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A propos du label commercial d' " agriculture paysanne
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 27 Jan 2008 20:39    Post subject: A propos du label commercial d' " agriculture paysanne Reply with quote

Quote:
A propos du label commercial et syndical d' " agriculture paysanne ". Vous avez dit " No logo " ?

Je me suis posé la question de savoir d’où venaient un peu les représentations d’une paysannerie comme « âge d’or », dans les milieux communautaires post-68 comme dans les milieux écologistes et agricoles " alternatifs ".

En effet, dans les milieux des communautés des années post-68, comme encore souvent dans les milieux écologistes alternatifs, l’image de la paysannerie, et plus encore de la « civilisation paysanne », avec le travail de la terre nourricière, et le fonctionnement communautaire des travaux des champs et des villages jusqu’au XIXe siècle, est très positive (pas d'intrants, peu de mécanisation, pas de productivisme, solidarité, travail en commun, etc.). Mais en réalité rien de nouveau dans ces représentations qui ne sont finalement pas le fruit d’une sur-modernité détruite par la civilisation industrielle. Je viens d'apprendre qu'elles existent depuis bien longtemps.

On peut noter en effet que jusque dans les années 1880, il existe déjà deux représentations littéraires du monde paysan. On a par exemple d’un côté le genre du « roman pastoral » qui véhicule une image idyllique et pacifique du paysan ; la paysannerie représente le conservatoire des dispositions naturelles et intangibles. On retrouve évidemment cette dernière image théorisée actuellement dans le « bio-régionalisme organique ». A l’inverse dans la même période il existe également le genre du « roman réaliste » (ce sont là les catégories de certains historiens), qui lui à l’opposé représente le paysan comme asocial, arriéré et cynique. Le monde paysan est dessiné alors sous les traits de la routine et du préjugé. Pour les historiens, ces deux représentations semblent s’être cristallisées au niveau politique en France lors du débat parlementaire autour de la loi Tourret d’octobre 1848 portant sur l’enseignement agricole. C’est en effet lors de ce débat qu’apparaissent deux représentations politiques du monde rural : La vision de la bourgeoisie rurale qui pense le monde agraire comme un monde homogène et unanimiste (l’Unité terrienne). Et à l’inverse on voit se cristalliser la vision socialiste ou ouvrière, qui voit dans le monde paysan un monde hétérogène selon la hiérarchie des métiers qui s’y trouvent.

Cependant, même si c’est moins intéressant pour nous afin de comprendre la représentation de la paysannerie comme « âge d’or » dans les communautés post-68, il faudrait aussi pour être plus juste, complexifier ces deux images de la paysannerie qui se reproduiront inlassablement jusqu’à nous. On peut remarquer aussi par exemple, que certains groupes sociaux de la société rurale endossent des représentations socio-politiques particulières. Ainsi de la représentation sociale du métayage qui est celle de la paix sociale contractuelle, permettant une paix politique dans la société rurale. Par le lien qu’il entretient avec le propriétaire, le métayer est alors le symbole incarné d’une harmonie paysanne dans un cadre hiérarchique posé comme naturel et ne laissant pas de place à la politique. La paysannerie est donc perçue comme un « corps sain », alors que la ville, inorganique, est le lieu des crises et du pouvoir étatique. Mais à partir des années 1880, le patriciat foncier véhicule dès lors dans ses discours une nouvelle représentation moins homogène qu’auparavant. Désormais elle représente le prolétariat agricole comme contaminé par la ville, d’où viendrait un délitement de l’unité paysanne. C’est en effet à partir des années 1880, que se répand un modèle de politisation socialiste dans la société rurale française. Le discours théorique socialiste identifie désormais le métayage à la féodalité, même si en pratique et loin de théories des intellectuels socialistes, les paysans socialistes défendent le contrat de métayage.

Pour être tout à fait juste, il ne faudrait pas seulement reconnaître seulement la postérité de la représentation idyllique de la paysannerie dans les communautés post-68, c’est en effet d'une manière plus générale, une image qui traverse aujourd’hui l’ensemble des représentations sociales se rapportant au monde agricole et rural. Sans vouloir venir sur le terrain par exemple de la représentation de la « demeure paysanne », marquée par ses qualités de rusticité et d’authenticité (et dont Bernard Charbonneau parle beaucoup dans ses ouvrages), je reviens plus particulièrement sur un exemple emblématique : les représentations actuelles de l’agriculture.

Car le concept d’« agriculture paysanne » satellisé sur le marché des idéologies par la Confédération paysanne, le magazine L’Ecologiste, et le reste de la galaxie écologiste alternative, et qui est inscrit dans la Charte des Amap (elle respecte une " charte de l'agriculture paysanne "), est évidemment parmi les plus étonnants de ces dernières décennies. Il faudrait d’abord comme le fait remarquer le syndicat FTTE de la CNT, « que la résurgence du terme ‘‘ paysan ’’ cache toute une imagerie commerciale mise en scène par les écomusées et les foires aux produits du terroir… et qui face au désastre provoqué par l’agriculture industrielle sert à un relookage syndical généralisé des plus suspects (…) Il ne subsiste au mieux dans nos pays industrialisés qu’une forme artisanale de production agricole dans laquelle l’autosubsistance n’est plus le but. Une agriculture artisanale qui comme sa sœur industrielle a perdu toute autonomie, étant placée, souvent de son plein gré, sous la dépendance des Etats, par toute une série de normes (sanitaires, économiques, commerciales, idéologiques…) et tout un panel de subventions ou d’aides diverses », dans la brochure Des petits paysans à la CNT, p. 4-5, de la Fédération des Travailleurs de la Terre et de l’Environnement (CNT-FTTE), à commander BP 04, 34390 Olargues (ftte(arobase)cnt-f-org). La critique de la « Confédération paysanne » y est entièrement faite. Pour une vision historique très claire de l’évolution de l’agriculture, où on voit que les métiers successifs de « paysan », d’« agriculteur », d’« entrepreneur agricole », et aujourd’hui d’« aménageur du territoire et des paysages » interdisent de parler d’ « agriculture paysanne » au sujet de l’activité de quelques paysans moustachus de l’Aveyron et d’ailleurs, on lira de l’historienne G. Gavignaud-Fontaine, La Révolution rurale dans la France contemporaine, XVIIIe-XXe siècle, L’Harmattan, Coll. « Alternatives rurales », 1998, un ouvrage aux perspectives vraiment stimulantes. Il est donc évident que non seulement aujourd’hui une « agriculture paysanne » qui dans son principe est commercialisable (on produit pour l'échange et à sa seule fin), serait une contradiction dans les termes, c’est-à-dire une formidable oxymore, mais plus encore que l’activité agricole de José Bové comme celle de l’ensemble des syndiqués de la " Confédération paysanne ", sont un travail marchand, c’est-à-dire une marchandise à vendre tels les services sexuels d’une prostituée, signification véritable de la puissance de l'argent et de son rôle. Car José Bové travaille la terre non pour l’auto-production, échangeant seulement contre de l’argent les surplus de sa production - comme l’auraient fait les paysans de la « civilisation paysanne » jusqu’au XVIIe-XVIIIe siècles. Ici, l’activité agricole de José Bové, de l’agriculteur bio, de l’agriculteur Amap, de l’agriculteur de la « Conf ’», est au contraire d’emblée pour l’échange, c’est-à-dire pour se rapporter directement au travers de l’échange, elle et ses produits, en une équivalence en argent. José Bové est donc à vendre en tant qu’« homme-marchandise », comme tous les rouages que nous sommes dès que nous touchons un salaire, un revenu, de l’argent au noir ou une allocation. Le monde n’est peut-être pas une marchandise, mais l’activité de José Bové en est depuis toujours une. Et l’agriculture paysanne a donc bon dos et vogue la marchandise.

Finalement, quand aujourd'hui on fait référence à une " agriculture paysanne " on ne se rapporte en rien à ce qu'à été, historiquement et dans ses principes de possibilité et de finalité, cette société agraire. Soit on mythifie sa dimension sociologique (la communauté villageoise), soit on fait l'apologie de ses techniques agricoles plus " respectueuses " de l'environnement que l'agro-indrustrie productiviste. Jamais on ne voit la production agraire, comme relevant d'abord d'une activité d'autoproduction faisant partie du mouvement immanent du besoin à se satisfaire, et trouvant dans celui-ci à la fois son origine et son terme (et c'est là seulement dans ses principes de possibilité et de fonctionnement de l'activité que ce monde paysan est finalement intéressant, et non dans ses aspects d'évidente subordination et domination seigneuriale inique comme l'est tout autant la domination étatico-démocratique qui a suivi). Non, aujourd'hui le label commercial et syndical d' " agriculture paysanne " est désormais seulement le packaging d'une nouvelle case de la société du travail planétaire, où l'agriculteur et non le paysan, produit immédiatement des ressources agricoles pour l'argent, c'est-à-dire pour l'échange, comme n'importe qu'elle activité de travail, certes avec des techniques agricoles " paysannes ", dans ce sens où elles " respecterait plus la nature. Cela n'est jamais mis en cause chez ceux qui ne cessent de mythifier une " agriculture paysanne ".

Cependant, le monde n'est peut-être pas encore entièrement une marchandise, mais José Bové, comme nous tous, en sommes déjà à chaque instant. Combien il vaut José Bové sur le marché du travail ? A combien son travail-marchandise se transmute-t-il dans l'ensemble des autres objets et services cornaqués de leur formes-marchandises ?

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Critique de la valeur et du travail

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Guest






PostPosted: 29 Mar 2008 21:43    Post subject: Reply with quote

En fait, si j'ai bien compris, les paysans se réclamant de l'agriculture paysanne ne sont pas plus paysans que toi, en tant qu'intellectuel dépendant de la terre entière pour tous les aspects de ta vie (nourriture, communication sur le net, besoins divers), tu n'es décroissant, c'est bien ça?
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caillou



Joined: 12 Mar 2008
Posts: 81
Location: Haute-Savoie

PostPosted: 30 Mar 2008 20:55    Post subject: Reply with quote

Anonymous wrote:
En fait, si j'ai bien compris, les paysans se réclamant de l'agriculture paysanne ne sont pas plus paysans que toi, en tant qu'intellectuel dépendant de la terre entière pour tous les aspects de ta vie (nourriture, communication sur le net, besoins divers), tu n'es décroissant, c'est bien ça?

C'est un peu facile de dire ça. Il est vrai que des représentations diverses se mélangent à la réalité de la production alimentaire, largement fournies par la publicité. Plus l'imagerie publicitaire appuie sur le traditionnel, l'authentique, le non frelaté, plus le produit qu'elle vend est suspect.
Une ferme, aujourd'hui, c'est une industrie, plus ou moins respectueuse de l'environnement (et souvent moins), mais industrie quand même: axée sur la production de lait, de viande, ou de fruits, ou de légumes, la question n'est pas en effet la subsistance, l'échange, mais le commerce, et cela au gré des subventions, des prêts à taux 0 pour l'achat de super-tracteurs (chacun le sien), du fuel à prix préférentiel (100l par jour)…
L'industrie agricole est portée à bout de bras par les aides de l'état, sans aucune contrepartie fournie in fine par les agriculteurs quant à la qualité des productions, le renouvellement des forêts, la protection des sols, sans égard pour les nappes phréatiques gaillardement pompées et souillées par des cultures inapporpriées et bien trop gourmandes en eau (maïs en terre ultra-drainée, arrosé en plein soleil par des canons à eau au débit hallucinant).
Mieux vaut savoir à quel désastre on collabore si on achète des prouits «fermiers»… et choisir son mode d'alimentation et d'approvisionnement en conséquence.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 01 Apr 2008 10:53    Post subject: Reply with quote

C'est vrai que le mot paysan renvoie un imaginaire d'un côté (associé à certaines réalités historiques), et de l'autre à une charte dite de "l'agriculture paysanne" écrite par un syndicat agricole (Confédération Paysanne).

Le simple fait de parler d'agriculture paysanne peut mettre dans l'embarras, car de quoi parle-t-on ?
Qu'est-ce qui distingue une agriculture paysanne d'une agriculture non paysanne ?

- pour la Confédération c'est le fait que l'agriculture n'est pas une marchandise comme les autres, notamment. Et la charte parle d'autonomie en plusieurs sens : technique, économique, agronomique. Mais il est évident que tout cela se ramène in fine à l'économie s'il n'y a pas d'espace prévus ou possibles pour des activités non économiques sur une ferme.
- Car en fait la paysannerie c'est ou c'était aussi un ensemble de pratiques situées hors de l'économie, et cela cela la distingue d'une agriculture commerciale, où l'autoconsommation disparaît avec les relations sociales qui vont avec. Une agriculture commerciale est simplement là pour vendre ce qu'elle produit, non pas pour nourrir ceux qui participent à cette production.

Le point n°1 de la charte "répartir les volumes de production sur le plus grand nombre" est intéressant. Mais quel en est le but et les moyens ? Réponse dans la charte :
afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au marché.
d’augmenter le revenu dégagé à l’unité produite
maîtrise des quantités produites, afin de garantir des prix
politique au service de l'emploie
Des systèmes "prix - primes" qui garantissent le revenu pour un volume de production donné
Tout cela est très louable, syndicalement parlant, bien-sûr le minimum est de protéger des intérêts économiques des adhérents. Mais qu'est-ce que ça à voir avec un agriculture paysanne ?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 05 Apr 2008 9:10    Post subject: Reply with quote

Bien oui, je crois que ces extraits de la charte, sont suffisamments parlant... pour qui veut vraiment les entendre. Le terme " paysan ", c'est comme le " développement durable ", la construction de " demeures anciennes " pour les riches, etc., c'est surtout un gros label syndical et commercial. Pour les petits et moyens agriculteurs (agriculteurs je dis bien) de la Conf' cette posture " paysanne " évidemment engage tout un imaginaire. Bien sûr comme n'importe quel spécialiste d'un métier, il peut perruquer et faire donc du travail-pour-soi, un apiculteur va se garder du miel pour sa consommation personnelle, un électonicien va se bidouiller plein de trucs dans son garage, un professeur de part ses compétences apprises va aider ses propres enfants à avoir de bons résultats scolaires, etc. Cependant un agriculteur comme nous tous spécialistes, quand bien même il peut faire de l'auto-consommation sur sa propre spécialisation, la relation de l'autoconsommation parcellaire à sa production marchande qui est le substrat de sa survie, est totalement dépendante de cette dernière production.

L'agriculture n'est pas une marchandise comme une autre... mais une marchandise quand même (comme tout ce que nous faisons, moi, bidule comme José Bové). Voilà en gros le discours de la Conf'. Il n'y a pas de réflexion sur le travail-marchandise où l'on vend sa force de vie contre un salaire, des subventions, etc. Ce que produisent les agriculteurs de la Conf' est toujours en complet décalage avec leur vie, c'est pour cela qu'ils ont à peine de quoi survivre ces petits agriculteurs marchands, puisqu'ils produisent la nourriture pour les autres, c'est à dire pour nous, autres hommes et femmes-marchandise de l'interdépendance échangiste qui forme l'économie. Ils produisent pour l'échange marchand et immédiatement les fruits de leur travail sont posés comme extérieurs à leurs propres besoins réels, ils sont là d'abord comme besoins de solvabilité, c'est-à-dire comme argent. Pour survivre en termes de besoins de solvabilité, ils tentent alors les marchés de niche, le bio quand ils peuvent, les Amaps, les paniers " paysan", etc, c'est-à-dire tout ce que leur laisse pour l'instant les supermarchés. Tout cela est bien sympathique, mais on doit pouvoir ouvrir de nouveaux débats et de nouvelles pratiques à partir de ces zones là, pour justement avancer dans autre chose qu'un aménagement pour tous du capitalisme.

Il faut donc proposer d'ouvrir un débat sur la nature de ce travail-marchandise-rouage là, sur le peu de sens de ce travail auquel on nous attache comme rouages d'une énorme interdépendance machinale et désormais aveugle, et sur notre peu de recul par rapport à ce travail qu'on nous fait faire (irreprésentation de tous les éléments dans lequel s'emboite son activité, irresponsabilité, vide de discussions sur les buts et les fins, ou les moyens, mais aussi sur sa nature. La discussion sur ce dernier point étant aussi souvent absente chez ceux qui voudraient seulement discuter des buts et des fins de telle ou telle production... marchande. Nooon ! je ne parles pas de certains décroissants M. Green ).

L'anarchiste Albert Libertad relève le passionant livre de Céline Beaudet, Les milieux libres. Vivre en anarchiste à la Belle époque, éditions Libertaires, 2002, écrivait à ce propos au début du XXe siècle :

Quote:
" Les hommes actuels, si avancés soient-ils, réclament deux choses : du travail et de l'argent. Ils ne se préoccupent jamais de savoir si le travail qu'ils exécutent apportera à eux, à leurs proches, aux hommes, une amélioration des conditions de la vie. Ils travaillent. Il leur plaît de travailler pour travailler. Ils ont des gestes fous avec la même sérénité que des gestes raisonnables " et plus loin " Des hommes, dont l'intérieur est noir et sale, peindront des devantures au ripolin ; d'autres, dont les enfants ne peuvent aller à l'école, composeront ou imprimeront des prospectus ou des menus de gala ; d'autres encore tisseront des tentures merveilleuses, tandis que la femme qui est à leur foyer n'a qu'une jupe chaude à mettre sur son ventre engrossé "

Albert Libertad, Le Travail antisocial et les mouvements utiles


Comme le remarque Céline, " il n'y a qu'un pas de cette proposition à celle de produire pour ses propres besoins " (bien sur cela est imaginaire au vu de l'état de notre dépossession, et cette autoproduction n'est réalisable pour une grande majorité d'entre nous, qu'avec un travail-marchand auto-réduit. Mais la perspective, qu'elle soit collective, en groupe, en couple ou individuellement reste celle-là). Après avoir écrit un très bon chapitre sur " Le refus du salariat " dans les groupes des " milieux libres " début XXe siècle, elle commence le dernier chapitre du livre sur " Retrouver l'autonomie ". Un court extrait sur justement la disparition de la paysannerie mêlant autoconsommation et surplus commercialisés, avec une citation de Noiriel qui pourrait intéresser Deun pour Nouzonville :

Quote:
" Les expériences des milieux libres [1891-1914] apparaissent dans une période de transformation du monde du travail et de l'industrie en France. C'est seulement en fin de siècle que l'industrialisation bat son plein. L'exode rural devient massif lié au déclin de l'industrie rurale [ce que les historiens appellent plutôt la proto-industrie rurale, cf. mes notes de lectures là-dessus sur ce forum] entre 1869 et 1895 qui ruine toute une frange de la population. Même si les ouvriers d'industrie, en 1906, ne sont encore que 3,5 millions sur 20 millions de travailleurs, le modèle du petit artisan qui possède un petit potager et des cultures disparaît. Pour Gérard Noiriel, c'est une " période décisive de l'histoire ouvrière, car elle se conclut par le recul définitif du monde du travail fondé sur la polyvalence et la mobilité " [NOIRIEL, Les ouvriers dans la société française XIX-XX e siècle, Seuil, 1986, p. 84]. Ce qui ne s'arrange guère avec les " avancées sociales " gagnées par les luttes ouvrières qui attachent toujours un peu plus l'individu à l'Etat ". [...] [Les milieux libristes], luttent pour garder la main mise sur toutes les dimensions de leur vie, comme l'avaient fait avant eux par d'autres moyens mais pour les mêmes raisons les luddistes en Angleterre. Leurs expériences se font l'écho de ce qu'écrira François Partant près de 80 ans plus tard :

" Le capitalisme et le socialisme entretiennent tous deux l'idée que le progrès social ne peut résulter que d'un accroissement de la richesse d'une société. Cette idée est fausse. Elle ne semble exacte que dans une société capitaliste ou socialiste " développée ", où les individus sont complément socialisés [Partant rejoint là les critiques de Michel Henry contre le socialisme communautaire], c'est-à-dire pris en charge de leur naissance à leur mort par les pouvoirs qui s'exercent sur eux. [...] l'individu aurait désormais bien du mal à vivre, sans le travail que lui donne le Capital et sans les quelques services que lui fournit l'Etat. Mais l'on pourrait parfaitement concevoir une autre organisation politique, économique et sociale, grâce à laquelle les individus n'auraient plus à attendre du pouvoir ce qu'ils peuvent faire par eux mêmes ".

F. Partant, La Fin du développement. Naissance d'une alternative ?, Paris, Maspéro [tiens Très content ], puis chez Babel et aujourd'hui si j'ai bien compris épuisé.

"
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dayral



Joined: 03 Apr 2008
Posts: 11
Location: PRADINES 46

PostPosted: 05 Apr 2008 20:21    Post subject: Reply with quote

Bonsoir, ni economiste, ni scientifique des mots, j'aspire a devenir paysan.Pour moi paysan cela s'ecrit en 2 mots pays-an. Je m'explique an ayant la signification de en:dedans. Dons, pays-an devient les gens qui habitent le pays. Car comme il est souligné plus haut, un paysan fait pluiseurs chose ala fois pour vivre dans son pays. Il est tout a al fois cueilleur, jardinier, eleveur, pecheur que maçon, botaniste, voire ethnologue face a des touristes. C'est devenu pour certains exploitant agricole (ou exploité agricole!?!) un synonyme péjoratif. La société voulant que tout rentre dans des cases, le paysan lui n'y rentre pas. Et comme un bon berger, un bon paysan est un paysan mort, ayant atteint le sommet de son art pour enfin s'eteindre.
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SOLITAIRE MAIS SOLIDAIRE
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Guest






PostPosted: 06 Apr 2008 13:01    Post subject: la géographie existe, la journée de 24 h aussi. Reply with quote

Je trouve ça vraiment étonnant de toujours s'en prendre à ceux qui
s'engagent peu ou prou dans dans une alternative quelconque, avec au fond pour seul argument: "ils ne vont pas assez loin".
Pourquoi devrions-nous en tant que paysans ne nous en tenir qu'à l'auto-subsistance?
En premier lieu votre analyse, détachée de la matière, méconnaît la géographie: à chaque lieu correspondent des conditions pédo-climatiques particulières. J'aime le vin et l'huile d'olive, qui jamais ne se produiront sur ma ferme. j'aime les abricots et que sais-je encore, le thé et le café par exemple. Je ne vois pas au nom de quoi je devrais être le seul couillon à me contenter strictement de ce qui peut pousser chez moi.
la stricte auto-subsistance, encore une fois, ne me permettrait pas de me payer une ligne téléphonique, un ordinateur et un abonnement haut-débit.
J'élève mon cochon et mes poules, cultive mon potager, plante des arbres fruitiers, mais par ailleurs je suis très heureux de vendre mon fromage de chèvre à des gens qui jamais ne pourront en fabriquer. Quand on prend la responsabilité d'un troupeau, il faut assurer, et vous auriez tort de croire que c'est si simple que ça. tout le monde ne pas avoir sa vache, sa chèvre et sa brebis. A partir de là, il y aura toujours quelque chose à vendre sur le marché, qu'il soit local ou global. Une certaine spécialisation a toujours affecté les régions, certes bien moins qu'aujourd'hui, mais elle est inhérente à la géographie.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 07 Apr 2008 10:45    Post subject: Reply with quote

Personne n'a besoin de passer toutes ces journées à produire de la nourriture. Pas plus que personne n'a besoin de passer toutes ces journées chez un sous-traitant d'un opérateur télécom.

Si on passe tant d'heures dans ces activités spécialisées, ce n'est pas par besoin, mais seulement dans la mesure où elles sont équivalentes à tant d'argent. Ce principe d'équivalence est totalement abstrait et arbitraire, mais réel puisqu'il nous fait travailler.

Cette situation est justifiée après coup par les arguments classiques de la compétence (n'importe qui ne peut pas élever des chèvres, n'importe qui ne peut pas corriger les bugs d'un serveur), ou de la vocation (pour faire ce métier, il faut l'aimer).
Si tel était le cas, si réellement les personnes étaient indispensables en tant que telles dans leurs professions respectives, les salaires ou les prix des marchandises produites s'envoleraient aux cimes. Ce qui n'est pas le cas, c'est facile à voir.
En réalité, accepter la spécialisation dans l'économie, c'est forcément passer par un sas par lequel l'homme est progressivement éliminé, donc par une industrialisation du travail qui rend les humains interchangeables les uns avec les autres.

La paradoxe n'est qu'apparent (d'un côté le travail est toujours plus spécialisé, de l'autre les personnes sont interchangeables) car l'industrialisation n'est pas pas un état, mais un processus qui ne s'arrête pas. C'est par le changement permanent qu'on parvient à déposséder continûment les travailleurs, changement dont ils sont partie prenante s'ils ne remettent pas en cause l'économie, car leur survie dans l'économie passe par là.

Ce n'est pas donc pas la spécialisation en tant que telle qui pose problème, mais l'économie, que l'on croit indispensable pour coordonner les différentes spécialités.
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Fabinoo



Joined: 16 Aug 2005
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Location: Hte Corse

PostPosted: 07 Apr 2008 21:27    Post subject: Reply with quote

De qui est le premier texte cité par Clément Homs ?
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Guest






PostPosted: 07 Apr 2008 21:30    Post subject: Reply with quote

"Personne n'a besoin de passer toutes ces journées à produire de la nourriture".
Moi je crois que si: si tu prétends t'auto-suffire ne serait-ce que du point de vue alimentaire, tu y passeras tes journées. Si tu rajoutes le reste: te chauffer et cuisiner au bois, fabriquer et entretenir tes outils, cultiver la fibre et tisser tes habits, etc etc, n'en parlons pas.
Les civilisations paysannes européennes étaient des civilisations du travail, qui nécessitaient la force de travail des enfants comme des vieillards.
L'élevage, pour reprendre cet exemple, ne connaît pas de jour chômé.
Les compétences s'acquièrent, je suis d'accord sur ce point, mais pas forcément le plaisir et l'envie de travailler avec des bêtes.

Que quiconque déserte le job de merde qui lui permet de survivre, j'applaudirai. Qu'il n'y ait plus personne, faute de volontaire, pour faire marcher mon ordi et les réseaux qui vont avec, ce serait trop beau pour être vrai.
Mais si c'est en croyant qu'il suffit de regarder les légumes pousser et le lait couler, à mon avis, les désillusions seront cruelles.
Pour ma part, je dis chiche! et vive la désertion!

D'un mot, sur la spécialisation, j'estime que la vie d'agriculteur nécessite, sinon des compétences, des connaissances en une telle multitude de domaines (physiologie de l'alimentation, de la reproduction, des plantes, chimie du lait et de sa transformation, chimie et physique des sols, mécanique....) que même si elle t'apparaît aujourd'hui comme une spécialité industrialisée, en en est d'autant plus loin que l'on s'attache à pratiquer une agriculture, justement, paysanne.
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PostPosted: 07 Apr 2008 21:33    Post subject: Reply with quote

Je pense que ce qui apparaît comme une citation est le texte de clément Horms, à cause de la manière dont il est mis en ligne.
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Fabinoo



Joined: 16 Aug 2005
Posts: 779
Location: Hte Corse

PostPosted: 07 Apr 2008 22:21    Post subject: Reply with quote

Anonymous wrote:
Je pense que ce qui apparaît comme une citation est le texte de clément Horms, à cause de la manière dont il est mis en ligne.


C'est pas con. Cité comme ça, on a l'impression que c'est un article écrit par quelqu'un de sérieux.

Quote:

chimie et physique des sols


Et biologie, svp.
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