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Protoindustrialisation, industrie et invention de l'économie

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 05 Jun 2007 7:45    Post subject: Protoindustrialisation, industrie et invention de l'économie Reply with quote

Pour sortir de l'économie, il faut d'abord savoir comment on y rentre. Qu'est-ce que pratiquement l'économie qui s'invente ? Comment l'invention de l'économie s'est-elle concrètement incarnée concrètement dans nos vies.

Voici le cas de l'invention de l'économie dans la paysannerie et notamment à travers un exemple bien particulier (et non exhaustif) qui est celui de la proto-industrie rurale. Pour rendre compte de manière exhautive, de l'invention de l'économie dans ces couches là de la population majoritaire au XIXe siècle, il aurait fallu en effet parler longuement de la " révolution agronomique " du XVIII, de la destruction des droits d'usages communuatires, de la part croissante de l'argent dans l'existence de la vie paysanne, etc. C'est donc là seulement à partir d'un angle très précis que j'aborde la question. Encore une fois on verra que la question de la technique, des procédés industriels ne sont pas séparables de la question de la généralisation dans nos vies de la dépossession orchestrée par l'échengeabilité totale (je n'aborde pas la question de l'ouverture du monde paysan par les transports alors que cette question est vraiment centrale pour comprendre l'espace que produit l'économie qui s'invente, car celle-ci ré-agence totalement l'espace à son image).

Quote:
Protoindustrie rurale, formes industrielles concentrées et invention de l'économie : aspects de la " modernisation " des campagnes en France.

Le philosophe Charles Marx en distinguant pertinemment le « capitalisme commercial » comme période précédent l’apparition du « capitalisme industriel », est à l’origine du concept de « proto-industrialisation » [1] forgé par Mendels en 1972. Pourtant ce concept n'est pas si nouveau que cela puisqu'il existe en Allemagne depuis le XIX siècle, sous le terme de « Verlagssystem », et en Angleterre sous celui de « Putting out system ».

Il faut ainsi distinguer l’artisanat classique de tradition rurale, de la proto-industrie rurale (P.I.) qui apparaît au XIX siècle, car cette dernière est marquée par le marchand-fabricant et la vente des produits hors de la zone de fabrication dont a si bien parlé K. Polanyi dans La Grande Transformation. Ainsi l’artisanat rural traditionnel a pour débouché non seulement l’autoconsommation mais plus encore et de façon beaucoup plus large, il participe à cette " téléologie vitale " (M. Henry) qui est une manière immédiate et non médiatisée par des représentations économiques, au travers de laquelle la vie répond elle-même à son propre désir. Tandis que la proto-industrie rurale, de part le principe de l'échange - et dont le support de l'argent - qui en est la structure de base, c'est-à-dire la condition de possibilité et la finalité, existe pour un " marché économique ", c'est-à-dire une interdépendance sociale entre différents échangistes spécialisés, dont la spatialité est d'ailleurs étendue, c'est-à-dire déjà dé-localisée. Ainsi à la différence d'un artisanat rural classique dont le principe n'est pas l'échangeabilité de ses " produits " (et on pourrait d'ailleurs dire que le terme de " produit ", qui appartient déjà au bassin sémantique d'une certaine culture des objets de consommation, est inadéquate pour parler de l'artisanat rural classique, et ainsi les " produits " ni existent pas), la proto-industrie rurale est une forme importante de « l’invention de l’économie » selon le mot de S. Latouche, et notamment de son invention dans le monde des campagnes. Cette proto-industrie rurale sera le principal vecteur d'introduction des catégories de base, des formes et représentations de l'économie, et par là l'introduction dans les campagnes du type de relation sociale que produit l'échange marchand.

Cependant la proto-industrialisation des campagnes en tant que forme évolutive vers le triomphe des formes concentrées de l’industrie qui vont suivre, est paradoxalement en elle-même une des formes de la désindustrialisation des campagnes.

1. L'introduction de la proto-industrie rurale ou l'invention de l'économie dans les campagnes.

Dès 1830, France, Allemagne, Italie et Espagne sont dans des situations voisines, c'est-à-dire que ces pays ne connaissent pas d’amorçage de " décollage industriel " [2].

Un échange marchand qui avait déjà une place complémentaire dans la vie paysanne mais qui va commencer à prendre un essor considérable avec l'introduction de la proto-industrie rurale.

L’historien Karl Polanyi a très bien décrit ce qu’il a appelé la « grande transformation ». En effet, la protoindustrialisation débute en France dès le XVIII siècle et se poursuit dans la première moitié du XIX siècle. Les principes en sont les suivants : Le marchand qui est un entrepreneur urbain, apporte la matière première à des travailleurs ruraux ou à domestiques ruraux, qui produisent un produit fini (exemple : la clouterie) ou un produit en cours de transformation (exemple du textile : que se soit le travail de la filature [3] ou celui du tissage). Si l'on prend justement le cas du textile, le marchand-fabricant contrôle le processus productif (qui forme une véritable chaîne sociale de Travail, et donc qui déjà prend la forme sociale d'une division de tâches séparées et dont les gestes et résultats sont chaque clairement définis et normés) de façon totale notamment en coordonnant les différentes phases (filature, tissage, apprêtage, tenturerie), mais c'est lui aussi qui commercialise les produits finis. Ce processus de production est également un complexe d’imbrication entre l’artisanat rural, l’artisanat urbain et la manufacture concentrée où les produits sont finis.

Les paysans sont dans ce processus, une main d’œuvre à bon marché qui travaillent pour le marchand-fabricant mais comme activité complémentaire au travail des champs, car la proto-industrie rurale est pour eux une activité qui va permettre d'obtenir un peu d'argent (n'oublions pas qu'il n'y a pas de salariat et donc de salaires, l'activité paysanne échappe encore largement à la médiatisation de l'argent). Ce sont souvent d'ailleurs dans le cadre seulement complémentaire de cette activité particulière de la vie paysanne, les femmes paysannes qui travaillent aux activités proto-industrielles [4]. De plus pour les marchands-fabricants, les ouvriers ruraux sont un risque social limité, car plus dociles et plus stables que les ouvriers d’usine qui sont d'ailleurs encore très peu nombreux.

Dans certains départements les revenus tirés des activités proto-industrielles représentent près de 40% des revenus monétaires des familles agricoles (Somme, Haute-Marne, Jura, Rhône, et jusqu’à 95% du revenu monétaire dans les vallées vosgiennes les plus industrialisées). Cependant il faut grandement relativiser ce que représente dans la vie paysanne, un " revenu monétaire ". Car la richesse n'est pas encore une richesse définit par l'économie et l'argent, la richesse reste avant tout sociale (droits d'usages communautaires désormais attaqués ; entraide et solidarité ; oeuvres pieuses ; etc.) En France en 1862, l’énquête agricole nationale dénombre un million d’agriculteurs (propriétaires et journaliers) qui passent en moyenne entre 130 et 160 jours par an à travailler dans la proto-industrie.

L'économie en s'inventant produit son propre espace : des nébuleuses de proto-industries dispersées.

La géographie des industries rurales en France est déterminée par des contraintes de localisation. Les exploitations minières dépendent de la nature des sous-sols, tandis que la métallurgie dépend de l’importance du bois comme combustible. Ceci explique la dissémination des hauts-fourneaux, des forges et verreries dans les espaces forestiers [5]. Même pour le textile, il existe une contrainte de localisation. Pour la toile, c’est le nord de la France qui est une zone de culture de lin, tandis que les zones de culture de la soie sont différentes. La disponibilité énergétique est également une importante contrainte de localisation. L’énergie hydraulique (le moulin à aube ou la turbine) qui est la principale source d’énergie jusque dans les années 1840, implique une logique de localisation près des cours d’eau dans des régions pluvieuses et de moyenne montagne. Le travail du textile nécessite également d’importantes quantités d’eau. Cependant il faut noter aussi que l’industrie dispersée à la campagne suit ainsi les rythmes saisonniers imposés par les débits des cours d’eau. Les moulins hydrualiques ne peuvent fonctionner que dans la période de fonte des neiges, ainsi certaines activités proto-industrielles ne sont que saisonnières pour les paysans. L'été, les ouvriers-paysans sont aussi pris par le travail de récolte, et l'activité proto-industrielle décrôit fortement.


Mais le grand âge de la P.I. se situe entre 1830 et 1860 où pendant 30 ans, sa part dans la production nationale ne cesse de s’agrandir. Ainsi en 1840, un tiers des 40 000 communes françaises (qui sont essentiellement des villages paysans) abritent des activités proto-industrielles. Dans certaines régions où ils sont plus nombreux, les ourvriers-paysans et autres travailleurs à domicile constituent des « nébuleuses proto-industrielles » spécialisées sur un ou plusieurs produits.

Ainsi nous trouvons une première nébuleuse de fabrication de cotonnades autour de Rouen, de Caux, en Picardie et dans le bocage normand. Une deuxième nébuleuse est localisée autour de Mulhouse et dans les vallées vosgiennes orientales. Une troisième nébuleuse de cotonnades se situe autour de Lyon dans les monts beaujolais et les monts du lyonnais (les fameux " Canuts " de Lyon ne sont qu'un élément d'une chaîne sociale de travaux de production qui part de l'arrière-pays rural de Lyon). Pour ce qui est de la transformation de la laine, on connaît deux nébuleuses à Elbeuf près de Rouen et autour de Sedan. Dans cette branche, on retrouve aussi de plus petits centres dans le Midi languedocien (Lodève, Clermont-L’hérault, Mazamet) et à Vienne. L’ouest armoricain lui connaît une importante nébuleuse de transformation du lin et du chanvre. Autour de Lyon et jusque dans le Vivarais, la Savoie, le Jura méridionnal et les Cévennes, une vaste nébuleuse s’est spécialisée sur la transformation de la soie.

La transformation des métaux engendre également de nombreuses nébuleuses. Les Ardennes forment une nébuleuse de clouterie et boulonnerie à domicile. Le Jura donne lieu à une nébuleuse attachée au travail du bois et à l’horlogerie (l’horloge comtoise, etc). Mais il existe également des vallées papetières (Dauphiné et Vosges), des vallées tannières (Aniane dans l’Hérault), des vallées huilières, etc. La carte de concentration de ces activités industrielles délimite une ligne de partage partant de la Picardie vers la région Rhône-Alpes qui sera déjà la future carte de la France industrielle.


2. Les facteurs de changement de la proto-industrie rurale dès 1830 : vers les " formes industrielles concentrées " et la désindustrialisation des campagnes.

Le progrès technique.

L’avantage de la proto-industrie rurale pour le marchand-fabricant est nous l'avons dit, la main d’œuvre bon marché. Quand la technique et notamment le machinisme va substituer à la proto-industrie la forme industrielle concentrée de l’usine (ce qui est caractéristique du phénomène qui donna lieu aux révoltes luddistes en Angleterre), les campagnes commencent alors à se désindustrialiser. En effet, les formes industrielles concentrées vont faire de la concurrence à la proto-industrie rurale dispersée dans les villages et qui était toujours qu'une manière d'échangéifier ses activités pour recevoir un peu d'argent qui n'était pas encore essentiel pour la vie des paysans.

Cependant la technique et donc le passage de la proto-industrie rurale à des formes plus concentrées, progresse différemment selon les " branches de production " (vocabulaire de l'invention de l'économie) et selon des chronologies différenciées. Le machinisme touche ainsi dans un premier temps (dès 1830’s en France), le textile avec la mécanisation d’un opération spécifique de la transformation du coton : la filature. On sait que le luddisme britannique des années 1816-1820 est comme nous l'avons dit, une réaction à l’introduction du machinisme dans cette branche. La forme industrielle concentrée était donc dénoncée et combattue par les " luddistes ", au nom de la proto-industrie rurale et de l’artisanat rural traditionnel qui parce que ces activités là n'était que complémentaires à la vie paysanne, pemettait de continuer à vivre dans un certain type de relation sociale et de rapport à la nature. En brisant les machines des formes industrielles concentrées, les paysans-luddistes vivant de manière complémentaire de la proto-industrie rurale, défendaient donc leurs conditions de vie. Ils savaient que la proto-industrie leur permettait de vivre encore dans leurs villages, dans une certaine autonomie et vie communautaire, et leur permettait de ne pas être obligé de partir s'agglutiner dans les faubourgs miséreux des villes. Car la solution d'une activité complémentaire dans la proto-industrie rurale dispersée, avait été aussi une manière pour nombreux paysans, de pallier au phénomène massif de l'enclosure des champs, c'est-à-dire de la fin des droits communautaires sur les terres et l'imposition d'une propriété individuelle exclusive désormais délimitée par une barrière. La paysannerie pauvre dans les villages qui n'avait pas assez de terre à elle, pour nourrir suffisament ses quelques bêtes (droit de vaine pâture), ou pas assez de terrain à elle pour récolter des aliments, vivaient de l'existence de ces droits communautaires sur la terre du village (droit de glanage, droit de ramassage du bois mort, etc.) La déstructuration de ces droits communautaires, en Angleterre dès le milieu du XVIIIe siècle sous la poussée des théories des agronomes et physiocrates, et en France particulièrement à partir de la " Révolution française ", fragilisera des couches entières de la paysannerie, qui tombera alors dans les bras, si elle veut rester vivre sur son lopin de terre dans son village, dans les bras du marchand-fabricant de la proto-industrie rurale qui passait par là, dans leur village. Pensant trouver un moyen de vivre toujours de leur lopin de terre grâce à l'activité complémentaire (et souvent la seule qui va procurer de l'argent à la famille paysanne) de la proto-industrie qui permettait de travailler à la maison (sorte de " télé-travail "), les paysans comme les luddistes par exemple, vont bien entendu voir rouge, quand les formes industrielles concentrées vont apparaître : car la fin de la proto-industrie signifiait pour eux clairement qu'ils ne pourraient plus continuer à vivre de la vie paysanne, et qu'ils seraient dès lors impossible de vivre de leur maigre lopin de terre sans aucune activité complémentaire désormais concurrencée par les machines de la manufacture. Pour ces luddistes là, briser les machines, c'est donc une question de vie ou de mort. C'est ça, ou partir enfants et bagages à la main vers les faubourgs miséreux de la dépossession de toute autonomie, où ces paysans là seront dans cette dépossession de toute autonomie, obligeaient de vendre totalement contre de l'argent (l'équivalent général qui leur permettra en tant que rouage d'une interdépendance échangiste de vivre dans une vie désormais plus qu'économique), c'est-à-dire seront intégrer au Salariat des villes.

Or, le progrès technique qui invente des outils et des machines déterminés non plus par le savoir-faire de la vie, mais par un nouveau type de connaissance, le savoir scientifique galiléen, va très vite en ce XIXe siècle. A partir des années 1850’s, la mécanisation se généralise aux autres fibres, en particulier la filature de la laine (la soie un peu plus tard). Et le progrès technique dans la métallurgie et la sidérurgie apparaît dans les années 1850 (1856 : convertisseur Bessmer ; 1864 : four Siemens-Martin), et entraîne immédiatement la crise de la fonte à bois dans les années 1860’s, qui avait donné lieu à une importante proto-industrie rurale. Mais c'est aussi l’investissement industriel qui progresse fortement dès les années 1820’s, avec par exemple la construction de grandes usines sidérurgiques (pour la France, Fourchambault dans la Nièvre) ou des filatures mécaniques (par exemple dans la région de Mulhouse).

Cependant cette opposition entre la proto-industrie rurale et les formes industrielles concentrées qui marqueront notre modernité, et qui donna lieu à des luttes luddistes très particulières, est marquée par une longue dualité. Car il n’y a pas disparition du jour au lendemain des anciennes formes industrielles pour de nouvelles, mais bien coexistence.

La nouvelle disponibilité énergétique.

Les historiens relativisent aujourd'hui la puissance de la " Révolution industrielle ", et notamment dans le domaine des nouvelles énergies de l'époque. En effet, si la machine à vapeur va permettre à partir du milieu du XIX siècle de limiter la dépendance à l’énergie hydraulique, celle-ci a pourtant résister, car les marchands-fabricants préfèrent encore souvent amortir des installations qui ne leur coûtent pas grand chose. Ainsi, en France en 1840, pour ce qui concerne la proto-industrie rurale, on compte 2000 manèges (actionnés par des animaux) pour la machinerie, et près de 45 000 moulins hydrauliques et éoliens. De plus, du fait de la rareté du charbon fossile dans le sous-sol national, la cherté de cette énergie permet un maintien de l’énergie hydraulique qui bénéficie même des progrès de la technique (1860 : invention de la turbine centrifuge Bergès). Ainsi à l'opposé d'une vision un peu rapide de la " Révolution industrielle ", l’hydraulique connaît même un renouveau à la fin du XIX siècle avec le développement de l’hydro-électricité permettant une revitalisation de la proto-industrie rurale.

Une longue persistance du dualisme industriel en France.

Au XIX siècle, la proto-industrie rurale et les formes urbaines d’industrie concentrée coexistent autant de façon concurrente que complémentaire. Et malgré le renversement de tendance à partir de 1860, la P.I. se maintient en France, jusqu’en 1930. Et 1931 marque en France, l'année d'équilibre entre la population rurale et la population urbaine. Désormais la concentration urbaine qui n'est que la forme spatiale (le " dispositif spatial ") de l'interdépendance échangiste de l'économie qui s'invente, ne cessera de croître. A la fin du XVIIIe siècle, la France connaissait 80% de ruraux. En 2007, elle connaîtra 80% d'urbains concentrés sur seulement 20% du territoire national. Entre les deux, l'économie a été inventée.



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[1] Concept inventé en 1972 par Mendels.
[2] Notons que des historiens actuels comme Levy-Leboyer ou François Crouzet réfutent par exemple la notion de « décollage » pour la France, car on ne peut considérer l’industrialisation comme un phénomène national. L’industrialisation en Europe se fait en effet seulement à partir de pôles régionaux (Rhénanie, Catalogne, Piémont, Milanais, nébuleuses proto-industrielles plus diffuses en France). De plus, la France à la différence de ces autres pays est un pays de plus vielle industrialisation.
[3] La mécanisation de l’industrie textile cotonnière ne touche que la filature et pas le reste de la chaîne.
[4] En 1880, en Italie, les femmes forment 90% de la main-d’œuvre de la proto-industrie rurale.
[5] Ainsi le code forestier de 1827 vise à protéger la forêt contre les droits communautaires (ramassage du bois mort, cueillette des produits forestiers, etc), et pour les usages de l’industrie dispersée.

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 05 Jun 2007 16:11    Post subject: Reply with quote

Intéressant tout ça.

Maintenant, est-ce qu'on peut sortir de l'économie comme on y est entré, en suivant le chemin en sens inverse ?

On peut dire que, à partir du moment où l'on produisait pour vendre, même sur un marché peu étendu, le pli était pris. Comme tu le dis, industrialisation et économie vont ensemble car l'interdépendance marchande autorise (et suscite) la spécialisation des tâches, la division du travail. En retour l'augmentation de la production oblige à entendre les marchés pour écouler la production et amortir les investissements.

Comment donc on peut sortir de l'économie et de l'industrie (ou du moins imaginer un premier scénario) ?

Si on sort de l'économie, alors les magasins deviennent de simples dépôts où les habitants prennent ce dont ils ont besoin. Le capital devient la simple capacité politique à mobiliser des personnes en vue de réaliser telle tâche. La sortie de l'économie c'est donc tisser des liens entre suffisamment de personnes, inventer des institutions qui facilitent cela (bourses d'autonomie), etc, de façon à mobiliser ou être mobilisé sans échange d'argent. Mais si on ne pense pas également l'industrie et la sortie de l'industrie, cette mobilisation risque bien de se faire dans le vide.

Si on sort de l'industrie, on peut dans un premier temps s'imposer la rotation des tâches (et donc accepter une diminution de la productivité puisqu'on a jamais le temps de devenir spécialiste), de façon à ce que la division du travail soit uniquement technique, mais pas sociale. Dans un deuxième temps, on peut imaginer que cette déspécialisation produit des individus plus débrouillards, capables d'imaginer des outils conviviaux à partir de leur expérience et du recul critique vis-à-vis de l'organisation industrielle qu'ils auront appris à connaître. A creuser.

Tout cela semble très pur, comme objectif, et si éloigné qu'il y a de bonne chance qu'on le perde de vue pour peu qu'on commence à se mettre en chemin pour l'atteindre.
Mais on voit tout de même quelques caractéristiques d'un collectif qui se donnerait les moyens de sortie de l'économie et de l'industrie. D'abord il réunirait des compétences et personnalités très différentes et complémentaires. Ensuite la confiance en son sein serait de nature à permettre un juste partage des ressources (placées dans des "dépôts"), alors même que la contribution de chacun à l'effort commun serait par nature difficile à chiffrer. Les "frontières" de ce collectif, le partage entre "eux" et "nous", devraient donc sans doute exister explicitement tout en étant révisable (?).
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pm86



Joined: 15 Nov 2005
Posts: 116

PostPosted: 06 Jun 2007 12:41    Post subject: Reply with quote

Entièrement d'accord avec Deun, et je dirais même plus :

Savoir comment on est entré dans l'économie permet de prendre conscience qu'on ne sortira pas de l'économie par un simple retour en arrière, car, quelque soit l'étape à laquelle on s'arête, la machine peut repartir dans le même sens et nous ramener au point actuel !

Pour provoquer une sortie de l'économie il s'agit d'inventer un futur original sur la base de valeurs claires et privilégier tant individuellement que collectivement les actions qui vont dans ce sens.

Pour ma part, le couple "autonomie/solidarité" me paraît très fécond (on peut dire aussi "émancipation/fraternité") comme but et comme moyen.

En ce qui concerne la déspécialisation il me paraît important de faire porter l'effort en premier lieu sur la "production de sens" (production de décisions et production culturelle) en favorisant la participation régulière de tous les membre du "groupe" à cette activité essentielle. Pour les autres activités, plusieurs pistes sont envisageables concommitemment : rotation des tâches bien sûr mais aussi, adaptation des activités en fonction de l'âge (âge des apprentissages - âge de la solidarité - âge de l'autonomie - âge de la dépendance) ou encore répartition du temps en 3 périodes (autonomie - production de sens - production échangeable).
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 06 Jun 2007 20:54    Post subject: Reply with quote

Intéressant. Je suis d'accord avec tout ce que tu dis pm86, c'est vraiment cette démarche qu'il faut engager (autonomie c'est-à-dire quelque part de la tension vers du désamarrage et de la " solidarité ", deux termes qui pourraient donner l'idée d'autonomie collective).

Et bien entendu décrire l'invention économie dans sa descrition historique, dans ses productions de langage (son vocabulaire et ses représentations), ne veut pas dire qu'il faut revenir en arrière, comme si l'on pouvait ravaler chaque étape de l'invention de l'économie en sens inverse. Encore une fois, il faut dire que l'invention de l'économie s'est la rencontre inédite avec l'échange marchand (médiatisé par une monnaie) qui avait jusqu'alors une place très minime et complémentaire dans la vie, et une idéologie (l'économie politique, c'est-à-dire les sciences économiques, qui apparaissent au XVIIe-XVIIIe s.). La rencontre de ce deux phénomènes, va lancer l'invention de l'économie, c'est-à-dire une société où tout le monde devient interdépendant car la vie est basé sur le principe de l'échange. Et donc chaque individu devient un " travailleur collectif " (Marx), il se spécialise, touche en échange un stock d'équivalent général pour s'échanger les choses dans l'interdépendance que l'on forme désormais, et avec cela on s'achète les " produits " que d'autres rouages ont produits du fait de leur spécialisation à eux.

Pour moi, je crois que je tiens à écarter une vision " technique " de l'industrie. Il me semble que les machines et outils, ne sont finalement que secondaires. Je pense qu'il faut rattacher " l'industrie ", à un processus particulier de la " production " : une production de masse (produits en grand nombre et de façon standardisé). comme je l'ai dit, le terme de " production ", n'existe pas avant l'invention de l'économie. La " production ", c'est ce que fait une chaine sociale de " travail ", la " production " est donc ce que font les " travailleurs collectifs " en tant que spécialistes. La spécialisation n'a donc pas un rapport principiel avec la production de masse (l'industrie), mais avec la " production " (l'économie).

La production de masse, donc l'industrie, est une forme de l'économie qui s'invente, c'est-à-dire qui se déploie pleinement comme monde. Avec l'exode rural massif que connaissent les sociétés européennes (dès 1770's en Angleterre, à partir de 1830's en France), les paysans plus pauvres qui ne peuvent plus vivre dans les villages du fait de la fin des droits communautaires sur les terres, arrivent dans les faubourgs des villes (forme spatiale agencée unilatéralement par la relation échangiste, puisque tous les urbains forment déjà une sorte de club échangiste, ils dépendent tous les uns des autres dans la vente des produits sur lesquels ils se sont spécialisés - et cette intérdépendance, c'est ce que nous nommons une " société " : avant l'invention de l'économie, il n'existe pas de " société "). Et ces ex-paysans, dépossédés de toute autonomie dans les faubourgs, se " paupérisent " disent les historiens, c'est-à-dire que par rapport à la communauté échangiste urbaine dans laquelle ils arrivent, ils n'ont aucune capacité à y vivre, puisque le principe de la vie dans la ville échangiste, c'est la possession de l'argent qui permet de vivre dans l'interdépendance. Or ces paysans quand ils arrivent à la ville, ils n'ont pas d'argent, parce que dans les villages desquels ils sont partis (essentiellement à cause de la question de la propriété foncière - la DDHC de 1789 par exemple déclare comme un droit naturel la " propriété individuelle exclusive " donc contre les droits communautaires sur la terre, et ne parlons pas de la législation de 1793-1794, du code forestier de 1827, etc.*) l'argent n'était pas le centre de la vie sociale. Il existait certes, mais il était toujours un moyen complémentaire de vivre en autonomie. La richesse est encore une richesse sociale (il y a de l'entraide) mais aussi de l'autonomie, or en ville la richesse est celle qui agence la ville, qui la rend possible, l'argent : c'est donc une richesse économique (cf. Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté).

Ces paysans déracinés devenus des urbains, vont essentiellement soit devenir des ouvriers des manufactures et usines, mais aussi et surtout ils vont travaillés dans de l'économie informelle, c'est-à-dire les métiers ambulants (rémouleurs, etc.) pas vraiment controlés. A Paris, on connait aussi les communautés d'Auvergnats, qui ouvrent leurs bistrots, tandis que les filles des paysans (et particulièrement de Bretagne, ce qui donnera le personnage célèbre de Becassine, petite bonne de famille paysanne envoyée à la ville) que la famille au village ne peut plus nourrir du fait de la fin des droits communautaires est envoyée comme bonne ou nourrice dans les familles bourgeoises parisiennes, rennaises ou nantaises. Dans le Languedoc-Roussillon, on a par exemple eu une grand immigration de paysans Aveyronnais (les Gabachs), dont certains sont encore aujourd'hui très organisés dans des associations culturelles ou de folklores (aujourdhui que des retraités bien sûr) où ils font des bouffes, dansent le dimanche après-midi, bref des solidarités culturelles d'immigration intérieure. Ne parlons pas de prostitution massive des paysannes dans les faubourgs des villes à l'époque, et notamment des villes de caserne où au XIXe siècle, on peut retrouver 2000-3000 prostituées paysannes. Quand la vie n'est plus qu'une vie économique où l'argent est dominant, alors les produits mais aussi les prestations sexuelles s'échangent car tout est potentiellement équivalent pour l'économie : tout peut s'échater et tout peut se vendre car le principe de l'échange structure totalement la possibilité de la vie dans ces lieux là. Certains aujourd'hui sont même obligés de vendre un rein... ou sont payés pour tester les médicaments et nano-robots de demain...

Cependant cette masse de paysans s'agglutinent dans les villes et les font grossir, et ces paysans sont dépossédés c'est-à-dire que leur vie maintenant dépend de la détention d'un stock d'argent qu'il leur faut gagner à tout prix.

Il faut pour comprendre l'invention de l'économie, voir parallèlement le taux de croissance de l'urbanisation et de l'exode rural : tout cela est lié.

Les gens sont des " travailleurs collectifs " dans les villes c'est-à-dire qu'ils dépendents des autres urbains-spécialisés. Et ils sont dépendant massivement de cette interdépendance, dans chaque dimension de la vie :

- si on commence à être rémouleur et bien on se spécialise et donc on ne peut plus avoir un potager, on peut plus fabriquer des vêtements, on peut plus s'occuper de quelques bêtes (ça existe pas en ville ce type de polyactivité : en ville, on " travaille " , c'est-à-dire on fait qu'une activité), et donc comme les villes ne cessent de croitre on a une masse de personne qui dépendent massivement dans leur survie économique, d'une production de produits qu'ils ne fabriquent plus eux-mêmes.

Face à cette dépendance massive (qui est l'invention de ce que l'on appelle aujourd'hui les " besoins " : des besoins qui sont construits par la dépossession/spécialisation? Les " besoins " n'ont donc rien de naturel et de transhistorique, ils sont une construction sociale, comme ne cessent de le dire la critique du développement) des personnes à l'achat de produit, il faut que la société échangiste urbaine, organise froidement cette interdépendance, c'est-à-dire de manière efficace, car sinon toute les personnes en interdépendance ne pourront survivre dans leur spécialisation. Et donc la production doit se faire massive, car les travailleurs collectifs sont entre eux massivement dépendant tellement la spécialisation est précise et la dépossession est générale.

C'est l'organisation scientifique de la " production ", c'est-à-dire de l'interdépendance :

il faut produire massivement car les personnes dépendent massivement des autres. Et donc la standardisation des produits est un effet interne de ce phénomène. C'est l'invention de ce que l'on appelle " l'industrie ", c'est à dire la production de masse pour répondre à une dépossession de masse.

Voilà, je crois, le cadre, la condition de possibilité de " l'invention de l'industrie ". Celle-ci n'est que la forme en devenir de l'invention de l'économie.

Après la question des différents procédés industriels, techniques, puis informatique, etc, ne sont que des mutations pour l'augmentation de la productivité de cette production de masse. Je le vois comme cela.

C'est pour cela, que peut-être je suis encore un peu réticent, à une " critique de la société industrielle " qui reste souvent sur des questions de science et de technique... Il me semble que se placer au niveau de la critique des procédés industriels (et dire par exemple qu'il faudrait se dé-spécialiser, rotation des tâches, autogestion, etc), on risque peut-être de rester sur le plan de la transformation de l'industrie (Un exemple de cette tendance : le texte " Sortir de l'industrialisme " de Jean Monestier de la LH d'ailleurs, dans le dernier Entropia, fait particulièrement cette erreur, et alors la critique devient totalement inoffensive, puisque on ne va critiquer que les excés de l'industrie, c'est-à-dire que Monestier critique seulement l'industrialisme, et non la production de masse dans ses conditions de possibilité : la dépossession, le Travail, c'est-dire la société économique totale). On a alors dans cette seule critique de la société industrielle, qui ne vient pas sur la compréhension des conditions de possibilité de l'industrie en elle-même, il s'agit d'une simple gestion de la " production ", c'est-à-dire qu'on ne va pas critiquer la " production " en elle-meme, ni la " consommation " en elle-meme, mais critiquer la course à la productivité au sein de cette " production " que l'on accepte. C'est là simplement l'antiproductivisme (traditionnel chez les écologistes et les décroissants), et non la critique de la " production ", c'est à dire de l'économie inventée.

Je sais pas ce que tu en penses deun ? Moi je vois les choses plutot comme cela, il faut qu'on arrive à rattacher la critiquer de l'industrie, de la tecnique à la critique de l'économie, non ?

Je crois qu'il faut vraiment rattacher la critique de l'industrie, à la genèse de l'économie, sinon on s'enferme dans une réflexion sur la technique, et c'est dommage, car on va pas je crois " aux choses mêmes ". Même si il est clair qu'au sein de cette production scientifique de masse (l'industrie), la technique à un moment (je dirais après la Seconde guerre mondiale) s'est quelque part autonomisée. Mais il faut aussi la ramener à l'économie. Pour moi " économie " et " industrie " sont des synonymes, comme " libéralisme " ou " communisme ".

Pour revenir au message de pm86, s'il est clair que nous, sociétés occidentales maintenant entièrement économicisée, il n'y a pas de retour possible dans ce processus historique, et donc la sortie de l'économie est quelquechose qui doit passer par des compromis, des paliers, des entraides, et des expériences : l'invention de chemins nouveaux (mais qui soient clairement en volonté de rupture avec une économie inventée et installée, et dont on a pleinement conscience de sa genèse - ce qui évidemment n'est pas aujourd'hui le cas, chez les écologistes comme chez les décroissants)

Par contre, toute la planète n'est pas encore colonisée par l'économie comme nous le sommes. " Le développement " (cf. La Ligne d'Horizon, Partant, Latouche, Perez-vitoria, etc), n'a pas gagné encore toute la planète, et il existe des luttes (que nous ici ne pouvons pas connaitre puisque nous sommes déjà économicisés) contre le développement, c'est-à-dire contre l'économicisation. De plus il y a des " naufragés du développement ", une " économie informelle ", ou carrément des formes non-économiques de vie dans certaines régions de pays en Afrique, en Asie, etc. Là il est finalement plus facile de résister à l'économie, que chez nous. Mais les gens là-bas, ne savent pas ce qui va leur arriver, il ne connaissent pas comment ce qui s'est passé chez nous en 4 siècles, est en train de se passer chez eux en 30, 50 ans, 100 ans. C'est là-bas, qu'il y a des chances de véritablement sortir de l'économie, car on y est encore pas totalement rentré (cf. L'Autre Afrique de Latouche et LEs PAysans sont de Retour de PErez-Vitoria). Comme disent Amiech et Mattern dans LE Cauchemar de Don quichotte, il était plus facile pour les paysans du temps de G. Courbet de résister à l'économie, qu'aujourd'hui, car ils avaient des choses encore sur lesquelles se raccrocher, se réapproprier, ils avaient encore des choses à défendre. Comme aujourd'hui les Africains ils auraient des choses à défendre pour résister à l'économie, s'ils savaient ce qu'il va leur arriver.

Mais nous, ici où nous sommes, nous n'avons plus rien à défendre, plus rien à se réapproprier, plus rien où se raccrocher. C'est cela notre difficulté immense. Alors au devient un rouage écologiste ou décroissant.... c'est à dire qu'on barbotte dans le grand n'importe quoi (agriculture bio, sans voiture, sans frigos et cie. etc), comme un poisson-rouge sur un sol carrelé. C'est un peu notre situation à tous. C'est très difficile de faire quelque chose de cohérent. On est tellement dépossédé, qu'on en est devenu impuissant.

La décroissance elle est plus facile au Sud, qu'au Nord.

Mais il est vrai que des imbéciles comme le journal La décroissance et bien d'autres, qui sont des écolo-développementistes à font la caisse, croient encore que la décroissance c'est pour les riches du Nord, mais qu'il ne faut pas de décroissance pour le Sud, car il faut conserver à ce SUD les bienfaits du saint " développement ". On comprend que certains " décroissants " n'aient RIEN, RIEN à voir avec les écolo-décroissants développementistes assez minables et qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux croissancistes.

Comme dit Latouche, " la critique du développement est le schibboleth de l'alternative authentique ".


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* Remarquons d'ailleurs que les premiers socialistes du début du XIXe siècle, les socialistes utopiques, ont bien compris d'où venait le paupérisme des villes où les ex-paysans s'agglutinaient : de la question de la propriété foncière. Proudhon évidemment avec son texte célèbre, " La Propriété c'est le vol ", mais aussi Leroux, qui avait des mots très durs contre la révolution française. Les socialistes utopiques ont eu pour principale question de réflexion la propriété foncière. Ils voyaient que c'était là à partir d'un principe juridique qui logicialise la société, que s'inventait le nouveau monde du paupérisme contre lequel ils s'insugeaient. Ces socialistes utopiques ont justement été souvent anti-Révolution française, parce que la révolution française avait inventée la propriété individuelle exclusive. Et c'est justement pour contester cette individualisme et cette abolution de tout conception communautaire, que Leroux inventera le mot " socialisme ". Le mot " Socialisme ", historiquement vient de cette question de la propriété qui était centrale pour les utopiques (c'est un socialisme communautaire, de Fourier à Cabet, ou Proudhon). Social-isme : c'est socialiser, c'est mettre en commun, et c'est là une référence aux droits communautaires sur les terres qui avaient été abolis. Kropotkine dans L'Entraide ou La Coopération, revient bien sûr sur ces droits communautaires, c'est toujours cette conception de la propriété qui leur parait un élément essentiel de la lutte. On sait aujourd'hui que nous mêmes ici, autant que les " socialistes " ou la Gau-gauche actuelle ont baissé les bras contre l'économie qui s'invente, et donc la question de la propriété n'est plus aujourd'hui un objet de réflexion ou de lutte. La Gauche s'est raccroché, dans son tournant nationaliste de la fin du XIX siècle, vers une conception nationalitaire : le service public (pensons aux altermondialistes), une bien pâle réflexion qui ne fait que permettre à l'économie de s'auto-reproduire (scolarisation, infrastructures que la " Main invisible " ne saurait faire, principes régaliens, etc., gestion des inégalités insupportables - la solidarité dans l'interdépendance, et la divine " justice économique "). On comprend que " le socialisme " n'a plus rien à voir avec une résistance à l'économie.
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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 07 Jun 2007 10:09    Post subject: Reply with quote

Clement Homs wrote:
Je sais pas ce que tu en penses deun ? Moi je vois les choses plutot comme cela, il faut qu'on arrive à rattacher la critiquer de l'industrie, de la tecnique à la critique de l'économie, non ?


C'est ce que je fais ici, notamment :
http://www.decroissance.info/Sortir-de-l-industrie-4-6

Ceci dit, je ne vois pas de raison de hiérarchiser les critiques entre elles, car suivant notre propre trajectoire biographique (spécialisée) c'est l'une d'elle qui va nous parler plutôt que les autres. Certains vont voir des marchandises partout, d'autres des techniques, d'autres des images publicitaires, d'autres de l'impuissance politique, d'autres encore de la séparation d'avec le reste du vivant. Globalement il s'agit toujours de médiations, dont l'ambiguïté (une médiation rapproche en même temps qu'elle sépare) apparaît à certains individus de notre société, et à d'autres pas. Il faut à mon avis partir de cette évidence que telle critique n'est pas partagée et qu'elle ne peut se partager uniquement par une argumentation standard, valable pour tout interlocuteur.
Car parmi ceux qui sont gênés par un type de médiations particulier, sont parfois moins gênés par d'autres, voire pas du tout. Alors au lieu d'entamer une guerre pour savoir quelle médiation est la plus critiquable, j'ai pensé qu'il fallait faire vivre ces critiques ensemble pour les articuler entre elles. Par exemple j'avais déjà relevé que la lutte anti-publicitaire pouvait aussi s'interpréter comme une lutte anti-industrielle, par le fait que marques, pub et emballage sont apparus avec les grosses fabriques américaines fin 19ème, là où auparavant les magasins de campagnes pouvaient s'apparenter à de simples dépôts de marchandises vendues en vrac par un plus grand de nombre de producteurs.
Cela me paraît plus intéressant de fédérer et relier les critiques, donc, et cela suppose bien sûr qu'aucune d'elle ne vienne à dominer les autres. Je propose l'idée de délégation en sachant que c'est imparfait et qu'il vaudrait mieux que cela soit discuté plus largement. En somme, avant de sortir de X, il faudrait sortir de la spécialisation militante par laquelle on s'accroche à ce qui devient une expertise, un statut, une place et finalement des évidences partagées à toute petite échelle sociale. Si l'on parvient à fédérer les critiques, c'est moins confortable, mais cela permet d'affiner le propos de chacun. Par exemple, la critique des techniques est indispensable pour anticiper ce qu'il sera raisonnable de vouloir s'approprier (et donc susciter dans le cas contraire une vigilance évidemment absente dans la mentalité actuelle), et présenter cette critique à des militants qui n'en préoccupaient pas conduit à trouver d'autres idées ou points faibles dans celle-ci.
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ivani



Joined: 15 May 2006
Posts: 414

PostPosted: 08 Jun 2007 18:04    Post subject: Reply with quote

Clement Homs wrote:
Comme dit Latouche, " la critique du développement est le schibboleth de l'alternative authentique ".


Sege Latouche a une culture que je n'ai pas. Très content

C'est quoi un schibboleth Question
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 09 Jun 2007 11:05    Post subject: Reply with quote

Une espèce de mot de passe. Un truc qui permet à un groupe d'initiés de s'identifier ou d'être identifié
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Jeuf



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Location: 63 et 75

PostPosted: 04 Jul 2007 14:19    Post subject: Pour une critique partiel du texte ci-dessus Reply with quote

Quote:
La forme industrielle concentrée était donc dénoncée et combattue par les " luddistes ", au nom de la proto-industrie rurale et de l’artisanat rural traditionnel qui parce que ces activités là n'était que complémentaires à la vie paysanne, pemettait de continuer à vivre dans un certain type de relation sociale et de rapport à la nature. En brisant les machines des formes industrielles concentrées, les paysans-luddistes vivant de manière complémentaire de la proto-industrie rurale, défendaient donc leurs conditions de vie.


Et alors? l'industrialisation n'était que la suite logique dans la concentratrion des produtions. Elle n'a fait disparaître que des pratiques qui n'existait même pas 50 ans avant (la petite industrie de campagne), et dont la naissance a probablement dû être source de moults nuisances pour les intéressés (par exemple : contrainte de temps de production exigées par le marchand)

Quote:

C'est ça, ou partir enfants et bagages à la main vers les faubourgs miséreux de la dépossession de toute autonomie, où ces paysans là seront dans cette dépossession de toute autonomie, obligeaient de vendre totalement contre de l'argent (l'équivalent général qui leur permettra en tant que rouage d'une interdépendance échangiste de vivre dans une vie désormais plus qu'économique), c'est-à-dire seront intégrer au Salariat des villes.


argh

Quote:
Car il n’y a pas disparition du jour au lendemain des anciennes formes industrielles pour de nouvelles, mais bien coexistence.

d'ailleurs il n'y a pas si longtemps :

La Libellule wrote:


Sinon ce que je peux te dire, c'est qu'il y a une quinzaine d'années (peut-être davantage, je suis pas sûre du tout), ma grand-mère et ses deux fils faisaient "casseurs de noix" : on leur portait des noix pas cassées, ils les cassaient et les triaient (entièrement à la main, y'avait pas de machine même pour casser) et puis le marchand venait récupérer ses cerneaux (fallait pas casser les cerneaux en cassant les noix!). Comme quoi, quand j'étais petite c'était encore fait par des humains dans notre pays... Mais ils trouvaient ça très mal payé pour la peine que c'était, parce qu'ils devaient travailler très vite toute la journée.

http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=4069&

Quote:
[1931]Désormais la concentration urbaine qui n'est que la forme spatiale (le " dispositif spatial ") de l'interdépendance échangiste de l'économie qui s'invente, ne cessera de croître.

Pourquoi "désormais"?
C'est pas en cours depuis 1700 au moins?

avec 1931 comme milieu de la sigmoïde...

Quote:
Ne parlons pas de prostitution massive des paysannes dans les faubourgs des villes à l'époque, et notamment des villes de caserne où au XIXe siècle, on peut retrouver 2000-3000 prostituées paysannes. Quand la vie n'est plus qu'une vie économique où l'argent est dominant, alors les produits mais aussi les prestations sexuelles s'échangent car tout est potentiellement équivalent pour l'économie : tout peut s'échater et tout peut se vendre car le principe de l'échange structure totalement la possibilité de la vie dans ces lieux là

ne dit-on pourtant pas qu'il s'agit du plus vieux métier du monde?
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