forum.decroissance.info » Forum Index forum.decroissance.info »
Lieu d'échanges autour de la décroissance
 
 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

Analyses de la crise [textes].
Goto page Previous  1, 2, 3, 4  Next
 
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ?
View previous topic :: View next topic  
Author Message
Ajhasse



Joined: 15 Jun 2008
Posts: 484
Location: Campagne profonde

PostPosted: 17 Oct 2008 23:32    Post subject: Reply with quote

Oui, c'est un bon constat de l'état actuel des choses.
Mais on en est là parce qu'on a été programmés pour y arriver !
rares sont les réfractaires comme nous sur lesquels ça n'a pas pris !
Peut-être que dans le fond, cette crise est une bénédiction qui va leur faire ouvrir les yeux, réfléchir au bon sens à adopter dare dare, sinon...c'est l'apocalypse...
_________________
«La survie de la planète et le bien-être de ceux qui la peuplent, hommes et bêtes, passent par des actions courageuses qui ne viendront pas d'en haut, comme on le croit généralement.»Philippe DESBROSSES
Back to top
View user's profile Send private message
Guest






PostPosted: 18 Oct 2008 11:26    Post subject: Reply with quote

Nous sommes d'accord.
Back to top
Guest






PostPosted: 20 Oct 2008 17:02    Post subject: Reply with quote

La crise n'est pas 1 bénédiction,en tout cas pas celle là,ces gros porcs de financiers qui se sont engraissés des années coulent et c'est l'etat qui vient à la rescousse en injectant des sommes enormes pour que le systeme capitaliste soit sauvé: l'etat est aux pieds des financiers, tout le monde ferme sa geule.. cette crise c'est l'apogée du capitalisme mdr
Back to top
Guest






PostPosted: 23 Oct 2008 10:52    Post subject: Reply with quote

Mais on sait depuis Marx & Engels que le Capitalisme, c'est la crise permanente.
"tous les rapports sociaux figés et couverts de rouille, avec leur crtège d'idées antiques et vénérables se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier; tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée et tout ce qui était sacré est profané". (Marx)
"Marx avait parfaitement saisi cette dimension majeure du libéralisme moderne lorsqu'il écrivait que la bourgeoisie, à la différence de toutes les classes dominantes antérieures, ne pouvait pas exister "sans révolutionner constamment l'ensemble des rapports sociaux" (Michéa, La double pensée - retour sur la question libérale, p.115)

La "Révolution permanente" vantée par l'idéalisme trotskiste (qui est à Marx ce que Judas est à Jésus) a trouvé sa réalisation concrète dans le Capitalisme de consommation: appel constant à "détruire les archaïsmes" au nom d'un "Progrès des moeurs" qui n'est que le versant culturel du Progrès économique vanté par les Capitalistes.

Voilà comment, de crises économiques en phénomènes de sociétés (de réformes "de droite" en réformes "de gauche"), les hémiplégiques d'un bord comme de l'autre nous mènent toujours plus loin vers la destruction anthropologique. Dans ce contexte, toute crise économique est l'occasion de remettre en selle un Capital qui s'essouffle, toute crise de société est l'occasion de remettre en selle un modernisme prédateur qui semblait s'essouffler. Un pas à gauche, un pas à droite, c'est deux pas de plus vers la destruction de toute communauté humaine vivable. Et il n'y a que la Crise qui puisse faire qu'un malade prenne son poison pour son remède.
On touche là, d'ailleurs, aux limites de la "pédagogie des catastrophes" développées par Latouche. Les catastrophes ont le plus souvent des conséquences catastrophiques, comme le dit justement de Benoist.
Back to top
ktche



Joined: 15 Jun 2004
Posts: 1383

PostPosted: 29 Oct 2008 16:41    Post subject: Reply with quote

La crise est-elle financière, ou même "économique" ?

A marche forcée (De Defensa)
Back to top
View user's profile Send private message
sylva



Joined: 18 May 2007
Posts: 228

PostPosted: 29 Oct 2008 17:02    Post subject: Reply with quote

Ajhasse wrote:

Jusqu'à voir ces genre de phrases assez bizarres...
Quote:

Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité.

ça, c'est parce que c'est le journal "le monde", lu pl^tôt par des intellos qui aiment se gargariser de phrases très compliquées, ce qui les distingue, pensent-ils, de la France d'en bas...
Enfin, c'est mon ressenti...


c'est vrai qu'ici, sur ce forum, il n'y a pas d'intellos qui se gargarisent de phrases très compliquées, tout est toujours limpide et accessible à la France d'en bas.... Clin d'oeil

Invité wrote:

Tout cela aurait été possible il y a encore peu de temps, quand l'esprit du don était encore autre chose qu'un vieux souvenir "archaïque", "moyen-âgeux" et "ringard".
(...)
Alors, finalement, tout le monde fait l'effort de s'en foutre, et chacun crève peu à peu, dans l'in-différence la plus totale.


Bon alors ya plus qu'à ouvrir le gaz (tant qu'il y en a encore)...
_________________
La Terre est bleue comme une orange. Paul Eluard
Il n'y a que la fiction qui dise le vrai. Vladimir Nabokov
Un écran, ça empêche de voir ; c'est sa fonction.
Back to top
View user's profile Send private message
Ajhasse



Joined: 15 Jun 2008
Posts: 484
Location: Campagne profonde

PostPosted: 01 Nov 2008 21:00    Post subject: Reply with quote

Un lien qui dit tout sur l'autre côté du miroir aux alouettes: allez directement p 24, à la date d'aujourd'hui: 1er Nov.08 :

http://www.actu-elles.com/index.php?topic=22.msg6057;topicseen#msg6057

Je sais que je devrais commenter ce que je poste, mais c'est trop long ! Il y a des vidéos...
Considérons juste un document pour apporter une nouvelle eau, plus propre, à notre moulin décroissant...
_________________
«La survie de la planète et le bien-être de ceux qui la peuplent, hommes et bêtes, passent par des actions courageuses qui ne viendront pas d'en haut, comme on le croit généralement.»Philippe DESBROSSES
Back to top
View user's profile Send private message
Kercoz



Joined: 20 Sep 2008
Posts: 967
Location: bordeaux

PostPosted: 20 Nov 2008 11:53    Post subject: Reply with quote

Je tente un lien qui voudrait démontrer que l'economie "réelle" passe ds les mains de la virtuelle ...meme pas honte !


http://www.globalresearch.ca/index.php? ... &aid=10977

Cliquer sur : The Great Depression of the 21st Century: Collapse of the Real Economy
- by Michel Chossudovsky - 2008-11-15
The proposed bank "bailout" under the so-called Troubled Asset Relief Program (TARP) is not a "solution" to the crisis but the "cause" of further collapse.
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 25 Nov 2008 20:18    Post subject: Reply with quote

Dans le hors-série de la revue Temps critiques novembre 2008, un texte costaud qui interprète la crise à l'aune des théories développées depuis une dizaine d'années par ce groupe : " Capitalisme financier et capital fictif " :

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1228
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 30 Nov 2008 11:27    Post subject: Reply with quote

Je précise juste par rapport au post précédent que le long texte de Temps critiques sera publié mi-décembre (10 euros), ce qui sera déjà plus agréable qu'un écran d'ordinateur .

Ci-dessous, les interprétations de la crise par le courant de la revue allemande Exit ! : http://www.exit-online.org (textes en français rubrique " Transnationales "). Ce sont deux articles de presse de Jappe et Kurz :

Quote:
Anselm Jappe

C’EST LA FAUTE A QUI ?

Cette fois-ci, tous les commentateurs sont d’accord: ce qui est en train de se passer n’est pas une simple turbulence passagère des marchés financiers. Nous sommes bien dans une crise considérée comme la pire depuis la deuxième guerre mondiale, ou depuis 1929. Mais la faute est à qui, et par où trouver la sortie? La réponse est presque toujours la même: l’«économie réelle» est saine, ce sont les mécanismes malsains d’une finance qui a échappé à tout contrôle à mettre en danger l’économie mondiale. Alors, l’explication la plus expéditive, mais qui est aussi la plus répandue, en attribue toute la responsabilité à l’«avidité» d’une poignée de spéculateurs qui auraient joué avec l’argent de tous comme s’ils étaient au casino. Mais ramener les arcanes de l’économie capitaliste, lorsque celle-ci marche mal, aux agissements d’une conspiration de méchants a une longue tradition dangereuse. Ce serait la pire des issues possibles de désigner une nouvelle fois des boucs émissaires, la «haute finance juive» ou autre, à la vindicte du «peuplehonnête» des travailleurs et des épargnants.

Il n’est pas beaucoup plus sérieux d’opposer un «mauvais « capitalisme «anglo-saxon», prédateur et sans bornes, à un «bon» capitalisme «continental», plus responsable. On a vu ces dernières semaines qu’ils ne se distinguent que par des nuances. Tous ceux qui appellent maintenant à «réguler davantage» les marchés financiers, de l’association ATTAC à Sarkozy, ne voient dans les folies des bourses qu’un «excès», une excroissance sur un corps sain.

Et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption? Si elle avait donné du souffle à un corps moribond? Pourquoi est-on si sûr que le capitalisme lui-même soit exempt du cycle de naissance, de croissance et de mort? Ne pourrait-il contenir des limites intrinsèques à son développement, des limites qui ne résident pas seulement dans l’existence d’un ennemi déclaré (le prolétariat, les peuples opprimés), ni dans l’épuisement des ressources naturelles?

Actuellement, il est à la mode de citer à nouveau Karl Marx. Mais le philosophe allemand n’a pas seulement parlé de luttes des classes. Il a également prévu la possibilité qu’un jour la machine capitaliste s’arrêtera toute seule, que sa dynamique s’essoufflera. Pourquoi? La production capitaliste de marchandises contient, dès le début, une contradiction interne, une véritable bombe à retardement située dans ses fondements mêmes. On ne peut faire fructifier le capital, et donc l’accumuler, qu’en exploitant la force de travail. Mais le travailleur, pour générer un profit pour son employeur, doit être équipé des outils nécessaires, et aujourd’hui des technologies de pointe. Il en résulte une course continuelle - concurrence oblige - dans l’emploi de technologies. Chaque fois, le premier employeur à faire recours à de nouvelles technologies y gagne, parce que ses ouvriers produisent davantage que ceux qui ne disposent pas de ces outils. Mais le système entier y perd, parce que les technologies remplacent le travail humain. La valeur de chaque marchandise singulière contient donc des parts toujours plus minces de travail humain – qui est cependant la seule source de la plus-value, et donc du profit. Le développement de la technologie diminue les profits dans leur totalité. Cependant, pendant un siècle et demi, l’élargissement de la production de marchandises à l’échelle globale a pu compenser cette tendance à la diminution de la valeur de chaque marchandise.

Depuis les années soixante-dix du siècle dernier, ce mécanisme – qui déjà n’était pas autre chose qu’une fuite en avant - s’est enrayé. Les gains de productivité permis par la micro-électronique ont, paradoxalement, mis en crise le capitalisme. Des investissements toujours plus gigantesques étaient nécessaires pour faire travailler le peu d’ouvriers restés selon les standards de productivité du marché mondial. L’accumulation réelle du capital menaçait de s’arrêter. C’est à ce moment que le «capital fictif», comme l’appela Marx, prend son envol. L’abandon de la convertibilité du dollar en or, en 1971, a éliminé la dernière soupape de sécurité, le dernier ancrage à l’accumulation réelle. Le crédit n’est pas autre chose qu’une anticipation des gains futurs espérés. Mais lorsque la production de valeur, et donc de survaleur, dans l’économie réelle stagne (ce qui n’a rien à voir avec une stagnation de la production de choses – mais le capitalisme tourne autour de la production de plus-value, et non de produits en tant que valeurs d’usage), il n’y a que la finance qui permette aux propriétaires de capital de faire les profits désormais impossibles à obtenir dans l’économie réelle. La montée du néolibéralisme à partir de 1980 n’était pas une sale manœuvre des capitalistes les plus avides, un coup d’État monté à l’aide de politiciens complaisants, comme veut le croire la gauche «radicale» (qui doit maintenant se décider: soit passer à une critique du capitalisme tout court, même s’il ne se proclame plus néolibéral, soit participer à la gestion de l’émergence d’un capitalisme qui a incorporé une partie des critiques qui avaient été adressées à ses «excès»). Le néolibéralisme était, au contraire, la seule manière possible de prolonger encore un peu le système capitaliste que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche. Un grand nombre d’entreprises et d’individus ont pu garder longtemps une illusion de prospérité grâce au crédit. Maintenant, cette béquille s’est également cassée. Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible: il n’y a plus assez d’argent «réel» à la disposition des États. Pour le moment, les «décideurs» ont renvoyé encore un peu le Mané, Técel, Pharès en ajoutant un autre zéro derrière les chiffres fantasques écrits sur les écrans et auxquels ne correspond plus rien. Les prêts accordés dernièrement pour sauver les bourses sont dix fois supérieurs aux trous qui faisaient trembler les marchés il y a dix ans – mais la production réelle (disons, banalement, le PIB) a augmenté environ du 20-30 %! La «croissance économique» n’avait plus une base autonome, mais était due aux bulles financières. Mais lorsque ces bulles seront crevées, il n’y aura pas un «assainissement» après lequel tout pourra repartir.

Peut-être n’y aura-t-il pas un «vendredi noir» comme en ’29, un «jour du Jugement». Mais il y a de bonnes raisons pour penser que nous sommes en train de vivre la fin d’une longue époque historique. L’époque où l’activité productrice et les produits ne servent pas à satisfaire des besoins, mais à alimenter le cycle incessant du travail qui valorise le capital et du capital qui emploie le travail. La marchandise et le travail, l’argent et la régulation étatique, la concurrence et le marché: derrière les crises financières qui se répètent depuis vingt ans, chaque fois plus graves, se profile la crise de toutes ces catégories. Qui, il est toujours bon de le rappeler, ne font pas partie de l’existence humaine partout et toujours. Elles ont pris possession de la vie humaine au cours des derniers siècles, et elles pourront évoluer vers quelque chose d’autre: de meilleur ou de pire encore. Mais ce n’est pas le genre de décision qu’on prend à un G8...

novembre 2008


Le texte ci-dessous a été publié dans le quotidien Folha de Sao Polo au Brésil en septembre 2008. Il a été traduit en Français pour le journal de la communauté de Longo Maï dans son bulletin Archipel (de très bonne qualité), numéro de novembre 2008 ( http://forumcivique.org/index.php?lang=FR ) :

Quote:
Robert Kurz

Le dernier stade du capitalisme d’Etat

Dans cet article publié le 28 septembre dernier par le quotidien brésilien Folha de Sao Polo, Robert Kurz [1], qui participe depuis bientôt trente ans au développement d’une Théorie de la Crise, nous propose une explication de celle que nous vivons aujourd'hui à partir de la «critique de la valeur» dont il est l'un des principaux auteurs en Allemagne.

La crise, quelle crise? Ainsi claironnaient il n’y a pas si longtemps encore les idéologues libéraux de droite comme de gauche, convaincus qu’ils étaient de l’immortalité du capitalisme. Autant les petites gens et les pauvres que les élites avaient progressivement occulté que non seulement ce type de société a une histoire, mais que cette société est elle-même le produit d’une dynamique aveugle. Ces deux dernières décennies notamment, tous ne voulaient percevoir que des «événements» ponctuels, au sein de formes sociales anhistoriques de l’ontologie capitaliste2. A l’instar de Dorian Gray dans le roman d’Oscar Wilde, ce n’était pas le capitalisme, mais seulement l’image du monde social dont il était la source, qui semblait vieillir et se vêtir des oripeaux de la misère, tandis que la logique de l’argent continuait à briller de la fraîcheur d’une fausse jeunesse.

Le «lundi noir» du plus grand crash financier de tous les temps a dévoilé brutalement le vrai visage du Dorian Gray capitaliste.

Mais nul ne veut percevoir ces caractéristiques dans cette nouvelle poussée de la crise. La confiance aveugle dans le capitalisme pousse uniquement vers la recherche de coupables. «Les pratiques douteuses» des spéculateurs et la «politique économique anglo-saxonne» sont montrées du doigt comme responsables du désastre. Cette explication simpliste et aux consonances antisémites3 a déjà été mobilisée régulièrement par le passé. Depuis plus de vingt ans, des vagues de crises financières ont accompagné la mondialisation. Toutes les mesures, en apparence couronnées de succès, prises pour empêcher une «fonte du noyau» du système financier international n’ont fait que le restructurer, sans jamais affronter le véritable problème. L’évolution actuelle fait voler en éclats tous les anciens concepts; la crise ne touche pas seulement le secteur des crédits hypothécaires américains, elle a déclenché une réaction en chaîne qui est loin d’être arrivée à son terme. Les origines, on ne les trouvera pas dans les défauts personnels et les carences morales des acteurs, mais dans le noyau économique du système lui-même.

Le capitalisme n’est rien d’autre que la recherche de l’accumulation d’argent comme but en soi. Et la «substance» de cet argent est l’emploi continuellement croissant de la force de travail humaine. Simultanément, la concurrence entraîne une augmentation de la productivité qui rend cette force de travail de plus en plus superflue. En dépit de toutes les crises, cette contradiction interne semblait toujours avoir été dépassée grâce à l’absorption massive de force de travail par de nouvelles industries. Le «miracle économique» d’après 1945 a fait de cette capacité du capitalisme une profession de foi. Depuis les années 1980, la troisième révolution industrielle, celle de la microélectronique, a entraîné un nouveau niveau de rationalisation qui a lui-même entraîné une dévalorisation de la force de travail humaine, à une échelle encore jamais vue. La «substance» même de la valorisation du capital se dissout, sans que de nouveaux secteurs capables de générer une véritable croissance économique n’aient vu le jour. La phase néolibérale n’était rien d’autre que la tentative de gérer de façon répressive la crise sociale découlant de cet état de fait tout en impulsant une croissance «sans substance» du «capital fictif» par l’expansion effrénée du crédit, de l’endettement et des bulles financières sur les marchés financiers et immobiliers.

Mais c'est l’ouverture mondiale des vannes monétaires et plus particulièrement le fait que la banque centrale américaine ait inondé les marchés internationaux de dollars, qui a précisément été le péché originel du monétarisme. En effet, cette doctrine postule la limitation de la masse monétaire comme fondement de la doctrine néolibérale. En réalité, le flot d’argent public dénué de substance subventionnait un accroissement de la valeur de patrimoines financiers, sans contreparties. Aujourd’hui, ce «socialisme paradoxal de l’argent sans substance» est battu à plate couture, comme avant lui le capitalisme d’Etat à l’Est et à l’Ouest, la version keynésienne de la croissance subventionnée par l’Etat. Aux Etats-Unis, la nationalisation de fait du système bancaire américain et le plan du ministre des Finances pour enrayer la crise avec environ mille milliards de dollars d’argent public ne sont rien d'autre que des actes désespérés. Du jour au lendemain, la soi-disant liberté des marchés a révélé son caractère intrinsèque de capitalisme d’Etat au point que certains ironisent déjà sur la «république populaire de Wallstreet». Mais rien n’est résolu. On assiste, en quelque sorte, au dernier stade du capitalisme d’Etat; celui-ci peut, dans le meilleur des cas, retarder l’effondrement des indices boursiers en actionnant une fois de plus la planche à billets. A la différence des époques précédentes, il n’existe plus aucune marge de manœuvre pour nourrir l'émergence de nouveaux secteurs économiques porteurs.

Ceci entraîne la fin des USA en tant que la puissance mondiale. Les guerres d’intervention ne peuvent plus être financées et le dollar perd son statut de référence monétaire mondiale. Mais aucun prétendant sérieux au poste n’est en vue. Le ressentiment contre la «domination anglo-saxonne» ne représente en rien une critique du capitalisme et il manque de sérieux. En effet, la conjoncture mondiale fondée sur les déficits s'appuyait sur les flux d’exportation vers les Etats-Unis. Les capacités industrielles en Asie, en Europe et ailleurs ne dépendaient pas de bénéfices et de salaires réels, mais directement ou indirectement de l’endettement extérieur des USA. L’économie néolibérale des bulles financières était une sorte de «keynésianisme mondial» qui aujourd’hui se désagrège comme avant lui le keynésianisme national. Les «puissances émergentes» n’ont pas la moindre autonomie économique et sont pieds et poings liés par l'enchaînement mondial des déficits. Leur dynamique tant admirée était un pur mirage dénué de tout fondement intérieur. Ainsi, il n’y aura pas, où que ce soit, de retour à un capitalisme «sérieux» avec des emplois «réels». Il faut plutôt s’attendre à un effet domino de la crise financière sur l’économie «réelle» à laquelle aucune région du monde ne peut échapper. Le capitalisme d’Etat et le capitalisme de «libre» concurrence se révèlent être les deux faces de la même médaille. Ce qui s’effondre, ce n’est pas un «modèle» qui pourrait être remplacé par un autre. C'est le mode dominant de production et de vie, la base commune du marché mondial.

notes :

1 Il a animé jusqu'en 2004, le groupe Krisis (voir Archipel No 103, 104, 106, 110, 113, 158 sur forumcivique.org) et est aujourd'hui rédacteur de la revue EXIT! (toutes les notes sont de la rédaction)

2 selon l’idéologiecapitaliste, des catégories telles que l’argent,le travail etc. ont toujoursexisté et existeront toujours; historiquement, seuls desaménagements ont puexister ou sont possibles

3 généralement,l’antisémitisme s’est appuyésur une personnification des mécanismescapitalistes où le Juif représentait le financierrapace pervertissant la«bonne» production marchande


Simon Charbonneau, fils de Bernard, a fait paraître cet article d'interprétation de la crise dans le quotidien Ouest-France :

Quote:
Simon Charbonneau

UNE CRISE SYSTEMIQUE DE L’ECONOMIE ET DE L’ENVIRONNEMENT

Décidément, les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front de l’économie comme de l’environnement. L’avenir radieux promis par les « trente glorieuses » n’est plus au rendez-vous. A la débâcle des pôles répond dorénavant celle de la finance internationale qui menace l’économie mondiale. Comme si un processus global de décomposition de notre système était en cours. Aucun commentateur n’a jusqu’à présent eu l’idée de faire le lien entre la crise économique et celle qui frappe les grands équilibres écologiques mondiaux, comme si les deux phénomènes étaient indépendants l’un de l’autre. Pourtant, leur concomitance n’est pas le fruit du hasard. La crise financière a été entraînée par un échafaudage mondial, complexe et instable, d’énormes dettes provoquées par une course à l’investissement venant du secteur bancaire, associées à une surconsommation des ménages font appel au crédit facile. Le bon sens, qui n’est pas toujours partagé par les milieux économiques, voulait qu’un jour ou l’autre tout cela s’effondre. La foi dans la durabilité d’une croissance sans limites interdisait toute forme d’alerte et dans l’euphorie ambiante les esprits doutant de la pérennité d’un tel système ne pouvaient donc pas rendre publiques leurs inquiétudes.
A cette crise s’est greffée celle de l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières et des ressources naturelles provoquée par la surconsommation provenant des nouveaux pays industriels. Or cette envolée n’est pas sans lien avec la problématique environnementale puisque c’est la récente prise de conscience collective du caractère limité de ces ressources qui en est à l’origine. Tout le monde sait que les prix s’envolent quand la ressource s’effondre, le cas actuel du cabillaud, jadis poisson du pauvre, le démontre concrètement, en attendant un jour peut être le tour des sardines. De même, le boom immobilier de ces dernières années qui s’explique aussi par la rareté croissante du foncier, a considérablement aggravé le phénomène de l’étalement urbain grand consommateur d’espaces naturels (il en disparaît chaque année 50 000 hectares !). Le tout aggravé par une concurrence féroce et par un déferlement technologique sans boussole.
A vrai dire, ce qui est aujourd’hui en train de se passer illustre de manière dramatique l’aveuglement d’une société persuadée que l’humanité peut continuer à vivre avec un développement sans limites de ses activités économiques. Inévitablement, la croissance débouche alors un jour ou l’autre sur la récession une fois ces limites franchies. Pas plus que les espaces naturels, l’espace économique n’est indéfiniment extensible. Nous sommes aujourd’hui à la veille de bouleversements considérables aux conséquences incalculables, tant sur le plan social, qu’économique et environnemental. Ces bouleversements sont en décalage complet avec les représentations politiques et économiques qui continuent à habiter les esprits de notre oligarchie. Ceci explique son désarroi actuel.

Sans parler du chaos social que va entraîner la récession dans une société qui n’imagine survivre que par la croissance, on peut s’interroger sur son impact environnemental qui est fondamentalement ambivalent. Car si les investissements publics et privés consacrés à la protection de l’environnement vont avoir à en souffrir, ceux aussi consacrés à sa destruction vont subir le même sort, ce qui lui sera bénéfique. D’un côté il y aura moins d’argent investi par exemple dans les grands projets d’infrastructures de transport ou les opérations immobilières sur le littoral, mais de l’autre il y en aura aussi moins pour l’isolation thermique des bâtiments, la création et la maintenance des stations d’épuration des eaux. Il faudra alors arbitrer entre différents besoins avec beaucoup moins de moyens financiers que par le passé.
Et si cet arbitrage continue à se faire au sein des entreprises comme des pouvoirs publics avec la mentalité qui a régné durant les trente glorieuses, ce sont les préoccupations du court terme qui une fois de plus vont l’emporter. Les conditions de la concurrence internationale vont être encore plus dures avec toutes les conséquences sociales et environnementales négatives que cela va entraîner. Il faudra pédaler encore plus vite que le concurrent pour avoir l’illusion de s’en sortir. Autrement dit, par un effet systémique, la crise va aggraver les contradictions d’un système sans avenir.
A moins que l’arbitrage ne se fasse en fonction d’autres représentations collectives que celles héritées du passé. Pierre Samuel, écologiste de la première heure, avait intitulé son ouvrage des années 70, « l’écologie, détente ou cycle infernal ». Nous nous trouvons, aujourd’hui, le dos au mur face à une situation que nous aurions dû anticiper depuis longtemps, à savoir celle représentée par les limites de la croissance que dans tous les domaines, social comme environnemental, nous avons outrepassé. Il nous faut désormais travailler d’arrache pied à déminer et à détendre cette machine infernale, non pas pour rendre illusoirement le développement durable mais pour aboutir à un équilibre durable entre non seulement l’homme et la nature mais également entre les hommes eux-mêmes. Mais tout cela n’ira pas sans ce renoncement à ces rêves de puissance et de richesse que seul un sursaut spirituel de la part de chacun de nous peut provoquer. Comme le veut le proverbe, il n’est jamais trop tard pour bien faire, surtout lorsque cela peut servir d’exemple aux générations à venir et aux peuples qui sont actuellement en proie à la fascination du développement. En toute hypothèse, les choix à faire pour l’avenir au plan individuel comme collectif seront durs à assumer.


Simon CHARBONNEAU
Maître de Conférence honoraire
Professeur de Droit de l’Environnement à l’Université de Bordeaux Montesquieu.


Les belles pages d'Illich dans La convivialité qui développent dans le dernier chapitre (L'inversion politique) des réflexions stratégiques sur " que faire pendant la crise ? " sont toujours aussi excellentes, mais sont elles vraiment pertinentes ? On a peut-être du mal aujourd'hui à trouver " l'inversion radicale des institutions " tant espérée par lui dans la crise (alors que l'on peut dire que cela s'est produit dans la crise Argentine en 2001, cf. Bruno Astarian, L'Argentine de la paupérisation à la révolte. Une avancée vers l'Autonomie, Echanges et mouvement, 2002), même si tout n'est pas là.

Je signale aussi quelques textes du bulletin conseilliste Echanges et mouvement, jamais inintéressant (toujours beaucoup d'infos, de matériaux, de données...) même si on peut ne pas être d'accord avec de nombreux points théoriques, paru dans leur dernier numéro d'automne 2008 :

- " La crise ? Quelle crise ? " de H. Simon.
- Un texte sur la crise de Paul Mattick Jr, " En plein brouillard " d'octobre 2008 paru aux USA.
- Une note de lecture traduite très intéressante de Michael Seidman (l'auteur de l'article sur la résistance ouvrière au travail) sur le livre The Spirit of'68 : Rebellion in Western Europe and North America, 1956-1976 de Rainer Horn.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Djinn



Joined: 23 Aug 2007
Posts: 214
Location: St-Denis

PostPosted: 30 Nov 2008 12:51    Post subject: Reply with quote

Jappe
Quote:
Et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption ? Si elle avait donné du souffle à un corps moribond?


Il est juste de penser que la financiarisation est un outil de plus du capitalisme pour prétendre qu'il crée de la valeur.

Quote:
Pourquoi est-on si sûr que le capitalisme lui-même soit exempt du cycle de naissance, de croissance et de mort? Ne pourrait-il contenir des limites intrinsèques à son développement, des limites qui ne résident pas seulement dans l’existence d’un ennemi déclaré (le prolétariat, les peuples opprimés), ni dans l’épuisement des ressources naturelles?


Mais si la financiarisation lui permet de poursuivre plus longtemps son existence, pourquoi ne pas en tenir compte ?

Quote:
La production capitaliste de marchandises contient, dès le début, une contradiction interne, une véritable bombe à retardement située dans ses fondements mêmes. On ne peut faire fructifier le capital, et donc l’accumuler, qu’en exploitant la force de travail.


Le capital, ou valeur, est inventé par le capitalisme. Le capitalisme peut prétendre qu'il crée de la valeur de la manière qu'il lui chante. Il n'existe aucune contrainte liée au mécanisme de production (qui lui est réel).

Quote:
C’est à ce moment que le «capital fictif», comme l’appela Marx, prend son envol.


Le capital est toujours fictif. Il n'existe pas de vrai capital et de faux capital. L'économie réelle ne crée pas plus de valeur que la finance.

Quote:
L’abandon de la convertibilité du dollar en or, en 1971, a éliminé la dernière soupape de sécurité, le dernier ancrage à l’accumulation réelle.


Comment Jappe ancre-t-il la valeur "intrinsèque" de l'or à la valeur de la production ?

Quote:
Le crédit n’est pas autre chose qu’une anticipation des gains futurs espérés.


On remarquera que le niveau du crédit réel n'a aucun rapport avec la production présente ou future.

Quote:

Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible: il n’y a plus assez d’argent «réel» à la disposition des États.


L'argent est une invention aussi, il suffit d'en imprimer. Il est curieux qu'on entende parler en même temps de pénurie d'argent, et d'excès de création monétaire inflationniste.

Par ailleurs, la crise financière et bancaire correspond à des mécanismes spécifiques comme les titrisations de dettes privées et les prêts interbancaires, qui n'ont pas de rapport avec une crise au sens marxiste.

Kurz
Quote:
«Les pratiques douteuses» des spéculateurs et la «politique économique anglo-saxonne» sont montrées du doigt comme responsables du désastre. Cette explication simpliste et aux consonances antisémites3 a déjà été mobilisée régulièrement par le passé.


Curieuse remarque que je vois aussi bien écrite chez les défenseurs du système financier que chez des critiques de la valeur, et qui me fâche vraiment. Les spéculateurs n'ont pas de pratiques douteuses ? La responsabilité individuelle n'existe pas ? Quel jeu jouent Kurz ou Postone ?

Charbonneau
Quote:
Aucun commentateur n’a jusqu’à présent eu l’idée de faire le lien entre la crise économique et celle qui frappe les grands équilibres écologiques mondiaux, comme si les deux phénomènes étaient indépendants l’un de l’autre.


Ils sont en effet globalement indépendants l'un de l'autre.

Quote:
A cette crise s’est greffée celle de l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières et des ressources naturelles provoquée par la surconsommation provenant des nouveaux pays industriels. Or cette envolée n’est pas sans lien avec la problématique environnementale puisque c’est la récente prise de conscience collective du caractère limité de ces ressources qui en est à l’origine.


Justement, cela fait des gisements de rareté pour le capitalisme. C'est l'abondance, la gratuité, qui l'inquiètent.
Le capitalisme s'accommode au mieux de la destruction des ressources.

Il ne faut pas croire que les crises financières ou la crise environnementale signent la fin de la logique capitaliste. Il peut inventer des normes comptables à l'infini pour se donner l'illusion de créer de la valeur.
Il se pourrait même que le capitalisme renonce à l'accumulation pour assurer une hiérarchie de propriétaires. C'est déjà ce qui se passe en Bourse avec le phénomène de destruction de capital par le rachat par les entreprises de leurs propres actions (qui augmente le taux de profit, puisque le dénominateur diminue).
_________________
http://www.ecotheurgie.com
Back to top
View user's profile Send private message
Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 01 Dec 2008 20:24    Post subject: Reply with quote

Oui, vous ne rêvez pas, je vais faire de la pub à un article du journal La décroissance M. Green

Proche de la théorie de la « crise de la valeur » développée depuis plus de dix ans par les revues allemandes KRISIS puis EXIT ! depuis 2004, tout en la simplifiant pour peut-être la rendre plus intelligible, l’article de Denis Baba ci-dessous propose à la discussion une analyse possible de la crise actuelle (voir aussi le texte proche mais aussi sensiblement différent de Temps Critiques ci-dessus, ainsi que leur livre L'évanescence de la valeur. Une présentation critique du groupe Krisis, L'harmattan, 2004). Le titre de l'article de Baba est évidemment trompeur, plutôt pédagogique comme l'ensemble du texte. Pour lui, nous n'assistons qu'en apparence à une " crise financière " ou mieux une " crise du libéralisme " et de tous les côtés les boucs émissaires sont désignés pour mieux le faire croire (l'ultralibéralisme, les méchants spéculateurs, les patrons amoraux, les vilains produits financiers à l'architecture démentielle, la démoniaque titritisation, les profiteurs de la crise, demain les Juifs, les Polonais, les Maghrébins et les Gitans : comme si tout cela tombait du ciel, comme s'il n'y avait pas de phénomènes structuraux qui poussaient à tout cela, comme une folle et obligée fuite en avant : plein gaz dans le mur !). On pourrait alors dire que c'est là une désignation simplette à hauteur de nez des moulins à vent du Spectacle, par tous ceux qui veulent voiler l'évidence et sauver les apparences (la mégamachine va redécoller de plus belle fin 2009 !). Donc si on le suit, non pas une crise financière ou bancaire qui descendrait du ciel, mais une crise du capitalisme très éloignée de ce que les marxistes, les libéraux et les idéalistes veulent en comprendre, une crise mortelle de la valeur. Le problème ne serait pas en soi la crise financière mais plutot que la financiarisation de l'économie depuis les années 1970 fait partie elle-même de la crise, son existence est la crise. Peu à peu l'économie marchande prendrait place dans le cerceuil qu'elle s'est construit, brindille après brindille, avec toute l'énergie industrieuse d'une colonie de fourmies. L'insurrection qui vient a probablement raison sur ce point (au moins) : « Ce n’est pas l’économie qui est en crise, c’est l’économie qui est la crise ; ce n’est pas le travail qui manque, c’est le travail qui est en trop ».

Quote:
Denis Baba

Crise financière : mode d’emploi.


Au commencement était le travail.

Feignants de tous pays, réjouissez-vous, car on peut dire que tous nos maux actuel découlent du travail. L’économie marchande est en effet une formidable opération de mobilisation du travail humain. Ce travail a deux faces dans notre société. Le premier visage, c’est l’ensemble des gestes et savoirs concrets qui nous animent lorsque nous travaillons, que ce soit directement pour nous et nos proches (le potager domestique) ou que ce soit pour gagner de l’argent, généralement sous forme de salaire (le jardinier professionnel). Mais le travail prend également une forme sociale particulière : il est « transformable », et transformé en argent. Pour un très grand nombre d’entre nous, l’argent est la finalité de notre travail sous forme d’emploi. Dans ce cas, notre fatigue physique et intellectuelle ne produit pas, pour nous, une richesse concrète qu’on s’approprie, avec d’autres (les légumes du jardin, partagés avec les copains), mais une ligne bancaire sur un compte courant : le montant du salaire net du jardinier. On parle alors de travail productif : celui qui est mis en œuvre pour faire croître l’argent. Bien entendu, travail productif ne doit aucunement être confondu avec travail utile (de très nombreux travaux productifs sont de fait carrément nuisibles). Point fondamental : l’argent représente la valeur des « choses », et leur valeur dépend de la productivité du travail qui a produit le bien ou le service considéré. Reprenons.

Comment ça marche ?

Les Etats modernes instituent et contrôlent un système financier. Les banques et autres institutions financières créent de la monnaie, c’est-à-dire de la dette. La monnaie capitaliste n’est jamais rien d’autre que la valeur future (anticipée) du résultat du travail, généralement salarié. L’entreprise qui emprunte l’argent va acheter du travail, les propriétaires et cadres dirigeants vont le commander pour produire des marchandises diverses. Le « pouvoir d’achat » (le fameux) distribué lors des opérations économiques de production va permettre d’acheter les marchandises produites. Il va se partager entre les salariés et les propriétaires des entreprises. La consommation, c’est l’achat des services et des biens finals ; l’épargne, c’est la contrepartie en argent de la création de biens de production, « durables ». Et roulez petits bolides : tourne le circuit de l’argent ! la tuyauterie capitaliste est née.

Dans une économie marchande, il est indispensable que la quantité d’argent en circulation augmente sans arrêt. Pourquoi ? Parce que rembourser une dette, c’est détruire de l’argent. 100 euros ont été créés, 100 euros ont été remboursés : destruction des créances, destruction de l’argent. A un niveau global c’est une catastrophe. Le PIB était de 1800 milliards d’euros, il n’est plus que de 1500 milliards d’euros. Les objecteurs de croissance diront : « Bonne nouvelle, il en reste bien assez et on pollue moins ! » Erreur. Lorsque les quantités d’argent, donc de travail productif, se réduisent, toutes les opérations de production et de circulation de marchandises sont déstabilisées. Parce que l’argent manque, de nombreuses dettes ne peuvent plus être remboursées ; les individus vont alors chercher à vendre tout ce qu’ils peuvent. Les prix s’effondrent, les droits de propriété sont remis en cause. Désordre, désastre. Car comment produire et faire circuler les richesses concrètes lorsque les prix deviennent erratiques, ne peuvent plus être fixés ? Autant vouloir prendre des mesures avec un mètre étalon dont la longueur ne cesserait de fluctuer… Les catégories premières de l’économie marchande, prix et valeur, sont déstabilisées. Celles-ci ne conservent donc leur pertinence que dans le contexte d’une économie en croissance, c’est-à-dire avec un « surplus » permanent d’argent (de travail productif) par rapport à la période précédente. Voilà pourquoi aucune « croissance zéro », et encore moins une « décroissance », n’est envisageable avec de telles institutions. Pour que celles-ci puissent survivre, il nous faut créer toujours plus d’argent, c’est-à-dire produire toujours plus, avec davantage de travail.

D’où le caractère aveugle et « fou » de ce système (et, bien sûr, le saccage des écosystèmes planétaires) qui ne peut connaître aucune limitation, sauf à se détruire.

La concurrence détruit le travail.

Lorsqu’on met un met les mains dans le cambouis, on sait que le moteur interne de la croissance c’est la concurrence entre les entreprises privées. Comment croître plus vite que ses concurrents pour amasser plus d’argent ? En vendant moins cher ses produits de façon à rafler les marchés. Or le prix d’une marchandise c’est le travail nécessaire à sa production. Simplifions. Si, sur le marché de la chemise, on fabrique en deux heures de travail, le prix de la chemise « vaut deux heures » ; si une entreprise achète une machine qui lui permet de fabriquer une chemise en une heure de temps, y compris en intégrant l’amortissement du prix de la machine (le travail qu’elle a nécessité), elle peut dorénavant vendre ses chemises deux fois moins cher et augmenter sa part de marché (« gains de productivité », disent les économistes). Stimulation, croissance des entreprises, « guerre économique » (délocalisation, surexploitation des salariés, etc.)

Il y a donc un double mouvement qui est contradictoire : l’accumulation de marchandises et d’argent est une nécessité à un niveau global. Mais celle-ci est garantie par la compétition économique qui peut conduire paradoxalement, à une destruction de travail productif et donc de valeur. Comment concilier ces deux mouvements ? Par la croissance continue de l’espace économique. Démoder les chemises tous les deux mois grâce à la publicité, investir dans de nouveaux produits : des pantalons ou des téléphones portables ou des pesticides. Bref, faire croître les marchés de façon à compenser la réduction de la création de valeur du fait de la hausse de la productivité du travail. Et c’est bien ce qui s’est passé au XIXe et au Xxe siècle : la croissance économique prodigieuse et destructrice. En Europe occidentale puis, utopiquement, partout dans le monde.

Capitalisme, fin de parcours.

Or depuis maintenant trente ans il devient clair que ce système ne fonctionne plus. Et ce jugement est indépendant de tout le mal qu’on peut en penser ! La tendance à la décroissance de la valeur marchande l’emporte. Malgré l’augmentation délirante, insupportable, du nombre de marchandises concrètes, leur transformation en profits aux niveaux exigés par l’économie marchande devient impossible. D’une part parce que plus le système se développe, plus il faut sauter haut pour ne pas tomber. Pour le dire autrement, produire toujours plus pour ne pas décroître. Un peu comme une voiture folle qui n’aurait pas le choix : accélérer ou caler net.

Mais surtout parce que les quantités de travail productif s’effondrent du fait du remplacement du travail par les « machines » (et en tout premier lieu, ces dernières années décennies, la « révolution numérique »). Il suffit de compulser n’importe quelles statistiques portant sur la durée annuelle du travail hors administration pour s’en convaincre. Les grandes multinationales produisant à elles seules plus du quart du PNB mondial emploient moins de 1% de la population active mondiale. Pour un système dont le mode de fonctionnement repose sur la mobilisation de toujours plus de travail pour créer davantage d’argent, c‘est évidemment la catastrophe : la destruction de ses propres institutions.

Tout cela peut paraître curieux mais le nombre de produits hypersophistiqués qui nous entourent, que l’on peut acheter avec très peu d’argent, démontre que leur valeur s’est effondrée. A un niveau collectif, la « baisse du pouvoir d’achat » n’a pas eu lieu (même ces derniers mois avec la hausse, encore contenue, des prix des matières premières). Les prix des marchandises se sont effondrés beaucoup plus vite que les quantités vendues. Mais alors d’où viennent les « mégaprofits du patronat » qui font hurler les gauches ? La croissance continue du PIB, des Etats-Unis et des autres ? La crise financière actuelle permet de répondre à cette question.

Le plus grand bluff de tous les temps !

Moins de travail productif, c’est moins de valeur, moins d’argent. La première manifestation d’une crise de la valeur c’est l’incapacité d’acteurs importants de l’économie à rembourser leurs dettes parce que l’argent ne rentre plus dans les caisses. C’est ce qui s’est passé dès le début des années 1980 (crise « mexicaine ») et n’a cessé depuis de ruiner des économies et des sociétés partout dans le monde. L’épicentre de la même secousse sismique touche aujourd’hui violemment les USA et l’Europe occidentale. Pour comprendre la situation actuelle, il faut répondre à cette question simple : comment ont réagi les Etats face à la crise de la valeur ? Ils ont tranquillement laissé dériver la création monétaire, en contradiction totale avec les règles de fonctionnement du système et les enseignements des économistes libéraux les plus sérieux (Friedman, Hayek et toute la clique). Année après année, l’argent émis par le système financier a enflé pour atteindre des montants vertigineux. Personne n’est d’accord sur les chiffres, mais une chose est sûre : la somme des capitaux en circulation dans le monde est au moins trois à quatre fois supérieure à la valeur du PNB mondial. L’argent capitaliste émis n’a alors plus aucune contrepartie en travail productif, en valeur. Il s’est absous de ses propres règles. La sphère financière devient le véritable moteur de la croissance. En France, le secteur bancaire est le premier employeur privé, suivi de près par le bâtiment, secteur également surgonflé par la bulle spéculative. Seul cet afflux de monnaie a permis aux entreprises d’équilibrer leurs comptes, de faire apparaître de gros profits, de distribuer encore des salaires. Mais fondamentalement cet argent ne vaut rien du tout. Les banques prêtent aux ménages des sommes folles gagés sur la valeur future d’un bien acheté à crédit ; elles ouvrent des lignes de crédit à des entreprises en contrepartie de la valorisation future de leur capital qui dépend pour moitié de leurs résultats financiers (notamment lors d’opérations d’achat, les fameux LBO – leveraged buy out ; attendez-vous à entendre prochainement de ceux-là !). Evidemment, lorsque les défauts de paiement se multiplient, apparaît au grand jour l’évidence : la décroissance de la valeur marchande a déjà commencé. Et avec elle la mort, violente, de l’économie marchande.

Remettre le monde à l’endroit.

Les beaux esprits ont toujours ricané au titre de notre journal. La décroissance, pensez donc ! Il est pourtant d’une justesse diabolique : la décroissance de la valeur marchande, voilà exactement les temps que nous vivons. Pour tenter, sans espoir, de la contrecarrer, la pression sur les écosystèmes naturels devient sans limites. Prétendre lutter contre cette baisse de la valeur, en utilisant les potions classiques du pilotage de l’économie de marché (taxes et subventions), c’est-à-dire en s’inscrivant dans la logique de fonctionnement d’un système en autodestruction violente, comme le fait par exemple le « Grenelle de l’environnement », est risible. Moins drôle est le taux d’exploitation record que connaissent les individus au travail (la fameuse « souffrance au travail » à laquelle s’attellent des batteries de psychologues). Créer encore un peu de valeur peut conduire à la mort.

Nous plaidons et militons pour « remettre le monde à l’endroit » : repenser la production et la circulation des richesses en fonctions des nécessités écologiques et sociales. C’est-à-dire non pas détruire l’économie marchande – elle le fait toute seule ! – mais assumer la réalité de son autodestruction. La « décroissance », jamais mot n’a été aussi réaliste.


Denis Baba,
journal La Décroissance, n°54, novembre 2008, p. 10-11.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
Back to top
View user's profile Send private message
Display posts from previous:   
This forum is locked: you cannot post, reply to, or edit topics.   This topic is locked: you cannot edit posts or make replies.    forum.decroissance.info » Forum Index -> Sortir de l'économie ? All times are GMT + 1 Hour
Goto page Previous  1, 2, 3, 4  Next
Page 2 of 4

 
Jump to:  
You can post new topics in this forum
You can reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group