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A propos du label commercial d' " agriculture paysanne
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Laurent



Joined: 22 Dec 2003
Posts: 908
Location: Région parisienne

PostPosted: 08 Apr 2008 10:03    Post subject: Reply with quote

Anonymous wrote:
si tu prétends t'auto-suffire ne serait-ce que du point de vue alimentaire, tu y passeras tes journées. Si tu rajoutes le reste: te chauffer et cuisiner au bois, fabriquer et entretenir tes outils, cultiver la fibre et tisser tes habits, etc etc, n'en parlons pas.

J'ai l'impression qu'il y a quiproquo. Cette prétention, l'autarcie individuelle ou micro-communautaire totale, n'est manifestement pas défendue par les différents intervenants ici.
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Guest






PostPosted: 08 Apr 2008 11:32    Post subject: Reply with quote

Laurent dit: "Cette prétention, l'autarcie individuelle ou micro-communautaire totale, n'est manifestement pas défendue par les différents intervenants ici".

Manifestement si, de manière éclatante

"Il ne subsiste au mieux dans nos pays industrialisés qu’une forme artisanale de production agricole dans laquelle l’autosubsistance n’est plus le but (...) La critique de la « Confédération paysanne » y est entièrement faite" (...) . Car José Bové travaille la terre non pour l’auto-production, échangeant seulement contre de l’argent les surplus de sa production. (...). Jamais on ne voit la production agraire, comme relevant d'abord d'une activité d'autoproduction faisant partie du mouvement immanent du besoin à se satisfaire, et trouvant dans celui-ci à la fois son origine et son terme (et c'est là seulement dans ses principes de possibilité et de fonctionnement de l'activité que ce monde paysan est finalement intéressant."

Ces extraits montrent qu'il est ici reproché aux paysans de ne pas se contenter d'auto-produire. Il y a donc en creux une injonction à le faire, sous peine de perdre son âme.
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 08 Apr 2008 12:09    Post subject: Reply with quote

Pour ma part, je comprends les propos cités ci-dessus de la manière suivante :

* Il y a d'autres moyens pour le paysan de faire circuler sa production et de bénéficier de celles des autres que de la vendre

* Ces autres moyens rélèvent de l'autoproduction, non pas parce qu'il s'agit d'une production pour soi, mais d'une production réellement et complètement assumée par soi

* Les moyens retenus participent à la constitution même du soi en question (la communauté paysanne)

Il est donc effectivement reproché aux paysans de ne pas autoproduire. Cela ne se rabat cependant pas sur une injonction à l'autarcie, loin s'en faut...
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Guest






PostPosted: 08 Apr 2008 12:39    Post subject: Reply with quote

Est-ce que tu peux être plus explicite, j'ai pas bien saisi ce que tu veux dire?
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 08 Apr 2008 13:00    Post subject: Reply with quote

Quelques éléments ici : http://www.decroissance.info/Sortir-l-agriculture-de-l-economie
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 08 Apr 2008 16:10    Post subject: Reply with quote

L'autoproduction ne signifie pas l'autarcie. L'autoproduction et allé vers elle, ne signifie pas TOUT autoproduire, mais déjà ce qui est nécessaire dans la vie de tous les jours : le vivrier. De quoi manger de manière certaine. Rien n'empêche ensuite de partager avec les autres ce que l'on ne peu produire soi même, voir même d'échanger le surplus pour ceux qui le désire...
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Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

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buginpasloggué
Guest





PostPosted: 09 Apr 2008 15:48    Post subject: Reply with quote

Renseignement pris (je vais faire le 27 une présentation de la décroissance à la confédération paysanne). Il n'y a pas de label d'agriculture paysanne, mais juste une charte (différent donc par rapport au titre du premier message de clément). Par contre il y a bien des débats au seins de la conf pour savoir si on labélise ou pas. Sourire

Evidement en allant la bas, je défendrai la position de non labellisation. Je n'ai pas envie que l'on nous force ensuite la main avec des contrôles par puçage des vivants non humain avec RFID ou je ne sais quel controle du même genre.
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economiste
Guest





PostPosted: 09 Apr 2008 19:18    Post subject: Reply with quote

Quote:
De quoi manger de manière certaine.


A la campagne y a pas besoin de "produire" pour ça. Après faut voir ce que tu es prêt à manger si tu ne fais que ramasser.

Ce gars le montre en pratique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Couplan

Productivistes!
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 14 Apr 2008 10:49    Post subject: Reply with quote

C'est bien qu'il y ait un débat sur cette question : peut-on parler d' " agriculture paysanne " au sujet de la petite production agricole marchande française ? Quelles sont les limites et les enjeux (identitaires pour une couche de la profession sur la défensive, syndicaux, commerciaux et plus largement les images culturelles et affectives) de l'usage de ce terme " paysan" ?

Franchement, ma réflexion sur le texte ci-haut, est partie de deux élements :

- 1. d'abord une réflexion critique assez classique pour certains, sur l'altermondialisme, et notamment sur sa critique de la forme-marchandise. Dans " Le monde n'est pas une marchandise ", ce slogan ô combien rabaché, semble a priori témoigner d'une préoccupation moins superficielle, que les courants libéraux, de gôche, de droite, etc. Or ce slogan quand on lit les écrits des militants et théoriciens altermondialistes, semble se concevoir surtout dans ce sens, que certaines choses au-dessus des autres, comme la culture, l'éducation, le corps humain, les ressources naturelles (eau, l'air...), ne sont pas simplement à vendre ou à acheter, et ne doivent pas être soumis au seul pouvoir de l'argent. J'insiste sur le " simplement " et le " seul ", comme sur ces dimensions de l'existence bien précise (évidemment liées à la contestation des cycles internationaux de libéralisation des échanges) car en réalité, le discours altermondialiste ne critique pas en elle-même la mise en forme-marchandise des ressources naturelles, de l'éducation, etc, elle veut qu'on les considère aussi autrement, au travers d'une sorte d'équilibre entre plusieurs visions, une vision économique, une vision sociale, une vision environnementale, une vision culturelle, etc. En fait, le slogan altermondialiste serait plutot : " le monde n'est surtout pas qu'une marchandise ". Ce sont là les bons sentiments d'une critique purement morale (l'économie solidaire, durable, etc.) qui recommande de ne pas tout soumettre à l'argent. Gardons des petits niches qui n'appartiennent pas au marché auto-régulateur. Il faudrait donc contrebalancer le marché par des contrepoids pour mieux conserver les bienfaits de la marchandisation du monde, qui totale serait un cauchemar. Il faut donc encadrer à l'échelle internationale, les méchants pouvoirs financiers. Le must grâce à cet interventionniste étatique, serait pour les altermondialistes d'avoir 3 régulateurs de la vie sur Terre !

A - le système de la réciprocité, avec pour mode de transfert le don, avec pour motivation de transfert l'altruisme et pour valeur mobilisée, la fraternité.
B - le système du marché autorégulateur, avec comme valeur mobilisée, la liberté et comme motivations de transfert l'intéret et l'égoisme
C - le système économique de la planification, avec comme mode de transfert la redistribution forcée, comme motivation du transfert la contrainte, et comme valeur mobilisée l'égalité.

Dans le triangle altermondialiste (Latouche comme Anselm Jappe parmi beaucoup d'autres, vont critiquer cette triangulation, parce qu'ils n'y croient pas du tout) de la gentille économie à visage humain, on aura reconnu les trois poles, liberté, égalité, fraternité, englobant la proposition altermondialiste dans le moule d'un bon idéal républicain, citoyenniste, avec la démocratie ségo-participative des comité éthiques qui régulerait les découvertes scientifiques, rendant la science aux braves citoyens (on y croit tous !).

La critique altermondialiste est donc une critique très soft de ce quelle appelle le libéralisme, puisque dans son système propositionnel elle le comprend comme un de ces trois pôles : le marché ? le capitalisme ? la marchandisation ? Oui... mais un marché à visage humain, un capitalisme à visage humain, etc. Pour ce faire on oppose donc ingénuement le politique à l'économique.

2. - Deuxième élément de ma réflexion sur l'étiquette paysanne : ayant fait des études d'histoire, j'ai toujours lu, et appris des personnes qui se penchaient dans leurs recherches sur ces questions, qu'il fallait clairement distinguer historiquement, les figures du chasseur-cueilleur, du paysan, de l'agriculteur et de l'entrepreneur agricole (c'est le b-a-ba de toutes études sur le monde rural, son évolution et sa modernisation depuis la Révolution fourragère et individualiste du XVIIIe siècle). Les temps historiques de ces figures sont différents (le temps long de Braudel), et la nature de ces activités connaissent à chaque fois, une altération (voir le texte initial du topic). Et le paysan n'est pas un agriculteur, il ne travaille pas que la terre ou n'est pas qu'un éleveur, les activités artisanales sont très importantes et occupent en volume plus de temps que le travail des champs notamment (veillées, saisons creuses, travail des femmes, etc). La vie paysanne relève aussi bien d'un système politique (résistance auto-organisée, prise en charge de l'administration municipale, etc *), culturel (patois, habillement spécifique, jeux collectifs et fêtes particulières, etc), identitaires (saints locaux, mémoires, etc), social (communauté villageoise avec esprit de groupe, sentiments communs, organisation du travail), religieux (assistance aux pauvres dans le cadre paroissial, autorité morale du curé de village, n'imaginons pas non plus un monde paysan écrasé par le labeur dont nous aurait libérer les scènes de nos vies futures, puisque selon les pays entre 1/4 et 1/3 des jours de l'année sont des jours et des fêtes chomés notamment du fait du calendrier religieux et festifs, etc), coutumiers, juridiques et judiciaires (200 coutumes générales, 500 coutumes ou statuts particuliers, sans parler que les pribvilèges correspondent à des " pays " et pas seulement à des groupes sociaux, tout cela avant la volonté d'unification de la monarchie absolue pour créer un droit commun, volonté que poursuivra l'Etat républicain), d'une conception hybride aussi de la propriété (propriété éminente et d'usage), ce n'est pas seulement le domaine du productif, du domaine de l'économique, c'est à dire d'une seule agriculture. Il n'y a pas " d'agriculture paysanne ". Pouquoi ? parce que les paysans ne vivent pas que de l'ager, ils vivent aussi du saltus (paturage avec droit d'usage collectif) et de la silva (forêt avec droit d'usage collectif) qui est primordial pour eux. C'est justement par la destruction des droits d'usage collectif sur le saltus et la silva (mais aussi notamment dans l'ager, la destruction du droit de vaine pature), c'est-à-dire par l'invention de la propriété exlusive et individualiste moderne (je suis en train de lire de D. Bensaid, Les Dépossédés. Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres, La Fabrique, 2007, qui porte sur cette question), que disparait le paysan, qui va dès lors devenir le spécialiste marchandisé du seul ager : l'invention de " l'agriculteur ". Les paysans qui vivaient de l'ager, silva, saltus, ne pouvant plus le faire, ceux qui pourront vivre que de l'ager (autant dire sur plus d'un siècle, qu'une infime minorité), deviendront des agriculteurs, c'est à dire des rouages (comme nous tous !!!!) spécialisés de l'économie marchande. Ils ne sont pas des paysans. Les activités paysannes ne sont pas réduisibles à de l'économique (Marx aussi le montre). Les historiens ne parlent pas d' " activité paysanne ", mais de " civilisation paysanne ". Les paysans eux, ne pouvant plus vivre sur le quadriptique, ager-silva-saltus et proto-industrie, ils vont devoir en masse partir vers les faubourgs industriels de la ville, c'est la prolétarisation (et la soumission au temps horométrique de la production) et l'urbanisation (pour ce qui est de l'Angleterre, l'historien E. P. Thompson relate bien les résistances de cette " économie morale de la foule ", contre l'invention de l'économie dans Temps, discipline du travail et capitalisme industriel, La fabrique, 2004).

Depuis déjà la « révolution agricole » de la seconde moitié du XVIIIe siècle, « les paysans déterminés à rester sur leurs terres s’étaient faits agriculteurs ; désormais [1992 avec la réforme de la PAC qui va donner naissance notamment à la Conf'] ils devaient se faire entrepreneurs et accepter le défi qu’une poignée d’entre eux suffiraient à entretenir la richesse agricole de la France » (G. Gavignaud, La Révolution rurale XVIIIe-XXe siècles, L'harmattan, p. 172-173). Ne nous y trompons pas, 1992, voilà bien le contexte de création de la Conf' en 1987. Alors rapidement ces exploitants moyens qui ne pouvaient que se sentir que condamnés, s’adaptèrent à leur façon à leur sursis : « C’est par la valorisation des produits que l’on incitera à plus de respect de l’environnement et du paysage » et au passage permettra la survie économique des petits et moyens exploitants, écrivait déjà André Pochon. C’est donc en s’engouffrant dans toutes les niches de production labellisées à forte valeur ajoutée que ces exploitants là pouvaient s’en sortir, dans le nouveau contexte de la PAC. La course illimitée à la création et à l’obtention des « labels » et « appellations d’origine contrôlées » commença. Création du label « Agriculture durable » par le Cedapa, celui d’« Agriculture biologique » par Nature et progrès, les « A.O.C. », l’apparition d’une « Charte de l’agriculture paysanne » ou d’une « Charte des Amap » (avec aujourd'hui les positions rigidistes, dirigistes, fédératives et bureaucratiques d'Alliance Provence), etc.

A la lecture il y a quelques mois, de la brochure Des petits paysans à la CNT du syndicat de la Fédération des Travailleurs de la Terre et de l'Environnement (FFTE) de la CNT, je lis aussi qu'ils reprennent aussi justement ces distinctions de vocabulaire (voir une citation dans la brochure que je fais dans le texte ci-dessus). Et j'apprend en plus de la bouche de plusieurs, que la FTTE est née justement d'une scission dans la "Confédération paysanne", justement sur cette question (le deuxième point de scission est le citoyennisme des luttes qui a été refusé par une aile libertaire de la Conf', justement à partir des luttes contre les OGM : ainsi René Riesel et ses amis qui avaient jusque là quelques fonctions dans la Conf', vont quitter la Conf', et certains vont fonder la CNT-FTTE). Cette critique d'une agriculture marchande que soutient la Conf', est après appliquée par des agriculteurs de la FFTE, en se rapprochant du mouvement " Droit paysan ", qui justement réclame à avoir la possibilité de revenir en arrière, de passer d' " agriculteur " (ceux qu'il sont) à " paysan ", et aujourd'hui prétendent-ils, on ne peut pas être " paysan ". Une coordination a donc été créé au début des années 2000, pour apporter une réflexion en termes de politiques publiques (problème de l'accès à la terre pour des très petite superficie, problème des constructions hors-normes, problèmes des subventions, etc.), et pour réclamer ce " statut paysan ", ils ont fait pression sur le ministère Voynet de l'époque, espérant que la couleur politique de la ministre aiderait à faire passer un aménagement de la loi, afin d'avoir simplement la possibilité de sortir l'agriculture de l'économie. Tout cela a été refusé (faut dire qu'ils réclamaient le dégagement d'une " notion d'activité autonome utile mais non rémunératrice "...). Et puis, les gouvernements ont changé, plus la peine ne serait-ce de demander, le mouvement " Droit paysan" divisé aussi par sa frange libertaire et sa frange citoyenniste, a explosé, les luttes ne pouvant plus être politiques vu le contexte défavorable, certains se sont centrés sur des questions spécifiques de ce futur " statut paysan " en passant par la voie de l'auto-organisation. Cela a donné " Terres communes " et autre (sur le mouvement Droit paysan, B. Mesini, F. Buendia, B. Gilet, Michel Ots, Feuilles paysannes, éditions Pli Zetwal, 2002, où on retrouve les textes de fonds, les revendications, les lettres aux ministères, quelques débats internes et des critiques.

Voilà, un peu pour résumer les deux élements qui m'ont fait écrire ce texte.

Après, je comprends un peu le ton de certaines réponses, et notamment l'attachement identitaire d'une profession et notamment de ceux qui prennent le plus de coups, à cette image du paysan. Bien sûr que je partage cette image, une agriculture de faibles moyens, respectueuses de l'environnement, etc. Cependant il faut rester dans la réalité sous-jacente au langage. Un petit agriculteur français, ne ressemble en rien avec un paysan d'il y a un siècle, ni avec le paysan de la sédentarisation. Comparer aussi le petit agriculteur français avec par exemple la paysannerie des montagnes andines, mais enfin c'est gens là ne font pas les mêmes choses, leurs activités ne sont pas dans les mêmes logiques. D'un côté on est dans de la production marchande (vente directe de maraichage ou à la ferme, vente à des centrales de distribution, vente à des coopératives ou entreprises de transformation, etc.) de l'autre on est dans de l'auto-subsistance (en partie de moins en moins relative, et quand bien même elle serait relative, l'interdépendance ne sera pas véhiculée que par l'échange marchand, mais par du troc, des coups de main, de l'entraide).

L'autarcie ? Ah bien sûr que l'autarcie ça n'existe pas, l'auto-consommation a toujours été couplé par des apports complémentaires de ventes sur le marché local, ou de travail saisonnier dans les saisons mortes, et surtout par du troc, de l'entraide, des usages collectifs (l'autarcie c'est un mythe de la philosophie utilitariste apparu dans la littérature des Robinsonnades au XVIII e siècle, avec ses lieux communs qui vont forger l'homo oeconomicus, avec la rareté, les besoins biologiques, la nature séparée et hostile, la technique qui maitrise cette nature et dont le progrès va améliorer cette domination/émancipation : Robinson Crusoé, Robinson suisse, etc). Au XIXe siècle, les paysans circulent pour travailler dans la maçonnerie en ville, les femmes et les filles font de la proto-industrie textile qu'elles vendent au " fabricant-marchand" que décrit Polanyi dans sa Grande Transformation, etc. Cependant ce moment là, justement... c'est la " Grande Transformation ", on voit basculer le monde de l'auto-subsistance paysanne où l'échange marchand n'était que complémentaire, dans un autre monde ( le notre, et celui de l'invention du métier de " l'agriculteur ") : le monde où désormais c'est l'auto-production qui va devenir le complément (toujours plus réduit : 1956, 6% des Français se nourrissent en partie grâce à un jardin potager, en 1990, 0,6 % d'après l'INSEE, et j’ai pas les chiffres actuels) de la marchandisation de plus en plus totale de l'activité (voir aujourd'hui, les services à la personne, etc). Toutes activités tombent dans le chaudron du marché auto-régulateur, et deviennent des marchandises. Quand on sort un « paysan » du chaudron, on obtient un " agriculteur ", et si on le replonge une seconde fois dans le même chaudron, c’est-à-dire s'il est financé par des fonds financiers, c'est un " entrepreneur agricole ". C’est pas la même chose.

Mais parler d'une équivalence entre le paysan andin à 3000 mètres d'altitude, et le petit producteur français, les mots à un moment ne recouvrent plus je crois les mêmes réalités.

Personnellement, quand je dis que finalement l'activité du paysan, fait partie du mouvement de son propre besoin, et trouve en lui à la fois son origine, son déploiement et son terme, on est sur de la description analytique de la nature d'une activité. On est pas sur la volonté d'un retour en arrière, une mythologie, etc. La nature de nos activités ont profondément changé depuis 2 siècles, pour la très grande majorité des couches sociales. C'est tout.

Après, comme plusieurs l'ont dit plus haut, pas de purisme, on peut que difficilement sortir du travail-marchand actuel, on peut que difficilement se réapproprier un autre type d'activité, et il est pour moi (mais d'autres je sais, que oui) hors de question de viser l'autarcie, c'est pour moi une erreur. C'est bien une autonomie collective et relative dont il s'agit, et que déjà plusieurs groupes mettent en pratique. Il suffit de vivre et voir, d'avoir vécu et vu, à droite et à gauche comment on s'y prend, pour s'apercevoir que c'est pas non plus au dessus de nos moyens. Et l'idée de certains n'est justement vraiment pas de devenir un petit agriculteur marchand avec ses 10 hectares, ses 5000 m2 de potager, etc. On parle pas de choses qui ont les mêmes finalités. Il ne s'agit pas de s'activer afin de suffisamment se solvabiliser (et là oui, le travail agricole marchand étant si déprécié, alors c'est un travail très dur pour en vivre économiquement parlant, puisque l'activité de l'agriculteur n'a pas pour limite son besoin direct mais ses besoins solvables. Alors comme nous tous !!!, l'agriculteur perd sa vie à la gagner), au contraire.

bug-in a écrit :

Quote:
Il n'y a pas de label d'agriculture paysanne, mais juste une charte (différent donc par rapport au titre du premier message de clément


oui, j'en suis bien conscient. Le concept de label est plus fort que celui de charte, puisque un label, il doit y avoir une structure qui vérifie et donne en fonction le label. La charte, étant un degré soft de label, puisque c'est la personne qui s'engage dans une démarche, il n'y a pas de vérification. Disons que ce que je voulais dire, c'était plutot l'idée d'une production de niche, très particulière, comprenant des critères à respecter (quelque soit le système, avec un système de vérification et délivrance, ou un système chartiste d'auto-controle)

Par contre s'il y a pas de label " agriculture paysanne ", l'agriculture raisonnée a mis en place le label " produits paysans ", m'a ton dit. Et la CNT-FTTE lutte aujourd'hui contre toutes les opérations de " mises en qualité ", par la création d'AOC, etc.

Comme tu dis, dans la Conf', il y a toujours eu débat sur ce mensonge qu'il existe une agriculture paysanne (Charbonneau déjà refusé de parler d'agriculture paysanne, et préférait parlé de " vie paysanne "). Ainsi un exilé de la Conf', Bernard Gilet écrit que :

Quote:
" l'agriculture bio-commerciale de niche, c'est l'agriculture défendue, qu'elle le reconnaisse ou pas [beaucoup d'agriculteurs de la Conf' ne le reconnaissent pas tellement ils sont aspirés par cette image souriante du paysan], par la Confédération paysanne, du moins dans sa tendance la plus réformistes " (Feuilles paysannes, éditions Pli Zetwall, 2002)


Arrêtons les blagues !!! les producteurs agricoles de la Conf' en France n'ont jamais été des paysans. Y'a pas de paysans en France !!!

Comme le font les agriculteurs de la CNT-FTTE n'ayons pas peur de le dire, arrêtons de rêver :

Quote:
" Pour comprendre la situation actuelle, il faut déjà oser faire le constat que la paysannerie a disparu en Europe, en Amérique du Nord, comme dans tous les pays industrialisé. Dans le reste du monde, là où elle subsiste, elle est en train de subir à un rythme accéléré les modifications structurelles que la paysannerie française, notamment, a connu lors des 100 dernières années. Ce type de société tirait son originalité de sa logique autonomisante : autosubsistance alimentaire, autonomie technique (non spécialisation des tâches et maîtrise de l'outil de production), autonomie de la collectivité sociale (famille, villageoise, collective). Constater la disparition de ce type d'organisation sociale et économique a l'avantage de clarifier la situation actuelle, et d'éviter les chausse-trappes de la dialectique marchande qui, dans ce domaine aussi, brouillent notre perception de la réalité ".

Des petits paysans à la CNT, p. 4


L'activité de José Bové est déjà une marchandise, comme nous tous.

-------

* Contre une vision " scolaire " d'un paysan soumis à son seigneur, égoistes, chapardeurs, rusés (un vrai loup pour l'homme), totalement enchainé et incapable d'auto-détermination, de résistances, etc, comme n'a cessé de l'écrire et de le dire une anthropologie pessimiste depuis T. Hobbes, cf. Monique Bouruin et Robert Durant, Vivre au village au moyen âge. Les solidarités paysannes du XIe au XIIIe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2000. ça décrasse pas mal nos représentations sociales.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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bug-in



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PostPosted: 27 Apr 2008 10:48    Post subject: Reply with quote

Merci Clément pour cet exposé il me servira bcp pour ma conférence à la fête de la conf Sourire Je leur ferai un lien naissance méga machine, intro en agriculture avec le capitalisme. Et leur parlerai de sorti de l'économie Sourire
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Kobayashi



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PostPosted: 11 Aug 2008 5:46    Post subject: Reply with quote

Je n'avais pas lu le bouquin de Mendras La fin des paysans, et je n'avais pas connaissance du refus de la thèse (acceptée pas seulement par tous les historiens, mais aussi par les sociologues, comme le montre ce texte) par les agriculteurs de la Conf' comme de la FNSEA. C'est marrant ce contexte syndical et commercial d'utilisation de ce mot " paysan ", à toutes les sauces... L'altermondialisme de la " Confédération dite paysanne " a encore probablement du chemin à faire si il veut faire autre chose qu'accompagner la mutation éco-capitaliste du monde.

Seule la CNT-FTTE (scission d'avec la Conf') fait figurer cet ouvrage dans sa bibliographie et appelle à regarder les choses vraiment en face.

Quote:
« La Fin des paysans » d'Henri Mendras

Article paru dans l'édition Le Monde du 02.08.08

" Prémonitoire », l'adjectif est resté attaché à La Fin des paysans. Quand l'ouvrage sort, en 1967, le constat dressé par Henri Mendras (1927-2003) fait l'effet d'une bombe : le sociologue y prédit rien de moins que la disparition de la civilisation paysanne et son remplacement par une autre, technicienne. « C'est le dernier combat de la société industrielle contre le dernier carré de la civilisation traditionnelle », prévient-il en introduction.

Mendras livre là le cumul de quinze années d'enquêtes dans la campagne française, et aussi américaine. Il y voit la disparition de l' « état de paysan » et l'émergence du « métier d'agriculteur », dans une période marquée par l'exode rural et la modernisation. Ce n'est pas tant le contenu du livre qui marquera que son titre. Un titre sans appel, qui fera intégrer par les Français la thèse défendue par Mendras.

L'ouvrage raconte le monde paysan d'alors (importance de la famille, autarcie...) et ses hésitations face au progrès. Il s'attarde sur l'étude de l'introduction du maïs hybride dans un canton des Basses-Pyrénées, où l'épi américain prend peu à peu la place du « grand roux basque ». Mendras montre combien le paysan est « désorienté par une innovation qu'on lui présente sans conséquence sociale, alors qu'il entraperçoit l'aboutissement ultime dans un bouleversement complet de son système de vie ». Et de lister ce que l'adoption du maïs hybride implique : achat de semences, d'engrais, de matériel agricole aussi, et donc recours à la spécialisation et à l'endettement.

Si les agriculteurs eux-mêmes n'ont pas lu La Fin des paysans, leurs dirigeants s'en sont chargés et l'ont critiqué, refusant de prendre le miroir que Mendras leur tendait. Pour ce dernier, la disparition de la civilisation paysanne était irréfutable, pour eux, elle était inacceptable.

Le large écho reçu par le livre vient de « l'épaisseur et la polysémie du mot «fin» », estime le sociologue Bertrand Hervieu, l'un des premiers dont Mendras a dirigé la thèse. Ce mot désigne la disparition d'une « société de transmission-assignation », car on naissait, travaillait et mourait paysan. Mais il évoque aussi l'amenuisement numérique des paysans dans la société. L'ancienne majorité qui devient minorité.

Entre le spécialiste de la sociologie rurale et son sujet, le malaise s'est installé. Poursuivant son étude du changement social, Mendras a élargi son terrain d'analyse, s'éloignant de l'agriculture. Quand il reprend la plume pour une postface (« La fin des paysans, vingt ans après », qui agrémente l'édition par Actes Sud), il revient sur la question : « L'auteur, si «scientifique» qu'il se veuille, n'est jamais tout à fait maître des consonances sentimentales qu'il provoque. » Mais persiste : « Les événements m'ont donné raison : en une génération, la France a vu disparaître une civilisation millénaire, constitutive d'elle-même. »

Si Mendras avait tenu à ne pas mettre de point d'interrogation à son titre, il avait conclu l'ouvrage par une question : « Et que sera un monde sans paysans ? » Quarante ans plus tard, la réponse paraît limpide, tant le modèle agricole qu'il voyait émerger est en crise. Pollution des eaux par les nitrates, élevages hors sol et monoculture en révèlent les limites.

Pour cette raison, le texte de Mendras montre aujourd'hui toute son utilité. « Ce qu'il a observé arrive certes à son terme, mais sa force, c'est d'avoir réussi à nommer un basculement », explique le chercheur François Purseigle, estimant qu'il faut désormais renouveler ce travail. « La sociologie rurale, un temps délaissée, bute sur la capacité à caractériser la fin du modèle productiviste et l'émergence d'une coexistence de différents types d'agriculture », reconnaît-il.

Si la France a fait, avec Mendras, le deuil de ses paysans, le monde agricole lui-même n'a pas tiré un trait sur le terme. Entre agriculteurs et sociologues, le désaccord persiste. « J'avais 20 ans à la sortie du livre, je l'avais lu de façon très naïve, le considérant comme parole d'évangile », se rappelle Christian Boisgontier, de la Confédération paysanne. Il lui a fallu des années de militantisme pour prendre du recul, puis il a dû « ramer à contre-courant ». « Aujourd'hui encore, je fais partie de la race des paysans. Dans un contexte de hausse du cours du pétrole et de plafonnement des rendements, je considère même que le paysan a plus d'avenir que l'agriculteur », estime-t-il, se félicitant que son syndicat ait contribué à réhabiliter une qualification devenue péjorative. Derrière le terme paysan, c'est le travail qu'il définit : respect du sol, de l'animal qu'on n'élève pas en batterie, de l'arbre... et rejet de l'agriculture industrielle, qui a fait de l'exploitant agricole « un ouvrier spécialisé ».

« Nous avons conservé un attachement particulier à la terre, à la vie locale et aussi à la famille, même si ce n'est plus le patriarche qui décide », explique Luc Guyau, président des Chambres d'agriculture, longtemps à la tête de la FNSEA. Lui qui a titré l'un de ses livres Le Défi paysan (Le Cherche Midi, 2000) estime que cela reste le terme fédérant le mieux éleveurs, céréaliers ou viticulteurs, qui ne se sentent pas tous agriculteurs.

Les sociologues ne sont pas de cet avis. « L'état de paysan tel que le définissait Mendras a bien disparu. Ce qui me gêne, dans le réemploi du terme, c'est qu'il renvoie à une réalité passée dont les jeunes ont voulu s'extraire, explique Bertrand Hervieu. Aujourd'hui, on veut exprimer le dépassement du modèle productiviste, mais on ne progresse pas en régressant. » « Ils se réfugient derrière ce terme parce qu'ils sont dans l'incapacité de caractériser leur métier », explique pour sa part François Purseigle. Il y voit de la pure nostalgie, et regrette l'utilisation d'un mot qui renvoie au régime de Vichy : « Paysans, cela sonne peut-être bien dans les discours, mais cela donne une image de solidarité qui n'a plus forcément cours. » Lui les invite à trouver un autre terme, avec les sociologues. Pour rendre intelligible un réel complexe.

Laetitia Clavreul

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Kobayashi



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PostPosted: 05 Sep 2008 20:10    Post subject: Reply with quote

Je mets là un extrait sur la paysannerie d'un texte de 2001 de JF Martos. Le texte en entier http://www.geocities.com/jf_martos/penseur_radicalite.html

Quote:
2. Le rôle historique du monde rural

Les propos de Riesel concernant le monde paysan ne laissent pas d’être éminemment contradictoires. Riesel se moque à juste titre des tentatives de rassurer le quidam “ avec le retour à de pseudo-traditions rurales, qui seraient un refuge possible de la qualité en matière agricole ”, mais il affirme néanmoins que dans ce milieu rural, il lui a été possible “ de réapprendre des pratiques qui constituent à bien des égards la véritable richesse humaine ”. Cette seconde sentence vient grandement limiter la portée de la première, car s’il faut rejeter l’affirmation médiatique du maintien du monde rural là où il a déjà disparu, il convient de rejeter également la nature même de ce monde rural tel qu’il existait encore. Dans les années soixante-dix, quand le régime de Mao exilait les intellectuels et les fonctionnaires en disgrâce dans des bagnes ruraux pour se purifier au contact du travail agricole, le drop-out occidental agissait de même en toute liberté, découvrant un, cent, mille Larzac, et la “ richesse humaine ” des Causses désertés ; il échappait ainsi à la dialectique historique issue du mouvement de 68, sans avoir à se confronter à ses prolongements inattendus. Le travail marginal fut ainsi l’idole d’un temps, et d’une génération de babas en fleurs, et d’ailleurs ne pouvait guère être autre chose. “ Il n’y a plus de paysannerie en France ”, constate à présent Riesel, mais comment le regretter ? Cette classe et ce milieu, que les individus épris d’émancipation fuyaient comme la peste depuis l’Antiquité grecque et à travers toute l’histoire occidentale, a scellé son propre destin en devenant, sans regret et sans guère d’hésitation, ces “ agriculteurs intégrés dans un segment de la production agro-industrielle ”, salariés occultes du Crédit Agricole, acceptant la perte totale de toute autonomie sous prétexte de devenir “ modernes ” [7] et d’oublier momentanément leur irréalité historique. Il ne s’agit pas d’accabler sous l’ironie une classe qui s’est trouvé exposée à des pressions d’une force irrésistible, et dont les vestiges survivent à présent dans des conditions de plus en plus misérables, déchiquetés par les différents requins de l’industrie agro-alimentaire : ces dernières faibles masses paysannes sont déjà suffisamment accablées pour qu’on leur fasse grâce d’en rajouter à leurs peines ; mais pour autant il semble indispensable de rappeler que la classe paysanne présentait tous les traits qui faisaient d’elle la dupe de la religion, de l’Etat, de la propriété privée, de la morale la plus étriquée, et de toutes les traditions susceptibles d’obscurcir l’esprit. A ce constat formulé et justifié depuis de nombreux siècles, Riesel oppose des considérations comme : “ on y trouvait des attitudes par rapport à la vie, et notamment à la vie sociale, très antinomiques avec le rationalisme dominant, un mode de vie, en tout cas, moins séparé que ce à quoi a abouti l’industrialisation en réduisant l’homme au travail et en colonisant ensuite le temps libre ”. Le caractère moins fragmenté du travail rural était déjà ce qui attirait le drop-out de l’après-68, et celui-ci s’extasiait de constater qu’on nourrissait des animaux, et qu’on soignait leurs maladies, avant que de les mener finalement à l’abattoir. Si en plus on récoltait soi-même le foin qu’on leur donnait ensuite à manger, et si l’on tannait les peaux qu’on avait prélevées sur leur dépouille, ne commençait-on pas à frôler le fameux “ homme total ” envisagé par le jeune Marx dans des circonstances pourtant quelque peu différentes ? Personne, en somme, ne voulait comprendre que le travail rural allait suivre l’évolution de tout travail, et que la déshumanisation achevée est tout simplement le destin mérité du travail aliéné, sur lequel il n’y a pas à revenir : car il est peut-être utile de rappeler, à titre de banalité de base, que le travail rural était et restait du travail ; que le paysan n’œuvrait pas pour son plaisir, mais pour gagner sa vie ; et que sa tâche, malgré des apparences archaïsantes, était aussi purement économique que celle du manœuvre chez Renault, ou de l’opérateur de saisie à l’Assedic. La dégradation qui s’en est ensuivie n’a rien démontré d’autre, et qui pourrait s’en étonner ?



Riesel se trouve donc constater d’une part que le monde paysan, qui reste par ailleurs incritiqué par lui, et considéré de façon non historique, n’existe plus, et, d’autre part, que “ sans civilisation paysanne, c’est la civilisation tout court qui se défait, on le constate aujourd’hui ”. Cette théorie critique d’un genre nouveau est donc celle d’un sujet historique défunt ; celle d’une cause d’ores et déjà irrémédiablement perdue ; celle de commentaires d’outre-tombe ; bref, une “ dialectique négative ” en regard de laquelle celle d’Adorno passerait pour une forme exubérante de positivisme. Heureusement que sa pratique ne se conforme pas à sa théorie, puisque Riesel fait partie de ceux qui ont agi contre l’industrie agro-alimentaire, et qui le feront sûrement encore, parmi les jacqueries bien méritées que la classe paysanne fomente avant de disparaître.

Le dépassement de l’opposition entre ville et campagne, dont l’industrie agro-alimentaire et la mercantilisation des produits, des méthodes de production et des lieux ruraux n’a pour l’heure construit que la plus sinistre caricature, devra davantage civiliser les campagnes qu’hériter de leur “ civilisation ”. Il n’y aura pas d’héritage.

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