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Sabotage et blocage de l'économie, Tiqqun.
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harlock



Joined: 19 Oct 2007
Posts: 16

PostPosted: 08 Jan 2009 21:41    Post subject: Reply with quote

je souligne à l'attention de mr Homs qui après avoir défendu L'insurrection qui vient seul contre tous sur ce forum, nous paraphrase l'infâme brochure Avant-garde et mission... la Tiqqounerie (infâme car mélangeant haute malhonnêteté intellectuelle et confusion entre argumentation et indignation) en guise de Critique, brochure qu'il est par ailleurs d'autant plus difficile de prendre au sérieux quand on connait les autres écrits des auteurs dont notamment le texte sur l'EDN...
mais ce n'est pas ce qui m'a le plus déçu dans votre positionnement critique, ce n'est d'ailleurs pas tant la position qui m'a surprise que la méthode usitée pour la défendre qui s'est révélée décevante. Ce qui est particulièrement surprenant/décevant (je parle de déception car j'ai moi comme d'autre beaucoup apprécié l'énorme travail d'analyse critique que vous avez partagé sur ce forum, et bien souvent, la justesse de celui-ci) c'est votre volonté affichée de participer activement à ce qui a constitué la trame de fond de cette affaire, c'est à dire l'opération policière d'assujetissement qui fut tout aussi bien médiatique que juridique et notamment autour de L'IQV, dont il semble qu'il était impérieux d'en trouver et d'en désigner des auteurs, car nous savons bien tout ce que cette opération d'assignation à de commode pour qui n'accepte l'émergence de la contradiction et se livre sans gène à réduire l'IQV à un "bréviaire anarchiste", comme d'autre réduisent Tiqqun à une cuisine HeidegerienneNihilistoKabbaliste pour les besoin de la critique, ou plutot de l'écrasement. Il est triste de vous voir participer à cette mascarade policière autour du "groupe Coupat" et de ses écrits, mais pas autant que de constater votre accréditation de la fiction-auteur et de ses méfaits.

Quote:

Lettre ouverte à tous ceux qui soutiennent les inculpés du 11 novembre

Salut à tous,

C’est après trois semaines de décompression et un temps de réflexion, de lecture intensive de tout ce qui s’est dit sur cette affaire pendant que nous étions au trou, que j’entame l’écriture de cette lettre.

Je suis sorti de Fresnes voilà un peu plus de trois semaines maintenant, un peu déboussolé. Je ne m’attendais plus à être libéré aussi vite devant ce qui semblait être un traquenard si bien orchestré. Retrouver l’air du dehors et l’horizon du monde ont bien sûr été un grand soulagement, on s’habitue si vite à voir son existence bornée par des murs et des grilles, qu’il semble que ça fait des siècles quand bien même ça ne fait au fond que 2 ou 3 semaines. Je remercie du fond du cœur tous ceux qui se sont démenés pour nous sortir de là. Je suis sûr que malgré tout l’arbitraire qui entoure les décisions de justice, cette pression nourrie par les comités, les parents, amis et tous ceux qui ont senti à raison que cette affaire les concernait au plus près a eu un effet conséquent. J’aurais aimé pouvoir le faire d’une seule voix avec mes camarades co-inculpés mais comme vous le savez il nous est interdit de rentrer en contact d’une quelconque manière sous peine notamment de retourner en prison.

Mais je suis hanté d’une certitude : cette libération relève d’une « chance » inespérée, chance qui remonte à loin, celle d’une part d’être né blanc, d’avoir eu l’opportunité d’être diplômé, d’avoir des parents et des amis issus de cercles « privilégiés » dont la mobilisation a sans nul doute plus de chance d’être entendue que si j’étais né ailleurs et dans un autre milieu.

Je suis hanté bien sûr par le fait que deux de mes amis et camarades soient toujours incarcérés pour des motifs aussi rocambolesques, mais aussi par la pensée que des centaines d’autres personnes croisées notamment au cours de ma courte détention n’ont jamais eu cette « chance » et pour cause. Les prisons françaises ont englouti au cours des dernières années toute une frange de la jeunesse de ce pays, cette frange jugée inassimilable, sans cesse harcelée, toujours « déjà condamnée » et qui refuse toujours de rentrer dans les rangs étouffoirs de cette société. Un fait saute aux yeux quand on fréquente les cours de prison, une très claire majorité de détenus est composée par des jeunes des quartiers populaires, dont certains ont été abonnés aux séjours en prison. On remarque aussi le nombre effarant de personnes détenues, pour des périodes souvent très longues, sous le régime de la détention provisoire, régime dit « exceptionnel ». 6 mois, 9 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, sans procès et bien souvent sans preuve tangible. C’est qu’il est sans doute plus compliqué d’avoir des ‘témoignages de moralité’, des garanties de représentation recevables quant on vient de Villiers-le-Bel, Aubervilliers ou Bagneux, quand vos parents sont considérés comme étrangers, qu’ils ne maîtrisent pas la langue des magistrats et des media ou quand ils ne justifient pas d’une activité professionnelle stable et surtout reconnue.

Pas de misérabilisme toutefois, la solidarité se forge aussi derrière les murs des prisons, la politique pénale de ce gouvernement est en train de fabriquer une bombe à retardement. Plus on bourrera jusqu’à la gueule les geôles de ce pays, plus des destins vont s’y croiser et dresser des ponts entre tous ces milieux si savamment séparés à l’extérieur.

Le rapprochement entre les traitements politiques, policiers et médiatiques (cette triade tend à devenir une expression consacrée, peut être faudrait-il penser à les fusionner officiellement !), de l’affaire de Tarnac et celle de Villiers-Le-Bel l’année dernière est pertinente à plus d’un titre…

Novembre 2005 (Clichy sous Bois), CPE, élection présidentielle, Villiers-le-Bel, LRU, … deux parties de la jeunesse que tout a priori oppose, nourrissent conjointement la paranoïa du pouvoir.

La réponse ne se fait pas attendre et prend les même traits. D’un côté « lutte contre le règne des bandes » pour justifier la répression dans les quartiers après les émeutes, de l’autre, fabrication de toutes pièces d’une « mouvance anarcho-autonome », de « groupuscules d’ultra-gauche », comme repoussoirs à la révolte diffuse qui essaime au fil des mouvements de la jeunesse étudiante ou « précaire ». Dans les deux cas, une politique de communication de longue haleine pour dessiner les contours de « l’ennemi intérieur », qui débouche bruyamment sur des opérations coup de poing sur-médiatisées. Démonstrations de force démesurées, curées médiatiques, embastillements purs et simples. Faut-il le rappeler, outre les inculpés et incarcérés multiples de novembre 2005, cinq personnes sont toujours incarcérées après le coup de filet de Villiers-le-Bel et attendent un procès qui ne vient pas, faute de preuves. Aujourd’hui c’est notre tour, mais la chasse aux dits « anarcho-autonomes » est ouverte depuis plus d’un an, six personnes au moins ont déjà été interpellées et entendues devant les juridictions anti-terroristes depuis décembre 2007 pour des faits ou des suspicions qui n’avaient jamais relevé d’un tel régime juridique jusque là. L’étau se resserre et tous les coups semblent désormais permis.

Il a déjà été développé largement dans les communiqués des comités de soutien à quel point le recours aux outils de l’anti-terrorisme représente un glissement significatif des procédés de gouvernement et de la « gestion » de la contestation. Des scénarii déjà vus dans plusieurs pays au cours des dernières années (USA, Royaume-Uni, Allemagne, Italie…) débarquent avec fracas en France et signent l’entrée dans un régime où l’exception devient la règle. Ces procédures n’ont la plupart du temps rien à voir avec le « terrorisme » et ce quelle que soit la définition qu’on en donne, elle répondent à la logique millénaire de « en réprimer un pour en apeurer cent ». En d’autres temps on en aurait pendu « quelques-uns » à l’entrée de la ville, pour l’exemple.

Dans notre cas, il est très vite apparu que « l’affaire des sabotages de la SNCF » n’était qu’un prétexte opportun pour déployer au grand jour une opération de communication et de « neutralisation préventive » prévue de longue date (depuis l’arrivée de MAM au ministère de l’intérieur). La rapidité de la mise en branle de « l’opération Taïga » et l’absence quasi totale d’éléments matériels au dossier, même après les perquisitions et les interrogatoires croisés, dévoile très vite à qui n’est pas occupé à hurler avec les loups, la grossièreté du montage policier. Il aura pourtant été fait de sévères efforts d’assaisonnement de cette histoire un peu fadasse, un « groupuscule en rupture de ban et s’adonnant à la clandestinité », un « chef incontesté », son « bras droit », ses « lieutenants », des « relations amicales » ménagées dans le village par « pure stratégie ». Mais rien n’y fait les gens croient définitivement et heureusement plus « à ce qu’ils vivent qu’à ce qu’ils voient à la télé ».

Une fois répondu pour chacun à la question de sa participation ou non aux « actes de dégradation » sur les caténaires de la SNCF, reste cet immense gloubi-boulga qu’est l’accusation de « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». C’est d’ailleurs le seul chef d’accusation qui pèse sur la plupart des inculpés dont moi-même.

Ce chef d’inculpation repose sur un faisceau d’informations et d’hypothèses disparates, réunies par les services de renseignement, mais que seule une prose policière pour le moins imaginative permet d’articuler entre elles d’une manière aussi unilatérale. Les liens d’amitié, politiques chacun à leur manière, deviennent sans l’ombre d’un doute des affiliations organisationnelles voire hiérarchiques. On fait d’une série de rencontres, de la participation de quelques uns à des manifestations, de la présence de certains autres relevée au cours des mouvements sociaux qui ont émaillé les dernières années, les présages de la raison d’être strictement ‘politique’ (au sens le plus classique et plat du terme) d’un « groupe » identifiable et isolable comme « cellule » (cancéreuse ?). Cela est une contre vérité absolue et détermine un certain nombre de contre-sens vis à vis de ce dont nous avons été diversement porteurs au fil des années.

Le délit « d’association » permet d’englober d’un seul coup l’entièreté de l’existence des personnes visées et tout peut y devenir un élément à charge : lectures, langues parlées, savoir-faire, relations à l’étranger, mobilité, absence de téléphone portable, rupture avec son ‘plan de carrière’ où avec son extraction sociale, vie amoureuse et j’en passe.

L’utilisation de ces outils « antiterroristes » n’est finalement rien d’autre que l’indice de l’agressivité propre à tout pouvoir qui se sait de toutes parts menacé. Il ne s’agit pas tant de s’en indigner. Il s’agit en tout cas de ne pas, ou plus, être dupe de cette opération de police politique. Elle n’est que la tentative, des tenants du pouvoir, de communiquer au « corps social » leur propre paranoïa, qui, elle, n’est peut être pas totalement sans fondement.

On parle beaucoup autour de cette affaire de l’essai intitulé « L’insurrection qui vient » et tout le monde y va de son hypothèse pour dire QUI est derrière cette signature qu’est le « comité invisible ». Cette question n’est intéressante que d’un point de vue strictement policier. Le choix éditorial d’anonymat qui a été fait doit être entendu, à mon avis, non comme une particulière paranoïa des auteurs (même si elle se trouverait aujourd’hui cent fois justifiée) mais par l’attachement à une parole essentiellement collective. Non pas la parole d’un collectif d’auteurs qu’on pourrait dénombrer, mais une parole qui s’est forgée dans les aléas d’un mouvement où la pensée ne saurait plus être attribuée à tel ou tel en tant qu’auteur.

Ce livre suscite beaucoup de désaccords, voire de réprobation y compris parmi nous qui avons pourtant fait l’effort de le lire et le comprendre. Il me semble que c’est l’objet même de l’écriture politique : mettre ce qui demande a être débattu sans délai au centre, le rendre incontournable, quitte à être cru et sans nuance.

Tous ceux qui, par ailleurs, prétendent savoir QUI est l’auteur de ce livre mentent purement et simplement ou prennent leur hypothèse pour la réalité.


Les « lectures » récentes de ce livre, notamment celle de la police et de quelques criminologues de salon posent à beaucoup la question de la « radicalité ». Cette « radicalité » nous est renvoyée à nous comme trait d’identité, voir comme chef d’inculpation qui ne dit pas son nom. Je ne me sens pas particulièrement radical, au sens d’être prêt à accorder les constats, les pensées et les actes (ce que plus personne ne fait malheureusement et depuis longtemps). Par contre la situation est radicale et l’est de plus en plus. Elle détermine des mouvements de radicalisation diffus, qui ne doivent rien à quelque groupuscule que ce soit. Chaque jour dans mon activité d’épicier notamment ou quand je sers au bistrot, ou bien encore quand j’étais en prison, je discute, j’écoute ce qui se dit, se pense, se ressent, et je me sens parfois bien modéré face à la colère qui monte un peu partout. Ce gouvernement a sans doute raison d’avoir peur que la situation sociale lui échappe, mais nous ne servirons pas sa campagne de terreur préventive, car le vent tourne déjà. Il vient de Méditerranée.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, de doutes à lever, de manipulations à déjouer, mais tout ça ne fait que commencer. Ainsi ma position est en phase avec celle des comités de soutien qui fleurissent un peu partout : abandon des charges de « entreprise terroriste » et « d’association de malfaiteurs », libération immédiate de Julien et Yldune et de tous ceux et celles qui sont incarcérés à ce titre, pour commencer…

Viendra le moment où on devra bien nous rendre des comptes pour le préjudice énorme qu’on nous a fait subir, à nous, à Tarnac, mais aussi pour ce qui n’est qu’une provocation supplémentaire à l’encontre de tout ce qui ne se résigne pas au désastre en cours.

Benjamin, épicier-terroriste.



source : http://www.soutien11novembre.org/spip.php?article126
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 08 Jan 2009 23:51    Post subject: Reply with quote

@harlock

Ta déception vient peut-être que tu me croyais parfait, et bien non. Car je ne comprends pas ta réaction. Est-ce que je peux à la fois partager avec Julien et ses copains une même fraternité de révolte, le vivre commun d'une même révolte existentielle, faire savoir la juste solidarité qu'il me semble il faut avoir avec eux face au monstrueux arbitraire policier dont ils sont les victimes, sans pour autant mettre les mêmes mots sur cette même révolte existentielle que ceux qu'ils utilisent ? Non je suis pas d'accord avec leurs idées et solutions. Voilà. Je peux ?

Car j'ai l'impression que c'est finalement la critique (oui " la position " comme tu dis) que tu ne supportes pas. Pourtant il en existe des critiques de l'IQV, dans le dernier bouquin de Riesel et Semprun, dans la recension de l'IQV par les téléologues, dans le n°de juin de Meetings, etc. Et il y en aura encore plus demain, car toutes les petits groupes théoriques qui n'avaient même pas pris le temps de réagir, vont le faire dans les mois qui viennent.

De plus, je connais très bien les textes de Tiqqun, et j'ai pas besoin de lire Garonnet et cie, pour me faire un avis sur cette littérature. Oui, je suis totalement d'accord avec eux sur leur brochure, je fais la même analyse qu'eux, il suffit de lire précisément ces textes, Heidegger est cité partout, Jacob Franck aussi, etc. (et je ne suit pas du tout sur la brochure qu'ils ont fait contre l'EDN). Et tout cela n'apparait plus dans l'IQV qui s'adresse à des militants qui veulent en découdre, alors que Tiqqun était d'abord destiné au gratin montain de la philosophie style " french touch studies " comme on dit aux USA. Mais peut-être qu'avant de me faire ce reproche au sujet de la brochure de Garronet, tu pourrais attendre de voir le texte entier, avant de juger trop rapidement.

Après le coup de l'anonymat de certains textes, ou la mystique collective de leur fabrication (comme si il suffirait d'être à plusieurs pour que LA Vérité émerge...), mystique en droite ligne avec " l'oubli de l'être " chez Heidegger, c'est vrai que cette posture et la passion déployée à la défendre comme tu le fait, m'a toujours fait rire (car tu as l'air de les prendre très au sérieux sur ce plan là). " L'opacité offensive " et cette mystique de l'écriture collective (comme si il avait fallu attendre Tiqqun pour l'avoir inventé), c'est vraiment à mon sens une des innombrables techniques de fascination déployée par ce courant intellectuel depuis le " rhyzome" deleuzien. ça plait beaucoup la pensée analogique, ça fait "in ", c'est très à la mode, c'est cool comme écriture. Alors aller trahir le secret de la pyramide à deux faces, est vous êtes le traite. Car à leurs yeux, un auteur désigné, quelqu'un qui signe un texte, oui, est forcément " assujeti " ! Pardi ! C'est comique comment un délire intellectuel (la norme par ci, la norme par là, et là, et là) commence à avoir des conséquences hallucinantes, s'arrachant du sol du sens commun. Comme si il suffisait de ne pas signer un texte de son nom pour être " ingouvernable " ! Pour moi, tous ces développement ssur la "non-identification" chez Tiqqun, c'est pourtant d'une grande naiveté. Surtout que finalement que tout ce qu'ils voulaient éviter (être identifié), a finalement fini par braquer sur eux tous les projecteurs. Cette technique de drague est pour moi aussi une technique de fascination trop facile pour des gens comme nous qui s'identifient à la clandestinité : " parti imaginaire ", " comité invisible ", " ZOO ", " On ", c'est très mystérieux toute cette tentative de chercher à se dissimuler, forcément on va voir, alors que derrière y'a 3 ou 4 pélugres aux idées venant d'un courant intellectuel bien marqué. Tous les groupuscules théoriques ont joué les mêmes ficelles ! On apprend pas à un singe à faire des grimaces. Et ça fait aussi parti de l'attrait pour ces livres, plus finalement que le fond des idées, qui trop philosophiques finalement n'intéressent plus. Plus de personnes ont été fascinées par l'IS, qu'elles n'ont compris réellement le difficile texte de la Société du spectacle. Mais arrêtons de prendre ce fantasme de la "non-identifcation " au sérieux. N'importe quel logiciel débile, graphologue stipendié, ou tout simplement lecteur précis, peut très bien reconnaitre l'identité d'un style d'écriture ou d'une logique de pensée. Arrêtons de nous leurrer.

Bon, ceci dit, c'est normal et heureux que l'on soit pas toujours d'accord, j'apprécie les textes que tu as fait partagé sur ce forum.
_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
Posts: 1885

PostPosted: 16 Jan 2009 18:12    Post subject: Reply with quote

Quote:
Johannes Vogele

TERREUR ET SIMULATION

Quote:
«La contradiction essentielle de la domination spectaculaire en crise, c’est qu’elle a échoué sur le point où elle était la plus forte, sur certaines plates satisfactions matérielles, qui excluaient bien d’autres satisfactions, mais qui étaient censées suffire pour obtenir l’adhésion réitérée des masses de producteurs-consommateurs. Et c’est précisément cette satisfaction matérielle qu’elle a polluée, et qu’elle a cessé de fournir. La société du spectacle avait partout commencé dans la contrainte, dans la tromperie, dans le sang; mais elle promettait une suite heureuse. Elle croyait être aimée. Maintenant, elle ne promet plus rien. Elle ne dit plus: “Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît.” Elle dit simplement: “C’est ainsi.” Elle avoue franchement qu’elle n’est plus, dans l’essentiel, réformable; quoique le changement soit sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière. Elle a perdu toutes ses illusions générales sur elle-même.»

Guy Debord, Préface à la quatrième édition italienne de «La Société du Spectacle».


Les crises de civilisation ne sont pas des passages faciles pour les êtres façonnés dans son moule. Quand le cours des événements n’est plus déchiffrable avec les outils habituels, un abîme terrible, personnel, collectif, social s’ouvre sous nos pieds. Tout le monde est tendu. Les certitudes vacillent, même celles qui condamnaient les certitudes. On savait déjà que le monde de nos parents, voire celui de nos grands frères et sœurs, était caduc et n’avait plus de raison d’exister; aujourd’hui, c’est le nôtre qui n’en a plus, avant même d’avoir existé.

Pourtant, tout semble continuer comme avant, parce que ce qui n’est pas imaginable ne doit pas être possible. De toute façon, les experts, sur le même ton imperturbable qu’avant, quand ils défendaient la dernière version ultralibérale, ont déjà fixé la date de la reprise pour 2010 grâce aux plans étatiques de sauvetage.

Sans trop y croire, les non-experts font de même. Il s’agit tout de même du seul monde que l’on connaisse et que l’on puisse imaginer.

La course folle du progrès capitaliste a perdu sa splendeur utopique au moment même où il est devenu l’unique référence. Le capitalisme est en crise, soit, mais nous n’avons appris à penser qu’en ses termes et à l’intérieur de ses catégories. Quand le travail et l’argent se volatilisent, il faut bien que quelqu’un en porte la faute et il faudra bien qu’on les sauve, quoi qu’il en coûte.

Ce qui est nouveau dans la crise, ce n’est pas qu’elle touche l’économie. Depuis longtemps, le capitalisme est confronté au fait qu’il a lui-même, par l’explosion phénoménale de la productivité, sapé ses propres bases; l’économie marchande ne peut fonctionner qu’en brûlant de l’énergie humaine sous la forme du «travail abstrait» (Marx), seule source de valeur et donc de survaleur et donc du capital et de son accumulation. Mais elle est en même temps obligée par la concurrence, moteur indispensable du «progrès», de réduire le plus possible la quantité de force de travail nécessaire à la production. Pendant longtemps, cette contradiction a pu être provisoirement résolue par l’accumulation gigantesque des marchandises produites par de nouvelles industries et pour des marchés toujours plus étendus, fuite en avant aujourd’hui épuisée. «Avec le “miracle économique” d’après 1945, cette aptitude du capitalisme est devenue une profession de foi. Depuis les années 1980, la troisième révolution industrielle, celle de la micro-électronique, a entraîné un nouveau niveau de rationalisation qui a lui-même entraîné une dévalorisation de la force de travail humaine, à une échelle encore jamais vue. La “substance” même de la valorisation du capital se dissout, sans que de nouveaux secteurs capables d’engendrer une véritable croissance économique aient vu le jour.»1

Ce qui est nouveau, c’est l’écroulement global de la simulation. Depuis les années 70, la société capitaliste a survécu en pariant sur des créations de valeur anticipées qui ne se sont pas réalisées et ne s’accompliront jamais. Depuis, seule l’explosion des transactions boursières a pu simuler une économie capitaliste en pleine santé. La chute des marchés financiers fait remonter à la surface cette crise déjà ancienne de l’«économie réelle».

La société capitaliste n’est pas un modèle économique, remplaçable par un autre, mais un carcan social dans lequel et la pensée et la constitution individuelles et la vie quotidienne sont autant prises que la production marchande ou l’administration politique. Une critique radicale doit comprendre les catégories telles qu’économie (travail, valeur, argent) et politique (État, Droit) comme historiques et dans la perspective de leur dépassement. Elle se sait donc elle-même liée, quoique négativement, à son objet et vouée à disparaître avec lui. Il s’agit de combattre la société capitaliste dans sa totalité et jusque dans les strates psychologiques et subjectives, en sachant qu’elle n’est pas une domination extérieure, qu’elle ne peut pas disparaître en partie et qu’il ne suffit pas de réorganiser ses composantes.

On veut nous faire croire à un retour de l’État qui enfin moralisera une économie mondialisée et sauvagement «ultralibéralisée». Ce retour, c’est ce que les militants anti-libéraux ont appelé de leurs vœux depuis des années. La politique, abusivement comprise comme l’instance de régulation humaine des affaires contre la main invisible du marché, est au contraire une composante indispensable du système capitaliste, et se fier à elle comme au sauveur suprême est un pur aveuglement.

Cette absence de conscience historique et théorique est tout simplement extravagante. Qui sait jeter un coup d’œil, fût-il furtif, sur l’histoire de la modernité capitaliste sait que l’État y a toujours joué le rôle de la répression, de la mise au pas et de l’encadrement. L’État moderne et l’économie capitaliste sont indissociables.

Aujourd’hui, alors que la simulation de l’économie s’effondre, la simulation d’un retour au régime étatique et politique nous mène vers la gestion de crise à coups d’exception, d’urgence et de répression. Ceux qui rêvent d’un nouvel État-providence seront vite déçus, car la providence coûte cher et doit être payée par l’expansion de la valorisation capitaliste qui est devenue impossible.

L’État qui vient, qui est déjà là, qui prétend pouvoir sauver l’économie en la garantissant au niveau global à coups de milliers de milliards qu’il n’a pas et qu’il va falloir inventer, se doit d’être fort et infaillible. Seule l’image de sa stabilité et de sa fermeté peut garantir, pendant un temps, le fonctionnement de la «belle machine» (Keynes).

Il doit alors gérer les masses de pauvres et d’exclus, les conflits sociaux qui éclatent nécessairement, faire semblant d’être maître de la situation et de combattre efficacement ses ennemis, prétendus ou véritables. Il doit gérer une société qui craque à tous les niveaux, sur tous les plans et dans tous les milieux et touche aussi bien la constitution individuelle et psychologique des individus que les rapports sociaux.

Au moment où les contradictions immanentes de la socialisation capitaliste remontent violemment à la surface en menaçant de tout faire exploser, l’État a le rôle – qu’il ne faut pas lui envier – de simuler le bon fonctionnement de la simulation.

C’est ainsi qu’il faut comprendre, en France, les agissements ridicules et spectaculaires du sarkozysme.

Bien sûr, en cette fin d’année 2008, on doit vous annoncer des milliers de licenciements, des centaines de morts de froid, des suicides dans les prisons. Mais le président rassemble les nations contre la crise, le gouvernement décrète la nécessité juridique d’emprisonner des enfants à partir de 12 ans, on arrête un chef de l’ETA et des prétendus «ultragauchistes» qui s’apprêtaient, peut-être, qui sait, à menacer la société et l’État.

Il faut être aveugle, sourd et insensible pour ne pas sentir, ici en France comme là-bas en Grèce et comme partout, une tension sociale grandissante. Nous savons aussi que ce genre de tension peut s’exprimer dans des révoltes heureuses contre l’ordre dominant en faisant vaciller le sentiment résigné du «c’est ainsi», tout comme dans des actes et déchirements barbares et borderline.

La résurgence de toute une panoplie d’idéologies identitaires, antisémites, racistes et sexistes fournissant des palliatifs rassurants au manque de perspective n’est un secret pour personne, si l’on veut bien regarder la réalité en face. Il faudra s’attendre à ce que ces idéologies engendrent de plus en plus d’actes aussi désespérés que violents contre ceux qui sont plus pauvres, moins blancs, moins citoyens, comme ces pogroms2 contre des Roms qui ont eu récemment lieu en Italie. Ou des émeutes contre ceux qui sont désignés idéologiquement comme coupables de la crise. Pourquoi pas une «nuit de cristal» contre des banquiers sans foi ni loi, responsables de l’écroulement de «notre» économie?

On sait bien que tout cela n’est pas incompatible avec le délire sécuritaire.

L’État, objet de désir de la gauche comme de la droite anti-libérales, sera forcément d’exception et réprimera les pauvres, les malades, les étrangers et les fous qu’il ne peut plus se payer. Pour faire passer la pilule de la gestion de crise et pour ne pas se confronter à des oppositions et critiques véritablement radicales, il ne s’empêchera pas d’agiter le chiffon rouge d’une menace qualifiée de terroriste, qu’elle soit de couleur islamiste ou «anarcho-autonome», en vue de laquelle il vient de créer l’étiquette «ultragauchiste», pour la coller sur la peau de quelques personnes vaguement soupçonnées d’avoir un peu arrêté des trains. Ce sigle, soit dit en passant, est le détournement marketing de la dénomination d’un courant anti-autoritaire aux expressions multiples et contradictoires plongeant ses racines chez Marx en passant par Rosa Luxembourg et les communistes de conseil, et qui a connu ses «meilleures années» entre les années 20 et 70, notamment en France, mais aussi en Hollande, en Allemagne et en Italie.

Rappelons aussi que le «terrorisme» est une construction complètement vague qui réunit sous son concept les attaques sanglantes contre les Twin Towers, des bombes déposées dans des gares et des attentats-suicides. Il sert à désigner des États «voyous» pour déclencher des interventions militaires. Il a été utilisé par les nazis contre la Résistance, par les franquistes et les staliniens à l’encontre des anarchistes espagnols, il évoque le souvenir des «années de plomb» en Italie et de l’«automne allemand». Il est aujourd’hui étendu juridiquement et médiatiquement pour réprimer des actes de sabotage comme ceux contre les TGV et il peut être adopté contre des personnes ayant un numéro de téléphone suspect dans leur calepin ou des mauvaises fréquentations.

Il n’existe, en effet, aucune définition précise de ce terme, ce qui permet l’arbitraire de son utilisation. Sur le plan international, les mêmes individus ou groupes peuvent êtres considérés comme terroristes ou «combattants de la liberté», selon qu’ils sont alliés ou opposés à l’ordre dominant.

Léon de Mattis précise: «La définition même du terme ne devrait pourtant poser aucun problème car son étymologie est limpide: le terroriste est tout simplement celui qui souhaite utiliser la terreur comme un moyen pour arriver à ses fins. C'est dans ce sens que ce néologisme a été formé et employé pour la première fois, dans un contexte historique déterminé, celui de la Terreur, sous la Révolution française. La Terreur était alors présentée comme un procédé extrême, utilisé dans une période exceptionnelle, pour défendre le régime né de la Révolution contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Mais si le moyen était extrême, pour autant il n'avait rien de nouveau dans l'arsenal de l'État, bien au contraire. Un siècle auparavant, Thomas Hobbes avait largement théorisé l'usage de la peur comme la méthode ordinaire pour imposer aux hommes la volonté du souverain, ce grand Léviathan, ou plutôt pour en parler avec plus de révérence, ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection. Comment le souverain agit-il? Et bien, écrit Hobbes, l'effroi qu'il inspire lui permet de modeler les volontés de tous, en vue de la paix à l'intérieur et de l'aide mutuelle contre les ennemis de l'extérieur. L'usage exclusif de la force et la puissance d'intimidation qui l'accompagne sont réservés au souverain parce que celui-ci poursuit un objectif présenté comme supérieur, assurer la paix que, selon Hobbes, l'état de nature rendrait impossible. Il est vrai que Hobbes ne parle pas de "terreur": il emploie le terme d'"effroi". Mais la terreur n'est après tout que la crainte poussée à un degré supplémentaire.»3

Loin de cette définition, la législation anti-terroriste est aujourd’hui conçue pour être utilisée contre toute opposition à l’État, et elle est pour cela maintenue extrêmement imprécise et dépend d’une interprétation arbitraire et donc politique. En ce sens, l’«anti-terrorisme» révèle ce que l’État moderne, depuis ses inventeurs tels que Hobbes, n’a jamais cessé d’être essentiellement, un État d’exception. Son utilisation actuelle ne constitue donc pas une «dérive», mais l’expression de sa vraie nature. Aujourd’hui, le projet de l’État et de la violence souveraine n’est plus d’imposer une nouvelle étape de la modernisation, mais la défense à tout prix d’un ordre mourant, se désintégrant, «post-moderne», bref du «c’est ainsi».

Cette «barbarisation» de la violence souveraine, déjà globalement manifeste, commence depuis un certain temps à atteindre les centres du capitalisme mondial, jusqu’ici encore assez «arriérés».

L’arsenal juridique de l’anti-terrorisme mobilisé contre les «inculpés de Tarnac» ainsi que contre les inculpés du mois de janvier 2008 et tant d’autres est en construction depuis longue date. Il possède un caractère typiquement d’exception, comme celui de Guantanamo, de vigi-pirate et de nombreuses autres armes pour combattre le «mal». En France, les personnes aujourd’hui sous la coupe d’une inculpation, voire d’une condamnation de ce type et croupissant en prison, la plupart de religion musulmane et accusés d’être des «islamistes», se comptent apparemment par centaines.

La simulation du commandant qui a «tout sous contrôle» a besoin de ces faits-divers. Ainsi, l’offensive médiatico-policière contre l’ «ultragauche», qui peut paraître aujourd’hui un coup d’épée dans l’eau, peut être suivie d’imprévisibles rebondissements. N’oublions pas que l’État, en temps de crise, a toujours tout fait pour se construire, au propre comme au figuré, un ennemi à son goût et lui donner une tête visible.

Derrière le tapage médiatique autour d’une opération «anti-terroriste» dénoncée de tous côtés se tiennent donc – sur fond de récession à peine voilée par des noëleries abjectes d’une fin d’année catastrophique – une réalité sociale et économique anomique et la velléité de l’État d’être à la hauteur de la situation. Depuis, nous assistons à une sorte de guignol de la terreur people, dans lequel des personnalités, du PS aux Verts en passant par de nombreuses figures de la contestation médiatico-démocratique, s’insurgent contre les «dérives» de l’État de Droit. Cela permettra peut-être de faire sortir des gens de prison et de faire tomber les inculpations «anti-terroristes» de quelques-uns, mais enfermera encore et toujours la critique dans l’affirmation des principes de la démocratie moderne, de l’État de Droit et de toutes les catégories de la société marchande.

Pour les temps à venir, il est urgent de ne pas oublier que l’État a souvent été pris la main dans le sac d’affaires bien douteuses et qu’il s’est rarement privé de co-organiser ce dont il avait besoin.

Dans l’absence de perspective actuelle, le recrutement pourra s’avérer facile. Quand la société se décompose, beaucoup sont prêts à s’accrocher au plus invraisemblable, à se (laisser) raconter des histoires à droite et à gauche comme ailleurs.

Qu’en escompte-t-on? La recrudescence d’une «lutte armée» groupusculaire, d’une «question de la violence» sans contenu et de «pratiques de la clandestinité» impuissantes, d’un ennemi intérieur bien commode, facile à provoquer, voire à manipuler puis à exploiter dans la mise au pas sociale? Un climat de peur, de violence et de suspicion permettant n’importe quelle intervention répressive, toute la panoplie de l’État d’exception et de contrôle? La simulation de l’État fort en proie à une opposition dangereuse et rendre, par là même, impossible toute perspective d’un changement effectivement radical?

Ces constructions paranoïaques qui, on le sait, font beaucoup de bruit et de dégâts, représentent rarement le terreau d’une pensée plus qu’élémentaire et empêchent souvent une véritable critique pratique de voir le jour, ce qui pourtant est plus que jamais nécessaire.

Les révoltes qui viennent ne seront pas à considérer par rapport à l’extrémisme de leur forme, mais par rapport à la radicalité de leur contenu.

Johannes Vogele, St. Sylvestre 2008

1 «Le dernier stade du capitalisme d’Etat», Robert Kurz, auteur de la revue de théorie critique allemande «EXIT!», traduit en français pour Archipel (165), journal du Forum civique Européen.

2 En mars 2008, à Ponticelli, à l’est de Naples, des campements roms sont incendiés chassant définitivement ceux qui n’avaient pas encore fui. Cet incendie est suivi rapidement par d’autres. (cf. Pogroms à Naples par Marco Imarisio, Il Corriere della Sera, 15 mai 2008). Déjà en décembre 2006, des habitants de Rome ont assiégé pendant plus d’un mois un camp de Roms et mis le feu à leurs tentes.

3 Léon de Mattis, dans un article paru dans une brochure intitulée "Mauvaises intentions" (www.infokiosques.net) et publié ultérieurement par Archipel (164/165), journal du Forum Civique Européen.

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Imago



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PostPosted: 16 Jan 2009 23:37    Post subject: Reply with quote

Quote:
Les révoltes qui viennent ne seront pas à considérer par rapport à l’extrémisme de leur forme, mais par rapport à la radicalité de leur contenu.

Comme c'est bien dit !
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Christianhivert
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PostPosted: 07 May 2009 9:49    Post subject: Mouvement Autonome Reply with quote

Le mouvement Autonome démarre au premier assemblage de molécules, il s'appelle aussi la vie, dans cette vie un fort instinct nous pousse à la vie et à la reproduction de cette vie, Autonomes sont ceux qui luttent pour vivre mieux en se passant des fables politiciennes et des idéologies, Autonomes nous ne savons pas tous lire du trés compliqué, mais Autonomes nous savons reconnaître les Sections d'Assaut du renouvellement du capital en cours de formation, Autonomes nous savons qui nous aurons comme nouvel ennemi à combattre dés que les faveurs de l'histoire les porteront à se dévoiler, lorsque leur actuel mépris absolu pour ce que nous sommes explosera à la face de bien trop complaisants et dociles cerveaux orgueilleusement emplis d'inepties intellectuelles aux fondements historiques hideux, il y a un siècle cela préfigurait ce que fut le nazisme.

http://www.mouvementautonome.com/article-31085967.html
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bug-in



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PostPosted: 25 May 2009 13:26    Post subject: Reply with quote

Dans sa dernière entrevue, Coupat reprend quasi littérallement l'analyse historico-politique de Badiou! Accord droite gauche des gaullistes et stal, désarmement... un peu strange tout ça.

Pour ceux que ça intéressent sa première réponse "le très bien merci" au sujet de la prison est prononcé pour que les gens n'est plus peur des risques qu'ils peuvent encourrir en commettant des actes qui pourrait ammener en prison. Dans une lettre (reçu le 30/01/09), julien m'indiquais : "les prisons en tout cas celle-ci ne sont pas l'horreur que l'on en dit en vue d'effrayer les bonnes gens. L'enfer carcéral est moins dans les tortures qu'il ferait subir à ceux qu'il renferme que dans le poids qu'il fait peser sur les conduites de tout ceux qui n'y sont pas. [...] Ce n'est donc pas pour nous qu'il faut se faire du souci, mais pour le sens toujours plus introuvable qu'a fini par prendre, au dehors, le mot de "Liberté"."

Quote:
Julien Coupat : "La prolongation de ma détention est une petite vengeance"
LE MONDE | 25.05.09 | 12h10 • Mis à jour le 25.05.09 | 12h33

Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes"!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.

L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).

Pourquoi Tarnac?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?
La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l'auteur du livre L'insurrection qui vient ?

C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l'injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.

Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot


Source : Lien
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PostPosted: 26 May 2009 23:51    Post subject: Reply with quote

Quote:
Dans sa dernière entrevue, Coupat reprend quasi littérallement l'analyse historico-politique de Badiou! Accord droite gauche des gaullistes et stal, désarmement... un peu strange tout ça.
Ce Badiou parle d'accords explicites ou d'accords implicites?

Coupat est assez rigolo dans son expression, j'aime bien.
Sur le fond, je suis surpris par une analyse aussi sarkosienne de la situation.


Dams
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 27 May 2009 0:44    Post subject: Reply with quote

Badiou parle il me semble d'accord assez explicite.
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Djinn



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PostPosted: 27 May 2009 17:12    Post subject: Reply with quote

Moi j'aime moyen.

Le situ est-il plus à l'avant-garde que le mao, le trotskyste, le stal... ?

Il y avait des situs dans les facs de province il y a 15 ans (mon époque quoi), comme il y en avait il y a 40 ans. C'est le folklore contestataire, c'est être soi-même dans le spectacle et l'assumer à fond en faisant le clown.

Même s'il insiste sur le fait qu'il vit en cohérence avec ses idées, j'ai l'impression que le combat qu'il mène est avant tout littéraire.

Ses analyses sont très intéressantes toutefois.
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ktche



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PostPosted: 27 May 2009 20:40    Post subject: Reply with quote

AFP wrote:
Le parquet de Paris ne s'oppose plus à une remise en liberté de Julien Coupat, présenté comme le chef d'un groupe soupçonné d'avoir saboté des lignes TGV à l'automne 2008 et détenu depuis plus de six mois, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.
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bug-in



Joined: 13 Mar 2003
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PostPosted: 04 Jun 2009 12:53    Post subject: Pétition Pour en finir avec les dérives antiterroristes Reply with quote

Pétition : Pour en finir avec les dérives antiterroristes

http://calas-fr.net/

Quote:
Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en France, un empilement de lois successives a construit un système pénal d’exception qui renoue avec les lois scélérates du xixe siècle et rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire.

L’accusation d’ « association de malfaiteurs en vue de commettre une infraction terroriste », inscrite au Code pénal en 1996, est la clef de voûte du nouveau régime. Or, ses contours sont particulièrement flous : il suffit de deux personnes pour constituer un « groupe terroriste » et il suffit d’un acte préparatoire pour que l’infraction soit caractérisée. Cet acte préparatoire n’est pas défini dans la loi, il peut s’agir du simple fait d'entreposer des tracts chez soi. Surtout, n'importe quel type de relation – même ténue ou lointaine, voire amoureuse ou amicale – avec l’un des membres constituant le « groupe » suffit pour être impliqué à son tour. C’est pourquoi, sur dix personnes incarcérées pour des infractions « en rapport avec le terrorisme », neuf le sont sous cette qualification.

De l’aveu même de ses promoteurs, ce droit spécial répond à un objectif de prévention. À la différence du droit commun qui incrimine des actes, la pratique antiterroriste se satisfait d’intentions, voire de simples relations. Suivant le juge Bruguière, cité par Human Rights Watch, « la particularité de la loi est qu’elle nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis ». C’est dans cette perspective qu’on a vu la possession de certains livres devenir un élément à charge, car ils constitueraient des indices sur des opinions ; et de l’opinion à l’intention, il n’y a qu’un pas.

À ce flou de la loi pénale s’associe une procédure d’une extrême brutalité. Il suffit que le Parquet choisisse de manière discrétionnaire d’ouvrir une enquête sur une qualification terroriste pour que la police reçoive des pouvoirs d'investigation exorbitants : perquisitions de nuit, « sonorisation » des domiciles, écoutes téléphoniques et interception de courriers sur tous supports...

De son côté, le délai de garde à vue – période qui précède la présentation à un juge – passe de 48 heures en droit commun à 96 heures, voire 144, dans la procédure antiterroriste. La personne gardée à vue doit attendre la 72ème heure pour voir un avocat – l’entretien est limité à 30 minutes et l’avocat n’a pas eu accès au dossier. A la suite de cette garde à vue, en attendant un éventuel procès le présumé innocent pourra passer jusqu'à quatre ans en détention provisoire.

Par ailleurs, la loi centralise à Paris le traitement des affaires « terroristes », confiées à une section du Parquet et à une équipe de juges d’instruction spécialisés qui travaillent en relation étroite avec les services de renseignement. Des cours d’assises spéciales ont également été instaurées, où les jurés populaires sont remplacés par des magistrats professionnels. Un véritable système parallèle est ainsi mis en place avec juges d’instruction, procureurs, juges des libertés et de la détention, cours d’assises et bientôt présidents de cours d’assises, juges d’application des peines, tous estampillés antiterroristes.

L’application de plus en plus large des procédures antiterroristes à des affaires d’État montre que l’antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen de contrôle des populations. En outre – et c’est peut-être le point le plus grave – cette justice exorbitante contamine le droit commun : la législation antiterroriste a servi de modèle dans d’autres domaines pour généraliser la notion de « bande organisée », étendre les pouvoirs des services d’investigation et centraliser le traitement de certaines instructions.

La Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques, tous deux ratifiés par la France, garantissent qu’une sanction pénale soit fondée sur une incrimination intelligible la rendant prévisible. En outre, ces textes donnent à chacun le droit d’organiser équitablement sa défense – ce qui passe par la prompte intervention d’un avocat ayant accès au dossier. La procédure, « sœur jumelle de la liberté », doit être contrôlée par un tiers impartial, ce qui est impossible avec une filière spécialisée fonctionnant en vase clos, dans une logique de combat idéologique incompatible avec la sérénité de la justice.

Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué de façon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l’est. C’est pourquoi nous demandons que les lois antiterroristes soient purement et simplement abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l’esprit de la Convention européenne des droits de l’homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques. Nous invitons tous ceux qui se préoccupent des libertés à se joindre à notre campagne en ce sens.

Le Comité pour l’abrogation des lois anti-terroristes, CALAS

Giorgio Agamben, Esther Benbassa, Luc Boltanski, Antoine Comte, Eric Hazan, Gilles Manceron, Karine Parrot, Carlo Santulli, Agnès Tricoire


Avec les signatures de : Alain Badiou, philosophe; Etienne Balibar, philosophe; Jean-Christophe Bailly, écrivain; Daniel Bensaïd, philosophe; Alima Boumedienne, sénatrice; Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières et enseignant; Raymond Depardon, photographe et cinéaste; Pascale Casanova, critique littéraire; Jean-Marie Gleize, poète; Nicolas Klotz, réalisateur; François Maspero, écrivain; Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature; Jacques Rancière, philosophe; Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme; Slavoj Zizek, philosophe.

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Djinn_
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PostPosted: 17 Jun 2009 18:24    Post subject: Reply with quote

Quote:
De plus, je connais très bien les textes de Tiqqun, et j'ai pas besoin de lire Garonnet et cie, pour me faire un avis sur cette littérature. Oui, je suis totalement d'accord avec eux sur leur brochure, je fais la même analyse qu'eux, il suffit de lire précisément ces textes, Heidegger est cité partout, Jacob Franck aussi, etc.


Cette référence à Jacob Frank m'avait interloqué. Je lis ailleurs que Juju a utilisé comme pseudonyme Junius Frey. Il semble donc que l'internationale situationniste soit un repaire de kabbalistes sabbatéens. Les sabbatéens étant les rois du spectacle, ils pourraient tout aussi bien l'avoir créée.
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