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Débat sur l'échange
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Deun



Joined: 14 Mar 2005
Posts: 1536
Location: Colombes(92)

PostPosted: 10 Feb 2009 10:59    Post subject: Débat sur l'échange Reply with quote

A l’ occasion d'un débat des personnes ont porté la contradiction sur un plan plus général, que je résumerais comme ceci:
1/ Pourquoi définir l'économie comme ce qui relève de l'échange ? Pourquoi rejeter l’échange ? L’échange a toujours existé et prend des formes très différentes dans l’histoire.
2/ On ne peut pas sortir de l'échange, parce que toute contribution ou transfert d’une personne, à destination d’une autre ou d’un collectif, est motivée par une contrepartie.


Dans la suite je tente de répondre à ces deux objections.

1/ a/ Anticapitalisme ou antiéconomie ?
Les contestations actuelles portent plutôt sur le capitalisme que l'économie, et quand elles proposent quelque chose à la place, c'est une « autre économie ». Qu'il s'agisse d'une économie pilotée par un Etat-patron (NPA ?), une économie de don-échange ou de gratuité complétant celle du marché (revue du Mauss), une économie de petites entreprises autogérées (Ambiance Bois), une économie de droits de tirage (distributisme), une économie à base de chartes éthiques et de subventions publiques (économie sociale et solidaire), une économie de rationnement (journal La Décroissance) etc. Chacune de cas alternatives conteste le capitalisme. Mais elles ont toutes en commun la notion d'échange – voir ci-après. Si on est d'accord pour dire que ces alternatives comme le capitalisme lui-même sont insatisfaisantes, alors c'est l'échange qu'il faut contester.

Remarque : Pour ce qui concerne les autres économies ayant existé par le passé -si tant est qu’il y ait un sens à dire cela- je suis beaucoup moins à l’aise pour porter un jugement. On dit souvent (Polanyi, Revue du MAUSS) qu’elles étaient « enchassées » dans le « social », au contraire de la notre qui s’est autonomisée de ce même « social ». Aujourd’hui, est-ce qu’il faut « réenchasser » l’économie, ou bien l’expulser et recommencer quelque sur des bases nouvelles, qui tiendraient compte d’une manière synthétique du passé de nos sociétés et des autres ? Si ces économies étaient vraiment très différentes de la notre, alors pourquoi entretenir la confusion en utilisant toujours le même mot « économie » ?

La notion d’échange en économie
Attention, la notion d’échange que l’on n’utilise dans ces débats sur l’économie n’est pas celle purement « cinématique », qualifiant des mouvements de va-et-vient entre deux choses ou deux êtres (par exemple un échange de paroles). Dans l’économie, l’échange a un sens plus précis. L’échange y est toujours un ensemble de deux transferts de propriétés, dont la nature exacte est convenue à l’avance par les propriétaires (qu’on peut appeler échangistes). Chaque transfert y est la contrepartie de l’autre. Il n’est donc pas possible de nommer un échange des transferts de propriétés qui ne résulteraient pas d’un tel accord. Une contrepartie qui n’est pas explicitée à l’avance par les échangistes ne saurait faire partie d’un échange (dans ce cas on parle souvent de contre-don).
Par comparaison, les nouvelles feuilles d’un arbre au printemps ne sont pas la contrepartie du fait de la chute des feuilles à l’automne. L’absence d’intentionnalité d’un être l’empêche de prendre part à un échange (ce qui ne veut pas qu’il n’y ait pas de contraintes le forçant à échanger). Les échanges au sein d’une cellule vivante ne sont que des mouvements dont on peut prétendre qu’il obéissent à un certain équilibre, mais il n’y a aucune espèce d’économie là-dedans.
Malheureusement, tout un pan des sciences humaines prétend décrire l’existence de « structures » parfaitement étrangères à l’intentionnalité des personnes, et ce n’est pas un hasard si l’on y rencontre au premier plan la notion d’échange (chez Levi-Strauss) ou plus généralement toutes les catégories économiques classiques comme le capital ou le marché (chez Bourdieu). La notion d’échange est alors utilisée pour rapprocher (intellectuellement) des transferts de propriétés et rendre intelligible la fourmilière de transferts dans telle ou telle société humaine, et cela à partir d’un petit nombre de règles abstraites générales : la puissance de description d’un tel geste théorique est tellement intimidante, dans un monde où il est banal d’objectiver n’importe quoi, qu’elle emporte facilement l’adhésion.

Cependant on retiendra que l’échange, pour autant qu’il se décide sous la contrainte, résulte d’une explicitation de quoi est la contrepartie de quoi, connue des échangistes eux-mêmes, et non pas seulement par un observateur extérieur qui rejouerait après-coup le match.

L’échange permet donc une forme d’organisation sociale, en cela qu’il soutient une anticipation réciproque des personnes entre elles (prises deux à deux), anticipation qui prend la forme d’un transfert de propriété. Le problème de l’économie est bien entendu de nous faire croire qu’il n’y a pas d’autre espèce d’assurance possible en dehors de celle-là (ou qu’elle est la meilleure). Par exemple, une « réciprocité ouverte » au sein d’un collectif (A, B, C et D appartiennent à un collectif. A donne à B, et C redonne à A autre chose sans équivalent avec le don initial, mais cela aurait pu être D) ne peut pas s’analyser en terme d’échanges. Chaque fois que la norme de réciprocité s’estompe (ou disparaît complètement), l’échange est mis à mal mais d’autres équilibres peuvent apparaître, qui ne sont d’ailleurs pas forcément plus satisfaisants. Cependant, la norme de réciprocité présente dans l’échange (au niveau micro) n’implique pas au final une égalité des personnes qui échangent (au niveau macro). Le monde d’aujourd’hui tel qu’il est colonisé par l’économie en est la triste illustration.

Remarque :
Au lieu de s’opposer à l’échange, on pourrait s’opposer seulement à l’échange monétaire (cas d’un échange ou la contrepartie est une somme d’argent). Ce débat est en cours et il faudra y revenir.
L’échange monétaire est en effet cette forme d’échange qui domine très largement l’économie d’aujourd’hui. Or, quand toutes les contreparties s’expriment quantitativement d’après un unique étalon (l’argent), on parle de valeur. Cette notion de valeur conduit à s’intéresser de près aux théories critiques de la valeur s’inspirant de Marx, avec des auteurs comme Jappe ou le philosophe Michel Henry.
D’un autre côté, quand le fonctionnement de l’économie se détériore (pour une raison ou pour une autre), il peut être instructif de prendre en compte ce que devient l’échange, et comment on revient après-coup à l’échange monétaire… ou non. Cela risque de nous concerner, même si bien-sûr les conditions d’une crise économique sont loin d’être suffisante (et sans doute pas nécessaires non plus) pour conduire les personnes à abandonner l’échange.

1/ c/ La notion de circulation
Si on souhaite sortir de l'économie, tout en convenant qu’il y a toutes les chances pour qu’on y soit empêtré encore pour un moment, alors il faut construire une notion plus générale (sans pour autant être abstraite) dont l'économie serait un cas particulier.
On peut proposer la notion de circulation, en posant que dans toutes les sociétés humaines (ou au moins celles qui ont notre faveur), des choses changent de propriétaire ou d'usager, et des activités se déploient en faveur d'autres personnes que leurs auteurs. Pour simplifier ici le propos, on n’abordera ici que le cas de la circulation où celle-ci est une suite de transferts de « propriétés » (au sens large où une propriété qualifie un être, dit « propriétaire »).
L'économie est donc un type de circulation particulière, en cela que la circulation y est une suite d'échanges. Qu'est-ce qu'un échange ? C'est lorsque qu'il existe une convention explicite entre deux propriétaires, précisant qu'un transfert vers l'un est la contrepartie de l'autre. Cela sous-entend une institution soutenant cette convention (et sanctionnant son non-respect). C'est donc quelque chose de très particulier.

2/ a/ Des circulations non fondées sur l’échange, et à notre époque ?
L’exemple des bricoles ouvrières.


Y a-t-il d'autres types de transferts qui ne relèvent pas de l'échange, et qui engendreraient une circulation aussi stable que l'économie ? Oui, et c'est bien là la recherche de sorties de l'économie (work in progress).
On pense immédiatement à l'exemple du don. Mais sur ce thème du don, il y a un véritable danger à fétichiser le don comme si c’était la solution miracle, c’est-à-dire lui donner une signification sociale générale, valable pour toute personne engagée dans un don, et en toute circonstance. C’est encore nier radicalement l’intentionnalité pour aller vers une description théorique sous forme de règles. Il paraît au contraire judicieux de discuter du don dans un contexte précis et toujours particulier.
Je ne parlerai donc là que de la bricole ouvrière abordée la dernière fois (d’après la lecture du livre Le travail à-côté à paraître dans SDE n°3, ainsi que l’article de Michel Pinçon commenté dans SDE n°2), et pas du tout du don en général. Rappelons que les bricoles ouvrières en question ne sont pas de l’ordre du hobby, mais bien de la subsistance (on parle d’autoproduction) remplaçant le domaine de la marchandise dans les domaines de compétences et de possibilités des ouvriers concernés (petite agriculture, BTP, pratiques culturelles, etc.).
Dans le cas de la bricole ouvrière, le don comme transfert particulier n'est-il pas motivé par l'anticipation d'un autre don comme contrepartie ? Oui, et en cela, il reste pour autant toujours un don (un don qui ne serait pas un acte gratuit et généreux reste un don - on trouvera une justification complète de cela dans Critique du don de Alain Testart, p. 18 et suivantes). Cela signifie juste qu'il n'existe pas de convention reliant le don à un autre transfert précisé à l’avance.

2/ b/ Par contre il peut exister d'autres conventions reliant le don à « autre chose ». Dans l'exemple de la bricole ouvrière, ou plus ordinairement les relations de voisinage que l’on peut parfois avoir aujourd’hui, illustre ce que peut être ce genre de convention, où le don est relié à un autre don futur non précisé, sur fond de relations personnelles et relativement à une « vie morale » irréductible à des énoncés de règles (sur la distinction entre théories morales et vie morale, voir l’article de Sandra Laugier, « Pourquoi des théories morales? », 2001/1, Cités).
L'imprécision d'une telle convention au sujet de la nature de la contrepartie choque aussitôt tout esprit habitué à la logique de l'échange, où la contrepartie est au contraire explicite (même quand elle est différée dans le temps, comme dans l'exemple du crédit). Cependant, l'expérience ordinaire (pour qui entretient encore des relations substantielles avec ses voisins, ou dans bien d’autres situations de la vie quotidienne) montre que ça marche, et à défaut de pouvoir saisir clairement cette expérience, la lecture d'ouvrage portants sur la culture ouvrière contemporaine peut y aider (F. Weber, Le travail à-côté ; Sansot, Les gens de peu).
On comprend intuitivement que, au sein de collectifs particuliers où circulent de tels dons de bricoles, l'imprécision du contenu de la contrepartie des dons peut permettre d’approcher un idéal où « le besoin se fait activité pour se satisfaire », parce qu’il laisse chacun s’activer comme il l’entend. Et ce, sans une stricte planification de la répartition des activités. Ce n’est pas spécialement le don lui même qui peut assurer un tel idéal (mais plutôt la forme particulière du collectif, les personnes particulière engagées…).

2/ c/ Qu’est-ce qui, dans la bricole ouvrière, fabrique cette assurance collective permettant de faire des dons qui ne soient pas des sacrifices, des actes de charité, et des transferts ostentatoires de type aristocratique ? Il semble que ce soit précisément l’ensemble des relations interpersonnelles quotidiennes, une sociabilité de voisinage, une vie morale, que les dons entretiennent et formatent. La sociabilité, les dons et l’autoproduction d’un socle de subsistance démonétarisé se soutiennent alors mutuellement.
Par ailleurs, l'absence de don en retour de la part d'une personne induit progressivement la fin de la relation avec elle, mais pour autant cette personne peut donner par ailleurs. De sorte que quand ça ne « marche » pas, cela peut marcher ailleurs. Dans le contexte de relations interpersonnelles serrées, le don n'est pas un sacrifice, pas plus qu'il n'est fait à l’aveuglette sans tenir compte des désirs et des besoins des uns et des autres. Les relations personnelles permettent une anticipation impossible entre inconnus (cette impossibilité étant précisément remédiée par la convention de l'échange -comme contrat). De par certaines formes sociales particulières qui la rendent possible, la circulation de dons peut donc soutenir d’autres possibilités d'anticipation réussies que par l’échange, qui lui ne fait pas reposer véritablement les anticipations sur des formes sociales, mais plutôt sur des techniques (les marchés créés par l’instrumentation et la standardisation des choses, elles-mêmes induites par la logique industrielle).

Deun
03/02/09
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SDE dec.info socio. des épreuves
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kazh ar c'hoad



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PostPosted: 10 Feb 2009 14:12    Post subject: Reply with quote

Intéressant !

Il peut être dit aussi que en ce qui concerne l'introduction progressive de l'économie (capitaliste), cela s'est fait en trois mouvement : d'abord l'autosubsistance (d'une société au sept huitième formée de paysans dont l'activité de production se résumait à produire pour soi et plus pour prévoir des saisons à venir plus mauvaises - (aussi pour des échanges éventuellement ?), puis d'une production pour un marché naissant dans l'optique de ne retirer de ce travail que le nécessaire pour sa subsistance (le "ça me suffit" ; d'où la difficulté des première manufactures à pousser les travailleurs à fournir plus de rendement), et enfin l'économie actuelle du "plus vaut plus" où l'activité, la quantité de travail, permet de s'octroyer des besoins grandissant et souvent créés et où l'être humain transformé en individu s'isole, se dé-socialise, afin d'amasser en retour de la vente de sa force de travail une masse monétaire croissante lui permettant de pouvoir échanger tout ce dont il a besoin et bien sûr, bien plus encore....(cette masse de fric étant la mesure de valeur de l'individu au sein d'une société, au travers de son travail, dont seul la compétition semble pouvoir servir de lien valable entre tous)

Ceci dit, en ce qui concerne cette pratique du don, que je comprend comme une sorte de complémentarité d'aptitude, de goût, de capacité physique, de formation à faire quelque chose de précis au sein d'une société re-moralisée et re-socialisée, en ce qui concerne une production au sein d'unités ramenées à plus petites échelle qu'actuellement (les "fabriques" remplacant les usines), ce système de don sans contrepartie, ici de mesure du temps passé, devrait aussi pouvoir marcher par une démocratisation totale des choix de production fait au niveau local (le plus proche possible des populations), par une auto-incitation à participer autant aux choix, decoulant des besoins réels exprimés, qu'à la mise en oeuvre de la production, au décloisonnement maximal des tâches afin d'intégrer au maximum les volontés et capacité de chacun à l'oeuvre commune issue des différents labeurs dans les fabriques pouvant être vécus comme une "participation existentielle" à la communauté locale (la même chose en ce qui concerne l'engagement mandataire des assemblée locales, donc le don de son engagement politique à la communauté)

Il y a dans le n°2 d'Entropia un article intéressant de ce qui s'est passé chez LIP en 1973 lors du mouvement social dans cette boite ; de cette capacité d'engagement (et d'autogestion) des personnes pour un bien commun malgré les dénigrements sur la nature humaine (bien qu'il s'agisse ici d'une lutte pour la sauvegarde d'emplois donc pour des intérêts particuliers autant que collectifs)


Le n°3 de SDE sortira donc prochainement ? Je l'attend pour diffusion !
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Djinn



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PostPosted: 10 Feb 2009 14:34    Post subject: Reply with quote

L'objection m'a toujours paru juste.

C'est la raison pour laquelle je proposerais plutôt de mettre en place des échanges (dans l'acception large employée) informels, débarrassés des principes de la comptabilité.

Il n'y a pas de place pour la valeur d'échange s'il n'y a pas de comptabilité pour celui-ci.
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kazh ar c'hoad



Joined: 23 Dec 2008
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Location: Pays de St Brieuc (22)

PostPosted: 10 Feb 2009 18:22    Post subject: Reply with quote

Hummmm.....ou j'ai pas bien tout compris ou vos deux positions sont assez proches tout de même , non ?
D'un côté pas de compta, plus d'échanges (échanges informels sans compta, quasiment du don avec anticipation du don en contrepartie)
De l'autre, sortir de l'économie, de l'échange, et si je ralonge la sauce, en fait appliquer le principe "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins" en "institutionnalisant" le don avec comme contrepartie (échange) le don ou la participation effective à la production des besoins nécessaires à la communauté (à l'échelle de la communauté)

Les deux sont pour la sortie de l'échange convenue ; ai-je tort ?

Par contre, ma réflexion du moment est pour l'octroie de biens que l'on ne peut produire dans le local où l'on se trouve (ici, café, chocolat, oranges......même si l'effort de consommer beaucoup moins de ces produits serait à mon sens un but louable, voire même indispensable !). comment faire dans ce cas ?
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obrarte



Joined: 13 Jan 2009
Posts: 63

PostPosted: 11 Feb 2009 1:16    Post subject: Reply with quote

Ce n’est pas inutile de reprendre ici la question de l’échange qui s’est un peu diluée dans les autres fils de discussion. C’est probablement l’une des deux questions clé, l’autre étant celle des instances de décision (assembléisme ?). Concernant les transferts matériels et le rôle de l’argent, il va falloir rentrer un peu dans les détails (et pardonner la longueur de l’argumentation).

Repartons des deux questions posées par Deun :
Quote:
1/ Pourquoi définir l'économie comme ce qui relève de l'échange ? Pourquoi rejeter l’échange ? L’échange a toujours existé et prend des formes très différentes dans l’histoire.
2/ On ne peut pas sortir de l'échange, parce que toute contribution ou transfert d’une personne, à destination d’une autre ou d’un collectif, est motivée par une contrepartie.

Outre les économistes et les historiens, les anthropologues eux-mêmes ont cédé aux sirènes du fétichisme de l’échange et ont proposé une vision ethnocentriste et économiciste des sociétés qu’on qualifie de «primitives». Souvenons-nous de Lévi-Strauss qui a ramené à l’«échange» toute forme de circulation, de Marshall Sahlins qui a emprunté à l'économiste russe Chayanov la notion de « mode de production domestique », etc. Même les Makarius qui, pourtant, ont centré leur observation sur le réseau opaque des liens symboliques, ont émis timidement l’idée qu’on pourrait considérer la chasse comme « le premier mode de production ». L’anthropologie sociale, de son côté, n’a eu de cesse de nous parler d’ « économie primitive ».

La tradition maussienne a elle aussi imprégné le domaine anthropologique et a vulgarisé la fameuse symbolique du don qui est devenue une sorte de tarte à la crème qu’on nous ressert à tout bout de champ dans la critique du capitalisme. On a dit, par exemple, à propos de l’ouvrage de Mauss sur le don :
Quote:
Le principal enjeu politique de L’essai sur le don est la critique de l’aumône qui est le type même du don sans retour, humiliant pour les pauvres puisqu’ils ne peuvent rendre. C’est pourquoi Mauss propose de « sortir la politique sociale du modèle charitable pour la rendre acceptable ». Cela signifie qu’il faut changer sa signification : il faut la présenter non pas comme une politique qui fait des dons aux pauvres mais comme une politique de contre dons rendus aux travailleurs en échange du don initial qu’ils ont fait de leur travail, et dont le salaire ne représente pas un contre don suffisant. On parlerait aujourd’hui « d’incomplétude du contrat de travail».[1]

On voit qu’il n’y a aucun obstacle à utiliser la théorie de Mauss pour redorer le blason du capitalisme. Heureusement, Mauss n’a pas inspiré que des commentaires de cette nature. Ceux d’Alain Testart, par exemple, méritent qu’on s’y arrête. L’examen de quelques nuances pourra peut-être nous servir à évaluer les « voies de sortie » de l’estomac de la baleine capitaliste.

La principale critique qu’AT adresse à Mauss dans sa Critique du don, c’est que Mauss a tellement insisté sur la fameuse « obligation de rendre » qu’il a fini par occulter la différence entre échange et don (on voit dans la citation qui précède à quel horrible naufrage peut conduire la notion de « contre don »). AT affirme que l’ « obligation d’une contrepartie », c’est justement ce qui caractérise l’échange, pas le don. Que l’on échange des biens, des sourires ou des messages sur un forum, l’action est forcément suivie d’une réponse. Il est plus facile de s’en rendre compte au niveau corporel qu’économique : « Je lui ai donné un coup » n’est pas la même chose que : « Nous avons échangé des coups ». Si je n’ai pas reçu de coups moi-même, ce n’est pas de l’échange, mais du don… !

Dans le cas du don, la contrepartie n’est pas nécessaire [2] , elle ne constitue pas la finalité de l’acte et n’est pas non plus sa condition. On ne peut pas l’exiger car si on l’exige, on se place sur le plan de l’échange. Pour AT, aucun transfert n’est dû dans le fameux potlatch des Amérindiens de la Côte nord-ouest : on ne rend que pour une question d’honneur, mais sans que personne n’y soit obligé. On ne peut réellement parler de réciprocité (au sens matériel) que dans l’échange. Le potlatch est, pour AT, « un jeu élitiste de reconnaissance réciproque ».

On peut évoquer brièvement la distinction qu’il établit, à propos de l’échange, entre l’échange marchand et l’échange non marchand.[3] Pour lui, le kula que Mauss catégorise comme un processus de dons, n’en est pas un puisqu’il y a obligation de rendre. Le kula fait partie des échanges non marchands, au même titre que les compensations matrimoniales. La différence essentielle entre ces deux types d’échange tient à ceci : dans l’échange marchand, c’est le rapport aux choses qui commande le rapport entre personnes ; l’échange non marchand, au contraire, ne peut avoir lieu qu’entre familiers et s’inscrit dans le cadre de relations de dépendances personnelles ou d’amitié. Ce sont les personnes et non les choses qui dominent la conscience des acteurs, ce qui est un obstacle à l’illusion du fétichisme marchand où les objets semblent s’échanger entre eux par l’intermédiaire des personnes.

À la question 2 : On ne peut pas sortir de l'échange, parce que toute contribution ou transfert d’une personne, à destination d’une autre ou d’un collectif, est motivée par une contrepartie, on peut répondre que, dans les relations d’échange non marchand, l’exigence de la contrepartie n’est pas forcément négative en soi et peut même contribuer à renforcer les liens entre personnes.

Les échanges rituels ou cérémoniels ne sont pas des « vrais » échanges au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Répétons-le : ce qui caractérise l’échange marchand, c’est l’anonymat des échangistes et non la façon d’échanger. Le marché, qu’il prenne l’aspect d’une réunion sur la place du village ou d’un pianotage sur le clavier d’un ordinateur, est un lieu où ne transitent que des objets pour lesquels la décision de l’échange a déjà été prise, que l’échange soit immédiat ou différé, qu’il soit médiatisé par une monnaie ou qu’il ne le soit pas.

Si l’on admet avec AT que des biens peuvent s’échanger sans recours à une quelconque monnaie, il serait légitime de se demander à quoi elle sert. Pourquoi a-t-on inventé l’argent ?[4]
Revenons à nos « sociétés primitives ». D’abord, qu’appelle-t-on au juste des sociétés primitives ? Pour l’anthropologue, ce sont des sociétés sans État ou sans écriture. Par définition, une monnaie primitive ne portera pas d’inscription. Par définition aussi, elle ne servira pas à payer des salaires. Les économistes et les historiens ont émis l’hypothèse (c’est la « théorie classique ») que la monnaie a été inventée pour faciliter le troc. Est-ce bien certain ? Pour AT, le troc suffit amplement aux faibles transferts de biens des primitifs. La division sociale du travail est si peu développée que personne, fût-il chaman ou autre, ne peut négliger de pourvoir par lui-même à ses besoins essentiels. D’autre part, ces transferts se font la plupart du temps à crédit, et les dettes et les créances ont tendance à s’équilibrer. La monnaie, quand elle existe, sert donc très peu aux transferts matériels. Dans les sociétés primitives, la monnaie sert presque exclusivement à payer des dettes liées non pas aux objets, mais aux humains.

Donc, à la question 1 : Pourquoi rejeter l’échange ? L’échange a toujours existé et prend des formes très différentes dans l’histoire, on peut répondre qu’il ne faut surtout pas confondre l’échange avec d’autres types de transfert de biens (troc, crédit) ou avec des paiements monétaires, et que c’est une invention plutôt récente dans notre histoire.

Prenons le problème par l’autre bout : quelles sont les fonctions de la monnaie dans l’économie capitaliste ? La monnaie est :
— intermédiaire des échanges
— étalon de valeur
— réserve de valeur
— moyen de paiement
Mais le paiement n’implique pas forcément l’échange. Le paiement d’un impôt ou d’une pension après un divorce ne correspond à aucun échange. Le paiement déborde de toutes parts l’échange. Comme l’a bien noté Marx, l’argent peut se rendre maître de tout, même de choses dont l’existence est douteuse.

Dans les sociétés primitives, le paiement est également différencié des transferts de biens. Les monnaies primitives servent principalement aux :
— paiements de mariage [5]
— amendes, indemnités, compensation [6] ou droits d’entrée dans des associations prestigieuses.
Les monnaies primitives sont utilisées pour payer des biens matériels ou immatériels liés aux personnes. Ce sont ces biens-là, et non les autres, qui motivent la quasi totalité des dépenses.

Lorsque ces monnaies n’existent pas, comme chez les aborigènes australiens, on n’effectue aucun paiement [7] . Mais il y a d'autres sociétés où l’accumulation de biens matériels s'est accrue de manière significative, et là, la monnaie apparaît spontanément comme un moyen de régler ses dettes. On peut racheter un meurtre avec des coquillages ou des haches polies, payer le « prix de la fiancée » avec des peaux d’animaux. Il est possible maintenant de solder ses dettes avec des choses, mais on reste encore dans un rapport entre personnes.

Résumons les thèses de AT et tirons-en quelques conclusions.

Il existe au moins deux types de situation où l’objet n’a pas de dynamique propre et où il est sous contrôle des relations entre personnes :
1. Les échanges non marchands
— Certains échanges ne sont ni des dons puisqu’ils exigent une contrepartie, ni des échanges marchands car ils dépendent des relations entre les gens et ne s’effectuent que dans ce cadre
2. Les transferts sans échange :
— Certains transferts de biens s’effectuent sur la base du troc et du crédit, donc sans échange et sans monnaie
— Certains paiements de droits sur des personnes s’effectuent par l’intermédiaire de la monnaie, mais ils ne procurent pas de biens et ne sont pas non plus des échanges.
Il existe sans doute bien d’autres manières de transférer des biens ou de l'argent entre personnes sans créer de marchandises. Il n’y a aucune impossibilité théorique de se passer de marchandises. D’ailleurs, jusqu’à une période récente de notre histoire, les biens n’étaient pas majoritairement constitués par des marchandises, c’est-à-dire par ces choses qui ont acquis la capacité de s’échanger entre elles par notre intermédiaire.

Il semblerait que ni le transfert d’objets, avec ou sans contrepartie, ni l’existence de l’argent n’ont pour condition l’existence de la marchandise, ni le pouvoir d’en créer chacun de son côté. Mais l’interaction entre ces deux entités - l’objet fabriqué pour être vendu et l’argent - a amorcé une dialectique perverse aux effets dévastateurs. L’objet transféré est devenu un objet marchand, un objet anonyme auquel on renonce au profit de l’échange, et la monnaie a renforcé le pouvoir impersonnel de l’échange en universalisant l’objet anonyme. L’objet tire vers lui le plus possible d’argent et l’argent se reproduit et s’accroît en utilisant l’objet. Symbiose parfaite qui enclenche un processus sans fin d’accumulation d’objets et de désymbolisation des relations entre les humains réduits au rôle d’auxiliaires de l’Objectivité délirante.

On n’a pas encore découvert le moyen d’inverser la spirale – il est possible qu’elle s’inverse par elle-même. Le capital bute-t-il aujourd’hui sur sa « limite externe » ou sur sa « limite interne », comme on le dit parfois ? Je l’ignore, mais ce type de raisonnement me paraît un peu trop économiciste. De plus, le processus de marchandisation démontre chaque jour davantage sa capacité à tout envahir, à s’étendre à des entités comme l’eau, et peut-être bientôt à l’air, aux corps (organes biologiques ou artificiels), à la procréation, etc. S’il existait une limite à ce processus, ce serait plutôt celle de la capacité des êtres humains à subir la désymbolisation de leurs relations. La limite serait donc plutôt psychologique qu’économique, car ce système rend les gens chaque jour un peu plus fous ou malheureux.

Quoi qu’il en soit, que le système implose ou non, nous sommes contraints d’inventer de nouveaux modes de symbolisation et, pour commencer, de retrouver le sens de l’amitié et de la fête. Pour ce qui est des transferts de biens qui auront lieu par la suite, qu’il se fassent avec ou sans monnaie, qu’ils mêlent échanges et trocs, cela n’est peut-être pas déterminant en soi. Il y aura sans doute une grande part de pragmatisme et d’improvisation en fonction des circonstances et de l’ampleur du désastre. Mais ce qui compte avant tout, c’est que la croyance en l’économie soit ébranlée. Le processus est d’ailleurs en cours. On assiste, peu à peu, à une sorte d’inversion du fétichisme : l’objet marchandise fait naître de plus en plus d’inquiétudes. Il agit de moins en moins par la séduction et de plus en plus par l’obligation abstraite de le satisfaire. Je pense que c’est plutôt prometteur.

----------------------
[1] Florence Weber, in Essai sur le don de Marcel Mauss, (Puf, 2007).

[2] Encore faut-il faire la différence entre le verbe donare, qui signifie en latin faire un don, et dare qui a le sens de concéder, accorder (AT, op. cit.) Dans l’énoncé : « Donnez-moi un kilo de pêches », c’est le sens dare qui prévaut : le marchand comprend bien qu’on ne lui demande pas de « faire le don (donare) d’un kilo de pêches. »

[3] Cf. mon message du 02 fév. 2009 2:50 sur ce même forum qui expose cette théorie un peu plus en détail :
http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=7226&postdays=0&postorder=asc&start=12&sid=2dc1a562e26f918ef8e56afa5f15876e

[4] On s’appuie ici sur un autre ouvrage écrit par Alain Testart en collaboration avec Jean-Jacques Glassner, François Thierry , Bernadette Menu, Aux origines de la monnaie, (Errance, 2002).

[5] Achat par le mari des droits détenus par le père de la fiancée, droits de rattachement au lignage des enfants, de toucher des indemnités d’adultère, etc. Cette acquisition concerne surtout des biens immatériels sous la forme de droits sur l’épouse, surtout en Afrique, moins en Océanie. (op. cit.)

[6] Le Wergeld (prix du sang) peut être considéré comme le rachat par le meurtrier de son droit de vivre (op. cit.).

[7] On fournit, par exemple, du gibier ou du travail à la belle-mère, donc une forme de dépendance personnelle et sans limite. Il n’y a pas non plus de Wergeld, et pour un meurtre, on tue, on donne un équivalent, on se soumet soi-même à une blessure, etc. (op.cit.)
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Djinn



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PostPosted: 11 Feb 2009 12:21    Post subject: Reply with quote

Oui, c'est la même position !

Souvent il y a aussi une confusion faite entre le troc et la sortie de l'économie. Dans le troc, la référence à une échelle de valeurs des biens reste forte. Pour Aglietta et Orléan, il me semble qu'ils suggèrent que la norme monétaire est déjà sous-jacente dans le troc (en mélangeant un peu les concepts de monnaie et de valeur je crois).

obrarte, super clair, merci
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Kercoz



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PostPosted: 11 Feb 2009 18:25    Post subject: Reply with quote

Il me semble que le don ne peut reposer que sur un modèle archaique pour que l'outil fonctionne.
-La relation entre le don et l'affect est fort.
-Le don implique un contre-don dans le sens ou son absence serait un affront (perdre la face).
-L'honneur voudrait que le contre don soit supérieur au don (on retrouve le bénéfice) de façon a "obliger" de donneur .
-Les interractions de "mise en dette" entre les éléments du groupe gèrent une dépendance complexe et globale qui s'étend ds le temps et dépasse les générations .
-pour la raison que "faire perdre la face" est plus grave que de "perdre la face" , on ne refuse jamais , mais on "donne" ce qu'on sait que l'autre peut rendre pour ne pas l'offenser .
Le paradigme économique est inversé et reste vertueux.
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kazh ar c'hoad



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PostPosted: 11 Feb 2009 19:48    Post subject: Reply with quote

obrarte wrote:


Quoi qu’il en soit, que le système implose ou non, nous sommes contraints d’inventer de nouveaux modes de symbolisation et, pour commencer, de retrouver le sens de l’amitié et de la fête. Pour ce qui est des transferts de biens qui auront lieu par la suite, qu’il se fassent avec ou sans monnaie, qu’ils mêlent échanges et trocs, cela n’est peut-être pas déterminant en soi. Il y aura sans doute une grande part de pragmatisme et d’improvisation en fonction des circonstances et de l’ampleur du désastre. Mais ce qui compte avant tout, c’est que la croyance en l’économie soit ébranlée. Le processus est d’ailleurs en cours. On assiste, peu à peu, à une sorte d’inversion du fétichisme : l’objet marchandise fait naître de plus en plus d’inquiétudes. Il agit de moins en moins par la séduction et de plus en plus par l’obligation abstraite de le satisfaire. Je pense que c’est plutôt prometteur.


Merci pour ton texte Obrarte !

J'avais envie de reprendre ce passage car il me semble en effet qu'il peut exister une tendance (chose qu'il faudrait analyser en profondeur) visant à trouver normal de pouvoir se procurer les marchandises nécessaires aux besoins premiers (nourriture, logement, objets "culturels".....) des personnes et donc une remise en cause sous-jacente de l'échange marchand nécessaire afin de s'en pourvoir, et donc aussi en même temps du travail nécessaire afin d'obtenir les moyens financiers de cet échange monétarisé. C'est peut-être pour cela que de plus en plus réclament le revenu inconditionnel pour tous, à savoir si cela est la bonne solution pouvant sortir de la cause du malaise grandissant (l'économie) ?

Il est vrai aussi que la marchandisation fait naitre de plus en plus d'inquiétudes car parallèlement à une capitalisation accrue du monde et de ses richesses (eau, semences, vie.....), il y a une prise de conscience croissante des capacités que nous aurions à fournir au moins le nécessaire pour vivre de façon digne à tous les êtres humains sans passer par l'échange économique dont on nous a promis les vertues mais dont on s'aperçoit de plus en plus des graves dérives inégalitaristes et de paupérisation (ce qui est en fait indispensable à son fonctionnement et à son accroissement !)
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obrarte



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PostPosted: 13 Feb 2009 2:23    Post subject: Reply with quote

sorry, erreur d'emplacement
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bug-in



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PostPosted: 20 Feb 2009 1:15    Post subject: Reply with quote

A la réflexion, j'ai commis un petit point pour mon usage perso sur la question et pour me clarifier les idées afin de pouvoir y participer (j'incluerai cela dans l'article que je suis censé avoir fini de rédiger pour le fameux numéro 3. Je pense évidemment qu'il ne sert à rien de courrir mais de le publier à point Clin d'oeil ). Avec pourquoi pas un article de obrarte Clin d'oeil sur la question.

Les circulations

Les objets et attributions symbolique ne sont pas attaché advitam eternam (a vie et pour l'éternité) à une entité (que celle ci soit une personne, des personnes, un groupe, un lieu etc...), ils circulent. La circulation est un type d'accès particulier.

Mise en garde : Le don, tout comme l'échange à souvent été utilisé comme un terme générique pour désigner (et par la confondre) l'ensemble des circulations des objets ou symboles entre les vivants, sans distinction en ce qui concerne l'intentionnalité, la durée, le type des objets, la contre partie etc...

L'échange. L'échange est un terme utilisé pour désigner un abandon qui attend une contre-partie explicite qui peut-être différée dans le temps. L'attention est porté sur les choses plus que sur les personnes qui participe à l'échange.
Troc. Le troc est un type d'échange qui consiste à abandonner une autoproduction, production, ou capture en contre-partie d'une autre autoproduction, production ou capture défini à l'avance.
Le Monayage. Le Monayage est un type d'échange particulier qui consiste à abandonner de la monnaie à une entité en contre-partie d'un objet défini a l'avance. Quand l'acte est fait à contre coeur on parle de rançon. La monnaie est conçu pour la circulation même, bien que certaines monnaie matérielle et métallique peuvent être capitalisée et légué au delà de la vie d'une personne.
La monnaie est un enjeu de pouvoir et de déresponsabilisation dans les sociétés dont l'accès ou l'exclusion du vital et du commun se fait par ce moyen. La monaie peu aussi être un moyen de libération de rapport sociaux oppressant dans des groupes sociaux fort (notamment ceux qui sont basé principalement sur les logiques de dons).
La valeur de la monnaie est un débat toujours en cours depuis Marx.
Passe. Le passage est le fait de confier un objet pour lequel on a de l'estime (voire dont on est propriétaire) à une entité et dont il est clair que l'on attend qu'il nous soit rendu à un certain moment dans un certain état. Le jeu de foot pratique couramment la passe.
Partage. Le partage est la mise en commun d'un objet.
Don / Contre-Don. Le Don, matériellement, est le fait de donner un objet, un symbole à une entité, sans préciser, ni exiger de contrepartie.
Si cette entité est une personne celle-ci va « naturellement » se sentir dans la nécessité (mais non l'obligation) de rendre un objet ou un symbole à la personne qui lui a fait le don : c'est le contre-don. Le contre-don peut-être de nature totalement différente. On peu me donner un objet et le simple fait de dire merci peu suffire en tant que contre-don. La logique essentielle n'est donc pas celle d'un échange, ni même d'une réciprocité, mais plutôt celle d'une reconnaissance. Ce qui compte le plus n'est pas réellement l'objet, mais le lien entre les personnes.
Le don impliquant un contre-don non-explicite, il est souvent source d'engagement et de lien sociaux fort mais peut devenir aussi la source de domination de ceux qui peuvent donner sur ceux qui ne le peuvent pas à un niveau jugé suffisant par le premier donneur. Le problème pour ainsi dire est plus dans la personne qui attend trop en retour, qui exige sans dire qu'elle exige, que dans la logique du don elle même.
Par exemple l'Omerta est une pratique observé en Corse (mais que l'on pourrait observer par tout ailleurs sous d'autres nom) qui réussi à exiger du plus grand nombre et sans le revendiquer explicitement le silence en ce qui concerne un fait impliquant une personne au pouvoir influent.
Mais le don peu aussi être fait sans qu'une partie réellement importante soit exigée en retour, c'est le cas du « chef » tel qu'il est rapporté par le culturologue Pierre Clastre dans La Société contre l'Etat.
Le leg. Le Leg est un type de Don très particulier, qui n'attends rien en retour dans la mesure ou il est souvent pris en compte après la mort d'un vivant à destination d'une entité.
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kazh ar c'hoad



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PostPosted: 20 Feb 2009 22:58    Post subject: Reply with quote

bug-in wrote:


L'échange. L'échange est un terme utilisé pour désigner un abandon qui attend une contre-partie explicite qui peut-être différée dans le temps. L'attention est porté sur les choses plus que sur les personnes qui participe à l'échange


peut-être ici peut-il être fait mention de la notion de valeur (travail ou autre) présente dans l'échange (ou plutôt dans sa contre-partie explicite) ??

A quand la sortie du SDE n°3 ? j'en imprimerai pour diffusion comme les n° 1 et 2
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Deun là
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PostPosted: 23 Feb 2009 16:41    Post subject: Reply with quote

obrarte wrote:
Il semblerait que ni le transfert d’objets, avec ou sans contrepartie, ni l’existence de l’argent n’ont pour condition l’existence de la marchandise, ni le pouvoir d’en créer chacun de son côté.


Cela veut-il dire qu'à notre époque, on puisse utiliser des monnaies sans risquer de retomber dans des logiques marchandes (en gros, être matériellement contraint de produire pour vendre à destination de collectifs anonymes) ?

Quand les ouvriers de Montbard au début des années 1980 (F. Weber, Le travail à-côté) s'interdisent l'utilisation d'argent dans le cadre des bricoles, c'est sans doute pour de bonnes raisons. L'une me paraissant d'ailleurs évidente : celle d'empêcher que les dons à l'intérieur du collectif ouvrier "sortent" sous la forme de valeur, ou qu'à l'inverse la détention de valeur permettent à n'importe qui d'entrer dans le collectif et de prendre possession des choses qui y circulent (y compris les forces de travail car le don de "travail" est omniprésent dans ces bricoles ouvrière : "offrir du travail" veut dire donner s'activer pour autrui et avec lui).

En effet, si tel collectif adopte une monnaie en son sein, alors il existe un potentiel de marchandisation qui peut s'activer très facilement :
- dès qu'un membre du collectif échange cette monnaie contre une monnaie extérieure
- dès que la présence non critiquée d'un outillage industriel entraîne l'existence de surplus sans utilisateurs "accessibles" simplement par le collectif
- et même, au sein même du collectif, par le simple fait d'utiliser un étalon unique pour qualifier des objets (voire pire, des forces de travail) de natures différentes

Etant donné le contexte, se réapproprier la monnaie (ce n'est pas ce que tu proposes ici bien entendu, mais cela me conduit à cette réflexion) dans une optique de démarchandisation me semble au mieux risqué, au pire simplement être un miroir aux alouettes.

Pour le dire autrement, l'idée d'un échange non-marchand dans un contexte globalement marchand, n'est pas tellement fondée. Pour le coup ce serait vraiment être (micro)économiste que de croire que quand le marchand nous fait un prix parce que c'est nous, on ferait un pas de côté vers la sortie de l'économie.
Le fait que le rapport aux personnes "commandent" le rapport aux choses est sans doute un critère insuffisant, et insuffisamment précis, dans la mesure où l'on isolerait une séquence d'échange d'un contexte (un objet fabriqué industriellement et acheté, on peut en faire un cadeau, mais cela n'annule pas toute la séquence marchande qui précède ce don). C'est un peu le problème je crois des définitions des Testart qui ne sont pas sans présupposés.

A l'intérieur du fonctionnement économique, est-ce que cela a un sens de parler de "poches" hors économie, où des collectifs s'assureraient mutuellement une subsistance sans étalon monétaire ? Ou bien, suffit-il de le faire (vivre dans de telles poches) pour que ces poches puissent grandir et grandir, et grandir... ?
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