprenne un peu ce qui j'y avais écrit... Très content
En fait l'intuition de Marx est géniale : la seule réalité véritablement existante que l'on ne peut mettre en doute : On est vivant ! bordel de m...(C'est Descartes qui en a eu l'intuition le premier) Fichtre on ne doit jamais l'oublier, on a un corps, une subjectivité, et il y a que ça de vrai ! quoique nous dise tous les arracheurs de dents. C'est bête comme ça mais c'est ça la révolution : une idée simple ! Le " travail ", valeur suprême du capitalisme, n'est nullement quelque chose d'objectif comme le pense la théorie économique classique qui part d'une mauvaise anthropologie. Le seul travail concret et véritablement existant : c'est le travail subjectif de nos corps vivants. On est des êtres corporéisés bordel ! On souffre dans sa chair , dans un pathos qu'on est seul, de par son épreuve même, à pouvoir y coller des mots dessus. Personne n'a rien à nous dire sur cette épreuve archi-personnelle. Ainsi la notion de " salaire " est une aberration, puisque le travail est un rapport au corps subjectif.
La force du capitalisme c'est alors sa capacité, tel un vampire suçant le sang de ses victimes (la métaphore est de Marx), d'imposer ce contrôle rationnalisé et objectivé, du travail subjectif des corps vivants. C'est ça l'aliénation ! La capitalisme est donc un système économique qui tue ce que sont concrétement, en chair et en os, les vivants. Le capitalisme est alors pour Marx comme pour Michel Henry, et pas seulement d'un point de vue métaphorique, un " système de mort ", au sens radical de ce terme.

Sur la filiation Engels-Marx, je connais pas l'histoire dans les détails. M. Henry dit juste à son propos, qu'Engels aurait mal interprété l'oeuvre de son ami. D'où les dérives théorisantes et abstratives des marxismes (qui parlent que de structures, infra-supra-superstructures...), alors que Marx à juste dit quelque chose de très concret, de très simple finalement. Cependant, même quelques ex-marxistes qui ont été convaincu par l'analyse henryenne de Marx, trouve un peu fort qu'un ami très proche de Marx n'est rien compris à son oeuvre... La critique de M. Henry est peut-être un peu forte. Cependant M. Henry ne fait pas une analyse historique, mais étudie seulement les idées. Et en comprant les textes de Marx à ceux de Engels, il ne retrouve pas chez Engels (puis chez tous les marxistes) l'intuition originaire de Marx. Marx n'aurait jamais accepté la révolution de 1917, et encore moins les totalitarismes (léninistes, staliniens, castristes...) puisqu'ils ont pour adversaire même, l'intuition génaile de Marx : on est des individus, des corps subjectifs, des chairs, de l'affectivité. Et tout principe véritable d'une politique, au sens fort du terme, ne peut être que la défense de ces manifestations transcendantales de la vie. Bon Voilou, j'arrête.

PS :(comme toujours je pars dans l'idée d'écrire quelquechose court, et puis... Clin d'oeil )
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 28 Jun 2004 17:59    Post subject: Reply with quote

Extrait sur le Marx de Michel Henry.

Bon, je vous met un passage de Michel Henry à propos de l'oeuvre de Marx - qui est bien plus limpide que quand c'est moi qui en parle Clin d'oeil -, qui m'a, moi, complètement convaincu de la pertinence de ses analyses... en espérant qu'elles réussiront à vous convaincre de la puissance et de la richesse, dévastatrice et " décroûtante ", de cette pensée qui donne un grand coup de dent dans tout le mobilier qui nous sert encore de structure de pensée... Pour aller véritablement " au fond des choses même ". Roulement des yeux

" Je vais maintenant essayer de montrer comment toute la problématique de Marx repose sur [ une philosophie de la vie ]. Je ne parle évidemment pas de ses textes secondaires, des ouvrages écrits pour des journaux ou des manifestes politiques, je parle des textes fondamentaux, et notamment des derniers manuscrits économiques. Pour le dire brièvement, Marx a cerné le problème de la vie sous la forme de ce qu'il appelle le " travail vivant ". A partir de Grundisse et des manuscrits qui suivent Le Capital, ce travail vivant présente des caractères précis : il est vivant, il est subjectif, il est réel et il est individuel. Ce qui est fondamental pour Marx, c'est le travailleur, et celui-ci est défini comme un être vivant, c'est-à-dire subjectif. Mais il s'agit d'une subjectivité absolument radicale, une subjectivité pathétique. Dans la mesure où il est vivant, individuel et réel, le travail n'est rien d'autre qu'un effort souffrant. Ces présupposés étant admis, Marx va les confronter au problème crucial de l'économie. Economie voulant dire deux chose : d'une part cette science que l'on appelle économie politique et qui est une science humaine, d'autre part la réalité qu'étudie cette science, c'est-à-dire la réalité des objetc économiques.

Le problème sur lequel je vais concentrer mon analyse est celui de l'échange des produits. C'est l'un des problèmes les plus difficiles qu'ait eu à résoudre l'humanité et ce, il est intéressant de le noter, dès l'origine. L'humanité a en effet commencé lorsque les hordes ont échangé leurs produits au lieu de s'éliminer systématiquement. Elles ont alors fini par réseoudre pratiquement ce problème essentiel. Il paraît très simple d'échanger des marchandises. Une tribu située par exemple au bord de la mer arrive à extraire du sel des marais salants. A côté d'elle, dans la forêt, une autre tribu tue des bêtes et confectionne des vêtements avec leurs peaux. Un jour, au lieu de se massacrer, ces tribus se regardent et plutôt que scruter leurs armes elles sont attentives à ce qu'elles ont dans la main. Elles vont dès lors échanger du sel contre des peaux de bêtes. Or, le problème que pose cet échange est quasiment insoluble. Quelle est en effet la proportion selon laquelle on va échanger ce tas de peaux de bêtes contre ce tas de sel ? L'époque historique de cet échange est sans importance puisque ce n'est pas un problème historique, mais un problème philosophique, un problème de possibilité interne. Que l'échange ait eu lieu il y a cent mille ans ou deux cent mille ans n'a aucune espèce d'importance, le problème, je le répète, est celui de sa possibilité. Dans cet échange les uns ont proposé un tas de sel et les autres un tas de peaux de bêtes et les deux chefs ont estimé les proportions en ajoutant ou en retranchant un peu de chaque côté. Mais que soupesaient-ils ? Les produits qui vont devenir des marchandises sont en effet qualitativement et quantitativement différents, il n'y a aucun dénominateur commun entre eux. Quelle est leur mesure ? Il n'y en a pas. Dans leurs regards s'effectue pourtant une évaluation : combien de travail ces produits ont-ils coûté ? C'est-à-dire combien de souffrance ? Ils vont alors échanger le travail vivant exigé par ces produits.

Telle est la solution que fournit l'économie politique au début du XVIII siècle. L'échange des marchandises - ce qui devient marchandise dans l'échange - est en réalité l'échange des travaux qui ont produit ces marchandises. Et c'est là que se manifeste le génie des grands penseurs. Cette solution extraordinaire est en fait pour Marx une aporie qui ne fait que créer une difficulté supplémentaire. Pourquoi ?Parce qu'il est plus difficile d'échanger des travaux que des produits concrets. Comment est-ce donc possible ?.

Il est possible de qualifier ces marchandises : il peut s'agir par exemple de peaux de bêtes de qualité médiocre ou de très bonne qualité. tant que l'économie politique croit que le travail est quelque chose d'objectif, que l'on peut mesurer et quantifier, il suffit de dire : tant de quantité de travail de telle qualité d'un côté, contre tant de quantité de travail de telle qualité de l'autre de l'autre. Oui, mais pour Marx le travail ne se réduit pas à cela. Il est réel, vivant, subjectif et individuel. Et j'ajoute qu'il est invisible, non mesurable, inqualifiable et inquantifiable. Marx le dira jusque dans ses textes politiques puisqu'il se posera la question de savoir comment on peut donner le même salaire à des travailleurs qui n'ont pas fait la même chose. Ils n'ont pas fait la même chose puisque les uns sont forts et les autres faibles, et les forts ont fait leur travail avec plaisir tandis que les faibles l'ont fait dans la souffrance. Comment voulez-vous alors échanger du plaisir contre de la souffrance ? Il est par conséquent absolument impossible de comparer les travaux vivants dans leur réalité, c'est-à-dire ces vies invisibles, incernables, inqualifiables, inquantifiables, dont chacune est unique et incomparable à toutes les autres. Nous nous trouvons dans une sorte d'aporie.

Marx explique que les économistes ne savent pas au fond ce qu'est le travail. En se servant d'une notion existante, c'est-à-dire d'un travail quantifié de telle catégorie qui dure par exemple huit heures, ils ne réussissent pas à résoudre le problème parce qu'ils fonctionnent au niveau des objets écoomiques. Ils ne voient pas en effet que le travail par lequel ils expliquent l'économie est un objet qui n'existe pas dans la réalité. Il y a chez Marx quelque chose d'abyssal : il a génialement compris que les objets de sciences n'existent pas dans la réalité et qu'il doit y avoir par conséquent une genèse transcendantale de leur possiblité, au même titre que l'origine de la géométrie est la possibilité logique de la constitution d'un objet idéal qui n'existe pas dans la nature. Marx va alors résoudre le problème de l'échange à partir d'une réalité qui est d'un tout autre ordre, celle du travail vivant réel, subjectif, inqualifiable, invisible.

Telle est la tâche de la philosophie : être au fondement d'une science pour chercher le préalable des objets sur lesquels elle réfléchit. Et ce préalable est la genèse transcendantale de ces objets. Si, aux yeux des phénoménologues, les sciences sont naïves, c'est parce qu'elles considèrent leurs objets comme des en-soi. Elles ne se rendent pas compte que ceux-ci supposent une sorte de trajet transcendantal tout à fait complexe et extraordinaire qui seul peut leur donner un sens. Si cette généalogie transcendantale des objets n'est pas établie, on ne sait plus de quoi il s'agit. c'est pourquoi Marx va dire que l'on parle du travail dans l'aveuglement.

En économie politique cette genèse transcendantale est pour Marx le travail vivant. L'idée que la réalité n'est pas économique est un thème récurrent chez lui. Jouer du piano, courir, déployer son corps n'est pas économique. Ni la réalité de la nature, ni la réalité des corps vivants, ni même celle des objets ne sont économiques pour Marx. Et la réalité de la société n'est pas plus économique qu'elle n'est géométrique ou mathématique. On a fini par le croire à force d'établir des modèles mathématiques, mais c'est complètement absurde. Il existe, je le répète, un clivage très net entre la pensée de Marx et ce qu'on lui fait dire. C'est ainsi que dans le marxisme, mais aussi dans d'autres disciplines influencées par le marxisme, la sociologie notamment, on prétend que la réalité est la réalité sociale et que l'individu est déterminé par cette réalité socio-culturelle. Or, Marx se moque radicalement de cette thèse. Avez-vous déjà vu la société en train de faire quelque chose ? Quelle est cette tierce personne que l'on appelle société ? Pour qu'il y ait une société, il faut des hommes et pour Marx ces hommes sont des individus vivants, concrets. "

Extrait d'une Conférence prononcée à l'université Paul-Valéry à Mtp, le 12 décembre 1996. Reprise dans Auto-donation Numéro spécial de la revue Prétentaine.

Nia pas mal ! non ?
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Charlotte



Joined: 07 Apr 2006
Posts: 34

PostPosted: 17 Apr 2006 14:09    Post subject: Reply with quote

En fait, Henry se sert de la phénoménologie pour faire une lecture anti-marxiste de Marx. Tandis que Husserl critiquait les sciences - l'objectivation de la nature qui engendre son automation (ou disons plutôt, la perte de vue de sa fondation génésique transcendantale) en tant que système physique, d'où la subjectivité est finalement exclue -, Henry critique l'économie d'abondance, où la marchandise semble également douée de vie.

Il y a des points de contact évident entre le Marx de Henry - anti-utilitariste, anti-historiciste, anti-matérialiste, etc. - et celui de nombreux groupes dissidents de la gauche ultra ou de francs-tireurs, comme Maximilien Rubel. De ce dernier, voir par exemple Marx crtitique du marxisme, éd. Payot, 1974 (peut-être a-t-il été réédité?).

Savez-vous si les deux livres de Henry sur Marx sont toujour disponibles? Ou réédités?
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bolsse



Joined: 01 Dec 2005
Posts: 27

PostPosted: 19 Apr 2006 14:56    Post subject: Reply with quote

J'imagine que tu peux trouver ces chefs d'oeuvres dans n'importe qu'elle bonne librairie ou dans ta boboliothèque municipale.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 20 Apr 2006 14:32    Post subject: Reply with quote

oui les deux ouvrages d'Henry sur Marx sont toujours disponibles. Mais ils seront en plus réédités par les PUF dans 2 ou 3 ans, à ce que j'ai entendu dire.

voir aussi Denis Collin, " Sur le Marx de Michel Henry " : http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/henry.htm

Sinon la fiche de lecture " officielle " des 2 volumes du Marx henryen est là (mais bon attention migraine assurée...) : http://www.michelhenry.com/marx.htm
Tome 1 : http://www.michelhenry.com/marx2.htm#tome1
Tome 2 : http://www.michelhenry.com/marx3.htm#tome2


D'après les propos que l'on entend souvent sur l'ouvrage de M. Rubel dont tu parles, cet auteur me semble en effet bien alléchant. Un livre que j'aime beaucoup (car il est de la trempe de ces textes polémiques qui marquent) et qui doit être un peu dans la même veine : D. bensaid, JM Brohm (et une troisième personne?), Contre Althusser, Pour Marx. Sinon en effet, le marx henryen après un silence assourdissant dans les milieux de l'utlra-gauche pour cause de christianiisme affiché chez henry, commence a y pénétrer, car il est comme tu dis anti-hitoriciste, anti-utilitariste, anti-matérialisme, etc . Henry rejoint donc ceux (Sorel, Croce, etc) qui dans les années 1890 avaient pris leur distance avec le Marx postiviste des marxistes, mais (il me semble) que la force de l'interprétation henryenne s'est quelle explicite de façon profonde, érudite (j'ai rarement vu un auteur marxien qui arrivait à faire corps avec le texte de Marx comme le fait henry) et originale le coeur de ce qu'avaient voulu dire les Sorel, Croce, etc. Les éditions sulliver qui ont l'essentiel de leur catalogue dans la veine des textes situationnistes, viennent en février 2006 de publier leur premier ouvrage d'entretiens (donc d'un accès faciles) avec henry pour le faire connaitre à leur public. Le philosophe Alain David qui depuis longtemps se désespère devant le silence assourdissant qu'il y a autour de cette oeuvre dans l'ultra-gauche, vient récemment de pousser un long soupir de soulagement. Enfin on va pouvoir ressortir Marx de son tombeau ! Clin d'oeil

Le " marxien " qui porte aujourd'hui l'interprétation henryienne de Marx (même si Lucien Sève lui aussi, voire Bensaid disent partagés bien des choses avec henry) est par exemple Jean-Marie Brohm le fondateur dans les années 80 de la sulfureuse revue Quel Corps ? et de toute la critique contre le sport de compétition. Brohm vient de publier son dernier ouvrage appeler La Tyrannie sportive chez Beauschene dont Le Monde libertaire (6-13 avril) a fait une belle recension qui fait saliver celui qui aimerait en savoir plus. bref aperçu de la critique du sport en tant qu'opium du peuple : http://www.decroissance.info/Sport-et-decroissance-Paris-2012
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Yog



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Posts: 553
Location: Neverwhere

PostPosted: 01 May 2006 13:48    Post subject: Reply with quote

Ceci est un hommage :

Quote:
Dans notre tradition philosophique, telle que l'imposent les quelques milliers d'ouvrages qui la contiennent matériellement, une inversion de sens a donc fait que les philosophes ne nous invitent plus à comprendre que leur propre système. Or, un système philosophique n'est pas fait pour être compris: il est fait pour faire comprendre.


Jean Francois Revel

J´ai trouvé que ca irait bien là M. Green
_________________
Travailler mieux pour vivre mieux.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 02 May 2006 16:56    Post subject: Reply with quote

en tout cas, qu'est-ce qu'on se sent mieux sans Jean-François ! On sent la philosophie se pousser des ailes M. Green
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Catarineta Tchi Tchi



Joined: 01 May 2006
Posts: 77
Location: 78/91/28

PostPosted: 05 May 2006 15:12    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:

PS :(comme toujours je pars dans l'idée d'écrire quelquechose court, et puis... Clin d'oeil )


Ah non ! Cela aurait été dommage de couper cette approche...
Merci d'ailleurs !
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 02 Nov 2006 22:21    Post subject: Reply with quote

Guy Debord répondait ceci à la question " qu’est-ce que le situationisme ? " : « Notre temps va remplacer la frontière fixe des situations limites que la phénoménologie s’est complue à décrire, par la création pratique des situations qui va déplacer en permanence cette frontière avec le mouvement de l’histoire de notre réalisation. Nous voulons une phénoménopraxis. Nous ne doutons pas que ceci sera la banalité première du mouvement de libération possible de notre temps », in « Questionnaire », G. Debord, Œuvres complètes, Gallimard, Quarto, 2006, p. 1057-1058. Avec une amie, aline, il nous a semblé depuis maintenant un bon moment (2001 je crois) - et on a pu que maigrement convaincre quelques militants post-anarchistes individualistes ou post-situ -, que le projet situationniste exprimé ici s’illustre parfaitement dans la proposition faite par la « phénoménologie matérielle » de Michel Henry qui place la vie de la praxis au centre de toute sa réflexion. Les deux volumineux tomes de son Marx, sont la réflexion même sur cette phénoménopraxis qu’Henry appellera plutôt « phénoménologie matérielle » (voir Phénoménologie matérielle, Puf, 1991). Il faut reconnaître qu’à part les éditions Sulliver (qui ont un gros catalogue situationniste/libertaire) qui ont véritablement saisi l’enjeu fondamental de l’œuvre de Michel Henry pour la pensée radicale - en publiant en 2005 un recueil d’entretiens de ce philosophe pour le présenter enfin ( !) aux milieux libertaires -, son accueil au sein de l’ultra-gauche brille encore par son absence totale ou alors il est réduit à des cercles très restreints d'agrégés et universitaires depuis longtemps en rupture de ban. Un Christophe Bourseiller se trompe hélas en allant humer l'air du côté de Heidegger, incontournable pourtant pour saisir les phénoménologies post-husserlienne et post-heideggerienne. Et pourtant avec la perspective de la phénoménologie matérielle, Anne Henry a bien raison de souligner ce que Jean-Marie Brohm et Magalie Uhl ont décrit comme une façon de « philosopher en un sens radical » : « Quant à de jeunes insurgés qui défilaient un jour sur un boulevard, ils avaient brisé la vitrine d’une librairie pour n’y piller que les exemplaires de son Marx. Michel Henry avait raison de faire confiance à l’avenir ! », in Auto-donation, Entretiens, Beauchesne, 2006, p. 202. Ne vous laissez plus bâillonner, pillez Michel Henry !

La lecture d'Henry n'est pas si difficile si l'on prend les recueils d'entretiens oraux du philosophe :

- Michel Henry. Entretiens. Sulliver, 2005.
- Michel Henry. Auto-donation. Entretiens et conférences, Beauchesne, 2005. (Une magnifique conférence sur " La philosophie de l'argent " où tout est dit sur l'économie mortifère).
- Le colloque de 2003 de Montpellier vient de paraitre également avec plusieurs contributions sur son Marx. http://www.editions-beauchesne.com/product_info.php?products_id=641

Avec notamment l'article de Jean-Marie BROHM " Michel Henry, une lecture radicale de Marx ", qui est une intervention musclée et intempestive contre l'ossification religieuse marxiste et néo-marxiste.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 04 Jan 2008 18:56    Post subject: Reply with quote

Les 22 et 24 février 2007 a eu lieu un colloque au Musée des Arts modernes à Paris " Guy Debord et la société du spectacle " avec une allocution d'un professeur de philosophie Jean-Philippe Milet (lycée Paris) " La praxis aveugle : Debord, Marx, Henry" . http://www.parlement-des-philosophes.org/debord.html Une version MP3 de cette allocution est présente ici http://www.parlement-des-philosophes.org/audio18.html Chez moi le fichier audio est très mauvais. Milet rapproche Marx, Debord et Henry dans leur opposition commune au voir (et montre bien que Debord reste au milieu du guet par rapport à Henry qui lui tire toujours jusqu'au bout les conclusions *), en prétendant s'éloigner de tous trois parce qu' il prétend que le voir se fait praxis. Ahh la " liberté du regard "... " Remettre le consommateur au centre du monde "... " apprendre le séjour du visible "... C'est marrant on se croirait de retour dans la première moitié du XIXe siècle.

* Jappe montre bien dans sa biographie-analyse de Debord, (Denoel 2001) qu'il y a toujours malgré tout un attachement à la conscience chez Debord, et d'abord parce qu'il pose la praxis révolutionnaire comme saisie de la conscience, comme prise de conscience. alors qu'Henry a montré que non, c'était plus possible, si l'on part d'une praxis première qui est en-deça du voir, de l'intuition, etc. Debord est resté là au milieu du guet, et a donc soutenu le conseillisme.

Ba, sinon Meilleurs voeux à tou(te)s.

PS :

- une nouvelle édition va être publiée Du communisme au capitalisme : théorie d'une catastrophe, ouvrage qui répète et approfondi certains thèmes des deux tomes du Marx de Henry. Avec notamment un retour sur la question de la technique.

- Parution du numéro 19, 2007, de la revue Le Portique intitulé Philosophies de l’argent avec, notamment, un article de Frédéric Seyler : " L’argent, double irréel de la vie : sur l’analyse de l’argent dans la phénoménologie de la vie de Michel Henry " (sur ce thème de l'invention de l'argent, le texte d'Henry, " Penser philosophiquement l'argent " http://www.decroissance.info/Penser-philosophiquement-l-argent )

- Bruce Bégout, le phénoménologue orwellien idole aujourd'hui de Jean-Claude Michéa (il a fait une très bonne interprétation husserlienne de la " common decency " d'Orwell. cf. pour la référence bibliographique le dernier Michéa), vient de publier Pensées privées, catalogue de réflexions personnelles et un peu déconstruites (mais pour une fois c'est agréalable de voir un philosophe se livrer au jour le jour), et qui vient notamment discuter la pensée d'Henry. avec quelques passages intéressants sur son Marx.
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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