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Bibliographie sur l'analyse critique de l'économie.
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 04 Apr 2010 8:43    Post subject: Reply with quote

Le fameux texte de Charles Reeve dans Le Monde libertaire, a toujours été pathétique en cela qu'il est une réaction du point de vue de ceux qui croient encore à la lutte des classes (" l'abandon des catégories de classes "), au mouvement ouvrier émancipateur, et à la portée des supposées " ruptures révolutionnaires ". Reeve c'est le marxiste traditionnel qui réduit toujours la critique du capitalisme à la critique de l'exploitation créatrice de la survaleur (profit), sans voir que le travail social que Reeves continue à défendre, est la forme sociale de la valeur, que présuppose toute survaleur. Et donc que la survaleur n'est vraiment critiquable, qu'en critiquant et la valeur et le travail social en tant que tel.

Reeve ne veut surtout pas rappeller que la critique du " réformisme " social-démocrate keynesien est justement aussi la critique de ses propres idées à lui : le réformisme marxiste de la lutte des classes. Et que ça, Reeve, non, ne l'a pas écrit (même si il y a des antécédent à Krisis, par exemple chez le théoricien bordiguiste Jacques Camatte, et que Krisis ne détient pas le monopole de la critique du travail, puisque à peu près au même moment des gens aussi éloignés que Postone ou JM Vincent avaient aussi engagé une critique du travail en tant que tel).

Il est vrai comme le montre involontairement la confusion de Reeve au sujet de la critique du travail dans le Manifeste, que celui-ci par de nombreux aspects argumentaires, mélange une critique du travail en tant que lien social, fondateur de la valeur, à la critique de la " morale du travail " ou de l'idéologie du travail pour le travail, et que par certains aspects regrettables, on retrouve le ressort argumentaire de Paul Lafargue dans le " Droit à la paresse " (qui n'est en rien une critique du travail en tant que tel), avec un simple appel à la paresse. De là à assimiler la critique du travail dans le Manifeste, au marxisme vulgaire de Lafargue sur le travail, Reeve a pas compris grand chose.

Il faut rappeller ici, que c'est la socialisation du travail (le travail devient en lui-même lien social entre les êtres et s'arrache ainsi du reste de la vie pour se la soumettre), son effet auto-médiatisant, qui s'élève en tant qu'abstraction au dessus de la vie sociale des individus, au-dessus des activités productives réelles, comme leur point commun de référence. Et que l'objectivation de ce lien social autonomisé qui gouverne les sujets qui l'ont crée mais qui n'en sont plus que les porteurs, est ce que nous appellons la valeur, qui est donc strictement spécifique à cette formation sociale que nous appelons la société capitaliste. Le caractère social de tout travail individuel, y est extérieur à l'intersubjectivité interindividuelle. Ce qui relie les individus entre eux, est un effet de la socialisation du travail, c'est le travail abstrait qui circule dans leur dos et se présente en face d'eux, comme abstraction sociale, comme coeur de la domination sur tous les individus que nous sommes, réduits à des prestataires de travail abstrait, des rouages de la machine à valorisation, dont les classes sociologiques ne sont que des classes fonctionnelles et immanentes à sa logique et à sa reproduction sociale. « Ce n’est pas ‘je’ qui agit écrivait André Gorz, c’est la logique automatisée des agencements sociaux qui agit à travers moi en tant qu’Autre, me fait concourir à la production et reproduction de la mégamachine sociale. C’est elle le véritable sujet. » [André Gorz, Ecologica, Galilée, 2009. p. 12]. L'abstraction sociale est le coeur de la société capitaliste, et cette abstraction ne prend pas naissance dans la pensée, mais dans la forme sociale spécifique de l'agir des producteurs de marchandises que nous sommes tous dans le procès capitaliste de production, l'abstraction prend donc directement naissance dans l'être social historique de la modernité, racine de l'abstraction.

Pourtant, ce Manifeste écrit en 1999, a parfois " mal vieilli " comme dit Jappe, à la fois sur cet aspect qui parfois réduit la critique du travail à une critique phénoménologique du travail qui peut aller jusqu'au " na, le travail c'est pas bien " (dans Bonjour paresse, de l'employée d'EDF), et " mal vieilli " aussi sur l'idée que il y aurait quelque chose à se " réapproprier " dans le capitalisme (comme le pensait le vieux mouvement ouvrier de Reeve). Cette idée, que le capitalisme est nécessaire, qu'il a fait maintenant son temps, et qu'il faut partir de certains de ses résultats pour le dépasser (c'est typique du sous-marxisme qu'est la théorie de la multitude chez Negri et cie : il faut accélérer la modernisation du " capitalisme cognitif " pour sortir du capitalisme). Certains comme Kurz, pourtant un des auteurs du Manifeste, ont évolué sur cette question. En 2004, avec bien sûr d'autres questions (la théorie de la dissociation-valeur ; la question du mode de diffusion de la critique, etc), cette question a été un des points de désaccords lors de la scission de Krisis. Le groupe Exit (dont les personnes les plus connues sont Kurz, Scholz, Ortlieb, Jappe...) refuse toute cette idée de " réappropriation " de certains résultats du capitalisme, tandis qu'en effet, Krisis et Streifzuge (Autriche) sont toujours sur cette idée. Mais il est vrai que la critique phénoménologie du travail est aujourd'hui finalement largement partagée, notamment en France, le travail a mauvaise presse. Le Manifeste en utilisant parfois cet aspect argumentaire auquel beaucoup l'on réduit (en le renvoyant donc sur Lafargue, et la couverture dans la collection 10/18 avec un mec sur un coussin n'a rien arrangé au problème de l'accueil de ses thèses fondamentales, organisant la confusion), a enfoncé une porte déjà entrebaillé, et qui a correspondu aux films de Pierre Carles, etc : une simple critique phénoménologique du travail (sur le sens, la souffrance, etc.). C'est à dire un refus de la domination au travail, et guère le refus de la domination du travail.

Cf Gérard Briche " Refuser le travail c'est bien... Dépasser le travail c'est mieux ", sur le film de Pierre Carles, " Attention Danger Travail ".

http://palim-psao.over-blog.fr/article-36388287.html

Reeve :

Quote:
Or, c’est la dépossession du travailleur de sa propre activité [belle naturalisation du travail, éternel ! ce qu'on toujours fait les anarchistes, il suffit de lire le livre du marxiste libertaire américain Alexander Berkman, Qu'est ce que l'anarchisme ?, L'échappée, 2010, au chapitre " travail salarié "] qui lui enlève le contrôle de sa propre vie. C’est l’activité humaine devenue marchandise, qui fonde les séparations. Chez Krisis, la notion de profit est absente [tiens donc], le concept d’exploitation compte peu [Ah la lutte des classes !] puisque « la machine capitaliste n’a d’autre finalité qu’elle même » (p.18 ).
La valorisation bourgeoise du travail est placée au centre du fonctionnement du système dont le but serait de faire travailler les individus !


C'est donc ça la critique de la critique de la valeur : l'éternel marxisme de la valeur-travail.

Reeve :

Quote:
Tout au long de son histoire, le capitalisme a pu rétablir, au prix de la barbarie, des nouvelles conditions de production de profit, créer de nouveaux marchés, et se faisant se perpétuer. Le capitalisme va mal, mais il ne s’effondrera pas de lui même, il faudra bien l’intervention de forces sociales décidées à inscrire dans les faits un projet émancipateur. Là est la seule limite « absolue » du système.


Dur dur, de remettre en cause la vulgate marxiste à plus de 60 ans. Tout en subjectivisant le capitalisme en une méchanceté exploitatrice qui par son caractère malin, pourra toujours résoudre ses contradictions internes et externes, si bien qu'il n'y aurait qu'une seule contradiction fondamentale, la lutte des classes, qui n'est pourtant qu'une lutte d'intérêts à l'intérieur même du système de la valorisation, comme peut le démontrer toute l'histoire du mouvement ouvrier. C'est à dire qu'elle n'est en rien quelque chose de contradictoire avec le capitalisme, et que le mouvement ouvrier (y compris anarchiste qui ont toujours beau jeu de dénoncer la bureaucratie syndicale, en pensant qu'affirmer le travail avec une volonté radicale serait en soi anticapitaliste) n'a été dans ses affirmations et revendications que l'avant-garde de la fermeture du capitalisme sur lui-même en se faisant un mouvement pour le travail, pour l'industrialisation, pour la modernisation. La fête du travail n'a toujours été que la fête de l'aliénation, la lutte des classes a toujours été une lutte pour installer le capitalisme au profit d'une de ses classes fonctionnelles (et il est vrai que l'URSS ou l'auto-gestion anarchiste ont bien montré que le capitalisme n'a pas besoin de la classe bourgeoise pour fonctionner. Une bureaucratie ou l'autoexploitation peuvent un moment fonctionner, même s'il y a des limites plus importantes à leur fonctionnement que dans le " libre marché ", ce qui explique leur inefficacité et leur disparition)

La Montagne marxiste a toujours accouché du rat capitaliste. C'est pas le sort de la Chine qui le contradira, année du rat ou pas.

Robert Kurz n'a jamais été " sociologue ", ni universitaire, il est manutentionnaire de nuit pour empaqueter des journaux. Même s'il peut y avoir quelques universitaires au sein des groupes Krisis, Exit, et Streifzuge.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)


Last edited by Kobayashi on 04 Apr 2010 20:55; edited 12 times in total
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 04 Apr 2010 16:41    Post subject: Reply with quote

Le n°33 de la revue Krisis, avril 2010, est commandable ici http://www.krisis.org

Quote:
Après avoir éclaté, la bulle des biens immobiliers a répandu partout le discours sur la crise du capitalisme. Cependant, pour la plupart des analystes, on a en vue seulement la crise du soi-disant capitalisme des marchés de capitaux, crise qui est ramenée à l’ « avidité des banquiers et des spéculateurs » - avec l'espoir d’un retour à un « capitalisme sain ». Pourtant réellement , la crise de l'économie mondiale actuelle a un caractère beaucoup plus fondamental. Elle présente une autre étape de l'aggravation de la crise et l’accélération de celle-ci au cours d'un long processus séculaire qui saisit toutes les sphères et tous les niveaux de la société de marchandises et l’ébranle en ses bases. Les aspects différents de ce processus de crise fondamental se trouvent dans le foyer de cette distribution de crise.

Sommaire :

- Editorial, par Norbert Trenkle et Ernst Lohoff.

- Karl–Heinz Lewed, « Expérience de réveil comme dernier cri. L'Islamisme et la subjectivité rationnelle-irrationnelle de la société de marchandises »

- Ernst Lohoff, « Le printemps de Téhéran et la crise du système mondial produisant les marchandises »

- Attila Steinberger, « Restauration conservatrice et protestation en Iran ».

- Julian Bierwirth, « Excursions dans le postfordisme. Remarques sur le travail immatériel et le général Intellect ».

- Neil Larsen, « Idiome de la crise. De l'immanence historique de la langue chez Adorno ».

- Tomasz Konicz, « L’Europe de l’est dans la crise » [...].

(traduction parfois approximative)


Dans le dernier n°48 de Streifzuge (que l'on pourrait traduire par " Excursions "), la revue autrichienne dont les théoriciens et militants (qui viennent de la mouvance germanophone de la critique de la valeur) ont eu une longue correspondance avec André Gorz, on retrouve hormis tout un dossier sur l'amitié, deux textes qui interrogent la mouvance française de la décroissance de manière plus ou moins critique :

- Andrea Drexner, " Le capitalisme dans l’ambulance : le profit sans croissance ? "

- Massimo Maggini, « Qu’est-ce qui s'appelle la "décroissance" ? Un regard objectif sur une proposition intéressante ».
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 08 Apr 2010 22:13    Post subject: Reply with quote

Bon, allez, je m'y colle. Je mets ci-dessous un des endroits où l'on peut lire les...

Thèses sur la grève des chômeurs et précaires
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Tom2
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PostPosted: 16 Apr 2010 8:53    Post subject: Reply with quote

Juste pour avoir une info, est-ce que les journées critiques de Lyon vont donner lieu à une publication des intervention?
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 19 Apr 2010 7:57    Post subject: Reply with quote

Quote:
Juste pour avoir une info, est-ce que les journées critiques de Lyon vont donner lieu à une publication des intervention?


Oui, dans le cadre de presses universitaires, ou alors je crois par la revue Variations. Mais quand, je ne sais pas.

Les camarades du collectif OLS avec son magazine Offensive (dans les kiosques) donnent très souvent un sérieux coup de jeune aux thématiques anarchistes, avec une qualité des textes et un vrai travail de réflexion sur des luttes nouvelles souvent proche du bulletin " Sortir de l'économie " (réappropriation, autocritique des " alternatives ", etc). Pour autant, leur réflexion sur l'économie et le travail (comme l'avait montré leur numéro sur l'apologie hallucinante du petit commerce de proximité) est consternante, tellement elle rabache l'apologie de l'honneur du travail bien fait, de l'autogestion à la base de l'horreur économique, de la catégorie de " l'oeuvre " de la désarmante Hannah Arendt qu'idolatrent les apologistes du travail bien fait, etc. Comme si la question du travail était la question du " sens du travail ", comme si le travail était d'abord une idéologie, et qu'il pouvait y avoir une idéologie anarchiste ou décroissante du travail à opposer à une supposé " idéologie capitaliste du travail ". Comme si l'activité productrice en elle-même était déjà non aliénée, et que viendrait de l'extérieur d'elle, une sorte de grande méchanceté capitaliste organisatrice, qui transformerait le bon et gentil travail en un méchant travail qui n'aurait plus de sens. Comme si la vilaine organisation gestionnaire et managériale de l'entreprise voulait rationnaliser de l'extérieur le brave et gentil travail qu'il faudrait encore défendre alors qu'il suffirait de dénoncer sa rationnalisation pour empêcher ce non-sens qu'est en lui-même le travail. Comme si le travail deviendrait sans sens, aliéné, parce qu'il serait violé de l'extérieur par l'échange. Comme si seules les activités de vendre et d'acheter étaient porteuses de l'aliénation sociale. Comme si la formidable inversion de la vie sociale qu'est l'abstraction sociale géante qui nous rend tous impuissant dans notre propre être social, était le fait d'une simple idéologie expropriatrice d'une base naturelle et transhistorique non-aliénée, sur laquelle il faudrait encore construire et lutter. Comme si le travail et les marchandises étaient par eux-mêmes " innocents " et que l'on pourrait dans l'anarchie ou la décroissance, se les réapproprier à leur état originaire. Comme si le travail était en lui-même qu'une simple activité d'usage, un échange naturel entre l'homme et la nature, un travail non aliéné car concret comme le serait le travail de l'artisan (idéal-type du travail anarchiste). Comme si le travail faisait partie d'une sphère non sociale. Comme si l'abstraction du travail n'était pas celle du contenu productif en lui-même, et que l'abstraction du travail était postérieure à un travail considéré comme naturel et transhistorique. Comme si l'abstraction se réaliser postérieurement à l'activité productrice et aux choses produites, qu'il faudrait encore affirmer comme n'a cessé de le faire le mouvement ouvrier, de l'anarcho-syndicalisme à la collectivisation soviétique en passant par l'autogestion yougoslave. Comme si l'abstraction était celle de la mise en circulation des objets produits, de la relation aux consommateurs, des motivations des homo economicus séparés qu'il faudrait transformer en hommes nouveaux en termes de conscience de soi, des autres et du monde.

Pour ou contre le travail ? C'est là aujourd'hui une ligne de fracture majeure entre la critique traditionnelle et la théorie critique issue de la première génération de l'Ecole de Francfort. La question théorique est très importante et ne peut guère être prise à la lègère par ceux qui ne verraient là qu'intellectualisme, car le dégagement d'issues pratiques pour sortir de l'aliénation sociale qui conditionnent en partie un bonheur collectif en découlent : où faut-il intervenir pour se réapproprier nos vies ? Dans la réappropriation, est-ce que le lien social doit naitre dans le travail, ou hors du travail ?

Or, c'est bien dans le capitalisme et pas dans les sociétés précédentes, que le travail s'est constitué en lui-même comme lien social, de plus comme lien social dominant effectuant la synthèse sociale d'une société particulière à son image (cf. Moishe Postone). Ou plutôt à l'image de sa dynamique aveugle, boulimique et tautologique : ce qui détermine la valeur est la dépense de travail abstrait issu d'une armature sociale particulière qui se présente à nous comme ayant tojours existée. Le concept marxien, tel que défini dans la critique de la valeur, de " travail abstrait " est ici central, pour s'engager dans une réflexion sur le travail, il résume ce qu'est le caractère social du travail placé en extériorité aux individus, donc hors de toute maitrise par eux-mêmes de leur propre être social. C'est l'agir de chacun d'entre nous en tant que producteurs de marchandises, dans le procès de production, qui est déjà abstrait, l'abstraction ne vient pas après ce que concrètement nous faisons chaque jour. Nous sommes ce monde tragique que nous refusons. C'est notre travail qui est déjà socialement constitué comme abstraction.

Quote:
OFFENSIVE 25
Trimestriel d¹Offensive libertaire et sociale (OLS)
février 2010, 52 pages, 5 euros

disponible par correspondance contre 5.5€ à Offensive c/o Mille Babords 61, rue Consolat 13001 Marseille ou par abonnement à partir de 18 € (chèques à l’ordre de Spipasso à la même adresse).

en achat en ligne (c’est ici).

en kiosque (c’est par là).

dans de bonnes librairies engagées.
+++

En bref ici

Analyses
Réflexions par temps de grippe permanente
Halte aux grands barrages
Art Workers Coalition


Histoire
Comment je suis devenu anarchiste

En lutte
Pas d¹aéroport pour Notre-Dame

DOSSIER - Travail : Quel sens ?
Travailler, quel sens ?
Le capitalisme tue le travail
Manuels/intellectuels, pour un front commun
Y’a du ménage à faire !
Le compagnonnage
Travailler sans les autres
Sortir du cadre
Retrouver le sens du travail
De l’autocratie à l’autogestion
De la médecine technologique à l’ostéopathie
Formes vives
Travailler l’anachronisme



- Un important numéro vient de paraitre, rassemblant des contributions à une journée d'étude des départements de sociologie des universités de Laval et de Montréal au Québec. Le thème était " Marx philosophe ". Le tout en laissant de côté toute la " philosophie marxiste ". Les auteurs ont d'ailleurs placé ce colloque sous l'influence de l'interprétation magistrale de Michel Henry. Le texte de Bischoff rejoint aussi en partie la critique du travail.

Quote:
Marx et la métaphysique. La question critique après Hegel, par Jean Vioulac.

La praxis comme production de la vie. Sur la philosophie du jeune Marx, par François l'Italien

Marx et l'aliénation. Sur un aspect de la philosophie des Grundrisse, par Franck Fischback (qui par ailleurs a fait une excellente critique des thèses de Miguel Abensour sur la question de la politique)

La dialectique de la marchandise dans le premier chapitre du Capital. Sur Hegel et Marx, par Olivier Chain

Capital, valeur et réversibilité : recherche sur les fondements de l'approche marxienne du capital financier, par Eric Pineault

L'institution du travail. Pour un dépassement des conceptions substantive et formaliste du travail et de l'économique, par Manfred Bischoff

La signification et l'enjeu de l'ouvrage sur Marx dans l'oeuvre de Michel Henry, par Michel Ratté


éditions Nota bene. sous la direction d'Olivier Chain

- Le dernier numéro 13/14 (printemps 2010) de la revue Variations vient de sortir en ligne. La revue est librement téléchargeable, sur le thème du " Le choix du petit ", dans la tradition de Benjamin.

http://theoriecritique.free.fr/index.html

Quote:
Lorsque l’ordre du monde a été contesté de nouveau, au début des années 2000, Variations a fleuri, grâce à Jean-Marie Vincent. Notre revue est toujours là pour transgresser les discours établis, fussent-ils universitaires. Portée par un héritage hérétique, celui de la Théorie critique. Aujourd’hui, des auteurs comme Adorno, Benjamin, Fromm et Marcuse sont bien connus, mais semblent enfermés dans le musée des grands classiques. Nous voulons les ramener à la vie intellectuelle à travers nos débats.
Variations – revue internationale de théorie critique a l’ambition démesurée de déborder le périmètre que le champ académique veut accorder à la Théorie critique, en dialoguant avec les mouvements sociaux, en faisant connaître les débats internationaux extrêmement vifs et contemporains qui se nouent actuellement autour de ce courant.

Cette ambition, cette exigence de la revue, pourrait faire sourire si Variations n’avait pas publié les premiers textes d’auteurs mondialement connus, qui s’inspirent directement de la Théorie critique, ce qui a par la suite permis d’éditer leurs livres en français, grâce au concours de membres de la revue.

Parmi ces auteurs et titres se trouvent : Nancy Fraser (Qu’est-ce que la Justice sociale ?, La Découverte, Dir. Estelle Ferrarese,), Oskar Negt et Alexander Kluge (L’espace public oppositionnel, Payot & Rivages, Dir. Alexander Neumann,), John Holloway (Changer la société sans prendre le pouvoir, éd. Lux, Dir. Fernando Matamoros). Sans parler des inédits de Jean-Marie Vincent, fondateur de Variations et du département de science politique de l’Université Vincennes, qui était le premier à faire connaître les idées torrides de « l’Ecole de Francfort » à un public français plus large. Notre septième numéro (dirigé par Lucia Sagradini et Jan Spurk) a exclusivement porté sur le débat international concernant la Théorie critique.

L’effort théorique de Variations s’oppose dans le même temps au repli intellectuel. La revue cherche au contraire à nommer les expériences contemporaines, inachevées, latentes que la crise des sociétés engendre, au Nord comme au Sud. Cet enjeu a été saisi par Jean-Marie Vincent dès 2001 : « L’équipe très ouverte de Variations entend bien s’intéresser à tout ce qui questionne l’ordre social, à tous les niveaux, politique, économique, social, culturel. Elle se préoccupera en particulier de montrer les implications théoriques de ce qui ressort des pratiques nouvelles, mais aussi de cerner les percées théoriques qui peuvent permettre de développer les pratiques en profondeur. ». Après la chute du mur de Berlin, du stalinisme, et au moment où la marchandisation mondiale démarrait sa grande fête triste, le courant actuel de la Théorie critique promet de corroder aussi bien le récit capitaliste que les bureaucraties mortifères qui voulaient entraîner Marx dans leur tombe. Des entretiens inédits avec André Gorz et Edgar Morin ont nourri cet esprit de résistance dans nos colonnes. Ainsi, nous avons publié en 2007 la réplique de Morin, au détournement de sens pitoyable de M. Sarkozy de la « politique de civilisation », avant même que le Président des toutes les droites ait pu lancer sa tentative médiatique. Soudain, le mot « critique » prend tout son sens.

Au fond, l’expression d’Ecole de Francfort est trompeuse. Le programme de recherche original du courant chaud de la Théorie critique qui nous intéresse -et dont Jürgen Habermas se souvient manifestement très mal- a été ébauché dès 1922 : « Grève de masse, sabotage, vie internationale du syndicalisme, analyse sociologique de l’antisémitisme, marxisme, parti et masse, modes de vie des différentes couches de la société… » (Projet de l’Institut de recherche en sciences sociales de Francfort). En ce sens, nous ne définissons pas les thèmes qu’il s’agirait d’exposer, mais les sujets viennent plutôt à nous, à travers l’actualité lancinante ou par un manque de compréhension, ressenti par le collectif de rédaction. Au fil de la dizaine de publications de Variations, sorties en librairie et accessibles ici, nous avons abordé la troisième voie, le nouvel esprit du capitalisme, l’actualité de la Théorie critique, la question de la répression, le mouvement social, les frontières de la politique.

En somme, c’est une revue de gauche critique, peu séduite par les discours doctrinaires ou sectaires, intraitable envers les idées qui s’opposent à l’émancipation.

La revue a été marquée par trois cycles : Une première série de 4 numéros en librairie jusqu’à l’éclipse subite du fondateur de la revue, en 2004 ; une deuxième série de 6 numéros en librairie jusqu’en 2007 ; enfin, le lancement du site web et d’une édition électronique en 2008…

La revue a co-organisé le colloque en hommage à Jean-Marie Vincent avec la présidence de l’Université Paris 8, L’Archipel des revues à l’occasion du Forum social européeen de Paris St.Denis, le Congrès Marx International V (atelier Théorie critique), l’initiative Mai 68, ce n’était pas qu’un début, et des présentations régulières de ses numéros, en Sorbonne, à Espaces Marx ou encore à la librairie Résistances (Paris 17ème) qui ont attiré jusqu’à 100 personnes. La revue a été présentée par France Culture dans l'émission "A plus d'un titre" en octobre 2008.
Lucia Sagradini (Chercheuse en sociologie / Paris)
Subjectivités rebelles contre identité nationale

John Holloway (Professeur de sociologie / Universita Autonoma de Puebla, Mexico)
A quelle distance est l'Amérique Latine ?

Mikkel Bolt Rasmussen (Chercheur en cultural studies / Université de Copenhague)
L'art interventionniste entre réforme et révolution:
l'Internationale situationniste, l'Artist Placement Group, L'Art Workers'Coalition

Greil Marcus (Journaliste et chercheur en sciences politiques / San Francisco)
Paris capitale du XXIème siècle de Malcom McLaren

Julien Bordier (Doctorant en sociologie / Paris 10, Nanterre)
La revanche des publics à l'attaque des industries culturelles

Jean-François Gava (Docteur en philosophie / Chercheur indépendant, CREALA)
Imitation, proximité, sensibilité. De l'échelle tribale du communisme

Nicolas Poirier (Docteur en science politique / Lycée Montesquieu, Herblay)
La lutte de classe chez Marx: reconnaissance ou dénégation ?
L'analyse critique de Castoriadis

Alexander Neumann (Sociologue / Institut für Sozialforschung, Saarbrücken)
Mondes du travail et espace public. Le faire et L'agir ?

Daniel Veron (Doctorant en sociologie / Paris 10, Nanterre)
Sans-papiers: d'un quotidien tactique à l'action collective

Stéphane Le Lay (Chercheur en sociologie / Paris)
Mètis et rire. Que nous apprennent les « petits » éboueurs ?

Josef Reindl (Sociologue / Institut für Sozialforschung, Saarbrücken)
L'abolition du vieillissement

Frank Jablonka (Docteur en sciences du langage / Université de Picardie, Amiens)
Rupture de la pédagogie et pédagogie de la rupture

Hélène et José Chatroussat (Revue Carré Rouge)
Grèves, rêves et turbulences de la vie militante à la fin du XXe siècle

Ce numéro a été réalisé avec le soutien de l'université de Copenhague
et des Amis de Variations (Maud Ingarao)

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Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

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Kobayashi



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PostPosted: 19 Apr 2010 12:04    Post subject: Reply with quote

- Kenneth Pomeranz, Une grande divergence. La Chine, l'Europe et la construction de l'économie mondiale, Albin Michel, 2010, 540 p. [paru en anglais en 2000]. Un pavé pour cet historien américain partisan de " l'histoire globale " comparatiste. L'auteur se pose une question (trop) simple : Pourquoi la supériorité économique historique de l'Europe sur la Chine et l'Asie ? Evidemment c'est un livre d'historien classique, donc Pomeranz ne pose guère des questions théoriques et philosophiques sur le capitalisme, et sa naturalisation de l'économique est totale. Il ne cesse de parler de production capitaliste en termes de valeur d’usage, production par tête, etc. Il ne comprend rien au concept de capital, qu’il utilise pourtant à tout va, dans le sens de capital humain ou naturel, en termes souvent de valeur d’usage, richesse matérielle. Et cela lui suffit dans son étude comparatiste. La société capitaliste naissante semble donc totalement naturelle à ses yeux. L’auteur ne recherche que les raisons de cette divergence, dans la voie donc d’un développement évident pour lui, le progrès ! Son approche naturalisant le capitalisme est d'ailleurs souvent écologique-malthusienne, ce qui est loin d’être contradictoire bien sûr. Il s'amuse donc à déceler les causes historiques de la supériorité européenne, rejetant l'idée d'un fondement culturel et civilisationnel (exit Weber, Michéa, Latouche et cie), ou alors d’un fondement étatique du capitalisme. De nombreux historiens étaient remontés au XIII-XIVe siècle pour expliquer les germes de la Grande Mue modernisatrice à partir du XVIIIe siècle. Mais l’auteur rejette totalement cette idée, et celle d'un retard de l'Asie sur l'Europe : l'Asie démontre-t-il avait les mêmes possibilités que l'Europe, pour développer une domination économique du même ordre capitaliste. Ces deux aires sont semblables jusqu'en 1750-1800. De plus il écarte aussi le dada actuel des historiens et économistes, expliquant l'industrialisation par la croissance de la demande européenne, donc en étudiant le marché, la strcuture sociale de la demande, etc. Il écarte aussi l'explication du retard en termes technologique et toute expliquant qu'au fondement de la dite " révolution industrielle " (ce qui est un peu usé, on ne parle plus de " révolution ") il y a une révolution technologique (comme on le faisait en Europe, en montrant les retards des transferts technologiques entre l'Angleterre et le continent). Pourquoi alors cette grande divergence ? C'est impossible à résumer tellement l'ouvrage est dense. Mais remettant en scelle quelque peu " l'accumulation primitive " de Marx à partir d’un autre point de vue, pour lui, la " grande divergence ", c'est simplement " l'inégale allocation géographique des ressources en charbon et la conquête du nouveau monde qui ont donné l'impulsion finale à l'économie européenne ", alors que quantités d'historiens européens avaient démontré le faible rôle de la colonisation européenne dans la constitution de leur enrichissement (cf. la thèse classique du non-regretté Jacques Marseille sur l'empire colonial français). On peut tout de même s'étonner de l'absence totale de référence à l'historiographie française actuelle de l'industrialisation (qui est certes très " sociologie du marché "), Pomeranz semble s'être arrêté à l'ère du dinosaure " Fernand Braudel ", ce qui est aujourd'hui considéré en France comme peu sérieux au vu des recherches européennes.

Donc pour Pomeranz, le milieu écologique européen énergétique est à néant au XVIIIe siècle, du fait de la disparition des forêts à bois. Cette limite n’étant pas atteinte en Asie. L’Europe se tourne alors vers les énergies fossiles. Bien sûr avec sa vision écologique-naturalisante Pomeranz naturalise complètement le fonctionnement capitaliste, et nous avons l’impression d’une société consciente d’elle-même qui planifie l’exploitation des énergies fossiles, pour sa propre survie, c’est-à-dire pour la poursuite supposée de production de valeur d’usage qui serait le principe de la vie capitaliste, comme de la vie passée. Idem pour la colonisation. Il manque donc toute l’analyse du fonctionnement de la machine.

Pomeranz est en fait moins intéressant par ses thèses, que par l'énorme matériaux historique que l'on peut détourner de ce qu'il veut démontrer et qu'il fait connaitre à un public francophone, car il relate et reprend quantités de thèses et débats d'historiens chinois, japonais, etc., inconnus en France. Un vrai dépaysement historiographique quand même.
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Last edited by Kobayashi on 19 Apr 2010 12:27; edited 1 time in total
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ktche



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PostPosted: 19 Apr 2010 12:22    Post subject: Reply with quote

Kobayashi wrote:
Kenneth Pomeranz


Quelle coïncidence, je prépare une recension de La force de l’empire, recueil de quelques articles du même auteur...
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Kobayashi



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PostPosted: 19 Apr 2010 13:26    Post subject: Reply with quote

j'espère qu'il fait pas lui aussi 500 p. ! et plutôt que de le lire je lirai bien ta recension. Dans Une grande divergence, Pomeranz dit qu'il s'appuie sur divers autres de ses bouquins dont La Force de l'empire. Les questions de colonisation me passionnent en ce moment. Il y a pas mal de trucs très intéressants sur l'empire britannique du fait de la question actuelle en contemporaine au CAPES-agreg d'histoire.
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Kobayashi



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PostPosted: 23 Apr 2010 6:57    Post subject: Reply with quote

Après un texte sur Foucault déjà dans " D'or et de sable " en 2008, Mandosio publie chez l'Encyclopédie des nuisances, Longévité d'une imposture. A propos de Foucault. Missile aussi pour la revue " radical-chic " de l'époque Tiqqun. Recension par Denis Collin :

Quote:
Longévité d'une imposture. À propos de Foucault
Par Denis Collin • Bibliothèque • Samedi 27/03/2010 • 5 commentaires • Lu 574 fois •


Jean-Marc Mandosio : Longévité d’une imposture – Michel Foucault, suivi de Foucaultphiles et foucaulâtres, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, Paris, 2010. Ce petit livre se veut une contribution à la critique de ces « jargonneurs philosophiques » qui eurent leur heure de gloire en France et que les Anglo-saxons appellent French theory. L’auteur a une double ambition : montrer l’inconsistance théorique de la pensée de Foucault et démonter la statue du rebelle.



La première de ces ambitions n’est qu’esquissée. L'auteur rappelle fort justement combien la théorie des épistémès, qui s’appuie sur une idée floue de l’époque et de la période, est obligée de faire violence à l’histoire et aux faits. Cette théorie qui fit la gloire de Foucault dans Les mots et les choses fut péniblement corrigée dans L’archéologie du savoir avant d’être abandonnée par son auteur. L’auteur ne fait qu’indiquer les réfutations par les historiens de ces analyses alors même qu’on fait mérite à Foucault d’avoir fait entrer l’histoire et les archives au cœur même de la pensée philosophique. De la deuxième grande phase de la pensée de Foucault, celle qui s’articule sur les notions de « biopouvoir » et de « gouvernementalité », l’auteur ne fait qu’en souligner quelques confusions et banalités, mais manque évidemment une critique méthodique qui reste (peut-être) à faire. L’auteur fait un rapprochement intéressant : il faudrait poursuivre avec Foucault le travail déjà commencé par Sokal et Bricmont à propos de quelques spécimens de la « french theory » - il faudrait d’ailleurs y ajouter l’utilisation extravagante des mathématiques et de la théorie des ensembles par Badiou.

La deuxième des ambitions de l’auteur concerne le Foucault personnage public et figure éminente de la contestation de l’ordre établi dans les années 70. Mandosio procède à une salutaire opération vérité. Il rappelle que Foucault se montra toujours soucieux de sa carrière académique et administrative. Membre de la « commission Fouchet », mère de toutes les réformes de l’enseignement de la Ve République, il ne rallia le gauchisme qu’à la fin 68, à son retour de Tunisie où il enseignait. Suivant toutes les modes, il se rallia à la mode « mao » en devenant directeur du département de philosophie de l’Université ghetto de Vincennes (l’os à ronger que le pouvoir gaulliste jeta, après 68, aux gauchistes de tous poils, surtout mao-délirants avec une pincée de trotskysme). Il se rallia ensuite aux « droits de l’homme » en apportant son soutien aux « nouveaux philosophes » (BHL, Glucksmann, et tutti quanti) pour devenir à partir de 1978 le premier d’une longue lignée d’admirateurs, non pas de la révolution iranienne, mais du prétendu « chiisme révolutionnaire ». Il est resté relativement distant du pouvoir socialiste en 1981 – celui-ci ne lui ayant offert qu’un poste d’attaché culturel à New-York alors qu’il aurait souhaité être nommé ambassadeur...

Mandosio note ironiquement que « Foucault représente avec Pierre Bourdieu (professeur tout comme lui au Collège de France), la figure désormais fort répandue d’un intellectuel “engagé” dont la carrière académique n’a pas entamé la crédibilité contestataire – du moins aux yeux de ceux qui portent ces deux auteurs au pinacle dans la littérature consacrée aux mouvements sociaux » (10). L’auteur complète son travail par quelques pages consacrées aux disciples du maître. Il montre la filiation foucaldienne chez le prophète badiousien Mehdi Belhadj Kacem mais aussi dans la revue Tiqqun et la prose de L’insurrection qui vient attribuée à Julien Coupat et à son « comité invisible ». Spécialistes d’une rhétorique obscure, tous ces rebelles sont en vérité toujours « dans l’air du temps ». Il s’agit d’une fausse radicalité, radicalité verbale et purement médiatique. Et effectivement les médias font ce qu’il faut pour assurer la promotion de ce genre de rébellion si nécessaire au bon fonctionnement du mode de production capitaliste. L’auteur narre l’impossibilité dans laquelle s’est trouvé Filippo La Porta de publier en Italie son Foucault : par deux fois son livre, après avoir été approuvé pour le comité éditorial s’est trouvé bloqué par les services marketing des maisons-mères des éditeurs auxquels il avait confié son manuscrit. Mais laissons le mot de la fin à l’auteur qui nous livre un savoureux exemple de la « foucaulâtrie » :

« Post-scriptum. La publication du dernier volume des cours de Foucault a donné lieu à de nouveaux déferlements d’idolâtrie. À cette occasion, les bornes du ridicule, et même de l’indécence, ont été franchies par un certain Stéphane Legrand dans le journal Le Monde. Ce disciple extatique présente en effet Foucault comme un martyr de la philosophie, qui faisait ses cours au Collège de France « dans une constante souffrance », tant « il jugeait pénibles » sa « position magistrale » et son statut d'intellectuel vedette. Il est vrai que « le dispositif était impitoyable ». Rendez-vous compte : « Foucault aura enseigné vingt-six heures par an (à l'exception de 1977) » ! Dans un « cadre privilégié », qui plus est ! Il ne fait aucun doute qu'être si bien installé « dans la plus prestigieuse institution universitaire de France » devait être une véritable torture pour « ce penseur des marges, de la folie et de la délinquance ». On se demande évidemment, s'il trouvait si pesante la condition « du professeur, qui ne peut que faire passer une tradition d'une conscience à l'autre, moyennant quelques émoluments — sans risque ni éclat », pourquoi il ne la quitta pas pour s'en aller mener une vie plus éclatante et plus risquée. Mais justement, précise Legrand, « telle fut peut-être sa manière d'être courageux : assumer jusqu'au bout une telle “contradiction performative”, ce type de parole dans laquelle le contenu de ce qui est dit est en contradiction avec la manière dont cela est dit, où le sujet qui parle est contesté, voire aboli, par la teneur de son propre discours : je vais vous enseigner pourquoi il faudrait enseigner autrement que je ne puis le faire ».
Je dois avouer que cette description de la Passion du philosophe, crucifié en public pendant ses vingt-six heures de cours annuelles, m'a arraché des larmes. C'est en tout cas une belle leçon de courage et de ténacité pour tous les exploités, les laissés-pour-compte, les désespérés de la vie, qui pourraient être tentés de se plaindre de leur sort : vous ne connaissez pas votre bonheur ! Imaginez la « constante souffrance » que vous éprouveriez si vous étiez professeur au Collège de France ! » (pp. 109/110


une meilleure présentation de ce qu'il y avait dans l'article sur Foucaul dans D'or et de Sable : http://anniceris.blogspot.com/2009/07/longevite-dune-imposture-michel.html
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PostPosted: 25 Apr 2010 16:01    Post subject: Reply with quote

Dans HANNAH ARENDT, MARX ET LE PROBLEME DU TRAVAIL, "le républicoin-coin" Denis Collin avait mis en lumière les limites et l'aspect quelque peu réactionnaire de La condition de l'homme moderne d'Arendt :

Quote:

[...]

Il y a aussi, semble-t-il, dans l’analyse de Arendt, une méconnaissance de la réalité de la production moderne, méconnaissance compréhensible car l’époque où elle écrit est celle de l’apogée du taylorisme et du « travail en miettes ». Cette méconnaissance repose aussi sur une des faiblesses majeures de la tentative de Hannah Arendt, à savoir la tentative d’écrire quelque chose de pertinent sur le travail comme condition de l’homme moderne sans s’appuyer sur des études empiriques. Ainsi, elle ne saisit pas l’essence du machinisme dans lequel elle ne voit qu’un accélérateur du travail, alors que le travailleur change de position à l’égard du procès de travail. Elle se contente de constater d’ailleurs que les robots ménagers travaillent moins bien qu’une bonne, ce qui est un point de vue assez étroit pour juger de l’évolution technique de notre siècle.

[...]

Une société de consommation ?

L’élimination de toute référence aux structures sociales conduit Arendt à passer de la critique du travail à la critique de la société de consommation. Si le monde moderne a réduit l’homme d’action et l’homme de métier au travailleur, l’animal laborans, c’est la destruction même du monde qui se profile à l’horizon, à travers le développement d’une société de consommation. Pour Arendt, « les loisirs de l’animal laborans ne sont consacrés qu’à la consommation, et, plus on lui laisse de temps, plus ses appétits deviennent exigeants, insatiables ». C’est pourquoi existe « la menace qu’éventuellement aucun objet du monde ne sera à l’abri de la consommation, de l’anéantissement par la consommation. » D’où provient cette menace ? La réponse de Arendt est d’une clarté terrifiante : « La désagréable vérité, c’est que la victoire que le monde moderne a remportée sur la nécessité est due à l’émancipation du travail, c’est-à-dire au fait que l’animal laborans a eu le droit d’occuper le domaine public. » Le caractère réactionnaire de ces propos saute aux yeux. Bien sûr, la société moderne n’est pas une société de consommation, elle reste une société dans laquelle la production tend toujours à se développer pour une consommation solvable beaucoup trop étroite : le développement d’une nouvelle misère dans les pays capitalistes les plus riches apporte un démenti cinglant aux thèses de Arendt. Sans parler de la misère endémique qui frappe des centaines de millions de personnes dans les pays les moins développés...


En parlant de Jorion... Le rapport entre la valeur et le prix (commenté par Voyer).

Sur Les habits neufs de l’Empire, dans le double numéro (36/37) de la revue Conjonctures :

Quote:
Présentation

Dans L’eau pour laver les carottes et H2O, on essaye de trouver ce qu’il y a de constructif dans la vision du « devenir abstrait du travail concret [1]» de Robert Kurz, non seulement parce qu’il est un habitué de Conjonctures mais parce qu’on croit que ses idées sont un complément et un garde-fou à celles d’Empire. Il est dommage que, dans son dernier livre [Les habits neufs de l’Empire], la hargne prenne une place si importante et donne souvent envie d’arrêter la lecture.

[1] Traité en détail dans le premier article de Kurz paru en français dans le numéro 25 de Conjonctures.


[PDF] L’eau pour laver les carottes et H2O par Ivan Maffezzini

[PDF] L'honneur perdu du travail par Robert Kurz
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PostPosted: 26 Apr 2010 10:40    Post subject: Reply with quote

Quote:
En parlant de Jorion... Le rapport entre la valeur et le prix (commenté par Voyer).


Dommage que pour en parvenir à une conclusion selon moi correcte (la valeur est une notion inutile, seul le prix est réel), Jorion cherche la figure tutélaire d'Aristote au lieu d'affirmer ses convictions, et fasse du référencement académique à l'appui d'une démonstration avant tout personnelle. Aristote n'est - en effet - pas pour grand'chose dans les conclusions de Jorion (Voyer semble s'en rendre compte), et on ne sait pas toujours ce qu'il s'approprie de ses références et ce qu'il ne fait que citer.
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Kobayashi



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PostPosted: 28 Apr 2010 11:13    Post subject: Reply with quote

Il existe tout un courant français qui tourne autour de la communisation, et qui est le seul courant français qui ait arrêté la référence positive avec l'ontologie du travail, ou l'idée de l'existence du " travail " dans les sociétés passées. Ce sont les " communisateurs ", autour des revues Meetings, Théorie Communiste, les éditions Senonevero, etc. Je connais pas vraiment les débats internes au sein de ce milieu théorique, ni vraiment la façon dont ils remettent en question le travail, c'est des courants qui se sont pas construits théoriquement à partir de débats internationaux sur le travail que je connais mieux (Meetings avait lu SDE, et avait renvoyé un numéro de juin 2008 - leur critique du " démocratisme radical " et de " l'alternativisme " me paraissent des pistes de réflexion intéressantes).

En mai 2010, les éditions Senonevero sortent ce qui semblent le livre de l'historien américain Michael Seidman (dont la revue conseilliste " Echanges et Mouvements " a publié un texte sous forme de brochure, il sembleraient que par la taille du livre, cette parution soit une version différente). Je ne l'ai évidemment pas lu, il va sortir, mais je me rappelle être resté sur ma faim à la lecture de la brochure précédente de Seidman, avec des amis on avait quand même l'impression qu'il parlait plus des résistances ouvrières à l'organisation rationnelle du travail, que d'attitudes " contre le travail ", même si le texte est très intéressant. Alors qu'en est-il là ? :

Michael Seidman, Les ouvriers contre le travail (348 p., Senonevero, 2010).

http://dndf.org/

cf, la brochure de Seidman sur " Echanges et Mouvements " : http://mondialisme.org/spip.php?rubrique39 (ainsi que d'autres textes sur le travail). Je suis depuis longtemps abonné à E et M, malgré le différent théorique avec les positions historiques de l'ultra-gauche, c'est quand même un bulletin où il y a quantité de matériaux bruts à partir desquels réfléchir, et une recension importante de pas mal de sorties de textes critiques. L'ouverture internationale de certains textes est aussi stimulante.
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