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L’économie n’existe pas, ça commence à se savoir

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 06 May 2007 11:40    Post subject: L’économie n’existe pas, ça commence à se savoir Reply with quote

Un autre texte de JP Voyer.

Quote:
L’économie n’existe pas
Ça commence à se savoir
(Armand, Arcand, Fourquet, Freitag, Wallerstein)



Voici ce qu’en dit, dans son dictionnaire, M. André Armand, professeur d’économie au Lycée Marcel Pagnol à Marseille :

[Début de citation]

« A.— QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIE ?
« Pour commencer notre tentative de définition de l’économie [ au sens de science économique ], nous empruntons à Jacques Généreux, (professeur à l’IEP de Paris, professeur affilié à l’ESCP-EAP) le texte suivant :

“Quand le profane ou le débutant dans une discipline quelconque cherche à définir l’objet de cette dernière, son réflexe naturel consiste à dresser la liste des sujets dont elle s’occupe. Ainsi, l’économie étudierait, par exemple, la production, les échanges, la monnaie, le chômage, la richesse, l’inflation, etc. Les économistes eux-mêmes ont d’ailleurs commencé par définir leur travail par un domaine concret. D’Aristote (IVe siècle avant Jésus Christ à Adam Smith (1766), la plupart des économistes font de l’économie ‘une science de l’acquisition des richesses’ pour les individus ou pour la nation. Le XIXe opposera la vision marxiste de l’économie comme ‘science de l’évolution historique des rapports de production entre les classes’ à la vision libérale comme ‘théorie des choix individuels et de leur coordination par les marchés’ ”.

« Aujourd’hui cependant, tout le monde [ ! ] s’accorde, économistes et philosophes [ sauf le Dr Latouche ] pour définir l’objet de l’analyse économique par un sujet ou une liste de sujets concrets. En effet, les phénomènes strictement économiques n’existent pas. On ne peut extraire du réel une partie “économique” qui serait indépendante des parties “psychologique”, “politique” ou “sociale”. L’inflation, par exemple, met en jeu des mécanismes économiques, psychologiques et politiques, et intéresse donc tout autant l’économiste que le psychologue, le politologue ou le sociologue. »
[Fin de citation]

Que dire de plus, notamment contre le Dr Latouche qui prétend que c’est le capitalisme lui-même (M. Le Capital en personne sans doute) qui sépare un domaine économique qui serait indépendant etc. Marx ironisait : « M. Le Capital et Mme La Terre. » Aujourd’hui il faudrait ajouter Mlles L’Économie, La Production, La Consommation. C’est la Sainte Famille nombreuse, prix Cognac-Jay.

Ainsi l’objet de l’économie politique est défini par une liste (c’est à dire par une extension de concept). Et les faits (sujets concrets) dont le nom figure sur cette liste sont dits économiques parce qu’ils figurent sur cette liste. Ce n’est pas M. Le Capital qui sépare, ce sont messieurs les économistes, pour les besoins de leur cause qui est celle de leurs employeurs. Et ils peuvent séparer tant qu’ils veulent en mettant le noms de ces faits sur une liste, ces faits, dans leur ensemble, ne constitueront pas pour autant une partie « économique » indépendante. Autrement dit : dans le monde, il n’existe aucune institution qui serait « l’économie » et que pourraient étudier les économistes et les faits et institutions étudiés par les économistes ne sont dits « économiques » que parce qu’ils sont étudiés par les économistes. L’inflation, par exemple, est un fait social total dont l’essence échappe totalement aux économistes, aussi bien à vous qu’à moi-même d’ailleurs. Ainsi, la sociologie compréhensive n’a jamais rien compris.

Le lecteur attentif remarquera que ma position est cependant différente. J’admets, contre M. Armand et Durkheim, que non seulement il existe des phénomènes purement économiques, mais que la seule manière d’exister pour eux est d’être purs, car ils résultent d’un choix arbitraire de l’économiste et non de la chose même. Idem en ce qui concerne les phénomènes psychologiques, politiques, sociaux etc. Ils ne sont pas des mélanges, un peu de ceci, un peu de cela, mais résultent de vues étroites résultant d’un choix. Leur juxtaposition avec toute la multidisciplinarité que l’on voudra n’en fera jamais une connaissance des institutions. La science de l’Homme, la science des institutions n’est pas encore née. Elle ne peut être que le fait d’un Peuple. La nature de l’Homme et de ses institutions échappe entièrement au regard des spécialistes. Les phénomènes étudiés par les physiciens résultent aussi de vues volontairement étroites, parfaitement justifiées, car, ainsi que le dit d’Espagnat, les physiciens ne prétendent pas étudier la réalité quoique, dès qu’ils sont sortis de leur laboratoire ou de leurs équations, at home, ces positivistes de métier (Sire, la réalité est une hypothèse inutile) redeviennent dans leur grande majorité, comme tout le monde, réalistes et commettent le péché d’hypostasie qui, heureusement, n’est pas puni de mort. L’objet véritable et inatteignable des économistes, contrairement à celui des physiciens, sont des institutions qui sont, elles, réelles car elles se sont posées elles-mêmes et se maintiennent elle-mêmes à l’existence, dans leur grande majorité ce que traduit la métaphore de la main invisible dans la culotte d’un zouave. Les totalités concrètes existent indépendamment des « vues » que l’ont peut prendre sur elles quoique ces « vues » soient prises dans le but d’agir sur ces totalités et y parviennent parfois, pour le meilleur et pour le pire, mais leur essence demeure inconnue. Ainsi donc, les « vues » prises par les économistes ne se distinguent guère des « vues » prises par les magiciens des société archaïques puisque ces « vues » n’ont pas pour but de faire tomber la pluie (il y a les physiciens pour ça) mais d’agir sur la société sans toutefois la connaître. Weber note plaisamment que les magiciens des sociétés archaïques en savent beaucoup plus sur le sujet et se font surtout moins d’illusions que les magiciens modernes. Eh oui ! c’est la peau d’un manitou, c’est économique. Voilà ce que répond l’homme blanc quand il ne sait que répondre. C’est le signifiant flottant, le joker avec lequel on bouche le trou de signifiant, bien que, selon Lévi-Strauss, les signifiants soient cependant surabondants et plus réels que le signifié. Lévi-Strauss remarque que lorsqu’on fait remarquer au sauvage sa méprise, celui-ci est le premier à en rire, ce qui n’est pas le cas des économistes. La politique et l’objet de la politique sont une exception notoire puisque l’objet de la politique consiste dans des institutions qui sont posées explicitement par leurs éléments eux-mêmes et chacun sait où, quand, comment et pourquoi. Chacun l’apprenait (il faut employer l’imparfait) d’ailleurs à l’école. Hegel avait vu juste, comme d’habitude, dans son apologie de l’État prussien.

C’est une épidémie. Bernard Arcand “Production, culture et idéologie : approche structuraliste.” (1979). « Le matérialisme historique privilégie les rapports de production, ce qui nous amène à nous interroger sur la nature de ces derniers. Or, ils englobent l’ensemble des relations sociales au sein du processus de production (pris dans le sens large d’activité économique et incluant production, transformation et consommation [ alors pourquoi les appeler rapports de production s’ils engobent « l’ensemble des relations sociales » ? ])…. Les matières premières, les outils de travail et la main-d’œuvre sont des définitions culturelles. La chasse se base sur un système complexe d’idées comprenant les concepts de nourriture, de canot, de viande, de légumes, de rivière, de savane, de chasse, de cueillette, etc., tous dotés de significations qui dépassent largement ce qu’on entend traditionnellement par «économie”. Si cela exprimait le seul fait qu’on peut constamment conférer aux objets économiques plusieurs autres sens, le problème serait vite résolu. Mais on en vient plutôt à constater que la définition même des choses ne peut se réduire à leur fonction économique [ ce qui signifie que cette fonction n’est aucune fonction réelle mais seulement une vue de l’esprit, une idée dans la pensée bourgeoise ]. En outre, on ne sait même plus ce qu’est l’économie ou la production. On se rend compte que l’“économie” comporte une bonne part d’“organisation sociale”, que cette dernière fait partie de la “religion” qui, elle, est indissociable de la “culture matérielle” et ainsi de suite. On ne peut véritablement procéder au découpage du phénomène global de la chasse en aspects “économique”, “social”, et “idéologique”. On se retrouve donc au point de départ, toujours confronté au fouillis de la réalité sociale… Évidemment, certains anthropologues continueront de manier leurs divisions commodes du réel et de parler des relations entre l’“économie”, l’“organisation sociale” et l’“idéologie”… Tous réussiront sans doute dans une certaine mesure à démontrer l’existence de liens entre l’“économie”, l’“organisation sociale” et l’“idéologie”. Ce succès est prévisible puisque les mêmes personnes produisent des biens et vivent en société, et que, au moment où elles accomplissent ces diverses activités, elles ne tiennent pas compte de ces distinctions anthropologiques [ aucun compte de ces « vues » en effet. C’est le critère de réalité de Lévi-Strauss (1950) ]. En fait, le succès apparaît évident dès le début, lors de la division arbitraire du réel qui postule comme étant différent ce qui ne l’est pas vraiment [ bravo ! ] ; il est ensuite facile de démontrer des similitudes entre tout cela. Tant que l’on ne pourra établir clairement de quelle manière l’“ économie”, l’“organisation sociale” et l’“idéologie” diffèrent, il est inutile de les comparer et d’y chercher un déterminisme. On a vu que cette différence entre ces éléments ne semblait pas du tout évidente dès qu’on s’éloignait un peu de notre propre société. Continuer à voir le réel à partir de ces divisions simplistes aurait donc pour effet de dénaturer nos observations ; de plus, ce serait redire ce qui était déjà connu, puisque les conclusions sont contenues dans les prémisses de l’analyse. »
On ne saurait mieux dire. L’auteur propose ensuite un modèle structuraliste, en fait un modèle calculable. Pour l’auteur, le monde repose sur un algorithme qui peut produire tous les objets d’une certaine classe dans leurs innombrables variations. Ce n’est plus, comme avec M. Marchal la physique qui est une branche de l’informatique théorique, c’est l’anthropologie.

Très simplement, contrairement à ce que dit l’auteur (p. 14, format Word « Alors, et dans ce seul contexte, serons-nous en position d'affirmer, d'abord, que ces deux domaines existent vraiment [ là est la question, effectivement ] et qu'ils sont autonomes », « Si on s'intéresse à un “domaine” de la réalité sociale tel la “production” ») : « La Production » n’est pas un domaine de la réalité sociale mais une idée dans l’économie politique. L’économie politique n’est pas un domaine mais une institution. C’est à ce titre qu’elle est un moment de la réalité. Il y a beaucoup de choses qui sont produites, mais elles ne sont pas produites par La Production. Cela dit, l’idée de production ne se tient pas sagement au sein de l’économie politique mais déborde dans le monde, se répand massivement grâce à une propagande massive, elle pénètre les masses (elle est faite pour ça) comme une bite pénètre un cul. Elle est perforante et performative : une idée qui pénètre les masses, même par derrière, devient une force pratique, comme disait l’autre. A quelle date, précise, se répand cette idée ? 1960, c’est à dire du temps du général ! Cinquième république. C’est l’acte de naissance de la LQR. En voiture Simone. Jusque-là elle n’avait pénétré que les culs marxistes (Debord l’avait enfoncée profond. Comment voulez-vous penser librement avec une bite dans le cul ?) Aujourd’hui, tout le monde il est marxiste. Cela dit, cette idée qui a pénétré les masses, devenant ainsi une force pratique, n’est toujours pas devenue pour autant La Production, domaine de la réalité sociale. La seule chose qu’elle produit, c’est du silence, de l’abrutissement, de l’incapacité, toutes choses favorables à la domination. Elle prépare à entendre docilement les ceuze qui causent dans le poste et à ne rien trouver à redire. C’est un empalement, ça rentre par le cul et ça sort par la bouche. L’ai dans la bouche. Laid dans la bouche. Les dents la bouchent. Lait dans la bouche. L’aide en la bouche. Lai dans la bouche. Les mots, la bouche. Les mots la bouchent. C’est comme ça que ça marche. Vous avez des mots plein la bouche, mais ce ne sont pas les vôtres. Vous ne pouvez que répéter, raie pétée, comme des perroquets, des pères hoquet, des pairs O.K, des paires au quai, des paies roquets, des pets roquets, d’épais roquets, d’épais imbéciles.

Encore un (il en pleut) ! Selon le Dr Latouche, François Fourquet note : « Depuis ce jour [ celui où J-B Say définit la science économique comme science de l’économie (note du Dr Latouche) ], le mot économie comporte, du moins en français, une insupportable ambiguïté : nous ne savons pas si nous parlons de la science ou de son objet. » « Et pour cause : cet objet n’existe pas ! Ce qui existe, c’est un discours économique qui fabrique ses propres objets et qui finit par croire à l’existence extérieure de ces êtres fantastiques qu’il a lui même engendré. »

Pages 15 et 16 du livre de Fourquet : « L’économie est considérée ici comme un phénomène social total : on ne peut la comprendre que comme un aspect de la société, qui y est tout entière. Sociologues et ethnologues ont reçu l’influence de Durkheim « les faits sociaux sont fonction du système social dont ils font partie ; on ne peut donc les comprendre quand on les en détache ») et de Mauss… Les économistes, eux, s’imaginent pour la plupart que l’économie forme un tout séparé et intelligible en soi… D’un événement complexe, on abstrait certains traits qu’on nomme « économiques », et on en fait une substance autonome qui reçoit un pouvoir élevé d’explication… Mais c’est la pensée seule qui sépare ces aspects grâce à des langages scientifiques différents et qui se laisse prendre par le mirage d’une autonomie qu’elle projette dans les choses. Postulons ici que la réalité est une, au moins à titre d’idée régulatrice de la raison. » (Richesse et puissance. La Découverte, 1989).

Encore un : « J'appelle écomonde l'économie-monde de Fernand Braudel. Mon choix, esthétique dans un premier temps (brièveté phonétique), a pris, à mesure que je l'utilisais, une nuance de fond. L'écomonde (de genre masculin) n'est pas une substance historique ayant son ordre propre, économique, autonome ; c'est un monde considéré du point de vue de l'économie, avec le langage économique, et non une économie formant un monde en soi. Je ne pense pas que Braudel se fût opposé à cette nuance — même s'il avait récusé le terme « écomonde » — tant est constant dans son oeuvre son refus de réduire l'économie... à l'économie. » (Wallerstein cité par Fourquet, page 26).

Et voilà, c’est une vue et seulement une vue. Vous pouvez considérer aussi longtemps que vous voudrez le monde ou n’importe quelle partie du monde du point de vue de l’économie, avec le langage économique, cela ne fera pas naître pour autant « une économie formant un monde en soi » ou une économie en soi, « une substance historique ». Y’en n’a pas d’économie en soi, il faudra vous y faire. Il n’y a que des discours économiques (ça, y en a des discours économiques) ou des points de vue économiques. Mais ni des discours, ni des points de vue ne sont des mondes ou n’ont fait de mondes, même si la connaissance de la situation, de toute situation, est un moment de la situation. Le drame de la prétendue science économique est que, précisément, elle n’est pas une connaissance de la situation mais seulement un ensemble de recettes. Fourquet conclut le chapitre par : « Le capitalisme est un mythe. » Où va-t-on ?

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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