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Critique du travail marginal (JP Baudet)

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 05 Sep 2008 19:59    Post subject: Critique du travail marginal (JP Baudet) Reply with quote

Quote:
Critique du travail marginal et de sa place dans l’économie spectaculaire


Jean-Pierre BAUDET

1

Depuis la naissance de l’économie politique, et à chaque étape de la progression du capitalisme, la notion de travail productif fut la définition particulière (et variable) successivement donnée par la classe possédante à la fois pour désigner, et pour transfigurer, le type de travail produisant son revenu d’exploiteur, et permettant la poursuite de l’accumulation de son capital.

2

Travail et travail productif devinrent identiques à mesure que l’opposition capital / travail s’accentuait, se purifiait, et que le salariat se généralisait face à une expropriation mondiale des travailleurs quant aux moyens de production. C’est dire, au-delà de ce qu’en avait pu connaître Marx empiriquement, mais en accord avec son analyse , le mouvement tendanciel de généralisation de ce travail.

3

L’apparente positivité signifiante du qualificatif de "productif" transcrit donc de façon mystifiante son caractère réellement négatif d’expropriation des producteurs. Le capital variable est jugé plus ou moins "productif" par le capital constant, le prolétariat par la bourgeoisie : le terme scelle l’oblitération de la division de la société en classes. Rien de plus conséquent pour des sujets mystifiés que d’imaginer utopiquement des sociétés sans classes avec "travail productif". Ils ont pris la productivité, qui est une relation sociale, et plus précisément une relation au capital, pour une qualité de l’objet.

4

Abandonner purement et simplement la formulation du terme "productif" ¾ sans être en soi condamnable ¾ ne revient cependant qu’à cacher la nécessité du choix du type de travail qu’une société révolutionnaire devra opérer. Si jusqu’à présent, c’était une classe qui choisissait le type de travail qu’elle imposait à l’autre classe, la société sans classes aura à définir sa position face au travail qui lui est légué, et donc à l’usage qu’elle va faire de ce legs qui lui est fait sous forme d’instruments de production et d’un niveau historique de "besoins". C’est ici que se produit véritablement l’Aufhebung du travail productif : suppression de l’extériorité de sa qualité productive, maintien, à un échelon supérieur, de cette productivité réintégrée au travail lui-même. En d’autres termes : si c’est le travailleur lui-même qui juge son travail "d’une manière désabusée" et qui en détermine le sens, il ne peut définir comme travail productif pour lui que le travail qui supprime le travail, seule attitude rationnelle à l’égard du travail, c.a.d. qui transforme sa propre réalité contrainte (économique) de travailleur en maîtrise effective sur l’économie. L’appropriation de la production par les producteurs n’est pas une formalité juridique comme l’achat d’une maison de campagne : c’est sa transformation réelle, c.a.d. réfléchie, son appropriation concrète, c.a.d. pensée. Nous distinguerons donc d’une domination formelle du prolétariat, que tous aujourd’hui suggèrent, sa domination réelle. Le prolétariat a bien droit, pour le moins, aux mêmes distinctions que le capital.

5

Le ridicule des nationalisations est tout entier compris dans cette question. C’est le non-sens réalisé de travailleurs travaillant pour un maître qu’ils ont cru supprimer, et qui persiste, occulté et consenti, plus "céleste" encore qu’auparavant.

6

Les efforts réalisés par les héritiers gauchistes de l’économie pour rendre aussi modestes que possible les exigences d’un prolétariat qu’ils voudraient enchaîner à ses "libérateurs", témoignent a contrario de la possibilité immédiate, matérielle, de prendre les mesures nécessaires et suffisantes pour amorcer de façon décisive et irréversible le renversement de perspective. Un usage enfin non restrictif de la recherche scientifique, fusionnant ainsi de façon organique avec la production elle-même libérée et enrichie, aux fins d’automatiser sans frein capitaliste (maintien forcé de la main d’œuvre comme source unique de plus-value et de profit) l’ensemble de la production, et de réduire au minimum le temps de travail mondial ; le choix toujours renouvelable des biens à produire ainsi ; la suppression instantanée des secteurs parasitaires servant exclusivement à la stricte reproduction formelle de la société capitaliste (bureaucraties privées et publiques ; industrie du spectacle ; production de gadgets rendus obligatoires par la publicité ; production de biens à usure rapide ; curés, pédagogues de tout acabit ; psychologues, socio-cybernéticiens et nivélateurs en tous genre ; police et armée ; personnel employé dans le recel de marchandises : vendeuses, gérants, représentants, gardiens ; marché de l’argent : banques, sociétés d’assurance, sécurité sociale), et la libre reconversion des individus ainsi délivrés d’un travail désormais défini comme improductif dans la production du reste, minimalisée quant à sa durée annuelle, et dans la reproduction élargie de ces conditions de production ; l’interdiction de gérer, sous quelque forme que ce soit, la vie d’autrui ; la création d’un organisme centralisateur pour l’équipement technique illimité des loisirs, qui s’étendent à la quasi-totalité du temps vécu ; en bref, et sans prétendre à une quelconque exhaustivité, ces quelques indications suffisent à illustrer le potentiel sémantique du terme "productif", une fois débarrassé du carcan de la séparation, et redevenu rationnel.

7

C’est dans un même mouvement que ce terme prendra tout son sens, et que son emploi aura été totalement libéré : il sera lui-même devenu productif. Tout usage qui en est fait sur d’autres bases que sur une production collective intégralement socialisée, i.e. renfermant le négatif à l’œuvre, avoue par là-même son caractère démagogique, et le rôle ouvertement contre-révolutionnaire de son auteur.

8

Nous pouvons déjà, sur la base d’expériences présentes, différencier le loisir équipé dont nous parlions à l’instant, du travail auto consenti, voire choisi, pratiqué à notre époque par certains, qui sont de plus en plus nombreux. Pour certains, tout cela semble identique, et aller de soi, mais il n’en est rien, rien n’est plus dissemblable, voire opposé. Dire simplement que le travail auto consenti l’est au nom d’un phantasme individuel, au même titre que le non choix subjectif d’un objet d’amour, reste une vérité banale si l’on ne considère pas en quoi le mécanisme de ce phantasme, sa structure même, procède du lieu économique lui-même, c.a.d. de la forme marchande particulière qui lui est propre. En effet, les vaticinations du désir individuel sont étroitement limitées à suivre la chaîne, non seulement de quelque signifiant, mais encore du chemin de Panurge que trace le rapport d’équivalence, et du Saint Graal de la valeur qu’il situe au bout de son propre développement. C’est d’ailleurs la coexistence simultanée, dans la réalité du marginal, des formes successives de la valeur dont Marx faisait l’analyse logique qui va finalement nous permettre d’y voir plus clair.

9

Lorsqu’on observe un marginal épris de son travail, il subsiste toujours un mystère renâclant à la compréhension économique, un élément in-sensé. Et c’est là, dans ce manque de sens (qui apparaît paradoxalement comme un surplus ou un excès de sens), tout le mystère du plaisir que le sujet y prend, lui qui, dans son esprit, construit cet objet d’amour en véritable au-delà, ou, s’il est franchement idiot, en en deçà de l’économie ¾ indiquant par là que si le mouvement de la pensée veut le suivre, elle doit passer en réalité à l’au-delà de l’économie, à la critique de l’économie politique.

10

La quasi-nécessité, pour un sujet qui cherche un travail à aimer, de se tourner vers des occupations le plus souvent archaïques, et campagnardes, signifie en clair qu’il y a corrélation entre l’amour du travail et les formes archaïques de la valeur, lesquelles se substituent à sa forme moderne. Dans cette valorisation du travail (par opposition à la valeur du produit, la marchandise) il faut reconnaître la décomposition subjective de la Loi marchande contemporaine, décomposition en tous points comparable à celle de la sexualité génitale dans la névrose, décrite par Freud comme permettant à ses ingrédients infantiles de remonter à la surface, d’occuper le terrain et d’imposer une "loi privée".
Le chemin de la régression marginale mène tout d’abord à la forme générale de la valeur, dépourvue d’équivalent monétaire (forme 3 chez Marx), celle où la Naturalform d’une marchandise unique est immédiatement Wertform de toutes les autres ; c’est ainsi qu’on entend les marginaux compter et évaluer leur nouvelle 2 CV en brebis, en lapins, ou en fromages, selon la forme concrète de leur servitude. Leur produit prend la place imaginaire de l’équivalent général, qu’il ravit à l’argent. Il devient, comme écrit Marx, "l’incarnation" de la valeur. Le marginal reconnaît volontiers que toutes les autres marchandises se confondent dans l’indigne obscurité de la plèbe marchande, de même qu’il admet que tous les autres travaux (notamment urbains) relèvent du travail social abstrait : mais sa propre activité, située du côté de l’équivalent général imaginaire, lui paraît libre et indépendante, planant au-dessus des autres comme le Saint Esprit au-dessus des eaux.
Mais cette régression ne suffit pas, car en elle, le marginal se heurte à la destination échangiste de son produit, qui est vécue comme un commencement de déchéance : or, il veut se retrouver seul avec sa chose, à l’écart du marché, créant les conditions d’intimité dans lesquelles il regarde l’animal qu’il élève au fond des yeux, dans une bacchanale de la reconnaissance réciproque . Il lui faut donc remonter plus en arrière, vers une forme 2 (forme totale ou développée de valeur) qui lui permet de tâter du troc ponctuel, où chaque marchandise raisonne pour elle-même, dans une absence de Loi apparemment encore plus forte. La déstabilisation économique du travailleur marginal fait alors un grand pas en avant, généralement fatal.
Las, cette structure présente l’inconvénient majeur d’une insupportable égalité entre les marchandises, aucune n’émergeant de la foule comme équivalent général, alors que le marginal assigne consciemment (c.a.d. illusoirement) à sa régression l’objectif de le distinguer de la misère contemporaine. Le marginal ne saurait donc prendre ses quartiers dans un contexte si peu hospitalier à son phantasme. Il ne lui reste plus, dans des bouffées délirantes de moins en moins épisodiques, qu’à rejoindre la forme 1 (forme simple de la valeur), où la valeur d’usage est plus que jamais, immédiatement, l’apparence même de la valeur. L’abstraction n’apparaît nulle part, au prix d’un soliloque marchand absolu. Bénéfice appréciable : comme la forme valeur semble identique avec la forme naturelle, le travail abstrait n’existe encore que virtuellement, par l’échange "primitif", et on peut aisément forclore tout ce qui s’est révélé dans les formes plus évoluées de la valeur. Par ce retour aux origines entièrement achevé, le travailleur marginal peut croire que contrairement à la Loi de la reconnaissance marchande, dans laquelle c’est l’Autre (l’équivalent général) qui exprime la valeur, la valeur provient tautologiquement de soi (de la forme valeur relative elle-même), c.a.d. du miracle du travail marginal. Dans ce thème, le lecteur attentif aura reconnu la parenté aisée avec la réhabilitation de la figure paternelle qui tourmente l’obsessionnel moderne, et qui débouche souvent sur une privatisation imaginaire de la loi.
C’est ici, enfin, la forme naturelle du travail, son caractère "concret" qui se constituera en image valorisée du sujet. Il devient enfin possible, en s’arrêtant à l’observation triviale, de ne voir chez soi que du "concret" qui suggère au sujet marginal un dépassement de l’économie (de l’abstraction) ¾ aussi n’est-ce pas par hasard que le vocable "concret" ponctue toutes ses phrases. En résumé, l’ensemble de ses régressions produit la réduction de "sa" marchandise à un objet, fétichisable, dépouillé de son caractère de rapport social (de sa place dans l’échange) et entièrement dévolu à la gloire de son producteur. Si nous voulons symboliser par le moyen de parenthèses appliquées à la formule donnée par Marx pour la circulation du capital-marchandise, le refoulement qui s’opère dans ce processus de fétichisation, nous pouvons écrire :
[ M’ – A’ - ] M ... P … M’.

Du fait simple de ce refoulement, en tous points identique à celui qui occulte la moitié d’une phrase, significative, dont l’autre moitié est ressassée par le sujet, ainsi que Freud l’avait démontré, le sujet ne voit plus dans un rapport social nécessaire que son bon vouloir, voire son "libre arbitre". Il a en effet refoulé le circuit précis de l’échange, c’est-à-dire la Loi, sans l’abolir ni la transformer.

11

Nous assistons nécessairement, chez de tels sujets, à une sacralisation éhontée de la matière, du tangible : c’est la rationalisation du fragment maintenu qui justifie la disparition de l’essentiel. C’est le résultat du refoulement de la Loi, la constitution d’un objet qui n’a qu’une vulgaire valeur d’échange en Valeur transcendante, et du sujet en Phallus.

12

Cette sacralisation de la matière qui s’accompagne d’un abandon total de la théorie (sur lequel nous reviendrons plus loin) n’est rien d’autre que le rejeton tardif du dégoûtant pragmatisme bourgeois, opposant toujours et partout sa niaise fierté d’exister en trois dimensions à une critique qui lui paraît nécessairement irréelle, irréalisable, insensée, informulable, "le règne social des apparences où aucune question centrale ne peut plus se poser ouvertement et honnêtement" . Le fétichisme dont nous venons d’établir la formule logique porte en lui-même la possibilité et la nécessité de son propre spectacle, qu’il convient de distinguer comme un moment particulier différent en tant que tel de l’usage spectaculaire que la société va en faire à son échelon global. Le spectacle "privé" se manifeste dans l’arrogance indiscutable avec laquelle le travail marginal se présente lui-même comme la référence, comme la forme équivalente particulière. Rien de plus humiliant pour l’homme que de se trouver confronté au vaniteux arrivisme social qui se cache dans le plaidoyer technique du marginal, aussi miséreux soit-il. Ce dernier essaie de placer autrui sur son terrain, de lui faire honte pour sa vie inacceptable, mais dans le sens stupide d’une rivalité imaginaire avec sa vie, admirable en tout point, comme une forme équivalente pré-monétaire. Pour qu’autrui comprenne qu’il n’a pas à se chercher dans ce concours stérile de l’autosatisfaction, pour qu’il comprenne la véritable dignité, la vérité de son insatisfaction, et pour qu’il revienne donc, en fait, à la pensée historique et au négatif, il lui faut un relatif effort de pensée, et, pour commencer, il lui faut réhabiliter la pensée.

13

Tout à l’inverse du travail marginal, le loisir équipé fonde son plaisir sur la possibilité de s’étendre socialement, donc sur l’échange, mais non-marchand, c.a.d. d’abord et avant tout de pouvoir communiquer et livrer au dialogue son sens, et, comme ce fut le cas dans l’art, de rendre le plaisir communicatif. En même temps, cette possibilité, et la qualité des personnes qu’elle va réunir, jugent la "valeur" de ce loisir, tandis que le travail marginal regroupe autour de lui, conformément à son fétichisme séparé de la technique, soit des individus idiots sur un point, qu’ils mettent en commun et qui les "socialise" sur sa base, imposant l’abstraction faite du reste, c.a.d. d’à peu près tout ; soit des individus intégralement idiots, qui sont là comme ils seraient ailleurs.

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Il faut aussi constater la parenté logique du projet stalinien, qui est un sauvetage pseudo-collectif du monde de l’économie, et du projet marginal, qui se définit, mais pseudo-individuellement, de la même manière. La haine féroce que le stalinisme a toujours nourri à propos de toute espèce de "phalanstère" (qui en retour se surestime pour cette haine) se soutient certes, comme il le dit, de son opposition à toute réalité individuelle ; mais en plus son agressivité se fonde dans la vision en miroir qu’il y trouve de sa propre image, l’identification du marginal au sujet barré de l’économie. Et finalement, l’existence du marginal montre au stalinien, ce qui est un comble, que l’on peut être stalinien sans Etat stalinien, et vouloir sauver l’économie en imbécile privé.

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Ainsi le mouvement marginal du retour au travail, qui se flatte même parfois d’être pro-situationniste, assimilant contre toute vraisemblance son travail à une situation, n’est-il simplement qu’une branche spécialisée de la contre-révolution semi-préventive que se déroule sous nos yeux. C’est ce qui explique aussi son enthousiasme pour tous les folklores régionalistes, de même que son adhésion à tout archaïsme, depuis le communisme primitif jusqu’au patriarcat néo-biblique.

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Si son existence est sur le plan strictement économique un secteur quasi-parasitaire pour le capital, puisqu’il rejoint et regonfle à tout instant la classe des petits entrepreneurs dont la liquidation fait partie du rôle positivement révolutionnaire du capital, elle représente pourtant un bénéfice multiple pour ce dernier : et c’est sa véritable détermination globale qui se joue au-delà de l’économie marchande proprement dite et aussi de son spectacle privé, ou interne, sur le terrain par lui forclos du spectacle total, qui "est la principale production de la société actuelle" .
Le travail marginal, aussi bien dans sa reprise par les médias que dans son idéologie à usage interne, nourrit l’illusion de la libre entreprise à l’époque de son dépassement intégral par les multinationales, et garde intactes toutes les ataviques propensions au pionniérisme ; il sert de secteur pilote expérimental pour la création et le lancement de marchandises marginales produites industriellement une fois implantée leur image publicitaire ainsi rehaussée, et livre au consommateur le spectacle de la santé, de l’écologie, de la liberté, voire de la révolution (le spectacle officiel montre partout cette réévaluation passéiste du travail comme la véritable issue à notre monde, laissant au spectateur le choix d’opter pour ou contre, et l’abandonnant donc, non sans ruse, à la fascination et à l’hésitation, ambivalence paralysante). Les "petits jeunes bien courageux" auxquels le quidam réserve sa sympathie et son mépris, prennent, dans le fait de tenir allègrement ce rôle de la fausse contestation, le relais du "mouvement étudiant" ; il permet au cadre d’abandonner pendant ses vacances le Cameroun pour les Vosges, et d’aller recycler son idéologie du bonheur auprès d’un ermite inconditionnellement heureux de voir arriver quelqu’un, et de surcroît un admirateur ; un gouvernement de gauche créera des subventions spéciales pour ces petites entreprises du spectacle si utiles, en application de son vieil adage : "l’aliénation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes". De même qu’Elisabeth II d’Angleterre a nommé les Beatles Chevaliers de l’Ordre de la Jarretière, ces courageux jeunes, ou moins jeunes, auront bien mérité de la "revalorisation du travail manuel".

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On nous répondra que certains des traits que nous venons d’évoquer concernent aussi bien tel employé urbain. C’est tout à fait exact : et notre analyse ne prétend montrer rien d’autre que ceci ¾ le travail marginal fonctionne comme le modèle idéal, comme l’achèvement des tendances contre-révolutionnaires présentes n’existant que comme pure velléité spectaculaire désarmée chez n’importe quel professeur moderniste, artiste maoïste ou animateur culturel analphabète. Il est le modèle idéal parce qu’il en est l’achèvement matériel. L’idéal a rejoint le matériel d’une façon très particulière, et c’est ce qui fait la force non négligeable d’erreurs pourtant si grossières : l’idéal s’est matérialisé, prétend à la dignité de la "matière", qui se croit dépourvue de "subtilités métaphysiques et d’arguties théologiques", et déclenche l’admiration de ceux qui ne "font qu’en parler". L’auto-avènement du travail sur le socle de telles trivialités s’accompagne bien entendu d’un complet désintérêt pour les avatars de la théorie révolutionnaire de notre époque. Le raisonnement qui entérine le travail marginal se montre finalement identique à celui tenu par sa version terrestre, le cadre urbain. Ce dernier, plongé dans la servitude, répond à toute critique théorique qu’il "faut d’abord faire quelque chose dans la vie active", avant de critiquer ou, mieux encore, au lieu de critiquer. Le marginal construit le même piteux paradigme, à ceci près qu’il en a davantage les moyens, du fond de sa pseudo-liberté où l’air pollué des villes est remplacé par l’encens du fumier, et la gestion d’un capital par la traite des vaches. Autre différence superficielle, le cadre reproche à la critique son manque d’instruction spécialisée, le marginal en revanche d’être trop instruite. Pour finir, le marginal tombe, quel qu’il soit, dans la suprême bêtise hystérique qui consiste à reprocher au monde marchand d’être "trop intelligent". Très vaguement, le marginal s’aperçoit que dans son ensemble, la société a produit un savoir colossal, mais sans emploi, et c’est à l’existence de ce savoir, et non à son absence d’emploi, qu’il attribue tous ses maux. Il se définit donc objectivement et subjectivement comme en dessous de tout : non seulement des possibilités de son temps, mais même de ce que ce temps a réalisé, et qu’il faut déjà dépasser. Par rapport au legs de la société de classes, il a fait un tri qui le décrit : il a jeté par-dessus bord Hegel, Marx, la théorie, le jeu et le dialogue ; et il a conservé l’amour du travail, l’incapacité d’affiner sa parole et sa pensée ; la crainte tenace de toute subtilité, et une intelligence moyenne guère supérieure à celle de Mao tsé toung, qu’il n’aime pas en tant qu’homme d’Etat, mais dont il réalise à tout instant le fameux programme de rééducation des intellectuels par le labeur agricole , quand il ne le remplace pas par quelque réminiscence fétide des "ensembles pratiques" qui n’ont jamais existé que dans l’imaginaire d’un célèbre idiot abonné, lui aussi, à des "situations" du type Gallimard.

18

Le lien évoqué entre l’idéal et sa matérialisation permet d’avancer que le travail marginal est une forme de religiosité, et sans doute la dernière. Après de longues errances, le ciel est revenu sur terre, avouant par la pauvreté de ce retour que "son mandat est épuisé".

19

Certaines personnes se reconnaîtront dans ce portrait, et ce ne sera pas par hasard. D’autres ne s’y reconnaîtront pas, et ceci pourrait bien se montrer aussi peu fortuit.

20

Le principal défaut de l’attitude ici décrite est de se déterminer, en ceci encore marginale du cadre, à partir d’une vision spectaculaire de la critique : les différents modes de vie sont recensés, comparés, différenciés comme autant de rôles, d’images, parmi lesquels celui, recherché, qui "personnifie" la critique comme une recette de Brillat-Savarin personnifiait un sentiment, mais avec moins de goût, et selon des critères relevant tant de l’idéologie collective que de la névrose personnelle. La critique de l’aliénation a cédé sa place à la chasse au rôle, qui est son contraire.

21

Au contraire la différenciation réellement critique des modes de vie n’a, d’abord, aucune particularité présente à ériger en idéal, et n’a qu’un critère universel, celui qui les résume sans les appauvrir, et qui donc en livre le résultat véritablement concret : les capacités théoriques que chaque vie suscite, permet, favorise ou entrave individuellement. Car tout mode de vie, contrairement à un classement sociologique vulgaire, doit contenir, du point de vue d’une analyse historique, la possibilité de la distanciation et du négatif, seuls garants du caractère vivant d’un sujet sorti du caractère forcément apologétique du hic et nunc, et du rapport à la vérité dialectique dont le sujet est capable dans sa pensée. Le caractère réfléchi (reflektiert, chez Hegel) demeure le seul aboutissement estimable. La pratique s’envisage à partir de là ; sinon, elle est du travail. Aucune technique ne remplacera la théorie dans le mouvement révolutionnaire, nul instrument ne remplacera le cerveau, et le cerveau n’est pas, comme l’on sait, un instrument.

22

De même qu’un jour, devant des masses qui l’ignorent, le militant restera "stupide avec sa faucille entre le marteau et l’enclume, remâchant amèrement ses bribes d’orthodoxie sans emploi et même sans prestige dans une telle époque" , le travailleur marginal, qui s’attendait à voir accourir plein de monde vers sa charrue et ses bœufs pour l’admirer en train d’oeuvrer, restera aussi interloqué que les personnages de l’Angélus de Millet devant un carillon remplacé par les chœurs jubilatoires du Veni Creator Spiritus, lorsque les foules se précipiteront dans l’oisiveté, le bavardage et la synthèse sauvage entre l’amour et la théorie enfin réunis. Ce n’est plus de son monde.

23

L’IS disait : "le cadre, c’est le plouc". Mais le plouc, à présent, c’est aussi le cadre. Formule lapidaire pour résumer le faux dépassement de la différence ville / campagne.

24

Nous avons confronté le Travail Marginal au mouvement historique du travail productif, puis analysé la possibilité subjective de la régression marginale à l’intérieur de la forme marchande actuelle ; nous y avons trouvé fondées les idéologies marginales de la matière (spectacle interne) ainsi que celles reliées au rôle social objectif joué par le marginalisme dans la société (spectacle externe, ou total) ; puis s’est établi l’analogie structurelle entre le plouc et le cadre, comme terrain social propice à ce transfert d’idéologie ; il reste à examiner la manière dont le marginal proscrit la théorie, jetant les fondements d’une contre-révolution qui dépasse de loin sa sphère.

25

Pourquoi le travail marginal rend-il nécessairement impossible toute activité théorique ? Parce que le travail vient au sujet marginal au lieu de la théorie. Il est cet objet sensible quoique suprasensible qui va de lui-même penser, marcher sur sa tête, les pieds en l’air, l’idéologie qu’il produit n’est pas une activité subsidiaire ou marginale, elle est, malgré son apparence régressive, le cœur même de l’irrationalité moderne, et le signe omniprésent qui démontre que l’archaïsme technique a été importé, et qu’il s’est adapté au spectacle moderne.

26

Il n’est pas besoin d’être aliéniste pour observer que des sujets peuvent changer en un clin d’œil de "personnalité". Il suffit d’assister à la révolution de palais mentale, au putsch psychique, que provoque l’accès du sujet au travail marginal. Ce qui, hier, lui était détestable aujourd’hui justifie son existence. Ses mots sont recyclés en bloc, par là amplement confirmés dans leur flottaison libre de signifiants constitutifs de son désir mais sans point de capiton fixe ou définitif avec le réel. Auparavant, il semblait s’agir des Conseils Ouvriers, et de la Raison Dialectique ; à présent, les mêmes structures syntaxiques, usées jusqu’à l’os, font l’apologie de la matière, expriment l’extase incessante devant ce miracle ineffable qui fait d’un caillou un caillou, d’une vache une vache, de chaque réalité une tautologie, et, comme dirait Schreber, des vestibules du ciel les vestibules du ciel. Mais le phénomène le plus passionnant dans ce domaine reste l’occasion d’observer la généralisation exhaustive de l’aliénation. En effet, il est parfaitement utopique d’imaginer un marginal s’aliénant tant d’heures dans son travail, puis se livrant l’autre moitié de la journée à des activités plus humaines, voire théoriques. C’est pourtant, dans ce milieu, l’illusion qui a toujours attiré les indécis, mais c’est elle aussi qui pour finir a fait tous les frustrés. Car pour déboucher sur ce partage, le marginal devrait précisément considérer sa portion de travail comme une aliénation. Or, bien au contraire, elle est sa véritable passion (le refoulement relevé au § 10 se transforme en forclusion dès que le travail réel rejoint le phantasme et le "réalise") ; la journée sera sa journée, la nuit sera sa nuit, c’est elle qui vivra à travers les hommes et les femmes, jetant l’anathème et l’excommunication sur toute autre activité, paresse ou rêverie qui lui apparaît, et pour cause, en ennemi.

27

Jusque dans le moindre recoin de la "vie privée", le marginal voudra être perçu, et aimé, ou admiré, pour sa fonction de travailleur marginal. C’est même cette ruine accélérée de sa "vie privée" qu’il fêtera partout, joyeusement, comme son dépassement. Le marginal croit avoir échappé à l’aliénation du consommateur qui lui était effectivement devenue sensible, en se plongeant dans celle du producteur. Il est de ceux qui oublient l’origine de ce déplacement quant à leur propre personne : et que souvent, avant de s’aimer eux-mêmes en tant que producteur de rhubarbe, ils s’aimaient comme consommateur de rhubarbe, et discutaient, dans tel ou tel "collectif bouffe", des qualités métaphysiques interminables qu’ils cherchent toujours, comme les culs-terreux de l’esprit qu’ils sont, dans les choses. C’est même cette réification extrême, atteignant la religiosité la plus reculée, dont ils se vantent en parlant de leur "sens pratique", de leur "matérialisme" quotidien. Or : "c’est par la contrainte qu’il faut orienter l’œil de l’esprit vers l’ici-bas, et l’y maintenir ; et il a fallu beaucoup de temps pour faire pénétrer par le travail dans l’opacité et le flou qui caractérisaient le sens de l’ici-bas cette clarté qui n’appartenait qu’au seul au-delà de ce monde ; et pour rendre intéressante et valable l’attention à l’égard de notre actualité, que l’on a appelée l’expérience. Maintenant c’est la nécessité du contraire qui se fait ressentir, les sens ont tellement pris racine dans le terrestre, qu’il faut tout autant de violence pour les élever. L’esprit se montre d’une telle pauvreté qu’il ne semble, à l’image du randonneur solitaire qui en plein désert ne recherche qu’une seule gorgée d’eau, plus désirer qu’un sentiment hâtif du divin, et s’en satisfaire pleinement. A ce dont un esprit se satisfait se reconnaît l’étendue de sa perte" .

28

Parmi les premiers, l’IS avait reconnu dans la consommation la drogue qui fait passer la production, ce catalogue d’images dans lequel le producteur, bafoué, humilié et anéanti dans son travail, se voit par la magie de l’argent revalorisé, estimé, comme lavé du mépris. Le travail marginal s’établit comme une image de la libération d’avec la consommation, le changement prenant néanmoins pour pivot quelques marchandises vedettes (c.a.d. marginales) ; il est donc l’illusion qui s’était séparée du travail et édifiée en empire indépendant revenue sur le travail, qui cueille dans l’infatuation imaginaire marginale les fruits de ce détour. Le travail a alors clos son périple : il croit être devenu honorable.

29

L’histoire de cette séparation produisant ses pseudo-dépassements est le tracé le long duquel les identifications des sujets migrent, et se fixent. Leur identité se cherche dans la partie du procès total de circulation marchande qui est mise en avant par le moment particulier de l’histoire, toujours dans le respect de l’hémiplégie structurelle de l’ensemble.

30

Le caractère fragmentaire de l’identification condamne le sujet à une simple fonction. Celle-ci peut alterner dans le temps, ou envahir la totalité de sa vie quotidienne : mais elle reste un fragment, quoi qu’il advienne. Ce caractère fragmentaire et figé de la fonction est ce qui interdit toute pensée vivante, et libre.

31

De temps en temps, par quelque éclaircissement soudain, le marginal prendra conscience de l’aliénation qui le possède ; mais cette conscience ne dépassera jamais le niveau de constatation économiste que telle conjoncture fâcheuse le force à travailler quinze heures par jour. C’est là en effet le charme séduisant de la petite "libre" entreprise, ce regroupement économique matériellement incapable de se constituer en classe et où chacun souffre dans son coin de sa fatalité. Verra-t-on un jour naître des syndicats d’agriculteurs marginaux ? C’est tout ce dont ils sont capables.

32

Finalement, le marginal ne fera pas de théorie tout simplement parce qu’il n’a rien à théoriser. A l’époque où le monde produisait comme lui, la théorie ne pouvait pas encore exister. Il n’a ni perspectives de dépassement, ni conditions modernes d’aliénation collective, ni objet de dialogue, ni sujets pour dialoguer. Chaque fois que le mot "théorie" se sera fait trop rare pour passer encore inaperçu et que son absence même se fera ainsi sentir positivement, le marginal le ressuscitera tristement en parlant de "théoriser sa pratique" ¾ à une époque où un sujet de philo du bac demande "faut-il travailler pour vivre ?".

33

Le travail marginal est la vérification expérimentale involontaire qu’aucune véritable pratique ne peut survivre à la disparition de la théorie.

34

Pour réintégrer épisodiquement la communauté humaine qu’il avait quittée pour trouver mieux, notre marginal aura deux possibilités aussi misérables l’une que l’autre : retourner à l’aliénation moderne (mais ceci est effectivement d’une difficulté extrême, après la restructuration marginale de sa personnalité) ; ou bien chercher à imposer son archaïsme, qu’il considère sans hésiter comme le nec plus ultra qui doit passionner tout le monde, et tenir partout un monologue ininterrompu que les gens écoutent comme ils écoutent à la télévision un reportage sur les réducteurs de têtes en Amazonie (certains voient ici la base pour le goût que le marginal peut trouver à l’ethnologie ; et ce serait par simple narcissisme). Comiquement, il arrivera au marginal de se plaindre de cette incompréhension, et de penser que les gens ont été atrophiés quant à leur écoute par le spectacle. C’est aussi ce que disent les nouvelles pièces de théâtre avec participation active des spectateurs, ou, plus simplement encore, les Témoins de Jéhovah.

35

Le problème qui se pose donc au marginal, après la longue et pénible résolution de toutes les questions relatives à sa simple survie, c’est de prendre appui sur son arriération locale, sur sa séparation ancien style, pour fonder une unité. Là il retrouve, en plus de son aliénation spécifique, les conditions modernes inchangées qui "réunissent le séparé en tant que séparé". Et son "unité" apparaît alors comme un simple fragment de la séparation générale, s’acharnant vainement à la nier.

36

Le marginal s’est en effet remis en tout point au jugement prononcé par l’aliénation économique elle-même, qu’il avait cru pouvoir apprivoiser. Sa promotion éventuelle est égale au progrès de sa soumission matérielle et mentale. Son aliénation objective n’est pas moindre que celle d’autrui ; mais son aliénation subjective est supérieure à celle de la plupart de ses contemporains.

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L’idée vient très vite au marginal de parer à ces inconvénients en multipliant le nombre de ses collaborateurs, en agrandissant son milieu, pour tromper le caractère solitaire de sa condition. Mais, de même que l’accumulation de marchandises ne reproduit que "la privation devenue plus riche", cette tentative avorte pour avoir assimilé à la réalité concrète de la société une somme d’individus (baptisée "communauté") regroupés sur un mode de vie qui en tout point date. Quoi qu’il fasse, sa tentative s’avère simultanément une régression (historique) et un rétrécissement (spatial) : et tout essai de progression ou d’élargissement ne reproduit que ses stricts contraires quantitativement (c’est-à-dire apparemment) niés, mais qualitativement maintenus.

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D’ailleurs, la décision de s’adonner au travail marginal apparaît presque toujours comme une réaction ultime par rapport à la vie de quelqu’un, ou un aveu de reddition, et vérifie par là, biographiquement, tout ce que nous venons d’en dire.

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A l’intérieur du désespoir qui fait le fond du silence marginal, il reste une idée motrice, encore plus éculée que les autres, mais sur laquelle on se rabat en dernière instance. C’est celle de la "liberté de l’entrepreneur". Le petit entrepreneur n’aurait pas de patron, il serait son propre patron, etc. Autant de mots qu’il faut prendre à la lettre : ce schizophrène est effectivement son propre patron. Il croit être l’esclave sans autre maître que lui-même, en oubliant que dans le monde de l’économie, le maître n’est lui-même qu’une personnification anonyme du capital, une fonction d’apparence humaine, et donc le représentant servile des lois du marché.

40

Ce n’est donc pas vraiment la liberté que le marginal recherche à travers la fonction artisanale, mais simplement la discrétion de l’aliénation, sa réalité pas encore devenue visible. La servitude est le deus absconditus, et participe sous la forme du Travail Marginal à la dévaluation des maîtres dont Nietzsche a si bien résumé la généalogie, et elle y participe comme son terme ultime : "la question du nihilisme ¾ „ pour quoi ?” ¾ table sur l’habitude que le but est donné de l’extérieur ¾ par quelque autorité surhumaine. Maintenant que l’on a appris à ne plus y croire, la vieille habitude nous pousse cependant à la recherche d’une autre autorité, qui parlerait de façon nécessaire, et donnerait l’ordre de poursuivre tel but et tel devoir. C’est l’autorité de la conscience qui apparaît au premier plan comme ersatz d’une autorité personnelle (à mesure qu’elle s’émancipe de la théologie, la morale devient impérative). Ou l’autorité de la raison. Ou celle de l’instinct social (le troupeau). Ou encore l’Histoire avec son Esprit immanent, qui porte son but en elle et à laquelle on peut s’abandonner. On voudrait se passer de la volonté, de vouloir un but, du risque, de se donner ce but soi-même ; on voudrait se débarrasser de la responsabilité (on accepterait le fatalisme)…".


Le 17 juin 1976

Jean-Pierre Baudet

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1. Karl Marx, Théories sur la plus-value, Livre 1, Chapitre 4, et annexes (Productivité du capital. Travail productif et improductif).
2. Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre I, § 3, La forme valeur ou la valeur d’échange.
3. "Papageno, Papagena", pourrait-on ajouter, si l’on ne rougissait pas de prostituer la grâce mozartienne.
4. Guy Debord, La société du spectacle.
5. Guy Debord, La société du spectacle.
6. C’est l’étape suivante dans le cursus honorum de ceux qui se livrent au slalom des imbécillités de gauche. 1) Militer dans un groupuscule stalinien ou curé (époque du bac, ou juste après). 2) Faire une petite crise passagère d’anti-autoritarisme mâtiné de conseillisme (jusqu’à la Licence). 3) Créer une communauté ou un ermitage. Pour l’âge plus avancé on prévoit déjà la rédaction de ses mémoires (doctorat). Comme on a fait un peu de théorie dans la phase 1, on passe sa vie à la fuir parce qu’on lui a, et à juste titre, trouvé une sale gueule. On lâche donc la théorie, mais on garde la sale gueule ; les vieux clichés philosophico-militaristes ressortent à l’occasion. Et la haine de la théorie repose douillettement sur la croyance qu’il n’y a pas de théorie en-dehors d’une secte ; et donc, inévitablement, qu’il y a une théorie dans une secte. Le dépassement du vieux monde est assimilé à son existence, son existence est assimilée à son dépassement : c’est l’inversion idéologique qui contient toutes les autres.
7. Seulement les marginaux ne sont guère intellectuels, et il n’y a presque plus de campagne : les termes de l’équation sont frelatés, et il n’en reste que la pure volonté de répression pédagogique.
8. Jaime Semprun, La guerre sociale au Portugal.
9. Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La phénoménologie de l’esprit.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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economiste
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PostPosted: 07 Sep 2008 23:31    Post subject: Reply with quote

Texte intéressant. Son principal défaut est de dater de 1976 Clin d'oeil
Il y a des agriculteurs/paysans qui se sont installés depuis cet époque et qui :
1 s'en sont très bien sortis économiquement
2 ne cherche pas à pousser leur VA au maximum

J'ai l'impression que ta connaissance de la campagne reste assez "livresque"Question
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PostPosted: 08 Sep 2008 13:54    Post subject: Reply with quote

La critique est justifiée, mais le ton insupportablement péremptoire peut faire oublier la faiblesse des propositions et de l'alternative que l'auteur a en tête :

Quote:
Un usage enfin non restrictif de la recherche scientifique, fusionnant ainsi de façon organique avec la production elle-même libérée et enrichie, aux fins d’automatiser sans frein capitaliste (maintien forcé de la main d’œuvre comme source unique de plus-value et de profit) l’ensemble de la production, et de réduire au minimum le temps de travail mondial ; le choix toujours renouvelable des biens à produire ainsi ; la suppression instantanée des secteurs parasitaires servant exclusivement à la stricte reproduction formelle de la société capitaliste (...) et la libre reconversion des individus ainsi délivrés d’un travail désormais défini comme improductif dans la production du reste, minimalisée quant à sa durée annuelle, et dans la reproduction élargie de ces conditions de production ; l’interdiction de gérer, sous quelque forme que ce soit, la vie d’autrui ; la création d’un organisme centralisateur pour l’équipement technique illimité des loisirs, qui s’étendent à la quasi-totalité du temps vécu ; en bref, et sans prétendre à une quelconque exhaustivité, ces quelques indications suffisent à illustrer le potentiel sémantique du terme "productif", une fois débarrassé du carcan de la séparation, et redevenu rationnel.


Ca va être difficile d'interdire de "gérer, sous quelque forme que ce soit, la vie d’autrui" tout en disant que Tout usage qui en est fait sur d’autres bases que sur une production collective intégralement socialisée, i.e. renfermant le négatif à l’œuvre, avoue par là-même son caractère démagogique, et le rôle ouvertement contre-révolutionnaire de son auteur. .
Deun
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PostPosted: 08 Sep 2008 15:59    Post subject: Reply with quote

economiste wrote:
Texte intéressant. Son principal défaut est de dater de 1976 Clin d'oeil


Ici il y a un commentaire de l'auteur de son propre texte, commentaire qui date de 2002 :
http://www.geocities.com/nemesisite/travailmarginal.html.htm
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Kercoz



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Location: bordeaux

PostPosted: 01 Jan 2009 18:01    Post subject: Reply with quote

On sent pointer parfois qd il se lache une agressivité effrayante . ce type a un problème ! :
""""la création d’un organisme centralisateur pour l’équipement technique illimité des loisirs, qui s’étendent à la quasi-totalité du temps vécu ;"""

N'importe quoi, il nous réinvente Dysneyland .
Un des points qu'il évite c'est le racourcissement des circuits de production/consommation. La marginalité avec autarcie partielle , meme faible, permet d'échapper aisément a un temps de travail aliénant (disons 50%). Produire sa nourriture, entretenir sois meme son environnement, et surtout choisir son lieu de vie , permet de réduire fortement les contraintes/vols du système sur ses finances .
Quand a produire un surplus pour financer ce qui ne se peut faire sois meme et l'impot , c'est un autre problème qui ressemble rarement au délire qu'il décrit. C'etait d'ailleurs la règle commune pour les 3/4 de la population jusqu'en 1950/60.
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