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Des assaconomies

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 15 Jun 2007 11:52    Post subject: Des assaconomies Reply with quote

Assaconomies et bourses d'autonomie.
L’identité socio-institutionnelle des producteurs et des consommateurs


[suite, entre autres de ça, compilé en un seul texte "La décroissance comme souci des délégations" à paraitre sur decroissance.info]

Pour sortir de cette spirale où une délégation en appelle une autre, notre attention devrait s’orienter vers toutes les alternatives pratiques nous permettant de « passer de l’autre côté » des relations de délégations. Si nous refusons les deals d’irresponsabilité, alors nous ne dépensons pas d’argent, mais nous entretenons une relation avec autrui pour l’aider à fabriquer/produire ce dont nous avons besoin. Chaque fois que nous nous mêlons, de façon bienveillante, de ce qui nous regarde pas, et réciproquement chaque fois qu’une personne de confiance intervient dans nos affaires, nous construisons certains aspects possibles d’une autonomie collective. La décroissance vise donc à nous donner les moyens de remplacer la production et l’échange de marchandises par l’initiation et l’entretien de liens moins frustres, unifiant des personnes consommant ce qu’elles produisent, et produisant ce qu’elles consomment.

Un équilibre est alors à trouver entre l’effort pour produire telle chose, et les besoins ressentis d’en faire usage. Cet équilibre ne s’exprime pas en terme d’optimum économique, c’est-à-dire en mettant chaque chose et chaque action humaine en équivalence monétaire, puis en minimisant les coûts (ce que l’on achète) et en maximisant les richesses (ce que l’on vend). Cet équilibre s’exprime plutôt à partir de qu’en disent les personnes capables d’agir de concert pour produire ce dont elles ont besoin, en faisant selon leur goûts et sans oppresser autrui.

Des bourses de l’autonomie seraient donc les lieux rendant possible la formation de tels collectifs réunissant des rôles sociaux que la croissance économique a séparés, c’est-à-dire, typiquement, les consommateurs et les producteurs d’un même type de marchandise. L’objet social de tels collectifs est l’identité socio-institutionnelle des producteurs et consommateurs engagés ensemble dans un processus d’autonomisation. Appelons assaconomies (association pour l’accompagnement à l’autonomie) ces collectifs à défaut d’un substantif plus agréable. Ces assaconomies ressemblent un peu à des bolos comme nous allons le voir, si ce n’est qu’un bolo exprime un objectif atteint, là où une assaconomie est un collectif en devenir, transitant vers l’autonomie collective et individuelle de « membres » appartenant à un collectif dont les coutours et les frontières ne sauraient être figés. C’est ce devenir que nous anticipons et imaginons ici, à partir du genre de liens sociaux susceptibles de le faire vivre, tels que nous les avons vécus ou entrevues dans des projets de « politique informelle ».

Dans une assaconomie, l’échange d’argent reste préalablement indispensable à son fonctionnement interne, tant qu’il n’y a pas de moyens de s’accorder autrement. Mais à terme, il faut imaginer que les membres d’une assaconomie trouvent un arrangement propre, de façon à ce que l’argent ne serve plus à rémunérer le travail réalisé en son sein, mais seulement à acheter ce qui n’est pas produit dans l’assaconomie. Imaginons le cas d’une ferme pour illustrer cette idée. Des citadins sans terre s’associent à une ferme dans un premier temps sous la forme d’une Amap, et ensuite sous la forme d’une assaconomie. En raison de l’objectif de non spécialisation (identité consommateur-producteur), un minimum de partage et de rotation des tâches paraît indispensable au bon fonctionnement d’un tel collectif. Pour autant, il n’est pas obligatoire que tout le monde travaille à la ferme, ni même que l’effort y soit reparti équitablement. Mais si ceux et celles qui participent, plus que les autres, au travail à la ferme ne sont pas rémunérés, cela signifie que le reste du collectif est capable de leur offrir en contre-don ce dont ils ont besoin et ce qu’ils désirent. La rétribution par l’argent n’est envisagée que comme un pis-aller, temporaire, à n’utiliser que lorsqu’un tel contre-don n’est pas possible. La capacité de l’assaconomie à assurer ce contre-don est la partie la plus passionnante de ce projet d’autonomie, qui va consister à faire respirer le collectif, qu’il s’agisse de sa composition ou bien des liens l’unissant avec d’autres. C’est l’objet des bourses d’autonomie d’aider à initier et faire vivre ces liens.

Ainsi, les rencontres par les bourses d’autonomie devraient être l’occasion d’enrichir la composition du collectif, en augmentant sa taille et en diversifiant le « profil » de ses membres. En un mot, les bourses d'autonomie devraient aider à maintenir un vie sociale riche, à l’endroit où se trouvent les bandes larges et temporaires entourant les assaconomies, c’est-à-dire là où de nouvelles collaborations et innovations se dessinent, tandis que l'on peut imaginer que l'intérieur des assaconomie est d'avantage occupé à l'entretien des liens et à les reproduire. La cooptation d’un nouveau membre peut ainsi être pertinente chaque fois qu’elle autorise un contre-don dans le collectif en question, là elle sera plutôt redondante dans un autre. Une assaconomie ressemblerait à terme, suivant l’image que l’on préfère, soit à un groupes d’amis débrouillards, soit à un petit syndicat interprofessionnel, soit à une entreprise familiale sachant presque tout produire, soit à n’importe quel groupe d’affinités réunissant des personnes aux compétences pratiques diverses. Les assaconomies trouvent donc matière à être en relation les unes avec les autres, via des cercles d’interconnaissances plus éloignés et extérieurs, de par les compétences similaires de leurs membres respectifs (rencontrés via des bourses d’autonomie par exemple). Ces « spécialistes » peuvent travailler à la mise en commun éventuelle de matériels, bâtiments ou ressources entre les assaconomies auxquelles ils appartiennent, pourvu que cela soit compatible avec la taille des collectifs et avec la possibilité ultérieure de déspécialiser les spécialistes investis dans des projets.

L’exemple choisi de la ferme n’est pas anodin. Il répond à de nombreux objectifs esquissés ici. Tout d’abord, l’identité socio-institutionnelle des consommateurs et producteurs est plus facile via des activités de jardinage ou de petites cultures (maraîchage) dont il n’est pas déraisonnable d’envisager une appropriation collective en assez peu de temps. L’expérience récente des Amap ou celles de réseaux plus anciens comme Nature & Progrès (réunissant producteurs, consommateurs, agronomes, chercheurs, etc.) prouvent que l’idée d’une identité socio-institutionnelle consommateurs/producteurs dans le domaine agricole a une certaine pertinence politique, quoiqu’elle ne soit pas formulée comme tel, mais essentiellement en termes écologiques. Car, à ce stade de la réflexion, on n’imagine pas d’agriculture agro-écologique, durable, sans des liens durables entre les personnes et une réappropriation de la production agricole, au plus près des lieux de vies. L’autonomie, au sens agri-écologique du terme (production locale sans intrants venant de extérieur), n’a que peu de sens politique sans une visée subversive concernant la spécialisation des rôles et la dépossession collective qui en résulte, aboutissement d’une délégation tout azimut en matière d’agriculture. De plus, cette thématique agricole recoupe celui du ce lien ville-campagne, actuellement détruit. Sa réappropriation par des collectifs permettrait une souplesse et des projets d’autonomisation dépassant l’utopie rurale/autarcique/communautaire, en ce sens que nous pourrions travailler une définition de l’autarcie qui ne soit pas mutilante pour les individus que nous sommes aujourd’hui, socialisés dans une société industrielle et urbaine. Une assaconomie dont la vie se déroulerait exclusivement à la campagne exclurait la possibilité de faire respirer le collectif qui la constitue. Inversement, il paraît très difficile pour un collectif de s’affranchir de rapports marchands, et plus généralement de la croissance des délégations, en restant en ville, donc sans une indépendance matérielle en terme d’alimentation, du fait de la radicalité des conséquences sociales du modèle de l’agro-industrie (en terme de santé et d’industrialisation des soins médicaux, en terme de chômage et de flux migratoires -armée industriel de réserve-, etc.).

(à suivre)
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 19 Jun 2007 16:59    Post subject: Reply with quote

On trouve chez André Gorz un appel semblable à réaliser l'identité socio-institutionnelle des consommateurs et des producteurs :

André Gorz wrote:
On ne dépassera ces limites ni en pratique, ni par la pensée aussi longtemps qu’on se place sur le terrain de la production des marchandises, des rapports d’achat et de vente, aussi longtemps qu’on confond la production de richesse avec la production de valeur ; aussi longtemps que les mêmes personnes seront divisées contre elles-mêmes comme consommateurs et comme producteurs, comme acheteurs de marchandises et comme vendeurs de travail ; aussi longtemps que les premiers ne verront pas la possibilité et n’auront pas un intérêt vital à soustraire progressivement leurs consommation et leur travail à la forme marchandise, à la forme valeur et de se soustraire au capitalisme pour prendre le pouvoir sur la détermination de leurs besoins et sur leur vie. La reconstitution de l’unité des consommateurs et des producteurs répond aujourd’hui à l’intérêt vital et à un besoin vital des populations du Nord aussi bien du Sud. « À un besoin vital » dans la mesure où elles ne peuvent satisfaire leurs besoins élémentaires par l’achat de marchandises sur le marché. « À un intérêt vital » dans la mesure où une gamme croissante de produits désirables ou nécessaires cessent d’être produits parce que leur production est insuffisamment rentable pour le capital ou, ce qui revient au même, parce qu’au besoin, si pressant soit-il, de ces produits ne correspond pas, dans la population, un pouvoir d’achat suffisant. L’autoproduction hors marché, c’est-à-dire l’unification du sujet de la production et du sujet de la consommation, offre seule une issue pour échapper à cette détermination par le capital du contenu des besoins et du mode de leur satisfaction.


http://www.mouvements.asso.fr/spip.php?article65

La grosse différence est un présupposé évolutioniste concernant les techniques industrielles qui traverse toute l'analyse qu'André Gorz. Fort logiquement, il entrevoie les premiers pas vers la sortie de l'économie dans les activités hi-tech, numériques et informatiques (open source). Avec ce passage à la limite très significatif où c'est carrément la numérisation qui va permettre de se passer des usines et des gros capitaux :

André Gorz wrote:
La sous-utilisation dans les sociétés capitalistes du potentiel productif des ordinateurs a été fréquemment signalée par des informaticiens. La gamme des fabrications que pourraient réaliser les équipements périphériques des ordinateurs n’a cessé de s’allonger. Un nouveau pas de géant est franchi avec la mise au point des « fabbers » ou « digital fabricators » qui, transportables dans un break ou une camionnette, peuvent fabriquer n’importe quel objet à trois dimensions en un minimum de temps et à coût minime.
(...)
F. Bergmann présente la diffusion des fabbers et du « hightech self providing » comme une déclaration de guerre aux multinationales, comme « la naissance d’une économie entièrement nouvelle dans laquelle nous avançons pas à pas, irrésistiblement, vers la fabrication de nos propres produits : nos propres réfrigérateurs, téléviseurs, téléphones mobiles et laptops.


Bref, selon Gorz, l'auto-production sera hi-tech, ou ne sera pas. Ce qui ressemble plus à une conséquence logique d'une prémisse plus que contestable (toute la contradiction du capitalisme se résume à un déploiement continu de la productivité, le dernier chapître étant celui de l'automatisation et de l'informatisation (*)) qu'à un constat empirique.

--

(*) Aucune trace de la "crise du contrôle" dans les raisonnements de Gorz. Cf. http://www.decroissance.info/Etre-responsable-defaire-l-emprise
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lorenzo



Joined: 27 Jun 2007
Posts: 2

PostPosted: 27 Jun 2007 14:39    Post subject: petit nouveau Reply with quote

C mon 1er message sur décroissance.info. je suis tt ému Sourire

Je suis très satisfait que tu te distingues de Gorz dans ton 2ème post. Ses théories par rapport à l'économie et au marché du travail ( liées à celles de Moulier Boutang et B. Gazier) m'apparaît comme dangereuse et parfois même antisociale. Je développerai + tard au besoin.

Je trouve que ton premier post de ce fil manque de clarté. Surtout sur la fin, quand tu dis qu'il n'y a pas de solution miracle : qu'une assconomie à la campagne empêche les membres de respirer et à la ville de s'autonomiser. Je ne comprend pas bien comment tu résouds ce dilemme du départ à la campagne qui semble être ici la solution la moins pire, mais que toi, comme moi, nous ne sommes pas prêts à adopter pour l'instant. Il y avisiblement un manque d'explication sur la fin.
Donc, j'attend la suite avec patience, puisqu'il en faut et que je n'ai pas d'autre choix. Roulement des yeux

Lo
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"Nous n'avons pas peur des ruines car nous allons hériter de la terre. Nous portons un monde nouveau, là dans nos coeurs, et ce monde grandit en cette minute même" Buenaventura Durruti
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 28 Jun 2007 10:51    Post subject: Reply with quote

Pour le dire plus clairement, il n'est à mon avis ni nécessaire ni judicieux de choisir entre la ville et la campagne. Car il est bien clair nous nous dépendons intimement des activités rurales (agricoles et +) mais aussi de la vie sociale et des revenus que nous avons en ville pour le moment, à partir de laquelle nous envisageons une autonomisation. Les deux domaines sont complémentaires... Le lien ville-campagne pourrait donc servir à formuler, ou à compléter, des projets d'autonomisation existant dans notre contrée. Mais tu recevras très bientôt dans ta boîte aux lettres quelque chose de plus circonstancié à ce sujet M. Green
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florentino



Joined: 30 Dec 2005
Posts: 73
Location: 92

PostPosted: 01 Jul 2007 9:48    Post subject: Reply with quote

L'idee du lien ville-campagne est interessante. Encore que l'urbanisation tant a repousser la campagne tres loin et tout cas bien plus loin que ce que nous pouvons franchir aisement sans devenir dependant de moyens de transports. Et en meme temps, pour que ce lien soit interessant et source d'autonomie, il faut que cette distance soit assez facilement franchissable et tres regulierement. On peut notament penser a un transport de legumes hebdomadaire. Tout cela est donc tendu. Je parle ici de l'hypothese ou la ville est une megapole.
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decroissant beurre ou nature ? pardon pas de produits laitiers !
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paul du 59



Joined: 01 Jul 2007
Posts: 62
Location: region lilloise

PostPosted: 02 Jul 2007 13:56    Post subject: Reply with quote

est-ce a dire que j'ai tord de me lancer dans la lecture des metamorphose du travail ?
si Gorz a tout faux, je me passe de cette lecture et ca m'arrangerait car je suis mauvais lecteur Clin d'oeil
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 04 Jul 2007 15:19    Post subject: Reply with quote

Non, il a plutôt l'air intéressant ce livre...

Il serait aussi agréable de savoir ce qui s'est passé entre ce livre et l'autre, "l'immatériel" (je n'ai lu ni l'un ni l'autre), par lequel il semble que l'auteur ait abandonné tout visée d'autonomie dans le travail (une activité autonome est celle dont on connait la finalité, et à laquelle on adhère), pour adopter la définition managériale de l'autonomie dans le travail (une activité dont la finalité n'est plus problématisée, et qui par là laisse le "capital humain" librement circuler dans les méandres de la mégamachine économique). J'ai ma petite idée, mais bon.
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