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Bibliographie sur l'analyse critique de l'économie.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 16 Jan 2009 17:57    Post subject: Reply with quote

Bien d'accord avec toi sur la place des femmes. L'auteur dit que même si en fait la présence des femmes est plus importante sur les navires (pas seulement pirates) qu'on ne le croit, il existe aussi un interdit de la présence de la femme sur le navire. Y' a quand même un chapitre assez passionnant sur la vie (toute aussi passionnante) des deux plus célèbres femmes pirates dans le bouquin. C'est marrant.

après sur le partage du butin, moi j'y connais rien, enfin c'est la thèse du bonhomme, et il a pas mal d'exemples pour l'étayer. Un nouveau bouquin sur les pirates, et l'histoire du navire marchand comme " prison flottante " au point de vue de la discipline, va sortir ce mois ci.
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Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

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Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
Posts: 967
Location: bordeaux

PostPosted: 16 Jan 2009 21:49    Post subject: Reply with quote

Je relis en ce moment un livre de B de Jouvenel . "Du Pouvoir. Histoire naturelle de sa croissance".
Sur les femmes et la piraterie, il pose un regard interessant .
-l'origine serait a dominance matriarcale. (pas de relation entre copulation et paternité.)
-Certaines option de groupes évoluent vers une polygamie des chef (mentionné aussi par Lévi strauss). Au détriment des jeunes . Cette gerontarcie induit un comportement de razzia et pillage .Les enfants des femmes capturées n'étant pas refilés au beau frere, une caste de "guerrier" s'installe. Il initie de cette faon l'opposition entre le modèle patriache/souverain et la branche "noblesse" qui débutte par le pillage et poursuit par la "protection".
La piraterie découlerait donc d'un choix déséquilibré du groupe. Les groupes archaiques non polygames n'évoluant pas vers l'extension et se satisfaisant de leur état.

Une autre thèse de ce livre mérite aussi de l'intéret:
-L'évolution -croissance du pouvoir est inéluctable . Quelque soit le modèle ou l'idéologie l'emprise du système va croissante et l'alliénation ne fait que s'accroitre. La dépendance des individus gagne un degré a chaque changement de modèle ..... meme si son but initial etait de la diminuer .
Sa démo est difficile a contredire . Ce livre est ancien. Ecrit pendant l'occupation et réedité en 72. Je ne sais qu'en penser . Le style est trop bon et me méfie du charisme . Le gus a touché a tout et est pas mal décrié. A fondé "Futurible" et l'idée de liberalisme qui a l'origine n'avait pas tt a fait le meme sens, je crois.
J'aimerai un avis si quelqu'un l'a lu .
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 17 Jan 2009 11:14    Post subject: Reply with quote

Sur le cas "Jouvenel", un fil de discussion entamé ici : http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=7213
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 19 Jan 2009 9:07    Post subject: Reply with quote

Je crois que Deun avait commencé une fois d'écrire une pièce de théâtre, et l'interview de Gaston Lafargue (dans SDE n°1) laissait ouverte aussi cette possibilité. Un ami fan des surréalistes, me dit qu'il ne faut pas oublier d'adjoindre à l'analyse théorique qui est capitale, l'écriture sensible qui nous sonde aussi intérieurement et même plus profondément que l'usage de la seule raison.

J'ai reçu début janvier dans ma boite aux lettres une pièce de théâtre vraiment très intéressante, Coupable servitude (juin 2008). L'auteur, Eric Melgueil, dans sa lettre dit avoir beaucoup apprécié SDE, et dit que l'on retrouvera nos idées et notre sensibilité dans sa pièce. Il est aussi un grand lecteur de M. Henry, sur lequel il a écrit quelques textes.

Après lecture, la pièce, qui commence par deux citations, une de La Boétie et une de Debord, en effet est très proche de nous notamment sur la critique du travail, de la technoscience, de l'effondrement écologique du capitalisme, bref de la vie dans les machoires de fer des rapports sociaux contemporains. Il y a aussi un humour vivifiant qui rassure, on sent vivre immédiatement les quatre personnages dès la lecture. Ce serait évidemment génial de monter cette pièce et de la faire circuler (elle a été joué je crois cet automne) ou de demander à Eric de participer à SDE. Avis aux amis du théâtre ! Enfin si vous aimez du moins le théâtre critique, vous pouvez sans hésiter commander la pièce (magnifiquement éditée en plus par ses soins) en envoyant un mail à : ericmelgueil(arobase)yahoo.fr (c'est d'ailleurs le seul moyen de se la procurer)

Quote:
ÉRIC MELGUEIL, COUPABLE SERVITUDE. Quatre personnages dans deux lieux : le Héros, le Patron, la Femme et la Psycoach, au domicile et au bureau. Fable critique et bouffonne attachant le devenir inhumain du monde (empoisonnement de la Terre, son réchauffement, disparition des espèces animales et végétales qui la peuplent, prolifération de la laideur industrielle, etc.) à la volonté de fuite de soi, laquelle se manifeste tant par des conduites de servitude volontaire que par l'extension illimitée du principe scientifique, la visée objective de toute chose, qui est identiquement la négation de la subjectivité humaine. Que fait, en définitive, le travailleur moderne ? Il travaille à la ruine de l'homme.

Eric Melgueil, 42 ans, vit à Montpellier. Une seule pièce écrite, " Coupable Servitude ", en 2005, et publiée en 2008. Rien de notoire avant. Autour, quelques textes critiques " Liberté " ; " La vie perdue " ; " Que faire de sa propre vie ? ", une communication rédigée pour un colloque de phénoménologie " Travail contre la vie et travail pour la vie " et un texte programmatique d'une nouvelle théâtralité : " La voix théâtrale ".


Un extrait, et toute la pièce est dans ce style :

Quote:


[...]

LE PATRON : Incapable de m'employer moi-même, je me fais employer... je travaille.

LE HEROS : Moi aussi. Ne sachant que faire de ma vie, je la donne... Je me donne au travail.

LE PATRON : Vendu. Pas donné, vendu. Et le plus cher possible.

LE HEROS : Si vous voulez... Et ce travail, donc, donne un sens à ma vie.

La PSYCOACH : C'est important que votre vie est un sens ?

LE HEROS : Bien sûr. Sinon, pourquoi se lever le matin ? Mais ce sens, je n'ai su le trouver ni en moi-même, ni pour moi-même ; il a fallu que je le vois posé hors de moi, plus vrai que moi, par une instance extérieure - le spectacle économique.

[...]

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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 23 Jan 2009 20:33    Post subject: Reply with quote

Quote:
Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN

CRISE FINANCIÈRE ET CAPITAL FICTIF

Collection Temps critiques - L’Harmattan, décembre 2008 - 86p. – ISBN 978-2-296-07720-1

Notre analyse n’est pas une étude sur la « crise financière ». Elle essaie d’inscrire les ébranlements actuels dans les transformations du capital. Il nous importe donc peu de savoir s’il s’agit d’une « crise finale », mais de comprendre qu’il s’agit bien d’une crise de reproduction de l’ensemble du capitalisme.

Le capital fictif est une forme qui cherche à s’autonomiser de tout travail vivant. La financiarisation de l’économie est aujourd’hui son mode normal de fonctionnement, comme l’inflation l’a été dans la phase précédente. Ce qui relie la période actuelle à la précédente, c’est le développement du capital fictif. Il n’y a donc pas de déconnexion entre économie réelle et économie financière, mais unité des deux dans l’équivalence de tous les capitaux. C’est l’erreur politique des gauches que de vouloir sauver la première de l’enfer de la seconde.

Pour nous, l’essentiel, c’est de ne pas subir « la crise » comme une fatalité. C’est parce que nous nous situons résolument du côté de la critique de la valeur que nos luttes pourraient viser ce qui apparaît comme son résultat : le prix. En effet, celui-ci s’impose dans tout son arbitraire puisque le travail vivant qu’il contient encore est devenu minime et que le prix du travail, le prix du crédit, le prix du pétrole, le prix de l’immobilier, le prix des services et des transports, tous sont des prix politiques. Se placer du côté du prix, c’est ainsi lier lutte contre la marchandise et lutte contre l’État.



Table des matières


Partie I LE CRÉDIT CETTE FORME NÉCESSAIRE DU CAPITAL

La fonction primordiale du capital fictif aujourd'hui 13
La crise des années 70 et la « révolution du capital » 18
Fictivisation du capital et organisation
de la société capitalisée selon trois niveaux 23
Financiarisation et politique du capital 38
Sur la soi-disant « déconnexion par rapport à
l'économie réelle » où les lamentations autour de
la vraie nature du capital et sa nécessaire moralisation 46

Partie II L’ANALYSE MARXISTE DES CRISES AUJOURD’HUI

Création monétaire et société salariale 58
Crise de surproduction et crise financière 60
La répartition de la valeur ajoutée
et la baisse du taux de profit 64
La théorie des cycles longs face au défi
de la tendance aux cycles courts 66


Partie III ALTERNATIVES FINANCIERES ET CAPITALISME DU BAS

De nouvelles tendances rentières 71
Monnaies locales, monnaies fondantes
entre alternative et utopie 75
Une alternative au marché financier
pour le capitalisme du bas : le micro crédit 78
Sortons des ritournelles et des vieilles lunes 80

Commande aux auteurs (-33%)
9 euros port compris (France métrop.)

Adressez la commande accompagnée d’un chèque
à l’ordre de Jacques Wajnsztejn et la poster à son nom
11 rue Chavanne 69001 Lyon

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bug-in



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PostPosted: 24 Jan 2009 13:19    Post subject: Reply with quote

Quote:
la faire circuler (elle a été joué je crois cet automne) ou de demander à Eric de participer à SDE. Avis aux amis du théâtre ! Enfin si vous aimez du moins le théâtre critique, vous pouvez sans hésiter commander la pièce (magnifiquement éditée en plus par ses soins) en envoyant un mail à : ericmelgueil(arobase)yahoo.fr


Je ne pense pas qu'il y ai de problème a ce que Eric participe a SDE, tout comme Bernard Pasobrola, dont j'avais retransmis un texte récemment, il participe au groupe décroissance Montpellier. Donc si il y a besoin de contact etc...
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Pour des communautés libertaires écocentrique et affinitaire

Participer a libérer et cultiver les conditions locales et pérennes d’existences et d’autodéterminations des vivants, sans domination.
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Kobayashi



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PostPosted: 30 Jan 2009 21:26    Post subject: Reply with quote

La traduction française du livre de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, vient de sortir aux éditions Mille et une nuits (malgré toutefois d'évidents points communs, difficile dit Anselm de dire qu'il y a identité avec les vues de Krisis ou Exit et Postone, sur plusieurs points ils sont en désaccords)

Quote:
Alors que le capitalisme néolibéral multiplie ses ravages (crises économique, écologique, alimentaire...) et que la vie, soumise au travail abstrait, apparaît toujours plus fragmentée, privée de sens, toute critique radicale du monde existant a disparu. Face au marxisme - et avec lui à tous les restes de la gauche - qui réduit la pensée de Marx à une théorie apologétique du capitalisme interventionniste d'État, Moishe Postone débarrasse les concepts de Marx du ballast marxiste et réélabore une théorie critique qui s'attaque à l'essence même du capitalisme : la forme de travail spécifique à cette formation sociale. Le travail sous le capitalisme n'est pas une activité extérieure au capitalisme, et donc à libérer ; il est le fondement du capitalisme, et donc à abolir. Les marxistes de tout poil dénonceront comme abusive une telle lecture de Marx, et les divers marxologues y trouveront matière à faire vivre un peu leur spécialité sans emploi. Mais ce qui jugera vraiment le livre de Postone, ce sera s'il fournit ou non, la base d'une critique du capitalisme adéquate à notre époque.

Biographie de l'auteur

Né au Canada en 1942, Moishe Postone est professeur au département d'Histoire et d'Études juives de l'université de Chicago. Il a publié Temps, travail et domination sociale en 1993. Un recueil de trois textes de Postone a paru aux Éditions de L'Aube en 2003 sous le titre Marx est-il devenu muet ?

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Kobayashi



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PostPosted: 14 Feb 2009 16:36    Post subject: Reply with quote

Sur le livre cité ci-dessus de Moishe Postone, dans Le Monde des Livres 13 février. On parle même de cet objet curieux qu'est la " décroissance "...

Quote:
Marx et la nouvelle critique sociale

Si les mouvements sociaux des années 1960 puis l'effondrement du bloc soviétique ont réveillé la créativité marxiste, celle-ci est aussi plus académique, plus éclatée disciplinairement, et surtout moins populaire.

Bien qu'il soit presque inconnu en France, Moishe Postone occupe une place importante dans la nébuleuse internationale des marxismes contemporains. Publié aux Etats-Unis en 1993, Temps, travail et domination sociale constitue l'oeuvre maîtresse de ce professeur d'histoire de l'université de Chicago. Il y propose une relecture générale de Marx " à un niveau logique fondamental " : il s'agit de comprendre avec les seuls concepts de valeur, travail et marchandise, la succession des trois âges du capitalisme : libéral, post-libéral (keynésien ou " socialiste réel ") et néolibéral.

L'auteur commence par une analyse dévastatrice du " marxisme traditionnel ", qui critique le capitalisme " du point de vue du travail ". Le " socialisme réellement existant " et les communismes critiques auraient toujours défini la révolution comme libération des forces productives et donc de la créativité des travailleurs. Même en souhaitant l'appropriation étatique ou collective des moyens de production, ces politiques ont défendu le productivisme et n'ont ainsi affecté que le " mode de distribution " des produits, pas la relation capitaliste de travail.

Postone, lui, vise à construire " une critique du travail sous le capitalisme ". A partir d'une lecture fine des écrits de 1857-1858 comme foyer irradiant l'oeuvre de Marx, il montre que l'idée d'un travail libéré des inégalités et de l'aliénation ne peut pas servir d'appui central à la critique sociale. Le travail comme objet d'échange marchand est une création historique du capitalisme : sous ce rapport de production, le travail que je fournis est mis en équivalence monétaire avec toute autre activité d'une nature différente.

Ainsi, comme le travail n'est pas l'essence de l'homme mais une institution historique, l'opposition au capitalisme ne saurait s'appuyer sur la classe des travailleurs, même redéfinie sociologiquement au fil des âges. Plus que la domination sociale d'une classe sur une autre, la relation de travail produit en réalité une domination impersonnelle de l'abstraction sur l'expérience concrète et singulière. Cette logique profonde du capitalisme n'a pas changé de structure en plusieurs siècles : il n'y a pas selon Postone de spécificité historique du néolibéralisme.

Pour lui, le post-capitalisme passera par une nouvelle organisation sociale de la production " fondée sur le fossé croissant entre les possibilités "techniques" engendrées par le capitalisme ", d'un côté, et leur usage exclusivement productiviste, de l'autre. En ce sens, ceux qu'on appelle les " décroissants " et les mouvements de chômeurs pourraient se réclamer de cette lecture de Marx. Une chose est certaine : la théorie parfois aride de Postone doit être mise à l'épreuve des formes de vie et de contestation actuelles.

Laurent Jeanpierre



Temps, travail

et domination sociale

(Time, Labor,

and Social Domination)

de Moishe Postone

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)

par Olivier Galtier et Luc Mercier, Fayard-Mille et une nuits, 616 p., 28 ¤.

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Kobayashi



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PostPosted: 19 Sep 2009 5:52    Post subject: Reply with quote

Retranscription de l'allocution du philosophe français Gérard Briche (Lille III) au séminaire " Fétichisme et émancipation ", juillet 2008, Université Belem-Para-Brésil : " L'origine de l'homme est encore devant nous ".

http://palim-psao.over-blog.fr/article-36119467.html

En version audio sur : http://anarsonore.free.fr/spip.php?article442

------------------

Sinon j'aborde une autre chose :
Sur le courant français de la théorie marxienne de la forme valeur.

Les auteurs appartiennent à la réinterprétation récente de la théorie marxienne de la valeur. Théorie marxienne de la valeur, comme théorie de la forme valeur (des produits, des individus, des relations) et non une théorie de la valeur-travail. Réinterprétation où toute conception naturaliste a disparu (Castoriadis avait bien raison de dénoncer dans la vulgate marxiste une conception par exemple naturaliste du travail), justement parce qu'elle revient de manière critique sur la naturalisation des rapports sociaux qu'ont opéré l'économie politique classique et les marxismes. L'activité économique est une construction sociale. Par exemple, les produits du travail ne sont pas naturellement des marchandises, et le travail ne donne pas naturellement de la valeur aux produits du travail. La question n'est alors pas celle de la mesure de la valeur, de la commensurabilité des marchandises, c'est-à-dire la recherche de la mesure à travers laquelle s'échange les marchandises. Depuis 20 ans, dans la crise enfin générale des marxismes, un bien curieux travail de retour critique sur Marx s’est fait jour, dans plusieurs endroits du monde (voir les pages wikipedia de " Krisis " ; " Anselm Jappe " ; " Moishe Postone " pour un bref historique). Pas le retour pseudo-critique du Dictionnaire critique du marxisme de Labica et Bensussan, qui ne ressert, autour des anciens intellectuels du PCF, que le marxisme traditionnel. Pas non plus le retour des néo-marxismes rampants qui sont réapparus chez Hardt, Negri, Ruffin [1], le reste de la Multitudes, la Badioumania et la vulgate de l’anti-libéralisme qui règne depuis la fin des années 1990 qui a abandonné toute réflexion sur l'essence sociale du capitalisme, pour chercher seulement à le moraliser et le limiter par le recours nostalgique à la période de l'Etat-providence (par bien des aspects, on peut dire aussi que Tiqqun est un héritier du marxisme traditionnel). On pourrait aussi parler de l'idéalisme naïf de Luc Bolstanski et Eve Chapiro qui se contentent de chercher le " nouvel esprit du capitalisme " dans des textes destinés à la formation des managers (un sociologisme vraiment un peu sommaire).

Pour faire simple, la théorie marxienne de la forme valeur, entend rendre compte de l'objectivité sociale particulière (la marchandise, qui n'est pas un bien, mais une " chose sociale ") donnée aux produits du travail par la production capitaliste. Si les marchandises ne sont pas des données naturelles des produits du travail (et si on veut échapper à l'inanité de l'idéalisme et de toute ontologie de la conscience, y compris socialisée, et la théorie du complot et l'impuissance de son " réveil des consciences ", de sa nouvelle conscience de soi, des autres et du monde, qui en découlent. Ce qui fait que ces thèses peuvent parfois avoir tendance à verser sur le christianisme, l'ésotérisme, l'incantation, etc), alors la production et la circulation des marchandises génèrent des formes particulières de socialisation des individus et de structurations des relations sociales. Pourquoi la valeur comme forme sociale, historiquement située que sous le capitalisme, existe-t-elle ?

A part le cas du philosophe Jean-Marie Vincent (mort en 2005 et enseignant à Paris VII), j'ignorais jusqu'à récemment l'existence d'une " école française " proche dans ses thèses de " l'école allemande " de Krisis/Exit. Il existe bien en France des auteurs et des ouvrages qui si ils ne disent pas la même chose que les allemands (les français eux-mêmes ne disent pas la même chose entre eux et laissent ouverte la discussion), discutent des mêmes problématiques et dans les mêmes références.

La cristallisation d’un courant français se réclamant de la théorie de la forme valeur semble s'être opérée dans les années 1970 (à la fin de la glaciation stalinienne qui s’était engagée dans les années 1960), à travers le croisement des réflexions de Jean-Marie Vincent et d’universitaires économistes comme Pierre Salama et Jacques Valier. La revue Critiques de l’économie politique (Maspéro), qu'ils ont dirigé, a publié pour la première fois en France en 1978, le livre de Isaak Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx (réédité chez Syllepse en 2009), et un article du francfortien Hans-Georg Backhaus, « Dialectique de la forme valeur » (qui a été scannérisé). Dans cette même revue, Vincent a publié son article qui a été le début de sa réflexion : " La domination du travail abstrait " (que j'arrive pas à trouver). Un auteur prolixe comme Tran Hai Hac s’est ensuite rajouté notamment, d'abord, à Pierre Salama. Dans le dernier numéro du vivant de Vincent (2005), des débats sont exposés entre ces auteurs dans la revue Variations (éditions Parangon).

Comme l'école américaine (Postone) ou l'école allemande (Krisis/Exit), ces auteurs sont marqués par l'univers de la pensée allemande (notamment Max Weber - à l'origine Postone est wébérien, avant d'aller voir chez Marx ; voir aussi le livre de Vincent sur Weber qui vient d'être réédité en septembre 2009), mais plus encore par la première génération de l'Ecole de Francfort. Ce que la revue française Variations (les proches de Vincent) appelle le " Courant chaud de la Théorie critique ". Comme Postone ou l'école allemande, l'école française s'oppose vigoureusement à la deuxième génération de l'Ecole de Francfort (Habermas, Axel Honneth...) et cherche à faire un retour critique sur la première génération en montrant que celle-ci n'a pas pris en compte la réflexion sur la forme valeur. Cependant, dans l'école française, les penseurs ne viennent pas tous de cette filiation francfortienne, notamment Pierre Salama et Tran Hai Hac.

Antoine Artous dans son livre Le fétichisme selon Marx (Syllepse, 2006), montre cependant que le point de départ (le point commun) de ces penseurs français pour réinterpréter la théorie marxienne de la valeur et l'opposer aux marxismes, a été le livre de Roubine paru dans les années 1920. Son livre comme son auteur, ont été cependant éliminé physiquement par la terreur stalinienne, notamment à cause de ses interprétations de Marx. Interdit de publication en URSS et dans le bloc de l'est, sa lecture restée inconnue ne sera donc activée qu’en 1978 en France, et dans des dates très proches pour les Etats-Unis ou en Allemagne. Ce sera Jean-Marie Vincent qui remarquera que Roubine montre, pour la première fois, que la théorie marxienne de la forme valeur n’était pas, comme la plupart des marxistes le disaient, une théorie de la valeur-travail, se situant dans la continuité de celle de Ricardo, mais une théorie de la forme valeur des produits du travail. Il va être notamment le premier à montrer que la théorie du fétichisme est organiquement liée à la théorie marxienne de la valeur. Mais loin de se contenter de la théorie célèbre (mais dont le statut n’est pas clarifié) du fétichisme de la marchandise (et de la remettre au centre de la théorie marxienne de la valeur, et non pas en faire une simple digression philosophique, anthropologique, et car elle n’a rien d’une analogie avec le fétichisme religieux des primitifs), il va montrer que le fétichisme est double, il y a aussi le fétichisme issu de la dialectique des formes sociales capitalistes, qui a moins attiré l’attention. Le fétichisme est alors issu de l’agencement des rapports sociaux capitalistes. Ce nouveau cycle de réflexion à partir de Roubine (mais pas seulement) va aboutir à des premières présentations de thèses nouvelles autour de 1986/1987. En France, c'est le livre de Vincent en 1987, Critique du travail. Aux Etats-Unis en 1986 c'est l'article de Postone sur l'antisémitisme qui démarre sa réinterprétation personnelle qui aboutit en 1993 dans Temps, travail et domination sociale. C'est en 1986 en Allemagne la création du groupe/revue Krisis autour de Robert Kurz, Roswitha Scholz, Ernst Lohoff, Franz Schandl, Norbert Trenkle et Claus-Peter Ortlieb.

Hormis Isaak Roubine, et là-aussi de manière identique à la filiation que l'on retrouve dans l'école allemande, ce courant français est aussi l’héritier des écrits du philosophe italien Lucio Coletti, de Hans-Georg Backhaus, de Roman Rosdolsky, Alfred Sohn-Rethel, etc., qu'ils cherchent à discuter et dépasser.

En France on trouve par exemple ceci sur ce courant (divers car ces auteurs semblent avoir des positions différentes, sur le travail abstrait, sur l’ « abstraction réelle » de Vincent mais appelée « abstraction sociale » par Tran Hai Hac, etc.) :

- Tran Hai Hac et Pierre Salama, Introduction à l’économie de Marx, La découverte, 1992 ;
- Tran Hai Hac, Relire Le Capital. Marx, critique de l’économie politique et objet de la critique de l’économie politique, 2 tomes, Page deux, 2003 ;
- Tran Hai Hac, « Critique de la valeur-travail : forme valeur, abstraction réelle et le concept de monnaie chez Marx », intervention au « Colloque Jean-Marie Vincent », 2005.
- Jean-Marie Vincent, La théorie critique de l'école de Francfort, éditions Galilée, 1976 (toujours disponible dans cette édition)
- Jean-Marie Vincent, Critique du travail. Le faire et l’agir, PUF, 1987 ;
- Jean-Marie Vincent, Un autre Marx. Après les marxismes, Page deux, 2001 ;
- Jean-Marie Vincent, Fétichisme et société, Anthropos, 1973 ;
- Jean-Marie, Max Weber, ou la démocratie inachevée (réédition 2009).
- Antoine Artous, Le fétichisme selon Marx, Syllepse, 2006.
- Antoine Artous, Marx, l'Etat et la politique, Syllepse, 1998.
- Antoine Artous, Travail et émancipation sociale, Syllepse, 2003.
- Les articles de la revue Variations sont librement téléchargeables http://theoriecritique.free.fr/.

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[1] Robert Kurz et Anselm Jappe dans Les Habits neuf de l'Empire. Remarques sur Hardt, Negri, Ruffin, Léo Sheer, 2003, démasquent dans les oeuvres de ces auteurs les origines marxistes traditionnelles de leurs prétendus " nouveaux développements ". Ils ne servent qu'une énième ressucée du marxisme.
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Kobayashi



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PostPosted: 20 Sep 2009 16:45    Post subject: Reply with quote

Dans le numéro 13 septembre-octobre 2009 de la Revue internationale des Livres et des idées (RILI), Anselm Jappe fait paraître " Avec Marx, contre le travail ", sa longue recension des livres de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale (Mille et une nuits, 2009), et d'Isaak Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx (Syllepse, 2009). Cette revue se trouve dans les kiosques (pas les tout petits quand même). C'est une revue format un peu journaux.

http://revuedeslivres.net/rubriques.php?idRub=44

A noter aussi, un texte de Delphine Moreau sur le " care " dont Deun nous a parlé.

Moishe Postone, sera en France à Lille, les 25 et 26 novembre prochain, pour deux conférences au Festival " Cité-Philo " et à l'université Lille III.
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PostPosted: 05 Oct 2009 9:20    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
le numéro 13 septembre-octobre 2009 de la Revue internationale des Livres et des idées


Un exemplaire en consultation chez Carpeaux
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PostPosted: 15 Oct 2009 13:12    Post subject: Reply with quote

Une intéressant et facile à lire défense du concept d'aliénation :

L’aliénation comme dépossession des besoins vitaux. Entretien avec
Stéphane Haber, Mouvements, 2008/2 - N° 54

http://rapidshare.com/files/293317116/MOUV_054_0041.pdf.html
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