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La gratuité est-elle une alternative à l'échange?

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 09 Aug 2007 11:53    Post subject: La gratuité est-elle une alternative à l'échange? Reply with quote

La gratuité est-elle une alternative à l'échange, ou bien n'est-elle que l'autre face de l'économie ?

Il y a le temps pendant lequel on travaille pour l'économie, et le temps où l'on s'y prépare (école, formation), où l'on s'en repose (loisir abrutissant, sommeil plus ou moins réparateur), où l'on monte une affaire juteuse (discuter autour d'un bon vin, dîner en ville).

Bien malin qui peut dire que tout cela est une alternative à l'existence économique, celle où nous sommes les rouages d'une machine rentable et même apparemment écologique (d'après certifications, contrôles, autorisations officielles). Ce constat est banal : la machinerie capitaliste s'appuie sur des institutions non-capitalistes pour fonctionner. De sorte que toute apologie globalisante du secteur non-marchand, des service publics et autres économies sociales, sans plus de précisions sur ce dont on parle, devrait au minimum rendre méfiant. A titre d'exemple, la scolarisation à l'ordre marchand produit les postures typiques de travailleur-rouage efficace, sur fond de transmission de savoirs... pas vraiment utiles, le meilleure élève étant celui qui a appris à apprendre, c'est-à-dire tout et n'importe quoi. La flexibilité n'apparaît pas comme par echantement via les incantations managériales : un mise en forme a été faite en amont, et par d'autres cliques que les méchants patrons.

Quand elle se contente de parler de ce qui est évidemment économique (la bourse, les entreprises, les patrons) la critique de l'économie n'apporte pas grande chose. Le clivage gauche-droite repose pourtant largement sur cette confusion : d'un côté l'économie, de l'autre le gratuit, le généreux, la solidarité.

Le cloisonnement entre la gratuité et l'intérêt serait-il possible sans l'existence d'une sphère réputée marchande, c'est-à-dire sans l'invention de l'intérêt bien compris et quantifiable ?

Pourtant intérêt et désintéressement sont tout deux préexistant à un tel clivage. Personne ne peut vivre en niant complètement l'un ou l'autre (ce qui rend d'ailleurs les postures politiques de gauche et de droite un peu vaines), par exemple en prétendant n'être que désinteressé en permanence, ou au contraire en prétendant que toute la vie sociale peut se ramener à un calcul utilitaire effectué par chaque individu.

On parle donc de "société marchande", ou autre, alors que ce qui les caractériserait peut-être mieux ces sociétés, c'est ce clivage explicite entre intérêt et désintéressement, et le genre d'institution qui fait intérioriser la pureté de ces catégories.

Ne remettant pas en cause ce clivage, nous bouclons vainement comme des rats en cage, passant de l'un à l'autre sans jamais tenir ensemble ces deux domaines de l'existence. Faute de prendre la vie comme un tout,
les tentatives conscientes de transformation sociale purifient les catégories, ce qui relance la machinerie sociale qui, à son échelle, a besoin de les hybrider pour croître et parquer les individus dans des états explicites et identifiables.

La sortie de l'économie releverait donc plutôt d'une confusion désirée et consciemment mise en place, des catégories pures de l'intérêt et du désintéressement. Ou plutôt d'une prise en main par les personnes des hybridations entre ces deux catégories, qui habitellement se font par-dessus leur tête (mais décidée par personne en particulier), et en tout cas les oblige à s'aligner sur elles après-coup.
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Djinn



Joined: 23 Aug 2007
Posts: 214
Location: St-Denis

PostPosted: 12 Dec 2007 14:49    Post subject: Reply with quote

A mon avis, le don chez l'être humain n'est jamais désintéressé. On veut en retirer de la reconnaissance ou de l'autosatisfaction.

D'une certaine manière, c'est un échange.
_________________
http://www.ecotheurgie.com
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 12 Dec 2007 17:56    Post subject: Reply with quote

Je suis bien d'accord.

Mais certaines institutions actuelles, chacune de leur côté, ont purifié les catégories de la gratuité et du calcul pour les séparer. Ces institutions ont beau "héberger" des pratiques qui ne relèvent pas strictement de cette séparation, ce qui émerge dans les discours, ce qui peut se dire publiquement, ce qui contribue aux imaginaires et oriente la vie, c'est cette séparation produite socialement fournissant des catégories de base par lequels nous nous appréhendons nous-mêmes.

Ainsi, c'est dans ce sens que l'on peut dire l'univers économique a institué le calcul, l'intéressement.
Et pour ce qui est de la grauité, c'est la famille. Ou plus exactement ce qu'il en reste (la famille nucléaire centrée sur le couple, plus le couple+enfants) a institué la gratuité, à travers l'amour tel qu'il est actualisé comme véritable mythologie, actualisée en continu telle le CaC40 du matin et du soir par l'essentiel des productions artistiques/culturelles.

De fait, on invente des "gratuités" absurdes, comme celle d'informations ou de fichier téléchargeables sur machines placées à bonne distance, absurdes car détâchées de toute visée propre à "faire société". Et on se représente ce genre de gratuité comme une solution à l'envahissement de la sphère économique, alors qu'à l'évidence on ne fait que prêcher encore et encore les bonnes paroles des deux églises.

Car nous avons donc deux églises qui prospèrent étonnament bien en coexistant : celle de l'économie et celle de l'amour. Comme toute religion, elles offrent une délimitation claire entre ce qui est sacré et ce qui est profane. Alors nous savons ce que nous avons à faire, à chaque instant. Mais une succession d'instant n'est pas une vie. Cette oecuménisme n'est que de facade : l'individu se livre à lui-même des guerres de religion, chacun pour lui-même. A lui de se débrouiller. Certains ont le culot d'appeler ça de la "liberté".
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Djinn



Joined: 23 Aug 2007
Posts: 214
Location: St-Denis

PostPosted: 13 Dec 2007 0:32    Post subject: Reply with quote

Quoi que tu fasses, tu as les plus grandes chances de te réveiller au même endroit où tu t'es endormi, de continuer et de finir ta vie dans le même monde où tu te trouves aujourd"hui.

Où cela nous mène-t-il de refuser les catégories du discours pour la raison que les motivations sont in fine toujours les mêmes ? A ne plus avoir de catégories de discours du tout, ce qui a plus d'inconvénients que d'avantages.

D'un point de vue économique, la gratuité est quand même un concept intéressant, même si elle ne met pas fin à l'échange.
_________________
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Deun là
Guest





PostPosted: 13 Dec 2007 11:29    Post subject: Reply with quote

Quote:
D'un point de vue économique, la gratuité est quand même un concept intéressant


D'un point de vue économique, seulement ?
Parce que sinon, tu l'as dit toi-même :

Quote:
A mon avis, le don chez l'être humain n'est jamais désintéressé


Mais il est vrai qu'avec des toujours et des jamais...

Quote:
tu as les plus grandes chances de te réveiller au même endroit où tu t'es endormi
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ermite



Joined: 01 Sep 2007
Posts: 445

PostPosted: 13 Dec 2007 18:11    Post subject: Reply with quote

Djinn wrote:
A mon avis, le don chez l'être humain n'est jamais désintéressé. On veut en retirer de la reconnaissance ou de l'autosatisfaction.

D'une certaine manière, c'est un échange.

Ce mot de "jamais" pour parler de la notion de "don" me semble très excessif et cetta phrase devient alors quasiment contradictoire dans les termes.
Imaginons une substitution : "a mon avis l'amour chez l'être humain n'est jamais désintéressé".
C'est déjà plus choquant. Non ?
Sur ces questions et ces notions , il me semblait que le MAUSS avait déjà "débroussailler" le terrain. Non ?
Qu'une partie de ce que l'on appelle "dons" soit basée sur l'espoir d'une sorte de "retour sur investissement" (je donne parce que consciemment ou pas je sais que l'on me donnera en retour sous forme matériele ou symbolique) est évident. Mais prétendre que tout "don" est toujours forcément intéressé (phrase miroir de celle écrite plus haut), c'est pousser le bouchon un peu loin, c'est flirter (sans peut-être s'en rendre compte ...) avec les thèses social-darwinistes voire sociobiologiques.
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Guest






PostPosted: 13 Dec 2007 18:24    Post subject: Reply with quote

Quote:
A mon avis, le don chez l'être humain n'est jamais désintéressé. On veut en retirer de la reconnaissance ou de l'autosatisfaction.

Y'a plus qu'a définir désintéressé. Je pense que l'on peut donner, par exemple, en voyant la joie que cela procure. Ce n'est pas de la reconnaissance, pas de l'autosatisfaction. Mais on peut considérer que ce n'est pas désintéressé.


Dams
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ermite



Joined: 01 Sep 2007
Posts: 445

PostPosted: 13 Dec 2007 18:28    Post subject: Reply with quote

Pour revenir au sujet du fil, je crois, tout comme Deun, que c'est en grande partie l'intériorisation d'une métaphysique du langage (comme ces oppositions gratuit/payant ; travail/loisir ; etc - mais il y en a une multitude) qui fait se perpétuer l'aliénation.
Mais alors la question rebondit : par quels moyens se libérer de ces oppositions internes au langage ? Puisque les "solutions" politiques semblent avoir échoué pourquoi ne pas admettre que seule une révolution intérieure pourrait nous en "libérer" ?
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Djinn là
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PostPosted: 13 Dec 2007 22:31    Post subject: Reply with quote

Jamais désintéressé, c'est bien ce que je pense. Le MAUSS peut débroussailler ce qu'il veut.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 18 Dec 2007 12:09    Post subject: Reply with quote

Désintéressé ou pas, cela dépend de ce qui se joue entre la personne et ce qu'elle fait éventuellement circuler, et les personnes éventuelles à qui elle destine ses efforts. Est-ce que pour elle, cette circulation représente un simple effort, un sacrifice, un accomplissement, etc ? Accepte-t-elle d'être totalement détachée de ce qui a circulé ?

Le point commun entre gratuité et échange marchand, c'est que l'on sous-entend le peu d'importance de l'attachement entre la personne et ce qu'elle fait circuler, de façon plus ou moins libre.
La gratuité fait appel à ce même imaginaire, postulant l'existence de choses qui peuvent facilement changer de propriétaire. Les usages au sens large (y compris simplement la contemplation) qui lient les personnes à des choses sont sommés de s'effacer au profit d'une volonté de faire circuler les choses.

La distinction intéressé/désintéressé me semble assez peu intéressante en définitive, parce que ce que l'on recherche en sortant de l'économie, ce n'est pas moins de calcul et plus de gratuité, mais plus de liens, plus d'attachements, et moins de circulation (sauf pour les personnes...), dans un monde où les attachements qui sont reconnus le sont avant tout parce qu'ils peuvent à tout moment changer de propriétaire. Dans un monde où il y a une richesse de liens entre les personnes, lieux, animaux, objets, le mot de gratuité sonne aussi étrangement que 'marchandise'. Ce n'est pas la gratuité qui caractérise ce qui s'y joue, mais bien les usages et leurs contextes particuliers dont ils dépendent, en ce qu'ils ne sont pas échangeables avec d'autres, ne sont pas appropriables de l'extérieur.

L'économie -dont la gratuité- repose sur une idée inverse, où le monde est conçu et fonctionne comme un légo dont les pièces peuvent être détachées facilement, soit en échange d'argent pour compenser ce détachement, soit gratuitement lorsqu'il y a une abondance de telles pièces.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 18 Dec 2007 15:11    Post subject: Reply with quote

Illustration du propos de Deun :


Liberation.fr (avec source AFP), le mardi 18 décembre 2007, wrote:
C'est noël à la SNCF (pour l'Ile-de-France)

Les franciliens pourront circuler gratuitement ce week-end sur le réseau Transilien.

Est-ce pour faire oublier un peu les grèves, en attendant les dédommagements prévus sur les titres de transport de janvier ? Le réseau des trains SNCF de la région parisienne (Transilien) sera gratuit les samedi 22 et dimanche 23 décembre «pour faciliter les déplacements des Franciliens» pour faire leurs courses de Noël.
L'opération est financièrement prise en charge par la SNCF. La capacité des rames du Transilien sera par ailleurs augmentée ce week-end pour faire face à l'afflux prévisible de voyageurs.

http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/298778.FR.php


De la marchandise gratuite à la gratuité marchande...
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