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La perspective de subsistance

 
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 01 Sep 2008 11:08    Post subject: La perspective de subsistance Reply with quote

Une traduction en français du livre The subsistance perspective de Maria Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen est disponible ici :

http://home.scarlet.be/ecofeminisme/pretexte.html

La perspective de subsistance est un courant de ce qu'on appelle l'écoféminisme.
C'est tout à fait pertinent pour nous pour qu'il me semble relier une critique écologiste qui ressemble beaucoup à la décroissance, une critique de l'économie qui se rapproche un peu de la sortie de l'économie, à une proposition globale qui est certainement sous une autre forme exactement celle du livre Bolo'bolo ("The subsistance perspective" est cité dans la préface).


Quote:
Principales caractéristiques d'un nouveau paradigme de subsistance

1. Comment le travail changerait-il?

* Il y aurait un changement dans la division sexuelle du travail. Les hommes effectueraient autant de travail gratuit que les femmes.
* Au lieu du travail salarié, un travail choisi indépendamment (self-determined), utile socialement et matériellement serait au centre de l'économie.
* La production de subsistance serait prioritaire par rapport à la production de marchandises.
* Aujourd'hui, la production de subsistance subsidie l'économie de marché (l'argent). Il faut renverser le système, en libérant (en décolonisant) la production de subsistance de sorte que le travail salarié et l'économie de marché (l'argent) subsidient la productivité sociale plus importante, la production de la vie.

2. Quelles sont les caractéristiques de la technologie de subsistance ?

* La technologie devrait être telle que ses effets puissent être "soignés" et réparés.

3. Quelles sont les caractéristiques "morales" de l'économie de subsistance ?

* L'économie respecte les limites de la nature.
* L'économie n'est qu'un sous-système de la société et pas l'inverse. Ceci demande des changements dans les relations économiques basés sur des calculs de coûts-bénéfices et la compétition.
* L'économie doit servir un système où la vie est centrale.
* C'est une économie régionale décentralisée.
* Le but de l'économie de subsistance est de soutenir la société de subsistance dans la production et la régénération de la vie sur la planète comme un tout.

4. En quoi le commerce mondial et les marchés seraient-ils différents?

* Les marchés locaux et régionaux serviraient les besoins locaux.
* La première fonction des marchés locaux serait de satisfaire les besoins de subsistance de chacun.
* Les marchés locaux préserveraient aussi la diversité des produits et résisteraient à l'homogénéisation culturelle.
* le commerce de longue distance ne servirait pas à rencontrer des besoins de subsistance.
* Le commerce ne détruirait pas la biodiversité.

5. Changements dans le concept de besoin et de suffisance

* Un nouveau concept de satisfaction de besoins doit être basé sur la satisfaction directe de tous les besoins humains et pas sur l'accumulation permanente de capital et de surplus matériels par toujours moins de gens.
* Une économie de subsistance requiert de nouveaux rapports de réciprocité entre les zones rurales et urbaines, entre producteurs et consommateurs, entre cultures, pays et régions.
* Le principe d'autonomie en ce qui concerne la sécurité alimentaire est fondamental dans une société de subsistance.
* L'important concept et la pratique de propriétés communautaires (commons) peut être revendiquée de nouveau pour résister à l'injustice liée à la privatisation et la commercialisation de la nature.
* L'argent serait un moyen de circulation mais cesserait d'être un moyen d'accumulation.


_________________
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 02 Sep 2008 9:34    Post subject: Reply with quote

A mon sens, la perspective de la sortie de l’économie est ici, dans ce The Subsistance Perspective, sur la crête d’être un mouvement de la crise de la valeur qui se généralise, le capital ayant de plus en plus de mal à se valoriser.

Le secteur informel, l’économie sociale et solidaire, et toutes les " alternatives " (communisation, entraide, perspective de subsistance où le travail salarié subsidie la " production de la vie "..., etc.), à mon sens, sont la " reprivatisation ", le " déchargement ", de toutes sortes d’activités que le capital n’arrive plus à agencer. Mais ce déchargement sur l’informel, ne signifie pas une hétérogénéité au développement automate de la société marchande, mais simplement le mouvement immanent, interstitiel et complémentaire au déploiement de crise de l’économie. Le secteur informel est le secteur par excellence, de crise de la valeur. C’est dans les zones de crise, décapitalisées et de catastrophes, qu’individuellement ou collectivement les gens (et les femmes notamment), sont chargées de la (sur)vie et assurent les réseaux d’auto-assistance et d’auto-organisation. C’est très clair pour prendre un exemple récent, dans le virage des institutions internationales qui prônent désormais le soutien à l’agriculture familiale de subsistance.

A mon sens, la difficulté fondamentale d’une perspective d’émancipation ne peut que se former que contre la logique de destruction et d’anéantissement du processus de crise de la valeur.

Je m’étonne (enfin pas trop non plus) des solutions proposées par Marie Mies dans The Subsistance Perspective.

- 1. Où est ici chez la critique de l’économie ? Je n’en vois pas personnellement le moindre signe, la moindre trace. On dirait le projet de J. Bové et des altermondialistes de la " souveraineté alimentaire ", l’idéologie de " l’économie des besoins utiles et relocalisés " des décroissants, ou encore celle de la fin de la vilaine accumulation et de " l’exploitation " de survaleur qui a entachée l’ensemble de la lutte des vendeurs de force de travail pour leur reconnaissane sociale au XIX et XX siècles. Au vu, de ce bref passage programmatique à faire frémir toute une colonne vertébrale, pas grand chose de nouveau, à mon sens.

- 2. Qu’est-ce que ce travail " utile socialement ", si c’est pas le travail " socialement nécessaire " qui est le fondement de la valeur… ? Je passe sur la simplicité volontaire de la dénonciation du " travail salarié " qui sent bon les années 1970 avec la simple dénonciation de la subordination juridique de l'ouvrier à son patron (éthos qui fonde la mentalité autogestionnaire), avec son pendant alternatif, le travail " libre ", " indépendant ", que l'on choisit. L’utilisation des mots " commerce ", " marchés locaux et régionaux ", " commerce de longue distance ", ne présupposent-ils pas encore l’économie dans toute sa splendeur : la comparaison impossible (mais forcée par Marie Mies et l’économie) des travaux réels ?

Quitter (supposément parce que là…) le monde objectif des " marchandises " (on ne sait d’ailleurs ce qu’est une " marchandise " par cette auteure, ça sent " le monde n’est pas une marchandise " à pleine moustache aveyronnaise…) pour le travail (" direct ", " utile ", " localisé "), ce n’est pas mettre hors jeu le règne de l’hétérogénéité qualitative et de l’incommunicabilité qui contredit l’échange, c’est le retrouver sous sa forme subjective originelle et irréductible. Le problème ontologique de la comparaison des travaux réels, est un vrai et sérieux problème (l’auteure n’en a manifestement jamais entendu parler). Dès qu’il devient effectif dans l’actualité d’une praxis individuelle, dès qu’il est accomplit par des individus différents les uns des autres, on ne peut soumettre le travail à une mesure commune. Les existences ne s’échangent pas, le travail réel ne s’échange pas, du fait à la fois de sa temporalité subjective et de son effectuation singulière. Ce qui est ressenti, ce qui ennuie n’est pas le même, dès que nous avons deux individus. Ainsi, le " temps " de leur activité n’est pas le même, pour prendre un exemple concret, lorsque l’un prendra appui sur le présent vivant de l’actualisation corporelle de l’action et tendra à se confondre avec elle, l’autre se projettera dans le futur de son interruption. La construction de l'échange se fait à partir de sa propre impossibilité : la substitution au travail réel (qui ne peut s'échanger), d'une entité autre que lui, susceptible de le représenter et de s'échanger à sa place. Pour s'échanger, le travail réel doit disposer d'un intermédiaire et prendre une forme différente de lui-même. Prendre une forme différente de soi-même, devenir autre, c'est là proprement s'aliéner. L'aliénation est la condition de possibilité de l'échange de travail et par conséquence des marchandises. L'aliénation est le concept fondalemental de l'économie, dans ce sens où c'est elle qui fonde l'économie, dans son invention comme dans sa généralisation. Cependant que le travail réel s'aliène à mon sens, cela veut dire une chose bien précise. Il ne s'aliène pas dans ce sens où il devient substantiellement autre, il ne change pas dans la réalité même de son effectuation et de son actualisation comme action, comme " je peux ". L'aliénation est une " abstraction ", dans ce sens où l'aliénation consiste comme substitution d'une idéalité (le travail abstrait ou social) à une réalité. Mais cette dernière l'abstraction la laisse s'échapper et elle subsiste intacte là où elle est. Cette idéalité, c'est le " travail abstrait " (ou social), un travail qui n'est plus l'effectuation et l'actualisation concrète d'une force, d'un " je peux ", dans ses contenus spécifiques de phénoménalité, mais un travail hypostasié, général, générique, universel, une entité morale et agissante en troisième personne volant au dessus des travaux concrets. C'est ce travail là, qui est la substance de la valeur. Tout le reste (survaleur, salaire, capital, valeur d'échange, monnaie, argent, marchandises, etc) ne sont que des cristallisations différents et transitoires de ce travail abstrait.

Où est le principe de circulation des existences (l’argent comme moyen de circulation…) chez Marie Mies, ailleurs que dans la substantialité de la valeur, qui est justement l’invention d’un travail abstrait, un travail social, qui soit une dépense générale, générique, universelle, utile socialement, socialement nécessaire, de muscles, de nerfs, d’efforts ? Un travail abstrait qui soit justement une mesure commune pour mesurer l’incommensurable, et permettre l’échange (l’utilisation de la monnaie ou pas n’est pas importante, elle n’est pas centrale, la monnaie n’est que la troisième forme de l’argent, qui lui-même n’est qu’une forme annexe, transitoire de la valeur, une critique de l’argent ou de la monnaie ne sont pas intéressants parce qu’ils ne sont que des formes et non des fondations)

En fait, peu importe les conditions sociales dans lesquelles le travail se produit, la condition sociale de ceux qui l’accomplissent, qu’il s’agisse du travail d’un artisan indépendant ou de celui d’un ouvrier d’usine, du travail d’un homme libre ou de celui d’un esclave, qu’il s’agisse du travail d’un gentil ouvrier ou celui d’un vilain patron, qu’il s’agisse de travail ou de surtravail, que le travail soit local, utile, direct, fluorescent, immatériel ou extraterrestre : c’est le travail abstrait ou social lui-même qui crée la valeur de ce qu’il produit. « La marchandise fabriquée par le capitaliste ne se distingue en rien de la marchandise fabriquée par un travailleur indépendant ou des communautés d’ouvriers ou d’esclaves » (Le Capital, II, 1-39-40)

- 3. Marie Mies dans sa vision d’une société future (mais qui est déjà la notre, la survaleur en plus), évite d’ailleurs de développer trop sur les principes de redistribution des « subsistances » (en fait, il faut comprendre avec les conditions de circulation qu’elle développe : des marchandises vitales, pour que les petits humains puissent enfin manger à leur faim). Mais tout cela a déjà été développé maintes fois. Quand l’argent ne sera plus qu’un gentil moyen de circulation, voilà la société économique parfaite, sans survaleur : la société communiste. La société où " le producteur reçoit… exactement ce qu’il lui a donné " (Marx). Une société marchande directe, une économie directe, sans exploitation, mais avec de la valeur partout ! Et Marx justement dans La Critique du programme de Gotha, finira par critiquer cette vision, en disant finalement que ce communisme (économie directe et égalitaire, sans survaleur), ne fait que déployer le principe de l’échange dans toute sa totalité. Alors que dans le capitalisme, l’économie ne donne pas au travailleur le véritable équivalent de son travail (à cause de la survaleur et le surtravail effectué), dans la gentille économie directe, utile, locale, « réencastrée dans la vie », au service de la production de la vie, etc., l’équivalence est parfaite sur le marché de la vente de la force de travail : je reçois ce que je donne (fini les intermédiaires, l’accumulation, etc.). L’équivalence est parfaite. La seule différence entre le communisme de l’économie directe (sans intermédiaires etc.) avec le capitalisme, c’est que le premier entreprend application effective du principe de l’échange, auquel le second contrevient. Le communisme est la société économique au plein déploiement de ses fondements. L’argent n’est en effet plus qu’un moyen : le moyen de l’aliénation économique en elle-même (qui n’a rien à voir avec l’aliénation de la division du travail qui est atrophie des pontentialités, ou celle de l’exploitation qui est un pompage de la force, un vol, etc.).

" Parce qu’il est le développement radical du principe de l’économie marchande au lieu d’en être, comme le capitalisme, une application fallacieuse, le communisme lui sert de révélateur, il est la forme pure, produite par le principe et dans lequel le principe apparaît tel qu’il est " (M. Henry).
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)


Last edited by Kobayashi on 02 Sep 2008 10:20; edited 2 times in total
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Djinn



Joined: 23 Aug 2007
Posts: 214
Location: St-Denis

PostPosted: 02 Sep 2008 10:04    Post subject: Reply with quote

Merci Clément de mettre en avant ces citations utiles.

D'accord avec tes remarques. Il est important de souligner les limites de l'ouvrage.

Mais il faut voir ce que les auteures avaient en tête, c'est-à-dire pas une critique théorique de l'économie-valeur, mais un plaidoyer pratique pour la sortie de l'aliénation au travail et au système marchand.

Ce sont deux approches différentes, qui se rejoignent chez certains, mais ne le font pas chez d'autres.
Chez les distributistes par exemple, le principe de juste rémunération est fondamental. Ils ne peuvent donc pas se passer d'une économie.
C'est leur opinion, que je ne partage pas.

Ca reste quand même intéressant.
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http://www.ecotheurgie.com
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Deun là
Guest





PostPosted: 02 Sep 2008 10:15    Post subject: Reply with quote

Oui il manque la critique de la valeur, une critique complète de l'économie là-dedans.
Mais il faut comprendre pourquoi. Et donc lire le livre plus avant.
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