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De la décroissance à la sortie de l'économie
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 05 May 2008 14:12    Post subject: De la décroissance à la sortie de l'économie Reply with quote

1) la décroissance

Un certain nombre de personnes se sont retrouvées autour de ce mot, pour critiquer en acte la croissance. La critique porte sur les limites matérielles de notre façon de vivre, elle s'appuie sur l'écologie comme source de légitimité et d'explication du monde. Quant aux actes, ils relèvent à la fois d'une autolimitation de ce que l'on achète (consommation) et du « faire soi-même ». Il y a d'ailleurs un glissement de sens entre consommation (ce que l'on achète) et la consommation en général, c'est-à-dire la culture matérielle des personnes qui inclue la sphère non-économique, vernaculaire, domestique. Ce glissement de sens a son pendant avec le travail, où l'on confond le travail comme activité réalisée en échange d'argent, et les activités en général.

Reste qu'avec la recherche d'une autre culture matérielle, on sent bien que les personnes souhaitent à la fois être plus responsables et plus libres. Malheureusement à mon sens, ces valeurs de responsabilité et de liberté sont souvent remplacées par l'énonciation d'une nécessité qu'il y aurait à « décroitre », qui bien-sûr se formule aujourd’hui aisément à partir des arguments écologiques. Pour avancer la décroissance comme choix politique plutôt que comme nécessité technique, il y a sans doute une recherche à faire, mais elle est plus compliquée que l'utilisation de chiffres (sur la déplétion du pétrole ou les émissions de CO2).

Aussi c'est la critique de la technoscience, des techniques industrielles, qui a permis quoique marginalement de développer une version non écologiste de la décroissance. Cela peut conduire à refuser les éoliennes industrielles par exemple, même si leur bilan carbone est bon, parce qu'il s'agit d'un appareillage qui maintiendra les personnes dans la dépendance. Il s'agit là simplement de faire ressentir que l'argumentation écologique est à double tranchant : d'un côté, elle permet éventuellement de rendre acceptable d'autres cultures matérielles, d'autres formes de vie plus libres, mais de l'autre il s'agit d'une argumentation sur des phénomènes que l'on ne peut généralement pas appréhender en première personne. Il me semble ainsi que, si les pollutions et les dégradations sont possibles, c'est parce que le plus souvent elles ne sont pas le fruit d'une décision personnelle, mais plutôt de chaînes de délégation. La production d'énoncés scientifiques fait partie de ces chaînes, dans l’immense majorité des disciplines pratiquant le réductionnisme de laboratoire, et exportant ce réductionnisme dans le monde de tous les jours.
Dès lors, l'écologie est nécessairement ambigüe sur le plan de la liberté, alors que la décroissance (comme lieu de discussion) laisse la possibilité de s'émanciper de l'argumentation écologique pour défendre ou expérimenter d'autres formes sociales, d'autres techniques, conformes à des valeurs de liberté.

2) la sortie de l'économie

Si on suit la présentation précédente, on est alors amené à présenter la décroissance, non pas (seulement) comme une nécessité écologique, mais aussi comme une volonté de se libérer de l'économie, quand bien même des échanges économiques pourraient être réputées écologiques. Par exemple, la rémunération de tâches domestiques ne posera pas de problème aux écologistes, sauf si cela occasionne des déplacements supplémentaires. On pourrait alors avoir une croissance économique « propre », dans l'invention de nouveaux services marchands.
Au contraire, on peut estimer que la défense de l'environnement n'est pas dissociable d'une reprise en main par les personnes de leur vie quotidienne, de leur subsistance, et de la recherche de formes sociales compatibles avec cela. Si on poursuit ce but, alors l'achat de matières, produits ou services est fondamentalement handicapant, puisque l'argent qu'il faudra obtenir devra être gagné en échange d'activités le plus souvent étrangères à cette vie quotidienne. C'est pourquoi on peut parler de sortir de l'économie comme un prolongement de l'idée de décroissance.

Le problème que pose la croissance n'est donc pas seulement de l'ordre de la justice (répartition des ressources) et de la durabilité (reproduction des ressources). L'économie devenue excessivement banale elle-même fait écran à une réappropriation de nos vies. Suite aux émeutes actuelles de la faim, on n'est plus capable de s'étonner que pour manger il faut payer, au lieu de participer à la production des aliments que l'on mange. On n'imagine plus partager les ressources autrement qu'en distribuant l'argent permettant d'en prendre possession. On ne s'étonne plus de ce que signifie s'activer en échange d'argent (travail), ou faire s'activer une série d'inconnus par de l'argent (consommation). La liberté de prendre possession par l'argent se paie quelque part ailleurs par l'obligation de s'asservir à l'argent.
A ce titre l'argent ne fait que généraliser le problème que pose l'échange : l'échange comme interaction entre deux individus est toujours possible, mais l'équivalence entre les termes de ce qu'ils échangent est toujours fausse. Si l'échange est possible sur la base de ce non-sens, c'est que les interactions d'échange s'adossent à des institutions (ou à des rituels) qui permettent de prolonger l'interaction au delà de l'échange ponctuel : les échangistes sont quittes l'un avec l'autre, mais chacun d'eux ne l'est pas avec le reste des autres échangistes. L'économie est donc plus que la somme des échanges économiques ; c'est une institution. Et probablement l’institution qui rend possible la plupart des autres…
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Imago



Joined: 15 May 2007
Posts: 96
Location: Valais (CH)

PostPosted: 08 May 2008 12:53    Post subject: Reply with quote

Excellent !
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ElVirolo



Joined: 05 Apr 2008
Posts: 3

PostPosted: 08 May 2008 17:46    Post subject: Reply with quote

Formidable ce texte, Deun. Court et pédagogique, exactement ce qu'il fallait.

Je me suis permis de le poster sur l'En-Dehors.
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jaf



Joined: 14 Mar 2008
Posts: 167
Location: Auvergne(63)

PostPosted: 09 May 2008 17:44    Post subject: Reply with quote

Sur ce forum, la plupart des gens ont pris conscience que la croissance économique repose en grande partie sur l'exploitation des ressources naturelles. Tant qu'il y a du pétrole à extraire et que l'année prochaine on pourra en extraire davantage la croissance de ce secteur sera assurée...

"Ce qui est rare est cher!"
La loi de l'offre et de la demande, en matière économique fixe les cours de toutes choses. C'est comme ça que les économistes qui veulent diriger le monde par la puissance du pognon entendent les choses.
Pour eux, il n'y a pas de place à l'écologie ou à un partage des richesses.

Individuellement, on est de peu de poids pour infléchir une autre approche de notre monde.
Pour surveiller l'écroulement du monde économique, un indicateur essentiel est celui du prix du pétrole:
http://www.boursorama.com/indices/matieres_premieres.phtml

Le pétrole est la base de notre société, de notre civilisation qui se meure.
Il en faut pour les transports individuels et de marchandises, l'agriculture, le chauffage, l'industrie.
La machine va se gripper, ça c'est sûr, le tout c'est de savoir quand et avec quelles répercussions sur les hommes?
_________________
Brûler des bagnoles dans les banlieues, ça n'est après tout que de l'autodestruction! Afonlesmanet
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Mozi



Joined: 27 Dec 2005
Posts: 38

PostPosted: 14 May 2008 12:03    Post subject: Reply with quote

Oui, je suis d'accord avec Elvirolo et Imago, ce texte de Deun, est vraiment très bien !

Très simple et très pédagogique ! Je m'en vais le faire lire à des personnes qui n'y comprennent toujours rien en matière de "sortie de l'économie" et voir l'effet que cela aura sur eux...

Bravo ! Très content
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 15 May 2008 11:35    Post subject: Reply with quote

Pour poursuivre dans le sens de ce que Deun nous explique très clairement, et pour répondre un peu à l'ami Laurent qui me dit très justement (dans le topic " L'appel au citoyen dans l'administration du désastre ") que l'on se sent un peu enfermé par ces analyses :

On peut penser que si les pollutions et les dégradations sont possibles, c'est parce que le plus souvent elles ne sont pas le fruit d'une décision personnelle, mais plutôt d’une médiation totale qui a brisé historiquement le rapport direct entre l’action individuelle (et socialisée dans un groupe de vie) et son besoin (sans ramener « le » besoin à une substance universelle incompressible). Cette méditation s'est mise entre notre activité et notre besoin, et a transformé complètement les deux éléments qu'elle relie. Cette médiation entre notre action et son besoin, qui sépare notre action de notre besoin, c’est l’économie. L’économie est un détour. Mais à force de grossir et de grandir, le détour par l'économie est devenu pour nous tous à la fois notre point de départ et notre point d’arriver... Et nous y tournons perpétuellement en rond en nous y consumant sans fin. Nous sommes l’économie ! Il n'y a pas de grand méchant caché quelque part, comme dit Baudrillard, " Nous sommes le réseau ". Et parce que cette médiation n’a pas toujours existé, l’économie est une invention, et d’ailleurs assez récente (300 ans disons pour donner un ordre d’idée).

Cette médiation rend possible les pollutions, les dégradations mais aussi l’abaissement de l’individu engrené désormais à une totalité sociale qui le dépasse et le détermine, parce que le principe de cette médiation, après avoir supprimé le rapport direct de l’action à son besoin, c’est la mise en dépendance vis-à-vis de sa technologie de satisfaction des besoins (qu’ils soient réels ou fictifs), d’immense masses de personnes. Et que désormais si cette médiation économique entre l’individu et son besoin, peut perdurer, elle doit produire massivement, rationnellement, héirarchiquement et efficacement. La médiation économique est donc dans son principe une production de masse (industrielle) et inégalitaire (car la viabilité de son organisation rend nécessaire une hiérarchie des postes et fonctions), c’est-à-dire qu’elle est à l’image de nos sociétés forcément. Entre la médiation économique et chacun de nous, s’est finalement établit un système autarcique où la production satisfait automatiquement la consommation. La machinerie technologique nourricière fournissant aussi les autres besoins (utiles et plus futiles) et la population forment ensemble un monde clôt, sans intérieur car sans plus aucun dehors (à peu de choses prés, et ces choses nous sont donc d’autant plus précieuses).

L’idée de « sortie de l’économie » à mon sens, aboutit alors à l’idée de regarder finalement comment on se débrouillait avant dans l’histoire, avant que cette médiation aujourd’hui totalisante existe. On s’aperçoit que les gens avaient un mode de vie essentiellement basé sur de l’autoconsommation, qui n’était pas individuelle, d’abord familiale (au sens de parentèle élargie), mais surtout collective ou communautaire. L’autoconsommation est socialisée. La relation sociale dans ce monde là, est celui encore de la prédominance de la socialité primaire qui répond toujours du triple moment, donner-recevoir-rendre, où plus rien n’est quantifiable (dans le rapport social d’échange marchand on est au contraire quitte l’un de l’autre). Mais ce rapport social fondé sur le don, peut être aussi ne l’oublions pas un rapport de pouvoir, comme peut l’être aujourd’hui la possession de l’argent (cf. Alain Testart, Critique du don). Cependant on voit aussi, que ce monde ne vit pas seulement de l’autoconsommation (l’autarcie n’existe pas) même si celle-ci reste la base du maintien de la vie hors de la mort, car elle est toujours complémentée par une organisation de la circulation des produits et travaux, par le don, par le troc, mais aussi par l’échange marchand. Mais l’échange marchand n’est pas l’économie, l’économie c’est l’organisation totale de la satisfaction des besoins de nos vies au travers de l’échange marchand, et ce qui va avec et que justement l’échange relie : le travail séparé de la consommation, c’est-à-dire l’action individuelle séparée de son besoin, par l’économie.

Après avoir regarder un peu ce qui se passait avant l’invention de notre monde, il me semble qu’ il est hors de question de revenir dans le retour au passé, qui lui même est très complexe et n’est vraiment pas exempt de domination féodo-étatique. La « sortie de l’économie » ne peut donc être le fait de singer l’avant-historique de l’invention de l’économie. Le passé est d’abord une source pour dénaturaliser le monde dans lequel on vit (on travaille, on consomme, etc.). Notre monde n’est ni naturel, ni évident, ni transhistorique, il est une construction historique et sociale. Et quand bien même nous sommes enfermés dans ce monde où les portes de sorties sont réduites car il ne nous a pas laissé de clés, c’est une construction. Nous sommes dans une construction historique. Dans le déterminisme économique qui nous traverse, il y a donc espoir, car l’économie est finalement une réalité inventée.

La question de la « sortie de l’économie » est donc à fonder non dans le singement du passé il me semble, mais sur évidemment nos pratiques actuelles, ce que nous faisons aujourd’hui. Partir de là où nous sommes. Là question essentielle est donc, comment ici et maintenant dans nos situations de dépossédés, retisser un lien entre notre activité et son besoin, sans la médiation de l’économie ? C’est ça qui semble à plusieurs essentiel. Et c’est la question que je tiens sans cesse à garder en tête. Toute pratique, quelle qu’elle soit, qui retisse ce lien, nous fait sortir de la chaîne des délégations techno-économiques.

Dans cette question, la prise en compte de la nature de notre activité, c’est-à-dire ce que nous faisons de nos bras ou de nos capacités intellectuelles, on le voit, est essentielle pour répondre. Il se trouve que notre activité aujourd’hui, c’est le travail pour l’échange au travers de la médiation de l’obtention de l’argent (le salaire). Retisser le lien entre l’activité et son besoin, passe alors me semble-t-il par une critique totale du travail pour l’échange, qui est historiquement une invention. Et c’est ce que fait par exemple Pierre Carles dans ses films et les expériences qu’il met en avant. Mais évidemment, on ne peut pas comme ça quitter son travail, on aimerait bien puisque au fond on s’en fout tous un peu de notre travail, mais la technologie des besoins qu’il nous permet d’acquérir est trop vitale pour nous. Il faut bien assurer le bifteck ! Il faut alors probablement travailler à sortir de ce « chantage à la subsistance » comme dit Deun. Il s’agit donc de se dégager des pratiques qui puissent nous permettre de faire du travail pour soi, sur notre lieu de travail, mais surtout dans notre temps de non-travail. Il faut s’organiser individuellement, en couple, en famille peut-être, mais aussi et surtout dans nos réseaux de complicité respectifs : c’est-à-dire nos copains (pas forcément des militants), nos voisins, les gens que nous rencontrons. Comment à 4, 5 ou 10, 20, 30, essayer de collectivement nous passer de la médiation économique ?

Et cela peut passer par quantités de pratiques diverses, variées, que l’on doit construire et inventer. Cela peut être une parcelle individuelle de jardin, participer à un jardin collectif, organiser la complicité d’un réseau d’auto-récupération et d’auto-recyclage par des ateliers de bricolage, la mise en commun d’outils, auto-réduire son temps de travail pour l’argent, la création d’un réseau pour l’autonomie semencière, l'organisation d'un pool de " techniques autonomisantes " à utiliser en commun, la création d’une Amap nouvelle qui nous permette de concrètement nous réapproprier notre activité, participer à un groupe de construction de matériels énergétiques autonomes, partir dans un groupe sur un terrain pour tenter un travail commun nourricier, planter un potager durant la prochaine occupation de l’Université et organiser des « récupérations de marchandises » au moins pour le symbole et susciter des débats sur la nature des mouvements étudiants dans l’AG, toute une réflexion collective est aussi à mener sur la proposition utopique de la Centrale-ASEM de F. Partant, etc.

Le tout est que désormais notre activité tende à être individuellement ou collectivement reliée directement à son besoin (à mon sens l’essentiel de la réappropriation est là, on tire là-dessus et tout vient derrière peu à peu : relocalisation, le lien social, pratiques de démocratie directe, respect de l’environnement, rapports humains, etc). A partir de là, nous ramenons notre vie à nous-mêmes, aux potentialités de notre corps qui bouge, à notre conscience qui comprend, à notre parole qui touche l’autre. Notre vie redevient la notre. Nos vies redeviennent les notre. Car la chaîne des délégations auto-productrice de son irresponsabilité et de son invisibilisation, se réduit. On retrouve un monde dont la connaissance et la maîtrise sont désormais en première personne (j’ai vu que…) ou en deuxième personne (le voisin que je connais a vu que…), et non une connaissance en énième personne qui aboutit toujours au monopole radical de savoirs détenus par les spécialistes que nous sommes devenus (toi le vin, toi l’agriculture, toi la santé, toi l’éducation, toi l’image, etc.). Il est essentiel comme dit Illich de retrouver des outils et des activités à notre mesure, localisés et maîtrisables par chacun de nous. Des outils et des activités qui ne font pas de nous la matière première d’une interdépendance sociale abstraite. Dans la réappropriation du lien direct entre mon activité et mon besoin, si je fais quelque chose qui me semble aller à l’encontre de ce que je pense bon (hop je pollue par exemple), de ce que je crois (hop là je suis en train de placer mon voisin dans un état de dépendance totale vis-à-vis de moi), je ne suis plus impuissant pour intervenir. Et ainsi la possibilité de la pollution, la possibilité d’un rapport hiérarchique entre les humains, la possibilité de ne pas reconnaître la part d’humanité essentielle en chacun de nous, etc., se rapportent à notre propre maîtrise, à notre corps, à notre conscience, etc. Là où je peux agir.

Cependant, l’idée de « sortir de l’économie » n’est pas je crois une proposition d’une autre société. La « sortie de l’économie » n’est pas une « alternative » au sens qu’elle serait une proposition qui pourrait prendre la place de l’économie. Elle n’est donc pas transposable en termes de politiques publiques, en termes de politiques économiques, de nouvelles techniques régulatrices de quelque chose qui de toute façon est devenu fou. Parce que l’idée de tendre à relier son activité à son besoin échappe à la réalité économique, car la chaîne des délégations ne peut organiser la fin des délégations, qu’en créant de nouvelles délégations. « Le réalisme politique est devenu irréaliste car la réalité se trouve à un tournant » (PM, BoloBolo, bouquin de 1984 qui est vraiment génial et qui pour moi dit absolument tout sur la " sortie de l'économie "). Il faut peut-être désormais se rapporter à soi et à ses proches (amis pas forcément politiques, réseaux d’appartenance, famille, etc.).

L’idée de « Sortir de l’économie » ne peut donc être " réaliste " et intéresser, que ceux qui sont résolus par leurs pratiques à se passer de ce monde ou qui en sont déjà largement exclus ou mis à sa marge. Comme le disait F. Partant, je crois que le réseau de complicité qui porte déjà la sortie de l’économie, ne peut être que celui formé par les chômeurs qui ne veulent plus travailler, les naufragés du « développement », les militants anticapitalistes, et tous ceux qui, de tout milieux sociaux, sont dégoûtés et plus motivés par ce meilleur des mondes et qui bricolent des situations les moins traumatiques pour eux. La « sortie de l’économie » ne peut être ni responsable, ni réaliste au regard du monde de la réalité de la machine, elle n’est donc forcément ni un modèle économique, ni un mot d’ordre citoyen, ni un programme politique.

Je crois, que nous sommes suffisamment nombreux à critiquer le capitalisme, sa technologie, ses relations sociales chosifiées, pour engager nous-même la densification de ce champ de complicité pour nous auto-organiser à tendre à quitter la médiation économique. Mais aujourd’hui il y a encore confusion, on sait pas trop finalement pour qui on roule : Le terme de « décroissance » dans son sens dominant (voir par exemple l’article « décroissance » sur Wikipédia), entretient à mon sens un gros flou. De plus faut-il demander des augmentations de salaires en continuant à opposer le travail au capital ? Consommer en citoyen responsable ?. Se serrer la ceinture et « consommer utile » ? (et bientôt on ira retirer à la médiation économique des produits « utiles, locaux et 100% sympa » avec toujours du travail omniprésent et son corollaire la consommation.) Réclamer de nouvelles politiques publiques à l’Etat ? Prendre le pouvoir par la force ? etc. Nos schémas fonctionnent souvent sur ces divers modes là. A mon sens il faut axer un discours collectif dans le milieu et les sympathisants, sur la réappropriation de l’activité (exactement ce que fait Pierre Carles).

La cohésion de notre sensibilité politique et intellectuelle est importante, et nous avons souvent la même tranche d’âge 20-40 ans (sur decroissance.info, chez OLS, Oblomoff, les éditions L’échappée, les néo-luddites, les communautaires, les décroissants qui réfléchissent, les jeunes qui se cherchent et ceux partent dans des écolieux ou ont les projets de vie les plus fous et les plus expérimentateurs, chez tous ceux qui bricolent des situations, etc.). Créer des espaces de pratiques, créer des rencontres et des débats sur cette perspective a inventer où l’on puisse partager ensemble ses expériences, ses interrogations, ses doutes, ses difficultés, etc., de nombreuses personnes aujourd’hui essayent de faire cela. La dedans la critique du travail, c'est-à-dire la nature de notre activité, est essentielle. Nous devons quitter les slogans (« ne travaillez jamais ! ») pour passer à la tentative de leur incarnation concrète dans un champ collectif de complicités. La critique du travail ne doit plus lui opposer inutilement la paresse.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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economiste
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PostPosted: 15 May 2008 12:26    Post subject: Reply with quote

Quote:
Et parce que cette médiation n’a pas toujours existé, l’économie est une invention, et d’ailleurs assez récente (300 ans disons pour donner un ordre d’idée).


Et le scribe égyptien, n'est-il pas l'ancêtre de l'économiste?
Son apparition n'est elle pas consubstantielle de celle des grands empires?
Premières traces d'écriture -3300 ...

La différence scribe/économiste, batisseur de pyramide/ingénieur est elle de nature ou de degré? Nos ancêtres n'étaient pas plus bêtes que nous ...

Mais pour les égyptiens ou les mésopotamiens il existe un dehors géographique. Pour nous ce dehors devient spatial.

Ta critique de l'économie n'est elle pas très liée à celle de Galillé?

Cette vision du monde est la tienne, et je ne suis pas sur que cela ait quelquechose à voir avec la décroissance.

L'économie est nécessaire.
Economie psycho-biologique : on ne peut pas se consacrer qu'au sexe ou à la nourriture.
Economie sociale : on ne peut se consacrer qu'à l'efficacité ou qu'à l'égalité.
Economie écologique : on ne peut pas ne priviligier que les autres espèces ou que l'espèce humaine.
Dans tous ces domaines il y a des arbitrages qu'ils soient conscients ou inconscients.
Tu peux le regretter mais les regrets sont vains.
Ta pensée n'est pas opérationelle, tu devrais t'économiser.
Vraiment.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 15 May 2008 12:50    Post subject: Reply with quote

Forcément, si l'économie c'est tout et n'importe quoi...
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economiste
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PostPosted: 15 May 2008 13:20    Post subject: Reply with quote

Il "suffit" de se ramener à l'étymologie : gestion/mesure du domaine de X.

Cela ne dit rien sur le sens, l'étude, le discours, logos.

Et Le Monde Diplomatique de se demander si l'économie est une profession ou une science.

J'ajoute que Becker (école de Chicago, "Nobel" d'économie) parmis de nombreux autres (Tirole, français dernière médaille d'or du CNRS fait des "contrats" entre le moi et le surmoi et Gilles Saint paul fait l'économie du clonage) fait ça, tout et n'importe quoi. Mais il n'ont pas le logos (le "vrai"), ni la multi-disciplinarité.

C'est pas moi, mais Freud qui parle d'économie psychique (enfin je crois, si quelqu'un infirme cette affirmation c'est bien), mais lui le fait en basant sur les mythes et non la mathématique ...

Mais il faudra bien trouver une façon de trancher ce débat sémantique, à moins qu'avoir le dernier mot soit la seule chose qui compte.

Non?
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 15 May 2008 13:30    Post subject: Reply with quote

Avec un marteau en main, tout se met à ressembler à un clou...

Notre civilisation économicisée se met effectivement à voir toute interaction sur le modèle de l'économie, et dans les cas les plus grossiers à se contenter de copier leurs discours sur celui dominant

Quant à l'étymologie, elle est vite débordée pour rendre compte de nos réalités vécues. Elle est loin justement de "suffire".
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 15 May 2008 14:14    Post subject: Reply with quote

economiste wrote:
Il "suffit" de se ramener à l'étymologie : gestion/mesure du domaine de X.


Et bien tu peux parler de gestion et de mesure pour parler de gestion et de mesure, pendant que ceux qui parlent d'échanges d'activité ou de produit contre un équivalent général numérique (l'argent quoi) parleront d'économie.
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buginpasloggué
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PostPosted: 15 May 2008 15:46    Post subject: Reply with quote

Pour information la critique de CH (et de la plupart d'entre nous) sur l'économie est celle d'une économie devenue science. Quand Xénophon invente le mot économie et la notion de bien/propriété qui va avec, elle n'a plus rien à avoir avec l'économie aujourd'hui.
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