forum.decroissance.info » Forum Index forum.decroissance.info »
Lieu d'échanges autour de la décroissance
 
 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

Bibliographie sur l'analyse critique de l'économie.
Goto page 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Next
 
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Actualités des publications
View previous topic :: View next topic  
Author Message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 24 Aug 2008 9:31    Post subject: Bibliographie sur l'analyse critique de l'économie. Reply with quote

Je partage ici en deux posts, deux types de bibliographie à compléter (vive les autoproducteurs de fiches de lecture !) : des livres d'analyse philosophique, théorique, descriptive de la vie quotidienne ; et un autre post avec une bibliographie sur des livres d'histoire, de sociologie, d'anthropologie, etc. sur le moment hors économique et l'invention de l'économie (que je commencerai un peu plus tard).

1. Nouvelle critique de la valeur : Anselm JAPPE

- Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoel, 2003. Certains disent que c'est issu de la thèse d'Anselm, ils auraient assisté à sa soutenance... ? C'est là en tout cas un ouvrage majeur, discutable mais incontournable pour ce qui est de sa lecture, dans la critique radicale. Pour Anselm, la limite écologique est une limite externe au capital, or le propre de cet auteur est de montrer qu'il existe une limite interne au capital, à la valorisation. Le problème est que l'on confond trop les deux limites. Ne mettant pas des mots sur la limite interne (la " crise de la valeur "), on met tout le négatif sur la limite écologique, alors que c'est la limite interne qui est là devant, et que la limite externe est justement un effet de la limite interne, un effet de la crise de la valeur (ce que d'autres appellent la " mort lente de l'économie "). Les écologistes et les décroissants ne voient justement que la limite externe, et leur critique est logiquement très simpliste voire moraliste. Pour Krisis (je parle pas de Jappe car j'ai pas là son livre sous les yeux), la limite interne est déjà là, sous nos yeux, des éléments entiers sont déjà décapitalisés, ces zones ne sont plus intéressantes car il y a de plus en plus de difficultés pour placer des capitaux dans ces éléments et en faire sortir de l'argent. Autre chose à partir de Jappe, il n'y a pas de sujet (de libre arbitre) dans la communauté matérielle de la valeur (l'économie), la classe sociale est interne à cette communauté échangiste, le seul sujet est automate et c'est la valeur (une forme). Mais attention, ce n'est pas l'homme qui est une marchandise (Marx serait revenu dessus), c'est sa force de travail qui est une marchandise. Marx a pu dire qu'il voulait des luttes de classes, mais c'est un truc interne au sujet automate, il n'y a pas d'hommes porteurs de quelque chose, d'un projet révolutionnaire.

- Anselm Jappe, Guy Debord. Essai, Denoel. Publié au début des années 1990 (et republié en 2001). C'est son devoir de mémoire de maîtrise. Il interprète Debord, en le ramenant aux analyses de Lukacs. Anselm prête pourtant à Debord, quelque chose de nouveau par rapport à lui, un dépassement de Lukacs. Debord semble pourtant lui avoir écrit qu'il avait été bien charitable avec lui sur ce dépassement (modestie très inhabituelle). Aujourd'hui, Anselm reviendrait très certainement de manière critique vis-à-vis de ce premier ouvrage.

- A. JAPPE, L'avant-garde innaceptable. Réflexions sur Guy Debord, Léo Scheer, 2004.

- A. JAPPE, " La princesse de Clèves, aujourd'hui ", dans la revue Lignes, 2007. (disponible en fichier)

- A, JAPPE, " La politique sans la politique ", dans la revue Lignes, 2008. (disponible en fichier)

- Deux émissions de France culture transmettant les allocutions d'Anselm Jappe et Gérard Briche au College international de philosophie en décembre 2007, sur le thème du concept de fétichisme de la marchandise. Première émission : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/nouveau_prog/connaissance/alacarte_fiche.php?src_id=30&diff_id=195000371
2ème émission : http://www.paris4philo.org/article-15451848.html

- On peut aussi retrouver cette brochure récente et inspirée de Jappe, Krisis, même si sur certains points c'est très différent (activisme, porte de sortie, etc.) : Le masochisme historique ça suffit ! Ne travaillez plus ! . Elle est écrite et publiée par le groupe brésilien " Critica radical ". On peut commander cette brochure à Rua Padre Mororo, 952 - Centre ville, Fortaleaza-Ceara-Brésil . Elle est peut-être aussi sur le site www.criticaradical.org ou à commander à l'adresse criticaradical[arobase]criticaradical.org / Cette brochure annonce une rencontre internationale autour de la nouvelle critique de la valeur, en France, pour réunir autour d'une table les groupes français, européens et le groupe " Critica radical " brésilien. En juillet 2008, Gérard Briche, un philosophe proche d'Anselm a participé à un séminaire sur la nouvelle critique de la valeur, au Brésil. On retrouve ces allocutions sur le site (j'ai pas encore entendu) : http://www.criticaradical.org/seminario_fetichismo.htm De manière générale avec ce groupe brésilien, déjà que la critique de la valeur c'est pas tous les jours facile, alors si on se met en plus a parler le portugais ! M. Green

2. La critique de l'économie chez Michel Henry : philosophie de la praxis et " genèse transcendantale de l'économie ". Michel Henry a travaillé plus de dix ans de façon quasi ininterrompue (quelques romans) sur l’ensemble du corpus écrit par Marx. C'est là quelques éléments non exhaustifs. De manière générale on peut me demander des photocopies des articles de Henry ou de ses commentateurs.

- M. HENRY, Marx, 2 tomes, Gallimard, Tel, 1976 (1991), intitulés « Une philosophie de la réalité » et « Une philosophie de l’économie », c’est là le principal de sa réflexion sur Marx ; Le premier tome porte sur le dépassement successif de Hegel et de Feuerbach, pour voir enfin un Marx qui développe une ontologie propre, à lui : la philosophie de la praxis. Le point important qu'a oublié souvent la critique radicale post-marxiste, marxienne ou marxologique, est que la critique du concept idéologique de l'individu (l'essence de l'homme) chez le jeune Marx qui y avait adhérer, n'implique pas la fin de la référence à l'individu, mais reconduit à une philosophie de " l'individu réel ". De la même manière, toute tournée vers une critique totale de la philosophie de la conscience, ce n'est pas le concept d'aliénation que Marx va rejeter, c'est le concept idéologique de l'aliénation, et il va alors définir une " aliénation réelle ", comme aliénation de la praxis elle-même. C'est là un tout petit aperçu de ce que l'on retrouve comme réflexion dans le tome 1. Le tome 2 développe la critique de l'économie chez Marx, en montrant son lieu de surgissement dans la réalité de la praxis. Des chapitres centraux y sont développés de manière très méticuleuse mais aussi très complexe, comme " L'économie comme aliénation de la vie ", " La génèse transcendantale de l'économie ", " Le socialisme ", etc.

- M. HENRY, Du communisme au capitalisme : théorie d’une catastrophe, éditions L’âge d’homme, 1991 (2008) ; Henry voyant la chute du mur de Berlin et l'effondrement des économies du Bloc de l'Est, il vient alors expliquer le pourquoi ontologique d'un tel effondrement, en le ramenant aux analyses qu'il a développé dans son Marx. Ce livre est plutôt une application pour le " grand public ", qu'un ouvrage de fondation.

- M. HENRY, Entretiens, Sulliver, 2005. Dont quelques entretiens publiés lors de la sortie de son Marx.

- M., HENRY, Le socialisme selon Marx (un recueil d’articles de revues), éditions Sulliver, 2008 ;

- « Penser philosophiquement l’argent », in M. Henry, Auto-donation, Essais et conférences, Beauchesne, 2005 (pdf disponible sur demande) ; http://www.decroissance.info/Penser-philosophiquement-l-argent

- les articles importants « Le concept de l’être comme production », « Préalables philosophiques à une lecture de Marx », « La rationalité selon Marx », « L’évolution du concept de la lutte des classes dans la pensée de Marx », et « Sur la crise du marxisme : la mort à deux visages » sont publiés dans M. HENRY, Phénoménologie de la vie. Tome III. De l’art et du politique, Puf, Epiméthée, 2004.

Les philosophes qui ont pris au sérieux le Marx de Michel Henry et ont écrits sur lui, sont notamment Paul Ricoeur (un article sur son Marx et une discussion de vive voix, je retrouverai les références...), Jacques Derrida (Spectres de Marx) et Paul Audi, notamment dans son Michel Henry, Belles Lettres, 2007 ; Voir aussi la thèse de Serge CANTIN, Le déni marxien du politique et sa répétition dans le Marx de M. Henry, Univ. Montpellier, 1998 ; Dominique JERVOLINO, « Table ronde sur le Marx de Michel Henry », in Michel Henry, L’épreuve de la vie (ss. Dir. de A. David et J. Greisch), Cerf, 2001 ; Jean-Marie BROHM, « Une lecture radicale de Marx », in Michel Henry. Pensée de la vie et culture contemporaine. Colloque international de Montpellier, Beauchesne, 2006 ; A partir du Marx henryen on verra aussi le chapitre « Mort et matérialisme historique » de J.-M. BROHM, Figures de la mort. Perspectives critiques, Beauchesne, 2008.

- Les 22 et 24 février 2007 a eu lieu un colloque au Musée des Arts modernes à Paris " Guy Debord et la société du spectacle " avec une allocution d'un professeur de philosophie Jean-Philippe Milet (lycée Paris) " La praxis aveugle : Debord, Marx, Henry" . http://www.parlement-des-philosophes.org/debord.html Une version MP3 de cette allocution est présente ici http://www.parlement-des-philosophes.org/audio18.html Chez moi le fichier audio est très mauvais. Milet rapproche Marx, Debord et Henry dans leur opposition commune au voir (et montre bien que Debord reste au milieu du guet par rapport à Henry qui lui tire toujours jusqu'au bout les conclusions *), en prétendant s'éloigner de tous trois parce qu' il prétend que le voir se fait praxis. Ahh la " liberté du regard "... " Remettre le consommateur au centre du monde "... " apprendre le séjour du visible "... C'est marrant on se croirait de retour dans la première moitié du XIXe siècle. Jappe montre bien dans sa biographie-analyse de Debord, (Denoel 2001) qu'il y a toujours malgré tout un attachement à la conscience chez Debord, et d'abord parce qu'il pose la praxis révolutionnaire comme saisie de la conscience, comme prise de conscience. alors qu'Henry a montré que non, c'était plus possible, si l'on part d'une praxis première qui est en-deça du voir, de l'intuition, etc. Debord est resté là au milieu du guet, et a donc soutenu le conseillisme (sans parler du subjectivisme de VANEIGEM).

- Parution du numéro 19, 2007, de la revue Le Portique intitulé Philosophies de l’argent avec, notamment, un article de Frédéric Seyler : " L’argent, double irréel de la vie : sur l’analyse de l’argent dans la phénoménologie de la vie de Michel Henry " .

- voir aussi Denis Collin, " Sur le Marx de Michel Henry " : http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/henry.htm

Sinon la fiche de lecture " officielle " des 2 volumes du Marx henryen est là : http://www.michelhenry.com/marx.htm
Tome 1 : http://www.michelhenry.com/marx2.htm#tome1
Tome 2 : http://www.michelhenry.com/marx3.htm#tome2


3. La revue Temps critiques : théoriciens de la valeur et de " la valeur sans le travail ". Cette revue est menée par Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn. Ils sont issues à l'origine des thèses de Camatte dans la revue Invariances, et de la revue Négation.

- Leur revue est à son 14ème numéros. Pour recevoir des n° ou s'abonner : chèque de 17 euros, à Ass. Les éditions de l'Impliqué, adressé à Temps critiques, BP 2005, 34024 Montpellier cédex 01. Les sommaires sont présents sur leur site.

Les deux jacques dirigent aussi leur collection " Temps critiques " chez L'harmattan. On y retrouve :

- J. Guigou et J. Wajnsztejn, La valeur sans le travail, 1999. (c'est là un recueil d'articles). Pour Krisis, Anselm ou Michel Henry cette thèse de Temps critiques est une " hérésie " : pour eux pas de valeur sans travail vivant.
- J. Guigou et J. Wajnsztejn, L'évanescence de la valeur. Une présentation critique du groupe Krisis, 2001.
- J. Wajnsztejn, Capitalisme et nouvelles morales de l'intérêt et du goût, 2002.
- Jacques Wajnsztejn, Après la révolution du capital, 2007.

En commandant ces ouvrages directement aux auteurs il y a une importante remise. Le site de Temps critiques : http://membres.lycos.fr/tempscritiques/

TC ne pense pas que l'on soit dans un effondrement. Ils pensent que nous sommes dans un réaménagement généralisé de la " société capitalisée ".

4. La revue Krisis (avec sous-titre " Contributions à la critique de la société marchande "), puis la revue Exit, etc. :

- R. KURZ, E. LOHOFF, N. TRENKLE, Manifeste contre le travail, d'abord chez Léo Scheer, 2002, puis chez éditions 10/18 en poche, 2004. On le retrouve plusieurs fois sur internet, par exemple : http://www.balzix.de/gruppe-krisis_selbstdarstellung_franzoesisch_1999.html

- Robert KURZ, Critique de la démocratie balistique, Mille et une nuits, 2006.

- A. JAPPE et R. KURZ, Les habits neufs de l'Empire : remarques sur Negri, Hardt et Rufin, Léo Scheer, 2003.

- R. KURZ, Avis aux naufragés : Chroniques du capitalisme mondialisé en crise, Léo Scheer, 2005.

R. Kurz, le principal théoricien de Krisis, très connu en Allemagne, a aussi publié de nombreux livres en allemands, non traduits en France.

- Moishe POSTONE, Marx est-il devenu muet ? : face à la mondialisation , Aube, 2003. Postone n'a pas appartenu à Krisis. Présentation éditeur :

Quote:
" L’auteur réinterprète la pensée de MARX et nous livre une critique féroce du capitalisme à travers trois questions essentielles : la signification du travail et sa valeur, la critique du nouvel ordre mondial et l’analyse des rapports entre l’antisémitisme moderne et le capitalisme. Une analyse qui bouscule les lectures traditionnelles de Marx en plaçant « la valeur » au cœur de la critique du système et non la description de la lutte des classes au sein de ce même système. Une mise en garde contre des « sous critiques » du capitalisme qui au final ne font qu’en favoriser la mutation et pourraient à l’occasion de crises voir revenir un antisémitisme violent. Pour Postone, le capitalisme est un « sujet automate » qui s’autoproduit sans cesse et qui est le fruit de la domination d’une seule valeur à la fois concrète et morale : la marchandise. La lutte contre le capitalisme est donc une lutte entre les hommes et la valeur et non entre le prolétariat et la bourgeoisie ou entre le travail et le capital. S’émanciper du capitalisme ne signifie donc pas s’émanciper de la domination d’une classe mais s’émanciper des structures sociales abstraites que les hommes ont créées. Une réinterprétation de Marx étayée à travers trois textes : la domination du travail comme valeur dans nos sociétés contemporaines, l’interrogation des rapports entre la philosophie et la critique sociale à travers la critique des insuffisantes oppositions actuelles au capitalisme, enfin une analyse profonde de la signification de l’holocauste et de son lien avec les sociétés modernes capitalistes. "[
size=12][/size]

- Dans la revue Illusio n°4/5, 3 articles des ex-Krisis ont été publiés : Robert KURZ, " La femme comme chienne de l’homme " ; Anselm JAPPE, " Sade, prochain de qui ? " ; Roswitha SCHOLZ, " Remarques sur les notions de « valeur » et de « dissociation-valeur » ".
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 14 Sep 2008 18:18    Post subject: Reply with quote

Je suis tombé sur un article intéressant. Intéressant parce qu’il permet de commencer à combler peut-être (et c’est un début !) notre grand écart entre d’un côté la critique de la valeur (et sa substance le « travail abstrait » [1]) portée par des auteurs comme Henry, Jappe, Postone, Artous, Jean-Marie Vincent, Kurz… (P.M. aussi, à mon sens [2] ), même si c’est avec quelques différences (en effet parfois importantes), et de l’autre une critique plus « concrète » et sociologique du travail qui nous interpelle je crois tout autant.

- Stephen Bouquin, « Domination au travail, ou domination du travail abstrait ? La contribution de Jean-Marie Vincent à une sociologie critique du travail », dans la revue Variations (n°8, Automne 2006). Téléchargeable ici : http://theoriecritique.free.fr/archives.htm

Ce texte est aussi en résonance avec le texte de Deun dans SDE n°1 (Le sabotage comme sortie de l’économie) notamment dans sa critique du « travail bien fait ». Cette idée qu’il y aurait un « bon travail » et un « mauvais travail », et plus encore l’idée qu’il y aurait quelque positivité à un travail sur lequel s’appuyer pour l’émancipation, c’est-à-dire cette idée d’une possibilité de libérer le travail de sa gangue aliénée (alors qu’il faut au contraire non pas libérer le travail mais se libérer du travail).

L’auteur qui est justement un des actuels sociologues du travail, vient justement montrer (comme avait fait Deun dans son texte « De la souffrance au travail à sa réhabilitation » SDE n°2 au sujet de sa critique de C. Dejours) les limites de la « nouvelle sociologie critique du travail », dont au passage il nous peint un rapide tableau, des chercheurs qui la constituent et des différentes thèses qui sont élaborées et qui forment autant de pièces des débats contemporains autour de cette question. Je cite rapidement parmi ces sociologues ou para-socio-psychologues : Nicole Aubert, Vincent de Gaulejac, Christophe Dejours (plutôt psychosociologie), Danilo Martucelli, David Courpasson, Danièle Linhardt, Boltanski et Chiapello, Jean-Pierre Durand (au passage j’ai un de ses livre La Chaîne invisible. Travailler aujourd’hui : flux tendu et servitude volontaire, Seuil, 2004).

L’intérêt de l’article de S. Bouquin est qu’il tient à compléter (« co-rriger » dans le sens de « renvoyer à ») les nouvelles analyses sociologiques critiques dont il salue le retour, par le point de vue de la critique de la valeur (notamment celle que l’on retrouve chez Jean-Marie Vincent). Ainsi il écrit que « s’il faut saluer le retour d’une sociologie critique du travail et du management, il faut en même temps constater qu’elle se cantonne la plupart du temps à désigner et déconstruire des dispositifs internes à l’entreprise, que ceux-ci soit de nature socio-organisationnels, psychologiques ou symboliques ». Selon lui, « ce retour de la thématique de la domination en sciences sociales [qui environne cette nouvelle sociologie critique du travail] demeure néanmoins marqué par certaines limites, notamment sur un plan conceptuel et théorique ». En partant de la compréhension de la domination par M. Weber, c’est-à-dire en gros une domination qui se doit d’être légitime et consentie, il lui semble que « la plupart des analyses sensibles à la question traitent de la domination au travail et nullement de la domination du travail [de la « centralité du travail » qui est naturalisé chez ces sociologues, comme le remarquait Deun], et plus particulièrement du ‘‘ travail abstrait ’’ comme le proposait Vincent. Or, la domination au travail ne fait qu’exprimer de manière visible la domination du travail abstrait [domination décrite au travers du concept de « subsomption réelle » chez Marx, utilisé notamment dans le chapitre inédit du Capital, j’y reviens ensuite]. En s’abstenant de faire remonter l’analyse de la domination au travail jusqu’au travail lui-même – non pas comme réalité mythique ou idéelle [l’idéologie travailliste, comme s’il suffisait de s’attaquer à une idéologie alors que le travail est en lui-même une réalité] mais comme réalité concrète qui prend la forme d’une abstraction imposée à la volonté des individus – c’est bien la domination sur la matérialité des relations sociales qui est méconnue ».

Et là, Bouquin rejoint l’angle développé par Deun dans sa critique de Dejours et du travail bien fait : « Méconnaître les liens qui unissent la domination au travail avec la relation salariale ne débouche pas seulement sur un éclatement de l’analyse, mais alimente aussi, à l’instar des analyses de Friedmann et Touraine au cours des années cinquante et soixante, l’espoir de l’avènement d’un travail sans domination qui omet de poser la question de ses conditions sociales de réalisation. La critique contemporaine de la domination au travail demeure tentée par un dualisme analogue à celui qui opposait le « mauvais » travail (dégradé, taylorisé, monotone et aliénant) au « bon travail » (enrichi, autonome, artisanal) »

Dans cette critique portée par Bouquin, il est clair qu’une réappropriation dans le travail d’aujourd’hui (travail abstrait) est impossible, la « subsomption réelle » du travail abstrait est là partout sur les relations sociales. La subsomption réelle n’est pas la subordination. L'enjeu de cette différence d'appellation est l'importance qu’il faut attacher à dépasser la critique de la forme interne du travail qui est la subordination juridique du vendeur de sa force vis-à-vis de son acheteur qui en dispose désormais librement (dans ce cas là de la compréhension de la domination qui s’arrête au milieu du guet, la solution est simple : on vire le patron et on autogère… toujours les mêmes catégories de base). La domination n’est plus seulement cette subordination, elle est bien plus vaste. Et c’est ce que ce concept de « subsomption réelle » aimerait recouvrir, en affirmant justement qu’il faut prendre en compte la domination du « travail abstrait » (substance de la forme-valeur), c’est-à-dire la domination du caractère social du travail au travers de catégories abstraites, dans sa mesurabilité et sa quantifiabilité, et « n’appréciant dans le travail concret individuel que sa capacité de produire de la survaleur et de participer à la reproduction élargie du capital » (Bouquin). Ainsi comme le résume Bouquin, la subordination ici n’est plus formelle, elle ne réside plus dans un cadre réglementaire, socio-organisationnel, etc. : « la subsomption du travail n’est pas seulement soumission au commandement du capital dans le rapport au travail, elle est aussi soumission à des processus abstraits de valorisation ». Avant le cadre socio-organisationnel, etc., le travail est là posé comme immédiatement « travail abstrait » de toutes les particularités concrètes et vivante, particularités propres à son effectuation dans la praxis à chaque fois individuelle (donc incomparable). C’est un « travail social ». Les formes concrètes de cette domination du « travail abstrait » « concernent autant les opérations sociales produisant le travail abstrait (la formation professionnelle, la constitution du marché du travail, la forme-valeur des produits du travail) que la technologie dont l’effet social est d’induire des modes spécifiques de relation aux milieux techniques, un positionnement dans le procès de travail et dans les relations aux autres. La subsomption est plus fondamentalement soumission aux formes de l’échange marchand [et plus précisément je dirai pour utiliser le vocabulaire d’Henry, soumission « aux conditions de possibilité de l’échange »] qui formalisent et estampillent les échanges, la communication et l’agir humain ».

Il est sûr qu’à partir de là, si l’on prend en compte la domination du travail abstrait, la vieille opposition travail/capital n’a rien d’externe au processus de valorisation, mais n’est plus qu’un conflit d’intérêt immanent à la poursuite du processus de valorisation. La subsomption du travail concret par la valeur, qui le détermine [3], fait que « le travail concret n’a plus rien à voir avec le travail artisanal et qu’il ne pourra y retourner. »

Cependant, dans le monde de la subsomption du travail, comme dit J-M. Vincent, le travail artisanal devenu impossible reste « la légende du travail ». Et la réappropriation, dans ce cadre, du travail (activité), comme dimension de la téléologie de la vie (rapport direct besoin et sa satisfaction, où l’activité fait elle-même partie du mouvement du besoin sur lui-même et trouve en lui à la fois son origine, son déploiement et son terme) est impossible. C’est à mon sens, l’impossibilité de l’expérience de « travailler autrement » (voir mon texte sur « Ambiance Bois » dans SDE n°2). La subordination dans le travail peut très bien se transformer (pas de patron, égalité de salaire, rotation des tâches, etc.), la domination du travail abstrait reste.

Le reste de l’article est aussi intéressant. D’accord avec l’auteur pour dire que la domination du travail abstrait est totalisante, mais pas totale. Après je ne crois pas que je partage l’optimisme de l’auteur quand il dit que « les dispositifs d’investissement et de consentement se contrediront tôt ou tard jusqu’à susciter un retour de la subjectivité et d’une réflexivité critique ». Je ne sais pas si j’aime beaucoup ce schéma hégélien du déploiement plein et complet des contradictions, comme attente eschatologique du surgissement de la création nouvelle et désaliénée. Je doute, mais bon, il faudrait que je m’y penche plus longuement et que je développe mon refus. Certes, cela permet de laisser une porte de sortie dans la cage de fer, mais pour ma part je trouve cela bien pessimiste. Ne désespérons pas, quantité de gens aujourd’hui réfléchissent déjà et bricolent, certes imparfaitement mais l’insatisfaction est je crois déjà là. J’aime bien par exemple penser que l’effort permanent de mobilisation des « ressources humaines » par le management est déjà une forme à la crise du travail vivant, une réponse à ces individus qui comme l’avaient analysé Henry dans son explication de l’effondrement de l’URSS (Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe, L’âge d’homme, 2008), n’y croient plus de toute façon et s’auto-démobilisent (voir le livre de Guillaume Paoli, Eloge de la démobilisation). Quelles sont les raisons d’une telle insistance à mobiliser en permanence si ce n’est les prémisses d’une démobilisation qui est là potentiellement constante, où finalement de plus en plus de gens font le minimum, voire moins, et rien de plus ? Alors pourquoi attendre et plaquer immédiatement ce schéma hégélien, quand les choses sont peut-être déjà là.

Cependant je suis moins d’accord avec l’auteur sur la porte de sortie qu’il semble proposer (et là je suis plus proche des positions de Krisis/Jappe) : la sortie comme mise en relation de la sphère du travail avec celle du non-travail. Il semble que cette idée que « l’horizon où travail et non-travail se féconderont réciproquement et feront apparaître une nouvelle notion de richesse sociale en lieu et place de l’accumulation de valeurs » soit de Jean-Marie Vincent lui-même. Mais en fait ne connaissant pas vraiment la pensée de Vincent (d'ailleurs un ami a pour projet une scannérisation du bouquin de Vincent, Critique du travail, qui est aujourd'hui très cher), je pourrais ici que de manière malhonnête cristalliser véritablement ce que j’en pense. En comprenant un peu intuitivement ce qui est dit, je ne partage pas vraiment les développements de la page 86, mais donc il est vrai que je ne connais pas l’argumentation de fond de Vincent. Le « general intellect » de la coopération, Bouquin le dit lui-même, se fait dans le cadre de quantité de limites… Et de sacrées limites ! Pourquoi croire que « la coopération menace en permanence d’entrer en conflit avec le travail abstrait et sa logique de valorisation » ? Et en effet, je préfère me ranger du côté des thèses de « l’exode » (Exit, Sortir, etc.) de Gorz (même si cet auteur ne me satisfait, mais qui est influencé sur ce point je crois, par les thèses de Kurz dont Gorz a pris connaissance : Jappe le note à un moment dans son commentaire critique sur Gorz dans Les Aventures de la marchandise), qu’à cette idée que « la résistance à la domination du travail abstrait peut donc aussi se mener au sein même du travail ». Il faudrait développer là tout le débat critique envers cette idée, débat avancé par Krisis and co (cf. Manifeste contre le travail). Parce que, quand finalement S. Bouquin en vient à la toute fin à défendre le revenu inconditionnel ou l’abolition du chômage, on croit rêver.

Je signale tout de même que S. Bouquin, auteur qui semble quand même digne d’intérêt au vu de la qualité de cet article qui vaut le coup de le lire, vient de coordonner sans jeu de mot, un… livre ! J : Résistances au travail, ed Syllepse, 2008.

A plus,

Clément
14-09-08


----------------------------------

notes :

[1] Autant définir de suite ce « travail abstrait » pour ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui pourtant sans le connaître en conscience, le vivent tous les jours. Ce travail abstrait n’est pas abstrait parce que finalement ce qui est effectué n’aurait aucun sens, qu’il serait un travail répétitif, abrutissant, etc (il peut l’être, mais il n’y a pas du tout identité entre « travail abstrait » et ce travail sans qualité – ce qu’on appelle le « taf »). Un travail qui serait une « montée de l’insignifiance » comme le pensait Castoriadis. Le travail abstrait est tout autre : Marx explique que si les marchandises peuvent s’échanger contre un équivalent général (l’argent), c’est qu’elles ont une « substance commune ». Cette « substance commune », c’est la valeur, et à l’origine de la valeur, il y a le travail abstrait. Comme il est impossible de comparer deux produits pour trouver un rapport d’échange entre eux, ces produits sont renvoyés à la comparaison des deux travaux fournis pour les fabriquer (c’est là la première forme de l’abstraction, on abstrait toute matérialité et tout utilité aux marchandises, pour les renvoyer à la simple signification qu’elles sont « un produit du travail »). L’ontologie économique prétend (faussement) que tous les divers travaux particuliers de chaque individu, sont une dépense d’une substance unique, la dépense d’une énergie humaine générique, uniforme, générale, homogène, égalisable, indifférenciée, et universelle. Une dépense générique de muscles, de nerfs, de cerveaux. Le travail abstrait c’est cette énergie humaine complètement hypostasiée en généralité transcendante, cette énergie devient une entité morale, agissante en troisième personne c’est-à-dire hors des individualités, et surtout quantifiable, et ce travail abstrait est spécifique au capitalisme (cependant il y a des débats sur ce dernier point, Michel Henry je pense émettrait des réserves, comme d’autres, pour lui, c'est la condition de possibilité de tout échange marchand, c'est le propre de " l'économie comme aliénation de la vie " cf. chapitre 2, Michel Henry, Marx, tome 2 ; cf. aussi pas mal de débats sur cette question dans le n°5 de Variations le débat Artous/Haic Hac). Alors qu’en réalité aucun effort dans son effectuation individuelle n’est comparable à un autre, l’échange (un « quasi-échange » dirait M. Henry, Baudrillard dirait la même chose, voir son exemple succulent sur l’échange fictif de Demi Moore dans L’échange impossible) est rendu possible en passant en force dans son impossibilité. Ce passage en force est la substitution du travail abstrait au travail réel, le premier vient représenter le deuxième, il vient être son « double irréel » (Henry). Mais pour Henry, dans cette substitution (ou « métamorphose »), le travail abstrait « laisse s’échapper » le travail réel de l’individu, car celui-ci est justement dans son effectuation, inaliénable, il ne peut dans la réalité qui le constitue, devenir autre. Il reste donc intact, mais il est oublié si on veut (je résume beaucoup). Quand ce travail abstrait s’accumule, il peut prendre la forme du capital, en tant que désormais valeur qui s'autovalorise (cercle A-M-A’). Ce capital est caractérisé par un processus continu, incessant, circulaire, d'auto?expansion de la valeur. Il revêt l’aspect d’une tautologie sociale, car ce travail abstrait produit à nouveau du travail abstrait, du travail abstrait sous une autre forme, du travail cristallisé (le travail mort contenu dans les marchandises supports de la valeur). Dans le processus, le capital apparaît, tantôt sous la forme de l'argent, tantôt sous la forme de marchandise. La dépense de force réelle de travail est une fin en soi pour ce qui est la cristallisation et de l’accumulation de son « double irréel ». La valeur, sa production et son accumulation, devient le sujet automate dans un procès totalement aveugle. Le travail vivant produit du travail mort. Le procès de travail est parfaitement circulaire.

[2] Si on regarde bien les premiers chapitres introductifs, PM, dans Bolo’Bolo (L’éclat, 2003) se fonde sur une critique de la valeur (le quantum du temps travail, etc.), de plus la thèse de la « mort lente de l’économie » c’est exactement la thèse « crise de la valeur », avec la loi de la baisse tendancielle du profit, qui vient du remplacement du travail vivant par le capital fixe scientificisé. Si on voulait montrer l’intérêt qu’il y à lire PM pour des gens qui viennent plutôt de la critique de la valeur (et qui ont un peu de mal, à venir sur le terrain de la réflexion des alternatives concrètes), il y aurait tout un texte à faire pour leur montrer que PM a des bases analytiques très intéressantes.

[3] Même si ok, bien sûr, l’individu en dernière instance possède sa force de travail en propre, c’est-à-dire que le travail abstrait en suivant Henry, est un recouvrement du travail concret, le travail abstrait le laisse « s’échapper » parce que de toute façon ce travail vivant est inaliénable, dans ce sens où la subjectivité fondamentale d’un effort ne peut devenir autre qu’elle même. Cependant il est clair, que quand échappement il n’y a plus, c’est le suicide sur le lieu de travail qui est la seule façon d’en finir avec cette souffrance, s’éliminer soi-même, parce que la souffrance ne peut elle-même devenir autre.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 18 Sep 2008 21:30    Post subject: Reply with quote

L'ouvrage Essais sur la théorie de la valeur de Marx (1928) d'Isaac Roubine est disponible en ligne

C'est une lecture du Capital mettant en avant la notion de fétichisme de la marchandise. Un bon texte pour entamer un parcours dans les théories critiques de la valeur. C'est aussi un rigoureux travail d'analyse dont on peut noter qu'il s'appuie uniquement sur le texte du Capital puisque les Manuscrits de 1884, L'Idéologie allemande ou les Grundisse ne furent publiés que dans les années 1930.
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 13 Oct 2008 21:19    Post subject: Reply with quote

- Je suis en train de lire un livre pas mal, Robert Kurz, Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle, La Balustrade, 2002. C'est un gros pavé de 400 pages, avec différentes thématiques du " Marx ésotérique " :

Quote:
- Introduction : " Les destinées du marxisme ", qui est une critique de ceux-ci.

- I. Ils ne savent pas, mais ils le font : le mode de production capitaliste est une fin en soi irrationnelle.

- II. L'essence étrangère et les organes du cerveau : Critique et crise de la société du travail.

- III. La fausse apparence d'une souveraineté imaginée : Critique de la nation, de l'Etat, du droit, de la politique et de la démocratie.

- IV. Saignant et purulent par tous les pores : le vilain capitalisme et sa barbarie.

- V. La véritable barrière de la production capitaliste est le capital lui-même : le mécanisme et la tendance historique des crises.

- VI. Chasse autour du globe, la concurrence court : la mondialisation et la " fusionnite " du capital.

- VII. La mère de toutes les extravagances et la portée des jeunes loups de la Bourse : le capital porteur d'intérêts, la bulle de la spéculation et la crise de la monnaie.

- VIII. Appropriation universelle d'une totalité des forces productives : Critères du dépassement du capitalisme.


A chaque fois, pour chacun de ces chapitres, Kurz introduit de copieux passages du Marx ésotérique (passages dans des traductions connues, et qui sont pas considérées comme les plus intéressantes par A. Jappe), par plusieurs pages de mise en réflexion, montrant les ressorts et la portée des analyses, résumant les différents points d'articulation de la critique krisiste de la valeur.

- A noter du même Kurz, Avis aux naufragés, Lignes, 2005. C'est un recueil d'articles de journaux publiés en Allemagne et au Brésil, sur des sujets très concrets d'actualité. Impérialisme, catastrophes socio-naturelles, critique de la lutte des salles de classe à l'intérieur de l'école de la marchandise, droits de l'homme, tertiarisation, liquidation de l'Etat social dans le centre du monde capitaliste, chômage structurel, bulles financières, fondamentalismes, l'agribusiness, populisme, etc., à chaque fois l'auteur met en lumière la " critique radicale " de la valeur, pour analyser de manière originale ces thèmatiques. Un essai intéressant sur " Le symbolisme de la modernité et l'élimination de la nuit ", décrivant l'introduction des nouvelles mesures de volume et de temps, comme de l'invention de la lumière électrique au XIXe siècle au regard de la première solution pour augmenter la survaleur, en augmentant le surtravail par l'augmentation du temps de travail (même si cette solution est limitée, au regard de ce que provoque les technologies de production) :

Quote:
" Voilà pourquoi le capitalisme est aussi l'époque des réveils, ces horloges qui, avec une sonnerie stridente, arrachent les gens à leur sommeil pour les chasser vers la lumière artificielle de leur poste de travail. Et une fois que l'on eut avancé le début du travail dans la nuit, on put, à l'autre bout, repousser aussi la fin du travail ".


- Au printemps 2009, sortira la traduction française du maitre-ouvrage du sociologue américain Moishe Postone, Time, Labor, and Social Domination. A reinterpretation of Marx's Critical Theory, chez Fayard (1996, Cambridge University Press). Ce livre de 400 pages, est souvent présenté comme l'exposition la plus philologique et érudite, du " Marx ésotérique ". La traduction a été faite par quelques passionnés, sans aucun contrat au départ avec une maison d'édition.

- Anselm Jappe fait la préface à une traduction française d'un ouvrage de Sohn-Rethel, à paraître avant la fin de l'année. Sohn-Rethel appartient au courant de la " Théorie critique ", il est cependant toujours resté en marge des figures les plus connues, il reste donc paraît-il à découvrir. Quasiment rien a été traduit de lui en France.

- Paraît il que les amis du magazine Offensive-OLS ont fait une recension du livre de Michel Henry, Le socialisme selon Marx, Sulliver, 2008, dans leur dernier numéro.

- Dans Le Magazine Littéraire (octobre 2008) portant sur " Marx : les raisons d'une renaissance ", s'il est fait brièvement état du Marx de Henry dans la bibliographie générale, on se garde bien de montrer que celui-ci invalide la renaissance néo-marxiste de la revue Actuel Marx, à laquelle le ML offre de larges pages avec J. Bidet. Le Marx de Kurz/Jappe n'est évidemment même pas mentionné (le texte " Contre l'économie, tout contre " de Pascal Combemale, écrit que " Marx ne propose pas un système alternatif pour l'économie : il critique cette notion même, selon lui appelée à être inféodée aux autres champs du savoir " : on arrête pas la simplicité...).
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 17 Nov 2008 14:54    Post subject: Reply with quote

- Alice Gaillard, Les Diggers. Révolution et contre-culture à San Francisco (1966-1968), L’échappée, novembre 2008. Cédric et Guillaume poursuivent la publication de l’histoire des différents mouvements passés pour que nous acquérions l'épaisseur d'une véritable expérience collective, afin de constituer nos projets présents.

- Miguel Abensour et Louis Janover, Maximilien Rubel, pour redécouvrir Marx, Sens et Tonka, 2008.

- Le n°8 de la revue Notes et Morceaux Choisis, est paru avec un texte « Remarques laborieuses sur le travail mort-vivant » de Matthieu Amiech et Julien Mattern. D’un style plutôt prudent sur le plan de l’affirmation de thèses définitives, les auteurs en parcourant avec intérêt mais trop rapidement à mon sens quelques critiques du travail ces dernières années (Krisis, Arendt, Temps critiques [1], Jérémy Rifkin, D. Méda, Gorz…), n’en affirment pas moins au final, même avec des pincettes, la thèse forte qu’ils soutiennent depuis quelques années (dissolution du capitalisme dans la « gestion » : pourquoi parler encore de « capitalisme » disent-ils, puisque la valeur est en crise totale ?).

Il en appellent à la « revalorisation » non pas des salaires, mais « de l’autonomie et du travail artisanal ». Solution qui consiste essentiellement à « cultiver » « les idéaux de maîtrise des produits de l’effort humain et d’autonomie des collectivités de travail », comme au temps des ouvriers-paysans décrits dans le livre de Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française. XIXe-XXe siècles.

Même si je partage sans parcourir le même trajet intellectuel pour y aboutir, cette remarque finale sur une maîtrise immanente de sa propre activité, qu'est ce qu'on fait après avoir dis cela ? Est-ce que s'est là l'idéologie alternative pour aujourd'hui que devraient incarner les syndicats ouvriers, les autonomes ouvriers ? Faut-il faire l'éloge du travail artisanal, parce qu'il est encore une maîtrise sur sa vie, quand de toute façon rien dans nos situations présentes au travail ne pourrait incarner un tel mot d'ordre ? Au pire ne risquerait-on pas de faire renaître un mouvement pour l'autogestion du travail, avec les mots d'ordre creux qui vont avec.

Si il est bien de continuer à couper court à une critique mutilée du travail qui n'a cessé de lui opposer la paresse - en cela les actuelles idéologies de l'abondance automatique, distributisme, gorzisme, négrisme, etc. doivent continuer à être dénoncées -, un éloge du travail artisanal serait malvenu si on ne le pensait pas dans le cadre d'une réflexion sur la sortie collective de l'économie.

Le thème de la " séparation ", de la réflexion et de la constitution d'alternatives concrètes, de la communauté rupturiste, de la densification de liens hors économiques, de la réappropriation d'une culture matérielle, ne sont hélas pas abordés, alors qu'il faudrait peut-être et surtout anticiper sur eux, pour incarner concrètement le fait de vouloir ces " idéaux ". Car sinon, la solution heureuse sonne encore de manière creuse pour nous tous.

---

[1] Si les positions de Temps critiques me sont aussi encore assez obscures, je ne pense pas pourtant que comme le pensent Matthieu et Julien, elles viennent confirmer leur thèse centrale. L'attaque, par Dréan, des thèses de l'EDN dans le n°14 de TC, le laisse suffisament entendre.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 17 Nov 2008 17:41    Post subject: Reply with quote

Quote:
(dissolution du capitalisme dans la « gestion » : pourquoi parler encore de « capitalisme » disent-ils, puisque la valeur est en crise totale ?).


Taratata. Dans leur article, ils ne disent jamais que la valeur est en crise totale! C'est ta relecture. Ce qu'ils indiquent clairement c'est que le système ou la société est passé effectivement à un stade particulier qui n'est plus forcément le productivisme (celui ci étant dorénavant, largement promis par les machines, du moins tant qu'il y a des ressources), mais l'occupationnisme. Il faut occuper les personnes et les contrôler afin qu'ils restent dociles. Le travail ne sert plus qu'a cela. Il perd ainsi une de ses qualité probable dans certaine conditions qui est la possible constitution de soi même, de sa personnalité a travers l'établissement d'une oeuvre. Au lieu de cela, le Travail d'aujourd'hui ne nous laisse plus en majorité que dans le désoeuvrement.
_________________
Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 17 Nov 2008 21:54    Post subject: Reply with quote

J'ai relu une seconde fois, mais justement il me semble que la thèse d'une fonction désormais uniquement politique du travail, découle chez eux de la crise de la valeur. Rien ne pourra relancer le processus pour eux.

Même pour les emplois qu'il qualifient de " mort-vivants ", ils écrivent que " la question de savoir si les emplois que nous qualifions ainsi sont et resteront suffisamment rentables reste ouverte " (p. 43).

En fait, en effet, ils sont plutot favorables à une mort lente de l'économie : " Le Travail vivant ne s'autodétruit pas si vite qu'il [Marx] ne le pensait, il resurgit toujours sous une nouvelle forme : souvent, c'est vrai, en moins grande quantité, mais assurément de plus en plus privé de toute dimension d'oeuvre " (p. 47)

Sinon pour discuter leur thèse, je reprends un peu la p. 44 :

Quote:
Krisis n'a sans doute pas entièrement tort quand il annonce que le capitalisme est déjà mort, dans la mesure où de moins en moins de tâches humaines sont spontanément assez productives pour rapporter de l'argent à ceux qui investissent. Peut-être même faut-il considérer que l'économie contemporaine a fini par se dissoudre dans la gestion, et qu'il s'agit moins désormais de créer de la valeur que d'occuper et gérer des masses dépossédées et apathiques, quel qu'en soit le prix économiques. Dans cette perspective, le capitalisme ne serait plus qu'une idéologie, fréquemment mobilisée pour tenir les citoyens en respect, mais de plus en plus privée de base réelle (comptabilités truquées, statistiques absurdes, endettement généralisé, etc.). Le travail ne serait plus principalement une force productive, mais avant tout un moyen de contrôle de la population, indépendamment de toute considération de rentabilité. Sa fonction serait exclusivement politique, dans un contexte où c'est moins l'audace des capitaines d'industrie que l'enchainement des catastrophes qui fixe le rythme et l'orientation de l'expansion économique. Le problème est que tout cela est bien difficile à déterminer précisément.


Matthieu et Julien, avec tout l'intérêt et la sympathie que je porte à leurs réflexions, sont très influencés par Lasch et Michéa, il me semble. Trop pour moi, même si ces deux auteurs sont forts stimulants. Il me semble que l'on peut aussi s'interroger sur un personnage qui a quand même quitté le PCF qu'en 1976... On peut se poser la question des liens entre les thèses contemporaines de Michéa et la matrice du PCF d'alors (d'ailleurs pour quelqu'un qui apprécie la psychanalyse, il aurait pu lui même se poser quelques questions sur son propre parcours). Et en effet au moins 3 liens ont pu être faits :

- 1. un curieux lien entre la condamnation du lumpenprolétariat par le PCF, et la détestation actuelle de la « caillera » par Michéa.

- 2. L’ouvriérisme du PCF (les bons et gentils ouvriers), transformé dans le populisme de Michéa (le bon peuple qui a la common decency)

- 3. La critique du gauchisme par le PCF en 1968, et la critique de Mai 68 par Michéa reprenant les thèses du Nouvel Esprit du Capitalisme de Boltanski et Chiapello, qui affirme que l’évolution capitaliste se fait en s’appuyant sur la critique radicale (notamment la critique " artiste "), en l’ingérant.

A écouter Michéa, le monde serait tel qu'il est, à cause finalement des élites qui ont sans cesse trahi. L'histoire pour Michéa est comme un immense trains de complots successifs des élites. Un premier complot au XVIIe et XVIIIe siècles avec l'invention de " l'anthropologie pessimiste ", le complot des grands méchants intellectuels dreyfusards contre le gentil socialisme primitif, la trahison des classes dirigeantes (au sens de la classe managériale de Burnham, toutes les fonctions intellectuelles) au sens large contre la démocratie soit disant réellement existante (cf. La Révolte des élites de Lasch), sans parler de ces vilains intellectuels comme Adorno qui n'aiment pas le football (cf. Les intellectuels et le ballon rond), etc. Et le dernier complot mis en avant pas Michéa, c'est celui du tittytaiment avec ce fameux colloque de 1995.

Cette critique des élites, qui sert de prétexte à une critique de la « civilisation libérale », est appuyée sur un ensemble d’événements, de personnages et de faits pour déterminer toujours une origine historique bien délimitée au « mal » chez les intellectuels (on aurait du mal à reprocher à un philosophe son idéalisme, souvent d'ailleurs hégélien, chez Michéa).

Désormais dans la dernière mouture du complot, face à l’obsolescence du travail il faut toujours occuper les masses de dépossédés au moins en les rendant dépendantes du système, le néo-libéralisme dans sa forme la plus moderne serait donc né d’un colloque important. Michéa s’appuie par exemple sur un colloque de septembre 1995 à San Francisco – sous l’égide de la fondation Gorbatchev – entre des personnes constituant « à leurs propre yeux l’élite du monde » (Michéa développe cela dans L’enseignement de l’ignorance, p. 47-50.). Ce colloque lui semble définir la nouvelle intentionnalité des classes managériales : Que faire face au problème qui fait que « dans le siècle à venir, deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale » ?

Michéa commente cela en rejoignant la thèse de l’intentionnalité du complot : « comment serait-il possible, pour l’élite mondiale, de maintenir la gouvernabilité des quatre-vingts pour cent d’humanité surnuméraire, dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? La solution qui, au terme du débat, s’imposa, comme la plus raisonnable, fut celle proposée par Zbigniew Brzezinski [ancien conseiller de Jimmy Carter] sous le nom de « tittytainment ». Par ce mot-valise [Entertainment signifie divertissement et tits, en argot américain, les seins] il s’agissait tout simplement de définir un ‘‘ cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante pour maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète’’ ». Ce colloque étant pour Michéa comme un « cahier des charges que les élites mondiales assignent à l’école du XXIe siècle », et plus largement à toute la nouvelle société.

Dans cette optique, on ne peut plus dégager la spécificité du monde contemporain comme quelque chose autre qu’un vaste complot. Dans cette nouvelle veine de la compréhension du monde, ce qui importe finalement est davantage les dispositifs techniques, juridictionnels, socio-organisationnels (le management, etc.), et les petites rencontres secrètes qui vont avec, etc, c’est-à-dire que le schéma de l’adaptation des moyens ou des instruments à des fins concrètes devient premier.

Julien dans son texte « Raison et démocratie chez Lasch », reprenait déjà cette thèse du tittytainment propre à Michéa, dans ce passage : « Dans une situation où de moins en moins de tâches humaines sont assez productives pour rapporter de l’argent à ceux qui investissent, l’économie contemporaine paraît s’être dissoute dans la gestion. Il s’agit peut-être moins désormais de créer de la valeur (comptabilités truquées, statistiques absurdes, endettement généralisé) que d’occuper et gérer des masses dépossédées et soumises, quel qu’en soit le prix économique (…) mais (…) il est absolument faux de dire que la réalité tout entière est désormais épuisée par des rapports de domination, autrement dit que la vie est devenue capitaliste (ou artificielle). » (p. 83.)
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 19 Nov 2008 22:39    Post subject: Reply with quote

Sur l'idée d'une critique de l'existence d'un système subjectif, d'une oligarchie, il y a un article intéressant dans le numéro 14 de la revue Temps Critiques (hiver 2006, chapitre IV : Vers une domination non systémique ?), qui vient discuter en quelque sorte la thèse de la dissolution du capitalisme dans une pure gestion politique sans la base capitaliste.

Les auteurs discutent l'idée que la domination serait le produit d'une caste de dirigeants (thèse de S ou B), ou de l'oligarchie (thèse de Castoriadis version finale), en particulier pour le temps présent. Non seulement il n'y aurait plus de " fonctions pures ", mais les auteurs pensent que " c'est au contraire, avec le plus grand nombre d'individus que le " système " opère " (p. 112). Ils ne reprennent pas la compréhension propre à foucault du pouvoir, mais on peut y penser, mais juste dans cette idée de refuser un surplomb à la domination. De plus si Moishe Postone a beaucoup développé une théorie de l'antisémitisme à partir d'une analyse de la valeur, chez TC, on tient aussi à écarter la critique de l'économie de toute personnification. Les auteurs rejettent ainsi la thèse michéenne (L'enseignement de l'ignorance) d'un " plan du capital " derrière les réformes de l'école. Le concept de " système " est trop fort dans ce cadre là de leur réflexion.

Sans revenir à dire que finalement la domination est dans chaque rapport social, il y a plutot une parcellarisation du pouvoir notamment au travers de " relais de pouvoir " (assos et lobbies étatico-collaborationnistes). Mais surtout, si pourtant " à moyen terme, la question reste ouverte ", à la place du grand complot d'un monde tenu dans les mains de gestionnaires, les auteurs développent plutot la thèse structurelle d'une " domination non systémique ", qui permet de dégager la vision dialectique n'évacuant pas la négativité et la contradiction, qu'ils recherchent. Il pourrait y avoir donc selon eux : une domination sans la prégnance d'un " système de domination ". Nous ne sommes pas dans une oligarchie, nous n'avons pas à faire à des bureaucraties écrivent-ils. Et ils finissent par condamner l'utilisation de la notion même de " système de reproduction capitaliste ", qu'un de leurs auteurs avait d'abord développer.

Pour soutenir cela TC avance qu'aujourd'hui :

- il n'y a pas de nouveau mode de régulation des rapports sociaux qui viendrait relever le fordisme
- il y a des difficultés à mettre en place un nouvel ordre politique mondial stable.
- les politiques sont toujours à courtes vues, au cas par cas.
- manque de dimension stratégique chez les " dirigeants ".


cette présentation du contenu de l'article n'est peut-être pas entièrement rigoureuse et ne reflète pas complètement le texte.

--------------

[1] pour eux il y a crise du fait de de l'inessentialisation du travail vivant, du fait de l'emprise de la technologie de production, ce que reprend le texte de Julien et Matthieu, même si ils discutent la graduation et la rapidité du remplacement par le travail mort et mettent quelques bémols même s'ils en acceptent la tendance structuelle, à la thèse de la fin du travail.

-----

Les numéros de TC sont disponibles à l'adresse tempscritiques(arobase)free.fr il y a aussi un site internet http://membres.lycos.fr/tempscritiques/ où quelques textes sont présents (mais peu). Ils ont aussi écrit : L'évanescence de la valeur. Une présentation critique du groupe Krisis ; La Révolution du Capital ; La valeur sans le travail, le tout chez L'harmattan.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 20 Nov 2008 0:44    Post subject: Reply with quote

On n'en revient à rien de moins que ce que j'indiquais déjà dans mon précédent mémoire : le système technicien n'a rien d'autonome (même s'il a une certaine inertie) bien au contraire il est hyperparticipatif.
Il me semble que virilio ne dit rien de moins en assurant qu'aujourdhui grâce aux techniques dans les mains de l'humain des sociétés industrielles, il n'y a plus besoin d'un tyran. C'est la société elle-même qui est devenu tyranique.

Je crois pas que nos deux auteurs, ancien disciples de michéa, partagent sa thèse. Il me semble que dans le livre sur l'impuissance de la jeunesse d'aujourd'hui il critique la perspective qui ne prend pas en compte la servitude volontaire (celle d'accardo).
_________________
Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 21 Dec 2008 12:14    Post subject: Reply with quote

Deux bouquins sympas sont sortis (il faut quand même aimé les livres d'histoire)

- Marcus Rediker, Pirates de tous les pays. L'age d'or de la piraterie atlantique 1716-1726, éditions Libertalia, 2008.

Rediker est historien à l'université de Pittsburg, son texte est dans la pure tradition de l'excellente histoire anglo-saxone de Edward P. Thompson et Ric Hobsbaw...

merde ça sonne (la suite après)
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 28 Dec 2008 0:08    Post subject: Reply with quote

Sur le bouquin de Redicker :

Les boucaniers de l’économie.

Dans son livre Pirates de tous les pays, Marcus Redicker s’attache aux causes sociales de la piraterie, en mettant l’accent sur les nouvelles conditions disciplinaires et de travail à bord des flottes marchande et militaire au tournant du XVIIIe siècle. L’auteur montre différentes stratégies pour « éviter de s’user au travail ». L’entrée en piraterie en est une, elle est même interprétée et ce dès l’époque de l’âge d’or de cette pratique (1716-1726), comme une pratique anti-travail. Le travail, « ils le haïssent à mort » écrit ainsi le gouverneur de Bahamas, tandis qu’un autre commentateur écrit en 1722 que « travailler est une chose qui leur convient pas » . En s’emparant des moyens de production (le navire comme élément central de la production de valeur dans cet espace en train de se mondialiser), les marins mutins décident « de se mettre à leur propre compte », mais à l’inverse d’une idée reçue, l’appât du gain n’est pas du tout leur principale motivation. Au contraire, selon plusieurs historiens anglo-saxons, « ils aspirent à vivre dans un nouvel ordre social, avec d’autres règles de gouvernement » (p. 113), un « ordre social alternatif » (p. 120).

Lieu de travail clos, l’équipage d’un navire de commerce ou militaire forme en effet de fait une communauté de vie (la " communauté flottante ") pendant plusieurs mois, et face aux forces naturelles souvent dangereuses ou au nécessaire travail commun, il existe dans les navires une véritable « culture » de marins qualifiée « d’égalitarisme brutal et improvisé » qui va venir se confronter à la nouvelle discipline qui accompagne le boom économique que connaît l’Angleterre depuis 1660. Cette culture, dont certains pourraient trouver quelques liens avec la « common decency » décrite par Orwell, est appelée sur les navires la « discipline de la Jamaïque » ou « loi des corsaires ». « Cette coutume, que les autorités considèrent comme l’antithèse de la discipline et de la loi, s’enorgueillit de sa propre conception de la justice et d’une hostilité de classe envers les maîtres des navires […]. Elle prévoit des contrôles démocratiques de l’autorité et des provisions pour les blessés. En élaborant leur propre ordre social, les boucaniers tentent de calquer l’utopie paysanne appelée pays de cocagne où le travail est aboli, la propriété redistribuée, les différences sociales nivelées, la santé restaurée et la nourriture produite en abondance. Ils s’inspirent de la tradition maritime internationale : les navigateurs de l’Antiquité et du Moyen Âge divisaient leurs biens démocratiquement en fonction des besoins du moment, et élisaient des représentants afin de régler les différents entre le capitaine et l’équipage » (p.116-117). La piraterie peut donc aussi être interprétée comme une réaction à ces nouveaux bagnes flottants qui deviendront les fabriques et les usines au siècle suivant (cf. le livre de E.P. Thompson, Temps, Discipline de travail et capitalisme industriel, La Fabrique, 2004), piraterie où les « valeurs fondamentales de la culture des marins sont institutionnalisées » (p. 115). Le navire mutin devient ainsi le lieu d’une « inversion radicale de la logique des institutions » (Illich). Toute personne qui devient pirate doit en effet signer la « charte » du navire où sont inscrites toutes les règles de fonctionnement, comme d’ailleurs aujourd’hui n’importe quelle charte d’une « intentionnal communities » , dans la grande tradition démocratique de la « déclaration des droits » de la révolution anglaise de 1689. Dans ces chartes de pirates on retrouve toujours les idées démocratiques d’auto-organisation. Avec une grande analogie avec l’anthropologie politique décrite par Pierre Clastres pour certaines sociétés dites « primitives », « ces arrangements font du capitaine la créature de l’équipage », qui à chaque instant peut être démis de ses fonctions. Ce sont dans des " conseils " que les pirates prennent les décisions (élection des officiers, choix des lieux de capture, etc.). « Le vaisseau pirate du début du XVIIIe siècle est un monde inversé, aux règles et aux coutumes alternatives. Les pirates ‘‘ distribuent la justice ’’, élisent leurs officiers, divisent le butin de façon égale et instaurent une discipline différente. Ils limitent l’autorité du capitaine, résistent à de nombreuses pratiques en vigueur dans l’industrie de la marine marchande capitaliste, et entretiennent un ordre social multiculturel, multiracial et multinational » (p. 45).
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
bug-in



Joined: 13 Mar 2003
Posts: 4057
Location: prox. Montpellier

PostPosted: 28 Dec 2008 1:15    Post subject: Reply with quote

L'analyse est intéressante, mais largement partielle il me semble !
D'autres analyse sur la marine et la questions des pirates évoques bien d'autres problèmes et qui ne sont pas étranger à certaines questions que l'on serai en droit de poser à la common decency : la place des femmes notamment.
Sans parler de la redistribution de ce qui est pris par les pirates, d'autres analyse, montre qu'en bien des cas elle est loin d'être le fruit d'une répartition égale... Je ne dis pas qu'il y en a jamais eu! mais a ma connaissance on est loin de la majorité des cas. non ?
_________________
Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
Back to top
View user's profile Send private message
Display posts from previous:   
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Actualités des publications All times are GMT + 1 Hour
Goto page 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Next
Page 1 of 7

 
Jump to:  
You cannot post new topics in this forum
You cannot reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group