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Marx et le marxisme selon Michel Henry.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 05 Jan 2008 19:50    Post subject: Reply with quote

Clement Homs wrote:
il prétend que le voir se fait praxis.


C'est parce qu'il se fourre le doigt dans l'oeil Clin d'oeil
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 06 Jan 2008 0:23    Post subject: Reply with quote

Quote:
C'est parce qu'il se fourre le doigt dans l'oeil Clin d'oeil


MDR! Excellent!
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proctophantasmist



Joined: 28 Jan 2008
Posts: 17

PostPosted: 29 Jan 2008 7:18    Post subject: Reply with quote

Ce qui s'est passé ,selon Henry,c'est que les textes de Marx supposés exposer ce fondement méta-economique de toute economie possible comme la critique de la philosophie de l'etat de Hegel ou l'idéologie allemande n'ont été publié à titre posthume que dans les années 1927-33 ce qui fait que le marxisme se serait développé dans l'ignorance complète de ces textes décisifs qui mettent à jour une ontologie radicalement nouvelle;au fond,le marxisme ne serait qu'un hegelianisme renversé qui partirait des memes présupposés ontologiques :matérialisme,idéalisme meme combat en somme:la critique du marxisme par Marx serait déjà entierement contenue dans la la première des thèses sur Feuerbach:"le défaut de tout le matérialisme passé...."(à nuancer tout de meme car dans l'exposé de cette thèse Marx montre bien qu'il n'y a pas de symétrie stricte entre le matérialisme "des temps passés" et l'idéalisme hegelien celui-ci étant bien à la différence du matérialisme de Feuerbach une ontologie de l'action mais et c'est là son caractère illusoire de l'action d'un universel,de l'Idée.";simplement l'action dans le marxisme deviendra celle de structures objectives à valeur universelle comme "les classes sociales" ce qui au fond présuppose la meme ontologie que celle de Hegel)
Cependant,il y a quelquechose qui me tracasse quand meme dans la lecture que fait Henry de Marx;en pensant la réalité comme étant constituée des individus vivants est-ce qu'il ne perd pas de vue la nature essentiellement relationnelle de la vie humaine telle qu'a voulu l'a penser Marx?
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proctophantasmist



Joined: 28 Jan 2008
Posts: 17

PostPosted: 30 Jan 2008 7:08    Post subject: Reply with quote

Je précise:comment interpréter dans le cadre de la lecture que fait Henry de Marx ,la 6ème des Thèses sur Feuerbach:"l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu singulier;en son effectivité cette essence est l'ensemble des rapports sociaux."
Ce que certains reprocheront à Henry c'est qu'en définissant la pensée de Marx comme une ontologie de la vie individuelle et subjective,il perd de vue le caractère fondamentalement trans-subjectif et relationnelle de l'agir comme étant le véritable naturant de l'histoire et partant de là Henry minimiserait la dimension révolutionnaire de la pensée de Marx sans laquelle Marx n'est plus Marx.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 30 Jan 2008 21:09    Post subject: Reply with quote

Salut proctophantasmist,

Quote:
Ce que certains reprocheront à Henry c'est qu'en définissant la pensée de Marx comme une ontologie de la vie individuelle et subjective,il perd de vue le caractère fondamentalement trans-subjectif et relationnelle de l'agir comme étant le véritable naturant de l'histoire et partant de là Henry minimiserait la dimension révolutionnaire de la pensée de Marx sans laquelle Marx n'est plus Marx


Question très intéressante, dommage que je suis en plein déménagement car il me manque du temps pour en discuter (le bouquin récent de Paul Audi, Henry aux Belles Lettres est revenu là-dessus en détails d'ailleurs). D'ici quelques jours j'irai mieux ! Clin d'oeil Tu as peut-être vu que prochainement Rolf Kuhn organisait un séminaire sur " Vie et travail " sur le Marx de MH, je penses que j'y serais. Cette question sera aussi au menu.
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 23 Feb 2009 16:12    Post subject: Reply with quote

Début d'un début d'une présentation assez générale.

La lecture de Marx par Michel Henry est particulière. D’abord, il ne se réclame d’aucune lecture précédent la sienne (ce qui souvent énerve). Il considère ainsi les différents discours sur Marx depuis deux siècles (en commençant par Engels), comme « l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ». Pourtant rien d'étonnant, dans la démarche philosophique propre à cet auteur (la phénoménologie), il s’agit d’une « mise entre parenthèses » des marxismes, bref « lire Marx pour la première ».

Dans cette démarche, il n’est certes pas le premier à vouloir détacher l’œuvre du décor dont on l’a fait captif. Cependant, l’originalité du projet henryen de lecture de l’œuvre-vie écrite par Marx, réside plutôt dans la tentative rationnelle de rendre compte chez Marx de l’essence de la réalité à partir de ses structures fondamentales. La thèse centrale dans la lecture henryenne s’énonce comme suit : on ne peut rien comprendre à Marx si l’on fait abstraction de la philosophie, de l’onto-phénoménologie, du philosopher en tant que tel, de Marx. En ne considérant plus Marx comme un simple théoricien du fonctionnement du capitalisme, un théoricien de l’historicité, du politique, etc., mais en le prenant pour la première fois au sérieux sur le plan de la philosophique première, c’est-à-dire réintégrer Marx dans l’herméneutique sérieuse, et notamment dans les UFR de la philosophie d’où il n’a jamais été considéré avec sérieux par les ontologues. Ainsi le projet est de considérer l’œuvre de Marx en elle-même et pour elle-même, indépendamment de tout critère et de toute finalité extérieures à son propre discours, dans sa densité la plus forte.

Difficile de résumer (et de manière à peu près compréhensible j’espère) les 500 pages du tome 1. Je m’y essaye quand même, seulement sur une partie (à poursuivre). Les connaisseurs voudront me pardonner mes imprécisions, raccourcis, voire mes fautes, celles-ci étant donc que de mon propre fait. Mon souci étant d’abord d’intéresser à lire sérieusement M. Henry, afin de pouvoir se l’approprier.

Pour Henry, Marx développe une philosophie de la réalité, non pas de la « réalité économique », mais de la réalité fondamentale de l’être en tant qu’être. Il s’agit donc d’interpréter Marx dans l’horizon de la réalité, de la vie. La vie pour H. étant une réalité qui échappe au pouvoir de l’objectivité parce qu’elle se dissimule dans les profondeurs irréductibles de l’individu humain et de sa dimension immanente. Une réalité exclusive de toute idéalité. Dans cette réalité première qu’est la vie particulière et individuelle, celle-ci n’a pas besoin du savoir objectif pour s’accomplir et se connaître, parce qu’avant tout l’horizon de la transcendance du monde, elle s’éprouve sans cesse elle-même dans une auto-affection immanente et se saisit dans l’immédiation d’une certitude de soi identique à elle-même (Voilà pour faire vite et - trop - simple. Voir pour fonder plus avant cela dans l’œuvre d’Henry, le meilleur moyen d’y entrer étant peut-être le livre Philosophie et phénoménologie du corps).

Ce principe ontologique va être central pour H. dans sa compréhension profonde des textes les plus philosophiques de Marx. Sa thèse ? L’ontologie de Marx possède continuellement un logos spécifique, une lumière intérieure, un mouvement interne qui se repli incessamment sur lui-même, une métaphysique concrète. Quelque chose meut le discours de Marx. Henry part donc à la recherche de son propre logos dans le tome 1 intitulé « Une philosophie de la réalité ». La perspective de Marx est considérée comme radicale, dans ce sens où, de nature ontologique, la pensée de Marx veut élucider ce qu’il appelle « l’être social ». Plus encore, elle est une quête de ce qui doit être compris comme la réalité. Elle est un « regard transcendantal » sur celle-ci (au sens de la phénoménologie : les conditions de possibilité et l’idée de fondement, en tant que principe qui existe d’abord en lui-même afin de fonder ce qui existe hors de lui).

Et l’originalité du souffle interprétatif henryen est celle-là : On ne peut comprendre la « philosophie de l’économie » chez Marx, sans comprendre au préalable sa « philosophie de la réalité » (exemple : comprendre son concept de « travail abstrait »). Ainsi, inutile de lire Le Capital, et de croire que l’on y comprend quelque chose. Si on veut véritablement saisir ce qu’il dit de l’économie, il faut comprendre ce qu’il dit de la réalité. Seul le concept d’un tel fondement découvert par Marx, rend possible et légitime un « travail critique » digne de ce nom. Car Marx n’a jamais été un économiste, et en quelque sorte il ne sera jamais compris par un économiste ou quelqu’un qui réfléchit simplement sur l’économie.

Et c’est ce concept de la réalité que Henry va découvrir minutieusement chez Marx (ce sont donc les 500 p. du tome 1), et qui va permettre dans les 500 autres p. du tome 2 d’élever la réflexion simplement socio-économique de Marx, à un niveau pour la première fois transcendantal, c’est-à-dire ontologique, et surtout qui échappe aussi bien à l’idéalisme métaphysique qu’au scientisme et au matérialisme. Ainsi dans cette perspective, il s’agira pour Marx d’élever par le « regard transcendantal », les phénomènes sociaux, politiques, économiques, etc. (qu’adorent toutes les sciences humaines qui ne réfléchissent jamais sur le fondement même de leurs propres objets d’étude), jusqu’au lieu originel de leur principe et de leur mouvement originaire. Au-delà donc du positivisme des « faits » et de la conscience abstraite de l’idéalisme, adulés dans un seul et mouvement par les dîtes sciences. Qui s’intéressera en effet au sexe même des « sociologues », des « anthropologues », etc. ? [1]

Pour une présentation générale de la lecture henryenne, c’est là disons rapidement, la démarche - ici aussi décrite dans sa manière la plus générale (on pourrait préciser davantage).

Tout aussi rapidement j’ébauche ce que dit le tome 1 : en gros, et en passant l’argumentation des 500 pages pour aller au résultat et à son bref parcours, l’être du fondement comme tel est compris chez Marx dans la notion de « praxis », qui est donc la catégorie ontologique reconnu par lui comme fondamentale, c’est-à-dire qu’elle est l’essence même de notre réalité. La philosophie de la réalité de Marx, est une « philosophie de la praxis ».

Pour comprendre profondément la signification de ce que veut dire Marx quand il dit « praxis », il faudrait venir en détail sur l’histoire de sa genèse dans les textes, notamment en se penchant sur la séquence des manuscrits de 1843 où le thème de la « praxis » apparaît pour la première fois, jusqu’au Thèses sur Feuerbach (surtout la première thèse) qui pour Henry marquent la rupture consommée avec l’Hegel et les sous-hégélianismes (Stirner, Bauer, Feuerbach…). Je m’en sens franchement pas le courage ici. Disons que Marx va dans cette séquence faire continuellement la critique de l’idée d’une séparation entre la raison d’être et de l’être en tant que tel. A la fin de cette séquence de réflexion, Marx ayant balancé par-dessus bord toute transcendance déterminant l’être, va développer son intuition d’une immanence radicale de l’être. La raison du réel résidera dans le réel lui-même et rien d’autre que lui. C’est cette immanence qui va être pour Marx le contenu même de la « praxis ». Voilà comment résumer des tonnes de pages ! Clin d'oeil

Ainsi, après avoir critiqué le devenir de l’Idéalité chez Hegel, Marx, porté par le même souffle, va critiquer la conception de l’activité pratique chez Feuerbach (qu’il adopte pourtant un moment dans les Manuscrits de 1844). Pour ce dernier, celle-ci est pouvoir d’ouverture du sujet au monde réel, elle est la capacité, dans l’intuition ou l’activité sensible, d’avoir hors d’elle-même un objet. On voit bien que ce matérialisme est la même chose que le spiritualisme, et Marx s’en rend finalement compte dans la première thèse sur Feuerbach. Désormais, Marx se dit, mais pourquoi toujours la réalité, le monde sensible, ne sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition ? Y'en a marre ! Ras le bol ! (attention, ceci n'est pas dans le texte M. Green ) Et pourquoi on ne pourrait pas les saisir eux-mêmes, « en tant que pratique, de façon subjective » (L’idéologie allemande). C’est là le grand renversement (qui fait qu’il serait absurde de rejeter en bloc le jeune Marx, supposé opposer théorie et pratique). La subjectivité en sa praxis vivante (qui donc est plutôt « corps subjectif »), constitue l’être même, elle est première, c’est elle le fondement de notre réalité en tant que condition d’être vivant dans notre vie, sans aucune possibilité de mise à distance entre elle et nous (nous-nous finalement. C’est donc aussi un rejet des vitalismes philosophiques, notamment romantique pour qui la vie est toujours principe universel, transcendant et impersonnel : il serait donc absurde de confondre « la philosophie de la praxis » avec cela). Le principe ne réside ainsi plus dans l’être de l’Idée, et la métaphysique qui stipule que être = pensée (conscience ou croyance), que la conscience et le savoir ont par eux-mêmes une portée ontologique (pas que fondamentale), vole en éclat. Tous les discours qui utilisent ces principes ne surnagent - s’ils ne coulent pas déjà – qu’à la surface des choses, qu’à la surface des formes phénoménales de l’être. Il faut donc faire replonger le sous-marin philosophique (ainsi éviter de commenter benoitement « l’actualité »). La réalité n’est plus une réalité objective, de l’ob-Jet. Au regard de ce principe d’être dans l’auto-affection permanente, aucune des dimensions sociale, idéologique, économique, technique, etc. de l’existence de l’homme dans le monde ne peuvent délimiter une sphère de réalité autonome, une « totalité », une « structure », un « principe explicatif » fondamental (c’est là justement le problème du statut ontologique de l’économique et du capitalisme, qui à mon sens me semble central). D’ailleurs, les sciences humaines interprètera Henry dans La Barbarie (PUF, 2005), parce qu’elles stipulent leurs objets d’étude comme des dimensions transcendantes et autonomisés à l’individu-de-praxis, sont des locomotives à hypostases abstraites qui ne forment que la réalité de ces dimensions sur celles-ci ; c’est-à-dire dans la critique plus générale du monde renversé, elles sont des « idéologies de la barbarie » car elles lui ressemblent et en sont le corrélat (voir ce chapitre là). Pour prendre un exemple, d’après cette philosophie de la praxis, réduire un individu à des déterminations sociales, est donc le propre d’une métaphysique spéculative : le sociologisme. On hypostasie l’être collectif en le fondant sur une Essence universelle.

Partant de là, les productions idéales (ou idéelles plutôt), ne sont en rien un principe d’être, c’est-à-dire qu’il faut toujours douter de la valeur ontologique que leur prêtent tant de monde. Elles sont d’abord, dans leur genèse, si l’on reprend le concept de praxis, de simples effets et de purs reflets de la praxis vivante des individus. Le savoir de la conscience n’est qu’une dimension seconde et dérivé de notre existence. Il est la « langue de la vie réelle » pour Marx. Qu’aujourd’hui les productions idéelles soient si souvent idéologiques, ne montrent finalement que cette capacité du savoir (et de la théorie) à accorder à ces productions un titre normatif absolu, au regard de l’oubli de sa genèse.

Ce long détour (mais trop bref, ne surtout pas hésiter à aller tâter le texte qui est plus riche évidemment) pour finalement aborder un point central un peu plus tard quand même, et débattu depuis quelques temps sur le forum. Si Marx dit qu’il faut remonter la réalité à son origine particulière dans la praxis, quelle marge de réalité faut-il reconnaître à la détermination économique (par exemple) ?

C’est justement à cette question ontologique que veut répondre la théorie marxienne de la valeur (qui finalement a peu à voir avec celle de Ricardo, avec laquelle maladroitement on la confond depuis la nuit des temps). Si l’économie existe autour de nous, quel est donc son fondement méta-économique dans justement la « praxis » ? C’est-à-dire quel est sa genèse transcendantale dans l’ordre de cet être fondamental (qui ne serait donc plus l’être de l’idéalisme, du matérialisme, etc.) ? C'est donc au regard de sa philosophie première de la praxis, et de la critique radicale de tous les autres principes d'être, que Marx va essayer de comprendre la genèse transcendantale de l'économie.

Sans anticiper la suite de l’interprétation, Marx répondra que le problème fondamental de cette genèse de l’irréalité économique dans l’être de la praxis qui structure la réalité, est que justement « le travail n’a pas de valeur » (Fondements de la critique de l’économie politique, 1967, p. 243)

à suivre...

-----------

[1] Si d'ailleurs ! Sourire voir Magalie Uhl et Jean-Marie Brohm, Le sexe des sociologues. La perspective sexuelle en sciences humaines, La Lettre volée, 2003. Voir surtout une M. UHL, Subjectivités et sciences humaines. Essai de métasociologie, Beauchesne, 2005.
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De passage
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PostPosted: 23 Feb 2009 17:09    Post subject: Reply with quote

Après cette présentation très dense, il y a un point qui que tu n'as pas abordé et qui est celui de la dialectique.
La pensée de Marx c'est aussi la pensée dialectique, la pensée des contradictions non? Même s'il est évident que Marx n'est pas à l'origine de la pensée dialectique, il l'utilise tout de même d'une façon inédite et cela me semble jalonner aussi toute l'histoire de sa pensée. Quel statut a donc la dialectique chez M. Henry? N'est-ce pour lui qu'un point de méthode? Parce qu'on pourrait essayer aussi de penser la pensée de Marx comme étant peut être fondamentalement une pensée de la contradiction aussi bien que comme une pensée de la vie.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 04 Mar 2009 19:29    Post subject: Reply with quote

pas facile comme question parce qu'il faudrait parler de manière assez précise quand même pour développer la thèse d'H., c'est touffu comme sujet. j'essaye de me replonger dedans (la question est traitée notamment dans le tome 1).

en tout cas, oui, pour Henry, la dialectique n'est en effet pas une question de méthode, c'est un processus réel , faut-il encore trouver son fondement (la vie concrète comme pouvoir de monstration de la phénoménalité, est elle même dialectique), et là, H. revient sur le texte de Marx justement pour " clarifier " le concept de " dialectique " à partir de Marx. Il cherche à arracher réellement le concept de dialectique à une essence abstraite pour la fonder dans la praxis même. Car justement Henry pense que ce qui est compris comme le " matérialisme dialectique " (qui est le seul fait d'Engels et Lénine) est justement similaire à la dialectique idéaliste d'Hegel, et que Marx l'avait lui-même compris (première des Thèses sur Feuerbach et L'idéologie allemande où la mythologie de l'essence historique est passée par dessus bord pour n'affirmer que la philosophie de la praxis).
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kazh ar c'hoad



Joined: 23 Dec 2008
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PostPosted: 04 Mar 2009 21:03    Post subject: Reply with quote

Kobayashi dans le fil "Bibliographie sur l'analyse critique de l'économie" :

Quote:
De manière générale on peut me demander des photocopies des articles de Henry ou de ses commentateurs.


Ca m'intéresse oui !
Tu peux envoyer par mail ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 07 Apr 2009 12:19    Post subject: Reply with quote

La dialectique dans le Marx de M. Henry.


j'ai quelques jours de " re-création de la force vitale " devant moi, et je me suis replongé aujourd'hui dans le rapport à Hegel.

Pour dire d’abord de manière un peu générale, comme sur d’autres problématiques que celle du traitement de la « dialectique », l’interprétation henryenne touche à la question de l’élucidation des concepts clés chez Marx. « Interpréter » pour Henry, c’est donc surtout saisir et mesurer la portée véritable et ultime de l’horizon référentiel d’ordre conceptuel et sémantique qui se dissimule dans le discours philosophique de Marx. C’est-à-dire qu’au travers d’une étude des concepts clés – « idéologie », « dialectique », « praxis », « aliénation », « valeur », « capital », etc. -, il recherche le corrélat effectif de ces concepts dans la réalité, et son propos est justement de démontrer que c’est là même - cette démarche intellectuelle -, ce qui est le propre de la pensée de Marx [1].

Je ne sais trop comment attaquer. Le traitement de cette question de la « dialectique » est d’ordre généalogique chez Henry. H. va dévoiler l’enchaînement rationnel de cette question chez le jeune Marx (texte après texte, notamment ceux de la séquence d’écriture 1842-1845), il cherche à refaire l’enchaînement conceptuel avec Marx – comme s’il était à côté de lui - , pour remonter par-delà Marx et Hegel, jusqu’à la signification originelle de la dialectique menant ainsi à terme la pensée même de Marx : C’est-à-dire, en l’arrachant définitivement à la métaphysique idéaliste et matérialiste (au marxisme à l’occasion), jusqu’à la clarification complète de son concept de « dialectique ». L’objet de la réflexion sur cette question est donc faire une définition rigoureuse du concept de dialectique, déterminer son adéquation formelle à son objet réel, et par là élucider sa portée ontologique exacte, puisque c’est quand même là le présupposé du concept : c’est le concept de ce qui se voudrait le changement en général (c’est là la structure même des concepts de « prolétariat » et de « révolution » par exemple). J’affirme la thèse d’abord avant de définir quelques contours de sa démonstration et de ses résultats, sachant que les connaisseurs qui passeraient par là pourraient me pardonner parfois mon inexactitude quand à cette présentation, je me suis vite rendu compte que présenter cette question demanderait en fait un véritable travail de mémoire pour toute une année :

Affirmer que la pensée de Marx s’identifie à la dialectique matérialiste du « matérialisme historique » est une ineptie. Non seulement Marx a identifié la dialectique matérielle à la dialectique idéaliste d’Hegel, mais les étant et entités historico-socio qui étaient censé remplacer les idées d’Hegel dans sa dialectique, sont tout autant des abstractions à ses yeux (cf. le chapitre « La réduction des totalités »). Mais avec sa philosophie de la praxis, Marx laisse entrevoir le dépassement de la dialectique et sa refondation complète au sein d’une immanence, refondation non pas comme essence abstraite mais enfin comme processus réel. Henry prétend alors achever la pensée de Marx dans cette refondation en déroulant jusqu’au bout toute la bobine. Henry, prétend que c’est Marx encore qui parle à la toute fin, certains philosophes et de ses élèves en doutent, on pourrait plutôt penser que Marx était à la fin un peu perdu sur ce sujet. Disons alors que Henry a clarifié cela, et magistralement. Voilà, à gros boulets, la thèse.

Je peux avancer la thèse un peu autrement. Certes le jeune Marx succombera à la dialectique idéaliste hégélienne qu’il ne fait que réviser, mais pourtant, démontre Henry, dans L’idéologie allemande, Marx finira par dénoncer vigoureusement ce charme qui l’avait un moment ensorcelé. Et finalement après avoir un temps repensé la dialectique, il ne lui donnera qu’un rôle secondaire. Car au fur et à mesure que Marx s’éloigne de l’hégélianisme (cependant elle resurgira toujours dans les textes politico-journalistiques et pas seulement, quand Marx se retrouvera devant des forêts de réalité qu’il n’a pas eu le temps de défricher), Marx ne pense plus l’essence de la réalité comme étant dialectique, il ne pense plus que la dialectique en elle-même et comme essence idéaliste, est l’auto-mouvement du réel, fondateur de ce réel dans la négativité même. Marx va donc finir par rejeter l’idée que le fond des choses est un mouvement unique, une puissance universelle, un « processus ». C’est alors qu’il va redéfinir radicalement la dialectique, il ne pensera plus que la contradiction, l’opposition, sont en fait premières, justement parce qu’elles ne sont pas posées par elles-mêmes, ce que je définirai un peu après. Voilà donc pour ce qui serait le mouvement général de l’interprétation de Henry.

1. Dénonciation de l’essence abstraite de la dialectique.

Comme le note Lukacs (Le jeune Marx, Passion, 2003), dès 1840 Marx cherche à se détacher d’Hegel, et refuse le geste « jeune hégélien » (groupe de fans) consistant à distinguer entre un Hegel ésotérique, fondamentalement révolutionnaire et athée, et un Hegel exotérique, docile aux puissances politiques de son temps (la distinction que fait Jappe et Kurz pour Marx, vient de là, c’est une sorte de « détournement », leur lecture est elle-même très hégélienne, ce qui est totalement revendiqué par eux). Cependant, au début encore, la critique du système hégélien ne vise chez Marx ni son idéalisme, ni les contradictions méthodologiques de la dialectique idéaliste. Chez le jeune Marx, l’anthropologie de la séquence 1842-1844 est ainsi dominée encore par le concept feuerbachien d’essence générique (gattungswesen). C’est le concept d’ « Homme », et c’est ce concept qui nourrit finalement le concept de « prolétariat » dans la dialectique marxiste/marxienne. La conception marxienne du « prolétariat » (similairement donc au concept d’« homme » chez Feuerbach) n’est ainsi qu’une manière de cristallisation de la réalité essentiellement pensée comme « sociale », « transindividuelle », « universelle », comme chez Hegel/Feuerbach. En réalité, ce que Marx comprendra plus tard, on reste là dans la métaphysique de l’universel et des totalités que sont « Etat », « société », « classe », etc. (métaphysique qui finira au XXe siècle dans l’idéologie structuraliste), c’est-à-dire l’idéalisme hégélien. Il y a donc un continuum entre le concept d’homme chez le jeune Marx et la métaphysique hégélienne. Et le contenu du concept de prolétariat, qu’est l’essence de la dialectique, est renvoyé donc à la dialectique hégélienne (c’est l’universel). Entre les marxismes (dont le « matérialisme dialectique » d’Engels/Lénine) et l’hégélianisme, il y a alors une continuité complète et totale (comme d’ailleurs pour H. avec Michel Foucault qui finalement a fait du sous-Hegel) : La dialectique, dans le « matérialisme historique », a été simplement étendue/transférée par le marxisme, avec les mêmes présupposés hégéliens, à la nature (aux étants), ainsi qu’à des entités historiques et sociopolitiques. Dans l’idéologie marxiste et ses totalités abstraites (classes, lutte de classes, prolétariat, etc. : au titre des principes de l’ « histoire »), la dialectique, en tant que mouvement de l’essence libératrice du négatif dans le pli interne de son auto-négation, reste le rythme et la pulsation de l’idéalité et de son procès ontologique, c'est-à-dire ce qui scande chez Hegel le devenir de l’Esprit et la conquête du Savoir absolu (le must). Il y a donc identité et non différence, entre la dialectique idéaliste et la dialectique matérialiste. Que ce soit l’esprit, l’homme, le prolétariat et les autres totalités abstraites du « matérialisme dialectique » (par exemple, la « classe », c’est le « genre » de Feuerbach, qui lui-même est l’universel d’Hegel), la dialectique reste toujours comme l’écrit Henry, « le concept de l’action tel qu’il se définit à l’intérieur des présuppositions ontologiques de l’hégélianisme » [2].

Or justement, Marx a fini par comprendre cela et s’en insurge en le démontrant. Ainsi le troisième Manuscrit de 1844 préfigure déjà la première Thèse sur Feuerbach où s’opère pour Henry le début de la découverte de la « philosophie de la praxis ». En effet, le troisième de ces manuscrits contient à l’état implicite la mise en question des deux premiers : « La synthèse de Hegel et de Feuerbach qui s’effectue dans les premiers textes et qui signifie l’aperception géniale de leur identité – de l’identité du matérialisme et de l’idéalisme – détermine la critique de Hegel dans le troisième manuscrit comme une critique qui ne peut précisément plus n’être que feuerbachienne et implique déjà le rejet de Feuerbach comme la conséquence inévitable de celui de Hegel – qui préfigure donc le renversement décisif qui va s’accomplir dans les Thèses sur Feuerbach. » [3]. Pour H., Marx sent donc que quelque chose commence gravement à lui déplaire dans la conception de la réalité comme essence universelle, dialectique, etc. Lui qui veut à tout prix échapper à Hegel, il voit que le matérialisme de Feuerbach est en réalité la même chose. Feuerbach ne fait que du sous-Hegel en prétendant pourtant s’opposer à lui. Cependant Marx n’aura encore clairement compris et énoncé sa critique du système hégélien que dans L’idéologie allemande. Cela reste encore à l’état d’une intuition, que l’on peut découvrir par bribes dans les textes antérieurs.

Car pour critiquer la dialectique matérialisme et idéaliste, il faut encore que Marx s’en prenne au concept d’ « histoire ». Pour Henry, La Sainte Famille (1845) est alors une nouvelle étape dans ce chemin qui mène Marx de sa chrysalide hégélienne où il était depuis trop longtemps enfermé, à la « philosophie de la praxis », la philosophie propre à Marx. Pour la première fois dans ce texte, Marx rejette le mythe de l’histoire et son absolutisation. Pour Marx l’histoire n’existe pas. Pour Hegel (comme d’ailleurs pour les « sciences historiques » et la communauté historienne avec son historicisme permanent, et qui comme le reste des dites sciences dites humaines - sociologie, psychologie... - fait son beurre sur un objet d'étude qui n'existe pas en soi) il y a une histoire, c’est-à-dire une réalité substantiellement une, ontologiquement existante, qui n’est autre que l’objectivation de l’esprit, compris lui-même comme le principe de toute réalité. L’histoire est le devenir phénoménal de l’esprit (réalité universelle et absolue), l’histoire appartient à la phénoménologie de l’esprit (cette conception de l’histoire est bien sûr dominante dans l’univers scolaire comme universitaire). Le devenir phénoménal de celui-ci étant dans son principe dans l’opposition pure et dans la négativité, l’histoire chez Hegel, est donc par nature dialectique. Or justement, Marx dans son texte, contre Bruno Bauer, qui à la manière d’Hegel, subordonne l’homme à l’existence d’une histoire dont il ne serait que la médiation et qui comprend cette histoire comme lieu de la vérité, Marx écrit : « L’histoire devient donc, comme la vérité, une personne à part, un sujet métaphysique, dont les individus humains réels ne sont que les simples représentants ». « L’histoire n’est rien… ce n’est pas, soyez-en certains, l’histoire qui se sert de l’homme comme d’un moyen pour réaliser – comme si elle était un personnage particulier – ses propres buts ; elle n’est que l’activité de l’homme qui poursuit ses objectifs » (Coste II, p. 165). Or, Marx pour la première fois dit qu’il n’y a pas d’histoire, il n’y a que des individus historiques, des individus concrets et vivants.

Je ne continue pas à développer la critique d’Hegel, Feuerbach et Stirner, qui aboutit à l’écriture de L’idéologie allemande, ce qui amènerait à écrire 20 pages de plus. Le mieux c'est évident d'aller y voir. Je résume simplement le résultat que fait Marx. L'idéologie allemande (1845-1846) est le texte central dans la lecture d’Henry, où toutes les prémisses des textes précédents sont enfin comprises de manière claire et radicale par Marx. Dans ce texte, pour H, Marx a des « intuitions géniales qui renversent le concept de l’être tel qu’il domine depuis la Grèce dans la pensée occidentale, et font vaciller l’horizon philosophique où elle n’a cessé de se mouvoir » (Henry, p. 13). La véritable « crise théorique » qu’il connaissait depuis il me semble 1842, s’achève alors. La thèse est alors celle là : dans la découverte de la philosophie de la « praxis » qui s’opère dans ce texte fondamental [4], non seulement Marx a rejeté le matérialisme de Feuerbach, mais tout matérialisme (Pour H., « matériel » veut dire désormais pour Marx, et à partir de 1845, « subjectif », au regard du nouveau concept de subjectivité qu’il fonde dans sa philosophie de la praxis), y compris dialectique. Pour les marxistes en effet, le matérialisme de Marx était différent de celui de Feuerbach en ceci qu’il était dialectique. Or, justement, dans l’interprétation henryenne, « en se proposant comme ‘‘ matérialisme dialectique ’’ le marxisme prétendait s’édifier par la réunion des deux éléments qui trouvaient dans L’idéologie allemande le principe de leur décomposition » (p. 14). Sur près de la moitié de l’ouvrage en effet, Marx polémique avec Stirner (celui-ci est pourtant une énorme découverte pour Marx, une découverte fondamentale, celle de l’individu, mais il développera un tout autre individu que celui du père de l’anarchisme individualiste). Cette polémique « n’explique pas seulement l’abandon explicite par Marx du matérialisme de Feuerbach, mais encore la définition de l’individu réel par opposition au concept idéologique de l’individu qu’on trouve chez Stirner comme dans la philosophie classique en général ». Ainsi Marx, pour résumer encore, dans son rejet successif et conjoint, d’Hegel et de Feuerbach, de l’idéalisme et du matérialisme, puis rejet du concept idéologique de l’individu chez Stirner, il arrive à développer sa penser propre qui est sa « philosophie de la praxis » (cf. post précédent).


2. Affirmation de la dialectique comme un processus réel.

Mais si ce n’est sur une essence qualifiée d’abstraite, sur quoi repose le pouvoir ontologique de la dialectique ? Quelle est la portée ontologique rigoureuse de cette dialectique ? Quelle est son origine réelle ? A quelle essence correspond-t-elle ? Où la métamorphose des contraires peut-elle amener une véritable fécondité ontologique ? Où peut se dérouler un devenir autre réellement effectif, qui soit donc constitutif de l’être et de sa réalisation interne, et surtout qui ne saurait appartenir à la sphère ontique des étants, ni à la sphère hégélienne de l’Esprit (une réalité spéculative) ? Autrement dit quel est l’être dont le devenir interne obéit au mouvement dialectique ?

Henry ne se contente pas de remonter la rivière de l’histoire des idées jusqu’à la source de la « métaphysique allemande », il va finalement forger son propre concept de la « dialectique » en poussant Marx dans ses vues les plus innovantes. Car la philosophie au sens profond pour Henry, ne pense pas des concepts comme le croyait Deleuze (quoique celui-ci forme avec Henry, le deuxième courant d’une pensée de l’immanence de la vie), elle est l’intelligence de l’être, les concepts philosophiques ne sont que de simples déterminations catégoriales (ce qui est le problème en général de toute une « philosophie analytique »). De quoi alors la dialectique chez Henry est-elle la détermination catégoriale ? Comment peut-elle prétendre constituer le concept même d’un procès ontologique ? Elle ne le peut que parce qu’elle s’enracine en lui et en désigne le mouvement interne, ce mouvement même qui fait de l’être un être effectif. Or justement, si le milieu ontologique est la « praxis » comme l’a montré Marx (voir post-précédent) en tant qu’un « s’éprouver soi-même » du faire en son devenir, quelle est la réalité du mouvement interne de cette praxis qui puisse avoir comme signifiant le concept de « dialectique » ? Or ce mouvement de la praxis sur elle-même, c’est justement la succession contrastée de tonalités affectives définies, à travers lesquelles cette vie individuelle en tant que praxis, s’éprouve, se sent, et dans cette passion intérieure, dans ce souffrir sans possibilité de distance, dans cette écrasement contre soi, ce projeté-à-l'intérieur-de-soi et en tant qu'advenu du soi, devient elle-même, devient sa propre joie, devient la jouissance de son vivre. C’est au sein de la vie et de son essence affective, parce que la vie est originairement ce passage et cette transformation de la souffrance dans la joie, que la dialectique existe, que son concept signifie quelque chose. C’est donc seulement là qu’elle constitue un processus réel, en non plus dans le domaine irréel d’une idéologie matérialiste ou d’une dialectique idéaliste [5], c’est dans cette « dichotomie des tonalités en elle, leur mutation brusque, le lien paradoxal de la souffrance et de la joie, de l’amour et de la haine » (t. 1, p. 148). La forme dialectique est donc l’essence originaire de la vie et de son devenir interne. Il y a donc transformation interne des déterminations fondamentales de la vie les unes dans les autres, soit le fait que la vie si elle veut vivre, se doit, pour vivre précisément, de satisfaire autant que se peut ses besoins, d’effectuer aux mieux ses potentialités, ce qui l’amène chaque fois à agir, à s’activer, changer, produire et consommer, etc. Pourquoi, alors que l’on pourrait se laisser mourir, pourquoi à chaque fois l’on se meut ? Pourquoi à chaque fois que la vie est collée au mur de sa propre déperdition, elle se transforme en un immense " Je Peux ", en une gigantesque action vivante pour se perdurer à elle-même, se réitérer dans son être, rester dans la vie ? Il y a là, une transformation intrinsèque complètement identique au mouvement de l’action individuelle, et qui s’enracine immédiatement dans le vécu de la détresse et de la souffrance, cette transformation et ce mouvement sont même ce vécu lui-même et comme tel, ce vécu tel qu’il s’éprouve et que, dans sa souffrance, il éprouve tout ce qu’il éprouve en refusant chaque fois de l’éprouver et d’être lui-même cette souffrance, c’est-à-dire en cherchant chaque fois à « se supprimer lui-même » comme dit Marx, en se dressant, en se soulevant contre sa propre « nécessité » immanente… C’est là cette transformation qui va de la souffrance à la jouissance en passant par ce besoin (le besoin n’est donc pas comme une pure virtualité subjective et universelle, par elle-même irréelle, il n’est pas non plus manque mais potentialité, auto-accroissement, désir aussi comme le pensaient mais d'une autre manière, Deleuze et Guattari) et l’angoisse (cf. Kierkegaard). Il y a donc une réalité à la fois affective et dynamique de la réalité du Soi vivant.

Quote:
« L’affect est la vie s’affectant selon cette affection endogène, interne, constante, à laquelle il lui est impossible cette fois de se soustraire d’aucune façon. Dans cette épreuve, quand le souffrir de la vie n’en pouvant plus de se supporter soi-même devient une insupportable souffrance, naît le mouvement de cette vie de se fuir et, comme ce n’est pas possible, de se changer. Elle est alors le besoin, la pulsion. […] Ainsi l’affect est-il en lui-même une force, il ne cesse de la susciter en lui à partir de ce qu’il est »

(M. Henry, Phénoménologie matérielle, p. 174-175. Pour une critique fondée des concepts correspondants utilisés par la psychanalyse, cf. M. Henry, Généalogie de la psychanalyse, PUF, 1991).


La façon dont l’affect ne cesse de susciter en lui de la force à partir de ce qu’il est, à partir de sa propre affectivité, cette façon (la « dialectique », c’est-à-dire la dichotomie de l’affectivité) renvoie en vérité à ce qu’il y a en nous de plus simple (dans le sens d’irréductible). Ainsi à cause de son caractère dynamique (force) et pathétique (affect), le « vivre » est affectivité (jouissance et souffrance), mais il est aussi pulsion, désir, volonté, agir (praxis), pensée (représentation). J'y reviendrai, mais la théorie transcendantale de la valeur chez Marx, ne peut être saisi sans cette philosophie de la praxis. L'économie n'existe pas pour Marx, elle n'apparaît que dans un rapport irréel avec son irréductible fondement méta-économique.

Dialectique est donc synonyme pour H., de « téléologie immanente à la vie », où la souffrance se mue en joie, et où dans ce pli même, le besoin s’assouvit dans l’activité en laquelle il se change positivement.

Quote:
La dialectique est donc un automouvement, « selon la séquence subjective élémentaire : Souffrance/Effort/Jouissance. Depuis l’origine primordiale de l’humanité, cette séquence élémentaire – dite objectivement : besoin/travail/consommation – s’investit dans la production matérielle, c’est-à-dire subjective des biens indispensables, dans le ‘‘ procès réel de production ’’. Que, d’une façon l’individu cesse ‘‘ de travailler ’’, c’est le mouvement de la vie qui s’interrompt en lui, ce sont les implications affectives fondamentales coconstituant et codéterminant le vivre qui n’ont plus lieu. L’individu ne meurt pas seulement de faim, il meurt d’abord de la maladie mortelle qui est la maladie de la vie. Placé hors de celle-ci en quelque sorte, n’accomplissant plus en lui l’automouvement de la vie, il ne peut que survivre. […] Chaque fois qu’en celui-ci [l’individu] la séquence pathétique fondamentale qui produit le mouvement de la vie est ébranlée c’est l’individu lui-même qui le sera, au tréfonds de son être »

(M. Henry,Phénoménologie de la vie, t. III, PUF, p. 144).


Pour approfondir la question de la dialectique, une grosse somme d’articles vient de sortir : Les Dossiers H. Michel Henry, avec le texte de Marc Herceg, « Michel Henry lecteur de Hegel ». On trouve aussi un article du socio-psychologue Christophe Desjours qui tient à lui rendre hommage, quoiqu’il n’appelle les philosophes qu’à poursuivre la lecture des 2 tomes de son Marx. Certains considérant bien sûr, que pour un philosophe, réfléchir sur l'économie, c'est pas sérieux... Que le Marx de Henry ne serait qu'une " parenthèse " avant de reprendre une phénoménologie plus fondatrice. L'intérêt pour la philosophie de la praxis, montre tout le contraire, et comme beaucoup je ne vois pas pourquoi tant de thèses sont en préparation sur tel ou tel aspect de la " phénoménologie matérielle ", et si peu sur son Marx. Pour remédier à cela, un séminaire de philosophie est organisé le 27 avril à l'université de Louvain-la-neuve sur le Marx d'Henry, les jeunes en philosophie mais pas seulement et en quête de sujets de mémoire y sont aussi invités. http://societemichelhenry.free.fr/

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Notes :

[1] Cette interprétation de Marx se fait notamment sur la séparation chez Henry entre d’un côté, les « texte politiques et journalistes » dans lesquels les concepts présents n’ont pas leur principe d’intelligibilité dans ces textes, et « textes philosophiques » qui déploient cette intelligibilité fondatrice (voir le chapitre " Théorie des textes ").

[2] Marx, tome 1, p. 14

[3] Marx, t. 1. p. 25

[4] C’est d’ailleurs en 1844 que Marx commence à faire des études sur l’économie, et c’est à partir de cette « philosophie de la praxis » qu’il critiquera alors la théorie de la valeur des économistes anglais, et qu’il élaborera, presque comme un appendice à sa philosophie de la praxis, sa propre théorie marxienne de la valeur.

[5] il faut souligner que l’intérêt de compréhension que je porte malgré tout au concept d’ « abstraction réelle » de Sohn-Rethel (un philosophe marginalisé au sein de l’Ecole de Francfort), utilisé par Jean-Marie Vincent, Kurz, Jappe… vient aussi de ce que pour eux le fétichisme dépasse le débat idéalisme/matérialisme, quoique leur concept reste encore très obscur pour moi ; je ne comprend pas encore ce que dire vraiment ce concept, quand paradoxalement on fait une lecture de Marx qui se revendique comme très hégélienne. La traduction du livre de Sohn-Rethel préfacé par Jappe et qui devrait bientôt sortir aux éditions du Croquant, devrait aider à mieux comprendre leur concept.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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loulie



Joined: 12 Jan 2009
Posts: 282

PostPosted: 07 Apr 2009 16:47    Post subject: Reply with quote

chers amis et collègues planétaires
je me questionne ...
Sensoriellement parlant, quelle était ou quel est l'expérience terrestre qui est à la base de cette éminente érudition ...

Je vous lis bien, et je vous saisis, mais ma propre pensée est englobante et ma ré-flexion n'est qu'un outil ... il ne faut pas la laisser prendre toute la place, d'abord la tête va finir par vous exploser, et ensuite, c'est disproportionné. en balance avec la vie réelle ( comme r`s en latin, les ''choses'' là ! la réalité concrete tangible ... parce que nous sommes des êtres sensoriels... donc ... si l'expérience terrestre de la ré-flexion marxiste ou toute autre qui lui fait suite à n'en plus finir,n,est PAS issue du travail manuel en lien avec la terre, avec les élémebnts, je veux dire jardiner à genou sur la terre, lever les yeux au cieux et respirer comme c'est bon ... elle est incomplète .... et donc, elle devient vieille et dépassée et vous vous ''astinez'' sur des cadavres ...

que de temps gaspillé ô mon doux jésus ! Roulement des yeux

amour toujours
lou juste une femme sur la terre
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kazh ar c'hoad



Joined: 23 Dec 2008
Posts: 131
Location: Pays de St Brieuc (22)

PostPosted: 07 Apr 2009 20:36    Post subject: Reply with quote

J'ai trouvé sur la toile cette définition de la morale et de l'éthique de la praxis :

http://www.vulc1.fr/cl/fr/index.php/Morale_et_%C3%A9thique_de_la_praxis
_________________
"Le travail est une pollution qui crée toutes les autres"
Un anonyme sur un mur de Brest en 1980

http://www.libertat22.lautre.net

http://ecologie-et-emancipation.over-blog.com
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