forum.decroissance.info » Forum Index forum.decroissance.info »
Lieu d'échanges autour de la décroissance
 
 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

V. Cheynet pense que la croissance n'est pas si négative...
Goto page 1, 2  Next
 
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ?
View previous topic :: View next topic  
Author Message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 24 Jan 2007 23:30    Post subject: V. Cheynet pense que la croissance n'est pas si négative... Reply with quote

j'ai pas trop le temps en ce moment je fais très vite :

Ne pas considérer la " société [de croissance] comme entièrement négative ", sous-entend que pour VC - et lui seul, ce qui nous rassure -, la société de croissance est quand même quelque part positive.

Littéralement monsieur vincent cheynet se sera bien retenu d'écrire que la croissance n'est pas si négative (ça l'a foutrait vraiment mal n'est-ce pas ? ), mais en substance, quand il écrit dans un autre texte que " l'économie est très importante " (V.C. " L'universalisme, raison de l'engagement de VC pour la décroissance "), il revendique la croissance économique.

Quote:
" L'économie, comme la science, est très importante. Le problème survient quand de moyen elle devient une fin en soi ".


Quelle perle ! Cette phrase illustre ô combien, que pour Vincent Cheynet, la croissance économique n'est pas si négative. Car si la croissance économique devient un problème que quand elle devient une fin en soi (la croissance pour la croissance), alors Vincent Cheynet dit implicitement que la croissance économique ne pose pas de problème quand elle est un simple moyen. La croissance économique n'est donc pas en soi remise en cause, dans son existence. Donc finalement la croissance économique n'est pas si négative nous dit-il en substance.

Mais V.C. sait bien que ça l'a foutré vraiment mal de dire explicitement que la croissance n'est pas toute négative. Alors ne pouvant le dire clairement, il le dit simplement implicitement, en utilisant d'autres mots. Tout l'art est ainsi dans la manipulation des mots et alors des esprits. On fait passer pour décroissant, la défense de la croissance économique comme simple moyen.

Mais de toute façon, sous le soleil des écologistes qui ne veulent que gérer les nuisances et non les supprimer, rien de nouveau depuis les années 70 et de leur pitoyable antiproductivisme. On retrouve finalement chez VC, sous le masque de la " décroissance " , l'éco-capitalisme, le capitalisme à visage humain, qu'il faudrait réguler et endiguer par de gentilles politiques publiques que les expertocrates de l'IEESDS nous confectionneront comme le font leurs frères régulationnistes à ATTAC-rien- du-tout. Réguler le capitalisme en l'écologicisant, en écologicisant les sciences économiques comme le souhaitait l'idole de Vincent Cheynet, c'est-à-dire l'économiste et cybernéticien Saint Georgescu-Roegen, voilà ce que l'on fait passer dans Le journal de L'Ordre-croissant (qui a su éliminer tout les courants qui n'était pas dans la ligne du Parti qui défend la croissance économique comme moyen), pour de la remise en cause de la croissance économique.

Finalement, on retrouve au lieu d'une critique de l'utilitarisme et de l'économisme (la revue du MAUSS par exemple), le traditionnel et pitoyable antiproductivisme des écologistes qui ne fait qu'éterniser les catégories de base de la société de croissance.

La production n'est critiquer non pas pour ses présupposés économistes et utilitaristes, mais seulement quand elle devient sa propre fin et non le gentil et vertueux moyen des joyeux humains écologisés. Cette critique présuppose donc toutes les catégories de base de l'économie. L'antiproductivisme c'est de l'économisme à s'en péter le ventre. Et c'est exactement pour cela que Vincent Cheynet nous explique que pour lui " l'économie est très importante ". Qu'il se rassure pour Bill Gates et Sarkozy aussi.

Si thomas tu veux entendre autre chose que ce que dit papa, tu peux aussi entrer plus avant dans le débat où tout cela est expliqué plus précisement. Ce sont de véritables débats analytiques de fond (la commission " décroissance " à la Ligne d'Horizon a pour objectif de clarifier les divers courants de critiques de la croissance économique. Il est certain qu'il existe des courants qui critiquent la croissance que quand elle devient une fin en soi, et d'autres qui la critique quand elle est également un moyen, et je fais partie de ces derniers) :

" Sortir de l'économie ça veut dire quoi ? La décroissance racontée et expliquée au candidat écologiste Vincent Cheynet " :

http://www.decroissance.info/Sortir-de-l-economie-ca-veut-dire

Pour Vincent Cheynet comme pour tous les écologistes (et pas que chez les politiciens), la croissance économique n'est pas si négative, car ils disent qu'elle est néfaste que quand elle est sa propre fin. Nos écologistes imaginent encore qu'il pourrait en être autrement ! Aaahh... l'illusion politique à l'époque de l'économicisation du politique !

Denis Baba l'a pourtant expliqué dans le journal du parti, et lui au moins a compris S. Latouche, et a rejoint la thèse de la " sortie de l'économie " comme projet des objecteurs de croissance (voir sur ton propre site decroissance.org, le dernier texte de Baba sur Di meo). Pensez peut-être à ostraciser Denis Baba du journal de L'Ordre...

Vincent Cheynet lui, il a pas encore compris grand chose à tout cela et donc à l'originalité de la décroissance posée comme sortie de l'économie, et alors comme Yves Cochet, l'écotartuffette D. Voynet, le pilote d'hélicoptères N. Hulot et le reste de ses amis écologistes, la croissance n'est pour lui pas si négative. Il existe en effet comme pour maitre Villepin ou VC, une " croissance sociale et écologique " qui ne soit plus une fin en soi, mais un moyen au service des humains. Aaah l'importance de l'économie...

Denis Baba a conseillé aux lecteurs de L'Ordre-Croissant, le livre d'Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoel, 2003. Il serait temps cher thomas de dire à papa qu'il faut vraiment engager le débat théorique contradictoire entre les différents objecteurs de croissance. Et ne plsu éluder les débats de fond

Il y a aujourd'hui grossièrement deux courants principaux :

- Un courant qui reprend la thèse classique de l'écologisme réformiste et antiproductiviste. La croissance économique n'est destructrice que quand elle est devenue sa propre fin. Mais elle est bonne comme moyen. Il suffit d'écologiciser l'économie et les sciences économiques comme le veut grand-papa Georgescu-Roegen, pour que tout aille mieux. Ce courant dit qu'il faut donner de simples limites à la croissance pour la faire rentrer dans la raison.

- Un courant qui dit que la croissance économique est destructrice non seulement quand elle n'est que sa propre fin, mais plus encore qu'elle est destructrice (pour l'humain) en elle-même, dans son existence en soi. C'est là la critique et la négation de l'économie et du développement *. L'économie n'est pas seulement qu'une réalité qu'il faudrait remettre à sa place comme moyen, l'économie est en elle-même une invention **, une croyance, une idole religieuse. L'économie est une abstraction devenue réelle. Elle s'est créée ex nihilo.

-------

* au passage Cheynet est malin, il fait semblant d'être d'accord avec le courant de la critique du développement, mais il ne parle que de " développement économique ". L'ethnocentrisme de l'universalisme occidental, le processus de " civilisation " (N. ELias) par l'occidentalisation, la rationalisation de l'organisation sociale par l'Etat, la technique et l'économie scientifique, qu'ont critiqué les auteurs de l'après-développement, ne sont pas bien entendu critiquable pour VC. Il y a chez VC de la rhétorique pour se faire passer pour ce qu'il n'est pas.

** S. Latouche, L'invention de l'économie, Albin michel, 2005. G. Debord, La société du spectacle ; Michel henry, MArx tome 2 " une philosophie de l'économie ". A. Jappe, Les aventures de la marchandise. G. Rist, Le développement : histoire d'une croyance occidentale.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
pierre



Joined: 23 Jan 2005
Posts: 363
Location: savoie

PostPosted: 24 Jan 2007 23:51    Post subject: Reply with quote

Clément, il me semble à moi que tu as complétement perdu le sens du respect de tes interlocuteurs virtuels.
Alors ton discours devient inaudible et bientôt insupportable.
_________________
Il ne s’agit pas de préparer un avenir meilleur mais de vivre autrement le présent
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 25 Jan 2007 2:19    Post subject: Reply with quote

De plus je ne partage pas du tout ton avis.
Dire que l'économie est importante n'implique pas que l'on veuille de la croissance.

ça peut vouloir dire plein de choses : que dans notre société elle a une place importante, que d'une manière générale elle est importante etc...

Et de quelle économie parle t'on? Celle inventé et relevée par Latouche ou celle qui signifie "gestion de la maison", de la communauté?

Et puis pour rentrer un peut dedans, ça me pose pas de problème que l'on dise que la société de croissance apporte de bonne chose, mais le problème c'est qu'il faut voir ça d'un point de vue global... et la on se rend compte que c'est "bonne choses" individuelle... sont totalement injuste.

Bref... bcp, bcp de bruit pour pas grand chose, a mon avis.


Last edited by bug-in on 25 Jan 2007 11:03; edited 1 time in total
Back to top
View user's profile Send private message
ivani



Joined: 15 May 2006
Posts: 414

PostPosted: 25 Jan 2007 8:35    Post subject: Reply with quote

Clément, qu'est-ce donc qui t'énerve à ce point là-dedans ? Un peu comme bug-in, je ne vois pas bien l'enjeu.
Back to top
View user's profile Send private message
Cassandre



Joined: 04 Jan 2006
Posts: 224
Location: Toulouse

PostPosted: 26 Jan 2007 3:34    Post subject: Reply with quote

Ça y est, j'ai mal à la tête…
_________________
forum francophone Simplicité Volontaireféminité & écologieécocitoyen
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 26 Jan 2007 13:18    Post subject: Reply with quote

L'incompréhension montre bien que la décroissance est une véritable " auberge espagnole ", qui pour l'instant n'a mordu que dans les franges écologistes.

Si tout le monde est d'accord pour critiquer la croissance économique, tout le monde ne le fait pas au même niveau, ni à la même profondeur, ni avec les mêmes armes. Si tous ont le même objet sur lequel porte la critique, tous ne portent pas la même critique sur ce même objet, mais certains voudraient faire que ces débats n'existent pas, pour donner l'illusion que tous les objecteurs sont unis dans l'Union Sacrée et qu'ils sont comme une seule personne face à la croissance économique. Or il n'en est rien : L'union de façade, cache des analyses très divergentes, voire inconciliables. Mais chacun aujourd'hui fait passer pour " la " décroissance sa propre analyse. On est donc aujourd'hui non pas sur des débats analytiques entre ces courants, mais sur des batailles d'influence. Qui va pouvoir avoir le plus d'influence ? Telle est la dérive depuis plus d'un an. Certains ne veulent pas que ces débats de fond soient posées, car ils n'y ont aucun intérêt.

L'Encyclopédie des nuisances a dès 1990 mis au clair ce qu'était depuis 30 ans l'écologisme (toutes tendances confondues) dont plusieurs d'entre vous sont, ou du moins fréquentent ou ont fréquenté http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=4163 . Ils disaient clairement qu'il faut sortir de l'analyse traditionnelle de cet écologisme, si l'on veut véritablement supprimer et non gérer les nuisances. L'oeuvre de S. Latouche (qui cite abondamment certains des auteurs de l'EDN dans Le Pari de la décroissance) est aujourd'hui centrale pour ceux qui veulent sortir radicalement de l'écologisme économiciste et utilitariste (que représente bien N. Georgescu-Roegen). C'est une chance historique pour réarmer le mouvement écologiste sur une véritable critique de l'économie (et plus largement la " gauche "), et non poursuivre dans un écologisme simplement antiproductiviste qui ne sait poser aucunes des questions fondamentales pour inlassablement se porter sur ce qui continue à flotter à la surface du spectacle, comme mise en système de la relation sociale entre des individus é-vidés et dés-affectés. Personnellement je suis venu " à la décroissance " par volonté de prendre de la distance avec les milieux de la négation-de-l'économie, pour saisir cette chance fondamentale avec l'oeuvre de Latouche qui pour la première fois réussissait à nous sortir des micro-milieux situ-anti-économie (il l'a fait une première fois dans La déraison de la raison économique où il attaquait de front la thèse polanyienne de l' " économie substantive "). Mordre sur l'écologisme traditionnel pour enfin le faire sortir de son immaturité analytique dans lequel il est plongé de façon permanente depuis les 70's, c'est là ce qui se joue aujourd'hui dans les débats internes à la mouvance de la décroissance. Latouche me disait la semaine dernière que " la décroissance sera anti-utilitariste ou ne sera pas ", c'est-à-dire qu'il faut surtout aujourd'hui décoloniser l'imaginaire utilitariste des écologistes de toutes les tendances, y compris et surtout de ceux qui se sont raccrochés vaguement au mot-obus " décroissance ", mais qui comme dans les 70's se rabattent sur un simple antiproductivisme qui n'attaque en rien la société de croissance économique. Tels sont aujourd'hui les enjeux de fond dans la décroissance.

Le courant de la critique sans concession de l'économie (qui va de Debord à Latouche en passant par J-P. Voyer, Jappe, Kurtz, Henry, etc), va-t-il enfin trouver et réarmer une force sociale et politique conséquente ? Certains nous ont dit toute leur vie, qu'il faudrait plusieurs de ces charges de cavalerie pour dégager pleinement la transvaluation nietzschéenne des valeurs en renversant tous les idoles. C'est là avec la décroissance posée comme " sortie de l'économie ", l'enjeu du réarmement d'une nouvelle charge frontale et épique contre la mort économique qui nous traverse le corps de part en part. La décroissance saura-t-elle s'opposer à l'imaginaire et la métaphysique de l'économie, ou bien va-t-elle seulement remettre en avant l'antiproductivisme écologiste des 70's ? Tel est le débat et l'enjeu de fond, pour le courant qui critique jusque dans ses fondements métaphysiques la croissance économique.

D'où l'importance qu'il y a à débattre de la décroissance comme sortie et déperissement de l'économie.

Cette décolonisation de l'écologisme n'est pas quelque chose de facile car il pose les mêmes problèmes finalement que dans le reste de la société de croissance. Cependant c'est une chance historique pour remettre en avant tout un courant de pensée, et dé-penser les fondements, les racines, les conditions de possibilité, les catégories de base qui supportent la croissance économique. Vouloir poser la décroissance comme simple anti-productivisme, c'est ne pas se poser ces questions, et vouloir toujours gérer la croissance économique autrement. Le concept de " décroissance soutenable " n'est qu'une nouvelle mouture de l'anti-productivisme soutenable. Rien n'a changé depuis 30 ans, sous la belle lune des écologistes (" radicaux " comme réformistes).

Pour toutes les questions que pierre, florian ou ivani posent bien légitimement sur la compréhensibilité, j'ai déjà fait une synthèse sur decroissance.info :

« Sortir de l’économie » ça veut dire quoi ? La décroissance racontée et expliquée au candidat écologiste Vincent Cheynet.

Patrick Viveret pose une question fondamentale à mon sens, et sur laquelle j’aimerais rebondir pour commencer : « Pourquoi ne pourrions-nous pas émettre l’hypothèse que les crises dites économiques que nous vivons sont en fait des crises culturelles liées à la sortie de l’économique ? » [1]. Très vaste question qui montre l’ampleur de la déconstruction à mettre en œuvre. Explicitation...

L’Economie est un paradigme, c’est un ensemble de représentations formant autant d’abstractions réelles, qui mises en relation forment un système. Ainsi quand j’utilise le mot « économie », je l’utilise au sens de S. Latouche, c’est-à-dire comme système ou ensemble auto-référentiel de représentations [2]. « L’histoire de la pensée économique est surtout l’histoire de la construction de l’économique comme pratique et comme pensée, autrement dit la construction de l’économie et de l’économie politique » [3]. Si donc on se place dans cette acception du terme « économie », « d’emblée l’économie fait problème, elle n’est pas là comme ça, naturellement, que ce soit comme domaine ou comme logique de comportement, autrement dit, il n’y a pas de substance ou d’essence de l’économie » [4], et donc l’économie n’existe pas de tout temps et en tout lieu. Pour donner un seul exemple, il faut donc si l’on concentre notre focus sur un seul des " allants de soi " de la religion économique, « réfuter la conception selon laquelle c’est un fait naturel, commun à toutes les sociétés, que le travail crée de la valeur » [5]. Mais ce sont aussi plus précisément l’ensemble « des opérations économiques de production, consommation, épargne, investissement, achats, ventes, etc., [qui] ne sont ni naturelles, ni universelles, ni éternelles, ni rationnelles (en elles-mêmes) » [6]. C’est-à-dire, pour expliciter que l’économie n’est pas une substance transhistorique, « la réflexion économique selon notre approche, ne se développe pas à un moment historique sur une pratique transhistorique (autrement dit naturelle), elle surgit dans le prolongement de l’émergence d’une pratique qui prend et constitue un sens économique progressivement à travers une théorie qu’elle contribue à supporter et susciter. Chacun des niveaux a besoin de l’autre pour s’y fonder » [7]. Serge Latouche donne alors une estimation de datation de cette invention de l’économie, qui bien sûr n’est là que pour donner un ordre d’idée, une fourchette vague : « entre 1671-1871 » [8].

Il n’y a donc pas transhistoricité mais historicité de l’économie et de la vie saisit comme « vie économique ». Et cette mise en économie du monde, c’est-à-dire l’invention de l’économie, l’ « économicisation du monde », consiste comme l’écrit Raoul Vaneigem en « une alchimie transformant en un savoir de plomb l’or de la richesse existentielle » [9] : C’est-à-dire que « les opérations que nous considérons comme économiques, d’évidence, ne peuvent apparaître qu’avec l’existence et donc la production antérieure d’un discours et de concepts qui nous les donnent à voir comme économiques » [10]. C’est là, dans cette visée de la conscience qui dans son intentionnalité saisit son objet comme « économique » en tant que tel et de façon séparé, ce que Michel Henry appelle si justement la « genèse transcendantale de l’économie » ce que le philosophe Charles Marx aura été le premier à mettre en évidence [11]. Genèse transcendantale de l’économie, c’est-à-dire l’auto-institution d’une croyance dans l’évidence d’une réalité économique. Il n’y a donc pas en soi (selon cette thèse) de « réalité économique » : c’est une construction de l’imaginaire qui affirme que telle et telle opération (se nourrir, se loger, dormir...) est « économique » et le constitue comme tel. Il faut donc (affirme cette thèse) sortir de cet imaginaire économiciste : « l’erreur de la plupart des commentateurs de Marx a été de faire de l’économie la réalité alors que Marx n’a cessé d’affirmer que celle-ci n’était qu’une abstraction » (M. Henry). Disons donc que l’économie apparaît quelque-part entre le XVII et le XIXe siècle. C’est là la date de « l’autonomisation de l’économique », c’est-à-dire de la formalisation de la séparation d’avec la vie concrète, d’un objet désormais qualifié d’ « économique », et de sa mise en représentation dont l’irréalité détermine désormais ce qu’est la « réalité » perçue dès lors elle aussi comme économique. Le bluff du discours économiciste qui fonde l’économie comme système de la valeur objective, est alors l’affirmation de « la vie économique comme réalité et l’économie politique comme savoir de cette ‘‘ réalité ’’ » [12]. La croyance que la réalité est une réalité économique qui existe de tout tant et en tout lieu, est alors le résultat de ce processus historique.

Qu’avons nous avant « l’invention de l’économie », c’est-à-dire ce vaste discours formant une abstraction réelle qui identifie, sépare et classifie la réalité en de jolis bocaux déposés sur des étagères ? « Avant Platon et Aristote écrit Serge Latouche, nulle trace de réflexion économique. Il y a à cela une bonne raison que l’on avance rarement : peu de traces aussi, auparavant d’économie. Scandale pour l’esprit. Est-ce à dire que depuis l’apparition des premières sociétés humaines, il n’y ait pas des pratiques matérielles ? Sans aucun doute, ces pratiques existent. On peut même en chaussant certaines lunettes voir de telles pratiques dans les sociétés animales. Toutefois, tant que la survie matérielle de l’espèce ou la reproduction des groupes sociaux n’est pas autonomisée, pensée comme une sphère à part, il n’y a pas de vie économique, il n’y a que la vie tout court » [13]. Avant l’invention de cette sphère de représentations économiques qui norme, mesure, biffe et dissèque, c’est à dire avant la « vie économique », il y a la vie tout court... La vie des individus sans la médiation de la représentativité, la vie tels qu’ils l’éprouvent et la vivent immédiatement, c’est-à-dire non pas le procès économique, mais le procès réel. C’est-à-dire que « le fondement méta-économique de l’économie est la réalité réelle de la praxis concrète et vivante » (M. Henry). Bien entendu « les usages fondamentaux [dormir, se nourrir, se loger, se protéger...] sont éternels et universels, mais leur qualification comme économiques repose sur une construction imaginaire datée » [14]. Avant la saisie de ces opérations (se nourrir, dormir, se protéger...) comme autant de « réalités économiques » identifiées comme telle, ces opérations ne sont l’objet d’aucune médiation, que celle-ci soit la valeur d’échange ou tout type de représentativité (argent, salaire...). Ces différentes opérations sont « enchâssées » dans la vie individuelle et la vie sociale et symbolique, dans la joie de vivre et d’être encore en vie. Elles sont vécues sans distance possible entre elles et la conscience, dans l’immédiateté d’un éternel présent vivant, ici et maintenant (hic et nunc). C’est-à-dire que ces opérations et la praxis ne font qu’un. Le procès réel de production est une activité de la vie, issue de son besoin et visant à rendre toute chose homogène à celui-ci. Ce procès réel de production existe depuis l’origine des histoires des individus vivants, il est le fondement méta-économique de l’économie (le système de la valeur), et donc du système de la valeur en elle-même et pour elle-même (la plus-value) : le capitalisme. « Mais si le procès réel de production est présent au sein du capitalisme, celui-ci ne se réduit nullement à celui-là, il en diffère plutôt, et cela de manière essentielle, en tant qu’il superpose à ce premier procès tout autre chose, un procès économique. Le procès réel produit des objets réels, des valeurs d’usage. Le procès économique produit des valeurs d’échange, il produit la valeur en tant que telle et pour elle-même » [15].

Ce procès réel de la valeur subjective de la praxis [16] est aujourd’hui nié et plongé dans l’obscurité de l’arrière-cour de l’Economie de croissance ou de décroissance. Mais il est là présent à chaque bouffée de vie, dans l’éthique, l’esthétique, les affinités, l’empathie et la sympathie (Max Scheler, Nature et formes de la sympathie), les amours, la « connaissance ordinaire » (M. Maffesoli), la « socialité primaire » (A. Caillé), la « common decency » (G. Orwell) et la joie malgré la tyrannie de la réalité économique, d’être toujours en vie. La puissance instituante de l’auto-accroissement de la vie auto-affective qui déborde d’elle-même dans un « voir plus » ou un « se sentir plus » vivre, est ce qui, malgré l’intégrisme de l’objectivisme économique ou encore la spectralité (Marx) et la spectacularité (Debord) de nos existences réduites à une sur-vie éternisée, fait que Nous Désirons encore et toujours sans fin.

Le « crépuscule de l’économie » (titre du dernier chapitre de l’ouvrage de S. Latouche cité), c’est-à-dire le renversement de l’idole et de la tyrannie de la « réalité économique », nous ouvre alors les portes et la ligne d’horizon du « monde de l’après-économie, de l’après-développement, une authentique postmodernité » [17]. C’est-à-dire que « l’histoire qui fait - qui fera - suite à l’économie marchande, n’en sera pas moins l’histoire des individus, l’histoire de leur vie : en un sens, c’est ce qu’elle sera pour la première fois » [18]. C’est-à-dire que l’après-économie sera ce que Marx appelle très clairement « le libre développement des individualités » [19], ou encore le « renversement du renversement » (Debord), et plus concrètement la substitution de la valeur subjective du procès réel à la théorie économiciste de la valeur objective du procès économique. Marx a déjà brossé les grands traits d’une critique des catégories de base de la société capitaliste : la valeur, l’argent, la marchandise, le travail abstrait, le fétichisme de la marchandise sont autant d’« abstraction réelles » selon le terme d’Anselm Jappe, c’est-à-dire autant de fausses évidences qui ne sont ni naturelles ni transhistoriques comme le croient encore les prêtres à longues et courtes robes de l’intégrisme économiciste. C’est-à-dire qu’il nous faut toujours rester vigilant et se méfier de tous les panoramix de la marmite économique et autres béats de l’évidence, qui comme l’écologiste Vincent Cheynet veulent encore nous perforer de l’idée que finalement « la croissance n’est pas si négative » [20], ou pire, que « l’économie est importante » (sic !) [21]. Car seule cette « critique des catégories de base de la modernisation capitaliste, et non seulement la critique de leur distribution ou de leur application » [22] (comme on l’entend trop souvent dans les rangs altermondialistes, néo-keynésiens, voire dans de trop nombreux articles parus sous la plume d’écologistes traditionnels qui ne savent que répéter les fondamentaux de l’approche bureaucratique du fiscalisme de l’écologisme économiciste, comme chez Philippe Laporte, Bruno Clémentin [23] Yves Cochet et son nouvel ami Vincent Cheynet), sera à même d’« abolir la société économique » comme le dit si bien le politologue Paul Ariès. Car finalement « cette critique du centre de la modernité est aujourd’hui plus actuelle qu’à l’époque de Marx même, parce que alors ce centre n’existait qu’à l’état embryonnaire » [24]. C’est ainsi que dans ce temps de l’après-économie en tant que vaste et générale sortie des préssuposés des représentations économiques de base, « l’activité individuelle, la vie, la praxis n’est point abolie, elle est rendue à elle-même. Elle n’est plus déterminée par la production matérielle - cela veut dire : elle ne se confond plus avec elle et, pour cette raison aussi, elle n’est plus doublée par un univers économique » [25]. En cela, l’objectivisme et plus généralement la représentativité doivent être à chaque instant l’objet d’un soupçon plutôt que d’une évidence. L’extension du domaine de la lutte est aussi celle de l’extension de la sphère du soupçon (Marx, Freud, Nietzsche).

Il faudra donc pour engager l’impérieuse nécessité d’une décroissance de l’empreinte écologique de nos sociétés, décoloniser préalablement notre imaginaire en sortant des présupposés des catégories de base de l’économie (valeur et valeur d’échange ; travail abstrait car objectif ; l’idéologie travailliste ; les supports de l’échange des équivalents comme l’argent, la monnaie, le salaire, le “ revenu ” ; le fétichisme de la marchandise, le “ besoin ”, la “ rareté ”, etc.), c’est-à-dire sortir de l’économie tout court. L’un ne peut pas aller sans l’autre, à moins de verser dans le capitalisme écologiste à visage humain [26]. Il ne suffit donc pas de rentrer dans la décroissance par le biaid des questions écologiques. C’est nécessaire, important, mais pas suffisant. C’est ainsi que reprendre pour seul programme politicien (mais la décroissance est-elle seulement un programme ?), le moralisme traditionnel de l’écologisme économiciste qui ne sait nous parler que de limites écologiques, de « limitation », d’« auto-limitation », de « simplicité volontaire », de « sobriété », de « rationnement », d’ « éco-taxes », est nécessaire mais pas suffisant pour sortir réellement de la société de croissance. Car l’objection de croissance est bien la décroissance de l’empreinte écologique, mais au travers de la remise en question générale des présupposés des représentations économiques non-interrogées. La perspective du replâtrage réformiste propre à l’écologicisation de l’économie (l’économiste Georgescu-Roegen) est déjà sous nos yeux une impasse [27], il ne fait donc aucun doute que pour sortir de la société de croissance, il faille sortir de l’écologie politique traditionnelle qui par ses solutions fiscalistes ne mettent nullement en cause les catégories de base de l’économie mais les éternisent ad nauseam (En effet pour ces écologistes du vieux monde qui se meurt avec eux, « l’économie est importante »). Cette articulation entre la décroissance de l’empreinte écologique et la décolonisation de l’imaginaire économiciste et progressiste, est finalement le principal sujet de réflexion des objecteurs de croissance pour sortir réellement de la société de croissance.


[1] P. Viveret, Reconsidérer la richesse, p. 96

[2] S. Latouche, L’invention de l’économie, Albin Michel, 2005, p.8.

[3] Ibid., p. 12.

[4] Ibid., p. 13.

[5] Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoël, 2003, p. 47

[6] S. Latouche, op.cit., p. 16.

[7] Ibid. p. 16.

[8] Ibid., p. 18.

[9] Raoul Vaneigem, Eloge de la paresse affinée, p.3 de cette brochure

[10] Ibid., p. 17.

[11] Cf. Michel Henry, Marx, tome 2, Tel, Gallimard, 1976, chapitre du même nom, p. 138. Michel Henry est le fondateur de la phénoménologie matéielle. Pour lui « les marxismes sont l’ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ». On peut retrouver une analyse des deux tomes de son Marx, ici http://www.michelhenry.com/marx.htm Debord répondait ceci à la question qu’est-ce que le situationisme ? : « Notre temps va remplacer la frontière fixe des situations limites que la phénoménologie s’est complue à décrire, par la création pratique des situations ; va déplacer en permanence cette frontière avec le mouvement de l’histoire de notre réalisation. Nous voulons une phénoménopraxis. Nous ne doutons pas que ceci sera la banalité première du mouvement de libération possible de notre temps », in « Questionnaire », G. Debord, Œuvres complètes, Gallimard, Quarto, 2006, p. 1057-1058. Il me semble depuis maintenant un bon moment, que le projet situationniste exprimé ici s’illustre parfaitement dans la proposition faite par la « phénoménologie matérielle » de Michel Henry, qui place la vie de la praxis au centre de toute sa réflexion. Les deux volumineux tomes de son Marx, sont la réflexion même sur cette phénoménopraxis qu’Henry appellera plutôt « phénoménologie matérielle » (voir Phénoménologie matérielle, Puf, 1991). Il faut reconnaître qu’à part les éditions Sulliver (qui ont un gros catalogue situationniste/libertaire) qui ont véritablement saisi l’enjeu fondamental de l’œuvre de Michel Henry pour la critique radicale - en publiant en 2005 un recueil d’entretiens de ce philosophe pour le présenter enfin ( !) aux milieux libertaires -, son accueil au sein de l’ultra-gauche brille encore par son absence total ou alors il est réduit à des cercles très restreints. Et pourtant Anne Henry a bien raison de souligner ce que Jean-Marie Brohm et Magalie Uhl ont décrit comme une façon de « philosopher en un sens radical » : « Quant à de jeunes insurgés qui défilaient un jour sur un boulevard, ils avaient brisé la vitrine d’une librairie pour n’y piller que les exemplaires de son Marx. Michel Henry avait raison de faire confiance à l’avenir ! », in Auto-donation, Entretiens, Beauchesne, 2006, p. 202. Ne vous laissez plus bâillonner, pillez Michel Henry !

[12] S. Latouche, ibid., p. 13.

[13] S. Latouche, ibid., p. 14-15

[14] S.Latouche, Ibid., p. 26.

[15] M. Henry, ibid., p. 190.

[16] La « subjectivité » chez M. Henry comme chez Marx échappe évidemment au domaine de l’intellect conscientiel kantien. La critique heideggérienne de la « métaphysique de la subjectivité » est donc ici inopérante. Henry va interpréter la praxis chez Marx à partir de sa lecture de Maine de Biran dont il tire sa thèse sur le corps subjectif. Voir notamment M. Henry, Philosophie et phénoménologie du corps, Puf, Epiméthée, 2003 (1965).

[17] S. Latouche, Ibid., p. 228.

[18] M. Henry, ibid., p. 465.

[19] Charles Marx, Grundrisse, II, p. 222. Sur Charles Marx comme père de la décroissance, on peut lire l’intéressant article de Denis Baba, dans le journal La Décroissance, n°33, p. 10

[20] Editorial de Vincent Cheynet dans son journal La Décroissance, juin-juillet 2006, p. 3

[21] Voir ce magnifique prêche qu’auraient pu faire un Alain Madelin autant qu’un Francis Fukuyama, Vincent Cheynet, « L’universalisme, raison de l’engagement de Vincent Cheynet pour la décroissance »

[22] Anselm Jappe, op.cit., p. 11

[23] La phrase de B. Clémentin qui suit est caractéristique des prises de positions de l’écologisme économiciste qui ne fait qu’éterniser (toujours plus) les catégories de base de l’économie : « La politique économique pour l’altermondialisme doit utiliser nécessairement la législation et la réglementation. Ce n’est pas la peine de finasser. La réglementation est le moyen le plus efficace pour lutter contre le gaspillage et les pollutions. Les rentes du mode de production capitaliste naissent de l’absence d’une réglementation qui forcerait le capitalisme à ne pas externaliser ses coûts négatifs », in Antiproductivisme, altermondialisme, décroissance, sous dir. Latouche et Guibert, Parangon, 2006, p. 101. Non seulement comme dit Jappe, M. Clémentin reprend la tarte à la crème des ultra-libéraux consistant en l’opposition entre le politique et l’économique, mais on voit bien aussi comment M. Clementin reste comme les néo-marxistes et les altermondialistes à une critique de ce qui flotte à la surface du Spectacle : le capitalisme de la plus-value. L’anti-capitalisme béat, c’est-à-dire la critique de la valeur d’échange en elle-même et pour elle-même (A-M.A’), ne prend jamais en compte on le sait la condition de possibilité même du capitalisme, c’est-à-dire les catégories de base de l’économie (et c’est là le drame du mouvement ouvrier qui est depuis le XIXe siècle l’allié objectif de l’économicisation du monde). L’anti-capitalisme primaire (car économiciste) est donc déjà malgré toute ses prétentions pseudo-révolutionnaires et ses pseudo-luttes spectaculaires, le grand allié objectif du Léviathan techno-économique. La critique de la valeur d’échange en elle-même et pour elle-même est au contraire réellement conséquente qu’au travers de la critique de sa condition de possibilité, c’est-à-dire la critique de la valeur d’échange et de la valeur en elles-mêmes. L’imaginaire économiciste de la gauche et de quelques “ objecteurs de croissance ” sevrés depuis leur enfance par l’écologisme traditionnel, reste donc largement à décoloniser.

[24] Anselm Jappe, op. cit., p. 15

[25] M. Henry, ibid., p. 465.

[26] Certains mettent également dans la besace de leur projet politique prémâché, la lune du capitalisme à visage humain de « l’allocation universelle inconditionnelle », qui repose comme tous les discours de la « fin du travail » ou de « l’économie immatérielle », sur l’idée d’un développement technologique permettant une abondance illimitée. L’effet paradoxal de cette quête eschatologique de l’abondance matérielle est d’éliminer le problème de la justice pour la société juste elle-même. Comme le note ainsi Jean-Claude Michéa, le préssuposé de telles propositions est « à quoi bon, en effet, disputer de ce qui est dû à chacun (...) dès lors que la rareté sera un jour devenue chose passée ? » « Bien des discours sur la “fin du travail”, le “capitalisme cognitif”, ou l’idée d’une “allocution universelle de citoyenneté” suffisante pour tous les habitants de la planète, tirent de ce postulat une partie de leur curieuse ambiguïté », in J.-C. Michéa, Orwell éducateur, Climats, 2003, p. 91-92.

[27] On peut ainsi voir comment un Jean-Paul Fitoussi récupère la bio-économie de Georgescu-Roegen et arrive même à s’en réclamer, in « L’environnement de l’économie », Le Monde, 27 septembre 2006. L’économiste hongrois on le voit bien ici, ne contribue nullement à décoloniser l’imaginaire économiciste, il renforce au contraire les grands prêtres de l’économie dans leur religion du progrès technique, à l’insu de ce pauvre Georgescu-Roegen qui doit se retourner dix fois dans sa tombe. Georgescu-Roegen ne fait finalement pas très peur aux sinistres économistesfait, ainsi hélas, il faut savoir le reconnaître, l’économiste américano-hongrois fait à peu près l’effet d’une piqure de moustique sur le Mammouth techno-économique. Il faut savoir aussi réfléchir à cela. Le courant de l’après-développement et la critique sans concessions de tous les économismes, font finalement beaucoup plus peur aux grands prêtres de l’économie. La réaction des altermondialistes comme Jean-Marie Harribey ou Cyril Di Meo, illustre très bien cela.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 26 Jan 2007 14:40    Post subject: Reply with quote

Non, mais ce que tu dis on l'avais déjà compris il me semble. Ce que l'on ne comprend pas c'est l'enjeux de cet acharnement à critiquer VC.
Il me semble bien pourtant que le problème n'est pas VC ou cette phrase que tu interprètes à ta façon mais bien, le problème d'un utilitarisme plus fort grâce au concepts économique.

Effectivement ça se retranscrit dans le réel, et VC peut ou ne pas soutenir cette thèse, mais à mon avis ce n'est pas la peine d'en faire un bouc émissaire (même si ça pourrait fonder une nouvelle culture/groupe grâce à cette oppositon). Nous avons depuis belle lurette dépassé ce genre de méthode il me semble.

Quand rené Girard explique sa théorie du bouc émissaire, ce n'est pas pour dire qu'elle est super comme fondement de la culture, mais pour dire qu'il est maintenant temps de se poser la question de la fondation d'une nouvelle culture/groupe qui se fassent autrement que par ces procédés.
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 27 Jan 2007 12:00    Post subject: Reply with quote

je suis beaucoup moins sûr que toi au sujet de ton affirmation que tu, ou un certain nombre de personnes, aient saisi l'enjeu d'une analyse des fondements de la croissance économique. L'incompréhension avouée autour de l'enjeu que je posais est une illustration à mon sens. La question pourquoi j'ouvre le feu systématiquement sur l'écologisme traditionnel et sur Georgescu-Roegen dont les ouvrages sentent la cybernétique et le rationnalisme à 3 kilométres, illustre très bien cela. Beaucoup de gens viennent ici de l'écologie, et ont souvent une vision appauvrie de la critique de l'économie. Et de plus, la critique de la croissance, par le biaid de la critique de la valeur, est vraiment très difficile à comprendre (Marx déjà disait que c'était le seul point difficile du Capital). Donc je suis bien moins certain que toi dans ce que tu affirmes à propos de la compréhension des enjeux. Latouche me le disait explicitement il y a peu. Il faut pour nous (ceux qui n'ont pas envie d'en rester à une critique mièvre - donc écologiste - de la croissance économique) maintenant clairement afficher la couleur. C'est-à-dire positionner la décroissance comme sortie de l'économie et comme révolution culturelle. C'est tout l'enjeu du débat-polémique ouvert par l'EDN, Latouche (qui évidemment joue le rôle d'une posture surpombante et donc qui ne s'impliquera pas dans la polémique, mais l'échange dans La Décroissance autour de la question du travail avec Cheynet illustrait bien le problème avec l'écologisme économiciste qui ne sait pas véritablement critique la croissance et reste à surface des choses), Tarral, poursuivi par Galtié (qui critique vraiment l'écologisme en disant qu'il ne suffit pas de dire qu'il fait produire moins avec une décroissance physique), , Louart et moi-même.

Il y a des choses inconciliables. Ariès a beau dire qu'il adore Paul Lafargue (qui a critiqué l'économisme du mouvement ouvrier) et qu'il pose la décroissance comme révolution (politique ? au lieu de culturelle...) dans le dernier Silence de février, et il ne cesse de nous rassurer en disant qu'il est bien des notres (le courant de la négation de l'économie) mais cela contraste toujours avec ses prises de positions politiciennes, notamment sa critique du " mouvement anti-anti-CPE " (ni CDI ni CPE, critique du travail cf le texte de EDN là dessus qui montre bien ce travers constant chez les écologistes et encore plus chez les anciens marxistes) ou encore sa défense de l'Etat-providence. Ariès est perpétuellement dans l'ambiguité. Il fait comme si, mais toutes ses prises de positions prennent le contre-pied des idées qu'il affirme.

Sinon, cette incompréhension des enjeux me semble encore s'illustrer parfaitement, dans cette volonté d'appaiser les conflits et les débats, et faire toujours comme si l'auberge espagnole tirait sa cervoise toujours du même tonneau. La mouvance de la décroissance n'est pas un long fleuve tranquille. Il y a des courants qui sont inconciliables, au vu des positionnemments que plusieurs personnes ont pris depuis un an. Certains ne tiennent pas à se faire avaler dans un mouvement qui ne ferait que réaffirmer le pitoyables programmes de l'écologisme " alternatif " des 70's. L'enjeu, grâce à l'implication de Latouche, est bien plus important, c'est d'un changement total de paradigme dont il s'agit. Un age de l'écologisme, qui sait enfin poser une analyse non pas sur les phénomènes de surface (la croissance ne doit pas être une fin mais un moyen), mais sur des fondements (la croissance ne doit même pas être un moyen car toutes ses catégories de base sont de la réification, du spectacle, l'atrophie de la vie qui déborde pourtant).

Latouche a un mot pour résumer la décroissance. Le courant écologiste (avec NGR) dit que la croissance n'est pas soutenable. Le courant de la critique frontale des catégories de base et de l'imaginaire de l'économie, dit qu'elle n'est pas souhaitable. La décroissance dit que la croissance n'est ni soutenable, ni souhaitable. Mais il faut articuler les deux. Et pas prendre comme le font les écologistes, NGR pour un dieu.

Maintenant, à la différence de la vision chrétienne du conflit vu comme simple anomie et an-archie, moi je prends la vision de Georges Simmel du conflit comme structurant (Simmel, Le conflit, voir aussi G. Sorel sur la violence). La provocation, permet de mettre en place des lignes de tension et de débat. Donc là encore, je suis pas un écologiste et ne tiens pas à le devenir. Et je suis trop nietzschéen pour te suivre sur certaines voies girardiennes... Clin d'oeil
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 27 Jan 2007 12:39    Post subject: Reply with quote

Le fait que je parle de girard ne signifie pas que j'adopte tout ce qu'il dit. je me contente d'observer que sa théorie fonctionne bien (en ce qui est du désir mimétique et de la mise en place de culture par le bouc émissaire), mais la mise en relief des positions conflictuelle n'est pas à mettre de coté, c'est pour cela que j'ai proposé à la rubrique général, un post sur une proposition de cartographier les différents courants, à base de citation, pour étudier les divergences et que chacun puisse s'orienter à son aise.
Back to top
View user's profile Send private message
Guest






PostPosted: 27 Jan 2007 15:57    Post subject: Reply with quote

Tout ceci, que je partage pas mal, n'explique pas le fait que tu mettes dans la bouche d'un gars des paroles qu'il n'a pas dites mais que ton analyse te permet de déduire de ses propos. Si c'est ton analyse, c'est selon toi et à ce moment là, tu dois, à mon sens, faire attention à ta manière de l'énoncer.
Monsieur dit, fait et écrit largement assez de conneries pour que si ça t'amuses tu puisses lui taper dessus sans avoir à faire des déductions qui te paraissent évidentes mais qui ne le sont pas forcément pour tout un chacun.

Dams
Back to top
Mans



Joined: 04 Oct 2005
Posts: 220
Location: Rhône-Alpes

PostPosted: 29 Jan 2007 15:18    Post subject: Reply with quote

s'lut
détend toi Clément,
Je comprends parfaitement que ce soit horriblement frustrant de voir parfois, peut être souvent (je sais pas ça fait un moment que je n'ai pas mis mon nez la dedans) la décroissance perdre de sa radicalité dans les propos de certains. Je dis radicalité, mais pour moi ce que véhicule le mouvement d'objection de croissance n'est que du bon sens, que ce soit d'un point de vue pratique ou théorique.
Il y a clairement deux tendances, en ce qui me concerne je me situe plutôt dans la ligné du ROCade.
Et je voulais juste te rapeller Clément, que pour ma part, je suis en accord avec tes propos, mais aussi ta frustration.
Cependant, je crois que ça sert à rien d'incendier VC.
Mais en même temps... l'histoire se repette. Il y a les gens du parti (communiste) et ceux que l'on qualifie d'utopiste. Alors oui quelque part tu as peut être raison de t'acharner. Toute mouvance d'idées se divise, ce fut le cas du socialisme et du communisme. Ce sera le cas de l'objection de croissance.
On peut critiquer et s'acharner sur ceux qui écrivent et publie des choses avec lesquelles on est pas d'accord.
Mais fait gaffe de ne pas centrer toute tes forces là-dessus. Ce serait vraiment dommage.
Bien à toi.

On a tous des combats différent à mener pour porter et assumer nos convictions. Et on a tous des roles différent.

VC et la branche antipub, lyonnaise (en partie) a su vulgariser la décroissance et attirer les médias. C'est déja pas mal et ils sont doué pour ça. Pour ce qui est de la théorie c'est pas les meilleurs, et il y a plein d'auteur important que l'on entend jamais dans leur bouche.
pour ce qui est de la pratique... je les connais pas personnellement alors je peut pas en juger.
Mais bon voila leur crédot c'est la communication. Je suis pas fan, mais bon c'est leur choix.

enfin bref, continue Clément !!
Mais détend toi un peu...
Back to top
View user's profile Send private message
marcoparis



Joined: 02 Feb 2006
Posts: 49

PostPosted: 08 Apr 2007 23:43    Post subject: Reply with quote

Voilà où ça mène >
http://www.decroissance.org/textes/decinfo.htm
Exclamation Choqué
Back to top
View user's profile Send private message
Display posts from previous:   
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ? All times are GMT + 1 Hour
Goto page 1, 2  Next
Page 1 of 2

 
Jump to:  
You can post new topics in this forum
You can reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group