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Castoriadis et l'utopie de l'authentique marché

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 07 Aug 2008 13:20    Post subject: Castoriadis et l'utopie de l'authentique marché Reply with quote

Castoriadis l'a dit et répété, l'argent n'est pas un problème. Vous avez un producteur et un consommateur qui ne se connaissent pas, l'argent permet de les mettre en relation et de faire circuler la marchandise, et puis voilà.

Il admet que les prix n'ont rien à avoir avec les coûts, mais soutient l'idée qu'il existe un juste prix. Lequel ? Celui du "véritable marché", de "l'authentique marché".

Il dit aussi qu'une heure de travail devrait donner droit à la même somme d'argent, quel que soit le contenu de ce travail, que ce n'est pas rationnel de faire autrement.

Bref on a vraiment l'impression que Castoriadis n'a pas creusé du tout la question de l'économie.

Quote:
Marché, capitalisme, démocratie


Cornélius Castoriadis, Une société à la dérive, Entretiens et débats 1974-1997

(...) On entend dire de plus en plus souvent, dans les milieux de gauche : « Puisque le plan ne marche pas, il faudra bien revenir au marché. Dans une société complexe, il faut qu ‘il y ait des formes de médiation impersonnelles, et des formes impersonnelles de régulation collective » — bref, dans le langage de Habermas, c ‘est la distinction entre le système et le monde de la vie. Habermas avance que, bien que les systèmes doivent être en dernier ressort sous le contrôle du monde de la vie, nous ne pouvons pas abolir le système en tant que tel. Il y aura toujours le marché, et certaines formes de régulation administrative-bureaucratique de la société. C’est là le fondement de sa critique de Marx : il y aurait chez Marx l’idée d’une absorption de tous les rapports sociaux dans l’immédiateté du monde de la vie. Il semble qu ‘une bonne partie de votre inspiration vient, même de façon indirecte, du jeune Marx. Où est-ce que votre idée de l’autonomie vous situe, par rapport à ce débat ?

Castoriadis : Marx était certainement dans l’erreur en croyant que toutes les médiations impersonnelles devraient être abolies. C’est pourtant à cela que revient sa critique de la marchandise, ou celle de la monnaie. J’ai rompu avec cette position dès 1957, dans un texte de S. ou B. qui s’appelle « Sur le contenu du socialisme » et que j’ai republié depuis. Pour moi, c’est tout à fait évident : il ne peut pas y avoir une société complexe sans, par exemple, des moyens impersonnels d’échange. La monnaie remplit cette fonction, et elle est très importante à cet égard. Que l’on retire à la monnaie l’une de ses fonctions dans les économies capitaliste et précapitaliste : celle d’instrument d’accumulation individuelle de richesses et d’acquisition de moyens de production, c’est autre chose. Mais en tant qu’unité de valeur et que moyen d’échange, la monnaie est une grande invention, une grande création de l’humanité. Nous vivons en société ; il y a une collectivité anonyme ; nous exprimons nos besoins et nos préférences en étant prêts à dépenser tant pour tel objet et non pour tel autre. Je ne crois pas que cela fasse problème. Mais il faut faire très attention quand on parle de « marché », n’est-ce pas. Je répète que dans ce texte de 1957 j’ai dit que la société socialiste sera la première société où il y aura un véritable marché, parce que le marché capitaliste n’est pas un marché. Un marché capitaliste n’est pas un marché, non seulement si vous le comparez au marché des manuels d’économie politique, où il est transparent et où le capital est une sorte de fluide qui passe immédiatement d’un secteur de production à un autre parce qu’on peut y faire de plus grands profits - ce qui est absurde -, mais aussi parce que les prix n’y ont pour ainsi dire rien à voir avec les coûts. Dans une société autonome, vous aurez un authentique marché en ce sens qu’il y aura aussi bien suppression de toutes les positions de monopole et d’oligopole que correspondance entre les prix des biens et les coûts sociaux réels.

Mais y aura-t-il aussi un marché du travail ?

Il y a là, en effet, un problème. Ma position là-dessus, c’est que vous ne pouvez pas avoir de marché du travail en ce sens qu’il ne saurait y avoir de société autonome si l’on maintient une hiérarchie des salaires et des revenus. Maintenir cette hiérarchie, c’est maintenir toutes les motivations du capitalisme, de l’Homo œconomicus : et l’on reviendra au « vieux fatras ».

Est-ce que cela ne va pas réduire l’efficacité du marché ?

Je ne vois pas pourquoi. Il n’y a pas de véritable argument économique et rationnel qui vous permette de dire : « Une heure de travail de tel homme vaut trois fois l’heure de travail d’un autre homme. » II y a là tout le problème de la critique de la théorie de la valeur, et la critique de ce qui sous-tend la théorie de la valeur, c’est-à-dire l’idée qu’il peut y avoir imputation du résultat de la production à tel ou tel facteur, d’une façon définie. Mais en réalité une telle imputation est impossible : le produit est toujours un produit social, et un produit historique. Il faut toujours tenir compte du fait que, quelle que soit l’imputation des coûts que vous faites, il s’agit toujours d’une imputation relative, en fonction de besoins sociaux et en fonction du futur - bien qu’elle doive avoir, bien entendu, quelque rapport avec les coûts historiques et avec la réalité. Mais il ne saurait y avoir de différenciation du coût de la main-d’œuvre qui ait une justification rationnelle ou même simplement raisonnable. C’est, semble-t-il, dur à avaler.

Vous semblez donc penser qu’il n’y a aucune rationalité dans la distribution capitaliste du travail social moyennant le rapport salarial, pour ce qui est de la productivité. Il n’y aurait là qu’un facteur politique ?

Oui. La distribution actuelle des revenus, aussi bien entre les groupes qu’entre les individus, n’est que le résultat d’un rapport de forces. Rien de plus. Cela crée bien sûr des problèmes en ce qui concerne, par exemple, la discipline de travail. Si la collectivité des travailleurs n’est pas capable de créer une solidarité et une discipline suffisantes pour que tout le monde travaille en acceptant certaines normes collectives, nous touchons là au véritable noyau, qui est politique, du problème. Là, il n’y a rien à faire ; de même qu’il n’y a rien à faire, dans le domaine de la démocratie politique, si les gens ne veulent pas être responsables des décisions de la collectivité, participer activement, etc. Cela ne veut pas dire qu’il faut maintenir des structures bureaucratiques et hiérarchiques dans la production - au contraire. La division des tâches et la distribution du pouvoir, ce n’est pas la même chose.
J’ai passé beaucoup de temps à analyser le fonctionnement des usines capitalistes. Et je suis arrivé à la conclusion que, la moitié du temps, la planification capitaliste de la production dans l’usine est absurde. L’usine fonctionne parce que les travailleurs violent l’organisation capitaliste de la production. Ils travaillent contre les normes, ou malgré les normes, et c’est ainsi que les choses se font. S’ils appliquaient les normes, la production s’arrêterait immédiatement. C’est bien pourquoi la « grève du zèle » est l’une des façons les plus efficaces de faire que plus rien ne fonctionne. Voilà ce qu’il faut bien comprendre en ce qui concerne l’organisation capitaliste de la production. À partir du moment où il y a une hiérarchie, il y a une opacité fondamentale dans la sphère de la production, parce qu’il y a division entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent ; et les travailleurs doivent, par définition, cacher la réalité aux dirigeants. Cela atteint des proportions délirantes dans une société totalement bureaucratique, mais c’est quelque chose que l’on retrouve pratiquement partout. C’est à la collectivité de prendre les décisions fondamentales. Elle peut déléguer, mais c’est à elle d’élire ses délégués et de les révoquer si elle le veut.

Cela suppose un très haut niveau de culture et d’activité politiques.

En effet, il faut que les gens se sentent réellement responsables, cela ne fait aucun doute. Vous ne pourrez pas avoir une collectivité vraiment démocratique, pas seulement l’autogestion dans la production, mais au niveau purement politique, sans une véritable activité des gens. Mais il ne s’agit pas non plus d’être fétichiste là-dessus : il peut y avoir des institutions qui facilitent cette participation. Aujourd’hui, pour être responsable, pour essayer de participer, il faut faire preuve d’un véritable héroïsme vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il faut créer une situation où vous pouvez participer sans être héroïque vingt-quatre heures par jour.

Cela signifie une réduction du temps de travail.

Certainement. Mais qui aurait lieu aussi pour d’autres raisons. À quoi passe le temps de travail ? Aux États-Unis, la production a pratiquement doublé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et les ouvriers ne devaient pas passer plus de quatre heures par jour à travailler vraiment dans l’usine. Le reste du temps, ils faisaient semblant, ils jouaient aux cartes ou bien « travaillaient pour le gouvernement », comme disent les Américains. « Fiche-moi la paix, je travaille pour le gouvernement » : ce qui veut dire qu’on est en train de faire quelque chose que l’on va emmener chez soi ; c’est ce que les Français appellent la « perruque ». Vous connaissez l’énorme importance qu’a le phénomène en Russie. Je crois qu’on peut affirmer que, avec d’autres conditions de participation des travailleurs, la production actuelle pourrait être obtenue avec quatre ou six heures de travail au lieu de huit.

Seriez-vous favorable à ce qu’on appelle parfois la planification indicative, avec un cadre démocratique général au niveau social ?

Oh, pas seulement indicative. Je ne crois pas qu’il y ait contradiction entre marché et planification à cet égard. Dans une société autonome, il faut qu’il y ait un véritable marché, et pas seulement une liberté mais une souveraineté du consommateur : c’est aux consommateurs de décider quels sont les biens spécifiques qui doivent être produits pour la consommation, par ce vote quotidien que sont leurs achats, et où chaque vote vaut celui des autres. Aujourd’hui, le vote d’un grand financier comme M. Trump vaut un million de fois plus que celui de l’Américain moyen. Ce n’est pas ce que j’appelle un véritable marché. Mais il faut des décisions d’ordre général sur deux points au moins : la distribution du produit national, ou du revenu national, entre consommation et investissement, et la part respective, dans la consommation globale, de la consommation privée et de la consommation publique - bref, quelle est la part que la société veut consacrer à l’éducation, aux transports, à la construction de monuments ou à n’importe quelle autre entreprise publique, et quelle est la part qu’elle décide de consacrer à la consommation des individus, qui en feront ce qu’ils veulent. Là-dessus, il faut une décision collective. Il faut des propositions et des débats, et que les conséquences des décisions soient claires aux yeux de tous.
En ce sens, il faut bien qu’il y ait une planification, parce qu’il faut bien prévoir les conséquences de la décision concernant l’investissement et la consommation. Il faut pouvoir dire : si vous décidez qu’il faut tel niveau d’investissement, voici quels sont à peu près les niveaux de consommation sur lesquels vous pouvez compter au cours des prochaines années. Si vous voulez plus d’investissement, il faudra que vous consommiez moins. Mais vous pourrez peut-être consommer plus au bout de cinq ans. Si vous voulez plus d’éducation, il faut bien comprendre qu’il y aura un prix à payer. Vous aurez des ressources à consacrer à l’éducation, et il vous faudra décider où vous allez les prendre. Allez-vous les retrancher de la consommation privée ? Ou allez-vous les retirer à l’investissement, c’est-à-dire à la croissance future d’instruments de production ? Est-ce que vous vous souciez d’une quelconque croissance des capacités de production, ou voulez-vous vous contenter de renouveler le capital existant ? Tout cela doit être présenté clairement et ne saurait être décidé de façon raisonnable par le simple jeu des forces du marché.

Cela fait penser au type de débat qui a lieu actuellement en Union soviétique.

Si l’on veut... Mais je n’accepte pas l’idée de ceux qui, comme Habermas, pensent qu’à partir du moment où vous avez un système vous devez accepter un certain type d’aliénation ou d’hétéronomie. Je ne dis pas que vous pouvez tout maîtriser, vous ne le pouvez pas et de toute façon ce n’est pas là le problème. Le véritable problème, c’est de pouvoir regarder en arrière, changer les choses, et établir des mécanismes qui font que les gens puissent contrôler le fonctionnement de la société, même si celui-ci ne saurait jamais être totalement transparent, bien entendu. (...)

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Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
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PostPosted: 08 Aug 2008 20:09    Post subject: Reply with quote

Pourtant dans un autre texte de castoriadis sur lequel il faudrait que je remette la main, il critique Marx pour sa valeur travail et s'emploi à réactualisé la théorie aristotélicienne de fixation communautaire de la valeur (Ethique à Nicomaque VI [je crois, de mémoire...]).
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Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
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