forum.decroissance.info » Forum Index forum.decroissance.info »
Lieu d'échanges autour de la décroissance
 
 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

A propos des bourses du travail

 
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Politique - Culture - Société
View previous topic :: View next topic  
Author Message
Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 07 Mar 2007 13:54    Post subject: A propos des bourses du travail Reply with quote

Parmi les pistes intéressantes évoquées lors d'une réunion à propos d'un "syndicat" décroissant, il y avait l'expérience historique des bourses du travail rappelée par Lorenzo.
Pour compléter son propos, voilà l'extrait de son mail qu'il m'autorise à reproduire ici :

Quote:
Pourtant, cela me paraît évident que dans la mesure où on ne travaille pas 24h sur 24 et qu'on est amené à avoir d'autres occupations et à assumer d'autres positions que celle du producteur, le rôle d'un syndicat est de défendre et proétéger tout le monde ( de la femme au foyer au chômeur, en passant par le travailleur incapacité par un accident ou en formation) dans sa vie quotidienne. C'est en tout cas, le projet des bourses du travail (voir Fernand Pelloutier et d'autres), que de permettre l'émancipation de toutes et tous par la création de syndicat défendant les travailleurs POTENTIELS d'un bassin d'emploi. Cela passe évidemment par la défense de leur salaire direct, mais aussi de leur salaire indirect. Ce second type de salaire correspond aux Logements sociaux, garderie, accès aux soins gratuits, éducation, puis formation et on pourrait aussi rajouter des coopératives d'achats de vêtements produit dans des conditions correspondant aux soucis ethiques de ceux qui les porteront et des coopératives proposant produits alimentaires de qualité à prix coûtant mais rationné en cas de besoin selon les besoins moyens en calorie d'un individu pour que chacun ait le minimum. Pour ce dernier exemple, il y a des précédents historiques, notamment à St Etienne au début du XXème siècle avec des boucheries et magasins coopératifs et an Angleterre au XIXème siècle avec des coopératives ouvrières de consommateurs.

Pour te donner une idée de ce que pourrait donner une société communiste libertaire déjà établie où les biens sont produits en commun et laissés à la disposition de tous selon son bon vouloir, je te conseille vivement de lire "les dépossédés" d'Ursula Le Guin. Dispo en format poche chez Publico, 145, rue Amelot. Ce roman de sciences fiction décrit une planète où l'utopie libertaire serait réalisé depuis déjà plusieurs générations. L'enthousiasme des pionniers bâtisseurs d'une société libre et égaliataire est donc passé et les habitants remarquent surtout les défauts de leurs système, tout en lorgnant avec curiosité sur la planète voisine où les capitalistes et les communistes étatiques se partagent le contrôle des territoires et des habitants.

Voilà une réponse qui j'espère te conviendre un peu. La querelle sémantique sur le nom à donner me paraît réellement secondaire eu égard aux enjeux extrêmement ambitieux qui habitent ce projet. L'appeler syndicat, ce qui me convient en tant qu'anarcho-syndicaliste, ou n'importe quelle autre nom inventé ou plus vague me paraît avoir des avantages et des inconvenients qu'il ne me m'apparaît pas urgent de discuter pour l'instant.

Tu peux poster ce texte sur décroissance.info si tu penses qu'il peut faire avancer la discussion sur ce projet.

Bises,

Lo


Et s'il y en a qui peuvent se procurer le roman dont il parle, "les dépossédés", ça m'intéresse aussi !
Back to top
View user's profile Send private message
croquemitaine



Joined: 25 Oct 2005
Posts: 55

PostPosted: 08 Mar 2007 0:51    Post subject: Reply with quote

Va falloir que je le lise ce bouquin on me l'a recommandé une demi-douzaine de fois.
Back to top
View user's profile Send private message
Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 09 Mar 2007 17:41    Post subject: Reply with quote

Après lecture de l'histoire des bourses du travail de Pelloutier, je comprends mieux l'esprit de ces bourses. Ces bourses remplissait des services immédiatement nécessaire dans le contexte de l'époque de chômage après les épisodes de la commune (placement des ouvriers en faisant la nique aux intermédiaires privés).

Elles se plaçaient résolument sur le terrain économique, plutôt que sur le terrain politique (parti ouvrier, raisonnant à partir des institutions plus vastes, nationales, où se faire élire sur un programme général élaborée en vase clos par rapport aux besoins immédiat la population ouvrière).

Il me vient alors les idées suivantes :

Des bourses d'autonomie ?

Se présenteraient à une bourse d'autonomie :
- des syndicats rassemblant des salariés et chômeurs, de différentes professions et secteurs économique
- des associations de consommateurs.
- des (petites) entreprises finales (vendant à des consommateurs)
- des associations d’entreprises finales
- des entreprises fournisseuses de rang 1 (vendant à des entreprises finales)
- des associations d’entreprises fournisseuses de rang 1
- d’autres bourses d’autonomie

La bourse n'est qu'un lieu physique de rencontre et de réunions.

Que vient-on chercher à la bourse ?

- Les chômeurs viennent chercher, à travers les associations de consommateurs, des débouchés directs pour les activités économiques qu'ils lancent.
De même pour les entreprises finales.
Ces activités correspondent à l'objet social des dites associations.
- Les salariés viennent chercher des associations de consommateurs auxquelles ils adhèrent, ou bien d'autres salariés/chômeurs avec qui créer une association qui n'existe pas encore.
- Les chômeurs viennent chercher du travail dans les entreprises liées à ces associations de consommation et d’entreprises.
- Les entreprises fournisseuses viennent chercher des débouchés directs auprès des associations d’entreprises finales
- Les autre bourses d’autonomie transmettent leurs requêtes auprès de la bourse en question (recherche d’emploi ou de débouchés).

Les « associations de consommateurs » peuvent avoir pour objet le logement, la nourriture bio, la garde et l’éducation des enfants, etc.
Elles s’engagent par des contrats à acheter auprès de telle entreprise. Elles représentent donc les découchés stables des entreprises (en particulier celles qui se lancent). Chaque association reste autonomie dans ses choix d’objet social. Elles peuvent très bien se lier à La Redoute pour avoir des prix de gros sur des gadgets, comme à un maraîcher bio pour soutenir une agriculture écologique.

Les associations peuvent s’organiser pour que les chômeurs et les salariés à faibles revenus ne paient pas les services et produits des entreprises liés à ces associations.

L’intérêt de tout ceci apparaît quand les salariés travaillent par exemple pour une entreprise de rang 1, tout en étant dans une association de consommateur. Car alors une partie du flux d’argent circule en vase clos, dans un réseau proche selon cet trajet : Entreprise de rang 1 -> salarié -> Entreprise finale -> entreprise de rang 1
L’entreprise de rang 1 donne de l’argent à un salarié, tout en recevant de l’argent d’une entreprise dont le salarié achètent les produits. Autrement dit, le salarié fabrique une partie de ce qu'il consomme, et par le ou les syndicats il connait aussi ceux qui fabriquent d'autres parties de ce qu'il consomme.

En imaginant une intégration des rangs 1, 2 et plus, on aurait donc des syndicats de salariés dont les adhérents seraient placé dans différentes entreprises formant un tout cohérent, et dont ils achèteraient les produits.

A défaut de relocalisation physique immédiate, le réseau des bourses d’autonomie permet donc la construction d'un réseau d’interconnaissances maîtrisant des morceaux significatifs de la machinerie dont ils consomment les produits.
C’est la première étape vers un réagencement de la chaîne productive en direction de qui est approvisionné. Tout passe par la maîtrise des débouchés.

L’autre intérêt essentiel est symbolique et pédagogique : la bourse figure l’unité de lieu à partir duquel les personnes perçoivent concrètement l’unité du système économique auquel elle prennent par tous les jours, en fusionnant des états de consommateur-travailleur-précaires jusque-là déconnectés.

(A suivre.)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 09 Mar 2007 20:38    Post subject: Reply with quote

Si je comprends bien (ou mal d'ailleurs), la bourse d'autonomie telle que tu la défini, c'est simplement une question de la taille organisationnelle. C'est le système planétaire mais à échelle réduite, plus humaine. non ?

Il faudrait alors que tu précises les pratiques de réappropriation en termes d'auto-construction et d'auto-production, car finalement cette bourse d'autonomie pourrait être un espace d'échange, de rencontre, de réunion, pour s'entraider et coopérer en vue d'une autonomie collective (à l'échelle d'une bourse du moins). C'est-à-dire que vivre de façon véritablement autonome aujourd'hui est impossible individuellement, même en couple, en famille, ou au travers d'affinités électives ou politiques (type communauté), et donc l'idée d'une bourse pourrait être celui d'un espace d'entraide et de coopération en vue de cette autonomie collective.

Le problème sera pourtant toujours celui de la re-distribution équitable des produits du travail en commun. Comment coopérer et s'entraider sans reproduire les mécanismes (domination, hiérarchie, aliénation) que l'on refuse ? Et là hélas on va devoir repenser toujours en terme d'auto-gestion, d'organisation, etc, comme si cela suffisait, comme si sortir de l'hétéronomie n'était qu'une question de gestion et une façon de s'organiser.

Peut-être que l'on peut penser l'autonomie sur 3 dimensions qui je pense doivent se complémentariser :

- 1.) Auto-production et auto-construction la plus poussée possible sur un terrain en couple, en famille, en cohabitat, en communauté.

- 2.) Réduction de sa participation au camps de travail de la machinerie tout en gardant un pied dedans (c'est-à-dire pas seulement consommer bio, localisé, etc, ou poser la question de la décroissance seulement en termes de couches-culottes écologiques...).

- 3.) Coopération et entraide avec des individus, des couples, des familles, des groupes qui sont dans la même perspective d'autonomie : et dans ce sens là de complémentarité tri-dimentionnelle, une bourse d'autonomie serait intéressante pour parfaire ses pratiques d'auto-production, et son maigre salaire. C'est un peu le rôle par exemple des réseaux d'auto-constructeurs qui fleurissent un peu partout. Et ces bourses (comme il se fait encore dans les réseaux d'auto-constructeurs) seraient aussi des lieux de transmission des savoirs et des savoirs-faire en vue de pratiques d'auto-production (car même planter 300m2 de patates c'est pas si facile que ça, et encore plus pour construire un escalier en bois).

Donc la bourse je ne lui donnerai peut-être pas un rôle surplombant, mais plutot comme celui d'un complément (elle combinerait les logiques des Sels, des coopératives d'auto-consommateurs, des Amaps sur des produits particulier par exemple comme la viande où c'est vraiment pas facile de se réapproprier quelque chose si on tient encore à manger de la viande à part faire dans du lapin ou du pigeon). Mais alors il faudrait peut-être parler plus de " réseau " que de bourse. ?

Ma.. enfin je m'égare quand même pas mal de ton souci de garder une perspective intéressante qui mord plus sur la condition du salariat/chomage, alors que je pose plus les choses à partir de pratiques d'auto-production et après on bricole par dessus (un peu de salariat, un peu d'entraide et d'échange - y compris vente monétaire -, un peu d'épicerie aux produits localisés, et un peu de decroissance.info ou d'En Dehors M. Green etc)
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 11 Mar 2007 16:21    Post subject: Reply with quote

En fait l'idée de ces bourses, comme les bourses du travail c'est de partir d'une situation existante.

Par contre Pelloutier était lui dans une pespective très économique et productiviste. Mais l'horizon de ces bourses du travail était quand même la disparition de la valeur d'échange, dans ce qui aurait alors fonctionné comme une économie administrée de façon souple par la fédération des b. du travail, un peu à la façon de la Belle Verte (cette année combien de pantalons il faut fabriquer pour nous tous ? combien de tonnes de blé ? etc, et ensuite on partage).

Aujourd'hui, la situation est un peu différente et plus difficile pour un objectif d'auto-production. La spécialisation de l'espace et des compétences rend impossible une quelconque autarcie, là maintenant. Il faut donc imaginer comment on peut opérer une transition, sans mutiler les initiatives personnelles et locales.

Même dans une situation idéale où consommateurs et producteurs vivent côte à côté, l'argent est encore nécessaire pour acheter tout ce qui n'est produit sur place. Prenons l'exemple d'un maraîcher (notamment en phase d'installation), il achètera certainement plants, graines, serres, tracteurs, outils pour le tracteur, carburant. La suppression de l'argent dans une telle communauté engage donc celle-ci vers une transition brutale à des travaux de faibles productivité : perspective indésirable pour la plupart des personnes (exceptions bien-sûr : quelque libertaires, décroissants, sans charge de famille... bref quelques groupuscules politiques).

Donc une simple association consommateur-producteur dont on démonétarise ensuite les échanges ne suffit pas. Il faut aller chercher les fournisseurs, et les fournisseurs des fournisseurs, etc, jusqu'à rencontrer une personne, à la fois producteur et consommateur, et accessible via le réseau des bourses.

La problématique n'est pas technique mais sociale : comment faire bouger tout le monde en même temps, sans passer par une structure surplombante qui serait tout aussi innefficace que dangeureuse ? Les bourses sont peut-être une réponse, à approfondir : ce sont de simples courroies de transmission démultipliant les effets des associations/syndicats locaux, qui trouveraient probablement une motivation supplémentaire à se former en se liant à la bourse de leur ville ou leur quartier. Motivation purement économique on le voit (ici pour trouver un emploi/un revenu, là pour trouver des débouchés/un chiffre d'affaire assuré), par quoi passe l'autonomie d'aujourd'hui (même si ça nous plaît pas), mais en permettant surtout à des groupes d'interconnaissances de coloniser progressivement les flux économiques dont ils occupent ensemble différentes positions stratégiques.

Cela permet une première étape de réencastrement de l'économique dans le social, à partir de quoi l'organisation de l'autarcie sur les moyens de subsistance paraît nettement plus facile, et en tout cas réaliste.

Ce que je veux dire c'est que si on situe la problématique dans le "faire" (en restant dans l'imaginaire de la "production", fut-elle "auto"), alors on sera rapidement bloqués du fait de la dispersion/spécialisation des régions et compétences, et complications des appareillages techniques industriels existant dont on dépend à l'époque présente.

Pour réencastrer l'économique dans le social, l'objectif logique est alors très simple :
Il faut faire reboucler la consommation sur la production, en faire en sorte que ce bouclage soit maîtrisé par les consommateur/travailleurs eux-mêmes.
Ce qui, contrairement à l'auto-production aujourd'hui (*), représente une utopie pratique.

Les points de jonctions production/consommation sont peut-être en effet les espaces les plus difficiles à maîtriser par l'appareillage industriel (il dépense là des forces exhorbitantes en s'épuisant dans des innovations soit inneficaces soit générant énormément d'effets pervers), là où la tâche devient incomparablement plus "simple" (sur le plan technique) et humaine lorsque que la relation producteur/consommateur est investie pleinement par des consommateurs sur le long terme. L'investissement social en ces points fait exploser la spécialisation des rôles (producteur vs consommateur) et entame l'irresponsabilité mortifère que notre société industrielle nous force à endosser pour en faire partie intégrante.

(*) qui est finalement très proche de la vision du consommateur finalement : je ne dépend de personne, sauf de quelques proches.
Back to top
View user's profile Send private message
Display posts from previous:   
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Politique - Culture - Société All times are GMT + 1 Hour
Page 1 of 1

 
Jump to:  
You can post new topics in this forum
You can reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group