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Relations entre Science et Technique
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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Location: prox. Montpellier

PostPosted: 23 Apr 2007 17:18    Post subject: Reply with quote

Quote:
mais alors pourquoi dans de sociétés non capitalistes, les recherches d'accumulation n'ont pas donné d'avancées techniques?
Parcequ'il n'y avait pas encore une caste de personnes occuper à la tache de "résolution de problème" avec des moyens innaccissible au plus grand nombre.

Quand une institution partage l'objectif de l'accumulation, elle demande à ses participants de suivre cet objectif. On a alors des recherches de moyens nouveau pour augmenter le devenir marchandise.

Le problème du moulin c'est qu'il est reproductible. Il laisse trop possible la capacité de chacun à acquerir ce dont il a besoin.

La recherche d'accumulation partagé par un petit nombre ne donne pas forcément une société capitaliste quand on a pas les moyens de faire partager cet objectif...

Le problème c'est l'acceptation de cet objectif.
Les gens acceptent la culture du capital et son baigner dedans jusqu'au coup. Et même s'il ne sont pas satisfait, maintenant, d'autre directions sont difficiles parceque l'objectif d'accumulation est largement partagé la ou nous vivons.
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Deun



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PostPosted: 24 Apr 2007 10:31    Post subject: Reply with quote

ktche wrote:
C'est d'ailleurs bien pour celà que je fais la distinction entre les pratiques vécues dans une AMAP et le travail "d'ingenierie sociale" qui me semble à l'oeuvre au niveau de l'Alliance IDF (= tentative de structuration et de "visibilisation" d'un mouvement sur la base d'un "contrat", la charte)


Distinguer oui, mais séparer je ne pense pas.
Si on est quelques uns à envisager une Amap comme une démarche d'autonomisation, alors soit il faut entrer dans une arène (comme celle d'une fédération Amap) pour proposer cette définition, soit il faut inventer un autre terme que "Amap" et le parler.

Je ne pense pas que nos pratiques parlent pour nous. Les techniques ne sont pas instituantes. Les ajustements locaux, idiosyncrasiques, familiers, ne circulent qu'en étant rendus public dans des conventions existantes ou à créer. Ce qui circulent, ce sont des mots et des expériences communes que ces mots désignent.

Faire de l'ingénierie sociale, ce serait vouloir institutionnaliser techniquement des ajustements locaux, discipliner les conduites sociales, via des dispositifs qui aligneraient les conduites sans même avoir besoin de les nommer explicitement. Ce ne sont pas des institutions que l'on crée ainsi, mais des machines.

Mais techniques ou institutions, les pratiques s'appuient dessus.

Le problème est je pense que la mentalité actuelle accepte beaucoup mieux l'autorité des techniques (objectives, non négociable, faisant clore toute discussion... et les discussions sont fatigantes, vues comme pas efficaces) que celles des institutions (nécessitant d'autres compétences que le face-à-face avec les techniques, où l'on rencontre plus fréquemment l'arbitraire d'autrui, l'imprécision du langage et de la symbolique).

bug-in wrote:
La recherche d'accumulation partagé par un petit nombre ne donne pas forcément une société capitaliste quand on a pas les moyens de faire partager cet objectif...

Le problème c'est l'acceptation de cet objectif.
Les gens acceptent la culture du capital et son baigner dedans jusqu'au coup.


C'est vraiment ce que tu penses ? A mon avis tu surestimes la culture politique des personnes en général : on peut très bien participer à la mécanique capitaliste sans le savoir (ou sans vouloir le savoir).


bug-in wrote:
Justement, je ne pense pas que la valeur institué par les personnes soit la technique, mais bien plutôt la recherche de l'accumulation, de toujours plus, aussi bien en économie qu'en autre chose. Et c'est cette recherche d'accumulation qui ensuite voit la technique comme une possibilité efficace de l'exercer.


La recheche d'accumulation, que ce soit du capital ou de la puissance technique, n'a aucun sens en elle-même. Je pense qu'il faut lire Ellul comme un livre : il s'adresse à des lecteurs qu'il veut provoquer en leur faisant toucher du doigt ce non-sens, dont ils n'avaient eu jusque là qu'une vague intuition.
Certes les techniques ne sont pas autonomes en elle-même, mais elles rencontrent des conditions sociales qui les laissent se déployer sans limite. Alors on peut confondre les techniques et ces conditions sociales, en un seul concept (système technicien), comme passage à la limite de ce déploiement. Le lecteur qui ne veut pas croire que ce passage à la limite est en cours ferme le livre : non pas possible, c'est l'homme qui continue à faire croître les techniques. Certes, mais jusqu'à quand, étant donné que cette croissance n'a pas de limite en elle-même ?
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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Location: prox. Montpellier

PostPosted: 24 Apr 2007 14:37    Post subject: Reply with quote

La croissance des techniques à une limite et c'est l'homme qui peut la fixé à travers certaines valeurs. Les techniques ne se reproduise pas sauvagement dans un coin secret du monde.

Quand je décide ne pas employé une technique, je décide d'une forme d'arret de la technique. Il s'agit de trouver un moyen de les multiplier.

Pour ce qui est de l'adoption de la logique du capital, il n'y a pas besoin de la comprendre dans sa totalité pour l'adopter. Ne pas questionner le salariat et rechercher la croissance, ou l'augmentation de ce que l'on possède pour se sentir mieux suffit.

Mais on ne cherche pas cela en s'en rendant compte. Si l'asservissement fonctionne c'est parceque les objets qu'il propose même asservissant participe à la création de notre subjectivité et à la réalisation de nos désirs.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 24 Apr 2007 16:01    Post subject: Reply with quote

bug-in wrote:
La croissance des techniques à une limite et c'est l'homme qui peut la fixé à travers certaines valeurs. Les techniques ne se reproduise pas sauvagement dans un coin secret du monde.


Certes cette croissance est limitée temporairement... mais pas par des valeurs !
On hésite à investir dans une nouvelle technique, parce qu'on a une contrainte comptable, qu'il faut pouvoir amortir l'investissement sur x années, etc. D'où l'importance de l'armée dans les sauts technologiques, parce les contraintes financières y sont beaucoup moins pesantes sur les techniciens. Songeons au nucléaire. Songeons aux ordinateurs aussi. Aux nanos aujourd'hui, etc. Certes les militaires ne sont pas les seuls à pouvoir offrir ce genre d'environnement...

bug-in wrote:
Pour ce qui est de l'adoption de la logique du capital, il n'y a pas besoin de la comprendre dans sa totalité pour l'adopter. Ne pas questionner le salariat et rechercher la croissance, ou l'augmentation de ce que l'on possède pour se sentir mieux suffit.


Tu es sûr qu'on recherche la croissance en cherchant à sauvegarder son activité économique menacée par la concurrence, en investissant dans de plus grosses machines pour faire baisser les coûts ? Peut-être en partie, mais il y a une part de contrainte forte apportée par la logique même du développement (décloisonnement des territoires mis ainsi en concurrence + gains de productivité se diffusant).
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 24 Apr 2007 21:46    Post subject: Reply with quote

Quote:
On hésite à investir dans une nouvelle technique, parce qu'on a une contrainte comptable, qu'il faut pouvoir amortir l'investissement sur x années, et
Les fameux choix comptable reflète pour moi une valeur : la prédominance du critère économique. C'est de cela dont je parle.

Des société à religions forte refuse certaines techniques. Les Amish en sont l'exemple même.
Je te conseil le livre très interessant et bien fait de Richard Sclove "Choix technologiques, choix de société", tu le trouvera dans une bonne bibliothèque d'université. Il donne pas mal d'élément et propose des critères de choix de technique qui favorise la démocratie, la relocalisation de l'économie et l'écologie!
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Deun là
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PostPosted: 25 Apr 2007 9:11    Post subject: Reply with quote

bug-in wrote:
On hésite à investir dans une nouvelle technique, parce qu'on a une contrainte comptable, qu'il faut pouvoir amortir l'investissement sur x années, et


bug-in wrote:
Les fameux choix comptable reflète pour moi une valeur : la prédominance du critère économique.


Rembourser ses dettes auprès d'une banque, c'est une valeur ? Faire face à la concurrence d'autres producteurs en vue de maintenir son activité, c'est une valeur ?
C'est quoi une valeur pour toi ?

Weber distingue la rationalité instrumentale et la rationalité en valeur :

Quote:
La rationalité instrumentale, ou rationalité en finalité, ordonne les objectifs et les moyens les mieux adaptés aux buts poursuivis. Il s'agit pour l'acteur d'atteindre les buts qu'il s'est donné avec une efficacité optimale ou de croire, avec les informations dont il dispose, qu'il emprunte une méthode efficace.

La rationalité axiologique, ou rationalité en valeur, oriente les actions selon des valeurs subjectivement retenues comme raisons légitimes ou fins ultimes pour agir. L'acteur ne se préoccupe alors pas des résultats de l'action, ni des moyens utilisés. Il recherche la valeur pour elle-même : la justice pour la justice, le beau pour le beau...


Dès lors, on pourrait croire que les valeurs s'opposent aux techniques, ce que conteste Ellul qui observe que dans une société technicienne comme la notre, les techniques deviennent à elles-mêmes leur propre fin. L'opposition entre les deux types de rationalité de Weber est alors peu pertinente. L'effet système dissout cette opposition. La rationalité en valeur se dégrade en division du travail, en séparant les personnes au lieu de les relier. La rationalité instrumentale se dégrade en autonomie du système technicien, en asservissant les personnes à son accroissement, au lieu de leur donner des capacités propres.
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bug-in



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PostPosted: 25 Apr 2007 17:43    Post subject: Reply with quote

oui c'est une valeur qui est celle de notre société. Dans notre société on se préocupe d'abord de comptabilité, dans celle des amish on se préoccupe d'autonomie (en plus de religion).
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ktche



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PostPosted: 26 Apr 2007 18:12    Post subject: Reply with quote

Je viens de lire un texte de Paul Forman - The Primacy of Science in Modernity, of Technology in Postmodernity, and of Ideology in the History of Technology - (History and Technology Vol. 23 No. 1/2).

Voici mes notes de lecture

Pour ne pas faire de contre-sens sur le terme postmodernité, je tiens à preciser qu'il désigne ici une démarcation de période historique et non pas une théorie philosophique.

Paul Forman identifie une démarcation entre modernité et post-modernité par le changement de considération dans la relation entre science et technologie au tournant des années 80. C’est à cette date en effet que la primauté de la science à un niveau culturel global, qui était le ressort implicite de nombreuses thèses sur la relations entre science et technique jusque là, se renverse totalement. Cependant, l’histoire des techniques en tant que discipline s’étant construite sur une stratégie de mise à l’écart de la science, il en résulte comme conséquence non perçue par les historiens des techniques eux-mêmes, un effacement de la portée et de la signification de ce renversement.

Le programme initial des historiens de la technologie était de dégager une conception de la technologie qui se démarque de la dépendance fonctionnelle et de l’infériorité culturelle impliquées par la notion de ‘sciences appliquées’. En s’attaquant au modèle linéaire qui voyait la science comme la source du progrès technique, ils se positionnaient contre un préjugé profondément ancrée dans la culture moderne. Cependant, ce programme peut sembler aujourd’hui obsolète dans la mesure où le modèle linéaire s’est délité dans le basculement entre modernité et post-modernité qui voit la technique investir la place détenue jusque là par la science.

Le modèle linéaire attaqué par les historiens de la technique s’est délité dans la transition entre modernité et postmodernité du fait que la technique y ait acquis la primauté culturelle. Les centres d’intérêts des « Science Studies » (histoire, philosophie, sociologie de la science) se sont déplacés sur les 25 dernières années de la science à la technique. Même ceux qui ont vécu la transition au milieu de leur carrière s’y sont adaptés. Le rang de la science dans la culture moderne était induit par la conviction que l’attention aux moyens consacrait les fins. La culture postmoderne utilitariste, élevant les fins au dessus des moyens, a amené à privilégier la technique comme référent culturel. Paul Forman allègue d’un changement brusque autour de 1980 en exposant quelques discours récents contrastant avec les évidences culturelles unanimement partagées sur une période de deux siècles précédant les deux dernières décennies du XXe siècle. La primauté de la science sur la technique étant passé du statut de lapalissade pédante à celui de mythe extravagant sans éveiller l’attention, il n’existe pas, de fait, d’étude spécifique de ce trait de la modernité, d’où l’intérêt de l’exposé de Paul Forman. Parmi ceux qui contestent la primauté culturelle de la science figurent les historiens de la technique qui établissent leur programme au cours des années 1970 dans le but de s’affranchir de cette tutelle. La stratégie adoptée est alors de faire abstraction de la science, ce qui, en plus d’introduire des distorsions dans leurs études, leur a masqué la transition entre modernité et postmodernité. La prédominance de la science sur la technique dans la période moderne ressort paradoxalement de l’attention portée aux moyens qui est en accord avec l’esprit méthodique scientifique auquel on attribue la marche du progrès. Cette pensée procédurale a pu faire l’objet de sévères critiques durant sa période de domination mais celles-ci ne purent jamais durablement l’ébranler. Ce méthodisme axiologique est considéré aujourd’hui comme naïf du fait que l’époque ait consacré les fins en soi. Paul Forman voit dans ce choix culturel le ressort du renversement dans la considération que l’on porte à la science et que la postmodernité a reporté sur la technique.
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 27 Apr 2007 2:10    Post subject: Reply with quote

Quote:
The Primacy of Science in Modernity, of Technology in Postmodernity, and of Ideology in the History of Technology - (History and Technology Vol. 23 No. 1/2).

ça fait beaucoup de mot à majuscule Mort de rire

Sinon merci pour cette fiche de lecture.
Cependant pour moi, on commence la à chercher la petite bête et les notes de détails, ce qui ne contribuera pas à faire passer une idée claire sur le sujet (même si elle serai juste).

Par ailleurs porté l'attention sur la fin, n'implique pas de ne plus regarder les moyens! Au contraire!
Comme l'indique Aristote c'est parceque l'on porte l'attention sur la fin (le bonheur) que l'on peu se rendre compte des moyens qui tendent vers lui ou de ceux qui n'y tendent pas.
Pour ma part, je continue à penser que notre société moderne se caractérise justement par la déconnexion de la fin vis à vis des moyens.
Et c'est pour cela que les gens voient la technique comme neutre, ils oublient sa connexion vis à vis d'une fin qu'ils pourraient identifier.
Tout cela est du notament à une division sociale du travail importante, généralisant la spécialisation et à une société de plus en plus grande et prenant ses ressources dans des contrées de plus en plus lointaines.

Cela me semble pourtant pas bien compliqué comme explication Sourire
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ktche



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PostPosted: 11 May 2007 17:21    Post subject: Reply with quote

Une autre de mes lecture récentes : Barry Barnes - Elusive Memories of Technoscience (Perspective on Science 2005, vol. 13, no. 2)

Mes notes de lecture :

(N.B. STS = Science and Technology Studies = histoire, philosophie et sociologie des sciences et techniques)

Technoscience est un terme employé pour dénoter l’intrication contemporaine de la science et de la technique. La distinction initiale entre ces deux domaines ressort cependant de conditions historiques et sociales particulières. Les références à la technoscience pourraient marquer un renversement dans ces processus de différenciation. Il est alors paradoxal que nous ne puissions détecter ces références à la technoscience dans des périodes historiques où la distinction était encore moins précise. L’évanescence de ces références antérieures à la technoscience en dit plus sur notre façon de conceptualiser le passé que sur ce passé lui-même. En effet, nous identifions les pratiques en terme de fonctions. Or, chaque époque sélectionne des fonctions différentes comme constitutive d’une pratique donnée. C’est la raison pour laquelle Technoscience serait une notion caractéristique de la notre.

La différenciation entre connaissance en tant que cognition et connaissance en tant qu’expertise se reflète dans la façon dont on définit respectivement science et technique comme des entités distinctes – tout en ayant un usage conjoint de ces termes pour désigner un indéfinissable hybride – mais toujours incluses dans une culture commune. Cependant, la division avancée du travail introduit un glissement sémantique dans l’emploi de ces termes pour référer à des pratiques culturellement différenciées. Dans ce contexte, savoirs scientifiques et compétences techniques sont des tâches confiées à des praticiens dédiés, inscrits dans des sous-cultures spécialisées. A ce titre, on peut parler des effets de la science ou de la technique en tant qu’externalités sur une culture ou une société, même si par ailleurs elles ne peuvent en être dissociées. Un autre glissement sémantique amène à identifier la technique avec des artefacts (outils, machines…) en lieu et place des compétences et des pratiques mises en œuvre. Après avoir observé qu’elle était aliénée dans les mains de quelques uns, on la perçoit maintenant comme n’étant plus représentée par personne. Le même constat semble pouvoir être fait avec la science qui devient pure description formelle chez certains philosophes. Le projet des STS consiste à renverser cette réification. Au-delà de cet objectif, l’apport des STS se situe aussi dans la prise en compte des pratiques scientifiques modelées par une culture matérielle partagée et considérées comme constitutives des sciences. De même pour la technique, pour laquelle les STS ont fait émerger une conception en tant qu’ensemble de compétences constitué collectivement et organisé socialement.

Quelles sont les pratiques qui distinguent science et technique et comment interagissent-elles ? Une approche « institutionnelle » permet d’en établir une classification et de dégager une notion de technoscience comme espace commun d’interaction entre scientifiques et techniciens dont l’émergence ne remonterait pas à plus d’un siècle et demi. Identifier des pratiques par leur contenu concret plutôt que par leur cadre d’exercice constitue cependant une voie plus courante dans les études récentes. On peut ainsi conceptualiser le domaine des « sciences et techniques » comme étant celui où s’exerce un certain nombre de « manières de savoir » et « manières de faire » dont certaines acquièrent plus ou moins d’importance suivant les époques, sans pour autant que les autres soient définitivement écartées. L’age de la technoscience serait celui où règne « une manière de savoir » pour laquelle les façons de construire une connaissance s’entrelacent avec les méthodes pour fabriquer des produits (Pickstone). Des instances de cette forme peuvent exister à d’autres époques dans la mesure où l’on dresse des catégories de pratiques sous-jacentes qui semblent détachées d’un contexte historique donné. Il faut cependant se demander jusqu’où les démarches utilisant ces catégories permettent de saisir ce que les praticiens faisaient vraiment, et même si elles devraient tenter de le saisir. En effet, lorsqu’on établit que telle ou telle activité participe à telle ou telle catégorie, ce n’est pas le contenu de l’activité en soi qui est considéré mais les fonctions qu’on lui attribue.

Reconstituer la nature des pratiques en soi au travers de l’historiographie est une tâche difficile, sachant que celles-ci sont exposées en termes fonctionnels plus que descriptifs. Quand bien même cette tâche serait accomplie, les différentes classifications qu’on en tirerait ne fournissent pas d’éléments interprétatifs pertinents. Il faut donc se pencher sur les fonctions revendiquées par les praticiens contemporains des pratiques. Dans le cas d’un laboratoire de chimie organique du début du XXe siècle, par exemple, on peut identifier un ensemble des pratiques rattachées à la fonction de synthèse qui elle-même est une « façon de faire » en relation avec des pratiques mises en œuvre dans la production industrielle. Ce qui formait le critère de l’époque pour les rassembler dans une même catégorie, c’était le fait qu’elles contribuaient à l’avancée des connaissances de la ‘chimie’ en tant que discipline scientifique pratiquée dans le cadre du laboratoire. Les autres fonctions de ces mêmes pratiques ne sont pas retenues comme pouvant fournir une autre catégorisation, à l’insu même des praticiens. Quelle est la signification de cette sélection implicite, au-delà de l’argument trivial qu’une pratique ne serait identifiée qu’une fois ses fonctions définies ? En dissociant les pratiques de leurs descriptions, on peut mettre en évidence que les variations sur ces dernières sont le fait de différentes sous-cultures. Si une pratique ne peut être définie par une fonction particulière, on peut en revanche identifier une pratique par une fonction revendiquée dans un contexte donné. Il faut juste conserver à l’esprit que cette dernière a justement fait l’objet d’une sélection culturelle. Que la notion de technoscience ait émergée de manière consensuelle comme caractéristique de ces dernières décennies provient donc peut-être du fait que nous ayons privilégié culturellement certaines fonctions associées aux pratiques du domaine « science et technique ».

Au-delà de la caractérisation de la technoscience donnée précédemment, il en existe toute une variété dont chaque instance est portée par un discours qui tend à en faire un trait général de notre culture. Dans son emploi initial par Bruno Latour, le terme technoscience désignait la science impactée par sa dépendance à la technique. Ursula Klein introduit plus tard l’idée que la technoscience serait la science qui produirait elle-même son objet d’étude à l’aide de la technique. D’autres usages se dissocient cependant de ces derniers, qui conservent l’idée que la science est un domaine de l’activité humaine présentant toujours des spécificités quand bien même la technique la ferait évoluer, pour affirmer que la science n’est plus autre chose qu’un aspect de la technique. On peut par exemple présenter la science comme de la technique appliquée. D’autres approches, de type pragmatiste, voient la domination de la science par la technique résulter de la prédominance des pratiques dans la formation d’un cadre de pensée pour une culture donnée. Parmi celles-ci, on peut évoquer le cas particulier de Thorstein Veblen qui fait une distinction entre vie (pratique) et pensée (théorie) en ce que la première est orientée pragmatiquement, tandis que la deuxième l’est par une simple curiosité. La recherche scientifique relèverait de cette deuxième orientation en tant que jeu. Cependant, ce jeu a lieu dans un contexte d’expériences vécues qui forme les « habitudes de vie » conditionnant les « habitudes de pensée » d’une culture donnée, elles-mêmes fournissant des schémas d’interprétation pour les faits expérimentaux ordonnés par la Science. Or, dans les sociétés industrielles dans lesquelles s’est développée la science moderne, l’aspect technique a pris de plus en plus d’importance. Les approches critiques récentes qui se veulent plus radicales sont fondées sur l’attribution d’un caractère instrumental à la recherche scientifique, aussi bien dans ses modes de pensée que dans ses pratiques (Habermas, Marcuse, Heidegger…). Elles font toutes abstraction du coté ludique et imprédictible de la pensée scientifique et ne permettent donc pas de mettre en lumière les déterminations de la science par la technique qui résultent de la part croissante qu’elle occupe dans la culture. Ainsi, les usages radicaux du terme technoscience qui gomment toute distinction entre science et technique font obstacle à la saisie pertinente de leurs interactions. Ces usages foisonnants et souvent contradictoires du terme technoscience sont l’indice que leurs différents tenants s’accordent implicitement sur le basculement d’une attention portée à l’episteme vers la techne. Ce basculement pourrait lui-même résulter de la sélection opérée entre les diverses fonctions associées à chaque pratique et du fait que cette sélection réponde au besoin de légitimer ces pratiques.

On connaît la thèse suivant laquelle l’émergence de la science a été induite par l’interaction nouvelle, au début de l’Europe moderne, entre universitaires et artisans. Elle a permis de mettre en évidence que les préjugés de l’époque envers le travail manuel avaient été reconduits dans le nouveau champ social qui se constituait. L’hostilité même à cette thèse lorsqu’elle a été mise en avant au milieu du XXe siècle marquait la continuité dans la prédominance accordée à l’abstraction intellectuelle comme moteur de la connaissance. Une vision hiérarchique qui plaçait la science fondamentale au dessus de la science appliquée, elle-même au dessus de la technologie était alors largement partagée aussi bien par les théoriciens que les praticiens. Elle se traduisait par un consensus autour du modèle linéaire du développement technique où le laboratoire académique est sensé alimenter, par les connaissances acquises, le réservoir des innovations produites par l’industrie. Le changement est profond puisqu’aujourd’hui le discours institutionnel met en avant les fonctions « utiles » des pratiques de laboratoire, celles qui sont susceptibles d’être ou de produire des « manières de faire ». Ne pas prendre en compte cette nouvelle orientation au niveau du discours présente le risque de faire de la notion de technoscience un marqueur biaisé d’une évolution apparente des pratiques scientifiques, qui rendrait d’autant plus difficile l’étude des raisons de ce changement de discours. Il s’agit du triomphe d’une certaine forme d’utilitarisme qui a intégré la science dans un système de division du travail orienté vers la productivité intrinsèque de chacune de ses composantes et non plus seulement dans sa globalité.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
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PostPosted: 05 Jul 2007 15:16    Post subject: Reply with quote

ktche wrote:
Je viens de lire un texte de Paul Forman - The Primacy of Science in Modernity, of Technology in Postmodernity, and of Ideology in the History of Technology - (History and Technology Vol. 23 No. 1/2)


Il est disponible en ligne ici : http://americanhistory.si.edu/about/pubs/forman.pdf
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PostPosted: 04 Aug 2008 14:44    Post subject: Reply with quote

Quote:
Weber distingue la rationalité instrumentale et la rationalité en valeur :

"La rationalité instrumentale, ou rationalité en finalité, ordonne les objectifs et les moyens les mieux adaptés aux buts poursuivis. Il s'agit pour l'acteur d'atteindre les buts qu'il s'est donné avec une efficacité optimale ou de croire, avec les informations dont il dispose, qu'il emprunte une méthode efficace.

La rationalité axiologique, ou rationalité en valeur, oriente les actions selon des valeurs subjectivement retenues comme raisons légitimes ou fins ultimes pour agir. L'acteur ne se préoccupe alors pas des résultats de l'action, ni des moyens utilisés. Il recherche la valeur pour elle-même : la justice pour la justice, le beau pour le beau..."


Et si justement l'efficacité faisait partie des "buts", des "fins", des "valeurs" de la "Technique" ?
La séparation rationnalité axiologique/instrumentale de Weber reste alors pertinente dans le cadre ellulien.
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