forum.decroissance.info » Forum Index forum.decroissance.info »
Lieu d'échanges autour de la décroissance
 
 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

La véritable invention de l’économie (J-P. Voyer)

 
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ?
View previous topic :: View next topic  
Author Message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 06 May 2007 11:46    Post subject: La véritable invention de l’économie (J-P. Voyer) Reply with quote

Autre texte de Voyer toujours discutant les thèses de Latouche à partir du livre de Fourquet

Quote:
La véritable invention de l’économie
est le fait de l’impérissable inventeur de la loi des débouchés

(François Fourquet, Richesse et puissance, La Découverte, 1989 et 2002)


Quote:
« 3. ON INVENTE L’ÉCONOMIE COMME OBJET RÉEL» C'est un Français, Jean-Baptiste Say, qui coupera le cordon. Non seulement il déclare la science indépendante de l'État, mais il invente un objet social autonome appelée “économie”.» Tout en admirant Smith, il lui reproche d'avoir, comme ses prédécesseurs, “imaginé que leur principale vocation était de donner des conseils à l'autorité... Mais depuis que l'économie politique est devenue la simple exposition des lois qui président à l'économie des sociétés [ et voilà ! le tour est joué : les sociétés se trouvent dotées d’une économie et cette économie se trouve dotée de lois. Naissance d’une illusion en attendant la naissance d’une nation ], les véritables hommes d'État ont compris que son étude ne pouvait leur être indifférente. On a été obligé de consulter cette science pour prévoir les suites d'une opération, comme on consulte les lois de la dynamique et de l'hydraulique, lorsqu'on veut construire avec succès un pont ou une écluse” (Traité d’économie politique, 1826).» C'est la première fois que quelqu'un ose comparer l'économie politique à une science de la nature (physiologie), ou à la physique, et employer le mot “économie” au sens d'un objet social obéissant à des lois analogues à celles de la physique. Mais, à la réflexion, peut-être a-t-il lu la Physiologie sociale, l'ouvrage du fondateur de la sociologie, Claude-Henri de Saint-Simon, paru en 1812 ? Le déplacement de perspective amorcé par Boisguilbert s'achève en un renversement. En ce début du XIXe siècle, le point de vue positiviste triomphe. Le mot sacré de science remplace les anciens mots de nature ou de raison. Marx, bien qu'il déteste Say, fonce tête baissée dans le champ discursif ainsi ouvert ; il est ravi qu'un critique du Capital lui prête d'envisager « le mouvement social comme un enchaînement naturel de phénomènes historiques, enchaînement soumis à des lois » (préface à la 2e édition du Capital ; K, I, p. 27). C'est ce point de vue qui nous enchaîne encore. [ Bravo ! ]» On peut se demander pourquoi Say n'a pas repris à Quesnay ou à Graslin le vocable de « science économique ». Ni d'ailleurs Walras, qui adresse à Smith la même critique que Say : l'économie politique n'est pas une science pratique, mais une science pure ; ce n'est du reste pas non plus une science naturelle comme le prétend Say : nous ne sommes pas des abeilles (Éléments d’économie pure ou théorie de la richesse sociale, 1896). Il appartiendra au second XIXe siècle de larguer ce qui restait de vaguement politique dans l'économie.» La définition de cette nouvelle science tourne dans un cercle vicieux. L'économie politique est définie par Say, dans le titre de l'édition de 1803, la science de la formation, de la distribution et de la consommation des richesses. Say habille avec les mots neufs “production”, “distribution”, “consommation”, des objets ordinaires familiers depuis des siècles aux hommes d'État et techniciens de gouvernement. Simplement il les regarde comme Smith, avec les yeux d'un professeur ou d'un universitaire, et fabrique une nouvelle formation de discours (expression que j'emprunte à Foucault). Puis il donne le noble nom de science à cette nouvelle manière de parler. S'agissant de définir ses objets, la nouvelle science ne fera pas appel à un discours ordinaire, mais aux mots qu'elle a elle-même inventés, en affirmant qu'ils sont soumis à des “lois”, et en appelant « science » la connaissance... de ces lois. A la limite, pour définir la science économique, il suffira de dire qu'elle est la science de l'économie, et le tour sera joué. La tautologie paraît grossière, elle confine à la supercherie, mais Say ne fait pas autrement quand il dit “l'économie politique est la simple exposition des lois qui président à l'économie”. A l'aide du mot “loi”, ce qui était un “art de gouverner” ou une “manière de gérer” devient, sous la plume de Say, une “science”.» L'innovation de Say est fondamentale. Jamais, jusqu'alors, “économie” n'avait signifié un domaine social ; jamais on n'avait parlé de l'économie comme science d'un objet appelé économie. Depuis ce jour, le mot “économie” comporte, du moins en français, une insupportable ambiguïté : nous ne savons pas si nous parlons de la science ou de son objet. Et pour cause : cet objet n'existe pas ! Ce qui existe, c'est un discours économique qui fabrique ses propres objets et qui finit par croire à l'existence extérieure de ces êtres fantastiques qu'il a lui-même engendrés [ totidem verbis, isn’t it ? ].
Quote:
Sztôpp ! Arrêt sur l’image, s’il vous plaît, pour une fois qu’un auteur dit la même chose que moi. Ce qui existe, vous l’aurez noté, ce qui existe au sens des dictionnaires populaires — c’est à dire ce qui est doté des caractères des choses, ce qui n’est pas le cas de tous les objets qui n’en existent pas moins comme objets cependant — ce qui existe est un discours économique. La seule chose qui puisse à juste titre être qualifiée d’économique est un discours économique et je dis bien chose, car les discours sont des choses contrairement aux nombres, par exemple, et des choses abominablement envahissantes ; mais, hélas, cette chose qu’est un discours économique n’est pas économique. Ce discours, au même titre que tous les discours, n’est pas économique même s’il existe un sens du terme « économique » qui s’applique aux discours, depuis la plus haute antiquité (consultez le dictionnaire). Notre auteur est formel : l’objet fabriqué par ce discours n’existe pas et seul existe le discours qui fabrique cet objet. Le sieur Latouche qui cite cet auteur ne comprend pas ce qu’il cite. Il vient avec sa petite chanson d’un champ sémantique. Il dit à la fois : l’économie n’existe pas, mais elle existe pourtant puisque le discours économique produit un champ sémantique. Or un champ sémantique est bien une chose, effectivement, mais elle n’est pas une chose économique. Ce n’est pas parce que le champ sémantique du discours économique existe, au même titre que le discours économique qui l’engendre, que ce champ sémantique est une chose économique. C’est un champ sémantique au même titre que n’importe quel champ sémantique. Et un champ sémantique n’a absolument rien qui puisse être qualifié d’économique au sens qui nous occupe ici. Le champ sémantique du discours économique n’a rien qui le distingue du champ sémantique de la physique ou des mathématiques ou de l’argot des bouchers. Comme le dit très bien notre auteur un peu plus bas : il s’agit de techniques de gestion des rapports sociaux (Durkheim et moi-même parlons de « recettes ») et qui plus est ces techniques sont efficaces (ici, elles n’éloignent pas les porcs, comme aux Trobriands, elles les attirent). Mais cela n’implique nullement qu’il existe une chose économique. Ces techniques gèrent très efficacement les rapports sociaux mais ces rapports sociaux n’en demeurent pas moins totalement inconnus, ils n’ont rien à voir avec les objets produits par le discours économique (en fait, les objets produits par cette prétendue science économique ne sont là que pour dissimuler les choses effectives que connaissent encore les sauvages, comme le note Weber. Il faut empaler le cadavre de Hobbes et ceux de ses successeurs anglais dans un super Carpentras), ces rapports sociaux ne sont l’objet, jusqu’à ce jour, d’aucune science digne de ce nom. La « loi » de Gresham qui dit depuis cinq siècles que la mauvaise monnaie chasse la bonne n’a jamais été violée de mémoire d’homme et cependant elle ne dit absolument rien des rapports sociaux qui conservent tout leur mystère. On sait seulement que lorsque les gens n’ont plus confiance dans la monnaie, ils planquent la bonne monnaie et vont chez le boulanger avec des brouettes de marks. La monnaie est un fait anthropologique qui demeure totalement inconnu quoique familier. Amaïh Pleksy-Gladz ! Je vais me taper un petit coup de champagne. »


Cette confusion entre l'objet et son discours n'est pas propre à l'économie : elle est partagée par d'autres sciences humaines, à commencer par le droit. Droit, économie : des techniques de gestion des rapports sociaux devenues sciences scientifiques [ Des sciences scientifiques ! Funny ! Davantage d’avantages ].» L'illusion de l'existence objective d'une structure sociale appelée “économie de la société” est si puissante que Marx en fit la base de la société et inventa une contradiction tout aussi illusoire entre cette base imaginaire et une prétendue superstructure politique [ Bravo ! Il est formidable ce Fourquet. ].» En ce point précis s'origine [ gloup ! c’est un bordurisme ! ] ce que j'ai appelé la théorie étatique de la connaissance (cf. p. 17). Elle énonce : les sciences humaines sont des savoir-faire de l'État qui renient leur origine. Les cadres de la théorie de la connaissance sociale sont les cadres mêmes de la pensée d'État. Ils correspondent aux cadres institutionnels réels de l'appareil d'État. Cette origine, nous l'avons refoulée, à force de croire : 1) que l'objet de la connaissance obéit à des lois rigoureuses, indépendantes du pouvoir et de l'État ; la nation s'est symboliquement ou mythiquement détachée de l'État ; 2) que la position du savant (chercheur, universitaire) n'a rien à voir avec la position de l'homme d'État. Smith n'avait pu déployer le mythe de sa Richesse des nations que sur la base de la forclusion de la puissance et du pouvoir : il en sera de même de la plupart des sciences humaines. » Les sciences humaines, ce sont, tout simplement, nos mythes. » (pages 282-283)* * *« La main invisible porte aujourd'hui un autre nom, scientifique : c'est la “structure”, objet du culte des sciences humaines. Les “lois”, ou la “logique” des relations sociales, organisent de l'intérieur les relations entre les éléments (der innere Zusammenhang de Marx). Les relations perçues ici-et-maintenant ne sont que la réalisation de cette structure “immanente à ses effets”, comme disait Althusser, à moins qu'elles ne soient une “incarnation” de la structure ou une “actualisation” d'une “Idée virtuelle” (Deleuze. [Tchatcheur, qu’est-ce alors qu’une idée réelle, une idée « chosique » ? On n’est jamais trop jargonneux avec les jargonneurs]). La loi structurale, la loi divine se fait chair dans les régularités empiriques. Cette manière de penser transforme un classement [ Bravo ! C’est ça, exactement, un classement ], dont l'intellect a besoin pour démêler l'écheveau des relations empiriques, en une structure-substance historique pourvue d'une efficacité causale quasi divine. Les sciences sociales, croyant en l'existence d'une main invisible, croient à la possibilité de la dégager des profondeurs de l'objet, l'exhumer, l'exhiber, la mettre au jour, en démonter les mécanismes [pensez à la critique de Frazer par Wittgenstein]. La structure doit expliquer la réalité empirique (sinon, quel intérêt ?), comme autrefois la volonté de Dieu expliquait ses propres manifestations dans la nature ou la société. De là le triomphe des mathématiques en économie : elles fournissent le modèle d'une scientificité rigoureuse, d'un déterminisme absolu, avatar moderne de la volonté de Dieu. Il y a autant de perfection dans les mathématiques que dans Dieu. Ne plus croire aux mathématiques, c'est ne plus croire en la scientificité de la science sociale ou économique. C'est bien difficile. Voilà pourquoi aucune critique n'aura raison de l'inextinguible soif de scientificité des économistes ; aucune démonstration du fait que les relations réelles n'obéissent jamais aux modèles mathématiques (notamment à l'échelle mondiale) n'aura raison de la croyance en la vertu de ces modèles. Si l'on avoue la faillite d'un modèle, c'est pour placer son espérance en un autre, plus « scientifique », et non pour interroger la validité des outils mathématiques en général. Les sciences humaines n'ont pas coupé leur lien ombilical, historique et épistémique à la fois, avec leur origine théologique. Elles conservent leur statut sacerdotal (des théologies de la société) et leur relation avec l'État, héritier de la sacralité de l'Église. » [ Bravo ! el matador ] (page 288)


Le grain de sel de Heil myself ! C’est l’illusion de science qui a engendré l’illusion d’objet. D’ailleurs, même les sciences effectives engendrent une illusion d’objet : nature ou matière, qui ne sont en fait que des classes de faits, la classe des faits qu’étudient ces sciences effectives. Les sciences étudient des faits et seulement des faits, non pas des classes de faits. Voilà pourquoi c’est la théorie qui prescrit les expériences et pas seulement les expériences. (Avec la « science économique », il ne reste que l’illusion. Comme d’habitude, la grammaire n’est pas comprise.) Je ne peux pas dire : « L’ensemble des planètes du système solaire est vert », ni « L’ensemble des planètes du système solaire sont vertes », mais je peux dire « Toutes les planètes du système solaire sont vertes » car c’est la même chose que de dire : « Chacune des planètes du système solaire est verte ». Le système solaire n’est pas un ensemble de planètes, mais une chose singulière où l’immédiateté des planètes est supprimée grâce à Newton, ce qui émerveilla Hegel. De même avec la grammaire de la question « Est-ce qu’un arbre fait du bruit en tombant lorsqu’il n’y a personne ? ». La question réellement posée est : « Est-ce qu’il y a audition lorsqu’il n’y a pas audition ? ». La réponse est évidente. La grammaire du mot « bruit » n’est pas comprise. Personne ne pose la question « Est-ce qu’il y a vision lorsqu’il n’y a pas vision ? » ou « Est-ce qu’il y a apparition lorsqu’il n’y a pas apparition ? » ou « Est-ce que les choses sont vues lorsqu’on ne les voit pas ? » — la question qui doit être posée est : « Est-ce que le choses sont vues quand on les voit ? » et la réponse est : « Les choses ne sont pas vues comme elle sont jaunes ». Non seulement « rien d’indique dans le champ visuel qu’il est vu par un œil » mais, plus radicalement encore, rien n’indique qu’il soit vu. Une découverte simplissime de Wittgenstein et qui demande un très faible appareillage (il suffisait de voir qu’il n’y a rien à voir !) est que « le champ visuel n’a pas de bord » — ou « Est-ce que le jaune est jaune quand on ne le voit pas ? ». Toute apparition est miraculeuse. Les sciences effectives sont donc des signes de classe concrets ! Le positiviste pur et dur doit répondre à la question « Que pensez vous de la nature ? » par « Sire, c’est une hypothèse inutile. » Exactement ce que le futur marquis de Laplace répondit au futur Napoléon (c’était le Directoire, un faubourg de l'Empire. Donc Pierre Simon répondit : « Général, c’est une hypothèse inutile ») en parlant de Dieu.
Résumé : les sciences de « la nature » étudient des faits et non des classes de faits ; seulement des faits et non pas « la nature », encore moins le monde ainsi que le croit Searle [ « Le mot : nature prend encore un autre sens, celui qui détermine l'objet, alors que le sens précédent signifiait seulement que les déterminations de l'existence des choses en général sont conformes à des lois. Donc la nature, considérée materialiter, c'est l’ensemble de tous les objets de l’expérience. » Kant, Prolégomènes. L’ensemble des objets de l’expérience, « la nature », est bien un objet mais non pas un objet réel. Capito ? ]. De même, l'économie politique étudie des faits mais... elle prétend étudier des institutions, elle prétend étudier une institution qui serait « l'économie » alors que l'économie est seulement la classe des faits étudiés. Quant à la science qui étudierait les institutions, elle n'existe pas encore. Les prétendues sciences sociales n'étudient pas les sociétés mais seulement des faits, dans le meilleur des cas. Dans le pire, elles n'étudient rien du tout, par exemple, comble du ridicule et de la stupidité, « l’étude d’un homo œconomicus plus ou moins fictif » (complètement fictif). Durkheim recommande, faute de mieux et sans préjuger de la suite, de s'en tenir aux faits plutôt que de divaguer dans les hypostases. Production, distribution et consommation sont des catégories, et, comme le montre Fourquet, des catégories qu’utilisent les hommes d’État. Les catégories, dans tous les mondes possibles, constituent un classement, elles ne constituent pas un monde. La production ne produit rien, la distribution ne distribue rien, la consommation ne consomme rien. On se croirait toujours aux beaux jours de la querelle des universaux.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Display posts from previous:   
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ? All times are GMT + 1 Hour
Page 1 of 1

 
Jump to:  
You can post new topics in this forum
You can reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group