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La pensée-marchandise, chez Sohn-Rethel

 
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 20 Apr 2010 16:05    Post subject: La pensée-marchandise, chez Sohn-Rethel Reply with quote

Un extrait en guise de hors-d'oeuvre, du livre du philosophe allemand Alfred Sohn-Rethel (il a eu une vie pas possible, on peut voir l'exposé passionnant de David Black " Sohn-Rethel uncovered " sur http://www.principiadialectica.co.uk/ ), ami de Benjamin et Adorno, marginalisé par le pope Horkeimer, et dont 3 essais ont été traduits et rassemblés dans ce livre intitulé La pensée-marchandise, éditions Le Croquant, 2010. Ce sont ici les pages 39-42. Sohn-Rethel a été aussi un grand ami et le continuateur de l'historien britannique Georges Thomson, dont plusieurs de ses livres semblent avoir été traduits en France dans les seventies. Il y a des réflexions vieillotes chez Sohn-Rethel, la préface de Jappe est capitale pour resituer ses réflexions dans le marxisme et ses limites puisqu'il reste pas seulement attaché à une vision classiste de la domination (et son ouvriérisme), mais il néglige surtout le travail abstrait pour faire naitre, à son avis, l'abstraction dans l'échange (l'activité d'achat et de vente), postérieurement donc à ce qui lui semble une structure ontologique indéboulonnable, hors de toute interrogation et remise en question radicale, le travail... Souvent Sohn-Rethel (d'ailleurs je dirai comme Pasukanis comme l'avait remarqué JM Vincent dans sa préface à La théorie générale du droit et le marxisme) est davantage intéressant par les questions fondamentales et les portes qu'il ouvre que par les solutions et thèses qui y répondent. C'est déjà un immense mérite :

Quote:
C'est l'un des enseignements fondamentaux du marxisme que les formes de pensée des hommes sont déterminées par leur être social et qu'elles sont des produits du développements historique. Tant que le formes de pensée ont pour objet la compréhension des rapports sociaux, cette doctrine ne se heurte pas à une grande résistance. Cependant, elle revendique aussi d'être vraie pour les formes de pensée qui servent à connaitre les objets de la nature, et ici la thèse marxiste s'oppose nettement à toutes les autres conceptions. La plupart des représentations suggèrent que nous avons une aperception immédiate des phénomènes naturels, et pour ce qui est de la perception par les sens ou, disons, pour ce qui est de la part que prennent les organes des sens dans la formation de notre aperception, nous voulons bien l'admettre, car ces organes, nous les avons largement en commun avec les animaux. Mais c'est toute la part conceptuelle de la représentation du monde objetcif qui est le produit du développement historique, et son origine est sociale ; en fait, un examen plus attentif révèle qu'on ne peut pas non plus vraiment séparer la part prise par les organes des sens de la part conceptuelle. Nos concepts n'appartiennent pas aux choses, ils ne sont pas des propriétés des choses qui se transmettraient à nous ou que nous lirions en elles. Bien au contraire, l'appareil conceptuel que nous appliquons aux choses fait partie de nous, mais ce " fait partie de nous " est à comprendre dans un sens à la fois social et historique, il n'est pas individuel, et il ne vient pas de la nature.

La difficulté à laquelle se heurte cette conception pour ce qui est des concepts purs que nous avions des objets vient en partie du fait que ces concepts purs des objets sont liés à l'élimination consciente de la société dans l'acte de penser, qu'ils sont, en quelque sorte, ce qui subsiste une fois que l'on a fait complètement abstraction du social. La plupart des penseurs, notamment les philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles, y voient un argument en faveur de la thèse selon laquelle la forme conceptuelle telle qu'elle a été élaborée par les sciences naturelles nous montrerait l'entendement humain tel qu'il est réellement et depuis ses origines. C'est le point de vue typique d'une classe qui, pour dominer, doit s'appuyer sur la séparation du travail intellectuel et du travail manuel. En effet, les sciences naturelles modernes, mathématisées ou " théoriques ", relèvent du travail intellectuel pur, du travail intellectuel " à l'état pur " pour ainsi dire. C'est aussi pourquoi les philosophes bourgeois ont toujours mis tout leur enthousiasme à expliquer que ce mode de connaissance était possible de manière immédiate, qu'il était fondé sur la nature de l'esprit humain, pour toujours et éternellement. Que cette possibilité soit construite de façon matérialiste ou idéaliste, à savoir que la forme des objets passe des choses à l'esprit humain ou a ses racines d'emblée dans l'esprit humain - c'est secondaire par rapport à la thèse principale, même s'il est vrai que la seconde hypothèses, la version fondée par Kant, permet de développer une image plus précise des postulats de la domination de classe bourgeoise. Pour ce qui nous intéresse principalement, il en va de même avec la philosophie antique. Elle aussi, elle surtout, a été une philosophie des classes dominantes disposant du monopole de la pensée, une philosophie faite par des intellectuels pour des intellectuels.

Le marxisme est la première philosophie pour la classe ouvrière, et pour cette raison, c'est la première à pouvoir développer l'idée selon laquelle la possibilité de la connaissance théorétique de la nature n'est pas une capacité originaire de l'esprit humain, mais bel et bien le produit (après être passé par des médiations complexes) de développements sociaux déterminés, et fondé sur des formes spécifiques de la domination de classe. S'il est vrai que, du point de vue logique, la possibilité d'une connaissance théorétique des objets est immédiate, cette immédiateté logique ne permet pas de conclure à une immédiateté génétique. Bien au contraire, la possibilité logique immédiate d'une telle connaissance existe pour le sujet d'un travail intellectuel séparé du travail manuel, et ce sujet, le célèbre " sujet de la connaissance " de la théorie de la connaissance de l'idéalisme, peut tout à fait être lui-même un produit historique. Le caractère absolu et intemporel du contenu de ce sujet peut être le résultat de l'autosuppression de la société dans la conscience des personnes impliquées. En d'autres termes, l'élimination de la société dans l'acte de penser, qui caractérise la connaissance théorétique des objets et qui a été hypostasiée, explicitement ou implicitement, par toutes les philosophies jusqu'à nos jours comme processus constitutif de l'origine de l'entendement pur, peut-être expliquée de manière satisfaisante comme un effet produit par la société elle-même.

C'est le point de vue adopté par le présent essai. Nous entendons y libérer la théorie de la connaissance des obstacles et des pièges de la pensée idéaliste, et de la mettre sur un même niveau que les présupposés qui fondent l'économie marxiste. La clé se trouve dans l'analyse marxienne de la marchandise, qui constitue le fondement théorique de cette économie. On adoptera le point de vue selon lequel la naissance du sujet théorétique à partir de l'abstraction que la société fait d'elle-même constitue un effet, resté inaperçu jusqu'ici, du procès de réification. Par conséquent, nous commencerons par des considérations portant sur la signification générale de l'analyse marxienne de la marchandise

[...]

Extrait de " Forme marchandise et forme de pensée ? Essai sur l'origine sociale de l' " entendement pur ".

_________________
Critique de la valeur et du travail

Brochure du Manifeste contre le travail de Krisis.

http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (3 n° du bulletin)
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Kobayashi



Joined: 08 Apr 2004
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PostPosted: 21 Apr 2010 6:41    Post subject: Reply with quote

J'ai revu un peu mon morceau de papier sur Sohn-Rethel :

Quote:
4ème de couv : « Ce ne sont pas seulement les contenus de la pensée, mais ses formes mêmes qui trouvent leur origine dans l'organisation sociale de la production matérielle. Les débuts de la logique dans le monde grec antique sont liés à l'apparition des premières pièces de monnaie. L'a priori dont parlait Kant était la forme-marchandise. Telles sont les théories novatrices que Sohn-Rethel a proposées dès les années 1930, à contre-courant de toute la tradition philosophique, mais aussi du marxisme traditionnel. Elles ont influencé profondément les débuts de l' « Ecole de Francfort », mais au prix d'une longue marginalisation de l'auteur. Cette première traduction française de trois de ses essais comble non seulement une lacune majeure dans la connaissance de la pensée critique allemande à son âge d'or, mais elle offre également les jalons pour élaborer aujourd'hui une épistémologie basée sur la théorie de Marx, dans le cadre d'une critique radicale de l'abstraction sociale, du marché et de la marchandise qui nous gouvernent ».

Le livre comporte :

- Une présentation critique du livre par le philosophe Anselm Jappe : « Pourquoi lire Sohn-Rethel aujourd'hui ? »

- Une note biographique.

- Premier essai : « Forme marchandise et forme de pensée ? Essai sur l'origine sociale de l' " entendement pur " ». (traduction par Gérard Briche)

- Deuxième essai : « Eléments d'une théorie historico-matérialiste de la connaissance » (traduction par Luc Mercier)

- Troisième essai : « Travail intellectuel et travail manuel. Essai d'une théorie matérialiste » (traduction de Luc Mercier)

La préface par Anselm Jappe est précieuse tant les débats autour de l'œuvre de Sohn-Rethel en Allemagne dans la « Nouvelle Gauche » des années 1970 et au sein de la mouvance contemporaine de la « critique de la valeur », sont peu connus en France.

Malgré la triple « infidélité » de Sohn-Rethel par rapport à l'analyse marxienne de la forme-valeur que met en lumière Anselm Jappe, ce dernier développe l’idée que finalement l’œuvre de Sohn-Rethel est plus intéressante par les questions fondamentales qu’elle esquisse, que par les réponses qui leur sont données. C’est cela le véritable intérêt que nous pourrions avoir dans la lecture de Sohn-Rethel, celui d’un départ prometteur à partir duquel il faut reconstruire. Ce qui fait de lui « un des rares marxistes qui ont encore quelque chose à nous dire pour comprendre le XXIe siècle ». On pourrait d’ailleurs remarquer la similitude d’intérêt à lire ou relire aujourd’hui La théorie générale du Droit et le marxisme du théoricien russe Pasukanis comme l’avait déjà fait remarquer le philosophe Jean-Marie Vincent en son temps (l’approche de Pasukanis s’intéresse elle-aussi aux formes juridiques plutôt qu’aux contenus juridiques, on pourra voir les pages qu’Antoine Artous consacre à cet auteur dans Le Fétichisme chez Marx, Syllepse, 2006).

La question posée par Sohn-Rethel n’est pas seulement de dégager une explication des contenus de la conscience (comme l’a fait le matérialisme historique avec son schéma base-superstructure et la théorie du reflet objectif de la réalité pour ce qui est de la connaissance scientifique), mais de réfléchir sur un palier plus profond, s’interroger sur les formes mêmes (les catégories) qui agencent la conscience, l’intellect, l’entendement qui reçoivent les multiples impressions sensorielles : « Quelle est l’origine des formes de la conscience, de ces grilles qui permettent à chaque individu d’organiser les données multiples que lui fournit la perception sensible » (Jappe) ? Ces formes (« moules ») de la pensée qui sont le temps, l’espace, la causalité, la substance, l’infini, le nombre, la quantité, l’identité, la totalité, la contradiction, etc., ces formes mêmes qui structurent la conscience, l’entendement. Ces formes de la conscience doivent elles être considérées comme des données universelles, éternelles et transhistoriques ? Quand il observe les deux solutions traditionnelles proposées à ces questions par la philosophie (c’est l’empirisme de l’expérience qui fonde ces catégories ou alors il préexiste une structure ontologique dans l’homme), Sohn-Rethel refuse ce qu’elles ont en commun : leur dualisme ontologique entre le sujet et l’objet. Ce dualisme n’est pas ontologique pour Sohn-Rethel, il est historico-social et c’est précisément à partir de cette intuition qu’il va développer sa pensée pour proposer une troisième solution : ni empirisme, ni ontologisme, mais historicité des formes de l’entendement. Historicité qui n’est autre que l’action concrète des hommes dans leurs conditions spécifiques. Ce n’est pas la conscience qui détermine l’être, c’est l’être social, la vie concrète en société à partir de l'agir, qui détermine la conscience. Sans pour autant, et c’est là une grande différence avec les théories post-modernes et déconstructivistes, tomber dans une théorie relativiste de la connaissance.

Si l'intuition chez Sohn-Rethel est bonne, « l'abstraction, bien qu'elle n'existe que dans la pensée, ne surgit pas à partir de la pensée, mais à partir de l'agir » (Jappe), c'est l'agir pris en compte qui pose plutôt question. Pour Sohn-Rethel l'agir humain qui est la source de l'abstraction se situe dans la circulation des marchandises, dans l'échange, c'est-à-dire dans les actions d'achat et de vente. Et cette abstraction consiste dans cette action échangiste, dans la séparation de l'acte d'usage d'avec l'acte d'échange. L'agir social, l'être social, l'historicité, ne surgit que post-production chez Sohn-Rethel, dans la circulation, tandis que ce qui se passe avant, la production des marchandises, le travail, est anté-social, il est de l'ordre du métabolisme avec la nature, donc de l'éternel, de l'évident, du transhistorique, de l'ontologique, du non questionnable. En refusant de remonter jusqu'au travail, Sohn-Rethel néglige en effet le concept centrale de « travail abstrait », qui est pourtant au fondement de la socialisation capitaliste (cf. Postone). Jappe dit bien que finalement Sohn-Rethel reste au sein de la relation fétichiste du consommateur à ses produits. L'erreur de Sohn-Rethel relève donc de la question qui est de savoir où se trouve la source de l'abstraction sociale, dans le travail ou dans l'échange ? Est-ce que c'est le travail qui est aussi historico-social (position de la wertkritik) ou est-ce seulement la circulation de produits objets supposés « naturels » qui est historico-sociale ? Sohn-Rethel renvoie tout à l'abstraction-échange, si il peut parler du travail humain abstrait, il semble le faire complètemet découler de l'abstraction-échange, comme effet de l'echange sur le travail. La production est naturelle chez Sohn-Rethel, c'est la socialisation (la « connexion sociale » comme il dit) post-production qui est source de l'abstraction sociale de la valeur qui met entre parenthèse la valeur d'usage. En cela évidemment, Sohn-Rethel reste complètement dans l'ontologie marxiste du travail, qui a correspondu à l'apologétique du travail du mouvement ouvrier, aussi bien anarchiste, que marxiste et social-démocrate. Une critique du capitalisme tronquée qui a toujours consisté dans un débat sur l'ampleur de la saignée à établir sur la valorisation capitaliste pour créer au sein de la société fétichiste des droits sociaux, un Etat-Providence, un droit du travail, une sécurité sociale, une retraite par répartition, des augmentations de salaires, l'élimination de la classe marchande qui organise la circulation (puisque la production est naturelle et que c'est la circulation qui est sociale), tout en laissant intacte la logique folle de la valorisation, de la valeur qui se valorise en consommant de manière boulimique du travail abstrait. Une critique donc « du point de vue du travail » (Postone), qui est immanente à la logique même de la valorisation. Ce n'est pas pour rien que l'on voit depuis 30 ans, la crise concommittante à la fois du capitalisme qui s'effrondre dans sa fuite en avant néolibérale, et la crise de ce qui s'était présentée au XXe siècle comme la grande critique du capitalisme, le marxisme. Partout le mouvement ouvrier a hissé le drapeau blanc, et ne cherche qu'à tirer profit du rôle central que le travail, comme spécificité capitaliste (et seulement, puisqu'il n'existe pas dans d'autres sociétés anté-capitalistes), joue dans le mouvement automate de la valorisation.

La thèse de Sohn-Rethel, est de s’interroger non seulement sur l’apparition synchrone de l’argent et de la philosophie ou des mathématiques (la pensée conceptuelle) en Grèce lors du « miracle grec » à partir du VIème siècle avant J.-C. en Ionie (Sohn-Rethel fait référence à l’historien britannique George Thomson dont il a été un ami et continuateur), mais plus encore de s’étonner de la similitude des propriétés de l’ « abstraction échange » (qu’il néglige totalement de renvoyer au travail abstrait - Jappe rappelle les commentaires qu'a fait Robert Kurz sur ces limites très importantes des développements de Sohn-Rethel) et des catégories pures de l’entendement proposées par la philosophie. L’abstraction de l’acte d’échange (qu'il comprend donc déjà très mal) serait à l’origine d’après lui de la naissance de l’abstraction dans la pensée, c'est dans l'échange marchand que l'on trouverait leur racine. Le « miracle grec » est ainsi mis en relation avec l’apparition de la monnaie, ce qui permit aux philosophes de passer d’une pensée anthropomorphique à une pensée conceptuelle, grâce à l’apparition et l’utilisation quotidienne de la monnaie en Ionie, car l’expérience de l’abstraction de la monnaie n’y était pas [pour eux] une opération mentale, mais une évidence tangible » (Jappe). Le mythe du savoir, comme connaissance progressive et accumulative de l’esprit, est un leurre. Et Sohn-Rethel tient à le démontrer pour la scolastique médiévale ou la révolution scientifique galiléenne. Pour prendre un seul exemple dans l'antiquité, « " l'Un " chez Parménide comme disait Geroge Thomson, comme la notion ultérieure de " substance ", peut donc être défini comme le reflet ou la projection de la substance de la valeur d'échange » (p. 49). Mais on peut retrouver aujourd'hui de nombreux autres exemples chez un continuateur des thèses de Sohn-Rethel, dans le livre du philosophe allemand Eske Bockelmann dans La mesure de l'argent. Sur la genèse de la pensée moderne (Ed. Zu Klampen, Spirnge, 2004, cf. note 66 de Jappe, p. 33 du livre de Sohn-Rethel)

Le fait essentiel à l’époque pour Sohn-Rethel est l’apparition de la séparation entre le travail manuel et le travail intellectuel (par la dépossession du travail manuel de ses savoirs propres au profit du travail intellectuel), c’est alors que « le travail manuel, privé de sa puissance mentale, ne peut plus effectuer la cohésion des différents travaux, et celle de la société en général, [et qu’] il faut assurer le lien social a posteriori par l’échange et par l’activité intellectuelle – par l’abstraction donc » (Jappe). C'est donc ce travail intellectuel qui semble opérer la connexion sociale, à la place d'une production immédiatement sociale comme d'après Sohn-Rethel dans le communisme primitif (?) ou le communisme moderne... On peut se poser alors en effet la question des tiraillements au sein de l'oeuvre de Sohn-Rethel, entre son intérêt pour la théorie subjective de la valeur (comme dans le marginalisme) et l'analyse marxienne.

Si donc par plusieurs aspects Sohn-Rethel reste attaché au marxisme traditionnel, il « avait bien compris – à une époque où presque personne n’y arrivait – que selon Marx la caractéristique la plus essentielle du capitalisme est l’ ‘‘ abstraction’’ qu’il fait subir à la vie sociale. Avec le terme d’ ‘‘ abstraction réelle ’’, Sohn-Rethel a donné une contribution très importante à l’élaboration de la critique du fétichisme de la marchandise, même si – comme nous le verrons – son refus de ramener l’ ‘‘ échange abstrait ’’ au ‘‘ travail abstrait ’’ – comme le fait Marx lui-même – a gravement limité la portée de ses intuitions. Toutefois, le véritable objectif de Sohn-Rethel était tout autre : donner une explication historique et matérialiste des formes mêmes de la connaissance, en analysant surtout la première apparition de la pensée philosophique en Grèce, la naissance de la science moderne avec Galilée, et les formes a priori de Kant. » (Jappe).

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