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recueil des critiques sur sortir de l'économie N°2
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 30 May 2008 17:48    Post subject: recueil des critiques sur sortir de l'économie N°2 Reply with quote

Juste si d'autres comme moi en rencontre Clin d'oeil

Sur la liste décroissance Montpellier, au sujet des SEL
Quote:
de Jean-François Cavalier <jf.cavalier_AT_laposte.net>
uhhhhhh j'ai pas encore tout lu et je sais pas si je le ferai vu la "qualité" de l'article sur les SEL !!!

D'abord quelques corrections :

-> "soumis de surcroît à des contraintes administratives,"
FAUX : S'il s'agit de contraintes type déclarations etc... j'ai jamais vu ça !

-> "les SEL ou systèmes d’échange locaux ont créé des monnaie à validité limitée dans le temps, donc impossible à capitaliser"

FAUX : D'une part à ma connaissance jamais un Système d'Echange à monnaie locale n'a créé de monnaie à validité dans le temps. L'auteur parle certainement de la "monnaie fondante", c'est à dire l'application de taux d'intérêts négatifs qui font que chaque moi la monnaie capitalisée sur les comptes est dévaluée (voir http://fr.ekopedia.org/Monnaie_fondante)

D'autre part, à ma connaissance ce type de monnaie n'a jamais été mis en place en France à l'époque moderne à une exception prêt (le SEL de St Quentin en Yvelines).

-> "lorsque les échanges sont déclarés pour les impots ou la TVA"
Jamais entendu parlé d'une seule personne qui ai fait ça (mais je veux bien croire que ça soit arrivé de manière totalement exceptionnelle !). L'auteur se réfère à "SEL, Mode d'emploi" édition de 97, rédigé par le SEL d'Ariège qui à l'époque était surveillé de prêt par le fisc qui s'intéressait à cette nouvelle chose étrange. D'où cette phrase qui était la demande faite par le fisc lors de "négociations". Depuis, ils ont laché.

-> "on a pu reprocher aux SEL de corrompre des systèmes d'entraides préexistants. Il faut mentionner néanmoins des témoignages attestant d'évolution inverses"
La c'est carrément de l'escroquerie intellectuelle !!! Toutes les études sur les SEL ont montré justement que les SEL aboutissaient à des nouveaux réseaux d'entraide de toute sorte, et je l'ai souvent constaté. Je n'ai jamais vu/lu ou entendu parlé d'UN SEUL exemple "inverse".

Ensuite tout le dernier paragraphe est carrément du délire hallucinatoire total. J'vais pas m'étendre.

Avec cet article, on est typiquement en présence d'une personne qui n'a jamais mis les pieds dans un SEL ni parlé avec une seule personne connaissant un peu le sujet. Claude Guillon (l'auteur) a visiblement fait un travail bibliographique (incomplet!) et a suivi ses délires intellectuels. J'ai lu en diagonale le dossier AMAP mais ça m'a l'air du même tonneau.

Voilà pour ce qui est de ce texte. Pour la suite...

> A ce propos je me pose la question de tenter l'expérience ou non du SEL
> avec mes connaissances informatique (comme je le fais aujourd'hui sans
> échange).
>
> En faisant une petite recherche sur les SEL à montpellier je trouve :
> SEL de Montpellier : http://seldemontpellier.skynetblogs.be/
> SELidarité34 : http://fr.groups.yahoo.com/group/selidarite34
> SELriz : http://www.blog-city.info/fr/selriz.php
>
> Quels sont vos retours d'expériences sur ces SEL ?

Ma réponse, fait pas comme lui, te limite pas à internet et des "on dit", va voir ! Ceci dit, les SEL des villes sont souvent très décevants... Juste une chose : je suis loin d'être un "fan" de SEL, mais de lire autant de contre-vérités et d'approximation, ça saoule !

Et puis non finalement je vais pas le lire ce "Bulletin" ! Trop de chose intéressante et positive, trop de propositions novatrices à découvrir, partager, expérimenter pour perdre du temps à lire des pages et des pages de critique stérile sur des vieux refrains ! On sait où ça mène : nulle part !
@+
jeff

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Deun là
Guest





PostPosted: 30 May 2008 23:25    Post subject: Reply with quote

Les critiques sont à côté.

Guillon critique "cette activité monétaire qui séduit une partie de la gauche alternative et certains économistes" commune à toutes les SEL.

C'est pourquoi il cite Marris, Val, la revue Silence, Alternatives économiques et pas Jean-François Cavalier, qui visiblement ne critique pas Marris, Val etc mais juste deux ou trois détails factuels d'un texte laissant intact le propos de Guillon : pourquoi singer l'économie jusque dans la création de réseau d'entraide local qui pourraient rester informels ou ou au moins non évalué monétairement, si ce n'est pour retomber à coup sûr dans les travers de l'économie que l'on connait déjà ?

Si cette activité monétaire ne séduisait pas autant, alors pourquoi utiliser la monnaie pour créer des réseaux d'entraide ?

Qu'est-ce ce qui est si indispensable dans la monnaie qui fasse que certains n'imaginent pas s'entraider sans, et on besoin d'inventer une monnaie pour s'activer avec ou pour autrui ?

Est-ce que les intervenants de la liste on déjà réfléchi aux moyens permettant d'empêcher que les activités échangées à l'intérieur du réseau ne s'échangent avec l'extérieur (comme cela s'est produit en Argentine comme on pouvait s'y attendre : l'Etat propose la conversion monnaie locale/monnaie nationale et tout le monde dit "banco!".) ?
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Deun là
Guest





PostPosted: 30 May 2008 23:39    Post subject: Reply with quote

Il faut aussi prendre en compte le fait qu'il existe une version officielle des pratiques (celle qui les justifie en s'adossant généralement aux valeurs dominantes) et une version officieuse (celle qui ne parvient pas à se dire à partir des catégories dominantes).
C'est valable pour les SEL par exemple. En pratique on n'est plus obligé d'utiliser une monnaie pour s'entraider une fois que les échangistes des Sels se rencontrent et s'entendent : cependant cela n'est pas thématisé ni défendu, alors que c'est la partie la plus subversive des SEL, et on continue de dire que créer des monnaies locales c'est génial, alors qu'au final ce n'est pas la monnaie mais malgré la monnaie que s'engage autre chose...
C'est pareil pour les Amap et l'article est construit selon ce plan critique de la version officielle/exploration des pratiques officieuses. En pratique on n'est plus obligé de passer par un prix de panier pour régler nos affaires avec un agriculteur, ni même de rester dans un rôle de consommateur-évaluateur des services achetés à l'agriculteur. Cependant ce n'est pas thématisé non plus alors c'est quand les personnes sortent de ces rôles que les Amap deviennent intéressantes... mais on continue à parler de relocalisation de l'économie, comme si le fin du fin était d'avoir des échanges économiques de proximité et pas justement d'arrêter d'échanger quand on se trouve vivre à proximité les uns des autres.
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Djinn



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Location: St-Denis

PostPosted: 06 Jun 2008 20:09    Post subject: Reply with quote

Bravo ! Encore un numéro excellent, voire génial.

Je dis ça parce que je ne soulignerai, pour essayer d'apporter quelque chose, que des points aveugles ou des points de désaccord.

Tout d'abord, il y a des relents de croyance marxiste à la valeur travail chez Michel Henry (qui y croit, mais la juge non mesurable et qu'on y substitue autre chose dans le prix. Autant ne pas en parler du tout), Anselm Jappe ou... Clément. Or l'économie classique n'est pas une description juste de pratiques délétères, c'est une description FAUSSE du fonctionnement réel du capitalisme.

Ici l'expression "sortir de l'économie" est entendue comme une reconquête de l'autonomie par l'autoconsommation: c'est un parti pris à la fois libertaire et décroissant.

Je pense qu'il y a un choix implicite entre d'un côté la rusticité décroissante et l'autonomie, et de l'autre la division du travail et l'abondance qui mérite d'être discuté. Ni la défiance envers la techno-science, ni l'autonomie ne sont intrinsèquement liées à une "sortie de l'économie". Je proposerai une définition restreinte : la fin de l'argent et de la comptabilité.

La spécialisation du travail n'est pas seulement une caractéristique des sociétés capitalistes-économistes. Dans une société non économiste, elle permet AUSSI de faciliter la production et de libérer du temps libre pour la réflexion et les loisirs.
La différence principale est que l'on n'a plus besoin de produire n'importe quoi pour pouvoir échanger.

Je crois que derrière l' autonomie avancée, il y a la méfiance envers l'être humain et ses trahisons. Or je suis certain qu'il n'y a pas que lorsque les humains s'organisent en sociétés et en Etats qu'ils "trahissent". Même autonomes, nous pouvons être trahis, attaqués par les autres. Il faut l'avoir toujours à l'esprit pour ne pas naïvement balancer de la nature dangereuse au contrat social, puis de l'Etat honni aux groupes autonomes solidaires. (Je parle d'un monde fait de tels groupes, et non de groupes en marge du capitalisme dominant.)
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Djinn



Joined: 23 Aug 2007
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Location: St-Denis

PostPosted: 07 Jun 2008 11:48    Post subject: Reply with quote

Sur le distributisme,

les critiques que je formule à l'égard du distributisme ou de l'écosociétalisme sont d'un tout autre ordre.

Il faut leur reconnaître que, même s'ils ne sortent pas de l'économie, ils proposent une véritable alternative au capitalisme, ce qui n'est quand même pas si fréquent.

Ils ont cependant une tendance à comparer une description correcte de leurs pratiques avec des théories économiques fausses sur le fonctionnement du capitalisme (que reprend en partie Deun d'ailleurs), ce qui a tendance à affaiblir leur propos.

La référence qu'ils font à l'abondance me semble également hors de propos.
D'abord parce que dans un monde d'abondance, l'argent n'a aucune sorte d'utilité, puisque il ne sert qu'à marquer ce que peuvent acheter certains et que les autres ne peuvent pas avoir, c'est-à-dire à rationner.
Ensuite parce que leur système peut parfaitement fonctionner sans cela. Cette condition d'abondance me semble un résidu de croyance en la nécessité du capital pour entreprendre quoi que l'absence de capital soit une notion fondamentale de leur système. Les auteurs récents s'en rendent compte de manière floue, et tendent à laisser de côté cette condition d'abondance.

Mais parallèlement dans un monde de pénurie, on aura beau jurer que le salaire distribué l'est en fonction de l'utilité sociale, la comptabilité utilisée servira à mon avis à légitimer les inégalités existantes, comme toutes les comptabilités.

Au demeurant, je ne partage pas la critique formulée par Deun sur le cauchemar que représenteraient l'organisation et la division du travail. Nous ne sommes pas obligés de renoncer au "confort" qu'apporterait le machinisme pour sortir du capitalisme, ou même de l'économie.

La décroissance et l'autoconsommation relèvent soit d'un choix idéologique d'un autre ordre, soit des moyens d'une stratégie de lutte. D'ailleurs les sociétalistes reconnaissent parfaitement que les problématiques environnementales ne sont pas prises en compte par leur système, d'où le préfixe "éco" à "éco-sociétalistes" qu'ils ajoutent en général.
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damien



Joined: 30 Jul 2005
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PostPosted: 08 Jun 2008 12:13    Post subject: Reply with quote

Apparement le sortir de l'économie a été cité dans l'émission "Terre à Terre" sur France Cul :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/terre_a_terre/fiche_plus.php?diffusion_id=63676

trop la classe Clin d'oeil
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 08 Jun 2008 14:16    Post subject: Reply with quote

J'avais déjà vu ça pour le premier numéro. En fait j'ai l'impression que la personne qui s'occupe de cette émission connais bien notre forum Clin d'oeil
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Kobayashi



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PostPosted: 09 Jun 2008 13:34    Post subject: Reply with quote

Salut Djinn, merci de toutes tes remarques ouvrant à un légitime débat. Pour te répondre suffisament argumenté il me faut quelques jours pour trouver le temps, mais je n'oublie pas et d'ailleurs je me lance dans ton manuel. Cet échange nous permettra je l'espère d'éclaircir tout cela, et alors faire pourquoi pas un bout de chemin ensemble. bye
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Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

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ivani



Joined: 15 May 2006
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PostPosted: 10 Jun 2008 9:27    Post subject: Reply with quote

deun wrote:
Les critiques sont à côté.

Non, pas toutes. Dans l'article cité par bug-in, au moins les critiques factuelles sont en générales pertinentes. Il suffit d'avoir participé à un Sel pour le constater. Ca n'enlève rien à la justesse éventuelle de l'analyse de Guillon sur les Sel, mais il y a pour le moins quelqu'imprudence de sa part sur les faits cités.
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
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Location: Colombes(92)

PostPosted: 10 Jun 2008 20:53    Post subject: Reply with quote

A propos du distributisme :
Il faudrait entamer une discussion ailleurs. Mais il m'a semblé quand même que l'idée d'abondance était au coeur de la proposition du distributisme : attention il s'agit bien d'une abondance particulière, c'est-à-dire celle donnée par la vitesse industrielle de production de marchandises. C'est cette vitesse qui justifie le souci de mettre des consommateurs à l'autre bout. L'argent est alors vu comme un droit de tirage, et on distribue les droits de tirage en fonction de la production.
Sauf que quand on dit ça, on laisse dans l'ombre cette infrastructure industrielle d'une part, et les systèmes d'information qui bouclent consommation et production. La participation humaine à ces machins pose problème (c'est soit compliqué soit astreignant soit les deux). Les droits de tirage pourraient n'être qu'une monnaie qui permettrait de reformer à nouveau la stratification sociale et la dépossession sans lesquels personne ne peut s'activer de lui-même dans une telle mégamachine !
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 12 Jun 2008 18:20    Post subject: Reply with quote

Je reviens dans le post de Djinn, juste sur la question de la " valeur-travail " des économistes (désolé si je rate le coche de ce que tu veux vraiment soulever, parce que par manque de temps j'ai du arrêter ma lecture de ton manuel). Je précise juste que je me réfère ici d'abord au Marx de Michel Henry (quand je dis " Marx" c'est donc le Marx de MH), qui considère " les marxismes comme l'ensemble des contre-sens qui ont été faits sur Marx ", et que son principe d'interprétation de la pensée de Marx est celui-ci : les concepts développés dans les textes historico-politiques de Marx n'ont pas leur principe d'intelligibilité à l'intérieur de ces mêmes textes, mais dans les textes philosophiques que les marxismes n'ont pas eu connaissance. Ils n'en ont pas eu connaissance à cause d'un fait historique majeur, la découverte de ces textes d'une profondeur philosophique fondamentale dans les archives et leur publiciation, ne se sont faites qu'entre 1927-1932. Les marxismes n'ont pas eu connaissance de ces textes au contenu philosophique très dense.

Tu as entièrement raison à mon sens sur ta dénonciation de la "valeur-travail" des économistes (voir Jappe aussi). Les économistes quand ils parlent du travail, ils ne savent pas de quoi ils parlent dit Marx. En effet la réponse des économistes sur la question de l’origine de la valeur est de dire qu’elle réside dans le travail, c’est-à-dire entendent-ils dans la quantité de travail nécessaire à la production de telle ou telle chose, et que cette quantité détermine la valeur d’une marchandise. La valeur d’échange de deux marchandises, est dans le travail dépensé dans le travail. Michel Henry montre que Marx, après l’avoir combattu, va accepter cette solution à la condition de possibilité de l’échange. Cependant, et c’est là que Marx va se détacher totalement des économistes, loin de voir dans cette condition de possibilité une solution pour faire des échanges, il va y trouver un problème, une impossibilité, une aporie (voir aussi le livre de J. Baudrillard, L’échange impossible, Galilée, 1999). Car écrit Henry, « le travail, dit-on [les économistes], produit la substance de la valeur et la détermine quantitativement. Seulement voilà : pour Marx LE travail n’existe pas. » Ce n’est même pas que les différents « genres » d’un « même » travail, diffèrent. Dès qu’il devient effectif dans l’actualité d’une praxis individuelle, dès qu’il est accompli par des individus différents (gros, maigres, costauds, mélancoliques, enthousiastes, etc.), le travail cesse d’être « le même ». S’il s’agit de décharger un camion de charbon et de porter les sacs jusqu’à l’entrepôt voisin, l’effort d’un ouvrier, son activité subjectivement (non au sens de la conscience, mais d’une corporéité subjective) vécue diffère fondamentalement, « existentiellement », de celle d’un autre. Ce qui est ressenti par l’un comme un fardeau insupportable sera éprouvé par l’autre comme le déploiement positif de ses pouvoirs corporels et comme l’expression de sa vitalité, créativité, etc. Ou encore ce qui ennuie l’un sera indifférent ou agréable à l’autre. Mais c’est aussi le « temps » de leur activité qui n’est pas non plus la même, car la temporalité n’est pas celle du temps mathématique (et en particulier du temps horaire), mais une temporalité vivante, c’est-à-dire vécue. En d’autres termes, oui les économistes ont bien raison, la condition de possibilité de l’échange est bien une équivalence entre des travaux. Cependant, les existences ne s’échangent pas, elles ne sont pas comparables ni quantitativement ni qualitativement.

Marx s'oppose ainsi à la théorie de la "valeur-travail" des économistes, parce qu'il montre qu'en fait les économistes ne parlent que du "travail abstrait", c'est-à-dire le travail général, générique, universel, un travail qui ne veut rien dire dans la réalité réelle de l'ontologie de l'activité. Ce dont parlent les économistes quand ils parlent de « valeur-travail », ils parlent en fait d’un passage en force dans l’impossibilité de l’échange. Ils parlent de la substitution du « travail abstrait » au travail réel. Par rapport à la thèse des économistes, Marx est donc dans un quadruple mouvement : son acceptation, son refus, sa complexification, son impossibilité. Donc la théorie-valeur des économistes, et qui est celle des marxistes et de tous les "anticapitalistes" (comme de tous ceux qui opposent le "travail" au "capital", c'est-à-dire le "travail abstrait", c'est-à-dire la "valeur-travail" des économistes, au capital) est à critiquer totalement. Cette théorie d'une naturalisation du travail abstrait, c'est l'invention de l'économie. Les anticapitalistes, n'ont pas compris, et le mouvement ouvrier n'a qu'été un vaste mouvement pour la marchandisation du travail, un "travail-marchandise" (comme l'agriculture paysanne de J. Bové). D'où l'importance des textes de Krisis contre le travail à mon sens, de Jappe, etc (je ne partage donc pas l'attachement à la " lutte des classes" de J. Guigou et J. Wajnsztejn, dans L'évanescence de la valeur. Une présentation critique du groupe Krisis, L'harmattan, 2004). On ne peut pas opposer le "travail abstrait" au capital !!! c'est la même chose, c'est la même invention, ce sont des choses complémentaires. Je te rejoins donc totalement sur la critique de la valeur-travail des économistes. Après moi, dans ton manuel, quand tu dis " Marx", personnellement moi j'entend "les marxismes", voilà la seule différence.

Cependant, Marx en refusant la théorie des économistes de la "valeur-travail", il va dégager une nouvelle thèse qui montre que en fait la valeur primordiale c'est pas du tout le travail abstrait, mais le "travail vivant" (je le définis plus loin). Ce bond que Marx fait, en sortant de la "valeur-travail" des économistes, pour aller vers une explication méta-économique de l'économie, il le fait en découvrant la philosophie de la praxis en 1845 dans les Thèses sur Feuerbach et dans L'idéologie allemand.

Je développe. Marx pense que la force vivante qu’achète le détenteur de capital, il va la pomper comme un vampire suçant le sang de sa victime. Si on met de côté la question de savoir si la technique peut créer de la valeur (Marx la traite d'ailleurs cette question), la production de la plus-value, ne se fait pas on le sait par la circulation des marchandises entre différents intermédiaires, comme si finalement le profit était une sorte de taxe de passage. La production de la sur-valeur ne se fait pas dans l’échange marchand, puisqu’au contraire des choses sont échangeables à la seule condition qu’elles soient équivalentes. La production de la sur-valeur est le fait de l’exploitation de la force-vivante. Car seule la force vivante du travailleur crée de la valeur d’usage et peut l’accroître. Seule cette force est capable de déformer, de tordre, de réorganiser, de transformer, de intellectualiser, de réfléchir, etc., c’est-à-dire d’imprimer une configuration nouvelle à la matière première au sens large (c’est-à-dire aussi le dossier de bureau sur lequel travailler, la base-élèves de données à exploiter M. Green , etc.), fournit par le capitaliste, qui fera d’elle une nouvelle valeur conforme à l’usage que nous pouvons en faire.

Car le monde qui nous entoure n’a pas d’usage en lui-même, parce que en soi il ne se rapporte pas à nous, à notre besoin (sans réduire celui-ci à un biologisme ni le postulait comme imcompressible, le besoin pouvant être très bien le désir, etc.), c’est Nous notre force provenant du besoin qui lui imprime une forme pour le rapporter à l’usage de nos vies. C’est cette force qui fait donc passer la matière première au sens large, de la mort à la vie, c’est-à-dire qui lui donne sa valeur d’usage. La substance matérielle va alors être structurée par cette prise de la force vivante, qui va la rendre conforme à l’usage de la vie. Sans cette activité qui maintient hors du non-usage ce qui peut se rapporter au besoin de nos vies, le monde que nous préemptons (vraiment pas sûr de l'orthographe...) retournerait dans le néant de sa valeur. C'est ce travail vivant qui est inquantifiable et inqualifiable. C'est le travail réel.

Et contre de la valeur d'échange (le salaire), le capitaliste obtient la seule force créatrice de valeur d’usage. Parce que la capacité de notre force vivante est grande, et qu’on est capable de créer plus de valeurs d’usage qu’on en a besoin pour notre entretien, c’est cette potentialité d’accroissement de notre force vivante qui va intéresser le détenteur du capital qui nous achète notre force de production de valeur d’usage (objets utiles). Le capitaliste va faire travailler cette force vivante plus qu’elle ne lui coûte, c’est-à-dire plus que la quantité de valeur inscrite dans les subsistances dont cette force a besoin pour son entretien et son maintien dans la vie. C’est le surtravail. La valeur du salaire sera donc forcément inférieure à la valeur qui sera produite par la force de travail (d’où le concept d’exploitation ou de « vampire »), c’est cet écart qui va créer la plus-value pour le détenteur.

Henry reprend là la substitution du travail abstrait au travail vivant, pour permettre l'économie :

Quote:
« L’univers économique ne consiste pas dans la simple production des valeurs d’usage : il implique leur échange. Tel groupe humain qui produit principalement du blé cherchera à obtenir, en contrepartie des excédents dont il dispose, de l’huile, du vin, ou des objets artisanaux. Comment, dans quelle proportion échanger du blé contre de l’huile, contre des peaux tannées ou des tissus ? La possibilité de l’échange est sans doute le premier grand problème théorique affronté par l’humanité. Problème urgent, comme le besoin dans le prolongement duquel il se situe, - problème posé par la vie et résolu par elle. Tous les objets du besoin, qualitativement différents, sont cependant des produits du travail, les échanger revient à échanger ces travaux et n’est possible que de cette façon. C’est parce que des quantités différentes d’objets utiles différents ont demandé le même travail que, en dépit de cette différence qualitative et qualitative, ils seront réputés équivalents, que X marchandises A pourront s’échanger contre Y marchandises B. La
proportion selon laquelle un objet peut s’échanger contre un autre, sa valeur d’échange est ainsi déterminée par la quantité de travail qu’il contient. En tant qu’il entre dans l’échange et se trouve apprécié en proportion de la quantité de travail contenue en lui, un objet utile devient une marchandise. Plus une marchandise contient de travail, plus élevée est sa valeur. Quand deux marchandises renferment la même quantité de travail, elles sont équivalentes, elles peuvent s’échanger. L’échange, la “ circulation des marchandises ”, repose sur cette loi et l’actualise à chaque instant. Dès qu’elle est posée, la possibilité de l’échange s’inverse en son contraire, elle apparaît comme une impossibilité, comme une aporie. Deux marchandises s’échangent, dit-on, quand elles ont été produites par “ une même quantité de travail ”. Mais le travail qui produit une marchandise réelle est un travail subjectif et vivant. Dans la nuit de la subjectivité [non pas la subjectivité de la conscience au sens où tout est relatif, mais au sens d’un se sentir soi-même, d’un s’éprouver soimême
du corps vivant] où la force se déploie, il n’y a ni objet ni mesure, aucune lumière susceptible d’éclairer le report de la seconde sur le premier - rien qui puisse être mesuré. La force de travail vivante ne se révèle jamais autrement que dans le pathos de son effort. Mais ce pathos n’est pas plus mesurable que le “ goût ” que chacun a dans sa bouche ou que l’intensité d’un amour. Si l’échange des marchandises sans lequel aucune société n’est possible, n’est autre que celui des travaux réels qui les ont produites, sa possibilité se dérobe au moment même où on croit la saisir.
Il faut prendre garde à ce point. L’impossibilité d’échanger des travaux, c’est-à-dire des subjectivités, ne se propose pas comme une difficulté intérieure à l’univers de l’économie, c’est le fait décisif qui a donné naissance à cet univers, qui en a rendu l’invention nécessaire. L’univers économique est un univers inventé, la réalité économique est une réalité inventée. En quoi consiste cette invention ? Puisqu’il n’est pas possible de mesurer la force vivante qui crée les valeurs d’usage et dont la mesure cependant doit permettre l’échange de celles-ci, la seule solution est de substituer à cette activité subjective irreprésentable et inquatifiable un équivalent qui soit, lui susceptible de mesure - quantifiable et et calculable. Cet équivalent présentera nécessairement deux caractères : à la différence de la force de travail vivante enfouie dans sa subjectivité, il ne sera que la représentation de cette force, son double irréel, son “ idée ”. L’univers économique est l’ensemble des équivalents objectifs, irréels et idéaux, qu’on a substitués à la force réelle du travail vivant de façon à pouvoir les mesurer et les compter, en lieu et place de cette force insaisissable. Il nous est possible de dresser dès à présent une première liste de ces équivalents objectifs idéaux de la force de travail, équivalents qui constituent les concepts fondamentaux de l’économie. Le premier est le travail “ abstrait ” ou “ social ” : il consiste dans la représentation du travail subjectif réel et cette représentation est celle des caractères désormais irréels et idéaux, - comme les caractères sociaux dont était faite la “ classe sociale ” : “ travail manuel ”, “ qualifié ”, “ non qualifié ”, etc. De tels caractères permettent une évaluation qualitative et ainsi une première comparaison des travaux, et par conséquent, des marchandises produites par eux. Mais l’échange prescrit une évaluation quantitative : celle-ci résulte de la mesure de la durée objective des travaux, mesure rendue possible par le fait que cette durée objective, qu’on a
substituée à leur temporalité vécue, est composée d’unités égales - heures, minutes - qu’on peut compter. Les marchandises qui résultent d’un même travail social (identité quantitative du nombre d’heures de travail et qualitative du genre de travail considéré) auront une même valeur d’échange, elles seront susceptibles de s’échanger. On le voit, la
valeur d’échange est la représentation dans un objet d’usage devenu marchandise du travail social ou abstrait qu’il contient - travail social et abstrait qui est lui-même la représentation, sous la forme d’un double irréel quantifiable, du travail réel qui a effectivement produit cet objet. La valeur d’échange c’est donc le travail social reproduit dans la marchandise-objet. Le travail social c’est l’équivalent objectif, idéal, du travail réel, le double irréel, quantifié, supposé le représenter. L’argent, enfin, n’est rien d’autre que la valeur d’échange saisie à l’état pur : une certaine quantité d’argent est toujours la représentation d’une certain quantité de travail social. Tandis que la valeur d’échange représente cette quantité de travail social dans un objet utile, dans une marchandise, l’argent représente ce travail social en lui-même, sans l’investir dans un objet qiuelconque ». Michel Henry, Du communisme au capitalisme. Théorie d’une catastrophe, L’âge d’homme, 2008 (1990), p. 112-114.


Les éditions Sulliver viennent de sortir un nouveau livre de MH, Le Socialisme selon Marx, qui comprend en fait trois articles parus dans Diogène.
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Jeuf



Joined: 14 Nov 2004
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PostPosted: 12 Jun 2008 20:01    Post subject: Reply with quote

Quote:
la base-élèves de données à exploiter

Alors oui, est-ce qu'on a obligé a effectuer ce Travail de rentrer tes petits dans la Base élève?
Si oui, quel écrasant bombardement philosophique as tu envoyé sur ton suppérieur face à cette objectivation supplémentaire de l'école-usine à objectiver les enfants? Est-ce qu'il s'en est remis?
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